‹ Nouveaux samedis (volume 2)Chapitre 34 sur 44 · STENO · texte numérisé non relu

STENO

Qui la défend trop bien Tinsulte davantage...

mais en rupture ouverte avec les trois unités, suffisamment teinté de couleur locale, plein de détails familiers dans les scènes où paraissait le plébéien Israël Bertuccio, et, en somme, tout à fait digne d'occuper Yintérim entre Henri îîl et Eemani, Vous savez cette terrible aventure. Marino Faliero, irascible et robuste octogénaire, avait une femme de soixante ans plus jeune que lui. Fut-elle innocente? Fut-elle coupable? Les avis sont partagés, et, ce qu'il y a de curieux, c'est que lord Byron, traitant le même sujet, avait, malgré ses affectations sataniques, respecté la vertu de sa belle Angiolina, tandis que Casimir Delavigne, talent sage et correct, nous présente le neveu du doge comme l'amant de ladogaresse. Quoi qu'il en soit, un jeune et brillant patricien, Michel Sténo, à la suite d'un incident de bal m^isqué où Faliero avait puni une incartade juvénile par un affront public, lui lança, en se retirant, une flèche de Parthe. Il attacha .sur le trône ducal un papier où il avait écrit : « Marino Faliero a la belle femme ; il la

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malniierit, mais an autre a ses ravears. ■ — Fureur du doge, humble aveu de Sténo, jugement du Conseil des Dix, qui ne condamna le coupable qu'à une peine légère. DES lors, cène fut plnssenlement contre l'anlenr del'inscriplion injurieuse, mais contre le Conseil, l'aristocratie vétiilienae et le gouTemement tout entier, que Faltero éprouva une de ces colères qui font commettre des crimes 01 des folies. Une occasion se présenta; il la saisit au vol; il devint révolutionnaire par jalousie st par orgueil ; il n'était pas le premier, et il ne fut pas le (lernifT.

A une plainte d'Israél Bertuccio, bonune du peuple violpmment frappé par un patricien, le doge répondit en se faisant le cbef d'nne conspiration démocratique. Le complot fut découvert ; c'est généralement la spécialité des complots. En pareil cas, les Républiques sont encore plus expéditives que tes Monarchies absolues. En vingtquatre benres, le vieux doge fut arrêté, jugé, condamné et décapité. — « On amena Marino Faliero sur la première marche de l'escalier des Géants, là même où il avait reçu la couronne et le manteau ducai, et on lui trancha la tète en présence des membres du Conseil des Dix, des délégués du Sénat et d'un certain nombre des fonctionoaires les plus élevés de la Képnblique. >

in ne TOUS ai donné que le squelette de cette tragédie mémorable. La pièce de Casimir Delavigne eut un grand succès qui ne s'est pas soutenu ; il y eut un instant ob le

public se crut transporté en pleine Venise du xiv« siècle, lorsque, au milieu de la grande scène de la conspiration, on entendit tout à coup la ballade du gondolier :

Gondolier, la mer t'appelle !...

Pars, et n'attends pas le jour I

Naturellement, le succès de Casimir Delavigne nous ât relire le drame de lord fiyron, dont le nom était alors aussi magique que celui de Venise, et le beau conte d'Hoffmann, qui venait de paraître en France, conte empreint de cette espèce d'ébriété fantaisiste qui estompait les lignes et les figures, mais exerçait sur nos jeunes imaginations un charme indéfinissable. Puis, quand je voulus rouvrir le livre de Daru et y retrouver cet épisode, il me sembla métamorphosé en un bloc de glace, tant la méthode historique de cette époque Tavait figé, ratissé, tiré au cordeau, dépouillé de son caractère, de Son originalité, de sa couleur et de sa vie. Eh bien ! dans le récit simple et saisissant de M. Charles Yriarte» l'histoire de Marine Faliero est rentrée en possession de ses qualités primitives, de sa saveur vénitienne, et ce que je dis de celle-là, je pourrais le dire de toutes les autres. D'ailleurs, quoi de plus intéressant que de regarder, en marge ou dans l'intervalle de chacune de ces pages, tantôt le, plafond du Conseil des Dix, peint par Zelotti, tantôt le tribunal du Conseil se rendant à la

séance ; ici la vue da pont des Soupirs et des Prisons ; là le supplice du doge, d'après le tableau de notre Robert Fleury ? Vous avec ainsi, tout à la fois, la narration la plus exacte etlaplus pittoresque mise en scène. Ledrame passe sons vos yeux, sans que voua soyez forcés de vons prêter aux Sctions et aux mensonges exigés parl'optique ihéàtraje.

Je ne dirai aojoard'buiqn'unmotde Daniel Hanin,que M. Charles Yriarle ne pouvait oublier, et qu'il a eu I heureuse idée de placer immédiaiement après le sinistre chapitre de Harino Faliero, comme pour faire mieux ressortir la différence des temps, des caractères, des événements et des Républiques. L'éloge de Hanin et de la révolutiai vénitienne de 1848 peut se résumer en quelques lignes. Toutes nos légitimes rancunes contre l'ingratitude de l'Italie, contre la destruction des petits États, contre les spoliateurs du Toi de Naples, contre les persécuteurs du Saint-Siège, contre cette masse d'iniquités dont la France a subi te contr&coup, viennent expirer aux pieds de cet avocat en habit noir, au st'uil de sa modeste maison de San-Paternian, à deux pu« du lion de SainMUarc, du pont des Soupirs et de l'escalier des Géants. Un révolutionnaire vraiment patriote ! nue République digne de toutes les sympathies ! N'est-ce pas nn prodige de plus dans l'histoire de Venise, UD attrait de plus dans un livre que nous pourrons lire

jusqu'au bout sans nous demander si ces souvenirs de grandeur, d'indépendance, de poésie, de splendeur, revendiqués par leurs héritiers, ne nous ont pas coûté bien cher!

M. B ULOZ

28 janvier 1877.

Il n'y a pas plus de diftérence entre la chambre de l'hôtel Montesquieu où MM. Thiers et Migoet écrivirent leurs premières pages, et le palais nationalement rebâti de la place Saint-Georges, qu'entre l'humble entresol de la me des Beaux-Arts, ob débuta, en 1831, la Revue des Detix-Mondes, et le n" 17 de la rue Bonaparte, qui fait ' aujourd'liui partie des propriétés mobilières et immobilières de la puissante Revue. J'indique, en commençant, ce (contraste, parce qu'il résume toutes les supériorités de M. Biiloz, l'ensemble de qualités et de défauts auquel il a dû lo succès de son œuvre, sa très-légitime fortune.

et, comme le disait un homme d'esprit, encore plus d'abonnements que de haines.

