STATUE ASSISE DE
Kha-Sekkem (en schiste).
(Égypte p-imitive.) (D'après Quibell, Hiérakonpolis, I. PI. XLl.)
Fig. 29. ~ Nefer-Shem-Em (grès).
(Egypte primitive.)
(D'après J. E. Quibell, Ei-Kdb. PI. III.)
du tibia, l’étroitesse de sa face
peronieis ci, en , — r .
interne avec l’absence de malléole et surtout la puissante saillie du jumeau
PÉRIODE PRIMITIVE
inteine, distincte du bord interne du soléaii’e remontant jusque sous l’extrémité supérieure du tibia.
Le personnage est debout, vêtu de la simple schenti et dans l’attitude de la marche. Bien que la pbolograpbie qu’en donne M. Quibel soit trop noire dans les ombres, on n’en distingue pas moins, au membre supérieur élendu et aux jambes, les très intéressants caractères sur lesquels je viens d'insister.
Nous verrons dans la suite que, dans les statues égyptiennes, la tête prend souvent la forme cubique avec la face aplatie taillée à la manière d un bas-relief. Or, dans les plus anciens spécimens que nous venons de citer, quelque singulier que le fait paraisse, la face, loin d’être plate, est souvent anguleuse. C’est ce qui arrive sur la statuette Mac Grégor.
11 en est de même sur quelques ivoires de M. Quibel (flg. 30 A) à côté du type droit (fig. 30 B). Sur les statues assises de Kha-Sekkem, les têtes, d ailleurs bien conservées, s’apparentent avec le même type : front fuyant, nez proéminent et menton rentrant. La tête de la statue n» 1 du musée du Caire, a des caractères analogues.
Cette sorte de dérogation que montre la tête aux méthodes employées pour sculpter le reste du corps, ne peut s'expliquer que par le souci de l’artiste de reproduire les traits individuels qu’il avait sous les yeux et qui devaient être particulièrement accentués.
En cela, il inaugurait l’art du portrait dans lequel l’Égypte devait exceller et, dés l’Ancien Empire, en donner les preuves les plus remarquables.
Fig. 30. — Têtes.
A. Grès. — B. Ivoire.
(D’après Qüibf.ll, Hiérakonpolis, I. PI. V et VII.)
Fig. 31. Têtes nu groupe fig. 70.
(Phot. Brugsch-Pacha.)
ANCIEN EMPIRE
Les tombeaux de l’Ancien Empire ont laissé un grand nombre de statues funéraires. Elles sont loin d’avoir toutes la même valeur. Quelques-unes sont d’un style lourd et barbare qui a été pris quelquefois pour de l’archaïsme, mais qu’il convient de mettre souvent sur le compte de l’inhabileté et de l’ignorance. Tous les ateliers n’employaient pas des ouvriers de premier ordre. Mais il en est d’autres que 1 on range avec raison au nombre des chefs-d’œuvre.
Le musée du Caire a réuni en une vitrine un certain nombre de ces statues (fig. 32) qui montre bien la variété des mouvements que les artistes égyptiens avaient su donner à ces représentations funéraires. C’est le seigneur seul ou avec son épousé. Mais c est aussi les sei viteuis dans 1 exeicice de leurs fonctions : boulanger brassant la pâte, cellerier poissant l’amphore, paysan allant au marché, scribe agenouillé, etc.
Ces œuvres se rattachent à celles dont il a été question dans le chapitre précédent, et elles apparaissent comme les produits d’un art complètement formé.
Nous pouvons constater, en effet, dès cette lointaine époque, l’existence de ces règles qu’un art n’invente et ne codifie pour ainsi dire qu’après un long passé. C’est la « formule » que l’art de l’Ancien Empire n’a point
ANCIEN EMPIRE
inventée, qu’il a reçue toute faite des époques précédentes et qu’il a appliquée avec fidélité. Cette formule, les œuvres que nous allons examiner nous la font connaître dans ses détails. Elle est plus ou moins apparente, suivant la maîtrise ou 1 inhabileté de 1 ouvrier Même sur les œuvres les plus parfaites, elle existe et se trahit toujours en quelque endroit.
Fig. 32. — Statues de l’Ancie.\ Ejipihe.
(Musée du Caire.)
(Pliol. E. Brugsch-Pacha.)
L’Ancien Empire a fixé par des œuvres maîtresses, et pour toujours, le cadre dans lequel évoluera, sans en jamais sortir, l’art égyptien tout entier. Les moules dans lesquels cet art a coulé sa conception de la figure humaine ne changeront pas. Avec le temps, la facture et le style pourront se modifier, mais ce qui ne changera pas, c’est le type imaginé pour figurer les formes, les proportions, les attitudes et les mouvements des innomhiables personnages que la plastique entreprend de représenter.
