TRÈS RÉGULIÈREMENT DESSINÉE
(XXVI<^ dfinaatie. Musée du Louvre.)
et les apparentent de très près aux œuvres de l’Ancien Empire. J'ajouterai même qu’un détail morphologique consistant en petits reliefs sus-rotuliens nous inclinerait à les rattacher à cette dernière époque, ainsi que le pensait
LE NU DANS L’ART
Mariette. Il suffit de se rappeler cette même forme aux bas-reliefs de Ti, de Kagemni, de Manofer, etc. (Voyez plus haut fig.. 74, 75 et 76.)
Si, maintenant, nous considérons plus particulièrement la façon dont l’Art saïte a modelé les têtes, nous nous trouvons en présence du double courant dont il a été question : celui qui s’enlise de plus en plus dans la tradition et reproduit le type souriant et banal déjà inauguré par le Pre-
Fig. 136. — Tistr d’un piïiiSONN.^GE Fig. 157. — Têtr de f.\ce du rEusox-
D .\i;E mur. N.4GE GR.'VS DE L.\ FIGURE Lio.
CArl mile. Musée du. Louvre.) (Art. .saïte. Musm du Louvre.)
mier Empire thébain. A ce groupe, il faut rattacher les têtes de sphinx qui représentent les rois Nectanèho, d’autres teles de reines ou de pharaons se distinguent jiar l’aspect cubique de la'lace, les yeux relevés en dehors, la bouclie souriante et les oreilles situées très haut.
Mais le second groupe rappelle les éminentes qualités de portraitiste de l’art égyptien et contient des œuvres de premier ordre qui ne le cèdent en rien aux époques antérieures.
I.a tète malheureusement mutilée de Psamétik III, du musée du Imuvre. (fig. 154), se distingue par le souiûre des yeux, qui n'est plus recherché par le relèvement de l’angle externe, mais par le modelé bien
ART SAÏÏE
rendu de la paupière inférieure. La bouche, bien close, se relève légèrement aux commissures et les lèvres sont largement ourlées.
On peut citer aussi une petite tète de pharaon, admirable d’exécution et d’un idéalisme élevé (fig. 155), à côté d’autres tètes de personnages de différents âges et d’un réalisme poussé au dernier degré, telle une tête
Fig. 1o8. — Mantimahê.
(Période sa'ite. Musée du Caire.)
(D ajii-èÿ ^'o^ Bissi\f;-I’)iiucKMAN> .)
d’homme d’âge mûr (fig. 156), une autre d homme gras (fig. 157), ces deux dernières traitées avec le même souci de vérité que la jeunesse idéale des pharaons. On peut y joindre l'étonnant Mantimahê du Caire (fig. 158).
Une tête chauve, grandeur nature, du musée de llerlin (fig. 159), est le morceau le plus vrai et le plus puissant que nous connaissions. Le crâne est modelé avec une extrême précision. L’oreille, bien en place, est d’une facture parfaite. Tous les traits, accusés jusqu’à la brutalité, sont d’un
LE NU DANS L’ART
naturalisme saisissant. Cette tête peut être comparée sans désavantage à certains bustes de condottieri de la Renaissance.
A cette époque, on voit se préciser et se répandre un type l'éminin plus réaliste. A l’ancienne forme des époques précédentes, caractérisée par des seins fermes et petits séparés par une vallée plus ou moins large, par un
l'iu. 159. — Tète ch.\uve.
Art saïlc. Musée do Berlin.) (D'après Von Bissing.)
bassin étroit et des cuisses charnues, forme qu’on retrouve dans les statuettes consacrées aux déesses, comme Sekhet et Isis-hàtbor du musée du Caire, comme l’isis en or de la triade osirienne du musée du Louvre, s’ajoute un nouveau type remarquable par un volume plus considérable des localisations graisseuses, avec conservation de l’étroitesse du bassin et des caractéristiques du bassin droit que révéle la direction voisine de la verticale de la région sacrée.
Les plus beaux exemples de ce nouveau type sont la dame Tahoussit d’Athènes (fig. 160) et une statuette entièrement nue du musée d’Alexandrie (fig. 161.)
Sur les deux, les seins sont volumineux, se joignant presque sur la ligne
Fig. 160. — La dame Tahoussit.
(Art saîte. Musée d'Athènes .)