C'est le 19 avril 1832 que j'entrai pour la première fois dans ce modeste bureau qui servait de cabinet de rédaction, de caisse plus ou moins sinécuriste et de lieu de réunion pour les principaux rédacteurs. Le moment n'était pas gai, et, avant de songer à prospérer, on devait se contenter de vivre. Le choléra touchait à peine à sa période de décroissance. L'émeute encombrait les rues* Le peuple souverain préludait aux bienfaisantes merveilles du suffrage universel en attribuant aux médecins, aux riches, aux prêtres et aux sœurs de charité ces morts foudroyantes et terribles qui offraient les caractères d'un empoisonnement. Le fléau et son sinistre cortège d'épouvantes, dé rumeurs et de folies, n'empêchaient pas Paganini d'attirer à l'Opéra une foule immense et de nous tenir suspendu à la quatrième corde de son violon. Au Conservatoire, M. Fétis groupait dans ses concerts historiques Baillot, Rubini, Lablache, Levasseur, Adolphe Nourrit, Dabadie, mademoiselle Dorus, madame Damoreau, Lafont; mais il avait souvent à monter lui-même sur l'estrade pour annoncer que tel ou tel de ces illustres artistes, pris d^une indisposition subite^ manquerait au rendez-vous, et envoyait au public ses excuses.

J'allais repartir pour la campagne, et je venais m'abonner pour un an. Jia somme n'était pas bien considérable, et cependant il me sembla qu'on Taccueillait comme

NOUVEAUX SAMEDIS k minne du désert. Il y avait là, entre le grillage elas- ■iqm du caissier et te poêle en fonte chauffé au charbon dii lerre, cinq ou six causeurs dont la ligure ne m'était |):iâ absolument inconnue. Sans âoute, Je lesavais aperçus «auî «)ur3 de HH. Guizot, Cousin et Villemain. Quand ]•' dis mon nom auquel de stériles prix de rhétorique avaient donné, de 1826 à 1830, une notoriété de quartier lalin, quelques-unes de ces figures se relevèrent. Plus liird, je pus préciser ce nouveau souvenir. Ces causeurs s'appelaient Sainte-Beuve, Lerminier, Gustave Planche, durées Didier, Charles Magnin et Fontaney. Le caissier, ciHait M. BulozeQ personne. Cènes, on aurait bien étonné li; jeune étudiant prêt à redevenir gentleman former, si on lui avait prédit que, quatorze ans après, il serait le collalKirateur de ces brillants esprits, qu'il leur survivrait à tous, qu'il échangerait avec plusieurs des coups de fleuret ou des coups d'épingle, que H. Buloz et la Revue des Beux'Mondes tiendraient une grande place dans sa vil! liitéraire et finalement, — ceci est le bouquet, — que viendrait une année (1876) ou, ruiné par le phylloxéra, la sécheresse et les gelées blanche^ , n'ayant plus ni blé, ni vin, ni soie, ni huile, ni avoine, ni garances, ni fruits, nf foin, réduit par ses fermiers à l'étal de propriétaire imp.aya])le, le produit d'une seulb action de cette même Rn'ut l'empêcherait de mourir de faim.

En avril 1832, la Revue des Detai-lUondei ne comptait pu^ encore une année d'existence; elle s'était obscurément

greffée sur une publication intitulée, je crois, Journal général des Voyages, Mais telle fut l'incomparable sève de cette génération de 1830, fille de la Révolution et tuée par sa mère, que ces huit mois avaient suffi pour rassembler dans ces livraisons alors bien minces, sous cette couverture truite saumonée^ les noms de Victor Hugo, d'Alfred de Vigny, d'Alfred de Musset, de Charles Nodier, de Jules JanYn, de Balzac, d'Alexandre Dumas, de Lerminier, de Sainte-Beuve, de Montalembert. Quant à Gustave Planche, un des premiers habitués et bientôt le critique en titre, je ne le cite que pour mémoire. Ce gros et malpropre pédant, lourd, ennuyeux, fastidieux, secfiator^ maniaque, sans idées, sans originalité, sans esprit, sans style, sans verve, type de vertus négatives et d'impuissance, insulteur de Victor Hugo, de Lamartine, de Chateaubriand, de Casimir Delavigne, de Scribe, de Paul Delaroche, d'Horace Vemet, d'Ary Scheffer, troublefête qui priva, pendant vingt ans, nos Expositions des chefs-d'œuvre de nos maîtres, Gustave Planche a été une des erreurs de M. Buloz et de sa Bévue. Il ne restera de lui et de son nom symbolique que le joli mot d'Alexis de Saint-Priest. On lui demandait si Planche était le fils de l'auteur du dictionnaire grec, ou du pharmacien de l'angle de la Chaussée-d'Antin. « — De tous les deux, » répondit-il. Il y avait, en effet, chez Planche, de la férule et de la formule, du magistea* et de l'apothicaire. Au surplus, ses victimes eurent tort de s'inquiéter ou de s'irri-

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Ut, En pareil cas, la postérité du lendemain se charge (If disCribner les parts de souvenir et d'oubli. Sainle- Bt^uve, malgré ses torts, malgré ses vices, vivra autant que la littérature française, — ce qui n'est pent-étre pas henucoup dire. — Gustave Planche, en dépit de son aulai'l té morale, qui consistait uniquement à n'être pas vén»l (junais critique ne fut plus partial '), est mort tout entier le Jour où il a cessé de faire peur. Mais quelle étrange sensation devaient éprouver les ilbislrei, les Gouiin. les Gniïot, les Tocqueville, les Vitet, les Villemain, quandH. deMars,3i excellent homme d'ailleurs et si respectable, leur disait gravement : < Il est possible que ce mot sDit dans le dictionnaire de l'Académlej mais il n'est pas accepté par H. Planche ! >

Au premier groupe se joignirent bientôt Augustin Thierry, Mérimée, Lo*ive-Veimars, Henri Heine, Henri Blaze, Nisard, Saint-Marc Girardin, Baude et surtout George Sand, qui, de Leone Leoni à Flamarande et à la Tour de Pereemont (1834-1876), a publié, dans la Revue iks Dtux-Xondet, la plupart de ses innombrables romans. Au reste, il serait impossible d'énumérer tous les écrivains remarquables que recrutait la Revue à mesure qu'elle grandissait en âge et grossissait en tonnât. Il me suftlra

1 . J'ai vu et entendu Planche refuser de parler des tableaux eipoais, en 1847, par Eugàne Delacroix, parce que le grand Brtlat«, deux ans auparavant, avait oublié de le n

de répéter ce que M. Buloz me disait un jour avec une certaine complaisance i « — De tous nos auteurs célèbres, il n'y en a que deux qui n'aient pas passé par nos mains ; Casimir Delavigne et M. Thiers. »

