‹ Nouveaux souvenirs et portraitsChapitre 1 sur 11 · Q0AI DES AU6DSTINS · texte numérisé non relu

Q0AI DES AU6DSTINS

CHARLOTTE CORDAYw

Je silis obligé de dédârer tdttt eti cohimençsitit, qu'on ne trouvera probdbleinent pas iei ce qu'on tient j chercher. Je n'ai jamais tu Charlotte Gorday^ je né sais d'elle que ce ctb'eh rapporte l'histoire; et ce qu'en rapporte l'histoire I tout le monde le sait comme moi. Sa

heWe et pure vîe de jeune fille échappe auX combinaisons du roman. Son dévouement héroïque et pasBïonné ne se rattache à aucune des combinaisons de la politique. Elle appareil seule, absolument seule, au milieu des faits de son temps, et n'y passe qu'un jour pour tuer et pour mourir. Gela est bientôt dit, et il n'y a pas deux manières de le dire. Tout le luxe de l'éloquence et de la poésie , dont j'ai d'ailleurs d'excellentes raisons pour ne pas feire grand étalage , ne préteroit que de maussades ornements à cette phrase simple mais complète des biographies.

« Marie- Anne-Charlotte Corday d'Armans ,

■ âgée de vingt-quatre ans et quelques mois , • née de parents nobles à Saint-Saturnin près

■ de Séez, en Normandie, assassina Itfarat dans »son bain, d'un coup de couteau, le 14 juil- >tet 1793. Elle se laissa ensuite arrêter sans «s'émouvoir, répondit à ses juges sans se dé- > fendre , entendit son arrêt avec le calme qui »ne l'avait pas abandonnée un moment, et

17 à l'échafaud, belle, tranquille riante, comme les jeunes lilles de nt au bal. Quand le bourreau eut

CHARLOTTE GOHDAY. S

t abattu sa tète, il la ramassa dans le panier, la > montra toute sanglante au peuple, et lui > donna un soufflet. •

L'histoire n'ajoutera rien à cela , et ce que rimagination auroit l'étrange audace d'y ajouter seroit certainement de trop.

Ce que j'y ajouterai , moi , ce sera un lambeau de mes souvenirs, passablement insignifiant pour tout le monde, si ce n'est pour moi, et que je n'aurois jamais eu la prétention de recoudre à rien si je ne trouvois à tirer de ses replis quelques inductions morales dont l'application peut redevenir utile dans des circonstances plus ou moins prochaines. J'aimeroîs mieux avoir à m'occuper d'autre chose , car le public commence à s'ennuyer beaucoup de rêveries individuelles et d'émotions intimes; mais c'est un cadre dont il est difficile de sortir quand on a été réduit par la forme sociale à une vie purement intime et individuelle. Quelles sensations pourroit exprimer le solitaire qui n'a existé réellement que dans sa pensée, si on lui interdit de raconter sa pensée et de mettre sa solitude à profit ? Quiconque est paria écrive en paria : c'est bien le moins.

Quand Paris eut fait ses premières révolutions, on ne savoit pas trop bien dans les provinces éloignées ni pourquoi ni comment on faisoit les révolutions. Ce n'est plus maintenant un mystère pour personne. Ceue placç est à moi y ces honneurs me sont eus , ces palais m'appartiennent. Enfants, retirez-vous de mon sokH^ comme dit Pascal* Laissez-moi passer 9 ouje vtacM tue l Voilà l'expression tout entière de ces grands mouvements des peuples qui leur coûtent si cher, qui leur rapportent si peu; et c^est pourquoi la partie saine des peuples ne g'<en mêle plus. Il n'en étoitpas de même alors. La frénésie étoit presque partout , mais la mauvaise foi n'étoit presque nulle part. On alloit, on alloit, et on alloit ordinairement trop loin, parce ique, suivant la judicieuse expression de Robespierre, on ne va jamais plus loin que lorsqu'on ne sait pas où Ton va. La division hostile des partis devint bientôt la manifestation très-explicite du secret des gens capables qui se disputoient le pouvoir. Elle ne fut pour les bonnes gens qu'une énigme sans mot dont la solution indéfinie restoit suspendue dans Tavenir; et s'ils s'obstinèrent à la

