OCVEACX SAICDIS
d«iraieot, l'aii porUnt laoïre, ooas couler m cher; elle redevient ^ode dame, et eomme celte grande dame a uo Yéfilable talent, comme ses personnages son t trèsbien posés, il en résulte des scènes où l'élément roma> nesqœ et la bonne compagnie, si soorent bronilléâ, semblent prêts à signer un traité de paix.
Ce qui arrive, yoos lavez déjà deviné. Gnermann, accueilli d'abord comme un bote sans conséquence, aime éperdoment Nélida. Celie-d ne demanderait qn*à aimer son mari; mats comment le ressaisir, entre la belle Uortense Laogin et la spieodide marquise Élisa Zepponi? Elle lutte, elle a ses heures de triomphe; victoires stériles ! Je ne puis cependant résister au plaisir d*en citer lu bulletin, ne fût-ce que pour montrer aux romanciers d'aujourd'hui, qui nous stupéfient du chiffre de leurs éditions, de quelle façon on écrivait en 1845 -
« -* Timoléon rougit d'orgueil en voyant Nélida si belle. C'était, en effet, une rencontre unique que celle de CCS deux femmes. Jamais peut-être le génie de la peinture ou de la statuaire n'imagina une plus complète antithèse dans la jeunesse et la beauté. Toutes deux avaient vingt ann; Élisa Zopponi était un type accompli de cette beauté réelle qui, sans parier à Tâme, exerce sur les sens un empire irrésistible. L*ovale plein et coloré de son visage rappelait les tôtes de Giorgione ou de la troisième manière de Raphaël ; son front bas était encadré pai deux bandeaux de cheveux d'un noir luisant et bleuâure.
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Sa prunelle brillante nageait dans le fluide, pareille à une étoile réfléchie dans une source ; ses lèvres, habituellement entr'ouvertes, laissaient voir deux rangées de dents d'une blancheur de perle. Son nez, dont les narines mobiles se gonflaient à la moindre émotion, les riches contours de ses bras et de ses épaules, sa démarche nonchalante, et jusqu'à son organe un peu voilé, tout en elle respirait la mollesse, promettait lo plaisir et trahissait Tardeur des voluptés. Nélida, depuis son mariage, avait pris plus de force, quelque chose de plus assuré dans le maintien. Une teinte cendrée s'était répandue sur Tor de sa chevelure; mais sa peau transparente était toujours aussi pâle, et son regard n'avait rien perdu de sa virginale pureté. Lorsqu'elle s'avança à la rencontre de la marquise, on eût dit la Muse calme, chaste et pensive du Nord en présence d'une riante courtisane athénienne. L'échange de politesses entre ces deux femmes fut aussi exquis que si rien ne se passait en elles de tumultueux. Elles se regardèrent de Pair le plus bienveillant, en se parlant du ton le plus affable. Toutes les convenances furent observées, de part et d'autre, avec le tact de la meilleure compagnie. »
N'importe! ceSolferino de l'épouse légitime ne réussit pas à fixer M. de Kervaêns. Il se laisse enlever par la terrible Zepponi, et dès lors il mérite de subir la peine du talion. Guermann profite de la juste exaspération de Nélida... — « Je me sens tous les courages, dit-elle, hors
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celoi do mensong^e !» — Et ils partent pour lOberbnd. Voilà lesvabseanx brûlés. Abientôl le naufrage! Ils ?ont monter la Gemmi de Fanioor; la descente sera raide.
A qnoi bon insister sur les phases dÏTresse, de trouble, de malaise, de désabusement, de rupture? Ce serait tomber dans les redites. Mais Tépilogue a droit à une mention particulière. Là Daniel Stem, sans doute pour se rapprocher encore plus de madame Sand,marque la Iransilion qui va la conduire du roman passionné, mais encore aristocratique en dépit de ses déclarations de guerre aux conventions sociales, vers les apôtres chevelus, râpés, hirsutes et barbus du phalanstère, du saint-simonisme, du communisme, précurseurs ou prophètes des Républiques du 24 février, du 4 septembre et de leurs annexes. Séparée de Guermann, dont le génie apocryphe va se briser contre les murailles blanches du musée de Weimar, Nélida retrouve à Lyon, — rue Grôlée peut-être, — Pex-supérieure du couvent de l'Annonciade ; dans quel état, grand Dieu! Sœur Sainte-Elisabeth, de famille ducâle, pétrie d'ambition et d'orgueil, a jeté la guimpe aux orties démagogiques. Elle cohabite, en tout bien tout honneur, avec le citoyen Ferez, ancien secrétaire de son père, congédié pour abus de conGance. Jalouse des lauriers de Spiridion-Lamennais, elle proche, sous un costume fantaisiste de quakeresse ou de diaconesse, la religion de Tavenir, c'est-à-dire l'avenir sans religion; elle fralernise avec les canuts de la Croix-Rousse et de la
Gutllotière, fait le catéchisme aux futurs électeurs de MM. Ândrieax, Millaad, Ordiuaire, Guyot et Varambon) et endoctrine Nélida, qui doit la remplscer un jour dans ses fonctions de grande-prêtresse.A dater de cet épilogue, le livre et l'auteur ne relèvent plus de la critique lilicraire. Le romanesque, qui, sous une plume élégante, aurait paobte nir grâce pour bien des erreurs et des folies s'absorbe dans an chaos de germanisme où se trahissent à la fois des lectures mal digérées, un orgueil immense, l'intention bien formelle d'abdiquer son sexe, de renier sa caste, d'abjurer ses croyances, de cesser d'être une femme pour devenir un philosophe et un savant, et de battre en brèche la société et TÉglise. Dès lors, les lecteurs les plus bienveillants de Daniel Stem purent prévoir qu'elle allait tomber du côté où elle penchait, que Nélida n'aurait pas de sœur cadette, que Pierre Leroux, Hegel, Strauss et Fauerbach ne permettraient pas à la noble transfuge de suivre les traces de Corinne cl d'Indiana; qu^elie n'écrirait plus que pour soutenir des thèses, étaler des paradoxes, faire parade de philosophie transcendante, de morale iniépendante, de politique agressive, et s'associer plus étroitement au mouvement révolutionnaire.
