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templadas, lierras frias (terres chaudes, terres tempérées, terres froides).
De l'une de ces zones à l’autre, le botaniste peut observer toutes les variétés d’une échelle de végétation, depuis les céréales et les plantes alpestres de l'Europe jusqu'aux éblouissantes floraisons des tropiques. Et nulle ardeur torride ne dessèche les tierras calientes, et nulle neige ne tombe sur les tierras frias. Partout la sève el la verdure, et la tiède haleine d’un éternel printemps.
Je n'ai pas le moindre désir de coopérer à l'œuvre des sociétés d’émigration en disant les attraits d’une contrée étrangère, étant bien convaineu que rien ne vaut la terre natale, que rien ne peut faire oublier la maison paternelle.
Heureux celui qui ne court point après la fortune comme l’homme égaré de La Fontaine. Heureux celui qui peut dire avec Ducis :
Petit logis commode et sain,
Où des arts et du luxe en vain
On chercherait quelque merveille ; Humble asile où J'oi sous la main Mon La Fontaine et mon Corneiile; Où je vis, m'endors, et m'éveille Sans aucun soin du lendernain, Sans aueun remords de la veille, Retraite où J'habite avec moi, Seul, sans désirs, et sans emploi, Libre de crainte et d'espérance, Enfin après trois jours d'absence, Je viens, J'accours, je l’aperçois,
O mon lit, à ma maisonnette, Chers témoins de ma paix secrète, C'est vous, Vous voilà, Je vous vois, Qu'avec plaisir je vous répète,
I n'est point de petit chez soi!
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Mais si l’on n’est point appelé à vivre dans les admirables régions des tropiques, si l’on 4e peut pas même les voir de sés propres yeux, il est agréable encore de les voir par ies yeux des autres, d'y voyager par la pensée.
Au temps de leurs découvertes et de leurs conquêtes dans les parages de l'Amérique, les Espagnols s’abandonnaient naturellement aux rèves les plus étranges. «Un nouveau monde, dit Robertson, se dévoilait à leurs regards ; ils abordatent à des îles; ils cheminaient sur des continents dont l’humanité n'avait eu jusque-là aucune notion. Ils se croyaient au sein d’un monde enchanté, et dans l’ardeur et la nouveauté de leur adimiration, après tout ce qu'ils avaient vu de merveilleux, plus rien n’était assez extraordinaire pour leur paraitre incrovable !. »
Dans l'exploration du Guatemala et des États environnants, les voyageurs modernes, moins étonnés et moins crédules que les Espagnols, ne se montrent guère moins enthousiastes.
« Sans exagération, s’écrie M. Scherzer, ce pays est le paradis de l'Amérique; c’est la plus belle terre du monde ec la plus fertile ?. »
Avec un accent de bomheur, le savant déerit les montagnes qu'il à gravies dans cet isthme idéal, les monuments indiens qu'il à étudiés, les forêts dans lesquelles 1l a pénétré.
Un de nos compatriotes, M. À. Morlet, a vu aussi ces forêts, et 1l dit : « Comment peindre un tel spectacle! Une profusion de palnuers, de végétaux étranges et monstrueux, de lianes qui se tordent dans un désordre
1 History of América, Boak TI.
2 Aus dem Natur und Vælker Leben, p. 225.
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inexprimable, de rameaux séculaires, chargés de plantes bulbeuses comme autant de jardins aériens, une splendeur en un mot, une richesse, une diversité à confondre l'imagination la plus exagérée. Toute cette magnilicence m'apparut dans un rayon de lumière qui flottait à travers le feuillage, Au delà régnait un crépuscule que le soleil ne dissipe jamais. À l'aspect de cette scène, je m'arrêtai confondu, éb loui comme celui qui, dans une nuit obscure, est fraspé par l'éclat subit d’un météore. A midi, dans la profondeur des bois, il se fait un grand silence : pas une feuille ne remue sur les branches séculares, pas un son ne trouble le recucillement de a nature ; le mouvement semble interrompu par l’ardeur des rayons solaires, malgré la voûte impénétrable qui en intercepte l'éclat !, »
Maisle matin, quelle animation ! Quels bruissements ! Quelles notes musicales ! Quels cris de toute sorte ! Étonnantes sont les races d’animaux de cette région, étonnantes par leur multitude, par leur variété, par leurs contrastes. Là est l’alligator avec ses monstrueuses écailles semblables à des amas de galets fangeux, et le scarabée avec sa cuirasse d’or et d'énorauds : le congo remarquable entre tous les quadrumanes par l'éclat de sa voix qui résonne comme un tambour, et le montezuma qui, avec un léger gazouillement, suspend son nid à une feuille de palmier ; là le jaguar qui dans l’ombre épie sa proie, et [a luciole qui la nuit éclaire les pas du voyageur ; là le vautour à l'œil fauve, au bec erochu, au col pelé, lhorrible vautour que les carnages réjouissent, et les tendres mignon nes colombes qui constamment voltigent ou se reposent deux à deux si doucement et si fidèlement qu'on Les
TA, Morlot. Foyage en Amérique.
