EMPIRE CHINOIS
517. Bornes: Au nord, la Sibérie; à l'est, la mer du Japon, la mer Jaune et la mer Bleue ; au sud, la mer de la Chine, et les deux Indes ; à l'ouest, la Tartarie Indépendante.
518. Divisions: Voici les principales divisions de cet empire, le plus étendu qu'il y ait au monde, après l'empire Russe : I ® , au nord, la Kalmoukie y compris la Petite Bukarie, la Mongolie, et la Mantchourie, qui renferme une grande partie de la Daourie (a) ; ces trois contrées forment ce qu'on appelle souvent, quoique très improprement, la Tartarie Chinoise. II ® , à l'est, la Corée. III ® , au sud-est, la Chine propre. IV ® ? au sud-ouest, le Grand et le Petit Thibet.
I ^ . Kalmoukie, Mongolie, Mantchourie.
519. Climat Sec : La Kalmoukie et la Mongolie forment avec le Thibet l'immense plateau de l'Asie centrale, que terminent au nord les monts Altaï, Sayaniens, &c, ; â l'est, les monts Siolki ; au sud, la chaîne de l'Himalaya ; et à l'ouest, les monts Belours. C'est un assemblage de montagnes nues, de rochers énormes, et de plaines les plus élevées du globe. Au milieu est le vaste désert de Kobi ou de Schamo, long de 500 lieues ; on n'y voit que des lacs salés, de petites rivières qui se perdent souvent dans les sables, et, par-ci, par-là, quelques chétifs buissons et quelques pâturages. La partie méridionale est arrosée par plusieurs fleuves qui descendent ensuite vers la Chine et les Indes. Le climat de l'Asie centrale est très rigoureux; des voyageurs ont trouvé dans la Kalmoukie la terre gelée à deux pouces ' de profondeur, au solstice d'été. Cependant il y a des endroits plus tempérés, où la vigne et le cotonnier mû-
(a). La Daourie russe est située dans la province de Nerschinsk (No.
Abrège de la
rissent ; on trouve même dans les vallées abritées du Thibet, les pêchers, les abricotiers, les orangers, les grenadiers tant sauvages que cultivés, les bambous, les bananiers, &c. En général, cette région ne présente que des productions analogues à celles du nord de l'Europe, mêlées à quelques espèces de la Sibérie. La rhubarbe croît sur les montagnes. Il y a, surtout au Thibet, des mines d'or et beaucoup de poussière d'or, du cuivre, du cinabre, du plomb, du mercure, de l'étain, dutinkal ou borax, du sel-gemme, &c. Le borax se retire d'un lac du Tliibet qui a 7 lieues de tour et qui paraît inépuisable. Le bétail et les troupeaux y sont en grand nombre.
Le bœuf, le cheval, Tâne, le mouton, la chèvre, le chameau à deux bosses, y vivent dans l'état sauvag-e. Les autres quadrupèdes sont la renne, vers les pays russes seulement, Télan, le cerf, le diig-getaï, Tyak ou le bœuf g-rog-nant, le porte-musc, le sanglier. Fours, le lynx blanc, Tonce et quelques autres espèces voisines du tigre, les animaux à fourrures, et, dans les parties les plus méridionales, les singes.
La nature a donné à Tyak un poil long, épais, et soyeux ; des cornes retournées en arrière ; une queue flottante et lustrée qui est un article de luxe chez les Orientaux. Les chèvres sont renommées par leur beau poil qui sert à faire des schalls. Parmi les oiseaux on admire le huen qui tient le milieu enti'e le faisan et le paon.
La Mantchourie, qui s'incline vers la mer d'Ochotsk et la mer du Japon, partage le climat et les productions de l'Asie centrale et de la Sibérie.,
520. Commerce : Le bétail, les peaux, les fourrures, la rhubarbe, et le gingseng paraissent être les principaux articles d'exportation que fournit la Tartarie Chinoise. Nous parlerons plus bas (No. 542) du commerce des Thibétains.
