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AVANT-PROPOS

Les préfaces les meilleures sont les plus courtes... Telle sera celle-ci.

Le bienveillant accueil fait à nos premiers essais de critique musicale nous engage à publier aujourd'hui la deuxième série des Profils de Musiciens de l'école contemporaine.

Ces études ne constituent pas un travail d'ensemble et n'ont nullement été conçues dans un système d'homogénéité. Elles ont été écrites selon les circonstances qui les ont fait naître, suivant le milieu où elles ont vu le jour; elles sont plus ou moins développées, tour à tour biographiques, psychologiques et humoristiques.

Les relations charmantes et déjà anciennes qui nous lient à

deux des compositeurs figurant dans ces nouveaux Profils nous

ont amené à étendre les études qui les concernent. Le profil est devenu portrait.

Un aimable confrère, qui a lu indiscrètement derrière notre

épaule les premières ébauches de ces deux biographies, a prétendu,

peut-être non sans raison, que la critique en était un peu trop absente.

Mais, peut-on savoir mauvais gré à l'ami d'avoir, tout en cherchant à être impartial, mis en relief plutôt la face que le revers de la médaille ?

Que les lecteurs qui parcourront ces pages montrent quelque indulgence à leur égard! Leur raison d'être ne s'explique que par le désir toujours inné chez l'auteur de penser et d'écrire sous l'empire d'un culte passionné pour un art qui est peut-être de tous le plus propre à adoucir les amertumes d'ici-bas.

Hugues IMBERT.

ï^etié de Boi^deffije

« Cédant arma Musicae »,

oici un musicien d'un aimable talent et d'un non moins aimable caractère, qui attend peut-être son v|gf Roi d'Ys!

Q) Fo«rt répandu dans le monde musical, membre

d'un des cercles les plus importants de Paris, René de Boisdeffre s'est acquis la réputation d'un compositeur amateur, à qui ilnemanqueprobablement quelapauvreté pour être proclamé artiste... Il faudrait en finir avec ce préjugé enraciné qui veut qu'un homme du monde, en dépit des aptitudes artistiques les plus caractérisées, ne puisse être qu'un amateur! A ce compte, F. Mendelssohn qui, doué d'une fort belle aisance, n'avait nul besoin de son métier pour vivre et possédait toutes les qualités d'élégance, de distinction, qui particularisent le mortel né dans un milieu aristocratique n'aurait donc été qu'un simple amateur? Jugeons, une fois pour toutes, et classons l'homme, non pas eu égard à sa naissance et à sa fortune, mais d'après son talent et la valeur de ses œuvres.

René de Boisdeffre s'est voué, depuis sa plus tendre enfance, à la cause de l'Art. L'heure n'a pas encore sonné pour lui de se produire et de voir exécuter une œuvre qui le fasse connaître de la foule; mais cette heure viendra, comme elle est venue pourE. Lalo, fort tardivement sans doute. Et souhaitons, pour E. Lalo comme pour tous les musiciens, que la. porte, qui vient d'être entr'ouverte au talent, ne lui soit pas brusquement fermée !

Quant à René de Boisdeffre, ce ne sera probablement pas un opéra qui mettra son nom en vedette ; il ne semble pas jusqu'ici qu'il ait osé aborder le théâtre. Mais telles pages symphoniques et dramatiques qui s'appellent le Cantique des Cantiques, Dans la Forêt, etc. . , doivent finir par occuper dans les grands concerts la place qui leur est due.

Dans cette étude, il conviendra de déterminer l'école à laquelle appartient ce compositeur, de rechercher ses tendances et de marquer le but qu'il poursuit.

La première enfance de René de Boisdeffre s'est passée à Vesoul (Haute-Saône). Il appartient à une famille de militaires ; son père, capitaine d'état-major, parvint plus tard au grade de colonel. Ses deux grandspères furent généraux sous le premier empire et la Restauration. S'il ne fut point dirigé lui-même vers la carrière des armes, c'est que sa santé délicate dans son enfance ne permit pas de lui faire faire les études un peu rudes du métier de soldat. Du reste, ses aptitudes se dévoilèrent de fort bonne heure pour l'art musical et il

y fut vivement encouragé par sa mère, qui était ellemême excellente musicienne, douée d'un tact musical parfait. Très bonne pianiste, ayant une voix de contralto très sympathique, elle ne pouvait qu'influencer heureusement les dispositions naissantes de son fils.