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appelle les inséparables ; là le condor qui déploie ses grandes ailes à la cime des Andes, et l'oiseau-mouche qui disparait comme une abeille dans le calice d'une fleur.
Tout le jour, dans la profondeur des bois, retentit à des intervalles réguliers une note grave et vibrante, semblable au son d'une cloche d'église. C’est l'accent d'un oiseau solitaire de la famille des cotingas. Les Espagnols lui ont donné le nom de caimpanero (sonneur de cloches).
Douce et touchante est la voix de whip-poor-will ; vive et joyeuse la mélodie du cilgero.
Mais nulle contrée n’est de toute façon, sans réserve, privilégiée, et les oiseaux de cette terre américaine si bien ensoleillée n’ont point le charme musical de nos rossignols, de nos alouettes, voire même de nos bouvreuils. La plupart n’ont pas de chant; d’autres comme les perroquets irritent l'oreille par des cris rauques et discordants ; d’autres, comme les toucans, par la répéti- M tion continuelle de deux monotones syllabes. F
S’il est désagréable d'entendre les oiseaux des tro- M piques, on ne peut se lasser de les contempler dans la | grâce de leurs formes, dans la splendeur de leur vêtement. L’éclat de leur plumage, dit M. Watterton, sur- | passe celui des saphirs, des rubis, des pierres les plus précieuses ?. ‘
En étudiant les mœurs des animaux on y retrouve les » passions, les vanités de l’homme, ce roi de la nature, » pauvre roi souvent si débile et si égaré. à
Parmi les bipèdes ailés des tropiques, il en est qui M Me se montrent simplement, modestement dans leur su-k Ho | perbe parure, comme de grands seigneurs habitués dès *
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EN AMÉRIQOUE 973
l'enfance à leur richesse héréditaire. Il en est qui se pavanent et s’admirent comme des parvenus ravis de leur subite fortune.
De légers colibris, les dandys de leur famille, s’en vont chercher sur une feuille de palmier ou un rameau de vanille une jeune colibrine, et devant elle étalent leurs ailes bleues, avec une bordure blanche, sautillent, se dandinent et coquettent jusqu’à ce que l'innocente petite se laisse émouvoir, et choisisse un de ses prétendants, non pas le plus vertueux peut-être, mais le plus brillant. C’est ainsi que cela se passe dans le monde des oiseaux, comme dans le monde des hommes.
Au bord des claires rivières voilées par les entrelacements des lianes fleuries, on voit glisser comme un rayon de lumière un bijou d'oiseau; la tête et les épaules d'un pourpre étincelant, le col pareil à un cercle d'argent bruni, la poitrine bleue comme un saphir ‘
Sur les hauteurs du Guatemala plane un autre oiseau, le plus brillant peut-être des oiseaux du Nouveau- Monde par les couleurs lumineuses de ses ailes et l'éclat de sa queue. Il est si lier de cette queue, que si par quelque accident, il vient à la perdre, 1l se désole et meurt de chagrin ?.
On dit qu'il y a dans nos cités des chefs de partis démocratiques affligés d’une tout autre facon. Ils traînent avec peine de longues queues de satellites et ne peuvent s’en délivrer.
De sagaces et patients observateurs ont passé de longues années à étudier l’ornithologie de cet isthme
{ Th. Belt. The Naturalist in Nicaragua, p. 138. * K. von Scherzer, p. 58.
d'Amérique et n'ont fait qu'une minime partie de leur vaste entreprise.
Bien plus considérable encore dans cette même région est la tâche du botaniste.
Les indigènes ont reconnu par leur expérience les dangers ou les vertus d’un certain nombre de plantes; le suc mortel du manzanilla dans lequel ils trempent leurs flèches, l'écorce qui guérit de la fièvre, l'herbe mystérieuse que les Sukies, les magiciennes du peuple, employent daus leurs évocations, et la racine bénite qui préserve de la morsure des serpents.
Des savants étrangers sont venus qui ont agrandi le cercle de ces connaissances, mais combien de lacunes encore, et combien d'espaces inexplorés!
Qui pourrait énumérer les végétaux de ce sol profond, vivifié par une chaleur permanente ?
Je me rappelle avec quel charme je parcourais un jour dans la saison d’été les plateaux du Doubs entre Morteau et le Russey. Tout dans les champs était éclos : margucrites blanches, coquelicots empourprés, boutons de trèfles, corolles de bluets. Il me semblait que je voyageais entre deux firmaments,
Un firmament de fleurs, un firmament d'étoiles.
Mais sur cette terre montagneuse, la floraison n’est pas de longue durée, et dans l'Amérique centrale elle est perpétuelle.
C'est là que sans cesse à chaque pas on peut se rappeler la poétique image de l'Évangile : « Voyez les lys de la vallée. [ls ne tissent ni ne filent et cependant Salomon dans toute sa gloire n’est pas vêtu comme eux. »
L'horloge floréale de Linnée est là exacte et complète. Elle se compose d'un vaste cercle de fleurs qui l’une après l’autre s'ouvrent et se ferment à des heures fixes ;
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