APPUYÉ SUR UN BÂTON
(Tombeau de Séti I".)
(D’après Lepsius, Denkmdler .)
Fig. 237. — Surveillant des troupeaux (Sakkara. dynastie.)
(D'après Lepsids, üenknialer. Il, PI. CIL)
(Tombe de Giseh. dynastie.) (D’après Lepsios, Denkmaler. IL PL LXXX.)
Fig. 239. — Un surveillant.
(D'après Pebcy E. Neweebry, Beni-Hassan, t. IL PL VIL)
Fig. 240. — Propriétaire surveillant le travail des champs. (Béni-Hassan-el-Qadim.)
(D’après Champoi.lio>*, Monuments de l Égypte et de la fwibie, t. I\ . PL CCCC.)
LE NU DANS L’A H T
exceptionnel. Mais l’ai-t égyptien nous a déjà réservé bien des surprises. Que ne peut-on attendre de lui ?
Station assise.
Nous savons que, dans la station assise, les formes de la moitié inférieure du torse sont très différentes de ce qu’elles sont dans la station droite (vol. 111, p. 79). L’ensellure des reins disparaît, le bassin se redresse et le ventre, porté en avant, augmente de volume et est traversé par les plis de flexion. L’art égyptien, simplificateur par excellence, a négligé ces différences et, pour faire une statue assise, a simplement placé sur un siège le torse qu'il avait l’habitude de tailler pour la station droite et s’est contenté d’y ajouter les deux membres inférieurs fléchis à angle droit dans l’articulation du genou. On observe alors que les deux pieds sont toujours, sur les statues, placés dans le même plan. 11 n’en est pas de même sur les bas-reliefs où les figures assises sont dessinées de profil suivant les règles habituelles et où les deux pieds sont toujours visibles. A cet effet, à partir du seul genou apparent, se détache en avant le profil de la seconde jambe, avec son pied qui apparaît sur une plus ou moins grande étendue de sa surface.
Station à (jenoux.
Depuis la statue primitive n” 1 du musée du Caire jusqu’au Nekht-horheb d’Époque saïte du musée du Louvre, la station à genoux des statues égyptiennes a toujours eu les mêmes caractères : torse droit et reposant sur les talons.
Station accroupie.
« Ce qui est merveilleux, dit M. Gabriel Charmes (1), c’est la souplesse du corps des fellahines. Elles s’assoient rarement, elles s’accroupissent, les genoux en l’air, dans une position que nous trouverions singulièrement fatigante et qui les repose, au contraire, des plus grands efforts. Il en est de même des hommes. Leur posture habituelle est celle que l’on remarque sur les stèles égyptiennes : les genoux, rapprochés au-devant de la figure à hauteur du nez ou écartés des deux côtés de la tète à la hauteur des
(1) G. Charmes, Cinq mois au Caire, p. 96.
ATTITUDES ET MOUVEMENTS
oreilles ». Ces habitudes, qu’ont de nos jours les Cafres du Cap, impriment au squelette des jambes certaines déformations que l’on retrouve chez ces sauvages et que présentent les squelettes de momies égyptiennes conservés au Muséum. Ces déformations, sur lesquelles j’ai déjà appelé l’attention plus haut, consiste dans un léger renvèrsement en arrière des plateaux du tibia, co’incidant avec un peu d’incurvation en arrière du corps de l’os. Il n’est pas douteux que cette disposition anatomique rend facile, chez les peuples qui en sont dotés, cette station accroupie que peuvent bien réaliser, mais que ne sauraient garder longtemps, les individus dont les tibias ont la rectitude ordinaire.
L’habitude que les Égyptiens avaient, et ont encore conservée aujourd’hui, de cette singulière attitude de repos, rend compte de sa fréquente repré-
l'T(.. 241. — Diverses manières de s’asseoir sur le sol. (D’après Wii.kisson, I. PI. 419.)
sentation dans les arts. On la retrouve, en effet, dans les bas-reliefs (fig. 241 ) et dans les rondes-bosses.
Sur les statues, le personnage ainsi figuré est comme dans un sac, enveloppé d’une grande robe sans plis au travers de laquelle se modèlent les diverses parties du corps. Les bras fléchis, portés en avant, sont horizontaux et reposent les coudes sur les genoux. D’où il résulte que toute la figure prend l’aspect d’un bloc cubique d’où émerge la tête. (Voy. plus haut, p. 131).
Cette position des bras nécessite une petite surélévation du torse, obtenue par un petit coussin plus ou moins apparent placé entre le sol et les fesses.
L’Art saïte a donné celte pose singulière à un certain nombre de ses statues, dont le musée du Louvre possède un beau spécimen ffig. 150). C’est une forme qu’a ignorée l’Ancien Empire, tout au moins pour les statues^ mais on en connaît un certain nombre appartenant au Premier Empire thébain.
