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La seconde règle de la thérapeutique consiste à faire cesser les désaccords dynamiques. La maladie en elle-même , comme nous l’avons déjà dit, ne peut pas être considérée comme l’opposé de la santé. Cependant la cause prochaine en est toujours une anomalie dynamique qui doit être compensée par un opposé. Quand nous avons affaire à une très forte expansion, nous cherchons à produire une contraction, nous cherchons à diminuer la sensibilité là où l’irritabilité est surexcitée, à opposer à l’hypertrophie une diminution de l’activité reproductrice, etc. Faire cesser lesanomaliesen provoquant des états opposés, tel est donc le but de la médecine dans tous les systèmes et dans toutes les écoles. Seulement pour y arriver on suit différentes routes, en ayant égard toutefois à la force vitale de l’organisme. Après ce que j’ai déjà dit (§ XXV, XXVI) du rapport de cette force vitale avec les puissances extérieures, il ne me reste plus qu’à faire remarquer que l’effet des médicamens est soumis aux mêmes lois, et que l’on doit considérer les effets 'primitifs et secondaires du médicament, les réactions , et les oppositions de l’organisme comme des opérations vitales essentiellement différentes. De tout temps les effets primitifs ont le mieux répondu au désir d’obtenir instantanément un résultat, d’où la maxime contraria contrariis sanancla, d’après laquelle on a administré des médicamens capables de faire cesser par leurs effets primitifs l’opposition dynamique. Des observations ont appris que :
lo L’excitation primaire de l’organisme doit être assez forte pour produire une réaction suffisante contre la puissance morbifique, et que
2° Il faut nécessairement que cette réaction ait une durée suffisante pour prévenir l’effet secondaire opposé et contraire au but du traitement. On a donc été forcé, pour répondre à ces indications, d’administrer de fortes doses de médicamens et de les répéter souvent.
Pendant près de trois mille ans., on a traité d’après ces prin-
eipes et souvent avec le plus heureux résultat. Tout homme impartial et juste doit le reconnaître. Mais d’un autre côté les plus ardens défenseurs de l’ancienne maxime deGalien ne peuvent nier ni la justice des plaintes que les médecins les plus instruits et les plus habiles ont élevées contre le manque de certitude, ni celles des vœux formés pour que nous arrivions à donner aux règles delà thérapeutique des bases plus solides. Nous ajouterons quelques mots encore à ce que nous avons déjà dit ( voyez Y Introduction ) sur les causes de l’incertitude du traitement dominant jusqu’à ce jour. Ces causes sont :
lo La difficulté de découvrir dans tous les cas la cause prochaine des maladies ; difficulté que personne ne pourrait nier ;
2° L’impossibilitéde trouver toujours le contraire qui doit rétablir l’équilibre. A proprement parler, cette cause rentre dans la première et n’a pas besoin d’autres explications ;
5o La nécessité d’administrer des médicamens de plus en plus héroïques, ce qui produit souvent des résultats funestes, nommément :
a. Un effet positivement nuisible dans les cas malheureusement trop fréquens d’une erreur dans la recherche de la cause prochaine;
b. Une réaction trop forte de l’organisme qui détruit l’utilité temporaire du médicament le mieux choisi et exacerbe même la maladie. Voilà pourquoi bien des personnes doivent prendre sans relâche des médicamens, afin que les effets primitifs de ces derniers ne cessent pas d’agir, si elles veulent se délivrer de quelque maladie; mais elles sont aussi souvent forcées d’augmenter les doses, parce que l’usage prolongé d’un médicament diminue la réceptivité;
c. Des effets accessoires , désagréables, d’un grand nombre de médicamens énergiques d’où résultent des complications et d’où naissent de nouvelles indications. Aussi le traitement devient-il de plus en plus compliqué et incertain. On est forcé d’opérer contre ces effets que l’on a provoqués soi-même ; d’administrer remèdes contre remèdes et de se combattre par ses propres armes.
L’insuffisance de ce traitement oblige souvent, à recourir en»
DIAGNOSTIC ET THERAPEUTIQUE.
