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raient stériles. Par les mouvements qu'il fait pour plonger son bec au fond d’une corolle, il agite des anthères qui versent sur ses ailes leur pollen, et il s'en va de côté et d'autre portant cette poussière fécondante au sein des forêts, à travers les réseaux de lianes où le vent ne peut pénétrer.
Ces grandes forêts ! De quelle surprise les Espagnols furent frappés quand ils les virent pour la première fois! Bernal Diaz l'a dit dans sa chronique avec une naïve émotion. | ‘
À travers leur vaste empire européen, les Espagnols qui accompagnaient Cortez dans sa marche vers Hon-
* duras n’avaient rien vu de pareil à la végétation à:
cette zonc américaine. Le lierre et les autres plantes parasites de leurs vallées, les pins résineux d’Italie, les chênes gigantesques de l’Ardennes, les noyers de la Flandre, les sapins de la Franche-Comté, les plus beaux sapins du monde ne pouvaient leur donner une idée des immenses échelles de lianes fleuries, du suc qui produit le caoutchouc, des tiges colossales du ceiba, des bois d’ébénisterie, tels que le bois de rose et l’acajou, des bois de teinture et des palmiers.
Les Aztèques connaissaient le caoutchouc. Ils en faisaient des balles élastiques pour leurs jeux et Pappelaient ulli. De là, le nom d’ulleros par lequel les Espagnols désignent ceux qui le récoltent.
L'arbre dont on l'extrait dans l’Amérique centrale est une espèce de figuier sauvage remarquable par la largeur de ses feuilles. Des incisions faites dans un
* M. Lemerre, à qui nous devons de si charmantes éditions de nos auteurs classiques et de nos meilleurs écrivains modernes, vient de rendre un nouveau service aux lettres en publiant, dans sa Bibliothèque des curieux, l'intéressante narration de Bernal Diaz, traduite par M. J.-M. de Heredia avec une scrupuleuse fidélité, en un sl yle excellent.
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arbre de cinq pieds de diamètre, on tire environ cinquante livres de gomme liquide ‘.
L'importation de l’acajou en Europe date de la fin du dix-septième siècle. En 1690, un navire marchand en prit comme lesi, à défaut d'autre chose, plusieurs billes qu’il importa en Angleterre. Elles y restèrent longtemps très dédaignées. Puis un jour par hasard on s’avisa de prendre une de ces billes pour en faire un coffre. Le travail de l’ouvrier révéla alors les vives couleurs de ce bois exotique, la finesse et la dureté de son grain, l’éclat de sa surface polie. On voulut bien vite en faire toutes sortes de meubles de luxe, et des bâtiments de commerce partirent pour aller chercher l'acajou dont personne jusque-là n'avait compris la valeur ?.
Les palos de tinta (bois de teinture) ont eu aussi leurs aventures. En 1686, un chef de flibustiers, le valeureux Grammont, s’empara de Campèche. Pour célébrer la fête de saint Louis, un jour il mit le feu à d’épaisses pièces de bois entassées dans le port. C’était du bois de Campèche. Dans son feu de joie, le galan: capitaine en brüla pour deux cent mille écus *.
Maintenant, pour la plus royale des fêtes, personne ne se permettrait un tel luxe. On sait ce que vaut ce bois. Des compagnies de bûcherons commandés par un mayoral vont le chercher dans les forêts vierges. Il faut un rude travail pour l’abattre, et un rude travail pour le transporter dans la rade où les navires européens l’attendent.
Le ceiba, au temps de la floraison, est certainement
1 The Naturalist in Nicaragua, p. 54.
? À. Morlet, Voyage dans l'Amérique centrale, t, 11, p. 300. 3 Oexmelin. Histoire des aventuriers flibustiers, L, II, p. 298.
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une des plus magnifiques choses que l’on puisse voir. Un arbre de quinze ou dix-huit pieds de circonférence et de quatre-vingt-dix pieds de hauteur, avec de longs rameaux couverts dans toute leur étendue d’une quantité de fleurs roses qui répandent au loin leur arome. À ces fleurs succèdent de grosses gousses qui se remplissent d’un duvet soyeux dont on fait une sorte d'édredon, et trois fois par an cette production se renouvelle.
La tige colossale du ceiba est facile à travailler, flexible et ferme, et résistant bien à l’action du soleil. Les Indiens la prennent, de préférence à tout autre, pour faire leurs dories, leurs pitpans, ces solides et légères embarcations avec lesquelles ils s’avancent hardiment en pleine mer. « Dans un tronc de ceiba », dit M. A. Bard, j'ai vu creuser une dorie qui pouvait contenir cinquante personnes .
Les régions intertropicales possèdent deux autres meilleures richesses : le bananier ou le plantanier et le palmier.
Très rapidement le bananier arrive à sa complète croissance; très rapidement il produit ses grappes nutritives, et lorsqu'elles sont mûres, il s'étiole et meurt. Mais dès qu'une de ces plantes fécondes décline, une autre est déjà chargée de fruits, une autre en pleine floraison. Toute l’année ainsi on récolte la banane. C’est la nourriture habituelle, le pain quotidien d’un grand nombre de populations. Une bananerie de cent mètres carrés donne deux mille kilogr. de fruits. Dans un même espace de terrain, les pommes de terre ne donnent que cinquante kilogrammes, et le froment onze.