Cependant, peu s'en fallut (]ue cet homme doué, sous une écorce si rude, d'une sagacité si prodigieuse, ne fît au début fausse route, ainsi que son brillant éta^major. Durant les premières années, la politique de la Revue des Deux-Mondes fut révolutionnaire et républicaine! Sainte-Beuve y écrivit cette phrase à propos de la monarchie de 1830 : < Ce gouvernement nouveau, et déjà, de tous, LE PLUS AVILI. » Leiininier y sollicitait en faveur des idées démocratiques, de toutes les ruptures avec le passé, Chateaubriand et Lamennais, qui n'étaient, hélas! que trop disposés à l'écouter. On sait tout ce que les premiers récits de George Sand, aggravés par ses Lettres d'un Voyageur, renfermaient d'agressif contre le principe d'autorité, la religion, le mariage et l'ensemble des garanties sociales. La Revue des Deux-Mondes républicaine ! c|était un énorme contre-sens. Sa vocation, son rôle, sa mission, son succès, sa raison d'être, consistaient, au contraire, à représenter, en littérature, ce que la monarchie de Louis-Philippe représentait en politique, l'idéal de la bourgeoisie victorieuse et intelligente; à tempérer, assainir, discipliner, émonder, purifier le romantisme, comme les plus sages conseillers de la couronne essayaient de régenter et de modérer le mouvement et les ardeurs

de Juillet. Tel devait être et tel fut, lorsqu'elle eut jeté sa gourme, le vrai caractère de la Aevue. Elle arrivait à son heure, au moment où la pléiade romanliqne, émancipée et surexcitée par le brusque triomphe de la Révolution, allait se disperser, se diviser, s'envenimer, s'exagérer — ou se raviser; — les uns, comme Victor Hugo, pour s'isoler dans leur génie et manquer à leur programme; d'autres, comme Alexandre Dumas, pour éparpiller à tous tes vents des trésors de bonne humeur, d'invention, d'inslinct dramatique el de verve; d'autres enfin, comme Sainte-Beuve, Mérimée, de Vigny, de Musset, Vitet, pour se dégager des servitudes de secte et d'écele, pour redevenir eux-mêmes, renoncer aux exagérations de parti pris, aux ^lures de démolisseurs, et n'en garder que tout juste ce qui convenait à leur physionomie originale. C'est avec le talent et la conversion de ceux-là que se firent les premiers fonds — littéraires, bien entendu, ^ de la Revue des Deux-Mondes.

Je partais tout à l'heure, par extraordinaire, de ministres sages. Le plus sage et le plus aimable des hommes d'État de cette époque fut H. Holé, homme rare, type de réconciliation par en haut, contre lequel se coalisèrent les ambitions déçues ou ajournées, préparant ainsi un antécédent et un exemple à toutes les variétés de l'oïdium parlementaire. C'est pendant le trop court ministère du comte Holé que H. Buloz etsafieuue opérèrent leur évolution d'extrême gauche à centre droit.

Quelques puritains crièrent au scandale. Il en résulta un débordement de sifflets et de trognoj^s de pomme aux dépens de ce pauvre Lerminier, alors professeur au Collège de France; mais le bon sens et la logique se gardèrent de réclamer. La Revue imitait ces jeunes gens, nés raisonnables, qui, après avoir vainement forcé leur naturel pour paraître mauvais sujets, rentrent dans la vie régulière, font un bon mariage et se rangent. Elle gagnait eç solidité, en élévation, en justesse, ce qu'elle perdait en audace et en éclat. Peut-on dire que M. Buloz y g<igna aussi les fonctions de commissaire du roi près le Théâtre-Français? Non; car ce poste le détournait de son œuvre véritable et s'accordait bien moins avec ses aptitudes, ses facultés incroyables de persévérance, de volonté, de vigueur et de travail, ses coups de boutoir et ses âpretés. Je me le figure très-aisément, rue Saint-Benoît, à son pupitre, tenant tête à nos vanités littéraires, résistant aux citoyens les plus huppés de la république des lettres, disant de ceux qu'il jugeait inutiles : « Tant pis pour euxl > et de ceux dont il pouvait difficilement se passer : t Ils me reviendront ! » — J'ai plus de peine à me le figurer cajolant les actrices, débrouillant le soyeux écheveau des intrigues de coulisses, jouant au plus fin avec les roueries féminines et donnant la réplique à mademoiselle Âugustine Brohan ou à mademoiselle Rachel.

Écartons quelques souvenirs drolatiques, quelques ré* X'***» 16

minisœnces gauloises qui siéraient bien mal à nos tristesses et à notre âge. M. Buloz, administrateur du Théâtre-Français, éprouvait parfois de singuliers embarras. Des querelles de ménage s'élevaient entre sa Revue et son Théâtre. En dehors des représentations de mademoiselle Rachel, dont Gustave Planche, fidèle à son vieux culte pour madame Dorval, ne parlait jamais, les pièces d'Eugène Scribe étaient à peu près les seules qui fussent applaudies et fissent de Targept. Or, le même Gustave Planche avait traité Scribe comme nous ne traiterions pas le dernier des gâcheurs du Petit-Lazari. Pour les BurgraveSf de Victor Hugo, môme obstacle. Lorsque Ton avait joué Ruy-BlaSy Planche avait dit de Victor Hugo, de son orgueil, de sa folie, ce qui serait à peine vrai en 1877. Bientôt il fut question d'essayer au théâtre les Provei'hes d'Alfred de Musset, qui devaient y faire une si invraisemblable fortune. Même inconvénient. Au beau temps des péchés de jeunesse, à l'époque des fredaines galantes et des amours expansives où la grave Bévue côtoyait de près la Bohême, le terrible Planche avait juré que M. de Musset ne mourrait que de sa main; et plût au ciel que l'absinthe n'eût pas été plus meurtrière I Enfin M. Buloz — et je suis loin de lui en faire un reproche! —ne pouvait souffrir le trio Girardin, c'est-à-dire madame Sophie Gay, l'illustre Delphine et son mari qui, pendant les répétitions de Judith et de Cléopâire, donnaient la comédie aux comédiens eux-mêmes. Gomment

sortir de cette impasse? C'est alors peut-être que l'idée lui vint de chercher ou d'accueillir un rédacteur tout neuf, moins ahsolu, moins exclusif, plus malléahle, libre de tout engagement avec le passé, capable de réconcilier, sans trop d'encombre, le directeur de la Revue des Deux- Mondes avec le conunissairé royal près le Théâtre-Français. Si j'indique ce petit détail, c'est qu'il me permet de clore cette trop longue 'préface, et qu'il m'introduit dans le cabinet directorial ou dictatorial du n<* 20 de la rue Saint-Benoît.

On a bien souvent décrit et quelquefois plaisanté cette maison singulière qui appartient à un de nos plus honorables académiciens et possède un jardin au premier étage. Que n'a-t-on pas dit de ce jardin? Je crois que les solliciteurs, les martyrs et les refusés de la Revue l'ont ju- ' gé à travers leurs frayeurs ou leurs rancunes. Pour moi, il ne m'a jamais paru que les fleurs y fissent des piqûres d'orties et que la verdure y fût jaune. J'aimais cette salle d'attente avec son ombre discrète, ses économies de soleil et ses allées étroites enroulées autour de son microscopique tapis de gazon. J'ai passé là d'agréables heures, ruminant un sujet d'article, méditant sur les corrections

demandées, attendant mes épreuves, jasant avec un merle à peu près apprivoisé qui semblait chargé de siffler les manuscrits suspects et qui s'acquittait vaillamment de la besogne. De temps à autre, par les fenêtres entr'ouvertes, m'arrivait un bruit de tempête et j'aurais été tenté de redire le suave mari magno... de Lucrèce, si je n'avais songé que j'étais moi-même à bord du navire, sur cette mer agitée par les vents. J'entendais le maître, en proie à la fièvre de la veille du numéro, se déchaîner tour à tour contre M. de Mars, — toujours en carême ! — contre le prote, contre le rédacteur absent ou présent, contre une malheureuse coquille oubliée sur une moyenne de deux cents pages. Il y avait de mauvais moments ; mauvais moments dont on fait plus tard, — trop tard, — de bons souvenirs !

