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Fenris s'élance l'œil enflammé ; une de ses mächoires touche à la terre, l’autre au ciel. Loki, le génie du mal, marche à la tête de tous les monstres, et Sutur, le génie du feu, embrase le monde.
Le monde s’est écroulé. Les hommes ont péri dans le feu ; les dieux ont disparu. Mais du milieu des flots une autre terre surgit plus riante que la première. Un nouveau soleil l'éclaire; une nouvelle race humaine va l’habiter.
Ainsi s'est écroulé l'ancien monde du paganisme, et sur ces ruines s’est élevé le monde nouveau, le monde chrétien: le dogme de mansuétude et de charité à la place de la loi du plus fort; l'élévation de l'âme à la place des passions corporelles ; le sanetuaire de la Vierge à la place du temple de Vénus; le pacifique monastère à la place de l'arène sanglante.
Dans ces monastères, l’indigent trouvait des secours efticaces; lopprimé un appui; l'enfant du pâtre ou de l'artisan une école non obligatoire, mais gratuite, d’où il pouvait s'élever aux plus hautes dignités de l'Église.
Dans ces monastères a fleuri, comme un beau lis, la fleur de poésie qui charmait les naïves imaginations, la rose mystique du sentiment religieux qui délectait les cœurs, le rameau de plusieurs sciences dont nous recueillons encore les fruits.
Les hommes qui se consacraient à la vie monastique devaient, selon la règle des grands maîtres : saint Basile, saint Isidore, saint Benoit, joindre aux pratiques de dévotions et aux graves études le travail manuel.
Par un rude labeur, ils ont défriché les terrains les plus arides et donné aux habitants des campagnes les meilleurs exemples d’horticulture et d’agronomie.
Par leur piété, leur intelligence ct leur noble ardeur,
ils ont édifié, instruit ct dirigé l’enfance des sociétés modernes.
Qui pourrait énumérer les œuvres qu'ils ont accomplies ces hommes de l'Église, depuis le manuscrit patiemment enluminé jusqu’à la statue taillée à grands coups de marteau, depuis la légende ingénue et la minutieuse chronique ] jusqu’ à la structure des arceaux gigantesques et des flèches aériennes de nos cathédrales?
Mais j'en reviens à la géographie.
Dans les premiers temps du moyen âge, tous les livres de l’antiquité étant en partie dilapidés et perdus, en partie oubliés, on ne connaissait plus guère la géographie d’Homère, ni celle d'Hérodote, n1 celle de Ptolémée, et, dans le bouleversement universel, nul État, nulle cité ne purent songer à entreprendre des expéditions intrépides comme celles des Phéniciens, des voyages de commerce comme les Carthaginois, des colonisations comme les Grecs, ni des tentatives d’exploration comme celle de Néarque, l'amiral d'Alexandre.
Tout paraissait si loin et si difficile à atteindre! À quatre-vingts lieues de distance, les environs de Paris étaient si inconnus que le supérieur du couvent de Cluny n'osait se rendre au vœu du comte Bourecard, qui linvitait à fonder un cloître de son ordre à Saint-Maur des Fossés. Une chronique raconte que les moines de Saint- Martin de Tournai firent de vains efforts pour découvrir l’abbaye de Ferrières. Telle était partout la lenteur des locomotions qu’on ne comptait en Angleterre pas moins de trois journées pour faire très promptement le trajet de Londres à Douvres, et deux fortes journées pour celui de Beaumont-sur-Oise à Paris.
Dans ces difficultés de toute sorte et cette ignorance générale, le laborieux clergé recommença et reconstitua l'étude de la géographie.
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