52 L Villes : Il n'y a guères dans toute cette région de villes, excepté celles de la Mantchourie, dont la principale est Moukden, ancienne résidence des princes mantchoux ; on en trouve deux dans la Petite Bukarie, Cashgar, autrefois capitale d'un royaume, bâtie en briques, et Yarkand, regardée comme la capitale actuelle de ce pays,
Géographie de l'Asie,
522. Hahitans: Toute l'Asie centrale est habitée par une foule de peuples nomades qui vivent du produit de leurs nombreux troupeaux, de chasse, et de pêche. Ils appartiennent à trois races principales, celle des Mongols, celle des Eleuths ou Kalmouks, et celle des Mantchoux. Ils sont caractérisés généralement par une espèce de passion pour les exercices de la cavalerie et pour certains amusemens, tels que l'arc, la lutte, la pantomine, la danse, les chansons, &c; et par l'usage de manger la chair du cheval et de boire le lait de jument-
Ils font avec ce lait une boisson faiblement spîritueuse dont ils se réglaient ; mais ils aiment encore mieux le thé, l'hydromel, et surtout Teau-de-vie. Ils demeurent sous des tentes ou plutôt des demi-cabanes, formées d'une claie d^sier circulaire que recouvre un toit en feutre capable de résister à la pluie et aux neig-es. Quand les pâturages commencent à manquer, toutes les tribus lèvent leurs tentes, ce qui arrive depuis dix jusqu'à quinze fois par an. Dans l'été ils se dirigent au nord, et dans l'hiver au midi. Les troupeaux, les hommes, les enfans, forment une procession régulière, et sont suivis par les jeunes filles, qui chantent gaiement en cadence.
Les Mantchoux ressemblent par leurs traits physiques et par leurs mœurs aux Kalmouks et aux Mongols, mais leurs liaisons avec les Chinois leur ont fait contracter davantage le goût de l'agriculture.
Les Mongols ont l'a taille moyenne, la tête grande et ronde, le visage extrêmement plat, le nez écrasé et presque de niveau avec le reste du visage, de grandes narines, de grosses lèvres, un menton court et peu de barbe, les oreilles larges et saillantes, les genoux arqués, le teint jaunâtre ou rougeâtre. Leurs cheveux sont noirs et aussi forts que les crins de leurs chevaux ; ils les rasent entière^ ment, à l'exception d'une touffe, au sommet de la tête, qu'ils laissent croître dans toute sa longueur naturelle. Du reste ils ont une jolie bouche, assez petite, avec des dents blanches comme de l'ivoire, et des membres bien proportionnés.
523. Population et gouvernement : Il y a probablement 1 million d'habitans dans la Petite Bukarîe, 1 million et demi dans la Kalmoukie, y compris le Tangout ou pays du Kokonor, 1 million dans la Mongolie, et un demi-million dans la Mantchourie. Total 4,000,000,
Abrège de la
partagés en khanats ou principautés, qui se subdivisent en oluss^ et ceux-ci en imaks de 150 à 300 famillest Les khans ou chefs sont obligés de payer tribut à l'empereur de la Chine. Le régime de ces peuples est strictement féodal, excepté dans la Mantchourie, qui forme un gouvernement chinois divisé en deux provinces.
Chez les Mongols, celui qui refuse du lait à un voyageur est puni de l'amende d'un mouton.
524. La Religion de toute la Tar tarie est le lamisme ou culte du Dalaï-Lama. Ce pontife suprême, qui reçoit des honneurs divins, est choisi parmi les Sifans ou habitans du Kokonor. Ses prêtres ou gellongs sont fort adonnés aux jongleries et aux sortilèges. Les corps des principaux khans et prêtres sont brûlés avec de grandes solemnités. Leurs tombes sont entourées de hautes murailles et ornées de très hautes perches, d'où flottent des draperies bizarres.
Des missionnaires ont rapporté qu'une partie au moins des Mantchoux n'avaient ni temples ni idoles, et qu'ils n'adoraient qu'un seul être suprême ; ils le surnomment empereur du Ciel,
C'est de la Mongolie que sortit le fameux Genghiskhan, né en 1 163 et mort en 1227. Suivi des hordes mongoles, il attaqua successivement les Tartares du nord et de l'est, une partie de la Chine, l'Hindoustan septentrional, la Perse et toute l'Asie occidentale j usqu'à l'Euphrate. Ses premiers successeurs étendirent leur puissance jusque dans la Russie, et firent des incursions jusqu'en Pologne et en Hongrie. Le siège de cet empire, le plus étendu qui se soit jamais élevé, fut Karakarum ou Karakum ou Holin, dans le désert de Schamo; il n'en reste aucun vestige aujourd'hui.
