‹ Nouveaux voyages en zigzag à la Grande-ChartreuseChapitre 17 sur 45 · RUINES DE VALÈRE · texte numérisé non relu

RUINES DE VALÈRE

fête de baptême, qui, devenus sans usage désormais, sortirent prochainement et sans retour de ces retraites pour aller sur la devanture d'un marchand de bric-à-brac tenter la fantaisie de quelque amateur moyen âge par ton et antiquaire par vanité.

Ceci vu, nous nous dirigeons, sous la conduite d'un barbier de place, vers le château de Valère. Ce sont ces pittoresques masures qui couronnent la montagne de Sion. Pour y parvenir, Ton passe devant l'église des jésuites et devant quelque autre chose encore des jésuites aussi, où se trouve un musée que nous visitons en passant. Ce musée, peu riche d'ailleurs, en est demeuré pour la botanique à Linnée, pour la physique à Haûy, pour la zoologie à Buiïbn; et les bustes de ces trois grands hommes y président à quelques quadrupèdes bourrés de paille, à des grenouilles en bouteille et à des brimborions étiquetés, qui, effectivement, donnent de l'air à des minéraux. En outre, l'on y voit aux angles, dans de grandes armoires vitrées, des fables de la Fontaine, qui n'ont ni toute la poésie du texte original ni tout l'esprit de la traduction de Grandville. C'est, par exemple, maître corbeau empaillé qui tient en son bec un fromage de bois blanc, pendant que maître renard, empaillé aussi, ne lui tient point de langage du tout. Notre barbier de place exprime par un rire pâteux et par un grognement indistinct que ce spectacle le ravit d'aise jusques au fin fond de ses

dernières nivelles intellectuelles. Pour les simples et pour les crétins aussi, plus l'imitation est plate et directe, plus elle leur cause de plaisir; et il ne faut pas se dissimuler que la vue de quatre chandelles en sautoir sur renseigne d'un épicier leur procure plus d'artistique jouissance que ne pourrait faire la Vierge de Foligno ou la Communion de saint Jérôme.

Nous gravissons ensuite la vallée pierreuse, nous serpentons entre des masures inhabitées : les herbes folles, les plantes emmêlées recouvrent ici le sol et masquent les décombres. Au sommet, une église, un vieil arbre, une terrasse dernière, d'où le regard plane sur le fleuve et ses îles et ses beaux rivages; d'où il fuit, d'où il vole de croupe en croupe, d'arceaux en arceaux jusqu'à la lointaine échancrure de la Forclaz. Gomme hier et à la même heure, l'orage s'y forme, il accourt ; le vent brise un rameau, la pluie fouette les murailles, et, retirés sous l'auvent caduc d'un portail délabré, nous assistons de là à ce spectacle toujours si attachant des campagnes qui pâlissent, du ciel qui se courrouce, de la nature enfin qui, tout à l'heure calme et resplendissante, frémit de trouble et s'inonde de pleurs.

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