Quoi qu'il en soit, ce ne fut pas sans un léger battement de cœur que je me présentai, le 2 avril 1846, devant M. Buloz, ma copie à la main et ne demandant pas mon salaire. Je ne recommencerai pas un portrait souvent poussé au noir par des crayons irrités. On peut être le modèle des Rewievers àans être un modèle d'atelier, et, s'il manquait un œil au directeur de \2l Revue, nous avons connu depuis lors un borgne bien autrement funeste, dont la royauté n'a pu être proclamée que par des aveugles. M. Buloz avait alors quarante-trois ans. Il me semble que je le vois encore, avec sa calotte de velours noir et sa robe de chambre de flanelle bleue. Il fut extrême-

ment poli ; je lui apportais une Nouvelle. Quinze jours après, il m'indiqua des changements, des retouches, puis une réfonte générale, et c'est ici que je dois plaider le pour et le contre à propos de ces exigences inflexibles qui ont soulevé tant d'anathèmes, exaspéré tant de vanités et peut-être frappé de glace quelques hommes d'imagination.

Son goût était plus instinctif que réfléchi, mais, en somme, très-sûr. En cherchant à me démontrer comme quoi je n'ayais qu'entrevu mon sujet sans en tirer tout le parti désirable, il eut des aperçus très-justes et trèsfins sur l'esprit littéraire, sur nos illustres^ sur les maladies morales de notre littérature. Seulement, cet hoipme habitué à ne regarder que son but, dédaignait de s'enquérir de la différence des situations et des caractères. Pendant un quart de siècle de relations, souvent reprises, souvent interrompues, fréquemment troublées par des influences extérieures, jamais brisées sans espoir de retour, il ne s'est jamais dit que m'ôter toute confiance en moi-même, c'était me rendre incapable de concourir à son œuvre; que me demander le mieux c'était m'exposeï à tomber dans le pirej et que, sous ce régime d'appréhensions, de remaniements, de corrections, j'étais de ceux qui gâtent ce qu'on veut les forcer d'améliorer. Il n'a jamais compris que Thomme du monde, cédant à une vocation littéraire pour échapper au désœuvrement ou se

distraire de ses chagrins, doit tôt où tard se raviser et

s'esquiver, s'il s'aperçoit qu'on lui fait de sa littérature un chagrin de plus. Cette malheureuse Nouyelle» apportée Je 2 avril 1846, jae fut publiée dans la Revue, de guerre lasse, que le l^ février de Tannée suivante; elle passa par autant d'avatars que le dieu Yichnou, et, en définitive, il ne me fut pas prouvé — ni à' M. Bùloz non plus, qui m'en fit naïvement l'aveu, — qu'elle valût mieux . sous sa vingtième forme que sous la première. Ce sont là de ces épreuves que l'on accepte une fois dans sa vie, quand on arrive de sa province, quand on a passé dix ans à rêver Revue des Deux-Mondes^ comme les souslieutenants rêvent le bâton de maréchal, comme les jeunes filles romanesques rêvent le prince Charmant; mais les récidives seraient impossibles. D'accord avec le public et mes confrères, M. Buloz a tué en moi le romancier. Peut-être m'a-t-il rendu service; en ce cas, je ihe déclare coupable d'ingratitude.

Sortons bien vite de ces détails trop personnels, inévitable inconvénient des Mémoires. En 1846, malgré la protection du gouvernement, la Eevue des Deux-Mondes n'avait que 2,600 abonnés ; elle faisait à peine ses frais. Que de fois pourtant, M. Buloz, devenu millionnaire, a dû regretter cette première période de quinze ans, cette phase de pauvreté relative et de jeunesse, comme les sexagénaires arrivés à la puissance et à la fortune regrettent l'heureux temps où ils n'avaient pas de quoi payer leurs folies, mais où ils pouvaient les faire ! Dans ces quinze

ans, à vol d'oiseau ou de souvenir, que d'œuvres exquises, sérieuses, originales, délicates, étincelantes, éloquentes, depuis André et Jf awpra* jusqu'au Docteur flerbeau et à Mademoiselle de la Seiglièrey depuis la Vénus drille jusqu'à Colomba, depuis Stello jusqu'à Servitude et Grandeur militaires, depuis les Impressions de voyage jusqu'à Tra-los-Montes, depuis BoZto jusques au Caprice, depuis les spirituelles Études de Sainte-Beuve jusqu'aux Lettres sur VHistoire de France, d'Augustin Thierry ! Et que de noms brillants ! que d'écrivains, de poètes, de fantaisistes, de coloristes, de conteurs, de chercheurs, de publicistes, à'essayists, dans toute la fraîcheur ou dans tout le feu de leur talent ! Dumas, Musset, Gautier, Henri Heine, Loêve- Veimars, Ampère, Marmier, Gérard de Nerval, Jules Sandeau, Henri Blaze, Auguste Barbier, Brizeux, Antony Deschamps, George Sand, madame Reybaud, Charles de Bernard, Mignet, Yitet, Sain^Marc Girardin, Louis de Carné, Lamartine, Hippolyte Romand, Lerminier, Philarète Chasles, Mérimée, de Vigny, Sainte-Beuve, etc., etc., tout le livre d'or de la littérature contemporaine? On ne saurait s'étonner, n'estce pas? que l'honune doué d'assez de poigne pour rassembler, contenir, dompter, régler, conseiller, gouverner, impatienter, apaiser, exciter, modérer tant d'esprits de trempes si diverses, fût fier de son ouvrage, peu empressé envers les nouveaux-venus, parfois plus bourru que bienfaisant,- et tellement assimilé à sa Revue qu'il en vînt à

dire en parodiant un mot consacré : « Hors de la Reuae, point dt! salut ! • Faat-il, à ce sujet, contempler de préférence le revers de la médaille on la médaille du revers ? Cette assimilation passionnée, cette'incubation perpétuelle de l'HaHUE-REvuE, avaient leurs côtés comiques ou fâcheux. Ou a brodé sur ce thème des variations innombrables, dont on ferait, au besoin, un Butosiana. A un point de vue plus sérieux, comment lacrJtiqae littéraire aurait-elle eu ses coudées franches dans nu milieu où nul n'avait de l'esprit que nous et nos amii, où l'éloge, le blâme el le silence étaient préalablement dominés par la question de savoir si l'ouvrage avait paru dans la Bevae, si l'auteur était en bons termes, en froid ou en rupture ouverte avec le haut et puissant recueil et son terrible directeur ? Sur ce point, les exemples surabondent, et je n'aurais que l'embarras du choix. On peut hardiment affirmer qu'un chef-d'œuvre, écrit par nu réfractaire, un déserteur aa un ennemi de la Hemte, aurait été rigoureusement mis à l'index, jusqu'à ce que le coupable eût capitulé et Tût rentré en grâce. Bizarre contraste 1 La religion de la Revue remplaçant celle du bon Dieu ! Tous fv les procédés de rexcommunication appliqués à quicon-