LE NU DANS L’ART
Lors des fouilles exécutées, sous la direction de MarleUe, dans la nécropole de Memphis, on sortit un jour d’un des puits funéraires un personnage de bonne apparence, le bâton de commandement à la main (fig. 33). A sa vue, tous les fellahs surpris laissèrent échapper le même en : le Sheikh-
FiG. 33. — Statue en bois, face et profil, de Ramké, plus
CONNU sous LE NOM DU ShEIKH-EL-BeLED.
(IV>^ dynaUie. Musée du Caire n» 19. j (Phot. E. Brugseh-Pacha.)
el-Beled (le maire du village). Ils avaient reconnu les traits du magistrat rustique auquel ils avaient l’habitude d’obéir.
Le nom en est resté à la statue, qui compte au nombre des meilleures de
l’Ancien Empire.
ANCIEN EMPIRE
On l’appelle aussi Kamké, du nom du personnage dans la tombe duquel elle a été trouvée.
Elle est taillée en bois, les bras sont rapportés. La tête est d’une habileté peu commune (fig. 34). Le front bas et légèrement fuyant, appuyé sur les bosses sourcilières, s’incline sans heurt, sur le côté, vers les tempes. Aucune exagération de la saillie des orbites en dehors, pierre d’achoppement des débutants. L’œil, bien en place, est d’un irréprochable modelé, et le sculpteur a su vaincre les dillicultés de l’emploi de matières différentes. En effet, dans des paupières de bronze nécessairement fondues à part s’enchàsse un globe de quartz blanc opaque, foré au niveau de l’iris d’un trou comblé par un morceau de cristal transparent. Sous le cristal, la tête d’un clou d’argent simule le brillant du regard. Le nez fin, aux narines ouvertes et fermes, est habilement relié aux parties voisines. Les lèvres, un peu épaisses, bien ourlées, s’affinent aux commissures légèrement relevées. Le menton rond et large, soutenu par un double menton qu’efface en partie le port de la tète en avant, donne à cette face puissante et charnue la base qui lui convient.
Sur les côtés, les joues pleines ne sont point uniformément arrondies. Elles laissent savamment paraître la saillie de l’arcade zygomatique, la dépression préauriculaire, le relief du masséter et le bord libre du maxillaire inférieur. On peut même noter l’babile indication du sillon jugal (voyez vol. II, p. 146), qui trahit l’àge de la maturité.
L’oreille est d’un dessin sûr et bien individuel. Sa situation, son orientation, ne laissent rien à reprendre. Bien mieux, au fond de la conque, l’origine du trou auditif est nettement indiquée.
On ne relève dans la facture de cette tête aucune trace d’inexpérience,
Fig. 34. — Tête de la statue e.v bois
FIGUItE PItÉCÉUENTE.
LE Nü DANS L’ART
aucun signe d’une convention quelconque. Du plan antérieur aux plans atéraux, les passages sont ménagés avec toute la précision, la sûreté, la vérité voulues.
Nous retrouvons ces pi’écieuses qualités sur les têtes d’autres œuvres de l’Ancien Empire et aussi des époques suivantes, mais rarement, on peut le dire, à un degré aussi élevé. Souvent, nous rencontrerons la face aplatie,
la tête d’aspect cubique qui garde encore la trace des plans de l’ébauche et trahit l’inexpérience de l’ouvrier.
Sans offrir un ensemble aussi complet que la tête, le torse de Ramké se distingue par des qualités rares de rendu et d’originalité.
11 reproduit un t ype inusité, celui d’un homme gras, avec des accents d’une absolue sincérité. On y trouve d’excellents morceaux, par exemple : la base du cou et son mode d’implantation sur le torse, avec le creux sternal peu profond, mais bien senti, avec l’ondulation de la ligne qui, du sommet des épaules, rejoint la nuque (11g. 35); l’omoplate noyée dans les chairs tout en laissant deviner sa structure; la courbe du dos et les plis obliques au-dessus des flancs; la clavicule avec sa double courbure en S italique ; la
ANCIEN EMPIRE
cage thoracique puissante supportant deux pectoraux bien développés, reliés à l’épaule par la paroi antérieure de l’aisselle, mais un peu trop rétrécie inférieurement au niveau des régions sous-mammaires; l’ombilic bien creusé au milieu de l’abdomen saillant; l’épaule détachée en avant, aplatie en arrière, séparée du relief des pectoraux par une vallée oblique corres-^ pondant à la ligne de séparation des muscles deltoïde et grand pectoral, etc.