(D'après Von Bissing, liv. 5.)
médiane, le ventre est plus rebondi, les cuisses plus épaisses, les fesses plus saillantes avec plus d’accentuation sur la statuette d’Alexandrie.
Sur un buste de femme du musée d’Athènes, les seins, plus volumineux encore, empiètent l’un sur l’autre. 11 en est de même sur une Secket en bronze du même musée.
LE NU DANS L’ART
A ces sigaes réalistes, s’ajoute quelquefois le dessin des plis cutanés de l’abdomen, comme on le voit sur une Sekhet en pierre du musée du Louvre (fig. 162 et 163). Malgré une robe collante qui remonte jusque sous les seins, le modelé du ventre et des aines est reproduit avec une rare .perfection. Le pli sus-pubien et, au-dessus de lui, le pli demi-circulaiie de
Fig. 161. — Statuette de feh.me.
(Musée d'Alexandrie.)
(D’après CAr.urr, Recueil de Mon. égyp., I, pl. XMI.i
l'abdomen, sont finement et très habilement tracés. Quant à la région des Tiines, il est impossible de la voir reproduite avec plus de délicatesse et de vérité.
L’Kpofiue suite a apporté aux bas-reliefs les mêmes soins de l'exécution, le même souci du fini qu aux statues; les modelés sont parfois plus londs, les détails analomiques sont plus ellacés, détails qui iront encore en s ac- •ccnluaiit sous les Ptolémées, mais la formule pour représenter la figuie
ART SAÏïE
liunicLine n’a pas varié ; c est partout et toujours, connue au temps pii mitif du roi Narmer ou d’Hosi, la tête de profil sur des épaules de face, avec un bassin légèrement de trois quarts et les jambes de profil.
Néanmoins, les quelques bas-reliefs qu il nous a été donné de voir de prés sont des œuvres vraiment remarquables.
Le sarcophage du grand-prêtre Taho (fig. 164), que possède le musée du Louvre, doit être mis au premier rang. C’est une immense cuve en basalte avec couvercle. A l’extérieur comme à l’intérieur, les parois disparaissent sous une multitude de petits bas-reliefs accompagnés de légendes, disposés en registres horizontaux et dont la description demanderait un volume.
Les scènes de l’extérieur sont toutes consacrées au voyage de Làme de Taho au travers des différentes scènes de l’hémisphère nocturne, peuplée de dieux favorables ou ennemis (fig. 165 et 166). Ce voyage, très mouve-
Fig 162 et 16.S. — Statuette de la déesse Sekhet, face et trois quarts. (Art salle. Musée du Louvre.)
LE NU DANS L’ART
menté, se termine par l’identification du défunt avec les dieux de la nuit et par le commencement de la vie éternelle.
Le pourtour du couvercle est orné d’une bande alternativement composée du chacal d’Anubis modelé en saillie dans le creux et de trois fers de lance dessinés légèrement.
Fig. 164. — S.vucophage ii’un prêtre du règne de [’samétik I (1). ('A'AT/e dynastie. Musée du Louvre.)
(l’hot. Giraudon.)
A l’intérieur, les sujets sont en moins grand nombre et, par suite, de taille plus grande. Nephtbys, au chevet, et Isis, au pied du sarcophage, étendent leurs ailes en signe de protection. Sur chaque côté, une théorie
(1) Cette figure et les deux suivantes sont prises d’après un sarcophage en granit d’un prêtre de même nom. Les gravures sont beaucoup moins fines e les grandes déesses de l’intérieur n’existent pas. La description ci-dessus a trait au sarcophage en basalte.
de génies célestes adressent au défunt une promesse de protection en lui donnant le signe de vie.
Tous ces motifs sont taillés dans le basalte avec une grande habileté et un soin minutieux. Les chacals d’Anubis du couvercle sont d’une belle franchise d’exécution et les génies de l’intérieur reproduisent la formule humaine, avec un léger modelé du torse, pas de détails anatomiques aux membres et les deux pieds vus par leur bord interne.
Fk;. Itio. — b.4S-IÎELIÉF EXTElilEUK Uü S.VIICOPH.^ÜE
iiu PRÊTRE Taho (détail).
(Art. salle. Alusée du Louvre.)