En effet, il sufût de rappeler les titres des ouvrages qui suivirent iV^^ida, pour se rendre compte des dcvialions de cet esprit superbe : Essai sur la liberté considérée comme principe et fin de Vactivité humaine, — Lettres
répulMcaines. — Esquisses morales elpolitiques. — Peu' séeSf réflexions et maximes, etc.. etc. — Puis, çà et là, des essais d'esthétique, d'art, de littérature étrangèret qui ont l'air d'avoir été pensés en allemand avant d'être écrits en français, et où toutes les variétés du faux se dissimulent sous un beau style. Le talent de la fière comtesse a gardé de son éducation et de ses origines l'habitude de s'habiller avec goût ; mais, si Thabit ne fait pas le moine, il fait encore moins le vrai penseur. Dans ce fatras, il est juste pourtant de distinguer une Histoire de la Révolution de 1848, où Daniel Stern, aidé de documents curieux et authentiques, déploya de véritables qualités d'historien.
Toutefois, nous n'aurions pas essayé de disputer ce nom, ce pseudonyme, ces œuvres, cette existence troublée ou rassérénée, à l'oubli du surlendemain, aux anxiétés du moment et à l'admiration des amis, si nous n'avions entrevu dans les premières parties de Nélida un trait caractéristique, un détail original, dont Daniel Stern ne s'est peut-être pas doutée; la patricienne, la grande dame, restant grande dameet patricienne au moment même où, sous des voiles plus ou moins diaphanes, et en démarquant ses mouchoirs armoriés, elle retrace l'histoire dosa déchéance; l'élève hautaine de Jean-Jacques et de madame Sand, acceptant tout de ses maîtres, excepté les air de bohème, les gamineries d'allure et de langage, qui semblent inséparables de ces défis lancés à la société po-
lie ; la rébellion, la désertion , la révolte, l'appel à tous les mensonges communistes, à toutes les passions populaires, se montrant un instant sous le môme uniforme que la discipline; en un mot, un roman de bonne compagnie, publié par une femme dont les doctrines, si elles triomphent, réduiront à néant tout ce que respectent les personnes bien élevées.
Pour mieux préciser cette nuance, je recueillerai dans mes souvenirs deux dates. Nélida parut en 1846 ; le romanesque épisode que Listz appelait la débâclei et que vu ses spécialités musicales, on aurait pu appeler la fugue, est de I83d. Onze ans ! Si quelques-uns de nos gouvernements ont, par hasard, duré un peu plus, il est probable que les libres amours durent beaucoup moins. Je lis dans les Lettres d'un Voyageur [IS novembre 1836), un passage qui se rapporte évidemment à une époque où les illusions et les ivresses n'étaient pas encore dissipées: — « Blouse étriquée, chevelure longue et désordonnée, chapeau d'écorce défoncé, cravate roulée en corde, momentanément boiteux, et fredonnant habituellement le Dies iriB d'un air agiéable. » (Quel joli portrait-carte à envoyer à M. Tabbé Listz, aristocrate jusqu'au bout des ongles et n'avouant plus que les magnats, les princesses elles cardinaux!) — Poursuivons : « Le premier objet qui s'embarrasse dans mesjambes,c'est Puzzi (devenu plus tard le Père Uermann), à* califourchon sur le sac de nuit..« Du fond d'une capote anglaise sort la tête blonde
d'Ara bella (ooos y sommes!) : tandis qneje m'élance vers elle, Franz (Listz), me saate an coa; Poseî fait un cri de surprise; nous formons an groupe inextricable d'embrassements, tandis que la fille d*aaberge, stupéfaite de voir un drôle si crotté embrasser une aussi belle dame qu'A* rabella, va répandre dans la maison que le numéro 13 est envahi par une troupe de gens chevelus comme des sauvages, et où il n'est pas possible de reconnaître les hommes d*avec les femmes, les valets d'avec les maîtres. — « Histrions I dit gravement le chef de cuisine d'un air de mépris... »
Ou je me trompe fort, ou ce pêle-mêle, ce débraillé, cette bohémiennerie, ne durent pas plaire longtemps à l'auteur de Nélida. Du moins, il n'en restait pas trace, le 7 décembre 1846, dans son charmant petit hôtel de la rue Plumet,le soir où j'eus l'honneur de lui être présenté. C'est tout au plus si un œil très-exercé aurait pu signaler quelques diflferences que me rappela plus tard le fameux panier de poches d'Alexandre Dumas. Dans le salon, plein de ravissantes inutilités qui eussent scandalisé la clientèle de sœur Sainte-Elisabeth, il y avait M. Emile de Girardin,Ponsard,alors dans toute la fièvre des répétitions ô'Àgnis de Méranie; le marquis de F..., Chassériau; le comte de Viel-Castel, aujourd'hui académicien, Arthur de Gobineau, qui préludait par des succès de feuilleton à des œuvres plus sérieuses; Louis de Ronchaud, l'aimable' podte; deux ou trois peintres à la mode, et cinq ou six
hommes du meilleur monde, comme disent nos clichés. Lo sexe faible laissait uu peu à désirer. — « Toutes femmes séparées de leurs maris I » murmura à mon oreille Tarai qui m'avait f>résen té.
