VUE DE PROFIL
(Musée du Louvrej n® 50.)
Fig. 464. — Tête de Lou-Pad.
(Statue archaïque chaldéemie. Musée du Louvre.)
les deux pieds sont placés beaucoup trop en avant, au mépris des lois les plus élémentaires de l’équilibre (flg. 463).
Si, comme nous l’avons vu au sujet de certaines œuvres primitives égyptiennes, le nu chaldéen et le nu égyptien ont eu, aux époques les plus lointaines, de nombreux points communs, les quelques remarques qui précèdent démontrent qu’ils ont tous deux évolué dans une direction différente et presque opposée, tout au moins au point de vue qui nous occupe, le nu égyptien demeurant constamment semblable à lui-même jusqu’aux derniers jours de sa longue existence, le nu chaldéen évoluant par l’exagération de la musculature vers une forme spéciale d’où découle le nu assyrien.
ART CHALDÉEN
si différent du nu égyptien et dont nous allons nous occuper au chapitre suivant.
Presque toutes les statues chaldéennes sont privées de leur tête; une seule statue de Goudéa, de dimensions restreintes, fait exception (fig. -474).
Fig. 4t)o. — Tètes chaldéennes d’une vitrine du musée du Louvre.
A. Tète de statuette virile, n” 93 du Calaloi^ue. Cette tète « d’un modelé charmant, présente cette rareté d’avoir le nez à peu près intact; une légère éraflure en dessous n’empêche pas d'en suivre la courbe fine, qui va se rapprochant de la ligne droite. Sans aucun doute, Tart en est arrivé de luimême, par une suite d'atténuations successives, à cette conception presque idéale du profil humain. Remarquez les yeux grands aux paupières profondes, les sourcils en relief dont la rencontre forme un bouton saillant, la bouche délicate et sérieuse, le menton petit qui se dérobe en courbes un peu molles... » (Diorite noir.)
B. Femme coifi'ée de l'écharpe, n» lOo du Catalogue. (Voy. fig. 473.) (Diorite gris vert.)
C. Tète coiffée de Técharpe, n® 104 du Catalogue. « ...le nez est brisé. Supposez cette tête découverte ailleurs que dans un milieu tout chaldéen, jamais, ni sa face un peu plate ni son menton un peu carré n’auraient suffi à la faire distinguer des types]de l’antiquité classique. (Calcaire gris.)
Mais on possède plusieurs têtes séparées, trouvées au même endroit que les statues, et qui certainement leur ont appartenu.
L’une, d’un style très ancien (fig. 464), a le crâne brisé, s mais la face et le profil sont conservés, sauf l’extrémité du nez qui manque; toutefois, il reste assez de la courbe très accentuée à cette époque, pour qu’elle puisse être restituée avec certitude. On retrouve ainsi, dans une image en ronde-
bosse, les traits exagérés de la grande figure contemporaine d’Eannadou (fig. 470), sur la stèle des Vautours (1). »
Cette tête a un accent individuel très prononcé. C'est, à n’en pas douter, un portrait, et l’absence de dépression à la racine du nez, avec le Iront plat et droit, révéle une forme crânienne bien connue sous le nom d’acrocéphalie.
Plusieurs petites têtes de la même époque offrent des caractères ana-
Fig. 466. — Grande tête rasée.
(Musée du Louvre, 11“ 54 du Catalogue.)
logues avec le grand nez busqué, les jeux énormes, quelquefois creusés pour y recevoir une matière colorée, et les gros sourcils arqués, parfois creusés pour le même motif.
Sur d’autres statuettes, le nez, bien qu’assez volumineux, est droit, témoin la tête de la statuette classée au musée du Louvre n” 105. Elle est en dolérile gris vert polie avec soin. C’est ce qu’on observe également sur une autre petite tête dont nous donnons la reproduction (fig 465 A).
Il existe, au Louvre, deux grosses têtes dont l’une, entièrement
(1) Heuzey, Catalogue des Antiquités Chaldéennes, p. 189.
ART CHALDÉEN
rasée (fig, 466), trouvée dans les ruines du palais de Tello, non loin des statues décapitées, pourrait bien appartenir à l’une d’elles. « Le visage gras et plein, dit Heuzey, présente déjà le caractère officiel d embonpoint et de naaturité qui. plus tard, sera de règle pour les figures assyriennes (1). »
L’autre tète est coiffée d’une sorte de turban (fig. 467 et 468). Comme la
Fig. 467. ■ — Gic^nde tête a turban de face. (Musée du Louvre^ n“ 35 du Cataloffue.)
précédente, elle a les yeux grands et largement ouverts, détails qui sont des caractères permanents dans tout l’art chaldéo-assyrien. Mais toute la face présente une structure carrée, aussi anguleuse que le type précédent était rond et plein, comme le fait remarquer Heuzey.
Une autre tête à turban, de dimension demi-nature, serait, d’après le dire de l’éminent orientaliste, d’une exécution plus raffinée et plus avancée. Par une chance rare le nez est en grande partie conservé; « en dépit de
(1) Heuzey, loc. cil., p. 191.
LE NU DANS L’ART
quelques éraflures et d’un éclat qui a enlevé le petit bout, on en devine la courbe délicate... Le dessin des jeux, aux longues paupières arquées, remontant légèrement vers les tempes, n’est pas sans quelque affectation. La bouche, aux lèvres minces et découvertes, sourit finement. Le menton
Fig. 468. — Grande tête a turban de profil. (Musée du Louvre, n° 55 du Catalogue.)
est ferme sans paraître épais et le modelé des joues procède d’une étude attentive de la nature (1). »
Nous sera-t-il permis de voir, dans cet aspect carré et puissant de la face de certaines des œuvres que nous venons de citer, les conséquences de la technique des arts primitifs et comme les traces des plans ayant servi à l'ébauche.
En outre de ces caractères, dus à la construction générale, ce qui dis-
(1) Heuzey, loc. cit., p. 196.
ART CHALDÉliiN
Fig. 469. Tètes chaldéennes d'uke vitiune du Musée du Louvre.
A. Tête de statuette à turbauj u® 96 du Cütalogue. (Calcaire blanc.)
B Tête chauve de petite statuette, n® 94 du Cotalogue. (Stéatite veite.)
B. Oreille d’une tête archaïque.
(Musée du Louvre.)
A. Profil de la tête d'Eannadou.
(Stèle des Vautours.)
LK NU DANS L’ART
tingue ces têtes, c’est l’œil grand, très ouvert, serti de paupières épaisses et surmonté d’un gros sourcil saillant et s’entre-croisant à la racine du nez avec celui du côté opposé.
Les nez sont brisés, mais ce qui reste des narines les fait supposer assez larges à leur base. Sur des statuettes ou des têtes séparées de petite dimen-
Fig. 471. — Restes d’une statue en