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VIII PREFACE

M. Imberl le dit à merveille, il y a du gamin de Paris dans Saint-Saëns; le plus aimable, le plus cultivé et le plus intelligent des gamins de Paris, d'un esprit cosmopolite et musicien accompli.

M. Massenet apparaît tout de suite comme une personnalité mieux définie (1). La coupe élégante et ciselée avec laquelle il puise à la source de la mélodie et dont il se sert avec tant de grâce est souvent une coupe enchantée. M. Massenet a deux notes personnelles, originales : d'une part, une tendresse insinuante, enjôleuse, qui s'élève parfois jusqu'à la passion; de l'autre une mélancolie pénétrante et singulièrement incisive. La première prédomine dans la charmante partition de Marie Madeleine^ judicieusement appréciée dans ce livre; la seconde traversetoute son œuvre. J'en trouve une expression courte, mais saisissante dans la prière d'Electre des Erynnies, dans ce solo de violoncelle accompagné d'un imperceptible sanglot des violons, plainte admirable, d'une désolation profonde et infinie comme la mer. M. Massenet n'eùt-il écrit que cette simple mélodie, aurait donné la preuve d'une grande capacité d'émotion. Il y a dans sa musique comme un écho individuel du lyrisme de Lamartine et de Musset. Certes, ses œuvres symphoniques et ses partitions d'opéra ont beaucoup de saveur et des qualités de premier ordre. Mais on voudrait lui voir traiter au théâtre un sujet aussi

(1) La biographie de M. Massenet n'est pas comprise dans ce travail, mais il a été fait mention de lui dans la biographie de Saint-Saëns.

PRÉFACE TX

heureusement adapté à son tempérament que l'était le drame sacré de Marie Madeleine.

Dans cette galerie, M. Ghabrier représente un type brillant de méridional sanguin et coloriste, plein de fougue sensuelle, de verve de bon aloi et d'esprit pétillant. Il empoigne facilement et comme il aime la vie, il est fait pour le drame et la musique vocale. Le Roi malgré lui et Gwendoline sont de belles promesses. Mais comme tant d'autres, M. Ghabrier est à la chasse d'un poème d'opéra qui permette à son talent vigoureux de se déployer complètement. Peutêtre l'a-t-il trouvé ; en tout cas il a le temps.

Gabriel Fauré nous offre un type opposé et assez rare, celui du méridional mélancolique et rêveur, nature d'une finesse exquise, d'une haute distinction. Il produit peu, mais avec un soin jaloux et une recherche persévérante du trait caractéristique. Je l'avoue à ma honte, je connais trop peu ses œuvres pour le juger à fond, mais ce que j'en connais m'a ravi. Sous une forme parfois un peu subtile se dessine un sentiment toujours net. Quels contours légers, quelle transparence aérienne dans le chœur des Djinns. Il y a de lui une mélodie pour chant d'une tristesse berçante et d'une délicieuse envolée. Elle se termine par ces mots : 0 nuit mystérieuse! et vous emporte sur les ailes du rêve dans les enchantements d'un bonheur perdu. Trait particulier chez Gabriel Fauré : il a la profondeur et l'intensité de la rêverie germanique avec la précision de lignes des paysages provençaux.

M. Vincent d'Indy vient lui aussi du Midi, mais au

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