‹ Nouveaux profils de musiciensChapitre 37 sur 43 · H. IMBERT · texte numérisé non relu

H. IMBERT

sible qu'elle a tentée entre l'art rêveur des pays des brouillards et l'art linéaire, très défini des pays du Midi, n'a pu enfanter que des œuvres jolies de formes, mais sans portée intellectuelle au point de vue des progrès de

l'art Il va même plus loin; il avoue franchement

qu'il éprouve une impression bien plus grande et plus réellement artistique devant l'art Assyrien du huitième siècle avant J.-C, que devant celui du siècle de Périclès (Renaissance antique).

« Me voici de retour de Londres, écrit-il à un ami, le 4 juin 1887, dans l'enthousiasme des sculptures assyriennes du British-Museum : quel bel art et quel flagrant délit de vie et de vérité dans ces tableaux d'une civilisation qui valait bien la nôtre ! »

Il resterait des heures en contemplation devant les tableaux de certains primitifs allemands ou flamands, comme Beham, Grunewald, Altdorfer, etc., jusques et y compris Holbein, tandis que les merveilleuses compositions de la Renaissance italienne, jusques et y compris Raphaël, le laissent absolument froid, Rembrandt est un des peintres du dix-septième siècle qui le frappent, parce qu'il a conservé l'art très pur des primitifs, en y infusant un courant tout moderne qui a été étouffé au dix-huitième siècle. Il dirait avec Charles Blanc que : « Rembrandt a passé au milieu des astres de la peinture comme font ces comètes qui semblent venues pour troubler les grandes lois du monde et qui, cependant, jouent aussi leur rôle dans l'harmonie des cieux. »

L'admiration presqu'exclusive de V. d'Indy pour les arts gigantesques de races disparues et pour les œuvres naïves et chaudement colorées des primitifs allemands ou flamands, lui a fait un peu oublier l'ère d'affranchissèment qu'a inaugurée le splendide édifice de la Renaissance. C'est dans la période qui s'étend de la fin du treizième aux premières années du quinzième siècle que les Nicolas de Pise, les Giotto, Donatello et Brunellesco

de Florence, les Van Eyck dans les Flandres, les Sluter en Bourgogne, etc..., abandonnèrent les formes hiératiques et l'Ecole byzantine, pour entrer à pleine voile dans l'imitation de la Nature et de l'Antique ; telle fut la reprise de la chaîne interrompue des belles époques de la Grèce. Leurs successeurs, Lucca délia Robbia, Michel- Ange, Benvenuto Gellini, Léonard de Yinci, Raphaël, le Gorrège, etc., n'ont fait que s'inspirer de leurs devanciers et les ont même quelquefois surpassés en adjoignant la grâce à la force. Ils ont ainsi produit des chefsd'œuvre qui, à eux seuls, constitueraient la gloire de la Renaissance et ont en réalité servi de modèles aux artistes de toutes les nations.

Ne faudrait-il pas chercher dans ses préférences pour les œuvres colossales, mais rudes, des temps primitifs et dans son exclusivisme pour les créations si pleines de charmes de la Renaissance, le parti pris par Y. d'Indy d'éloigner de ses compositions tout ce qui pourrait être considéré, selon lui, comme de l'afféterie et qui ne serait que la grâce ou la tendresse ?

L'avenir dira si ce compositeur qui, parmi les jeunes, est une des organisations musicales les plus surprenantes et dont les premières œuvres révèlent déjà, en tant que symphoniste, un talent plein d'originalité et de vigueur, ne deviendra pas en France l'un des représentants du Drame musical, tel que l'ont rêvé ou réalisé en partie Gluck, Weber, Berlioz, Reyer, Wagner, — qui entraîne la disparition des formes surannées, des vieux moules légués par le passé et comporte les transformations, les innovations qui ne sont en réalité que la loi de la Nature

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