Tout à coup le majordome, correctement vêtu de noir, habit à la française, cravate blanche, culottes courtes, bas de soie, souliers vernis, boucles d'argent, - ô rue Grôlée! — souleva sihncieusementla portière, et je vis entrer la marquise d'A..,une vraie marquise du plus pur faubourg, une pêche que Dumas aurait cotée a* un prix fou, sans peur parce qu'elle était sans reproche, sure de son mari, sûre d'elle-même, et combinant lesprille plus original avec la plus ferme vertu. Son entrée fit sensation. Pendant un instant plus rapide que l'éclair, elle pâlit, rougit, hésita, se mordit les lèvres. Puis, son parti fut pris; avec une dignité de reine, elle s'avança vers la maîtresse du logis, lui serra la main en disant bien haut: « Ma cousine! s et alla s'asseoir au coin de la cheminée. Uneminuleaprès, je m'approchai d'elle. J'avais, à cette époque, beaucoup de mémoire. Je lui récitai, sans broncher, des vers délicieux qu'elle avait écrits, quinze ans auparavant, sur l'album d'un voisin de campagne. Elle sourit, et me dit tout bas :
— Vous êtes bien étonné de me rencontrer ici? Silence respectueux. La marquise reprit :
— Daniel Slernesl ma proche parente. Je suis ou je me crois au-dessus de certaines pruderies... Pourtant il faut
en tout une juste mesure... 11 était convenu avec ma cousine que nous nous verrions bien amicalement en tête-àtèle, les jours où elle n'aurait personne. Ce matin, j'ai reçu un joli billet où elle me disait : c faites ce soir un acte de charité. Venez voir une pauvre malade. J'ai une migraine atroce.. Vous me trouverez en robe de chambre et en pantoufles, mon flacon d^éther à la main. Ma porte sera rigoureusement fermée pour tout le monde, excepté pour vous,chère cousine !... » J'arrivc,et je trouve cinquante personnes... un éclairage éblouissant... la comtesse brillante de santé... c'est un vrai guet-àpens.
— Eh bien, madame la marquise, prenez votre revanche... Il y a ici des publicistes, des poëtes^des romanciers, des artistes. Demandez à votre cousine de vous les présenter... Us croient peut-être que les honnêtes femmes sont incapables de leur donner la réplique. Amusez -vous à les détromper!...
Un quart[d'heureaprès,la marquise était entourée, et à chacun de ces hommes distingués ousupérieurs,elleadressait le compliment leplusdélicat,lemotleplus juste etle plus fin, l'objection la plus ingénieuse. Elle fut tour à tour sérieuse et enjouée, malicieuse et sj^mpathique, paradoxale et sensée, spirituelle et éloquente. Son succès fut immense. Ponsard, toujours un peu naïf, n'en revenait pas.
— On peut donc être une Lucrèce?... me dit-il.
— Sans être une Agnès, répliquai-je.
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X minuit, la marquise se leva, et tendant de nouveau la main à Daniel Stern :
— Ma cousine, lui dil-el!c, à l'avenir je ne croirai plus à vos migraines !...
— C'est vous qui m'avez guérie, répondit l'autour de Nélida,
Nélida! Nélida! cette rapide apparition du seul monde qui fût digne de vous, ne vous filrelle pas éprouver un sentiment de regret? Je l'ignore. Trenîe années ont passé sur ce souvenir. Daniel Steru, je le crains, était resiée libre-penseuse avec un grain de germanisme, et républicaine avec une couche de socialisme. Deux châtiments lui étaient réserves; voir les Allemands en France; voir les républicains à l'œuvre. Elle a vécu assez pour subir la première de ces deux péniiencc.v, elle meurt trop tôt pour épuiser la seconde.