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MUSIQUE INSTRUMENTALE

Parmi les quarante-cinq œuvres composées jusqu'à ce jour, nous en trouvons vingt-huit purement instrumentales, ce qui indique bien les préférences et, t#ut à la fois, les aptitudes de René de Boisdeffre pour la musique où les instruments seuls sont enjeu.

Nous croyons devoir donner la nomenclature de ces vingt-huit compositions par numéro d'ordre :

Op. i et 2. Recueils de Romances sans paroles pour piano.

5 Sérénade pour violon, orgue et piano.

6 Mélodie pour alto et piano.

7 Deux pièces pour piarjo.

9 Scherzo-sérénade pour deux pianos.

10 Premier trio en miç pour piano, violon et violoncelle. ii Quintette en ré mineur pour piano, deux violons; alto et violoncelle.

12 Sonate en la majeur pour piano et violon.

13 Quatuor en sol mineur, pour piano, violon, alto et violoncelle.

14 Marche religieuse pour orchestre arrangée pour piano à quatre mains.

15 Six pièces pour violoncelle et piano.

19 Suite poétique pour violon et piano.

20 Trois pièces pour clarinette et violon.

21 Romance et canzonetta pour violon et orchestre.

24 Suite romantique pour violon et piano.

25 Quintette en ré majeur pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse.

26 Trois pièces pour hautbois et piano.

31 Trois pièces pour flûte et piano.

32 Deuxième trio en sol mineur, pour piano, violon et violoncelle.

Op. 34 Berceuse pour alto.

» 36 Epithalame pour violon, violoncelle, harpe et orgue.

» 37 Méditation et cantilène pour violoncelle.

» 38 Douze morceaux de genre pour piano.

» 40 Trois pièces pour clarinette et alto.

» 42 Scènes orientales pour violoncelle et piano.

» 43 Sextuor en si y pour piano, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse.

» 44 Pièces symphoniques pour piano à quatre mains.

Scènes champêtres pour orchestre (sans numéro d'ordre et non éditées).

Dans les premières œuvres , comprises entre le numéro i et le numéro 4, se révèle l'influence qu'ont exercée tour-à-tour sur l'esprit de notre compositeur les différents maîtres qui l'ont attiré dans sa jeunesse. C'est ainsi que, dans le numéro 1 du premier recueil des Romances sans paroles, nous trouvons une analogie frappante avec celles de Mendelssohn. Dans le numéro 3, que nous préférons du reste, la forme est classique, ayant quelque identité avec le faire de Reber. Le numéro 2 du deuxième recueil (andante expressivo) nous ramène à un musicien qui eut son heure de célébrité pour avoir inauguré un genre nouveau, celui des odes-symphonies inspirées par l'Orient. C'est de lui qu'Auber disait, non sans malice : « 11 ne faut pas qu'il descende de son chameau ». 11 est pour nous évident que l'auteur du Désert et de Lalla Ronck, encore particulièrement cher au public français, eu égard à certaines qualités, n'a pas été sans influencer notre compositeur, quand il écrivit Yandante que nous venons de citer. La note personnelle commence à se dégager dans le premier trio (oeuvre 10) enmzb- Le premier allegro est d'une bonne venue, rappelant le faire de Mendelssohn et peut-être davantage celui

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de Gounod dans la progression ascendante de certains motifs. La deuxième partie de cet allegro offre cette particularité, que Fauteur a introduit là une phrase incidente d'un caractère mélodique qui ramène au chant principal. Uandante à 6/8 n'a absolument rien de classique; il est conçu dans la forme romantique. Le thème mélodique qui domine tout le morceau est développé tour à tour par le violon et le violoncelle et vient se joindre au scherzo, dont l'idée initiale se trouve indiquée dans les dernières mesures de Yandante. La première partie de ce scherzo, avec son mouvement vivace et ses notes piquées en triolet, est pleine d'entrain et fait contraste avec le trio dont le chant confié au violon et au violoncelle est fort gracieux. Le final à 2/4 débute par un motif fugué, sur lequel tout le morceau est construit à l'exception des deux adagios qui viennent l'entrecouper heureusement. Alexis de Castillon, ce musicien plein d'avenir et mort à la fleur de l'âge, fut frappé, en entendant cette première œuvre importante de René de Boisdeffre, des progrès qu'il avait accomplis et lui donna les plus sérieux encouragements.