Les Mantchoux envahirent, en 1115, le nord de la Chine, où leurs princes fondèrent une dynastie. Dépouillés, un siècle plus tard, par les Mongols, ils retournèrent dans leurs monts sauvages ; mais au commencement du 17e. siècle, ils revinrent et s'emparèrent de toute cette contrée. Leurs princes y régnent encore. Le peuple conquérant a pris les mœurs et les usages du peuple conquis.
Géographie de l'Asie. 179 II ® . Corée.
i 525. — Royaume tributaire de la Cliine, divisé en 8 I provinces, situé entre la Mantchourie, la mer du Japon I et la mer Jaune. — Climat froid, quoique sous la latitude I de ritalie, à cause des montag-nes que renferme cette ! presqu'île. — Sol très fertile et très bien cultivé. — Les montagnes ne produisent que l'orge et le gingseng ; les provinces méridionales abondent en riz, en millet et en panis (espèce de blé duquel on tire une liqueur vineuse), en chanvre, en tabac, en citron, et en soie. — On y trouve un arbre semblable au palmier, dont la gomme donne au vernis un air de dorure. — Diverses mines précieuses, topazes, sel fossile, animaux à fourrures, beaucoup de pêche, &c. — Ce pays, dont la capitale est I King-Ki-Tao, a 201 villes et 6 millions d'habitans, la plupart bouddhistes. — Le gouvernement est très des- I potique.
526. Les Coréens fabriquent du papier de coton ex- 1 cellent, des éventails, des toiles très fines, que les Chii nois achètent pour des thés et des soiries. Les Japo-
I nais leur apportent du poivre, du bois odoriférant, de l'alun, et des cornes de buffles. Les Coréens lent donnent en échange du plomb, du coton, de la soie !i brute, des racines de gingseng. Les Chinois ont porté !| en Corée leurs arts, leurs sciences, et leur langue, très \ différente de la langue coréenne vulgaire. Les lettrés I forment un ordre d^état à part, et se distinguent par I deux plumes attachées à leurs bonnets, î Oq accuse les Coréens d'être fort adonnés aux plaisirs, très S lâches, grands menteurs et si accoutumés à tromper que les Chinois mêmes en sont les dupes. Les malheureux navigateurs que des tempêtes jettent sur leurs côtes, y sont réduits en esclavage.
III ^ . t^HINE PROPRE.
527. Bornes : Au nord, la Grande Muraille, qui la sépare de la Mongolie; à Test, la mer Jaune et la mer Bleue;
au sud, la mer de la Chine et Flndo-Chine ; à Touest, le Thibet et le Tangout ou pays des Sifans. Cette vaste contrée, qui ne forme, en étendue, qu'un tiers environ de l'empire Chinois, se divise en 15 provinces.
Voici les noms de ces provinces : au nord, Shansi, Schensî, Petcheli ; à Test, Schanton^, Kian^-nan, Tche-kiang*, Fou-kien : au sud, Canton, Kouan«--si, Yun-nan ; à T ouest, Se-tchouan ; au centre, Ho-nan, Hou-kouan, Koei-tcheou, Kiang-si.
Quelques ennemis de la religion chrétienne, au dernier siècle, ont cru donner un démenti à nos livres saints en publiant, d'après de prétendues annales chinoises que cet empire remontait à 10 ou à 20 mille ans. Aujourd'hui que les monumens de son histoire ont été discutés avec soin, il est reconnu qu'elle ne date que de 7 à 8 cents ans avant J. C. On ne doute point cependant que cette monarchie ne soit la plus ancienne de toutes celles qui existent; elle fut fondée par lao, descendant de Fohi (Noé), vers le temps de Josué ou peut-être aussitôt après la dispersion des peuples. A. l'époque où florissait le célèbre philosophe chinois Confucius (551 av. J. C), toute la Chine au midi du fleuve Bleu était encore déserte; même au 13e. siècle de l'ère actuelle, les habitans de la Chine méridionale mangeaient la chair humaine, buvaient le sang* des prisonniers de guerre, et se tatouaient^ c. a. d., se faisaient des marques ou figures sur la peau avec un fer chaud, à la manière des nations les plus sauvages.
