IM. CLXXX
Fig. 138. — Favorite DU PHARAON Ramsès III.
I Medinet-Habou. XX<^ dynastie.)
(D’après Lepsius, Denkmàler,y\\. PI. GCVllI.)
Fig. 139. — Prêtresse d’Ammon.
(Nécropole de Tliébes.
XVIII^ dynastie.
(D'après Prisse d’AveNiNES,)
Fig. 140. — Musiciennes et danseuses.
(Nécropole de Thébes. XVHIe dynastie.) (D’après Prisse d’Avennes.)
des figures de femme s’allongent parfois jusqu’à l’extrême (fig. 137, 138 et 139), mais, comme nous le verrons plus loin, au chapitre des propor-
LE NU DANS L’ART
lions, les dimensions relatives des différents segments des membres sont généralement les mêmes qu’aux époques précédentes. Également aussi, entre le tjpe masculin et le type féminin, mêmes différences dans les proportions.
Fig 141. — Bap-iielief de Séti L'' ET Hathor.
(A7A'<^ dynastie. Musée du Louvre^ B. 7.)
La convention qui préside à la construction du dessin de la figure humaine ne change pas non plus. Les mouvements mêmes ne sortent guère des types déjà créés. Et je ne parle pas seulement ici des attitudes et des poses hiératisées, mais des gestes professionnels ou de la vie commune. Il y a lieu toutefois de faire une exception pour les musiciennes et les dan-
DLUXlliME EMPIRE THEBAIN
iio
seuses, qui n’ont jamais été représentées plus librement (fig. 1-iO).
Mais malgré les qualités d’ordre supérieur dont l’arliste égyptien a fait preuve, sûreté de goût, virtuosité d’exécution, liberté d’allure, il tombe de temps en temps dans les grossières en-eurs habituelles avec la même inconscience et les meilleurs ouvriers n’en sont point exemptés. C’est les mains ou les pieds semblables, ou bien ces extrémités transposées, la main droite pour la main gauche ou vice versa, de même pour le pied.
On trouvera, au musée du Louvre, quelques très bons exemples de l’art des bas-reliefs à cette époque (fig. ELI)
Fig. 142. — Tête de princesse (pierre calcaire).
(XVIIl’^ dynastie. Musée de Berlin.)
(D'après K. I'echheimep., la Sculptnra éyyptienne.)
Fig, 143. — Porteurs d’offrandes.
(Art salle.)
{D'après Musée égyptien, t. II. PI. XXXII.)
Après la XX^ dynastie, des troubles profonds déchirèrent l’Égypte, qui ne retrouva un peu de calme et de prospérité qu’avec Psammétik I", fondateur de la XXVP dynastie. Le siège de l’Empire était alors à Sais dans le delta et de celte époque date une nouvelle renaissance.
Cette fois encore rien de fondamental n’est changé dans la technique et dans les conventions qui régnent toujours dans l’art. Des modifications de détail impriment cependant aux œuvres de l’époque saïte un caractère particulier qui permet de les reconnaître aisément.
Ce qui domine dans l’Art Saïte, c’est l’habileté technique, c’est le soin du détail et du fini poussé jusqu’à son extrême limite. 11 fut conduit alors a s’attaquer aux roches les plus dures et à grain très fin comme le basalte, les brèches et la serpentine, pendant que l’Ancien Empire employa de préférence le calcaire et l’Empire thébain, le granit.
Suivant M. Maspero, deux tendances s’y manifestent, 1 une qui pousse le fini jusqu’à la mièvrerie et l’effacement de tout détail anatomique, 1 autre qui cherche scs modèles dans le passé et s’efforce de réagir contre la
banalité courante en mettant en vigueur les préceptes anciens et en se rapprochant du modelé vigoureux de l’Ancien Empire.
11 convient, me semble-t-il, d’établir une troisième catégorie d’œuvres, les plus caractéristiques de l’époque, celles dans lesquelles s’allie, a la perfection de la technique, une observation de la réalité plus fidèle qu’elle ne l’avait été jusque-là au point de mériter le nom de naturalisme (1)
Trois statues, trouvées dans un tombeau à Saqqarah à cùlé de la momie d’un fonctionnaire nommé Psammétik et aujourd’hui au musée du Caire, sont célèbres. Elles peuvent être considérées comme des types de fart minutieux et un peu veule de cette époque. Mariette en faisait le plus grand cas et, tout en les considérant comme l’œuvre d'un praticien extraordinairement habile et adroit, il les plaçait bien au-dessous de la statue de bois de l’Ancien Empire, le Sheikel-Beled qu’il avait découvert dans la même nécropole : en quoi certes il avait raison, mais il faut ajouter que ces œuvres ne sont pas les meilleures que l’Art saïte nous ait laissées.