que refusait de réciter le Credo de la rue Saint-Benoit ! Aussi, n'y a-t-il jamais eu, à proprement parier, de critique littérairedans la fleuue des Detix-Koades. Elle apublié de belles études à propos de livres ou de personnages trop marquants pour qu'il fût possible de les dédaigner ou

de les omettre; m&is elle a rarement pris soin de tenir ses lecteurs au conrant des publications nouvelles, de discuter le fort et le faible, de signaler les débuts heureux, de saluer les jeuiiea recrues qui auraient pu combler les vides laissés par ses vétérans, ses retraités ou ses invalides. Pour dissimuler cette lacune, elle s'est maintes fois tournée vers les littératures étrangères, et il nous serait facile de constater que les romans anglais, allemands, ru^ ses, italiens ou espagnols l'ont plus souvent et plus Longuement occupée que nos romans et nos pièces du théâtre. ^Son influence au dehors et le chiffre de se^ abonnements s'en accroissaient dans des proportions bieu réjouissantes pour ses actionnaires; mais la difTicDlti' n'était pas résolue, et, comme il est prouvé que noire littérature romanesque et dramatique défraye, depuis trente ou quarante ans, toutes les autres, ce défaut d'équilibri' entre l'extérieur et le chez loi ressemblait à un contresens.

Oui, mais aussi quelle force ! quelle puissance de concentration danscette volonté unique, persévérante, infatigable, indomptable, et comme elle a droit à l'admiration de certaines gens de ma connaissance qui n'ont y\mais réussi à vouloir quinze jours de suite la tnême chose 1 quelle autorité et quel prestige avaient fini par s' attache)' à ce pavillon qui couvrait si bien l'équipage, les pas.s3gerset les marchandises! Unefoisintemédans là Revue, on devenait comparable aux sujets de Sa Majesté Briuin-

niqne, qui, mr Ions les points dn globe, n'ont qu'à élo' ver la voix et à étendre le bras pour trouver assistance et 5ec{iurs. Là encore, bien des épisodes me reviennent à la mÉmoire, qni prouvent tout ce que la Revue, incarnée en M. Buloz, a dû de prospérité, de durée, de vitaliié, de carrure, d'envergure, au caractère de son directeur, à ce mélange légendaire de dureté, de patience, de brusquerio, d'eutétemont, d'éner^e, de maussaderie, d'emportements, tempéré çà et là par des bouffées de bonhomie et, ledirai-je? par un attrait indéfinissable. Arrêtons-nous nu moment.

Cne fois ma Nouvelle publiée, je fus, pendant plusieurs années, de la maison, à titre de chroniqueur littéraire. Cette piinse d'intimité, la Révolution de février, le coup d'État, l'Empire, me révélèrent, chez M. Baloz, des qualités qui n'auraient probablement paseu toute leur saillie et tout leur Jeu s'il s'était indéfiniment partagé, sous un gouvernement libéral, régulier et pacifique, entre le comité du rhêàtre-JPrancais eiURevve des Dêux-Sfondes...

Si j'avais à choisir dans ma vie littéraire, plus fertile en chardons qu'en roses, la date la plus heureuse et le

meilleur souvenir, mon choix se fixerait sur la dernière année du règne de Louis-Philippe, Pendant que je savourais, rue Saint-Benoît, les douceurs d'une fugitive lune de miel, cette année prophétique se hérissait de crimes étranges, d'effrayantes surprises et d'épisodes tragiques ; assassinats de duchesses, suicides de diplomates, aides de camp trichant au jeu, anciens ministres pris les mains dans un sac et les pieds dans une mine, etc., etc. Moi, pareil à l'homme juste d'Horace, propositi tenax, fier de réaliser mon rêve de Revue des Deux- Mondesy j*avais à peine une pensée pour toutes ces catastrophes. Avec approbation et privilège de M. Buloz, j'analysais, louais, blâmais, plaisantais les pièces nouvelles : Notre fille est Princesse^ une des plus grosses erreurs de Léon Gozlan, qui s'est si souvent trompé ; le Poète, début de Jules Barbier; le Syrien, de Latour-Saint-Ybars, où s'exhala le dernier souffle dramatique de cette pauvre madame Dorval ; les Aristocraties, comédie à prétentions aristophanesques, de M. Etienne Arago ; Cléopâtre, médiocre tragédie de madame Emile de Girardin, assez mal soutenue par mademoiselle Rachel; le Puff, de M. Scribe, qui fit souvent beaucoup mieux, et enfin le Caprice, d'Alfred de Musset, rapporté de Saint-Pétersbourg par madame Allan. J'atais même carte blanche pour éreinter les romans socialistes de madame Sand, alors brouillée avec la Revue, et qui, dans Isidora, le Meunier SAngibaut et le Compagnon du Tour de France,

préludait, elle aussi, à la Révolution prochaine. Quant aux pièces du Théâtre-Historique, à Y École des Familles, d'Adolphe Dumas, à la Reine Margoty au Chevalier de Maison Rouge, aux traductions à'Hamlet et de Vlntrigue et V Amour, par le grand Alexandre, nous n'en faisions qu'une bouchée.

Pendant cette phase trop courte, il me fut facile d'étudier M. Buloz, et je dois avouer quB cette étude tournait souvent à son avantage. Il m'offrait, dans son expression la plus énergique, le type absolu du travailleur — labor improbus — encore plus dur pour lui-môme que pour autrui. Quelquefois, après une nait passée à revoir les manuscrits et à corriger les épreuves. Je le voyais fléchir sous le poids, pencher la tête sur la vaste feuille de huit pages et s'assoupir un moment, vaincu par la fatigue ; mais il se redressait aussitôt par un vigoureux effort de volonté, comme un lutteur qui a chancelé sans tomber, et sa lèvre chagrine ébauchait un sourire quand je lui disais ; t C'est ma prose qui vous endort. » — Une fois pourtant, sa mauvaise humeur triompha de sa constance et de son amour pour son œuvre. Je prenais un congé de trois mois, et je venais lui dire adieu. Je le trouvai, dans son coup de feu de quinzaine, corrigeant, retouchant, raturant, remaniant un article de voyage, écrit par un offlcier de marine, moins sûr, à ce qu'il paraît, de son style que de sa boussole. Il était furieux ; à chaque phrase, un soubresaut menaçait de faire voler

en éclats table, cahier, pupitre, prote, vitres et secrétaire. Le fidèle de Mars et Bastien, le metteur en pages, se courbaient comme des roseaux sous la tempête : — « Ah 1 vous voilà, me dit-il quand il m'aperçut. Vous êtes heureux, vous ! Vous allez respirer Tair des champs! Nous, nous sonimes les galériens de la littérature 1 » Et il se remit au travail. Eh bien t admirez la grâce d'état. Ge manuscrit, qui avait provoqué de tels orages, cet article de qui M. Buloz disait : < Lorsqu'on ne sait pas mieux écrire, on ne se présente pas ici I » — une fois' qu'il était imprimé et avait pris rang au -verso de la couverture, devenait sacré, parfait, plus inviolable que la ^riûcesse Bariatine. Ce jour-là, je voulus en avoir le cœur net; je donnai le mot à un de mes amis, qui avait ses entrées dans la maison ; il m'écrivit quelques jours après : t Tu avais deviné juste; je suis allé hier rue Saint-Benoît ; j'ai osé dire que l'article du marin ne me semblait pas un chef-d'œuvre. — « Il est excellent de tous points, aussi intéressant que bien écrit, m'a-t-on répliqué. »