Né le 3 avril 1838 à Vesoul, il ne séjourna dans cette ville que jusqu'à l'âge de quatre ans et demi ; son père, appelé à un poste à Paris, y transporta ses pénates, à la fin de 1843. Il ne devait plus quitter cette ville. Dans le milieu artistique où vivait Mme de Boisdeffre sa mère, le jeune René allait trouver un aliment tout naturel à son goût prononcé pour la musique. Il passait des heures à écouter cette dernière, manifestant déjà l'impression qu'il ressentait à l'audition des morceaux qu'elle lui jouait. Il retenait facilement les premiers airs venus et cherchait, en rentrant à la maison, à les noter. Dès l'âge de sept ans, on lui inculqua les principes élémentaires du piano et il donna les premiers témoignages d'une ardeur musicale qui ne devait que s'accroître. Néanmoins, au bout de deux ou trois ans, l'élève avait besoin pour le diriger d'une main plus ferme que la main maternelle. Aussi le confia-t-on à un artiste habile et consciencieux, M. Charles Wagner, ancien premier prix du Conservatoire et élève de Zimmer.mann. Sous sa direction, René de Boisdeffre fit connaissance avec les classiques et se perfectionna dans l'étude du clavier.

Le père du jeune René avait su reconnaître, aussi bien que sa mère, les heureuses dispositions de son fils pour l'art musical ; aussi prit-il la ferme résolution de ne point faire entrer ce dernier dans un collège où il

lui aurait été matériellement impossible de trouver le temps nécessaire pour se livrer à sa vocation. Il est malheureusement un fait notoire, c'est que dans les collèges ou les pensions, en France, on met absolument au même niveau les arts libéraux et les arts plastiques ; on ne considère les uns et les autres que comme un passe-temps agréable, alors qu'il serait absolument indispensable de donner une large part à la musique et au dessin comme on le fait en Allemagne. En un mot, trop de grec et trop de latin et pas assez de cette nourriture intelligente qui élève l'âme de l'enfant, provoque chez lui des aspirations élevées vers le Beau et l'aide plus tard à embellir cette existence, condamnée autrement à rester décolorée et triviale !

René de Boisdeffre n'entra donc point au collège et, tout en recevant chez lui de professeurs particuliers l'instruction littéraire, il put continuer avec assiduité ses travaux préférés sous la direction de Charles Wagner. Il fit déjà quelques essais de composition qui frappèrent son professeur au point de le décider à lui communiquer les premières notions de l'harmonie. Malheureusement, quoique excellent musicien, Charles Wagner ne possédait peut-être pas une science musicale suffisante pour pousser son élève plus avant dans la connaissance et la pratique delà composition. D'un autre côté, la nécessité pour le jeune René de terminer ses études littéraires devait porter un préjudice grave à ses dispositions pour l'art musical. Mais, aussitôt son baccalauréat passé, et bien que son père tint à lui faire suivre des cours de droit, on jugea utile de le confier aux soins de M. Barbereau, dont la réputation de théoricien était parfaite-

ment établie. Au bout d'un an de droit, les Pandectes ne produisirent qu'un mortel ennui à notre jeune musicien qui avait déjà un amour profond pour la muse. Le droit fut abandonné, la toge céda le pas à la musique!

M. de Boisdeffre père ne jugea pas cependant que son fils fut forcé de passer par le laminoir du Conservatoire pour être proclamé musicien et sortir de l'usine officielle avec un diplôme qui ne confère pas toujours le talent. Bien qu'ayant des tendances assez arriérées, Barbereau sut donner à son élève une instruction musicale solide au point de vue spécial des règles théoriques. Il ne voulait pas le laisser aborder la composition avant d'avoir réuni tous les matériaux nécessaires pour que, dans la voie où il allait s'engager, ses pas fussent tout à fait assurés.

A l'âge de vingt-quatre ans, René de Boisdeffre, ayant eu l'occasicfn de faire la connaissance de Saint-Saèns, cessa, sur les conseils de ce dernier, de travailler avec Barbereau ; il pensait qu'avec ses préférences marquées pour la technique la plus sèche, le maître ne pouvait qu'étouffer dans l'œuf, les germes des facultés créatrices de l'élève. Le jeune René vola donc de ses propres ailes. C'était l'époque où le succès des œuvres de Gounod commençait à s'affirmer. Faust, dont la première représentation avait eu lieu au Théâtre Lyrique le 19 mars 1859, Philémon et Baucis, Mireille, et plus tard Roméo et Juliette, passionnaient la jeune Ecole et tous s'empressaient de marcher sur les traces du maître. René de Boisdeffre ne fut pas un des derniers à se laisser aller aux séductions que prodiguait la muse si captieuse de l'auteur de Faust. Il eut, comme ses contemporains, sa

(( crise de Gonnod », suivant l'heureuse expression employée par Al. René de Récy dans sa remarquable étude psychologique sur Saint-Saëns (i). On sent très bien dans les œuvres sorties de la plume des jeunes compositeurs français, l'influence qu'exerça sur eux l'école de Gounod : René de Boisdeffre n'échappa pas à cette influence.

