LE GYNÉCÉE
Dessins inédits de Roiiceyre, Recueil précédé d^ une glose par Remy de Gourmont,
€ Soixante-seize attitudes,, soixante-seize corps féminins violés dans leur intimité par Toeil impitoyable de M. Rouveyre. » — IJ y en a même soixante-dix-huit l car deux de ces planches portent double sujet.
Le dessin de M. Rouveyre ne manque ni de force parfois, ni de grâce, ni surtout de férocité — une sorte de férocité très artiste qui consiste à accuser toujours le caractère, fût-ce aux dépens de la véracité, à ne consentir plus, dans l'expression de Tattitude ou du visage, qu'à ce qu'il a de plus spécial, considérant comme inutile, inartistique par conséquent, tout ce qu'il garde de commun avec la plus banale humanité — j'allais dire : tout ce qu'il garde de simplement humain.
Nul doute que M. Rouveyre n'arrive ainsi, souvent, à des accusations d'une intensité puissante.
MOTICU 291
La suite des < Mécislas Golberg sur son lit d'agonie » qu'il vient d'exposer à la galerie Druet,sont d'une inoubliable âpreté. Si la suite qu'il nous offre dans son album, plus abondante, est par là même plus inégale, elle ne déborde pas moins vers l'excellent que vers le pire.
< Le spectacle est prodigieux de ces corps tendus et écroulés, de ces membres délirants, de ces croupes bovines, de ces jambes de chèvre, de ces seins et de ces pis, de ces cuisses qui s'ouvrent comme des ciseaux, de ces sexes éperdus à la fente démesurée. Des lignes de toutes les formes, de toutes les courbures, de toutes les cassures, beaucoup de cercles, d'arcs, de rhombes et de masses ovoïdes. » — Si telle matière pousse déjà la plume si sage de M. de Gourmont à de telles intempéries, on me saura gré de n'insister pas davantage à mon tour.
Mais pourquoi M. de Gourmont écrit-il en manière de conclusion : < C'est ici un livre de vie, et non un livre de rêve. » — C'est être bien tendancieux. J'espérais que nous n'en étions plus à prendre pour conditions du réalisme, l'atrocité, l'oLscénité, la hideur. Serait-il plus paradoxal d'admirer au contraire en ces dessins une idéalisation puissante ? A qui faut-il encore apprendre que l'idéalisation de l'art n'opère pas forcément dans le sens de ce que le public appelle ordinai-
rement : la beauté. Qui dit suppression dn neutre, du banal, de rindifiérent, au profit de ce que veut l'artiste, dit : idéalisation. Pour vivre plus intensément, certains dessins de M.Rouveyre sont d'une effarante hideur. Qu'importe ! L'ennemi, ce n*est pas le laid ; c'est le médiocre.
Que M. Rouveyre se méfie cependant de cett^ complaisance à Fatroce. Un Tertullien y pourrait bien trouver son compte, sourire à tant d'outrance et, par une volontaire méprise, lire dans Tétalage de tant de chair si surmenée, une invite possible à la macération... Mais nous voici bien loin de M. de Gourmont 1