‹ Nouveaux prétextes; réflexions sur quelques points de littérature et de moraleChapitre 39 sur 41 · RÉPONSE A LA LETTRE DE JULES RENARD · texte numérisé non relu

RÉPONSE A LA LETTRE DE JULES RENARD

Mon cher Jules Renard,

C'est très bien de m'avoir écrit.

Je ne vous reproche pas d'être anticlérical. Mais si 1 antic ericahsme vous démange, écrivez un pamphlet, auquel j'applaudirai peut-être ; mais ne faites pas servir une peinture, que vous donnez pour objective, aux fins de votre passion. Vous trichez ; c'est là ce que je vous reproche, et de confondre les genres. L'œuvre d'art ne doit rien prouver ; ne peut rien prouver san» tricherie. (Est-ce à vous qu'il me faut écrire cela?) Comprenez qu'une pièce cléricalisante me serait tout

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aussi dépltisaate et que je parle en < honnête homme > et en artiste, non en bigot ni même en chrétien.

Si j'ai passablement souffert à vous voir incliner votre art,c'estque j'aime votre art et l'estime; c'est que j'abomine le théâtre à tendances, dont votre pièce semblait vouloir se rapprocher.

Vous me citez ma Porte Etroite... Mais qu'ai-je voulu faire là, qu'un portrait? J'ai souffert beaucoup de mon héroïne ; j'espère ne pas le lui avoir rendu. Je l'ai portraiturée avec amour, c'est pourquoi — tant il est difficile au public de comprendre qu'une déposition puisse no pas être pour ou contre — on a cru parfois, souvent même, que je l'approuvais. D'autres ont vu dans mon livre une satire du protestantisme, ce qui n'était ni moins faux, ni moins vrai.

Et je ne vous reproche pas d'être passionné, cher Renard; mais, pour l'amour de ceux qui vous aiment, continuer à préserver votre art des préoccupations qui l'abîment. Je vous serre la main bien cordialement, si vous le permettez tout de même.

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