Et cependant, les tendances de notre musicien étaient plutôt tournées, dès le principe, vers la musique intime que vers le théâtre. Les concessions à faire, les luttes à soutenir pour mener à bien une œuvre aussi colossale qu'un opéra l'effrayaient. Ces préventions ont subsisté pendant toute sa carrière.

Les premières œuvres de René de Boisdeffre, qui furent livrées à la publicité, datent de 1864 : ce furent des recueils de romances sans paroles pour piano et six mélodies pour chant. Mais, de 1869 à 1872, parurent des compositions plus sérieuses • un scherzo-sérénade pour deux pianos (op. 9) et un trio pour piano, violon et violoncelle (op. 10). Dès 1865, René de Boisdeffre, désireux d'étendre ses relations musicales, se fit recevoir du cercle de Y Union artistique (vulgo Les Mirlitons). Il y fut d'autant mieux accueilli que le cercle est, de tous ceux de Paris, celui qui fait la plus large part aux beaux arts et particulièrement à l'art musical. Le vaste hall est rempli, chaque lundi, d'amateurs qui viennent écouter la musique de chambre si bien interprétée par nos artistes qu'ils se nomment Armingaud, Fissot, Duvernoy, Alarsick, Loys, Gillet, Taffanel, en un mot, l'élite des grands

(1) Tij&vue Bleue des 2 et 1 6 février 1889.

virtuoses (i). Que d'oeuvres charmantes exécutées dans cette enceinte, où il suffit du talent pour y être admis !

Les deux Muses de la Musique et de la Peinture y sont honorées à un titre égal. Elles fraternisent ensemble et se font valoir mutuellement. Sur les parois du grand hall sont exposées, chaque année, les toiles des artistes faisant partie du cercle, et c'est au milieu de cet émerveillement des yeux que se produit cet autre émerveillement, celui des oreilles.

Le seul reproche qui pourrait être fait, au point de vue musical, aux tendances des membres du cercle, c'est de ne point donner une assez large part aux œuvres romantiques.

Le talent de René de Boisdeffre fut bientôt apprécié.

On fut heureux d'entendre ses premiers essais, auxquels

Alard prêta le concours de son jeu si brillant. Tous ses

ouvrages y virent successivement le jour.

L'année terrible vint interrompre ses études et ses relations. Il allait passer avec sa mère une grande partie de l'été dans une propriété située près de Nancy. Il s'y trouvait au moment où l'armée allemande envahit la Lorraine. Forcé de rentrer à Paris pour sauvegarder ses intérêts, il y séjourna jusqu'après le 4 Septembre, époque à laquelle il crut devoir retourner en Lorraine, à la suite de la nouvelle qui lui avait été transmise de l'envahissement et du pillage de sa propriété par les Prussiens. Il y passa l'hiver de 1870-1871, dans les conditions

(1) Rappelons aussi les noms des regrettés Alard, Franchomme, Jacquard, etc.

les plus désastreuses, gardé à vue, pour ainsi dire comme otage. Il considéra comme une délivrance le départ des envahisseurs et se remit au travail sur un mauvais piano que lui prêta un de ses voisins. Il en résulta un quintette pour piano, deux violons, alto et violoncelle (op u.) qu'il rapporta à Paris et qui fut exécuté d'abord au cercle des Mirlitons, par le quatuor d'Alard, et ensuite à la Société Nationale de Musique, où il venait de se faire inscrire comme membre actif. Viennent ensuite plusieurs compositions intéressantes, parmi lesquelles une Marche religieuse pour orchestre qui, admise au concours ouvert en 1878, pour l'audition des oeuvres des compositeurs français, fut exécutée par l'orchestre de Colonne aux concerts officiels du Trocadéro.

Le Cantique des Cantiques qui porte le n° 16 du catalogue des oeuvres, paraphrase musicale de la Bible, fut composé peu de temps après, ainsi que les Martyrs (op. 17.), drame sacré en trois parties, sur un poème de Louis Gallet et inspiré au librettiste par Chateaubriand.

