BOULEVARD SAINT-GERMAIN
Droite de propriété et
de traduction réserves
Nous vivons en un siècle de progrès. C'est bien sûr. Sans cesse, à toutes les tribunes on le dit, et les Journaux populaires chaque matin le répètent,
Il y a cent ans, Voltaire annonçait le futur progrès en des termes qui semblent indiquer un sentiment d’en. vie et qui n'étaient peut-être que l'expression d’une diabolique ironie.
« Nos neveux, disait-il, seront heureux. Ils verront de belles choses. »
Ces belles choses, s’il les avait vues, quelle douleur et quelle angoisse il en eût éprouvées! Lui, l'hôte assidu des élégantes maisons, le courtisan des grands seigneurs, le pensionnaire des princes, l’adulateur des souverains, lui, le roturier si heureux d’avoir acquis le 4 titre de gentilhomme de la chambre du roi, et profes- 2 Sant un si supréme mépris pour la plèbe, lui, l’étonnant
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de son style, lui, le philosophe si dévoué à tout ce qu'on appelle les questions humanitaires, mais avant tout si occupé de ses caleuls d'argent, du revenu de ses terres, du placement fructueux de ses capitaux, que serait-il Jevenu s'il avait vu les réalités du progrès préparé par lui et par ses complices : les élégantes maisons démolies ou
occupées par des êtres timmondes, les grands seigneurs
proserits, les trônes brisés, les titres et priviléges abolis, les terres ravagées, les capitaux perdus dans les banqueroutes, les œuvres de science et d'esprit remplacées par les éerits les plus idiots ou les plus infmes, toute la France, la glorieuse France, bouleversée, dévastée, terrilice, el, sur ses ruines inondées de sang, les bêtes fauves de La plèbe hurlantes et triomphantes”?
[ya un grand nombre d'idées révolutionnaires que nous ne pouvons en conscience décorer du nôm de progrès. y en à d'autres plus mitigées qui nous semblent encore fort çontestables. Mais le progrès des sciences voilà le fait réel, positif, que personne ne peut nier, dont nous devons nous réjouir et nous honorer.
ar un goût particulier, je me plais à signaler ceux de la géographie.
Les Allemands se croient, en cette science comme en plusieurs autres, bien supérieurs à nous et se glorifient de leurs gros livres chargés de citations. Avec un très simple sentiment de justice, 1ls pourraient dire ce qu'ils doivent de leur érudition aux Mémoires de notre Institut, aux Bulletins de notre Société de géographie, la plus ancienne de l'Europe”, aux pérégrinations de nos missionnaires dans les contrées les plus sauvages, aux expéditions ordonnées par nos rois.
4 Fondée en 181, celle de Florence en 1824, celle de Londres en 1850, celle de Berlin en 1859, celle de Pétersbourg en 1856.
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Nous avons bien encore en Amérique, en Afrique, en Australie, quelques mystérieux espaces à dévoiler, cà et là plus d'une grave question d'ethnographie et de physique à éelaireir et plus d'un difficile problème : résoudre, Mais enfin nous sommes en plein progrès.
Et quel temps il à fallu pour y arriver!
Toute l'antiquité avait été occupée de l'étude de la terre et des astres. Quelques siècles après le règne d'Auguste, tout était à recommencer.
Is avaient un profond mépris pour l'étude, ces honmes de fer destinés à bouleverser le monde, Endureis par la rigueur de leur climat et leurs rudes habitudes, ils n'aimaient que la chasse et la guerre; ils n'admiraient que la force physique, le courage et la violence.
Des forêts de la Germanie, des profondeurs de la péninsule scandinave, des steppes du Don, des régions inconnues de l'Asie septentrionale, ils s’avançaient vers les régions favorisées par un ciel plus doux, enrichies par la culture et le commerce, Hs s'avançaient, refoulant devant eux ou écrasant les cohortes romaines incapables de leur résister, et sans merei pillant, brûlant, saccageant, pour satisfaire leurs brutales passions. La plupart de leurs chefs pouvaient dire, comme Attila, que l'herbe ne croissait plus là où le pied de leur cheval avait passé.
Pendant deux cents ans, la Fagina gentium versa sur les plus belles contrées de l'Europe ces avalanches de sauvages. [ls envahirent la Pannonie, la Gaule, l'Espagne, PAfrique, puis enfin l'Îtalie, et l'empire d'Occident fut tout entier plongé dans les ténèbres, noyé dans le déluge de la barbarie.
Dans ces ténèbres il v avait une lumière, dans ce dé luge une arche.
La lumière, l'étoile de Béthléem ; l’arche, l'Église du Rédempteur.
« Lorsque la vieille Rome, a dit M. Thiers, tomba sanglante et vaincue aux pieds des barbares, l'Église recueillit l'esprit humain comme un enfant abandonné qu'on recueille dans le sac d’une ville, expirant sur le sein de sa mère égorgée. Elle le recueilli, elle le cacha dans ces asiles religieux dont notre siècle a tant aimé l'architecture mystérieuse et hardie, »
Dans un de ces mythes issus de l'Orient et assombris par les nuages du Nord, l'Edda scandinave nous représente le cataclysme, la fin d’un ancien monde, et l’éclosion d’un monde nouveau.
Longtemps d'avance, l'heure suprême est annoncée par des signes effrayants. Trois longs hivers se succèdent sans interruption. Pas une lueur consolante ne brille au ciel, pas une fleur de printemps ne s'épanouit dans la vallée, pas un brin d'herbe ne reverdit sur la colline. La famine et la peste ravagent le monde. D’affreuses passions divisent les familles: les frères s’entretuent, et il n'y a plus de foyer domestique, plus d’affections sincères, plus de vertus. Le vice pénètre dans tous les cœurs comme un ulcère, et ceux qui ont conservé l’amour de la justice se réjouissent de s'endormir dans leur tombeau.
Tout à coup la terre tremble ; les arbres sont renversés, les montagnes s’écroulent, les étoiles tombent du ciel, deux loups engloutissent le soleil et la lune. L’Océan, que la main du Créateur n'arrête plus dans son lit de sable, inonde le globe. Sur ses vagues on voit flotter le Naglefar, le funèbre navire construit avec les ongles des morts. Il transporte les géants qui vont combattre des dieux. Le serpent Midgard fouette les eaux de sa large queue et lance son venin dans les airs. Le loup
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