‹ Nouvel organe de la médecine spécifique ou exposition de l'état actuel de la méthode homéopathiqueChapitre 61 sur 123 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

La justesse du diagnostic n est assurée que par l’ emploi de tous les accessoires nécessaires . Les plus importans de ces moyens accessoires sont les suivans :

1° La recherche des circonstances par lesquelles une disposition à la maladie dont il s’agit, a pu être engendrée. Le médecin instruit est seul en état de se livrer à une pareille recherche. Le groupe entier des symptômes existans lui donne du caractère générique de la maladie une idée telle, qu’il dirige son attention sur desmomens qui lui en désignent l’espèce d’une manière plus précise. Un médecin versé dans la pathologie n’ira certainement pas s’informer si, dans un cas de fracture, le sujet a eu la syphilis ; mais dans un cas de fracture compliquée , si les lésions des parties molles ne veulent pas guérir, s’il se forme dans la plaie un pus suspect, si les bords deviennent lardacés, il ne manquera pas de s’en enquérir, parce qu’il a alors sous les yeux les indices d’une dyscrasie dont il doit apprendre à connaître l’espèce. Dans une grippe simple chez un enfant, on ne commencera pas par demander s’il a eu des scrofules ; mais il faudra le faire s’il

joint à cette affection une ophthalmie qui ne veut pas céder aux médieamens ordinaires d’une ophthalmie catarrhale , et s’il y a par conséquent des motifs de soupçonner une diathèse scrofuleuse. Les enfans sont fréquemment atteints de légers engorgemens des glandes du cou et de la nuque, qui ressemblent au toucher à des pois , et qui , provenant d'un simple refroidissement, disparaissent d’eux-mêmes au bout de quelques jours , pourvu qu’on tienne les malades chaudement. Mais dans ce cas on ne saurait excuser un médecin, qui saurait que les frères d’un enfant atteint d’une pareille maladie ont souffert des scrofules qui commencent par une semblable enflure des glandes , de ne pas administrer sur-le-champ les médieamens propres à prévenir le développement des scrofules. 1

Des laïques qui veulent se mêler de la pratique médicale, et des disciples d’Esculape qui ne consultent que la symptomatologie, auraient beau apprendre par cœur toute la matière médicale, ils ne sont et ne seront jamais des médecins rationnels, parce qu’ils ne connaissent pas ce qu’il faut savoir pour reconnaître une maladie dans sa totalité. Jamais des médecins instruits ne négligeront de rechercher les circonstances qui peuvent avoir quelque relation avec le caractère de la maladie, telles qu’une disposition héréditaire, le tempérament, la constitution, les idiosyncrasies, une disposition acquise par une mauvaise éducation, ou trop molle ou trop dure, une application excessive dans les écoles, trop peu d’exercices corporels ou de précoces fatigues, une nourriture mauvaise ou irritante, l’abus des parfums, l’excitation de l’imagination par la lecture des romans , l’onanisme chez les garçons et les jeunes filles, des désirs immodérés réprimés ou satisfaits , certaines occupations qui engendrent des dispositions à différentes maladies, l’irrégularité des veilles et du sommeil, de mauvaises habitudes , par exemple, celles de fumer , de priser ou de chiquer, la situation des habitations, de la chambre à coucher surtout, l’absence de propreté, d’air frais, les influences funestes du climat ou de la localité, une manière nuisible de se vêtir, par exemple, un vêtement trop étroit, une cravate ou des jarretières trop serrées, des couvertures trop légères ou trop chaudes, et par

