‹ Nouvelle anatomie artistique du corps humainChapitre 28 sur 81 · DESCRIPTION DU « NU » ÉGYPTIEN · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU « NU » ÉGYPTIEN

Après avoir essayé de suivre, en un exposé forcément incomplet, les dilférentes étapes de l'art égyptien, il me semble nécessaire, pour atteindre le but que nous poursuivons, de nous résumer en réunissant dans un tableau d’ensemble les trails du « nu » égyptien, nécessairement épars dans les pages qui précédent Et je décrirai en deux chapitres distincts :

1" Les formes, en considérant successivement le torse, le membre inférieur, le membre supérieur, la tète, le type féminin, la forme pathologique et les proportions;

2" Les altitudes et les mouvements.

l-’ii;. 179. — Servants et servantes dans un festin.

(Tombeau de Rekhmara. XVIIR dynastie.)

(D'après Virey, Mémoires de la mission archàoloyique française du Caire. vol.\).

1» LES FORMES

a) TORSE

Le torse de la figure égyptienne, ronde-bosse ou bas-reliefs, présente, ainsi qu’on l’a déjà pu voir, les caractères précis et constants d’une formule invariable dont le cadre rigide contient néanmoins des traits naturels fort curieux que le résumé qui suit fera ressortit .

Le cou, généralement plein et arrondi, s’implante à la partie supérieure du tronc, suivant une ligne nettement circulaire et sans tenir compte généralement des plans de passage que les muscles trapèze en arriére et sternomastoïdien en avant établissent entre les deux régions. Mais la direction oblique, en bas et en avant du plan d’insertion, n en est pas moins fort bien observée. On sait, en effet, que les limites inférieures du cou ne se trouvent pas dans le même plan horizontal (vol. I, pl. 23). Elles descendent, en avant, beaucoup plus bas qu’en arrière. Tandis que, en avant, le cou se trouve limité par le sternum et les saillies claviculaires, en arrière il s’arrête aux environs de la saillie de la proéminence, à la hauteur des reliefs latéraux des trapèzes.

Cette disposition a été souvent exagérée par les artistes égyptiens, qui ont fait descendre le cou beaucoup trop bas en avant au détriment de la

LES FORMES

hauteur de la poitrine. Mais ce n’est là que l’exagération d’une conformation naturelle parfois très bien observée et correctement reproduite.

Sur les bas-reliefs et les peintures, on observe moins de vérité sous ce rapport et la ligne du dessus des épaules est presque toujours trop horizontale.

Quant aux modelés que l’on observe à la surface du cou, il y a lieu d’indiquer les suivants :

Sur le côté, un relief grêle, barrant obliquement la face latérale du cou, suit bien la direction générale du muscle slerno-masto’idien, mais ce modelé, tout de convention, ne répond pas à la forme même du muscle qui ne traduit son relief à la manière d’une corde tendue que dans les mouvements de torsion violente de la tête et se révéle plutôt, dans l’attitude calme des œuvres égyptiennes, sous l’aspect d’un large méplat (1).

La nuque est rarement représentée parce qu’elle est le plus souvent recouverte par la perruque, mais, sur la tète du scribe du Louvre, les deux reliefs latéraux des muscles de la région sont indiqués avec une grande vérité.

La saillie du larynx ou pomme d’Adam n’existe pour ainsi dire pas dans la sculptui'e égyptienne. Souvent, le cou est uniformément arrondi et parfois même aplati sur le devant.

Le creux sus-sternal, qui marque la limite inférieure du cou en avant, est généralement senti, mais peu profond, et sur les côtés s’élèvent, dirigées en dehors, lessailliesdesdeux clavicules, constantessur les statues et quelquefois aussi sur les bas-reliefs, mais la forme de ces saillies est rarement en rapport avec la double courbure anatomique de l’os. 11 faut convenir que, bien que sous-cutanée dans toute l’étendue de sa face supérieure, la clavicule n’apparaît avec quelque évidence sous les téguments que chez les personnes maigres et peu musclées. L’attache de muscles puissants à son bord antérieur (grand pectoral, deltoïde) et à son bord postérieur (trapèze, sterno-

(1) Sur peu de statues, le modelé du sterno-mastoïdien est traduit correctement. On peut citer sous ce rapport, à cause de la rareté du lait, Neklit-horheb (fig. 7) et le scribe accroupi du Louvre (fig. 62). Sur ce dernier, il se conond à son extrémité inférieure avec la tête de la clavicule, comme cela doit être. Sur Aménopliis IV (fig. U2 et 113) et sur la tête calcaire du Louvre (üg 63), on ne distingue que son tendon inférieur et interne, d’ailleurs exactement reproduit. Sur beaucoup d’autres œuvres, sur les colosses en particulier, le relief du sterno-mastoïdien est passé sous silence.

LE NU DANS L’ART

l.iô

■cléido-masloïdien) adoucissent son relief et même, en certains points, le suppriment complètement (vol. I, pl. 14). Ces muscles, en outre, occasionnent au-dessus et au-dessous de l'os deux dépressions, fosses sus et sous-claviculaires qui sont très atténuées chez la femme et chez les gens

gras. Sur le nu égyptien, ces creux n’existent pour ainsi dire jamais et le relief claviculaire se présente avec les caractères suivants : il monte en dehors plus obliquement qu’on ne l’observe d’ordinaire. Il est grêle et uniforme. A sa partie interne, il commence par une petite éminence arrondie représentant la saillie de l’extrémité interne de la clavicule dont l’extrémité externe se perd le plus souvent audessus de l’épaule. Quelquefois, cependant, cette extrémité externe est figuiée avec plus de vérité.

Bien rarement, la saillie claviculaire est représentée, sur le nu égyptien, avec exactitude et correction. On peut citer

néanmoins quelques exceptions, et Ramké nous en montre, à notre connaissance, le plus bel exemple. La conformation de l’os en s italique y est bien notée et son relief, sous la peau chargée de graisse, est d’un modelé fort exact. Mais, le plus souvent, la forme toute conventionnelle de la saillie claviculaire semble être un reste de l’angle saillant que, dans

Fig. 180. — Superposition d’un torse normal et

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