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LA FORME FÉMININE

L’art chaldéen s’est essayé, non sans succès, à la représentation de la forme féminine. Heuzey, dans son Catalogue des antiquités chaldéennes, ne signale pas moins de trente-six spécimens, sur deux cent quarante numéros, consacrés à la figuration de la femme, parmi lesquels se trouvent de vrais petits chefs-d’œuvre. Il me suffira d’en citer quelques-uns parmi les plus complets et les mieux réussis.

C’est d’abord la partie supérieure d’une statuette de femme de moyenne dimension (flg. 475). Heuzey en donne la description suivante :

« Cette petite tête, qui n’a pas une égratignure, est à elle seule une pièce hors ligne. Ses cheveux, ondulés sur les tempes et relevés en chignon, sont couverts par une écharpe dont l’un des bouts, plié avec soin et maintenu par ses propres franges, couronne le front d’un étroit bandeau. C’est là encore un arrangement que les femmes de la Grèce antique retrouveront bien des siècles plus tard... La grande surprise est de voir les traits réguliers du visage achever, jusqu’à un certain point, la ressemblance avec le type grec : grands yeux dessinés en amande, nez parfaitement droit, bouche au sourire délicat, menton ferme, cou bien dégagé dans le quintuple collier qui l’enserre. Nul doute que, dès cette époque, le seul progrès du goût n’ait amené la sculpture chaldéenne, par l’atténuation générale du type national, à une conception toute voisine du type hellénique. »

Ce qui l’en sépare encore, pouvons-nous ajouter, c’est le volume des yeux avec les gros sourcils striés se croisant au milieu et descendant sur la racine du nez, la saillie des pommettes, l’aspect carré de la face, la dimension du pavillon de l’oreille, enfin le volume même de la tête par rapport au torse, tous caractères propres à la sculpture chaldéenne de la meilleure époque.

« Le torse, continue Heuzey, n’est pas moins remarquable. Des mains

ART CHALDÉEN

qui étaient croisées sur la poitrine, il ne reste que le bout des doigts et les ongles, d’un travail minutieux. Les plis du vêtement sont marqués, seuleme'nt au-dessus des bras, par quelques rares sillons, comme dans les statues de Goudéa; mais les formes du modelé s’accusent partout sous 1 étoile. Dans le dos surtout, la cambrure est d’une souplesse et d’une vérité saisis-

Fig. 473. — St.vtuette féminine en diorite.

(Musée du Louvre, salle chaldéonne.)

(D'après Heuzey, Découvertes en Chaldée. PL 24 bis.)

santés... D’après ses caractères généraux, je crois pouvoir la placer vers l’époque de Goudéa, peut-être même un peu plus tard (1). »

J’ajouterai que la façon dont les mains sont traitées, la musculature des avant-bras et le modelé des coudes l’apparentent avec les statues du célèbre patési de Sirpoula.

(1) H EUZEY, loc. cil., p. 246.

LE NU DANS L’ART

Il convient de rapprocher de celte statuette le fragment d’un petit basrelief en pierre dure de la déesse Nin-goul. La déesse est représentée assise, vêtue de la robe à franges étagées (fig. 476). « Le profil au nez parfaitement droit, la chevelure tombant derrière les épaules, la tête couronnée •d’un étroit bandeau d’étoffe, sont détaillés avec un art délicat et montrent

sous quels traits particuliers les artistes concevaient alors le type de la beauté féminine (1). » Or, ce type est en tous points remarquable. Notons que, sur la tête en bas-relief vue de profil, l'œil n’est point vu de face comme sur les bas-reliefs signalés plus haut, mais il est dessiné en un profil très régulier.

Le même type est reproduit sur un bas-relief de terre cuite d’assez grande proportion. « C’est une figure de femme debout, les deux mains levées, dans l’attitude de la supplication... La chevelure ondulée, couronnée d’un étroit bandeau d’étoffe, tombe derrière les épaules en masse épaisse... La saillie du relief est vigoureuse, tandis que le modelé l'este à l’état d’ébauche. On sent une main rapide et sûre, qui arrive à la vérité simplement, fortement, sans affectation d’élégance. Le travail sommaire de l’argile ne fait que mieux ressortir le beau caractèi’e de la haute époque chaldéenne (2). » La tête d’une petite statuette en albâtre de femme assise, bien que d’un style plus lourd et plus archaïque, n’en est pas moins très réussie (fig, 477), Le nez épointé laisse deviner une courbe légère. Les traits sont lins, la face pleine. Autour de sa tête, une écharpe roulée en couronne, sorte de tortil, serre la chevelure qui s’étale dans le dos en nappe ondulée, d’après le bon goût de simplicité qui caractérise les hautes époques (3). Il nous faut aussi signaler une petite tête en calcaire de même style,

(1) Hcuzby, loc. cil., p. 14.0.

(2) Ibid., p. 348.

(3) Ibid., p. 226.

La déesse Nin-goul.

(Bas-relief de stéatite noire.)

(Musée du Louvre.) (D'après le Catalogue des Antiquités chaldéennes, par L. Heozey.J

ART CHALDÈIÎN

malheureusement un peu mutilée, mais dont on peut apprécier néanmoins la belle construction et la rare finesse de modelé (fig. 463 C). 11 y a lieu de citer également une petite tète à face un peu lunaire dont les yeux énormes sont excavés pour recevoir une matière différente, mais dont le nez est fin et droit, et dont la bouche est finement dessinée (fig. 478).

C’est au sujet de la tète précédente (fig, 463) que Heuzey fait la remarque suivante : ï 11 est certain que, si une tète sem-

Fig. 477. — Femme te>ant l'.aryballe.

Fig. 478. — Tête de statuette féminine.

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