‹ Nouveaux récits de voyage [microforme]Chapitre 44 sur 57 · EP · texte numérisé non relu

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jeunes filles et des ateliers; de plus, elles ont fondé un hôpital.

« Ces saintes filles, dit M. de Compiègne, sont ici une vraie Providence et font l’admiratton de cenx-là mêmes qui, par hostilité systématique contre la religion, méconnaissent les efforts des missionnaires et s ‘attachent à les dénigrer. Il suffira de citer un trait pour faire apprécier leur héroïsme. Au mois de janvier 1871 arrivaiant au Gabon trois Sœurs destinées à combler les vides faits par la maladie et par la mort. Au mois de février, l'une d'elles succomba, et au mois d'avril les deux autres mouraient également. La nouvelle de leur mort arriva à la congrégalion. Par le courrier suivant, trois autres Sœurs partaient pour les remplacer. Depuis vingt ans ici, eomme partout où 1l y a du bien à fure, ces Sœurs sont à l’œuvre. Avant que l'hôpital füt Lransféré en pleine mer, à bord de la frégate stationnatre, elles étaient sans cesse au chevet du malade. Aujourd'hui, elles ont établi chez elles un hôpital où les négresses malades, infirmes, vieilles, reçoivent des soins dévoués, Là aussi viennent frapper, après avoir erré mourant de faim, à travers les broussailles, de pauvres esclaves qui se sont enfuies, maltraitées el meurtries par leurs maîtres. Elles sont sûres de trouver chez les Sœurs asile et protection. Au milieu des travaux, les bonnes Sœurs prennent encore le temps de cultiver un grand et beau jardin, où l’on retrouve les roses, les pervenches, les œillets Ge la terre d'Europe, et aussi les légumes de France, qu'elles mettent à la disposition des malades, Par tant de bonté et d'abnésation, elles ont vaincu les plus secotiques. Sur leur passage, il n’est pas une tête qui ne se découvre et ne s'incline avec vénération. »

Avant d’être complètement guéris, M. de Compiègne

et M. Marche se remettent en route, et dès leur rentrée dans les domaines du Roi-Soleil, ils assistent à un drame si caractéristique que nous ne croyons pouvoir nous dispenser de le retracer.

Un esclave a tué un homme libre. La loi, en pareil cas, condamne non seulement le meurtrier, mais son maître. Car pour la vie d’un homme libre il faut la vie d’un homme libre. Celle de l'esclave ne compte pas.

L’infortuné propriétaire, dont une troupe de nègres demande impérieusement la tête, essaye d’attendrir ces forcenés par des prières, puis de les séduire par diverses propositions :

« Non, non, s'écrient-ils, la mort! »

Le malheureux alors leur dit ;

« Je sais que le meurtre doit être vengé. Mais voyez, Je puis par mon expérience être ulile dans les conseils, j'ai une sœur jeune et belle, immolez-la à ma place. »

De tous les côtés on lui résond :

« Non, une femme ne peut payer la vie d’un homme libre.

—Eh bien, réplique le tendre frère, pour compenser la différence, je vous donnerai avec ma sœur trois esclaves et deux paquets d'ivoire. »

Après de vives discussions et de longues délibérations l'offre fut acceptée.

La jeune femme, qui n'avait nulle envie de mourir, s'enfuit ; elle fut poursuivie, arrêtée, et ramenée dans son village avec des cris féroces.

M. de Compiègne, M. Marche et un négociant anglais qui était alors près d'eux entreprirent de la sauver et demandèrent sa grâce au roi.

Le roi, rusé, essaya d’abord de répondre à cette

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requête par quelques plaisanteries, puis, voyant que

ses Jovialités étaient fort mal reçues, il dit d’un ton sérieux :

« Je ne comprends pas pourquoi vous vous intéressez au sort d'une femme qui ne vous a pas appartenu, que vous ne connaissez même pas! Hier, cependant, j'aurais peut-être pu m'opposer à sa condamnation. À présent l'arrêt est rendu. Il doit être exécuté. »

Les trois généreux champions recommencent leurs plaidoyers et, par des promesses et par des menaces, en viennent à vaincre les derniers scrupules du vieux Lyran.

Une autre transaction sera faite. La jeune femme sera enlevée à ses bourreaux; c’est décidé.

Le lendemain, de grand matin, le Roi-Soleil entre brusquement dans la tente des voyageurs, et avec un accent de douleur annonce que dans la nuit, à son insu, la pauvre femme a été égorgée.

Trois jours après, il revenait réellement triste et confus. Sa ration quotidienne de rhum lui avait été supprimée, sa chère ration! Il voulait la reconquérir, et il avoua que dans sa précédente visite il avait menti. La condamnée vivait encore. On pouvait la racheter.

Comment? Avec diverses marchandises équivalant à une somme. de 720 francs.

M. de Compiègne et ses deux amis payent ce tribut pour délivrer la captive. De plus, le roi repentant aura la joie de savourer sa bonne liqueur, et il s'en va, son Chapeau à soleil sur la tête, un gilet de Bobino sur la poitrine sa canne de tambour-major à la main, il s’en va fièrement présider une nouvelle conférence, puis il revient avec la négresse, heureuse de remercier ses libérateurs.

Le soir même, l’innocente créature vendue par son

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