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conséquent, une transpiration trop abondante ou trop peu copieuse, etc. Je connais un individu qui souffre d’enchifrènement et de transpiration tant que le blé est en fleurs , et qui en est délivré quand il s’abstient d’aller se promener dans le voisinage de champs de blé. Les passions ont une influence très-positive et très-différente sur la santé. Nous savons que la colère précipite le sang vers la tête, que le chagrin augmente la sécrétion de la bile, que la jalousie, les inquiétudes et les soucis affectent la sphère sensible et la reproduction. Dans un grand nombre de cas, il est de la dernière importance de s’informer des maladies antérieures. Sans entrer dans d’autres détails, je citerai la suppression des hémorrhagies et la disparition des ulcères. Je dois rappeler encore la syphilis et la psore. Sclileget (1) racontait dernièrement un cas, où une migraine, qui durait depuis trente ans, avait été guérie par le sublimé,après qu’il en eut découvert l’origine syphilitique. Il y a trente ans qu’un pharmacien, atteint d’une cardialgie enracinée, traitée sans succès jusque-là par plusieurs médecins, fut guéri au moyen du gaïac, remède que je choisis par cela seul que je savais qu’il avait souffert antérieurement de la goutte. Une autre cure opérée par moi vers la même époque a fait quelque bruit. Une jeune fille souffrait d’une jaunisse et avait déjà pris pendant six semaines, par le conseil d’un autre médecin, une foule de remèdes résolutifs. On me consulta, et je crus avoir affaire à des spasmes du foie , lorsque j’eus découvert que la malade avait été très-sujette à des spasmes hystériques. Je lui donnai du castorôum, et en huit jours, elle fut guérie. Si c’était nécessaire, je pourrais rapporter une quantité d’observations faites par d’autres ou par moi-même, qui toutes prouveraient l’influence des maladies antérieures sur celles qui se déclarent par la suite. Mais on connaît ce fait depuis long-temps. Cependant je crois devoir faire observer encore qu’on doit accorder une grande attention aux dérangemens produits dans la santé par l’usage des médicamcns et par les saignées. On connaît les suites funestes de l’abus du

(i) Wochenschrift fiir diegesammteHeilskunde von Casper, etc, 1837, n° 20.

mercure (1). On ne doit pas moins se méfier de l’iode, qui porte la perturbation dans le système glandulaire et fait disparaître les seins chez les femmes. Jahn (2) Fa vu engendrer une consomption. Dürr (5) a observé qu’un onguent d’iode, employé en frictions contre un goitre, provoque des tressaillemens dans les membres et les muscles de la face, des angoisses, de l’anxiété, des battemens de cœur , des vomissemens , de violens maux de tête, et finalement des accès de convulsions avec écume autour de la bouche. Vogel (4) a vu le teint d’un individu qui avait pris de cette substance, de jaune qu’il était auparavant, devenir subitement bleu. Basse (5) raconte un cas d’empoisonnement par l’oxide de zinc chez un homme de quarante-trois ans, qui souffrait de l’épilepsie, et auquel on en avait administré 5246 grains en cinq mois. On parvint à Je sauver , mais il resta languissant et imbécile. Tanquercl (6) cite un cas de coliques mortelles à la suite de l’emploi du plomb contre une hypertrophie du cœur, et un autre d’une affection cérébrale, causée par un empoisonnement accidentel avec le plomb (7). Je rappellerai le désordre que porte l’opium dans le système nerveux de ceux qui y sont habitués, ou le haschisch, es-

(1) DasQuecksilber, ein pharmakologisch-therapeutischer Versuch von Dr. Ludw. Wilh. Sachs. Kœnigsberg. i834. — Stokes über die Heilung der inneren Krankheiten von dem Standpuncte der neusten Erfahrung an Krankenbette. Deutsch bearbeitet von Dr. F. J. Behrend. Leipzig i835. — Cusack in the Dublin Journal of medical and Chemical Science. Yol. vm} no a3. Nov. — Kramer in der Wochenschrift fur die gesammteHeilskunde. i837no 2i. — Mercklinin dervermischten Abhandlungen aus demGehiete der Heilkunde. Petersburg. 1825. 3 samml . n° 12. — Perfect Annalen einer Anstalt für Wahnsinnige ; ausdem Engl. Hannover 1804. page 161, — Alley Observations on the hydrargyria. London 1810.

(2) Archivfür medicinische Erfahrung. Marz und April. 1829. pag. 338.

(3) Schweizerisehe Zeitschrift fur Natur und Heilkunde. 2 vol. Heilbronn i836.

(4) Rusts Magazin, vol. XIV, pag. i5o,

(5) Wochenschrift fur die gesammte Heilkunde. 1837, n02i.

(6) Journal hebdomadaire. 1 836. juillet n° 28.

(7) Ibid., 22 octob. t 836.