La Chine a éprouvé beaucoup de révolutions politiques. On compte 22 dynasties qui y ont régné depuis lao ; la 20e. commença l'an 1280 de J. C, par un petit-fils de Genghiskhan; et la 22e. et dernière en 1649, par un prince mantchou nommé Chun-si, dont la famille occupe encore le trône.
528. Climat : La Chine, s'étend du nord au sud depuis le 40e. jusqu'au 20e. parallèle. -Elle doit donc renfermer une grande variété de climats ; mais en général la température y est beaucoup moins élevée que celle de l'Asie occidentale et même de l'Europe sous les mêmes latitudes (No. 505). A Pékin, les plus grandes chaleurs sont de-|-31 ® , et les plus grands froids de — 11 ® (Réaumur). Les pluies y sont très fréquentes en été, et rares en hiver ; durant cette dernière saison, il gèle constamment, mais il ne tombe que peu de neige. Dans les parties méridionales, l'année se partage en
Géographie de l'Asie.
deux saisons, celle des pluies, et celle de la sécheresse. La chaleur moyenne de l'été à Canton est de-|-19 ® . I Les ouragans et les trombes exercent souvent leurs ravages dans les parties voisines de la mer.
529. Les productions végétales de cette contrée fertile qu'arrosent deux grands fleuves (No. 501), et une multitude de rivières, de lacs, et de canaux, sont toutes celles de l'Europe et un grand nombre d'autres indigènes, telles que le camphrier, le mûrier à papier, l'arbre d'aloès, dont le bois du cœur nommé Calamba est un excêUent cordial et se vend aussi cher dans l'Inde que l'or même, l'arbre à suif, l'arbre à gomme qui sert de vernis, l'arbre à cire, qui fournit une cire blanche supérieure à celle des abeilles, I'Arbre A The', devenu une source de profits immenses à la i Chine, le gingseng, la salsepareille, et diverses drogues ; médicinales, le sésame, d'où l'on tire une huile de la meilleure qualité, diverses espèces de citronniers et d'orangers, le bananier, le tamarinier^ le cannellier, le giroflier, le muscadier, &c., &c.
Le prin€ipal objet de Texcellente agriculture des Chinois est ie riz, qui dans les parties trop froides ou trop sèches est remplacé I par le froment ; viennent ensuite les pommes de terre, les choux, les navets, les ornons, et les fèves. Ces léofumes font la base de la nourriture des hommes et des animaux. Il n'y a que fort peu dé pâturages; les montagnes mêmes les plus escarpées se cultivent avec soin. L'on n'y connaît point l'usage des jachères; pour conserver la fertilité des champs qu'on ensemence toujours, on fait servir toutes les sortes d'engrais imaginables.
Les animaux domestiques sont en petit nombre ; le buffle est employé préférablement au bœuf pour le labourage.
Entre les animaux sauvages on remarque l'éléphant, le rhinocéros unicorne, et plusieurs espèces de singes et de gibbons ; entre les insectes, les papillons, qui y sont d'une beauté rare, et les vers à soie qui paraissent originaires de la Chine ; entre les poissons, la dorade, qui, en Chine comme chez nous, sert d'ornement aux bassins ; entre les oiseaux, le faisan doré et argenté, la sarcelle, connue par ses deux belles crêtes orangées, le pélican çhinoisj qu'on dresse à la pêche^ &c,
Abrège d:k la
530. Mines : Il y a des mines d'argent ; on recueille de la poussière d'or parmi les sables des rivières de l'ouest; on exploite encore beaucoup de cuivre, de mercure, de zinc, d'arsenic, de fer, et de charbon de terre. Deux substances métalliques propres à la Chine sont la toutenague et le petung ou cuivre blanc, qui servent à
faire des vases et des chandeliers. «'^
531. Commerce : Thés, nankins et autres cotons, soiries, toiles, draps; sucre, riz, cannelle; toutenague, i cuivre, borax, alun, mercure ; porcelaihe, verrerie ; boisle de sandal, drogues, tapisseries, papier, encre de la Chine; ouvrages en laque, en étain, en vermillion ;! ^ fourrures, &c. &c. La plupart de ces articles se payent en numéraire, les Chinois trouvant chez eux toutes les productions nécessaires à la vie outre une infinité d'ob- w jets de luxe, et de plus n'aimant pointa encourager les ^ manufactures européennes. Le commerce extérieur se fait principalement avec la Grande Bretagne et les Etats-Unis. Le commerce intérieur est sans doute immense, mais il est peu connu des étrangers.
