LETTRE DE JULES RENARD
Qei BBPÛNSB AU « JOURI^AL SANS DATES »
Mon cher André Gide,
Quelle était ma part précise dans votre admiration, avant la Bigote, je ne me permets pas de le savoir, mais la part que j'ai perdue, par la Bigote, ]e la regrette, croye^le, de toute ma sincérité.
Que d'autres pertes m'ont paru insignifiantes I Mais pourquoi cette punition? La pièce est-elle manquée comme l'affirme M. Jacques Copeau? Je ne me défends pas... Non, c'est que vous êtes surpris de mon anticléricalisme. Mais, mon cher André Gide je suis anticlérical à tond. Faites an moins le signe de la croix. Je ne trouve aucun sens à un curé, aucun jamais.
Je suis anticlérical comme je tâche, dans la vie, d être noète ou, plutôt, assez bon prosateur. Vous voyez que Test par un effok noble, pour de belles raisons. Peu importe qu'on me confonde avec Homais. 11 m est égal qu'Homais ait ridiculement raison. Je no peux pas me trouver ridicule, dans une question où il s agit de l'homme, proiondément, et de Dieu même.
^22 APPENDICE
Vous venez d'écrire un très beau livre, la Porte Etroite, Pensez-vous que je puisse me délivrer de lui en disant bonnement qu'il est clérical? Je ne crois pas; il faut que je l'admire, à part entière, à cause de l'idéal^ qui n'est pas le mien, que vous y avez mis.
Toutes proportions gardées entre un livre qui se tient sur les sommets, et une pièce de théâtre qui subit toutes les nécessités, et profite de toutes les vulgarités.
Je vous serre la main, avec tout le recul que v»ub desirez, entre Poil de Carotte et M. Vernet.
Jules Rbmabo
Et d'ailleurs le curé a'a-t-il pga complété Poil de Carotte ?