‹ Nouveaux prétextes; réflexions sur quelques points de littérature et de moraleChapitre 32 sur 41 · FRANCIS DE MIOMANDRE : ÉCBIT SUR DE L'EAU · texte numérisé non relu

FRANCIS DE MIOMANDRE : ÉCBIT SUR DE L'EAU

Sur quel ton parler de ce livre? léger comme une bulle, inconsistant, bizarre, Use dérobe sous la critique et semble sans cesse en formation. 11 pourrait être insupportable; il est charmant. L'auteur s'y ébroue gracieusement et avec une non feinte jeunesse; tour à tour réaliste mais plein d'humour et d'ironie, amoureux déplorablement chimérique, à la fois tendre et narquois, il rit des déplaisances de la vie et ne prend au sérieux que sa sentimentalité discrètement triste.

Qu'on ne s'y trompe pas cependant : ce fantaisiste, en apparence si futile, est capable de réelle pensée. Naguère il réunissait, sous le titre de Visages, des essais et des portraits — pages de critique si subtile et si nuancée que je ne sais si j'en connais de plus habiles à faire comprendre et aimer les quelques auteurs d'aujourd'hui qui se proposent aux admirations de demain.

FBANCIS JAUIAES . HAYONS DE MIBL ^

La critique, en face de lui, perd ses droits et sa raison d'être, comme devant les phénomènes naturels; un poème de Francis Jammes n'est jamais le résultat d'un effort, d'une gageure poétique, ainsi que le souhaitait Baudelaire ; il jaillit de source divine, pressé de refléter le plus possible de ciel ; trouver à redire à la qualité de son eau, à Tharmonie de ses murmures, à la direction de son cours, est vain ; tout ce qu'on peut, c'est refuser d'y boire ; je plains qui n'a pas soif de cette eau-là — eau si claire, si fraîche, si lustrale que je ne viens point tant m'y abreuver que m'y laver.

Après avoir lu Rayons de Miel, je me redis les vers de Ronsard et pense que le mestier de Francis Jammes

les autres mestiers passera d'autant qu'esclave il ne sera de l'art, aux Muses inutile.

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