Une autre forme de la station accroupie est celle que réalisent les tailleurs
LE NU DANS L’ART
en s’asseyant sur les jambes croisées ramenées sous eux. Cette attitude est eelle du célébré scribe accroupi du Louvre et d un certain nombre d autres.
Enfin, cette dernière forme de station est variée par la mise à plat d’une jambe sur le sol, pendant que l’autre, très fléchie, garde le genou en l’air. Menlouhotep, du Louvre, en est un exemple qui appartient au Premier Empire thébain (fig. 88).
Mais l’art égvptien a su s’éloigner dans certains cas, principalement lorsqu’il s’agissait de gens du commun, de ces attitudes conventionnelles, et cela dès l’Ancien Empire.
Souvent, dans le mystère du tombeau, la statue funéraire du double n’était point isolée. Pour faciliter et perpétuer sa nouvelle existence, la piété des survivants ne se contenta pas des scènes peintes sur les murs de la chapelle; elle imagina de renfermer, avec la statue du défunt, celles de sa femme, de ses enfants, de ses familiers, de ses serviteurs, et chacun de ces personnages était figuré dans 1 exercice de sa fonction. G est ainsi que les tombeaux nous ont livré ces si curieuses statuettes dans l’altitude des occupations les plus diverses ; boulangers brassant la pâte, femmes pétrissant le pain, celleriers poissant l’amphore, scribes prenant le compte des denrées, paysan allant au marché, pleureur s arrachant les cheveux.
Mariette en avait réuni une curieuse collection, qui est au musée du Caire et dont nous avons donné la reproduction (fig. 32).
Quelques-unes de ces œuvres, généralement de petites dimensions, sont d’une grande vérité d’expression et se distinguent par la justesse du mouvement. Elles nous montrent ce que l’imagier <:e l’Ancien Empire pouvait faire lorsqu’il sortait du cadre rigide où l’enfermait la tradition. Mais elles témoignent aussi du souci constant qui porta les artistes égjptiens à ne pas s’éloigner de la symétrie conventionnelle. Toujours la tète regarde en avant; le torse, incliné ou entièrement penché en avant, est dans la rectitude qui rend semblables ses deux moitiés; les membres inféiieurs, pliés ou entièrement fléchis, ne se meuvent que dans le plan antéro-postérieur. Seuls, les membres supérieurs, comme sur le pleureur, le paysan, ou les celleriers, sont dans une pose différente (fig. 32).
Une petite statuette, cependant, semble faire exception : c'est le paysan tenant un sac sur l’épaule gauche et ses sandales de la main droite. Le torse incline légèrement de côté comme pour faire équilibre au fardeau. Le mouvement, bien noté par Maspéro, est peu marqué mais très naturel.
ATTITUDES ET MOUVEMENTS
Sommes-nous là en présence d’une violation flagrante de la fameuse loi de
fronlalité ? La chose est bien possible, et c’est l’occasion de l’appeler quelques autres œuvres manifestement conçues dans le même esprit d’indépendance. J'ai signalé plus haut (p. 131) la rotation de la tête sur la statue du guerrier Horus, du musée du Louvre, rotation clairement révélée, malgré la disparition de cette dernière, par ce qui reste des attaches du cou.
Il est aisé, au musée du Louvre seulement, de relever sur de petites statuettes en bois et en bronze, plusieurs exemples de rotation de la tète et de la partie supérieure du torse. Dans la salle de la reine Karomama, dans la vitrine au fond, à gauche, qui
contient des statuettes de tour¬
nant LA TÊTE.
bronze, on en voit trois qui ir w r i
(Art saite. Musee du Louvre.)
exécutent des mouvements de
rotation ; un Horus, sans bras, assis sur siège de marbre, tourne à droite la tète seule, qui se présente de trois quarts (fig. 242); un petit dieu, à tête d’épervier, tourne
Fig. 243.
Une statuette
MITRÉE TOUR¬ NANT LA TÊTE ET LESEPAULES, UN PETIT DIEU A TÊTE d'ÉPER- VIER EXÉCU¬ TANT LE MÊME MOUVEMENT.
(Art saïte. Musée du Louvre.)
la tète du même côté en y ajoutant un mouvement des épaules dans le même sens; un deuxième dieu mitré exécute le même mouvement (fig. 243).
Dans la salle du scribe accroupi, dans la première vitrine de droite, ma statuette de bois tourne la tête et le haut du corps à gauche (fig. 244).
Enfin, dans une des dernières vitrines de la dernière salle, une petite statuette en bois, entièrement nue, les deux mains attachées ensemble au-devant du corps,
tourne la tête complètement à gauche, de façon à présenter la face de profil (fig. 245). La corde verticale, dessinée dans le mou-
Lli NU DANS L’ART
vement par le sterno-masloïdien, est fort exactement indiquée et reproduit la forme que nous supposons avoir existé sur le guerrier Horus, qui ne montre que les attaches inférieures du muscle.
Les mouvements des membres supérieurs sont des plus variés dans la
Fig. 244. — Statuette en «ois tournant Fig. 245. — Figurine en dois tournant