eore à d’autres moyens auxiliaires, aux adjuvantia, par exemple, pour apaiser certains symptômes inquiétans, et même aux dérivatifs pour transporter l’affection d’un organe noble sur un organe qui l’est moins. Si, en agissant ainsi, on ne tue pas la maladie avec le malade, on n’a finalement que la triste consolation d’avoir administré une foule de médicamens énergiques. Nous avons déjà cité quelques-uns des funestes résultats de l’abus des médicamens (§XXXV1). J’en donnerai encore quelques exemples. Dans un cas de tétanos léger, Dehane (1), prescrivit une décoction d’une demi-livre de quinquina avec cent gouttes de teinture d’opiat, deux onces de poudre de quinquina et autant de carbonate d’ammoniac, dont il fit prendre une once toutes les deux heures. L’état s’étant exacerbé , il administra en un seul jour une livre de carbonate de fer avec de la thériaque, sans parler de frictions, de teinture d’opiat et de l’huile de ricin qu’il donna intérieurement pour ouvrir le ventre. Hutchinson (2), dans un cas de chorée, commença par faire prendre toutes les trois heures six grains de calomel et autant d’extrait de coloquinte, puis toutes les quatre heures six gros de carbonate de fer; ensuite, toutes les cinq heures, une once de ce dernier médicament, et, enfin, de la morphine à la dose d’un huitième de grain ayec de l’essence de térébenthine. Du 2 juillet au 12 août, le malade reçut onze livres et sept onces de fer. Stokes (5) vit chez un homme qui avait été traité d’une ophthalmie par de fortes doses de tartre stibié, les accidens de la respiration diminuer, mais pour faire place à des vomissemens et à des hoquets qui durèrent jusqu’à la mort. L’autopsie montra une inflammation du cardia. Bernât (4) , a observé des cas d’empoisonnement après l’emploi endermatique de l’acétate de morphine contre la coqueluche. Il recommande en même temps de se tenir
(1) London Medical Gazette, i833,sept.
(2) The Lancet, 18 33. sept.
(3) Uber die Heilung der inneren Krankheiten vondem Standpunkte der neuesten Erfahrung am Krankenbette.
(4) Klinische Mittheilungen, 2 cah, Greifswald, 1834.
en garde contre l'usage général des vésicatoires, surtout dans les inflammations des organes digestifs, où ils causent une trop grande irritation et exacerbent évidemment l’état. Weisse (1) , raconte un cas de diabètes provoqué par un emplâtre de cantharides. Spence (2) donne dans le délire tremblant trente grains de tartre stibié toutes les demi-heures. Lisfranc (3), a prescrit dans un tétanos huit saignées de seize onces, puis l’application de huit cents sangsues sans parler de fortes doses d’opium. Otlivier (A ), a proposé pour guérir les télectiangésies d’inoculer la gangrène des hôpitaux. Ü! G. Hamilton a traité de la manière suivante une jeune fille de seize ans qui souffrait depuis quelques semaines des symptômes d’une fièvre continue, qui tenait des discours sans suite, et qui depuis quatre jours poussait fréquemment les hauts cris à cause d’une grande sensibilité du basventre.
20 Décembre. Saignée de douze onces , fomentations chaudes du ventre; clystères de sel et de séné ; intérieurement, un grain d’opium toutes les quatre heures.
30 Décembre. Pas de changement. Saignée de huit onces ; sangsues et fomentations chaudes ; un fort clystère et intérieurement un grain d’opium toutes les quatre heures.
o 1 Décembre. Pas de selle. Deux pilules d’opiat seulement à cause de la somnolence continuelle. Etat soporeux; si on lui parle , elle ouvre pour un instant les yeux et retombe dans un état léthargique. Plus de plaintes. On prescrit trois gouttes d’huile de croton. Le soir, la somnolence a augmenté ; la malade a perdu tout sentiment; respiration râlante; déglutition pénible ; pouls faible donnant cent quarante pulsations par minute. Une tasse à
(1) Medicinisch praktische Abhandlungen von deulschen, in Russland lebenden Aerzten. i vol. Hamburg, i835.
(2) Beanlwortung der Prage : an welchen Maeugeln leidet die Medicin unserer Zeit. etc , von Dr. Burkhardt Eble ; in Henkes Zeitschrift fur die Staatsarzneikunde, 1837, 3 livrais.
(3) Ibid,
(4) Frorieps Noîizen. Febr. 1887, p, 160.
DIAGNOSTIC ET THÉRAPEUTIQUE. 189
thé pleine devin et d’eau toutes les minutes. La malade mourut le lendemain à cinq heures du matin.
Cette histoire aurait mieux été placée dans un recueil satirique que dans le Nouveau recueil de Traitemens choisis (1), dont elle déshonore le titre. A l’hôpital de Dublin , tout nouveau-né bien portant reçoit un grain de calomel quatre ou cinq heures après sa naissance ; et huit ou dix heures plus tard, quelques doses d’huile de ricin pour expulser le méconium (2). Zeroni (5) a montré, en citant un grand nombre dé faits, à quelles conséquences funestes peuvent conduire des préjugés opiniâtres. Je m’arrête, mais on pourrait remplir des in-folio de toutes les fautes qui ont été commises. Ce que j’ai dit est plus que suffisant poure xciter la méfiance contre l’ancienne médecine rationnelle si vantée ; il n’est pas nécessaire d’insister davantage auprès des hommes impartiaux et instruits pour les engager à accorder à la méthode spécifique toute l’attention qu’elle mérite.