CBARLOTTE CORDAT. T

ehercber quelquefois encore, ce ne fut malheureusement pas dans l'histoire, où ilsTauroient trouvée à chaque page. Brutus l'aToit proférée assez hautement pour l'iDStruction de tous les siècles , en livrant sa poitrine au poignard amiod de Straton.

La société populaire de ma ville natale voulut cependant savoir à quoi s'en tenir sur les chefsapparents delà Montagne et de la Gironde avant de s'engager sous la bannière de l'une ou de l'autre. A dé&ut d'idées positives et qui se représentassent d'elles-mêmes, comme cela arrive quand les idées sont quelque chose et qu'il y a une vérité au fond , elle s'ioforma des hommes et réserva sou adhésion pour les plus dignes. L'émissaire chargé de cette exploration naïve étoit un jeune homme de vingt-deux ans^ du plus heureux naturel, plein de bonne instruction, de patriotisme éclairé, d'humanité, d'enthousiasme « et qu'un rare talent pour la parole avait rendu populaire dans ces jours d'apparente création où la parole étoit redeveune souveraine comme aux premiers jours du monde. A onze ans je l'avois pour professeur et presque pour ami ; et je chéris encore sa

mémoire, quoique j'aie la funeste obligation dd mon goûl stérile pour les lettres à ses aveugles encouragements. Briot vint à Paris , y passa quelques semaines, et se crut en état de rendre bon comptede sa mission. • Roland et ses

• amis, dit-il, sont des républicains sincères, » incorruptibles , pénétrés du plus pur amour

> de la liberté ; ils peuvent se tromper, mais ils » ne peuvent pas vouloir vous tromper. Je ne « sais où est la raison , mais c'est de ce côté «qu'est la vertu. Quant à Marat , c'est un

• monstre qui n'a rien de commun avec la na*

• ture humaine, et j'en rends grâces au ciel,

> car il faudroit rougir d'être homme si Marat » ëtoit un homme. »

Cette pensée s'enracina profondément dans mon esprit. Elle y produisit un germe fécond qui se développa, qui grandit, qui étouffa peu à peu tout le reste des folles semences que mon éducation politique d'écolier y avoit jetées depuis un an. Marat est la seule créature qui m'ait fait comprendre la haine.

Quelques mois après la Montagne éloit triomphante et régnoit sur la France de par la populace de Paris. Elle manda ses fougueux pro-

CHARLOTTE CORDAY. d

consuls dans tous les départements. Celui qui

nous échut s'dppetoit Jean B , de Seine-et-

Oise. G'étoit' un ancien curé de Saint-Louis de Versailles, doué d'une physionomie dis* tinguée , d'une grande facih'té d'élocution , et d'une certaine élégance de manières. Ce curé venoit de se marier avec une noble chanoinesse , pour la dérober peut-être à la proscription. Je ne l'ai jamais entendu dire, mais j'ai eu quelques raisons de le croire. Madame

B était belle, plus que belle, accomplie

dans toutes les grâces qui relèvent la beauté, dans toutes les perfections du cœur qui la divinisent; et pour surcroît de mérite elle avoit l'inexplicable courage d'être aristocrate et de s'en faire gloire. Arrachée par la nécessité sans doute à la société élevée dont elle auroit fait l'ornement, on n'imaginera pas qu'elle ait pensé un instant à s'en composer une autre parmi l'orageuse et grossière clientèle des députés jacobins. Elle vivoit retirée dans son appartement, et ne passoit quelquefois dans ceux du curé tribun que pour aller y solliciter quelques adoucissements aux malheurs des pauvres proscrits. La justice exige qu'on avoue

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