Le diamètre transverse des épaules n’a pas l’exagération si fréquente dans la suite, et le membre supérieur s’appuie élroitement contre les côtés du corps. Sur le bras, la saillie du biceps est trop aplatie en haut et en dehors; par contre, le relief charnu du triceps est bien en place et dans sa forme exacte.
La région du coude montre, suivant la tradition, la saignée vue trop deface, avec, en dedans, l’indication Correcte du rond pronateur, et, en dehors, une saillie du long supinateur trop isolée, trace évidente de la formule dont nous verrons, sur d’autres œuvres, la brutale et générale application.
Enfin, les proportions de cette figure sont correctes. Malgré la réfection des pieds (1), on ne se trompera pas beaucoup en donnant, à la hauteur totale, sept tètes un quart à sept tètes et demie, ce qui est à peu près la taille moyenne. Ramké n’était pas grand. Mais les membres supérieurs sont un peu longs par rapport au tronc. C’est encore là une des caractéristiques que nous avons déjà vue sur quelques œuvres primitives, que nous trouverons plus tard reproduite avec exagération.
En résumé, cette très remarquable figure reproduit les formes d’un homme gras et bien musclé avec vérité, mais avec discrétion, pour ainsi dire, en supprimant les accents d’un réalisme brutal. On remarquera qu’il n’existe pas un seul pli cutané; la forme est jeune, plus jeune peut-être que ne le comporteraient l’âge et la constitution du modèle.
L’artiste qui a taillé cette statue a simplifié la forme et comme idéalisé son sujet. En cela, certainement, il a été servi par les règles et les méthodes en usage dans les ateliers, méthodes révélées d’ailleurs en certains endroits par des détails de modelé, au membre supérieur par exemple.
(1) Elle était ensevelie dans le sable, dont l'enveloppe protectrice l’avait, penpant tant de siècles, conservée intacte. Seuls les deux pieds étaient pourris.
LE NU DANS L'ART
A côté de celle slalue représenlanl un homme du commun, il convient de placer celle que, vers la même époque, l’arl égjplien consacrail à la réalisalion de l’image du Pharaon loul-puissanl (1).
C’est au fond du puits du temple du Sphinx, à Giseh, que Mariette a retrouvé les débris de plusieurs statues ou statuettes de Khéphren, le fondateur de la deuxième pyramide, et sur l’attribution desquelles les inscriptions du socle ne laissent aucun doute. L’altitude de Khéphren assis est la même que celle de beaucoup de ses sujets. 11 n’en diffère que par son siège et par certains attributs.
Son visage est encadré par le Maft, coiffure royale. Son menton, comme celui des dieux, est orné de la barbe osiriaque. Le torse et les jambes sont nus; pas d’autre vêtement que la schenti plissée autour des reins, semblable en cela à tous ses subordonnés. Comme eux également, il appuie ses deux mains sur les cuisses, la gauche ouverte, en pronation complète posée à plat; la droite, en demi-pronalion, tient une bandelette roulée. Attitude rigide et symétrique qui exprime si bien, suivant l’expression de MM. Perrot et Chipiez, la majesté calme « de la personne royale dans toute la dignité de sa fonction surhumaine », mais qu’elle partage avec le plus humble de ses sujets. Attitude assurément fort expressive de la dignité et de la grandeur, mais aussi résultat des techniques archaïques, conséquence obligée de la « formule i> qui, entre les mains d’ouvriers de génie, n’en a pas moins permis l’éclosion d’œuvres hors de pair comme celle que nous étudions en ce moment.
La statue de Khéphren, en effet, est une œuvre de tous points remarquable et peut être considérée comme un des chefs-d’œuvre de l’art de l’Ancien Empire.
La tête a l’expression individuelle d’un portrait. Sur la statue en diorite (fig. 36) il a les traits d’un homme de trente à quarante ans, tandis que sur la statue en basalte vert, il est figuré au seuil de la vieillesse, fait rare dans l’art égvptien qui a toujours reproduit ses modèles au meilleur moment de leur développement physique, mais fait qui prouve le souci du sculpteur de reproduire exactement les traits du souverain,
Les yeux bien ouverts, habilement enchâssés dans les orbites, sont
(1) Il existe, au musée du Trocadéro et à TÉcole des Beaux-Arts, de bons moulages qui nous ont permis d’étudier ces deux stalues.
ANCIEN EMPIRE
placés sur la même ligne horizontale. Les lèvres fortes, bien ourlées, ont les commissures directement tirées en dehors et un peu en bas; le nez largement dessiné, les joues pleines et les pommettes ressorties complètent cette physionomie dont le grand calme respire la majesté. Les oreilles habilement modelées sont d’excellentes proportions et bien à leur place.