Mais ce qui mérite surtout d'attirer l’attention, c’est les deux grandes figures de femme, aussi longues que le sarcophage lui-même et taillées en relief assez saillant dans le creux, l’une au fond de la cuve même, l’autre au plafond du couvercle. La première est la déesse de l’Amenti qui reçoit le défunt; la seconde est la déesse du ciel qui plane sur lui. Et l’on devient rêveur en songeant, d’un côté, à l’homme qui avait voulu dormir son dernier sommeil entre les deux déesses et, de l’autre, à l’artiste qui enfouissait, au fond de ce sarcophage scellé pour l’éternité, tant de labeur et tant de talent.
LE NU DANS L’A UT
Ces deux figures, en effet, mériteraient de sortir de leur obscure retraite et d’être exposées au grand jour. Autant qu’il est permis de les étudier avec les dispositions actuelles, on constate plus d’un détail intéressant. La déesse du fond est dessinée de profil, suivant la formule ordinaire. La forme généralement arrondie, avec le volume du sein piriforme, rappelle le modelé qui prévaudra sous les Ptolémées, mais sans en avoir les exagérations. Les (leux pieds sont d’un excellent dessin. Les orteils du pied droit
Pjq — BAS-niüLiiîi-’ extékieur nu sarcoph.vge DU PRÉTUE TaHO.
(Art saïte. Musée du Louvre.)
sont modelés avec beaucoup d’exactitude, de sorte que nous voyons, sur une même œuvre, une ligure comme celle-ci montrer des pieds nettement différenciés, pendant que les génies, dont il a été parlé plus haut, montrent tous le gros orteil aux deux pieds. Les deux mains ne sont pas moins exactes. Elles montrent la face palmaire et, à part la longueur un peu grande des doigts et la brièveté du pouce, leur dimension relative est très correcte, chose rare dans l’art égyptien, et le modelé de la paume reproduit très exactement les plis qui la sillonnent (fig. 167).
Nous retrouvons dans une statue (fig. 168 et 169) un modelé non moins exact de la paume des mains.
ART SAITE
La figure du couvercle est une exception dans l'art égyptien, car la déesse est vue complètement de face. Elle rappelle le modelé des statues. Les pieds entièrement renversés en dehors, dans un mouvement forcé, sont dessinés tous deux par leur bord interne habilement modelé. Ici, le relief
Fig. 167. — Main de la déesse DU FOND du sarcophage DU PRÊTRE TaHO.
(Art sa'ile. Musée du Louvre.)
Fig. 168. — Statue présentant les deux MAINS la paume EN AVANT.
(Art saîte. Rome.)
(D'après Vo.n Bissing-Bruckmann, Uv. 6.)
est assez fort. Mais une figure analogue d’un sarcophage voisin, qui appartenait à la dame Tenthapi, prouve que, avec un relief beaucoup moindre (fig. 170), l’artiste égyptien savait obtenir un non moins bon résultat.
Les bas-reliefs découverts par Mariette à Mitrahineh sont caractérisés par une habileté de main et une liberté des mouvements tout à fait remar-
LE NU DANS L’ART
quables (Üg. 144 et 171), Maspero insiste avec raison sur la recherche de la variété des allures surtout chez les enfants et chez les animaux. Il signale, comme échappant à la tradition, la façon dont certaines figures ramènent une épaule en avant « dans un essai de perspective auquel on ne paraît pas avoir songé avant l’époque thébaine ». Sur ce dernier point, l’éminent égyptologue ne s’est certainement pas souvenu des nombreux bas-reliefs des anciennes écoles et dont nous donnons plus loin quelques exemples (fig. 284 à 292) où cette forme est très nettement reproduite. Quant aux
Fig. 169. — M.mns vcrs p.rti i.es p.vimes de i..\ statue, figure précéuë.vte.
modelés du nu, ils sont dans la meilleure manière de l’époque. Formes pleines et un peu arrondies, mais sans l’exagération de la période suivante et avec un réalisme qui n’exclut pas la distinction.
Enfin, la vitrine-armoire consacrée aux œuvres saïtes du Louvre contient pour le moins un bas-relief remarquable. C’est une stèle avec une figure agenouillée dont le dessin n’offre plus aucune trace de convention (fig. 155).
Il résulte de ce qui précède que l’Art saïle, sans s’écarter trop ouvertement de la tradition, se rapproche de la nature plus qu’on ne l’avait fait jusqu’alors. L’art égyptien, en persistant dans cette voie, aurait-il fini par trouver, au contact vivifiant de la réalité, la force nécessaire pour secouer définitivement les entraves de la formule qui, depuis si longtemps, 1 asservissait. Il faut croire que la force séculaire des préjugés sociaux et religieux
ART SAiTE
était trop puissante pour lui permettre une libération définitive, car, avec les Ptolémées, la tradition reprend son empire avec plus d’autorité encore.