Hélas I je m'attarde à l'oasis ; voici que nous touchons aux sables brûlants et stériles de la République de Février. Elle parut un moment bouleverser l'existence de M. Buloz; mais elle ne changea rien à nos relations amicales. Expulsé du Théâtre-Français par une émeute de comédiens que guidaient au combat, dit-on, Hermione et Dorine, il me dit, en me revoyant, ce mot biencaractéris-

tique et bien TT&i : < A présent j'aurai tont mon temps pour la Revue ! • Un jour seulement, le 4 avril, il eut l'air de faiblir et de jeter, comme on dit vulgairement, te tnaiicAeapr^ la coyn^. Mademoiselle Rachel, pour se mettre au diapason de nos tristes vainqueurs et monnayer sa gloire en gros sous, chantait ou plutôt déclamait la /Marseillaise trois fois par semaine, et le contraste de M hideux hymne de sang avec les pures et pathétiques beautés de Corneille et de Racine nous serrait le comr. Ja me fis l'interprète du sentiment de l'élite opprimi^c par la foule, et, rappelant que notre admirable et mallieureux Adolphe Nourrit avait failli perdre sa vois en s'évertuant, après juillet 1830, à chanter la Mar^eil-laise et la Paristetme, j'ajoutai que cette fantaisie révolutionnaire ne porterait pas bonheur à l'illustre tragédienne, qu'elle y perdrait ses qualités d'exquise justesse et les perfections de son style. Mon article était signé ; mils il est probable que le nom d'un débuunt ne suflisait pas à l'appétit du Cliarivari, et, le surlendemain, le facétieux journal publia une charge à fond, intitulée : I la Marseillaise éreintée par le citoyen Buloz. ■ Chose bizarre 1 celte nature énergique et robuste qui avait résisté au coup de foudre fut sur le point de succomber à ce coup de marotte. Je le trouvai découragé, broyant du noir ; sa première parole fut pour me dire : • Vous n'avez pas soixante mille francs?» Soixante mille francs, le 4 avril 1818 1 an moment où la République, Adèle à ses spé.

cialités, démonétisait la France, désargentait l'industrie, Fagriculture, les finances, la fortune publique et privée ! Quand nul d'entre nous n'était sûr de pouvoir payer, le lendemain, son roast-beef-pomme-épinard à la taverne de Richard-Lucas ? Quand les banquiers de province, en nous donnant une lettre de crédit de 1,200 francs à quatre-vingt-dix jours d'échéance, nous avertissaient charitablement qu'il y avait dix-neuf chances contre une pour que nous ne fussions pas payés ! Quand mon vieil ami Zimmermann — le beau-père de Gounod — s'étant décidé à vendre cent écus une paire de chevaux qui en valait mille, l'acheteur lui proposa gravement de le payer en chocolat I

La question de M. Buioz ressemblait à une amère ironie. On devine quelle fut ma réponse. — « C'est, repritil, que, si vous aviez eu soixante mille francs, je vous aurais cédé, pour ce prix-là, toutes mes parts de propriété, toutes mes actions delsi Revue. J'aurais acheté une petite maison de campagne, et je m'y serais retiré, heureux d'échapper à toutes ces tyrannies du club, du journal et de la rue... Car, vous le voyez, nous ne pouvons plus rien dire ; la situation n'est pas tenable, et notre œuvre devient impossible !... »

Heureusement, cette défaillance ne dura qu'un jour ; le lendemain, l'intrépide Reviewei* s'était ranimé, et, par des prodiges de sagacité, d'habileté et de fermeté, il réussit, non-seulement à triompher d'une crise qui sem*

blait devoir le dévorer, mais à en tirer un excellent parti, à la faire tourner au profit de sa propagande et de son succès. Il força la République des citoyens Ledru- RoUin, Caussidière et Garnot à seconder, par son hostilité même, le nouvel essor de la Revue des Deux-Mondes. Pourtant, comme la conjecture est une des consolations de l'adversité, je me suis souvent demandé ce qui serait arrivé si, contre toute vraisemblance, à la suite d'une vente d'immeuble ou d'une rentrée imprévue, j'avais eu, le 4 avril 1848, cette somme à ma disposition. Je ne crains pas d'exagérer en évaluant aujourd'hui à quatre ou cinq millions ces soixante mille francs. Oui, mais ce qui a si magnifiquement prospéré entre les mains de M. Buloz, qu'en aurais-je fait? Légitimiste, clérical, par. tisan passionné des droits du Saint-Siège contre la. politique italienne, frémissant de colère au seul nom de Gavour, ennemi fougueux du parlementarisme, poli, distrait, préférant vingt coquilles à un quart d'heure d'ennui, me fiant à mon état^major, ignorant l'art d'éconduire les fâcheux, incapable de résister aux médiocrités aimables, prompt à l'attendrissement, sans cesse entraîné par mon imagination, ne possédant, en guise de poigne^ que de longs et maigres doigts de pianiste, et — péril encore plus grave I -* maintes fois tenté de mêler ma prose.à celle de mes dirigés, j'aurais très-probablement perdu plus de terrain que n'en gagna M. Buloz. Sous mon règne fantaisiste, sa Revue ultra-millionnaire se serait

changée en Revue mendiante, et anjourd'hui nous serions, elle et moi, à l'hôpital.

Est-ce à dire que H. Buloz, sar les ruines de la monarchie qu'il aimait, au milieu des dangers de la société menacée, de toutes ces absurdes utopies, de ces scèdgs de violence, d'anarchie morale et de désordre, de cette République à la fois impuissante, alarmante et malfaisante, fût resté, en 1848, ce qu'il avait été d'abord, ce qu'il était peut-être redevenu depuis, un libéral de centre gauche et très-gauche, nuance Thiers, Rémusat ou Odilon Barroi, acceptant risques, catastrophes, pertes et disgrâces plutôt que de renier un seul des immortels ■principes ? Non, non, mille fois non, et c'est ici que je dois insister ; car Je puis parler aVec l'autorité d'un témoin — je dirai presque d'un complice. Ce détail est essentiel, caractéristique, historique. Cette courte périoilo — de 1848 à 1851 — qu'il a paru commode d'ouhliiT. nous donne le droit d'affirmer que si, plus tard, la BtW volution italienne, le progrès des idées démocratiques, l'opposition à l'Empire, les sympathies de l'Amérique et, pardessus tout, la répression internationale du régime ruineux des contrefaçons, ont quintuplé ou décuplé le tirage de la Revue des Deux-Hondes, c'est la contre-révolution la plus énergique, la réaction la plus ardente qui l'a sauvée, en 1848, d'un naufrage imminent. Sans s'<>ypliquer sur Ifs questions de personnes, sans appetiT précisément de ses vœux la royauté légitime. M. Buioz