Fig. 36. — Statue en iuorite, face et uropil, de Khéphren. (Musée du Caire n“ 64.)
(Phot. E. Brugsch-Pacha.)
Nous verrons qu’aux époques suivantes ces précieuses qualités d’exactitude anatomique n’ont pas toujours été aussi bien observées.
Le corps offre un curieux mélange de formes de convention et de modelés remarquables puisés dans la réalité.
Le torse un peu aplati dans son ensemble montre des pectoraux bien développés et qu’élargit ;encore la carrure un peu exagérée des (épaules. Mais les régions sous-mammaires sont sacrifiées, étroites, rétrécies par
LE NU DANS L’ART
il’accentuation trop forte de la taille, les flancs sont de proportions très
Fig, 37. — Croquis d’après la statue de Khéphren.
réduites. Quant au modelé de toute la partie antérieure du torse, il est très
ANCIEN EMPIRE
simple et limité aux parties les plus essentielles. La surface des pectoraux est uniforme. La dépression épigastrique est fort adoucie et le sillon médian ne se creuse un peu qu’au-dessus de l’ombilic, où il se termine. Tout 1 abdomen est lisse, sans pli cutané. Trois reliefs très atténués se le partagent. Deux latéraux sjmétriques de forme allongée correspondent au rebord des côtes et un médian circulaire bordant l’ombilic par en bas.
En etudiant de prés et à jour frisant le modelé des épaules, on constate une grande finesse d’observation. Non seulement l’extrémité externe de la claycnle s’j dessine avec beaucoup d’exactitude, mais on reconnaît que sa surface n est point uniformément arrondie (fig. 37). 11 existe en dehors un méplat soutenu par deux saillies verticales assez basses et qui correspond au tiers moyen du muscle deltoïde. Le tiers antérieur du même muscle est saillant, soulevé qu’il est par la tête humérale et séparé de la poitrine par un sillon large et oblique. Le tiers postérieur est au contraire aplati comme cela doit être. C’est là une interprétation correcte des trois portions du muscle deltoïde, toujours bien distinctes sur le vivant.
Sur le bras, on note en dehors la dépression très atténuée du V deltoïdien en avant la saillie allongée du biceps et en arrière le relief bien en place de la portion charnue du triceps. Le pli de la saignée est assez bien reproduit. Il n est pas horizontal mais bien, comme il faut que ce soit oblique en bas et en dedans, et cette obliquité est plus grande, comme il convient encore, du côté où la main est en pronation complète que de autre cote ou elle est en demi-pronation. Mais un défaut léger ici qu’il importe de signaler néanmoins parce qu’il s’exagère ailleurs et devient tellement fi^quent qu’il est un des traits de la statuaire égyptienne, c’est que ce ph de la saignée s’étend trop en dehors où il se trouve limité par un petit relief anguleux remontant jusque sur le hras. Ce relief est la représentation maladroite d’une disposition anatomique exacte.
Le groupe des muscles externes de l’avant-bras forme un relief distinct en dehors contre-halancé en dedans par la saillie surbaissée des muscles internes, et distinct en arriére du groupe des extenseurs au dos de l’avantbras.
Les mains sont sacrifiées. Mais la jambe est étudiée avec soin A la voir de loin, elle semble bien un peu lourde; mais en y regardant de près on
constate que, vue de face ou de profil, son galbe ne laisse pour ainsi dire rien à désirer (fig. 37).
le nu dans L’ART
. „ nnî ioni en se rapprochant de la nature ne la
Le genou a une form q p,ésente sous l’aspect d’une
reproduit pas comp e arrondis et légèrement étranglée en son
plateaux du libia. eaaclemeiit dessinée bien qne
K : r c len:: en ban. a ia inbéeosiié i.bi.ie inieene
“:::,.r0 ^sece e„ dedans la puissante sail.ie du -'é-™
::;u'au .non et decHéce -sitc^en.
plan des muscles ^av un sillon qui le sépat-e
dant sans ^.eentué celui-là, et qui se confond avec
d’un aulce t’elicf » ; j, par la malléole eaterne
le plan des muscle ■ „„„tre
bie„s,tueeet dun b n de^Sti^^es „
iZ“ne esTl-euIl au dos du pied par un plan de passage constant dans la
f.n resuective des deux malléoles est très exacte, en hauteur et ïe ' ân anttco-poslérleur. mais l’interne manque de saillie et ea- ::::: au conl .ire se trouve sur un plan trop éloigné de l’aae du p.ed, ce
qui épaissit Ztombé sur le milieu et légèrement eaeavé prés
" K V aterne Les orteils posent bien é plat sur le sol. leur aae de son bord externe, e i . , r ata orteil fait saillie en
est sensiblement parallèle à ce ui u pie ^ diminuent de
dehors. Le second dépasse de très .u le
'uXTnt “Iqul et relève le plan du dos des orteils a peu prés uniforme ensuite. cuisses les jambes sont un peu longues.