Les statues que l’on peut attribuer aux deux premiers Ptolémées ne différent pas des bonnes œuvres de l’Époque saïte; tout au plus quelques détails de costume révélent l’influence grecque ainsi qu’on le voit dans le remar-
FiG. 170. — 1 KTE E)’c\E FIGURE AU FOiND DU SARCOPHAGE DE LA PAME TeNTHAPI.
(Art saïte. Musée du Louvre.)
quable torse du musée du Louvre (fig. 172) sur lequel se reconnaît le manteau macédonien. Celle-ci, lorsqu’elle se fit sentir davantage, ne conduisit le sculpteur égyptien qu’à de gauches imitations, qui ressemblent plus ou moins à de mauvaises slatues grecques, roides et guindées, qui ont perdu toute l’ampleur et la savante précision de la forme égyptienne, sans rien acquérir de la souplesse et de la vie de l’art grec. Quant au nu féminin, il est dans la tradition de l’Art saïte (fig. 173).
Fig. 171. — Scènes funéraibes.
Les lenimes mies étaient peintes et la nudité se modelait en relief sous la couleur des robes.
(Art sai'te.)
(D’après Musée égyptien, t. II. PI. XXXII.)
Fig. 172. — Tousn de fe.mme, face et frofil. Fig. 173.— Torse de femme.
(Art ploléma'i que . Musée du Louvre.) (Art ptolémaïque.
(Pliot. Giraudon.) Musee du Louvic.)
L’art égyptien, né au milieu de la barbarie générale, sans influence étrangère, sans appui du dehors, avait vécu par ses seules forces accrues au cours de sa longue existence, absorbant à son profit les énergies de l’étranger encore barbare, conquérant ses vainqueurs; il succomba sous le contact mortel d’un art supérieur qu’il ne sut pas comprendre. Mais la
Fig. 174 — Bas-rei.ief.
(Temple d'Edfou.) (ITiot. Bunfih.)
Fig. 175. — Bas-relief du temple DE Dendérau.
(Pliot. Bon fils.)
vitesse acquise était telle, la force de la tradition si puissante qu’il se maintint encore de longs siècles.
Les conquérants grecs ou romains font de l’art un instrument de domination. Ils réparent les temples détruits, ils en construisent de nouveaux aussi imposants, aussi somptueux, aussi habilement construits que les anciens.
Commencés sous les Ptolémées, les temples d’Edfou (fig. 174), d’Esneh, d’Ombos, de Dendérah (fig. 175), de Philœ sont terminés sous les Césars. Ces temples sont couverts de bas-reliefs à profusion. Les tableaux se pressent les uns contre les autres au point de ne plus laisser de vide entre
LE NU DANS L’ART
Fig. ne. Fig. 177. — BAs-nELiEi’ Ptolémaïque.
Bas-reliefs p roLÉMAÏQUEs, (Musée du Louvre,)
eux. Les mêmes sujets mystiques ou guerriers sout traités suivant les mêmes règles qu’autrefois.
Certains bas-reliefs ptolémaïques conservent les beaux profils et les belles proportions de jadis; le relief s’exagère sans perdre encore de sa distinction (fig. 176 ot 177). On dirait même qu’il y a plus de conscience, les transpositions de mains ou de pieds sont moins fréquentes. Mais, sous les empereurs romains, les contours perdent de leur finesse, le dessin s’alourdit, le modelé s’empâte et le relief s’exagère encore sans aucun profit. C’est bien toujours les ateliers de sculpteurs égyptiens qui travaillent pour les maîtres étrangers. La tradition les soutient en des formules de plus en plus étroites. Mais, à la chute de l’empire romain, lorsque le christianisme s’éleva triomphant sur les ruines du paganisme, la sève vint à manquer au vieux tronc tant de fois séculaire, sur cette terre d Égypte redevenue à demi barbare, et ce qui restait de l’art national s’éteignit définitivement.
Fig. 178. — Le chacal Anubis et l.a momie Bas-relief au-dessous du sarcophage de Tenthapi. (Art salle. Musée du Louvre.)