C'est à Vézelise (1), son domaine Lorrain, que René de Boisdefîre a composé la plus grande partie de ses œuvres, que nous essayerons d'apprécier dans un chapitre spécial. Il a fort peu quitté son pays d'origine pour voyager à l'étranger. Bien que passionné pour les merveilleuses créations de la nature, il n'a guère été les cher-

( 1 ) Le marquis de Saint-Lambert, connu surtout par son poème des Saisons et par ses relations avec Mme d'Houdetot, est né à Vézelise. Il serait également l'auteur d'une Lettre sur l'Opéra, insérée dans le quatrième volume des Variétés littéraires de Suard.

cher au-delà des sites qui l'avoisinaient. C'est ainsi qu'il allait tous les ans se reposer dans les montagnes des Vosges, sur les rives du charmant lac de Gérardmer. Son père y avait fait bâtir un petit chalet, dans lequel il comptait passer une partie des étés; malheureusement la mort vint le surprendre et le chalet fut vendu. A cette habitation se rattache un souvenir bien piquant de la vie de Reyer, l'illustre académicien, auteur de Sigurd, le critique éminent du Journal des Débats. Il venait, lui aussi, se retremper chez des amis, en face de cette nature gracieuse et reposante. Une seule chose troublait sa quiétude; c'était un malheureux cornet à pistons qui ne cessait de se faire entendre sur les bords du lac II s'était laissé dire que ce bruit intempestif venait du chalet de René de Boisdeffre. Aussi avait-il conservé pour ce nom un souvenir peu sympathique et, lorsqu'à Paris, on lui. parlait des œuvres de ce compositeur, il ne pouvait que témoigner un mouvement d'humeur se rapportant à ses impressions de campagne. On eut beaucoup de peine à lui faire comprendre que René de Boisdeffre n'avait aucune prédilection pour cet instrument de supplice, qu'on appelle le cornet à pistons, et qu'il n'habitait plus depuis longtemps le chalet qui avait appartenu à son père.

C'est au bord du lac de Gérardmer, sur la lisière de la forêt, dans un site ravissant, que Mme Henriette Browne, l'artiste bien connue, s'est fait construire un vrai chalet d'opéra comique. Reyer n'était pas un des moins bien accueillis dans cette demeure élégante et hospitalière.

A la période comprise entre l'année 1878 et l'année 1888, se rapportent les œuvres les plus importantes et les plus nombreuses. Nous citerons parmi ces diverses

compositions : Moïse sauvé des eaux, scène lyrique pour orchestre, soli et chœurs (op. 18) qui fut exécutée en 1880 par la société Guillot de Sainbris, pour laquelle elle avait été composée; puis des Suites ou Pièces romantiques, pour divers instruments avec accompagnement de piano; Latone, scène mythologique, pour orchestre, soli et chœurs; un deuxième quintette (op. 25) pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse ; Ewa la folle, légende norvégienne, sur un texte de Paul Collin, pour soli et chœurs; deux recueils de mélodies pour chant; un deuxième trio pour piano, violon et violoncelle; 'Dans la Forêt, ode symphonie pour solo et chœurs, etc.

On demandait un jour à René de Boisdeffre s'il était marié : « J'ai contracté, répondit-il , la plus charmante union qu'il soit possible de rêver; je n'ai pas quitté ma mère depuis l'enfance ». Cette réponse donne bien l'idée de la grande affection qui unit la mère au fils. Leur intérieur se ressent de cette amitié. On y respire un calme bienfaisant et un apaisement qui contrastent très vivement avec l'effervescence tapageuse de nombre d'intérieurs parisiens. Le charme de cette vie à deux est encore embelli par l'esprit très primesautier et très ouvert aux choses de l'art de Mme de Boisdeffre mère. En dehors de ses qualités de musicienne, elle possède une plume charmante et écrivait si spirituellement dès sa première jeunesse, que dans sa famille on ne l'appelait pas autrement que la petite Sévigné. Le cabinet de travail de René de Boisdeffre est d'une grande simplicité.