Proporttonnel em^nt a a c ^ musculature
p„t:::::ri:ed’arti.iatio.^
ANCIEN EMPIRE
les poumons, source d’énergie, ne sauraient respirer à l’aise. Et s’ils voulaient quitter les sièges de pierre qu’ils occupent impassibles depuis six mille ans, les colosses de l’ancienne Egypte seraient certes capables d’un effort musculaire terrible, mais, vaincus par le manque de souffle, ils retomberaient bientôt impuissants.
L’étude que nous venons de faire de Khéphren nous livre le secret de ce mélange de qualités et de défauts, de réalité et de convention, de force et de faiblesse qui constitue l’essence même de l’art égyptien.
Déjà, les œuvres que nous venons d’étudier nous l’évélent, quoique discrètement, la formule dominatrice qui régente l’art.
Mais il en est d’autres sorties de mains moins habiles et expérimentées qui l’étalent sans pudeur et la crient sur les toits.
Le musée du Louvre, riche en œuvres de l’Ancien Empire réunies pour la plupart dans la salle du mastaba, permet d’en faire une étude complète et d’en suivre le développement depuis les formes les plus parfaites jusqu’aux ébauches les plus grossières et les [dus révélatrices. Ces dernières ont l’avantage pour l’étude de mettre en lumière, grâce à l’inhabileté de leurs auteurs, le type conventionnel qni servait de guide et de modèle. Ce type exagéré dans toutes ses lignes, déformé mêmœ, apparaît dans toute sa nudité pour ainsi
dire, dépouillé des artifices du talent, comme à J’état de squelette ou de caricature.
Dans la salle du mastaba on trouve tous les spécimens de la traduction de la formule égyptienne, depuis les plus grossiers jusqu’aux plus parfaits voisins des statues du Caire. C’est par ces derniers que nous commencerons..
Fie. 38. — Statue en calcaire PEINT DE SoKHEMKA.
(V^ dynastie. Musée du Louvre, salle du mastaba.) .j
LE NU DANS L’ART
Sokhemka (1) debout dans î’atütude de la marche, compte avec raison parmi les bonnes statues de l’Ancien Empire que possède notre Musée (flg. 38). On y remarquera sans exagération les traits de la formule : le torse aplati avec les reliefs musculaires atténués, la clavicule d’un modelé grêle et uniforme, sans courbure, oblique en haut et en dehors, sans aucune trace des creux sus et sous-claviculaires ; le cou arrondi nettement limité par en
bas ; les pectoraux courts, distincts de la saillie de l’épaule ; sur les bras, étendus tous deux en demipronation, la saignée vue trop de face avec son creux triangulaire bordé des deux saillies musculaires trop isolées, le rond pronateur en dedans et le long supinateur reporté trop en dehors.
Les jambes sont, par contre, d’excellents morceaux. Elles sont solides et élégantes. Le galbe en est parfait (fig. 39). On y retrouve les caractères signalés sur le roi Khéphren, avec les diflérences que la station debout apporte dans les formes du genou.
Fig. 39. — CiiOQUis d'après la statue DE Sokhemka debout.
La rotule, plus étroite ici, est triangulaire, coiffée par les deux gros reliefs charnus de la cuisse qui descendent égaux de chaque côté. Son extrémité inférieure repose sur les plateaux du tibia, un peu trop couit. Les reliefs musculaires de la jambe sont puissants et d’un très bon dessin, les péroniers à peine indiqués et le soléaire fort discrètement modelé. La face
(1) Les statues de Soklieinka sont au nombre de quatre, trouvées par Mariette dans un même tombeau à Sakkara. Elles sont loin d avoir la même \aleur.
ANCIEN EMPIRE
Si
interne du tibia n est pas loin d’avoir sa largeur normale. Les malléoles, fait rare, sont bien en place, l’interne pas tout à fait assez saillante.
Le pied offre le même dessin que celui de Khéphren. Les orteils sont parallèles à l’axe du pied, le cinquième fait saillie en dehors et le deuxième dépasse à peine le premier.
En terminant, je signale la longueur du membre supérieur par rapport à
Fig. 40. — Le maître scribe