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fit alors tout ce qu'aurait fait le plus fervent royaliste. Il se plaça au premier rang des réactionnaires. Il fut impitoyable pour les auteurs de la Révolution de février, même pour Lamartine. Avec une sincérité et une bonne foi qui rhonoraient, il remonta bravement aux causes, aux origines de cette victoire démocratique, si soudaine, et quoi qu'on en dise, si peu prévue; il chercha à se rendre compte de ces explosions ou de ces ébullitions socialistes qui se faisaient jour .à travers cette improvisation républicaine; il comprit excellemment qu'on devait en attribuer une part à la littérature ; non-seulement au^ fictions gigantesques et corruptrices du feuilleton-roman, que la Revue n'avait cessé de maudire et que le gouvernement de Louis-Philippe avait eu le tort de tolérer ou d'encourager comme un dérivatif offert à la politique par la curiosité, mais à des œuvres plus littéraires, à des pages plus éloquentes, qu'il pouvait lire et relire dans tel ou tel numéro de sa chère Revue, Il n'essaya pas de se donner ou de nous donner le change, et ceux d'entre nous qui, par hasard, savaient le latin, purent parfois murmurer tout bas : « Habemus confitentem reum, » .

Son flair infaillible ne se révéla jamais mieux que dans ces circonstances délicates. Il imita ces grands généraux qui, surpris à l'improvisle par l'ennemi, savent réaliser une victoire avec tous les éléments d'une d^aite. Du Marengo de la matinée il fit le Marenga du soir. Nul ne

profita plus habilement de cet élan de réaction aniverselle que peuvent attester tous tes survivanls de retie époque, qui servit de prélude au coup d'État et de ruvancbe k la société aristocratique ou bourgeoise, légilimiste ou libérale. 11 fut absolutiste ou autoritaire uvrc; tous ceux que froissait ou irritait cette parodie misérablis assez sérieuse pour faire couler des flots de sang d;ms les rue3,3ssez grotesque ponr avoir contre elle tous les goiis d'esprit, asseï menteuse pour affriander le peuple quelle affamait. J'ai dit que la Bévolution de février n'awiii rien cbangé à mes relations avec M. Bulot. Ce n'est pus assez. Elle les resserra; elle créa entre nous un lien de plus ; ma haine contre la seconde République, faaine (|ui ' n'a été égalée et surpassée que parmon horreur pour l;i troisième. Je crois devoir taire les propos échappés, d;iiis l'intimité, aux paroxysmes d'exaspération nerveuî^i. Il me snfûra d'assurer que Philippe II, le duc d'Albc, r.ichelieu, l'Ëminence grise, Louis XIV, Catherine de Midicis, Louvois, Torquemada et autres célébrités du Ui ,•potisme, auraient été contents de leur disciple, et iiu^' nous étions de son avis. Au surplus, ces indiscrétions i^trospectives ne sont pas de mon goût. Ce qui vaut mieux, ce qui est acquis à l'histoire littéraire, ce qu'il est fniilo de vérifier dans les collections de la Revue, c'est un ensemble d'articles dictés par l'esprit de réaction le plus intense, et qui seraient pour moi autant de pièces justiliiMtives. H. Buloz livra à ma férocité réactionnaire, à mon

envie de remonter des effets aux causes, Lélia, Raphaël, VHistoire des Girondins, Victor Hugo, Dumas, Eugène Sue, Daniel Stern, Notre-Dame de Paris, le Juif-Errant, les Mystères in Peuple, Hichelet, Quinet, lequel avait été, au début, un des oracles de la rue Saint-Benoit. Alfred de Musset lui-mSme, l'enfant gâté de la maison, n'en était pas quitte à moins d'un sermon passablement ridicule où je lui conseillais de donner à son talent (on ne disait pas encore son génie) une direction plus sérieuse et plus utile. La chronique politique fut confiée à M. Saint-Marc Girardin, qui, trop spirituel et trop loyal pour ne pas se repentir de ses articles du Journal des Débats sous les ministères ViUèle et Polignac, rachetait ses vieux péchés en glorifiant le principe d'autorité. Il recommandait à ses lecteurs, par de nombreuses citations, les Lettres de Beauséaitt, du baron de Syon, que ses liens do parenté avec les Lafayette et les Lasieyrie n'empêchaient pas de sacrillerles idées du béros des deux mondes aux loctrines du comte Joseph de Maistre.

Toutsi ressentait de ces inQuences. M. Buioz ouvrait sa Revue à M- de Palloux, d'abord en demandant à Eugène Forcade, qoi débutait, un article étogieux sur te Louis XYI et le Saint-Pie V du noble écrivain; ensuite en publiant de bien belles pages oii le plus clairvoyant et le moins écouté des Tiommes vraiment politiques vengeait l'bonneur, marquait la place et indiquait la tâche deRMONARCHisTBS. Enfin, M. Louis Veuillot en per-

sonne acheva de sanctifier la Revue en nous donnant les Lendemains de la Victoire et la Samaritaine ; détail bon à rapprocher de la piquante boutade où le rédacteur en chef de l' Univers, quinze ans plus tard, racontait avec un mélange de tristesse et d*ironie, comme quoi, s'étant amusé un jour à suivre le porteur de la Bévue dans les rues les plus aristocratiques et les plus catholiques du faubourg Saint-Germain, il avait eu le déplaisir de le voir entrer dans tous les hôtels sans en manquer un seul. C'est à la même époque, un peu après la bataille de Novare, qu'une femme d'un esprit et d'un talent supérieurs, ayant écrit un livre excellent sur l'Autriche, priait un ami commun d'en parlera M. Veuillot, et ajoutait : «Ma conviction sincère est que l'Autriche, dans cette grande crise, a sauvé la société et la civilisation européenne. » Or, cette femme tenait de fort près à M. Buloz, et son mari, depuis plus de quarante ans, n'a pas cessé d'être un des plus brillants collaborateurs de la Revue. Nous étions loin, on e voit, du comte de Cavour, du chevalier Nigra et du général Cialdini, duc de Gaëte.

Il y aurait de l'affectation à passer complètement sans silence la candidature de M. Buloz — avril et mai 1849, — dans le département de Vaucluse. Je serai bref. Là encore, l'incomparable Reviewer se trompait sur sa vocation, ses aptitudes et ses véritables intérêts. Les fonctions de. député l'auraient distrait de sa Revue sans grand profit pour sa gloire. Madame Sand a dit de lui qu'il ne

