SCÈNE IV. • laS
de rallemand , c'était une trop grande fête pour qu'elle put résister. Elle était ravie*
MADAME DE MÉRÎGinr.
On dit pourtant que cette pièce n'est pas bonne.
M. LliVEN.
Qui est-ce qui dit cela ?
MADABIE HEKFORT , un peu «mbarrassée. #
Sous le rapport de la versification.
M. LIÉVEN. ^
Elle est en prose.
MADAME HERFORTi
En vérité ? La plupart des vers que l'on fait aujourd'hui sont si singuliers , que souvent , à moins de les lire, je m'y trompe. Eh bien ! utie tragédie en prose , c'est un mélodrame.
|f . LIÉVENv
Si vous voulez. Je ne mets pas d'importance aux dénominations. C'est intéressant ; c'est Da-» tuirel.
MADAME HERFORT
Allons, allons , il faut en convenir, monsieur Liéven, un peu trop naturel. Il y a là dedans des rois, des princes, des gens de cour qui parlent comme tout le monde.
M. LliVEN*
Est-ce que vous seriez fâchée d'entendre des rois parler comme tout le monde ?
MADAME B£ MJ^RIGNY.
L'art du poète consiste pourtant à embellir un peu la nature.
M. LIJÉVEW.
D'embellissemens en embellissemens, nous avons été conduits à ne plus voir que des personnages de^antaisie. Certainement les trônes de l'Europe n'ont jamais été occupés pat* des souverains plus éclairés , plus spirituels que ceux qui existent aujourd'hui ; eh bien ! je parierais qu'il n'y en a pas quatre qui parleraient comme ceux que Corneille et Racine font parler dans leurs pièces.
MADAME 1>E MÉRIGNY.
Il se^tire toujours de tout par des plaisanteries.
M. LIÉVEN
Mais non. Les acteurs eux-mêmes ont perdu la tradition de Ces enflures de voix , de ces airs gourmés qui faisaient pâmer nos pères ; ils sont plus à l'aise dans les rôles qu'on leur fait à présent , parce qu'ils sont plus vrais ^ et que, pour les bien rendre , on n'est pas obligé de se jeter dans des combinaisons idéales.
MADAME DE MJ^RIGinr.
Vous avez beau jeu avec des femmes pour soqtenir la thèse que vous soutenez; mais, sans pouvoir vous répondre , je sens bien que je ne suis pas convaincue du tout.
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