SIBERIE
508. Bornes : au nord, la mer Glaciale ; à Test, le détroit de Bhering et le Grand Océan qu'on nomme ici rOcéan Oriental; au sud, les monts Altaï, Sayaniens, Daouriens, Stanovoï, &c. ; à l'ouest, les monts Ourals et la rivière Kama, qui séparent la Sibérie de l'Europe.
Cette vaste région, qui comprend plus d'un quart dePAsip, était presqu'aussi peu connue des anciens, que P Amérique. En 1242, des Tatares ou Tartares fondèrent, aux bords de l'Obi et de l'Irtych, un Khanat ou royaume, qui prit le nom de Sibir, Dans le 16e. siècle, les Russes, attirés par les riches fourrures qu'il produisait, en firent la conquête, et étendirent successivement leur domination jusqu'à l'extrémité orientale de l'Asie: mais le Kamtchatka ne fut soumis qu'en 1711.
509. Divisions : Outre une partie des gouvernemens de Perm et d'Orenbourg, qui s'étendent au delà des monts Ourals, la Sibérie renferme trois grands gouvernemens russes, savoir : ceux de Tobolsk et de Tomsk, à l'ouest, et celui d'Irkoutsk, à l'est.
Le gouvernement de Tomsk se subdivise en 3 provinces qu'on appelle le Tomsk propre, l'Iéniseik et le Kolywan ; celui d'Irkoutsk en forme 4, l' Irkoutsk propre, le Nerchinsk, l'Iakoutsk, et rOchotsk—cette dernière comprend le Kamtchatka et les îles.
Géographie de l'Asie,
510. Climats^ productions^ &c : Séparée par de hautes montagnes, de tous les pays tempérés, et s'inelinant dans toute sa largeur vers la mer Glaciale, la Sibérie présente la région la plus froide de la terre. Les parties du midi et de l'ouest sont assez fertiles en orge, en sarrasin, en lin, et en légumes ; quelquefois, mais difficilement, le blé parvient à sa maturité. Ailleurs, ce sont de vastes plaines ou Steppes, tantôt sablonneuses, tantôt couvertes de pâturages abondans et élevés ou de forêts de bouleaux, partout sillonnées par des fleuves ou des ri- \âères, et entrecoupées de lacs la plupart salés. En approchant de la mer Glaciale, ce ne sont plus que des marécages où le sol estuqe boue presque toujours gelée sur laquelle croissent quelques plantes languissantes ou des tapis de mousse. Les trois cinquièmes au moins de la Sibérie sont impropres à toute espèce de culture. L'hiver dure 9 à 10 mois; les chaleurs de l'été sont très fortes et très subites. Près de la mer Glaciale, les végétaux ne vivent que peu de jours pendant lesquels ils fleurissent et forment graine. La neige couvre souvent les moissons avant qu'on ait pu les récolter.
Les arbres sont le bouleau, le saule, l'orme, l'érable, le peuplier, &c., surtout le sapin qui remplit des forêts immenses ; l'espèce qu'on nomme cèdre de Sibérie s'élève à 120 pieds et vit 150 à 200 ans. Ici comme dans les autres pays très froids, les arbrisseaux à baies, framboisiers, mûriers, groseilliers, cerisiers à grappes, &c., abondent dans les bois et les plaines. Leurs fruits procurent aux Sibériens diverses liqueurs agréables.
Les animaux domestiques sont la renne, le chien, qui sert de bête de trait, le cheval, ordinairement blanc, le bœuf, le mouton à large queue, la chèvre, le porc, &c. : le chameau ne vit que dans la province de Nerschinsk. Les animaux sauvages sont, à peu près, tous ceux de FEurope, auxquels on peut ajouter le cheval et l'âne sauvages ; le dijggetaï, ou Thémione, espèce intermédiaire entre le cheval et l'âne, qu'on dit être l'animal le plus léger à la course, Pargali ou la brebis sauvage, &c. Le plus redoutable de tous est l'ours blanc ; le chasseur l'attaque pourtant une lance à la main, et l'animal stupide, assis sur ses pattes de dei'- ^rière, laisse approcher le fer meurtrier.