532. Capitale : Pékin, dans la province de Petclieli, à 20 lieues de la Grande Muraille. Elle forme un quarré long et se divise en deux villes, la tartare ou jnantchou et la chinoise. L'ensemble a 6 lieues de circonférence. Les murs ont 50 coudées de haut ; les arcardes des portes sont en marbre, le reste est en larges; briques. Les plus belles riies ont 120 pieds de large et une lieue de long ; elles sont occupées par les boutiques où se vendent les soiries et toutes les marchandises de la Chine. Le palais impérial, avec ses dépendances, a plus de 2 lieues de circuit ; la façade brille de peintures, de dorures, et de vernis ; les ornemens de l'intérieur et les jardins sont de toute beauté. Population, environ 1 million et demi.
On admire la police exacte qui règ-ne dans Pékin. Il y a un observatoire célèbre, et sur une de ses nombreuses tours pyrami» dales une cloche de 1200 quintaux.
Géographie de l'Asie.
533. Villes principales: Nankin, autrefois la capitale. Ses portes sont magnifiques, aussi bien que plusieurs de ses temples^ entre autres celui qui contient la fameuse tour de porcelaine, I Cette tour a neuf étao^es; il faut monter 884 degrés pour arriver I au sommet orné, à ce qu'on prétend, d'une pomme d'or massif. I Aux coins de chaque galerie sont suspendues des cloches, qui, agi- I tées par le vent, rendent un son argentin. C'est la ville la plus I savante de la Chine. Il y a plusieurs bibliothèques, une académie de médecine, des fabriques de satins rembrunis et d'étoffes connues sous le nom de nankins. L'arbuste qui fournit cette espèce de coton jaune rougeâtre, croît dans la même province. -^Canton: Une des plus peuplées et des plus opulentes villes de la Chine Elle est le principal entrepôt du commerce des Européens avec les Chinois.— Exportation immense de thés, outre les soiries, la porcelaine, &c.
Au sud de Canton, sur la même baie, est située Macao, établissement portugais, autrefois très important, et qui exporte encore beaucoup de thé et d'opium. La plupart de ses 34,000 habitanssont Chinois. Un groupe de rochers près d'une des hautes éminences de la ville, forme un antre appelé la grolte du Camoè'ns, où ee poëte composa, dit-(Kn. son poënie de la Lusiade.
Les auteurs chinois comptent dans leur pays 1579 villes, 2796 temples, 3158 ponts, 10,809 édifices publics de différentes sortes, et un nombre infini d'étangs, de lacs, et de canaux.
-534. Population et Religion : La Chine est le pays le plus peuplé de la terre; on y compte 150 millions Id'habitans, dont 2 millions vivent sur l'eau dans des jonques et autres bateaux. Si à ee nombre on ajoute 20 millions pour les pays tributaires ou dépendans de Tempire, on aura un total de 170 millions. Les empereurs adorent le Dalaï-Lama; les lettrés ou savans chinois suivent la religion de ConfuciuSj qui est une espèce de déisme ; le peuple suit généralement le culte de Bouddha ou Fohi. Il y a trois évêques catholiques, à Pékin, à Nankin, et à Macao, et environ 150 mille chrétiens, la plupart catholiques.
535. Le gouvernement est despotique. L'empereur s'intitule fils sacré du Ciel, unique gouverneur de la terre, grand père de son peuple ; on adore sa personne ; on porte des offrandes à son image et à son trône. Les seigneurs de sa cour reçoivent à genoux ses ordres :
Abrège de la
quand il sort, il W précédé de 2,000 licteurs, qui portent des chaînes, des haches, et divers autres instru mens de supplice; les Chinois alors se renferment dans leurs maisons ; celui qui se trouve sur le passage de l'empereur ne peut éviter la mort qu'en tournant le dos ou en se prosternant la face contre terre. Les postes civils et militaires sont remplis par neuf classes d'officiers nommés mandarins. Leur pouvoir est illimité, mais ils sont souvent destitués ou mis à mort sans aucune forme de procès.
