PIERRE CALCAIRE
(Musée du Louvre, n® 58.)
sion, les yeux et les sourcils sont traités de la même façon, parfois démesurément grandis, et les nez sont ou droits ou fortement busqués, plusieurs de ces petites tètes sont très finement taillées et traitées avec un soin précieux (fig. 469).
Les oreilles, sur les têtes les plus anciennes, sont singulièrement dessinées (fig. 470). On se demande comment, en face de la nature, des artistes ont pu en extraire cette bizarre conformation. Il ne faut pas en être
ART CHALDÉIlN
autrement surpris. L’on sait combien est rare la faculté de voir très exactement les choses telles qu elles sont dans la nature, en vue de la reproduction par le dessin, et comment, chez les débutants, cette faculté a besoin d’être cultivée. J’ai eu l’occasion de voir un médaillon, exécuté par un homme de culture médiocre, qui avait été pris soudain, sans avoir jamais
Fig. 472. — Tableaü de famille du roi Our-Nina.
(Musée du Louvre.)
ni dessiné ni modelé, du désir de faire le portrait de sa femme. Et il avait du coup fait une tête de profil en has-relief qui, naturellement, ne ressemblait guère au modèle, mais qui, par les caractères de la plus complète inexpérience, offrait les plus curieuses ressemblances avec les productions grossières des arts primitifs. En particulier, l’oreille était traitée de la manière la plus étrange et présentait, avec l’oreille de la tête archaïque dont il est question, les plus grandes analogies.
En opposition avec ces œuvres plus ou moins grossières, un fragment
LE NU DANS L’ART
de tète en calcaire de grandeur naturelle, de l’époque, de Goudéa. nous montre un pavillon auriculaire d’une rare perfection (fig. 471). Le modelé en est d’une précision, d’une souplesse et d’une exactitude rares. 11 comporte même une part d’interprétation qui dénote un art assez élevé.
L’art chaldéen nous a laissé un certain nombre de petits bas-reliefs, d’une époque plus reculée que les statues de Goudéa. La figure humaine y
Fig. 473. — Croqdis d’une tête sous la masse d’arme du dieu Nin-Ghirs.
(Stèle des Vautours. Èlusée du Louvre.)
est grossièrement traitée (fig. 472). Les têtes, vues de profil, offrent 1 exagération des caractères sur lesquels nous avons insisté. L’œil occupe presque toute la figure, surmonté d’un gros sourcil, et le nez, très volumineux, est fortement busqué (fig. 473).
On possède aussi, de cette époque, des figures d animaux tout à fait remarquables, dignes ancêtres de la sculpture d’animaux assyrienne.
Proportions. — Des arts anciens, ceux de Chaldée et d’Assyrie ne semblent pas s’être souciés de suivre un type de proportion bien défini.
Ainsi les statues de Goudéa, qu’elles soient debout ou assises, sont toutes taillées sur le même modelé; c’est le même arrangement du vêtement, la même altitude, le même modelé musculaire, unité remarquable de la tech-
AUT CHALDltEN
nique et Ju slvle Une seule chose diffère, ce sont les pro|.orlions proportions en hauteur et proportions en largeur.il semble que, très attachesa leur formule sur tous les autres points, les artistes aient considéré qu il impo tait peu que la figure fut longue ou courte, bien quelle doive représenter e même personnage, pourvu que tous les autres traits tussent conformes au modèle C’est ainsi qu'une statue a les épaules larges, une autre les epau es étroites, que les proportions relatives du bras et de l’avant-bras sont exactes, ou bien que le bras est trop court par rapport à l’avant-bras ou inveisement, que la poitrine est longue ou courte, etc.
C’est ainsi que certaines de ces figuies sont tellement courtes et larges quelles semblent tassées sur elles-mêmes, pendant que d’autres sont de proportions normales. Toutefois, c’est le type court et trapu qui domine. Les têtes, ainsi qu’en témoigne la section brisée du cou, devaient être, en général, trop volumineuses pour le corps. D ailleurs, la seule statue de Goudéa de dimensions réduites et dans la position assise — qui possède sa tête, nous la montre particulièrement grosse (fig. 474.)
Le modelé musculaire, bien que toujours le même, varie d accentuation avec les proportions. 11 est plus ressorti, presque brutal sur les figures courtes, plus atténué sur les figures élancées.
Heuzey donne de ces variations dans les proportions une raison fort
plausible. .
. Il faut peut-être en chercher la cause, dit-il, dans l’inégalité des blocs
roulés de diorite que l’on importait pour l’exécution de ces grandes figures. Ils présentaient parfois des manques de matière et autres defauts accidentels, avec lesquels le sculpteur avait à compter (1) »
Fig. 474. — ST.\TrE de Goidé.v