‹ Nouveaux prétextes; réflexions sur quelques points de littérature et de moraleChapitre 37 sur 41 · ES REPRÉSENTATIONS RUSSES AU CHATELST · texte numérisé non relu

ES REPRÉSENTATIONS RUSSES AU CHATELST

Jacques-Emile Blanche exprimait, dans le Figaro, à la fin du mois de mai, son admiration pour la mise en scène et les décors des représentations russes auxquelles le Châteletnous a conviés. Sans doute, au cours de son éloquent article, un peu moins d'étonnement se serait manifesté si M. Blanche avait eu connaissance des efforts tentés en ce sens par Reinhardt, Matersteig, Valentin, à Berlin, Cologne, Vienne, etc., et de leurs réussites parfois si heureuses. La toile de fond du Prince Igor ne lui en eût pas paru moins admirable, mais à coup sûr le décor d\i Pavilio?i d'Armide,

Notre esthétique théâtrale reste encombrée d'un tel ramassis de formules et se laisse gêner par de si inutiles soucis, que la moindre simplification cause au spectateur artiste et intelligent un soulagement appréciable. Que n'eût pu tenter Antoine, avec Fautorité et le crédit dont il jouissait, si de néfastes préoccupations de réalisme n'eussent remplacé chez lui tout souci d'art I Quel

chemin nous avons parcouru pour que cette mise en scène, ce décor d'un Louis XIV à peine retouché par Beardsley, nous cause, servi par la Russie, une telle surprise î Oui, ces jets d*eau sveltes et d'un gris si délicat entre les verts acides des ifs taillés et les violets vineux du tendelet d'Armide furent d'une fraîcheur exquise ; j'estime pourtant qu'un pareil spectacle était loin d^atteindre la précise beauté à laquelle il pouvait prétendre ; je ne puis comparer ce spectable aux représentations de l'Opéra qui m'assassinent d'ennui et auxquelles je n'assiste presque jamais ; je veux bien croire puisque nous le dit Jacques Blanche, qu'il les laisse en arrière ; — mais combien notre plaisir ne fut-il pas plus vif encore, plus parfait lorsque la Schola Gantorum, il y a quelques années, nous offrit dans le cadre étroit de sa cour cette Guirlande de Rameau que dansèrent si précieusement les sœurs Mante. Il est vrai que la musique de Tcherepnine sur laquelle se danse et se mime le Pavièton cT^rmicfe, reste d'une uniforme médiocrité... Par contre quel ravissement sans mélange nous réservait le Prince Igor! Je ne sais si, depuis les chœurs du théâtre égyptien de l'Exposition nous avions goûté plus étrange émotion musicale : celle du premier chœur de Borodine la rappelait et l'égalait ; un chœur que toute la désolation du désert et de la steppe habite, et,

semble-t-il, devait habiter de tout temps. Enthousiasmantes encore dans le Prince Igor les danses nationales sur des airs populaires et particulièrement le pas des archers.. Alaiis qui dira jamais suffisamment ce que la musique russe doit à son folklore et au voisinage de € la langoureuse Asie > !...

Nous aurions souhaité revoir dans la Pskovitaine les six sveltes gaillards qui bondissent le pas des archers ; mais le seul grand Ghaliapine suffit à rassembler l'émotion d'une pièce assez médiocre. Sans doute le soutenait, l'inspirait, dans Boris GodounoVjkVégdil de la partition, le pathétique poème dramatique de Pouchkine ; la partition de la Pskovitaine reste sensiblement moins belle, et ne laisse reconnaître que par endroits le prodigieux symphoniste àAntar et de Schéhérazade*

APPENDICE

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