L'armée chinoise est estimée à 1,260,000 hommes, dont 400,000 de cavalerie. On assure qu'elle est mal disciplinée, dépourvue de courag-e, et qu'elle ignore l'art des évolutions militaires, La marine est composée d'un grand nombre de vaisseaux, mais les Chi- j| nois n'ont fait que peu de progrès dans la science de la navigation, quoiqu'ils aient connu lon^-temps avant nous l'usage de la boussole.
536. La langue chinoise est peut-être la plus imparfaite et la plus difficile à apprendre qu'il y ait au monde. La langue parlée ne contient que 350 monosyllabes. L'écriture se compose de 80,000 signes hiéroglyphiques, qui expriment non des mots, mais des pensées entières.
537. Arts et Sciences: Les Chinois imitent très bien la nature dans leurs peintures, dans la construction de leurs jardins et de leurs maisons de plaisance. Ils font avec une vitesse surprenante les calculs arithmétiques. Ils ont inventé l'imprimerie, du moins celle qui se fait avec des planches massives, plusieurs siècles avant les Européens, et la poudre à canon, qu'ils employèrent lors même de l'invasion de Genghiskhan (en 1209). Ils font de très beaux feux d'artifice, qu'ils tirent ordinairement en plein jour. Ils ont des tragédies, des comédies et d'autres représentations dramatiques. Mais en général ils ignorent ce qui constitue la vraie poésie et la véritable éloquence. Leur architecture et leur peinture se bornent à copier servilement les objets que la nature leur met devant les yeux. Leurs connaissances en fait de mathématiques ne s'étendent pas même jusqu'au calcul des éclipses. Ce sont le? Européens qui leur ont appris à se servir de caractères d'imprimerie mobiles et de mousqueterie. La supériorité de leurs soiries, de leurs cotons, et de leurs porcelaines est due à la qualité excellente des matières qu'ils employent.
Géographie de l'Asie.
53S. Ouvrages publics : On doit admirer les g-randes routes des Chinois ; leurs ponts d'une seule arche ; leurs tours pyramidales, que couronnent pour l'ordinaire des temples ou pagodes; leurs canaux, vastes, profonds, bordés de quais en pierre ; surtout le Canal Impérial entre Pékin et Canton, qui n'est interrompu que par une journée de marche pour traverser une montaa*ne.
Mais l'ouvrage le plus étonnant qu'offre la Chine, et peut-être le monde entier, est la Grande Muraille, qui s'étend Sur toute la frontière septentrionale, construite pour arrêter les incursions des Tartares (Mongols et Mantchoux), Sa longueur est de 500 lieues; sa hauteur est de 30 pieds dans les plaines, et de 15 à 20 dans les parties montagneuses ; sa largeur est telle, que le plus souvent six cavaliers y peuvent parader de front.
539. Blœurs, ; Les Chinois sont accusés d'un extrême défaut de probité, d'indolence dans les classes riches et de malpropreté dans les classes pauvres, qui dévorent, dit-on, tout ce qu'elles trouvent sous la main. L'usage cruel d'exposer les enfans dans les rues ou sur l'eau, est fort ancien, quoiqu'assez rare aujourd'hui. Le sexe est tenu dans une espèce d'esclavage ; le paysan chinois attelle, en même temps, dit-on, à sa charrue sa femme et son âne.
Une Chinoise ne se croit belle qu'autant qu'elle a les yeux bridés, les lèvres un peu gonflées, les cheveux lisses et d'un noir d'ébène et les pieds d'une petitesse extrême : ce dernier trait achève ridée de sa beauté. Pour lui donner cette perfection, on a soin de lui emmaillotter étroitement les pieds dans sa jeunesse ; aussi, dans une âge plus avancé, elle semble chanceler plutôt que marcher. Chez les hommes, l'embonpoint, signe d'une vie oisive, est ua titre à la considération. Les hommes maigres passent pour avoir peu de talent. Les gens comme il faut laissent croître les ongles ides doigts. On teint en noir les cheveux et la barbe. Les innombrables cérémonies que pratique partout le Chinois, rendent sa compagnie fort ennuyeuse aux autres nations.
Les lois règlent l'habillement de toutes les classes de la société. Les mariages se font par les parens, pour l'ordinaire avant que les enfans aient atteint l'âge de raison. On rend une espèce de culte aux tombeaux. Le blanc est la couleur du deuil.