Abrège de la
511. Fournir es ; Après les mines, dont on va parler, la principale richesse de la Sibérie sont ses magnifiques ^ fourrures, entre autres, ses peaux de zibelines, d'hermines, de marmottes, de gloutons, de martres, et de renards noirs et blancs.
Les insectes fourmillent en été, et tourmentent cruellement l'habitant aussi bien que le voyageur. Les rivières, les lacs, et les mers, très riches en poissons, ne le sont pas moins en gibier ailé, tels que canards, oies, cîgnes, bécasses, et une foule d'oiseaux de passage. Les bois sont peuplés de gélinottes, de perdrix, &c. Dans la mer d'Ochotsk et dans celle de Bhering, on voit des troupes innombrables de baleines, d'ours de mer, de loups de mer, de lamantins, &c*
Cette région de glaces, de misère, et d'exil (a) est encore exposée à diverses maladies épidémiques, scorbut, fièvres, &c. Le bétail et plus encore les chevaux sont enlevés par une espèce de peste qui attaque même les hommes.
512. Mines: La Sibérie est appelée le Perow des Russes. Les mines d'or de Bérézof, à l'est des monts Ourals, celles d'argent de Kolywan vers les sources de l'Obi, et de Nerschinsk, dans la Daourie russe ou province de Nerschinsk, ont produit des sommes-immenses ; mais elles ne sont plus à comparer aujourd'hui avec les riches dépôts métalliques de Schlangenberg dans le Petit Altaï, d'où l'on tire en abondance l'or, l'argent, le cuivre, le zinc, le plomb, la plombagine, l'arsenic, le soufre, &c (6). Les mines de fer sont très communes dans toute cette région, particulièrement dans la chaîne ouralienne, qui fournit aussi beaucoup de cuivre (No. 312).
On a découvert près d' Abakansk, lieu le plus chaud de la Sibérie, vers les sources de Plénisseï, une masse de fer natif du poids de 1680 livres, qui selon les Tartares, est tombée du ciel. Dans les monts Ourals on trouve de Tasbeste (ou amiante), matière minérale dont on fait des toiles, des bonnets, des bourses, du papier incombustibles. Il y a une jurande variété de pierres précieuses, topazes, béryls, onyx, calcédoines, lapis lazuli, &c. ; et quantité de sources chaudes, parti€ulièrement au Kamtchatka.
(a). Le gouvernement russe envoie souvent des criminels d'état et des malfaiteurs pour finir leurs jours en Sibérie. Les derniers sont ordinairemi'nt condamnés au travail des mines.
(h). Depuis 1745 jusqu'en 1787, les mines de Schlangenberg ont produit 816,250 livres pesant d'argent et 28,360 livres d'or. En 1783, on tira deç monts Ourals 6,565,400 livres de cuivre, et 131,500,000 de fer,
Géographie de l'Asie.
513. Le commerce de la Sibérie se fait principaleiîient par des marchands voyageurs qui s'y rendent de la Chine, du Thibet, de la Tartarie, et de l'Europe. Il consiste à échanger le produit des manufactures européennes et chinoises, l'eau-de-vie, le thé, le tabac, le coton, la soie, la rhubarbe, &c, pour des fourrures, des peaux, des étoffes, des bestiaux, des métaux, de la verrerie, &c. Les mines s'exploitent au profit du gouverne*ment|, qui retire encore un tribut pour toutes les pelleteries exportées.