Elles se composent d'une statue d'Osiris, d’une autre de Nephthys et d’une vache Hathor, à laquelle le mort est adossé; « le tout un peu flou, dit Maspero, un peu artificiel, mais la physionomie des divinités et du mort ne manque pas de douceur; la vache est d’un bon mouvement et le petit personnage qu’elle abrite se groupe bien avec elle » (2).
« Un des morceaux les plus dignes d’éloge qu’ait produit l’Art saïte, disent Perrot et Chipiez, c’est la statue en grès de Nekht-hor-heb, au Louvre. Le travail des mains et des pieds est bien un peu sommaire; le visage n’a pas beaucoup d'expression; mais dans l’ensemble de la figure, dans le mouvement des jambes et des bras, dans le modelé du torse et dans le port de la tète il y a une ampleur et une aisance qui donnent presque, au premier moment, l’impression d’un marbre grec (fig. 7) » (3).
Une certaine souplesse de modelé indéniable n’empêche pas de retrouver, dans cette œuvre, les principaux eri’ements de la statuaire égyptienne : exagération de la carrure de épaules contrastant avec l’amincissement du thorax, suppression presque totale des flancs, largeur du bassin qui, à
(1) Nous rangerions volontiers dans cette catégorie le guerrier llorus, quelques-uns des modèles du musée du Louvre, quelques têtes de Pharaons ou de {)articuliers, quelques statuettes de femmes, quelques has-reliefs.
(2) Archéologie égyptienne, p. 226.
(.3) Perrot et Chipiez, p. 718.
L\ù NU DANS L’A HT
l'opposé de ce qui existe sur les statues debout, se voit très souvent sur les statues assises, à genoux ou accroupies, état fruste des extiémilés, clavicules filiformes, etc. Nous l’avons citée plus haut comme un exemple de statue quadrangulaire en la rapprochant du n“ 1 du musée du Caire qui est dans la même posture.
A côté de ces traits, conséquence de l’impérieuse « formule », il faut
Fig. 144 et 143. — Torse et j.vmbes du guerrier IIorus.
(Art saïte. JUnsée du Louvre.)
noter quelques bons morceaux; par exemple, le cou avec la saillie adoucie du larynx et les reliefs des sterno-mastoidiens, toute la partie antérieuie du torse d’une grande souplesse de modelé, l’oreille grande mais bien dessinée...
Un peu plus loin dans la même galerie du rez-de-chaqssée, le gueiiiei Horus (fig. iU et 145) que M. de Rougé considère avec raison comme un des chefs-d’œuvre de l’Art saïte, est bien supérieur à Nekht-hro-eb. Bien que se rattachant à la formule traditionnelle, habilement appliquée d’ailleurs, au
torse et au membre supérieur (il n’est question que du bras gauche, le droit ayant été en partie restauré), elle s’en éloigne par la vérité avec laquelle la jambe est traitée. Je ne parle pas de la rotule réduite à deux boules superposées que surmonte le puissant relief musculaire habituel de la cuisse. Mais le galbe général du genou et de la jambe est excellent sous quelque point de vue qu’on l’examine. Les contours en sont d’une pureté et d’une exactitude qui, avec plus de raison que tout à l'heure, font penser à l'art grec. On
Fig. 146. — Pieds du guerrier Horus.
(Art saïte. Musée du Louvre.)
peut remarquer en outre que, si le bord antérieur du tibia est encore un peu trop accentué, la face interne du même os — chose rare dans tout l’art égyptien — a sa largeur normale. EJle se continue par en haut avec la tubérosité interne du tibia qui, régulièrement conformée, donne au genou la hauteur naturelle qui lui convient, et se termine en bas dans la région des malléoles. Le plan des muscles péi’oniers s’accuse discrètement et, audevant de la saillie du jumeau interne, on note le relief à peine senti du soléaire indispensable à toute jambe égyptienne.
Les pieds (fig. 446 et 147) soulèvent un curieux problème. Il n’est pas nécessaire d’y regarder de très prés pour reconnaître que les orteils sont l'ecourbés avec saillies des articulations, que le cinquième est soulevé du
LE NU DANS L’ART
sol et que leurs axes se sont pas parallèles, mais inclinés en différents
sens comme le montre le schéma cijoint, tous caractères propres aux pieds des statues grecques (fig. 148).
D’après ce que nous savons des formes du pied de la formule égyptienne, ce serait là une exception vraiment étonnante, la seule du moins à notre connaissance, exception possible après tout, étant donné les relations connues, depuis les dynasties saïtes, entre l’Egypte et la Grèce. On s’aperçoit bien que la statue a été brisée par le bas, un peu au-dessus des pieds, mais rien ne s’oppose à ce que la partie brisée n’ait primitivement fait partie de la statue, 'foutefois, en y regardant de prés, on constate que les érosions dont est couverte toute la
surface de cette statue ont été assez grossièrement imitées sur les pieds par des coups de pointe, et qu’il en‘a été de même de l’avant-bras droit. La conclusion qui s’impose est donc que toutes ces parties eut élé l'objet
Fig. 147. — Croquis d’après les pieds