Le quintette (op. 11), dédié à Gounod, indique bien franchement un pas en avant. Le début du premier morceau très franc d'allure, confié au piano, dénote déjà chez l'auteur une connaissance plus approfondie des qualités qui doivent dominer dans la musique de chambre. La forme, tout en étant classique, laisse entrevoir des aspirations vers la phrase romantique. Le tout est admirablement écrit pour chaque instrument et, lorsque l'auteur fait intervenir les instruments à découvert, il montre une sûreté de main fort remarquable.

Nous trouvons surtout charmante la phrase mélodique en /a, dite d'abord par l'alto et le piano, avec réponse donnée par le premier violon. En voici le dessin mélodique :

sotto. voce

^-th^ttnfft r i j J r^

Le même motif revient dans la deuxième partie et donne à tout le morceau un coloris vraiment pittoresque, qui caractérise, en un mot, les tendances de l'auteur vers le côté dramatique de la musique.

Le scherzo, dans un mouvement 6/8, allegro vivo, et dont toute la contexture est bâtie sur la même idée dominante en triolets, est interrompu par un trio d'un joli style champêtre, qui nous rappellerait certaines tendances de Vécole de Frédéric Kiel ou de Grieg. L'andante a un caractère absolument religieux et dramatique. Après une exposition solennelle très habituelle à l'auteur, nous trouvons un premier motif, à la lettre B, plein de charme et de grâce, soupiré tour à tour par le premier violon et l'alto, immédiatement suivi d'un motif tout différend en 12/8 qui donnerait, s'il était traduit par les voix, l'impression d'un Injlammatus très chaleureux.

A n dan te Alto

y- ï- l'--rrrr m

La péroraison de cet andante est pour ainsi dire une réponse chorale au chant si dramatique que nous venons de signaler.

Quant au final, il est bâti sur un sujet scolastique, qui se développe très heureusement dans tout le cours du morceau et qui se maintient même dans l'épisode en ré b (lettre H). Pour la péroraison, l'auteur a employé un mode qu'avait tout particulièrement en affection Méndelssohn, en rappelant le motif du début noté plus haut. La sonate pour piano et violon (op. 12), dédiée à Alard, contient, dans la première partie, une phrase presque identique à celle qui se trouve dans le premier morceau du quintette de Saint-Saëns, pour piano et instruments à cordes, rencontre évidemment fortuite mais curieuse à signaler. Le final, habilement construit, nous a révélé un motif confié au violon, qui est bien dans le caractère de l'instrument.

Le quatuor (op. 13), dédié à Massenet, est d'une facture supérieure à celle des ouvrages qui précèdent. La contexture nous en paraît plus serrée ; on sent que l'auteur est maître de sa plume. Ainsi, dans l'allégro ma non troppo, nous ne rencontrons plus la phrase mélodique confiée à tel ou tel instrument. Toutes les parties concourent bien à l'harmonie générale.

Le scherzo est d'une grâce véritablement aérienne avec ses traits rapides du piano (pianissimo) auxquels répondent les instruments : c'est fin et gracieux à ravir. Le trio fugué n'est pas moins original ; c'est de ce scherzo que M. Albert Dayrolles disait dans le *Parti National du 24 avril 1888 : « Voilà un morceau tout à fait réussi, d'une grâce ailée vraiment ravissante. C'est

ici la note pittoresque et fantaisiste dans tout son charme. La conclusion avec ses arpèges de piano soutenus par les tenues des instruments à cordes et les deux accords jetés pizzicato, doit produire un effet certain sur les auditeurs. »

L'andante débute par une sorte d'exposition avec accords arpégés du piano, se terminant par des points d'orgue, sorte d'entrée en matière*dont abuse peut-être un peu l'auteur. Elle est suivie d'une mélodie pleine de charme, qui est bien dans le sentiment moderne et dans laquelle on sent l'influence de Gounod. Quant au final, il est écrit avec cette liberté d'allure , qui se retrouve dans la plupart des œuvres de René de Boisdeffre.

La Marche religieuse, pour orchestre (op. 14), composée vers «1874, mt présentée au concours ouvert en 1878 pour l'audition d'ceuvres inédites de compositeurs français, aux concerts officiels du Trocadéro. Elle fut une des dix œuvres admises et par conséquent exécutée par l'orchestre de Colonne , dans la grande salle des Fêtes. Elle y obtint les honneurs du bis.

« La musique de M. de Boisdeffre est vivante, très bien rythmée et orchestrée, avec la simplicité de moyens qui convient à l'immense vaisseau d'une salle où les détails symphoniques sont perdus. On a tout particulièrement remarqué dans ce morceau une phrase de belle allure, jouée à découvert par les violons et très à effet, que nous applaudirions sans réserve, si les premières mesures rappelaient moins le début de la (Marche religieuse de Lohengrin. »

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