514. Villes : Tobolsk, au bord de l'Irtych, est la capitale de toute la Sibérie — résidence du gouverneur général et d'un archevêque — ^habitée en grande partie par des descendans d'exilés, surtout des officiers suédois faits prisonniers par Pierre-le-Grand à la bataille de Pultawa — principal entrepôt de commerce entre la Russie, la Chine, et la Tartarie. Les Tartares y apportent de belles peaux d'agneaux frisées, qu'ils se procurent en ouvrant le ventre aux brebis pleines, des étoffes de coton, des soiries indiennes, des pierres précieuses, &c. Il y a plusieurs églises, un couvent grec, une école de haute-grammaire, &c. Les rues sont planchéiées en poutres. Pop : 20,000. —
Les autres sont, Irkoutsk, sur l'Angara, première ville de commerce— cour de justice souveraine, dont la jurisdiction s'étend ^ur toute la Sibérie — école de langue et de navigation japonaises ; Tomsk, surle Tom, qui se jette dans l'Obi, demeure ou rendezvous d'un grand nombre de marchands russes, tartares, bukariens et kalmouks ; Nerschinsk, ville frontière, avec un fort du côté de l'empire Chinois, célèbre par ses mines, auxquelles travaillent 1,000 à 2,000 exilés; Kiachta, sur la même frontière, formée de deux villes, l'une russe, l'autre chinoise— très commerçante ; Iakoutsk, sur la Léna — vend beaucoup de zibelines; Ochotsk, port sur la mer d' Ochotsk, centre du commerce des fourrures entre Irkoutsk et le Kamtchatka ; &c.
515. Population : 2,000,000, composée de Sibériakes ou descendans d'Européens, de Russes, de Tatars, de Tungouses, d'Ostiaks, de Wogoules, de Cosaques, de
Abrège de la
Mongols, de Kalmouks, de Samoyèdes^de Kamtehadales, &c. Les Sibériakes, les Russes, et les exilés sont chrétiens : les Tar tares sont musulmans ; les autres sont fétieliistes, chamanistes, bouddhistes, &c.
Les Samoyèdes, par leur taille et leur genre de vie, ressemblent - aux Lapons (Nos. 288 et suiv.). Les Kamtchadales, dont ie nombre diminue rapidement par les ravages des boissons enivrantes, de la petite vérole, et du scorbut, sont aussi d'une taille très courte ; ils ont les épaules fortes, la tête grosse, le visage long et plat, de petits yeux, les lèvres minces, et peu de cheveux. Ils se servent de chiens pour traîner leurs légers chariots. Ils portent une chemise de coton avec des pantalons larges de peau de daim ; leurs bottes sont de cuir tanné, et leur bonnet est en fourrure. Dans la partie septentrionale de la presqu'île leurs cabanes sont creusées sous t^rrc. Les Tartares sont propres et terapérans ; mais la plupart des autres tribus nomades de la Sibérie se laissent dominer par l'ivrognerie et sont d'une paresse et d'une malpropreté extrêmes.
Iles qi/ï dépendent de la Sibérie.
516. Iles Liaikoff ou Nouvelle Sibérie: Habitées par des ours et des rennes — remplies de bois pétrifié, d'ossemens et de squelettes entiers de buffles, de rhinocéros, d'éléphans, &c., transportés sans doute ici parles eaux du déluge universel — l'ivoire y est aussi beau et aussi blanc que celui d'Afrique.
Iles Aléoutiennesi Voisines du continent de l'Amérique, auquel elles appartiennent — au nombre de 53 — moctagncs, volcans, sources bouillantes, — les renards et les souris sont les seuls quadrupèdes, — beaucoup d'oiseaux et d'animaux marins à fourrure. Population, 5^600 indigènes, sauvages, idolâtres. — II» se percent le carthiîage des narines, ainsi que la lèvre inférieure, et y portent de petits os façonnés ou de la verroterie. Les femmes portent des robes de peaux d'ours.
Ile Bheiing à l'est du Kamtchatka, ovl périt le célèbre navigateur danois Bhering; et Ile de Cuivre à l'est de la précédente— ce nom lui vient du cuivre natif qu'on y a trouvé. — Ces deux îles sont habitées par un immense nombre di isatis ou renards polaires.
Iles Kouriles, au nombre de 21 ou selon d'autres de 26 : les trois du midi, qui appartiennent aux Japonais, sont appelées les Grandes Kouriles ; celles du nord sont habitées par des Kamtchadales émigrés de leur pays à l'approche des Russes, à qui ils sont obligés do payer un tribut en fourrures. — Volcans, sources chaudes, tremblemens de terre fréquens ; belles forêts, chasse et pêche abondantes.— Habi tans lâches, dit-on, et portés au suicide.
Géographie de l'Asie.