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pèce de boisson narcotique préparée avec du chanvre, dans celui des Indiens qui en font usage; la leucophlegmasie et la tuméfaction de la rate causées par l’abus du quinquina, ou, selon Pfaff(l ), par l’azote qu’il contient ; la cachexie et la teinte noirâtre de la peau par le nitrate d’argent; l’exanthème semblable à la scarlatine par le heaume de copahu; la dyspepsie, par l’usage inopportun et abusif de l’eau minérale ferrugineuse; enfin et surtout les tristes suites des bains d'eaux thermales mal choisies. On ne peut excuser la légèreté avec laquelle les médecins envoient souvent leurs malades à une source minérale quelconque et abusent de cet excellent remède. Krimer (2) dit qu’il est convaincu que l’abus des eaux minérales produit souvent des maladies contre lesquelles on aurait pu les employer avec succès. Ordinairement on se porte fort mal dans les familles qui ont une pharmacie domestique et dont un des membres se croit en état de prescrire un léger médicament à la moindre incommodité. Si on laissait agir la nature, on s’en trouverait mieux le plus souvent. Autrefois les pillules d’aloès de Francfort étaient regardées comme une panacée; maintenant on préfère celles de Morisson, dont le fameux inventeur a cherché à prouver dans un traité que toutes les maladies peuvent et doivent être guéries par des purgatifs. Il ne manque pas malheureusement de preuves contraires; mais cela n’empêche pas le monde d’ajouter foi à de pareils non-sens. Je dois ajouter un mot encore sur l’usage de la camomille. Quoique personne ne nie qu’un médicament est une substance qui possède la propriété de modifier l’état de santé, on est cependant assez inconséquent pour prétendre que certains moyens que l’on administre en grande masse à cause de leurs effets primitifs, peuvent être très-utiles et ne jamais nuire. C’est ce que l’on pense, entre autres, du semencontra, dont on abuse tant, et de la camomille, dont les effets très divers ne sont connus que d’un très-petit nombre de médecins , autrement ils auraient garde de la

(1) System der materiellen Medicin. Leipzig 1824. part, VII, pag. 117.

(2) Prakt. Beobachtungen in Journal der Prakt. Heilk. von Hufeland und Osann. 1834. août, pag. 9.

prescrire aussi fréquemment. Je ne m’en rapporte pas à la matière médicale de Hahnemann, d’après laquelle la camomille produit Ô62 symptômes morbides bien distincts, ce qui tendrait à faire croire que quelques tasses d’une infusion des fleurs de cette plante sont suffisantes pour empoisonner. Je sais que dé pareillés exagérations sont plus nuisibles qu’utiles , parce qu’on en rit et qu’on n’y ajoute aucune foi. Je ne m’appuie que sur les observations que j’ai recueillies moi-même depuis plus de seize ans, c’est-à-dire, depuis que Hahnemann a attiré mon attention sur cet objet. Les effets funestes de ce remède se manifestent surtout dans le système bilieux et le système cutané. Ceux qui font un usage fréquent de l’infusion de ses fleurs sont sujets à une jaunisse habituelle avec morosité et irritabilité maladive du système nerveux périphérique, accompagnée d’une disposition aux affections inflammatoires de la peau. Les femmes en couches qui en font usage, sont facilement atteintes de miliaire avec écorchure du bout des seins. Les nourrissons en souffrent encore davantage , surtout si on leur en donne à eux-mêmes. Winter (1) regarde l’infusion de camomille comme une des causes de la gastromalacie. Les suites les plus ordinaires de l’abus de l’infusion de cette plante sont des selles vertes, des coliques, des flatuosités ? de l’agitation et de la timidité avec exanthèmes du genre de la miliaire, des écorchures sous les bras et dans le voisinage des parties génitales. Dans les maisons d’accouchement, où la camomille est la boisson journalière des femmes en couches, on ne remarque pas ces résultats, parce qu’ils ne se montrent ordinairement que quand elles en sortent avec leurs enfans. Mais celui qui a eu l’occasion de voir plus tard ces malheureuses créatures, a dû reconnaître chez la plupart la justesse de mes observations. Je les ai répétées trop souvent pour être dans l’erreur, et j’ai vu trop souvent que les symptômes que j’ai mentionnés ne se manifestent pas quand l’accouchée n’a pas reçu de camomille. D’autres médecins peuvent s’en convaincre, s’ils le désirent.

(i) Rusts Magazin fur die gesammtc Heilskunde. 33 vol. 2 cah. pag.

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Enfin, je dois aussi faire remarquer combien il est nécessaire de s’assurer si des influences qui ont engendré une disposition morbide, existent encore ou si elles ont cessé et n’agissent plus que par leur effet secondaire.

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