PREMIÈRE PARTIE
à tout le système. Les nouveaux progrès de l’anatomie nous ont appris que des filamens nerveux s’enfoncent dans la masse organique, et établissent ainsi des communications entre les vaisseaux et les nerfs, ce qui nous explique la sympathie qui existe entre les uns et les autres, sympathie si grande que les maladies d’un système se communiquent aussitôt à l’autre. Ainsi, de même que la honte rougit les joues dans l’état de santé, que la frayeur chasse le sang hors des vaisseaux périphériques et produit une pâleur subite : une violente irritation des nerfs provoque dans le [système vasculaire des réactions qu’on désigne sous le nom de fièvre; et des mouvemens fébriles primaires occasionnent dans la sphère sensible les phénomènes les plus différens d’une activité anormale.
On sait avec assez de certitude où commencent un grand nombre de maladies. Selon Gruithuisen (1), la peste a pour point de départ le tissu cellulaire; Yinfluenza , les membranes muqueuses de la trachée-artère; la fièvre jaune, les organes de la bile. Selon Kopp (2) , plusieurs formes d’asthme chez les enfans proviennent d’une hypertrophie du thymus ; le typhus abdominal d’ulcères des intestins (5); un grand nombre d’accidens nerveux, d’une inflammation lente de la moëlle épinière (4) , etc. Dans beaucoup de maladies , les prodromes nous en indiquent le point de départ; car ordinairement les sensations de perturbations locales se font sentir dans l’endroit d’où la maladie se répand dans différentes directions.
(1) Physiol. der Bengalischen Choiera. In der med. chir, Zeitung, 1887, no 35.
(2) Denkwurdigkeiten in der œrztlichen Praxis. 1 vol. Frankfurt am Main. i83o.
(3) Beitrage zur næheren Kenntniss des sporadischen Typhus. Tubingen,
Uljier den sporadischen Typhus und das Wechselfieber von Dr. Pet. Jos. Schneider. Tubing. , 1826.
Speciele Nosologie und Thérapie nach dem Système eines beruehmten Arles (von Autenrietli) ; herausgegeben von Reinhard. Wurzburg, 1884.
(4) Isaak Parrish, in the Americ. Journal of the medical Sciences, Vol. x, n° 22.
PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE
On a souvent posé la question s’il existe des maladies qui n’ont pour cause aucune anomalie organique ; l’impossibilité où nous sommes, dans l’état actuel delà médecine, d’établir d’une manière satisfaisante l’indépendance relative des manifestations de la vie des organes, rend cette tâche très difficile; mais il est fort vraisemblable qu’il y a des lésions primitives de la force vitale, et par conséquent aussi des maladies purement dynamiques. Ce-* pendant, en admettant môme cela comme certain, nous ne pouvons en conclure que la force vitale est attaquée instantanément dans sa totalité. Il est plus vraisemblable, puisque nous sommes forcés de reconnaître une vie propre des organes, que les lésions de la vitalité partent toujours d’un point fixe, et du point qui se trouve le plus exposé aux influences nuisibles extérieures. Un grand nombre d’accidens , nommément des réactions très générales de l’organisme, à la suite d’influences psychiques, immatérielles , des convulsions et des accès de lièvre après une violente émotion, etc., semblent être, il est vrai, le résultat d’une attaque subite de la vie animale dans sa totalité. Cependant l’importance physiologique de toutes les parties du cerveau nous esc encore trop peu connue pour réfuter l’opinion assez vraisemblable que pour chaque sensation psychique il existe un organe particulier dans le cerveau, d’où cette sensation s’étend sur d’autres régions de l’organe des sens. Notre physiologie a encore beaucoup à attendre de l’avenir sous ce rapport.
Du reste, nous pouvons admettre comme résultat de toutes ces considérations, qu’il est de la dernière importance pour le but du traitement médical, de suivre, dans tout cas isolé de maladie , la marche de cette dernière depuis son point de départ jusque dans les plus petits embranchemens organiques; que, dans certains cas, nous pouvons reconnaître avec certitude l’existence d’une opération morbide isolée , locale; mais qu’il est impossible, avec nos idées peu arrêtées sur la généralité et la localité des maladies, d’en tirerquelque profit qui puisse servir de base à nos cadres nosologiques.