1 Adventures ou Mosquilo Shore, p. 185.
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Le palmier s’élance en droite ligne d'un seul jet jusqu'à 150 pieds de hauteur. Linnée l'appelle le prince du règne végétal. Les diverses espèces de cet arbre providentiel produisent un lait rafraichissant, et une fécule dont on fait le sagou et l’arrow root. Elles produisent de l'huile, de la cire, des ingrédients de médecine, enfin des matériaux avec lesquels l’Indien fabrique divers ustensiles, façonne ses vêtements, construit el couvre sa cabane.
Avec ces plantes providentielles, avec tant d’autres précieuses productions, l’indigo, le tabac, la vanille, le cacao, avec des mines dont on tire encore de l’argent, des savanes où le bétail trouve une abondante pâture, et des champs de maïs dont on fait aisément trois récoltes par an, les habitants de l'Amérique centale n'ont-ils pas tout ce qu'il faut pour satisfaire à tous les besoins de la vie, et ne doivent-ils pas, sous leur beau ciel, passer leur vie en une douce quiétude ?
Non; ils ne sont ni riches, ni heureux, ni tranquilles, et qui le croirait, leur fertile pays n'a pas Île dixième de la population qu'il pourrait nourrir. Sur une étendue de 49 millions d'hectares, on ne compte là que 2 millions et demi d’àmes, 6 environ par kilomètre carré. La France sur le même espace en compte 68 !.
Autrefois, il y avait là une race indienne nombreuse, active, puissante, des établissements de commerce considérables, des édifices dont Cortez, dans son expédition à Honduras, admirait la beauté, des villes qui, selon le témoignage de Las Casas, le magnanime défenseur des Indiens, n'avaient pas moins de quatre lieues de longueur.
1 O0. Reclus, le Monde à vol d'oiseau, LU, p. 374.
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Quelle était cette race? Comment a-t-elle été transformée, amoindrie, appauvrie” J’essayerai de le dire. C’est une histoire douloureuse à plusieurs époques, et en ses dernières pages particulièrement instructive pour les propagateurs de la démocratie, si ces bons apôtres voulaient s’instruire.
Les Indiens de l’Amérique centrale, à l’arrivée de Christophe Colomb, étaient divisés en plusieurs tribus indépendantes l’une de l’autre et ne parlant point la même langue. Mais la religion et les mœurs pour la plupart d’entre elles attestaient sinon une communauté d'origine, au moins une affinité avec les anciens Mexicains, les Aztèques.
Comme les Aztèques, malheureusement, ces Indiens immolaient à leurs dieux des hommes, des femmes, des enfants et se partagcaient les membres de ces victimes dans leurs festins.
À l’horrible idoltrie de leurs sacrifices, les Atzèques prétendaient joindre une pensée philosophique. M. Prescott en cite un étrange exemple.
Un de leurs principaux dieux était Tezcatlepoca. On lui attribuait la création du monde, et on le dépeint comme un beau garçon éternellement jeune et beau.
Un an avant le jour où ses adorateurs célèbrent sa fête, on choisit pour le représenter un captif, le plus agréable à voir, le plus charmant. Des maîtres spéciaux sont chargés de lui enseigner la grâce et la dignité qu'il doit avoir dans sa nouvelle situation. On lui donne un vêtement splendide, on l’encense, on répand autour de Ini les plus suaves parfums. Quand il sort, il est accompagné par les pages du souverain. Quand il s’arrète dans les rues, la foie tombe à genoux devant lui. Quatre belles jeunes filles sont constamment à ses
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ordres, et les plus grands personnages de l'empire s’honorent d'organiser pour lui de pompeux banquets.
Tel est pendant toute une année l'éclat de sa vie. Puis à l’heure fatale, il doit dire adieu à tout son luxe, à tout son pouvoir. Il est dépouillé de ses riches ornements et conduit en procession à un temple qui s'élève au bord d’un lac à une lieue de la ville. Là, il est étendu sur une pierre de jaspe. Cinq prêtres lui tiennent la tête, les bras et les jambes. Un sixième vêtu d’un manteau rouge lui plonge dans la poitrine un couteau fait avec une pierre volcanique, lui arrache le cœur ct le jette aux pieds de la divinité. La foule contemple en une religieuse attitude cette sanglante cérémonie.
La splendeur et le supplice du représentant d’un dieu, c'était, selon l'interprétation des prètres, l’image de la vie humaine souvent si brillante en son commencement et si douloureuse plus tard.
À ce récit, il faut ajouter que le corps du captif déi lié pendant un an était remis à l’heureux guerrier qui l'avait pris dans un combat ; 1l était dépecé, assaisonné selon toutes les règles de la science culinaire et servi à de joyeux convives.
Pour célébrer certains événements, on immolait quelquefois des centaines d'hommes. La plupart de ceux qui élaient ainsi livrés au couteau sacerdotal ne se plaignaient point de leur sort. Par leur égorgement dans le temple des idoles, 1ls espéraient conquérir les joies éternelles. Le dogme de l’immortalité de l'âme était enseigné par tous les prêtres, et admis ‘ans restriction pour toutes les peuplades. Selon les populaires croyances, les méchants étaient après leur mort plonés à jamais dans les ténèbres. Les gens d’une nature faible et indifférente, qui dans le cours de leur existence n'avaient pas fait grand bien, mais n'avaient non
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