LES RUSSES EN SIBÉRIE ET SUR LE FLEUVE AMOUR
Nous avons commencé petitement, disait l’empereur François IT en visitant l’ancien manoir de Rodolphe de
Habsbourg.
Petitement aussi a commencé la monarchie prussienne avec la sablonneuse Marche de Brandebourg que Sigismond abandonna à Frédéric de Hohenzollern pour la somme de 250,000 florins.
Petitement aussi l'empire russe avec» la république de Novogorod qui, pour mettre fin à ses dissensions, fut obligée d’appeler à son secours Rurik le Waringue scandinave ; avec l’État de Moscovie sans cesse harcelé par des peuplades sauvages, envahi à diverses reprises par les Polonais, subjugué par les Tartares, et soumis à leur joug pendant plus de deux siècles. Le souvenir de ce temps d’oppression se perpétue dans l’isba russe par les légendes et les ballades populaires.
Une de ces ballades nous représente une mère assise près de la couchette de son fils et murmurant ces paroles :
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«Sur la haute montagne brillent des feux nombreux, des feux sinistres. Dors, mon enfant.
« Autour de ces feux sinistres sont assis les Tartares,. Dors mon enfant. Ils sont assis là et partagent les dépouties de ton père. Dors, mon enfant.
« Réveille-toi, lève-toi mon enfant. Prends l’épée damasquinée suspendue à la muraille.
« Avec cette épée frappe les Tartares et leurs enfants. Déchire-les en morceaux. »
Un autre chant décrit la fin d’une bataille contre les Tartares :
« Au delà d’Outcha, la fameuse rivière, au milieu des collines d’Outvinsk dans une large plaine, un champ de blé a été labouré, et ce n’est point avec la charrue qu'il a été labouré, mais avec les lances des Tartares. Il n’a point été hersé avec la herse, mais avec les pieds rapides des chevaux. Il n’a point été ensemencé de seigle et de froment mais des fières têtes des Cosaques. Il n’a point été trempé par la pluie d’été ni par les averses d'automne mais par les larmes brûlantes denos frères !. »
Comment l’étroite et faible Moscovie est-elle devenue l’immense empire russe qui s'étend de la mer Baltique à la mer du Japon et de l'Océan polaire aux frontières de la Turquie, de la Perse, de l'Afghanistan ! C’est l’un des faits les plus étonnants de l’histoire moderne.
Quand des rives de l’Amour, Gengiskan partit avec le désir de subjuguer les contrées de l'Occident, il rassemblait sous ses étendards toutes les hordes disséminées dans de vastes régions. La plupart de ces primitives tribus habituées à la vie nomade le suivaient
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M. Ralston a reproduit ce chant dans son excellent livre : The songs of the Russian people.
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avec leurs tentes et leurs bestiaux. Ainsi en traversant les terres désertes, on n'avait point à s'occuper des provisions. L'herbe des steppes nourrissait les bestiaux, et les bestiaux nourrissaient les soldats et plus on allait en avant plus le nombre des volontaires s’accroissait. Ce n’était pas une armée que le terrible Tartare entrainait avec lui, c’étaient des nations‘.
La Russie n'a pu faire ses conquêtes par de telles avalanches. Elle n’a pu les faire par le fanatisme des Tures.
Elle ne s'est point agrandie comme l'Autriche par d'heureux mariages?. Elle n'a point eu comme la Prusse une lougue lignée d’habiles souverains, tous l’un après l'autre, constamment occupés du soin d'élargir leurs domaines, d'accroitre leur trésor, d'augmenter la force de leurs armées.
Comment donc la petite peuplade slave comprise près des sources de la Dwina et du Dnieper, est-elle devenue la colossale Russie ?
D'abord il faut le dire, elle devait forcément s’agrandir pourne pas périr. Elle devait refouler les tribus hosiles qui la cernaient de toute part; elle devait étendre plus au large son labeur agricole. Elle devait aussi, en dépit des Suédois du golfe de Finlande, des Livoniens de la Baltique, des Cosaques du Don, des Tartares de la Crimée, des Tures du Bosphore, naviguer librement sur les fleuves et les mers touchant à ses domaines.
Toutes ces conquêtes elle les à faites par de palientes entreprises, par de vaillantes batailles et d'heureuses migrations, par la puissance de deux sentiments
1 Russia, by M. Wallace, t. IT p. 62.
? Bella gerant alii, lu felix Austria nube Nam quæ Mars aliis, dat tibi regna Venus.