Quelques toiles de peintres de ses amis pendent à la muraille, une esquisse de Monchablon, Moïse sauvé des eaux, en souvenir de la scène lyrique dont nous avons parlé plus haut (op. 18); de jolis paysages de Grandsire; un portrait fort ressemblant du maître de la maison, par A. Raynaud;un délicieux médaillon, reproduction en plâtre du marbre fait par Chapu, de la fille de Massenet, alors qu'elle était encore enfant. Au bas du médaillon on lit cette dédicace : « A René de Boisdeffre, sa petite amie Juliette Massenet »

Massenet habite du reste la même maison que de Boisdeffre, rue du Général Foy, 38. De là, l'intimité nouée entre les deux compositeurs. Mme Massenet vient souvent passer ses soirées près de ses deux amis, alors que Fauteur de Marie Magdeleine est appelé dans le monde par s^es succès et ses travaux.

René de Boisdeffre est de petite taille et d'apparence un peu frêle ; on devine que l'enfance a été délicate et que son développement physique a dû de s'accomplir et de s'achever aux soins maternels dont il a été entouré. A le voir, on ne dirait pas un artiste ; mais, en l'écoutant causer, on devine de suite que l'art a été la force dirigeante de sa vie.

Si René de Boisdeffre n'est pas un progressiste dans le sens le plus étendu du mot, il n'est pas non plus un rétrograde. Bien que très admirateur de l'œuvre de Gounod qui l'a passionné vivement, il n'en a pas moins un culte pour les maîtres d'autrefois : Bach, Beethoven,

Mozart, Mendelssohn. Parmi eux, l'auteur du Songe (Tune Nuit d'été a été, après Beethoven, celui qui l'a le plus attiré par sa grâce romantique et la couleur pleine de poésie de son orchestration. Quant à Wagner, il ne le connaît que par l'audition de certains fragments symphoniques, il ne peut faire que des réserves sur l'ensemble de son œuvre.

Malgré tout, il sait reconnaître la valeur et la puissance de certaines pages grandioses du maître de fêayreuth.

Il a étudié avec passion les compositions de musique de chambre des grands maîtres allemands et la connaissance très approfondie qu'il a acquise à la suite de cette longue et patiente étude a mis à son actif des qualités incontestables, qui lui ont permis d'écrire, dans toutes les règles scolastiques, des œuvres instrumentales fort intéressantes. Et ces qualités sont rares en France.

Il serait peut-être inexact de dire que ses tendances artistiques ne l'ont pas entraîné vers l'Opéra ; car, dans toute sa musique, se révèle un charme mélodique qui convient bien aux œuvres destinées au théâtre. Mais, avec sa nature très réservée, son éloignement profond pour l'intrigue et les démarches sans nombre que doit faire tout compositeur pour arriver à la scène, il préféra se confiner dans le genre musical, qui n'a besoin ni de la scène, ni des décors.

Dans les œuvres de René de BoisdefTre, l'harmonie est simple ; on n'y trouve point des hardiesses qui, lorsqu'elles ne sont point poussées jusqu'à l'exagération, rehaussent avec bonheur le caractère et la couleur des idées musicales. On désirerait y rencontrer ces accidents imprévus qui, loin d'être des innovations, appel-

lent l'attention de l'auditeur et font ressortir telles ou telles mélodies, auxquelles il ne faudrait peut-être que ce complément de haut goût pour être déclarées parfaites. Chez lui la phrase vient facilement, les idées mélodiques se succèdent et s'enchaînent fort bien : aucune recherche, soit dans l'intonation, soit dans le style. La couleur est bien française, dans le bon sens du mot^ni violente, ni trop effacée.

Bien qu'écrivant avec facilité, il estime qu'une œuvre ne doit être produite au grand jour qu'après avoir été longuement méditée. Les morceaux de musiqne instrumentale sont bien construits ; peut-être serait-il nécessaire de signaler la tendance de l'auteur à se complaire dans des développements un peu longs et dans le rappel trop fréquent des motifs qui lui sourient. Les morceaux de musique vocale sont d'une exécution plutôt facile; il connaît bien les ressources de la voix. La note personnelle n'est pas très accusée ; toutefois elle existe. Si un rapprochement pouvait être fait entre sa musique et celle des autres compositeurs contemporains, c'est avec celle des jeunes maîtres français qui ont suivi non pas l'impulsion de Berlioz, mais celle de Gounod.

Les œuvres éditées jusqu'à ce jour, s'élèvent au chiffre de 45 . Nous choisirons les plus importantes pour les analyser et pour en dégager, s'il se peut, ce que nous appellerons l'esprit du compositeur. Pour rendre la tâche plus facile, nous les diviserons en deux chapitres distincts :

i° (Musique instrumentale; 20 [Musique vocale.

l6 NOUVEAUX PROFILS DE MUSICIENS

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