•2i)8 NOUVEAUX SAMEDIS

savait pas s'exprimer. C'est na peu r&ide ; ce qni me parait plus exact, c'est qu'il manquait de cette facilité d'clocution agréable, engageante, populaire, nécessaire au succès dans notre, Hidi, où nous n'avons de l'esprit qoen patois. D'ailleurs, la partie fat mal engagée. A une liste républicaine dont le pays ne voulait plus, il lallai; opposer une liste francbemeni et vigoureusement monarchique. H. Buloz figura sur une troisième liste, qui n'offrait pas de caractère bien déterminé, que soutenait un comité bonapartiste ou soi-disant tel, sans aulorité sur nos populations ardentes, éternellement pa^ lacées entre le blanc et le rouge Tels furent les malentendus, que M. Buloz, orléaniste de regret, réactionnaire d'instinct, mais étranger à tonte prévision de ceup d'État et d'Empire, eut pour compagnons de candidature deux jeunes gens dont Avignon était lier, qui venaient de faire une magnifique cainpagne dans la presse locale, et ([ui représentaient, dans son acception la plus généreuse, — hélas t la plus chimérique peut-être ! — le libéraJisue conservateur, ta liberté se dégageant du bourbier démocratique pour dédommager enfin ses amants de ses trahisons et de leurs mécomptes. Il me suffira de nommer Léopold de Gaillard et Gaston de Raousset — qui, malhsureusemont, ne le furent pas. L'un a pu se consoler de ses échecs électcraus en prenant place au protuier rang de nos plus éminents pablicistes, en défendant tiiiiles les nobles causes, c'està-dire toutes les causes

vaincues, en associant ses efforts à ceux des hommes ies plus illustres de son temps, les tlontalembert, les Cochin, les Palloux, les Broglie, les Carné, les ChaDipa,gny; mais il restera toujours à ses amis le regret de nu pas l'avoir TU à la tribune dont il avait te goût, dont il aurait eu le courage, où se serait complétée sa idi^sinaamie politique, et où il a été très-mal suppléé par les candidats oïMels de l'Empire et de la République. L'aii- Iret... comment se défendre d'un serrement de cœurquaiul on songe que, si nous l'avions élu en mai 18^, luut cbangeaii dans cette aventureuse et tragique desiinéi? ? J'ai particulièrement insisté sur les époques qui m oui le plus rapproché de H. BuIoe. Je dois maintenant me borner à quelques traits, à quelques dates. Le (mii|) d'État du 2 décembre contribua de deux maniëres :) l'accroissement merveilleux de la Beoue des DmT.- Mondes. En mettant les scellés sur la politique, en paralysant les journaux quotidiens, il multiplait les \e.cteurs des recueils périodiques et littéraires où des plunic:^ flnement taillées pouvaient encore apprécier lesé\ûiiementset laisser deviner les opinions sans effarouehi'r if gouvernement. D'autre part, M. Buloz, quoique foiifièrement autoritaire, était bien trop habile pour se rallier à une dictature qui répondait peutétre.au vœu secret de la majorité du pays, mais qui ne pouvait qu'irriter de grands partis encore fort vivaces, les légitimistes, ks orléanietes, les républicains et les libéraux tels '\iu'

MM. Dufaure, Vivien, de Rémusat, résignés à la Repu-

blique. Il recueillit ainsi les* bénéfices de l'événement sans en subir les éclaboussures. Il eut le rare privilège de s'enrichir en s'honorant. Comme si ce n'était pas assez de toutes ces bonnes chances, . les exilés de la politique, les naufragés de 1848 et de 1851, redevenus littérateurs,

— et plût au ciel qu'ils n'eussent jamais cessé de l'être !

— apportèrent à la Revue de quoi se refaire, non pas une virginité, mais une seconde célébrité littéraire. Mention-

nous rapidement MM. Guizot, Cousin, Villemain, Yitet, * i

Rémusat, d'Haussonville, la Chanson de Roland, Madame \

de Hautefortf V Amour dans le^mariage^ V Église romaine et le i

premier Empire, etc., etc., des pages inoubliables I Si la poésie et le roman n'eurent pas toujours, dans cette pjiase de richesse, de maturité et de robuste embonpoint, l'éclat, la fraîcheur, le rayonnement printanier, les heureuses audaces qui avaient donné tant de charme à la | jeunesse de la Revue des Deux-Mondes y le regain fut souvent comparable à une opulente moisson. Octave Feuillet eut là des succès qui passionnèrent la ville et la cour. La Maison de Penaruan, de Jules Sandeau, n'eut rien à envier au Docteur Eerbeau. Paul de Molènes, Henri Mtirger, Cherbuliez, Jules et Henri de la Madelène, Amédée Achard, Mario Uchard, parmi les conteurs ; Joseph Autran, Théophile Gautier, Alfred de Vigny, François Coppée, Edouard Grenier, Sully Prudhomme, .Leconte de Lisle, André Theuriet, côté des poètes, ont victorien- *

sèment repoussé toute idée de décadence. Et le Péché de Madeleine ! Et M. Henri Rivière 1 Et M. Ernest Renan, si délicieusement raisonnable lorsqu'il oublie d'enfourcher son da^ia sémitique, évangélique et biblique! Et Caro ! Et Sain^René Taillandier, de la Comtesse SAlbany à Philippe de- Ségur, des Trois drames de la vie littéraire au Conseiller de la reine Victoria! et le Marquis de Villemer! et M. de Mazadel Et cet Emile Montégut, si ingénieux, si sympathique, souvent si éloquent, imagination charmante au service d'une raison si droite et si élevée! Encore une fois, la question de talent et de succès reste intacte. Par malheur, il y en a une autre, que je vais effleurer en finissant.

Dans cette étude si incomplète, j'ai soigneusement évité de parler religion et philosophie. A quoi bon ? Pourquoi rappeler des dissidences et rouvrir des blessures ? J'esquissais un portrait; j'essayais un récit; je feuilletais mes souvenirs ; je ne prétendais pas soulever des polémiques qui m'auraient mené trop loin. Il est un point, un seul, qui me permettra d'associer nos croyances les plus chères à ce sentiment patriotique, ineffaçable trait d'union entre les opinions les plus diverses. On a dit, — et je n'en doute pas, — que les malheurs de la France avaient frappé au cœur M. Buloz, brisé cette organisation vigoureuse et inauguré sa longue agonie. Il était digne de pleurer avec nous, de porter avec nous ce deuil national dont le radicalisme seul a pu se faire une

tête, Que proie et uoe joie. Mais ne s'ési-il pas quelquefois demandé, dans ces derniers temps, si l'unité italienne à laqaelle la Revue des Deux-Monda prêta son puissant concours, n'avait pas été une des causes de nos désas^; si, en préparant l'isolement de notre pays, elle n'avait pas assuré le triomphe de l'Allemagne ; si Cavour, en un mot, n'avait pas été le précurseur et le collaborateur de Bismarck î En voyant le terrible chancelier mener de front ses haines contre la France et contre le catholicisme, contre la race latine et contre l'Église romaine, ne s'est-il pas dit que la reconnaissimee de Victor-Emmanuel nous avait bien médiocrement payés de l'abandon du saint vieillard emprisonné au Vatican ? En comparant le rôle odieux et grotesque joué p.'ir Uaribaldi dans la guerre de 1870 an sublime dévouement, i l'indomptable héroïsme de nos zouaves pontifleaux, de nos Frères des écoles chrétiennes, n'a-t-il pas compris de quel côté il aurait dû chercher l'intérêt, la force, l'honneur, les battements de cœur de la vraie France? Glissons sur ces douloureuses images ; posons ces questions sans prétendre les résoudre. La mort a des solutions qui déjouent la sagesse humaine, et tout ce qu'on peut dire de positif à propos de H. Buloz, c'est que ce travailleur prodigieux, ce père de famille excellent, cet homme entouré des affections les plus pures et les jilus tendres, a mérité de mourir en chrétien.

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