Rarement le Chinois laisse apercevoir la plus légère trace de passion ; rarement il quitte l'air humble et soumis d'un esclave qui veut plaire. Ces qualités sont fortifiées par le caractère du gouvernement et par l'absence totale de mets échauffans et de liqueurs spiritueuses. Le thé est la boisson universelle.
Abrège la
IV ^. Thibet.
540. Le Grand et le Petit Thibet se subdivisent en petites souverainetés tributaires ou provinces.
541. Climat et Productions: Voyez le No. 519. En général c'est une contrée remplie de hautes montagnes, de glaciers, de fleuves, de rivières, de lacs, de richesses minérales, et d'animaux sauvages. Les chaleurs de l'été sont courtes et fortes ; la végétation est rapi<:le et brillante dans les vallées qui séparent les montagnes et^ dans celles qu'arrosent le Bramapouter, le Mei-kong,: et les autres fleuves.
542. Commerce : Poudre d'or, pierres précieuses, t c borax, rhubarbe, fourrures, peaux d'agneaux, musc, poil de chèvre, schalls, étofl'es de laine, &c. Le su-j ^ perbe poil de chèvre dont on fait les schalls est en j , grande partie transporté brut à Cachemire, ville limi-i 1 trophe de l'Hindoustan, qui leur a donné son nom. ;
543. Villes : Le Thibet a peu de villes : Lassa est la capitale ; à 7 milles de là est le palais ou temple dul Dalaï-Lama, couronné d'un dôme qui a 62 brasses de | hauteur. L'extérieur est décoré d'une infinité de pyramides d'or et d'argent, dit-on; et les 10,000 appartemens de l'intérieur sont pleins d'idoles des mêmes matières.
544. Population, Religion, Sfc. : Le Thibet renfernie 5 à 6 millions d'habitans robustes, doux, simples, mais j très superstitieux. Ils adorent le Dalaï-Lama, qui pré-; tend être la divinité visible, c. à. d., Fohi ou Bouddha I lui-même revêtu d'une forme humaine.
Quand il meurt, Tesprit divin passe dans un corps nouveau et entretient ainsi le merveille de sa perpétuelle existence. Les Lamistes croient qu'une odeur d'ambroisie s'exhale de sa personne ; que les fleurs naissent sous ses pas ; et que dans le plus aride dé-
Géographie de l'Asie.
sert des sources jaillissent à sa voix (a). Le Dalaï-Lama était autrefois le chef temporel du Thibet; aujourd'hui cette contrée se g-ouverne par un prince ou mandarin Chinois. Le Boutan est une dépendance du Thibet.
Iles qui appartiennent a l'empire Chinois,
545. La grande île Tchoka ou Seg"halien, vis-à-vis l'embonchure du fleuve dont elle porte le nom, est exposée à un climat âpre. Elle est habitée par des pêcheurs et des chasseurs qui se tatouent ; ils font des étoffes d'écorce de saule. La partie méridionale de l'île dépend du Japon.
Les îles Lieu-Kieu, au nombre de 36, forment un état florissant» Elles sont fertiles et bien peuplées. On y trouve toutes les productions et toutes les manufactures de la Chine. Le roi paye annuellement à l'empereur un tribut qui consiste en souffre, en cuivre, en étain, en corail, et en nacre de perles. Les habitaos parlent la lang^ue et suivent la relig-ion des Japonais.
L'île Formose est partagée en deux par une chaîne de montagnes volcaniques. Les Chinois reclament la partie de l'ouest, qui néanmoins est dominée par des pirates ; celle de l'est est habitée par des sauvages indépendans, qui ressemblent aux Malais et aux insulaires de l'Océanie. — Quantité de cerfs et de singes — métaux précieux — sucre, poivre, camphrc;, tabac, grains, fruits excellens. — Fabriques chinoises. Capitale, Tai-ouan-fou, dont la forteresse fût bâtie par les Hollandais.
i L'île Hainan â des mines d'or et de bols colorés — elle fournit le meilleur bois, soit pour l'odeur, soit pour la sculpture ; les plus précieux sont le bois d'aigle et le bois de rose. — Pêche de perles.
Les îles Larrones, voisines de Macao, sont remplies de pirates, qui infestent ces mers ; ils enlèvent fréquemment les bâtimens chinois employés au cabotage.