AVANT-PROPOS
L'objet de' ce quatrième volume de la Nouvelle Anatomie artistiqve me semble devoir particulièrement intéresser les artistes et il n a guère été abordé jusqu’ici d’une façon méthodique. Cette étude, d’ailleurs, ne pouvait être entreprise avec quelque profit, qu à 1 aide des notions de morphologie humaine précises qui manquaient jusque dans ces derniers temps.
Il y a plus de trente-cinq ans, j’ai inauguré avec mon maître, Charcot, dans un livre intitulé : les Dtmoniagves dans l’Art, l’application des données scientifiques à la critique des œuvres d’art (1). Le volume fit quelque bruit à l’époque. Nous avons plus tard étendu ce genre d’études et je les ai réunies et résumées dans un ouvrage important sous le titre : « l’Art et la Médecine ». Après nous, de nombreux auteurs, en France comme à l’étranger, se sont engagés dans cette voie nouvelle féconde en résultats imprévus.
En étudiant les œuvres d’art où se trouvent représentées les maladies et les difformités à la lumière des connaissances spéciales que donne la science médicale, il est aisé de définir la part de fantaisie ou de sincérité qui s’y trouve. En établissant un diagnostic médical rétrospectif, on démontre l’existence de la maladie à l’époque où a vécu l’artiste, mais on prouve du même coup que l’artiste a puisé son sujet, non dans l’imagination, mais bien dans la nature,
(1) Un article de Charcot et Dechambre sur quelques marbres antiques (Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, t. IV, n» 25, 1857) avait déjà ouvert la voie à ce genre d*études.
LE NU DANS L’ART
car une maladie ne s’invente pas, elle a des signes extérieurs qui lut appartiennent en propre et qu’on ne peut imaginer. Et c’est ce qu’on peut appeler la critique scientifique des œuvres d’art.
Aujourd’hui je me propose, au lieu de considérer les malades et les difformes, de m’adresser aux formes normales et c’est ce qu’il convient d’appeler la critique scientifique du « nu » dans les œuvresd’art. Le domaine en est naturellement beaucoup plus vaste, puisqu’il comprend toutes les œuvres où le « nu », à un titre quelconque, est représenté.
Le lecteur étranger aux choses de l’anatomie aura peut-être quelque difficulté à nous suivre et trouvera certainement que nous avons abusé des descriptions et des termes techniques. Notre excuse est qu’il était presque impossible de faire autrement sous peine d’abandonner la raison d’être de ces études. Au surplus tous ceux qui peuvent s’y intéresser trouveront dans les volumes précédents, auxquels je me suis vu obligé de renvoyer quelquefois, tous leséclaircissements nécessaires.
J’étudierai donc successivement, dans leur ordre chronologique, les différentes époques qui ont vu fleurir les arts. 11 ne saurait être question d’abord que de l’antiquité classique comprenant l’art égyptien, l’art chaldéen, l’art assyrien, l’art grec. Ensuite viendront l’art chrétien, l’art médiéval, la Renaissance et les temps modernes.
Ayant terminé la première partie, consacrée aux arts de l’Orient classique, j’ai cédé aux instances de mes élèves en la livrant à l’éditeur. Le reste, en cours de rédaction, viendra en son temps.
On trouvera peut-être que nous avons fait à l’Égypte une place trop grande. Je ferai remarquer que s’il n’est pas le plus parfait, l’art égyptien a été l’initiateur. Il a brillé quand tout autour de lui n’était que barbarie. Il a donc tiré de son propre fonds toutes les formes qu’il a mises en œuvre. Il n’a rien emprunté et à ce titre il méritait notre attention particulière. Quel problème plus attachant que celui de la formation et de l’évolution de cet art, le premier de tous, partie intégrante de cette étonnante civilisation dont découlent directement