OPINIONS DE HAHNEMANN
Si les moyens spécifiques les plus efficaces, et si utiles en particulier dans les maladies aiguës, n’ont fourni jusqu’à présent que des résultats peu satisfaisans dans les maladies chroniques , s’ils ont opéré moins de cures radicales que de palliations passagères, la faute en est aux notions inexactes qu’on a sur le caractère particulier de ces maladies, que leurs symptômes extérieurs ne nous font pas connaître d’une manière complète. L’observation qu’un mal chronique n’est pas détruit à l’aide de la constitution la plus robuste, n’est pas atténué par un régime et un genre de vie réguliers, ne disparaît pas spontanément, mais s’exaspère d’année en année en présentant des symptômes de plus en plus graves , à la manière des maladies chroniques miasmatiques (proprement dites contagieuses), cette observation a conduit à la supposition que toutes les maladies chroniques ont quelques miasmes pour cause fondamentale (2).
Cette supposition a acquis un plus haut degré de certitude par le fait que ceux qui sont atteints de maladies chroniques, ont eu très-souvent une exanthème galeux , et d’innombrables observa-
(1) Die chronischen Krankheiten, ihre eigenthumüche Natur und homœopatisehe Heilung, x part. Dresde et Leipzig, 1828.
(2) Hahnemann emploie généralement le mot miasme pour désigner la contagion.
lions ont appris que la répercussion ou la disparition de la peau d’un exanthème galeux a eu maintes fois pour résultat instantané des maladies chroniques accompagnées de symptômes analogues chez des individus d’ailleurs bien portans. On est arrivé ainsi à la conviction que la gale est le mal primitif d’où naissent la plupart des maladies chroniques. Ce mal primitif est appelé psore à cause de son origine, et sous ce nom il faut entendre une maladie intérieure avec ou sans exanthème galeux. Les remèdes recommandés contre cette affection sont nommés antipsoriques, La vertu curative de ces médicamens dans d’innombrables formes de maladies chroniques , est considérée comme une preuve de la nature psorique de ces dernières ; de là la conclusion que la plupart des éruptions cutanées, presque toutes les excroissances , depuis les fies jusqu’à la plus grosse des tumeurs enkistées, depuis la déformation des doigts jusqu’à la tuméfaction des os et aux déviations de la colonne vertébrale, les ramollissemens et les courbures des os, le saignement de nez fréquent, les différentes formes d’hémorrhoïdes, de même que les hémoptysies , les hématémèses, les hématuries , les dysménorrhées , les sueurs nocturnes habituelles et la sécheresse de la peau, la diarrhée fréquente, la constipation continuelle, les douleurs de membres, les convulsions, en un mot, mille maladies chroniques connues des pathologues sous toutes sortes de noms, prennent leur seule origine dans la psore. Chacune de ces maladies semble différer essentiellement d’une autre , mais l’analogie d’uu grand nombre de symptômes communs à toutes, qui se montrent dans leur développement graduel, et la guérison de toutes par les mêmes médicamens prouvent le contraire. Abandonnées à elles-mêmes, elles empirent pendant des années, ne guérissent jamais seules, et augmentent d’intensité jusqu’à la mort. Elles doivent donc avoir pour origine et pour cause des miasmes chroniques.
D’après nos connaissances actuelles, il n’y a que trois miasmes pareils, et d’où viennent, sinon toutes, du moins la majeure partie des affections chroniques, d’abord la syphilis , puis la sycose ou la maladie iicoïde, et enfin la psore , source de Texan thème galeux.
C’est la maladie la plus ancienne, la plus générale, la plus fu-
PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE
C’est la maladie la plus ancienne, lapins générale, la plus funeste, et cependant la moins connue de toutes les maladies miasmatiques chroniques. Elle se manifeste tantôt comme lèpre, tantôt comme dartres, tantôt comme feu de Saint-Antoine, etc., et chassée de la peau, elle se reproduit, comme psore latente, sous la forme de maladies mentales, de maladies nerveuses , de paralysies, de consomptions, etc., de sorte que les sept huitièmes au moins de toutes les maladies chroniques lui doivent leur origine, tandis que l’autre huitième a sa source dans la syphilis ou la sycose, oubien dans une complication de ces trois maladies primitives.
Le malheur de la grande propagation de la psore vient en grande partie de ce qu’on était persuadé que tout exanthème psorique était un mal purement local, ayant son siège sur la peau, qui n’affectait nullement le reste de l’organisme, et qui pouvait et devait être répercuté par des remèdes locaux, s’il n’existait pas depuis long-temps et n’avait pas corrompu par résorption le sang et les humeurs. Quoique la littérature médicale offrît de nombreux exemples des tristes résultats de la répercussion de la gale, on n’y faisait point attention; et l’on persiste encore maintenant à faire disparaître ce mal par des moyens purement locaux, par des onguens et des lotions , sans se soucier de la maladie intérieure.
L’infection est l’affaire d’un moment : lotions, onctions, cautérisations, deviennent dès lors inutiles , car le contagium , une fois en contact avec les nerfs, se répand en un clin-d’œil dans tout le système nerveux.
La marche particulière des maladies contagieuses aiguës qui disparaissent en deux ou trois semaines , ainsi que la fièvre et l’éruption spécifique, ne se retrouve pas dans les maladies miasmatiques chroniques, qui , à moins d’être guéries par l’art , ne cessent plus, et ne font que changer de forme.
Dans la maladie syphilitique , l’infection est instantanée à la place de l’attouchement et du frottement, et se communique aussitôt à l’organisme entier. Immédiatement après l’infection , commence à se former dans tout l’intérieur la maladie vénérienne. Tout est tranquille les premiers jours à la place attaquée, mais l’organisme intérieur est mis en activité pour s’incorporer