‹ Nouvelle anatomie artistique du corps humainChapitre 65 sur 81 · CHALDÉENNE · texte numérisé non relu

CHALDÉENNE

(.Albâtre poli, n® S9 du Catalan ae.)

(Musée du Louvre.)

blable, du même travail fin et consciencieux, nous était venue d’Italie ou même de Grèce, personne n’aurait songé, malgré sa face un peu plate et son menton carré, à la revendiquer au nom de l’art cbaldéen. Le nez seul qui manque pouvait donner un caractère ethnographique plus marqué. » Les arts primitifs, témoin l’art égyptien, ont excellé plus rapidement et plus complètement dans la représentation de la tête que dans la figuration du corps nu tout entier, véritable pierre d’achoppement, avec les extrémités, mains et pieds, comme difficulté ultime. Mais il y a mieux ici et

LE NU DANS L’ART

1 art chaldéen semble, dans ses lointaines origines, avoir triomphé de la difficulté suprême que représente le nu féminin.

Le Louvre possède une figurine de jeune femme nue allaitant debout son enfant, d’un stjle tellement perfectionné et d’une si rare délicatesse, que tout d’abord il semble, ainsi que le fait remarquer Heuzej, que seul le contact de l’art grec ait permis d’atteindre un tel résultat (fig. 479 et 480).

Mais Heuzej démontre qu’en j regardant de près, on est bien forcé de reconnaître un tjpe purement asiatique, n On retrouve là, dans une tête qui n’a pas plus de deux centimètres de hauteur, tous les traits qui caractérisent les grandes figures imberbes des bas-reliefs assyriens, et le détail est d’une telle netteté que l’on serait tenté de croire que le premier estampage a été exécuté sur un petit modèle en pierre dure ou de métal ciselé.

« La chevelure, finement striée, encadre le front d’une ligne d’ondulations presque imperceptibles et tombe derrière les oreilles en deux masses de petites boucles.

Les sourcils, qui se rejoignent, ont leur épaisseur soigneusement marquée, au-dessus de l’arcade sourcilière, par un second trait, détail minutieux, mais caractéristique, des figures assyriennes et babyloniennes. Il faut tourner la figure de profil pour apercevoir la courbe du nez, légèrement arquée, mais un peu altérée par le moule, la découpure des lèvres r etroussées et la vive saillie du menton sur les lignes P lus molles qui arrondissent le galbe du visage. Pour le reste du corps, bien que plusieurs parties, comme les bras et l’enfant qu’ils portent, ne soient pas bien venues à l’estampage, les formes du nu, surtout le ventre, les jambes, les genoux, sont modelées

Fig. 480. — Photographie DE LA PE¬ TITE TERRE CUITE DONT LA FIGURE PRÉCÉDENTE RE¬ PRODUIT UNE GRA¬ VURE.

Fig. 479. — Femme nue A l'enfant.

Figure chaldéeiine de terre cuite.

(Musée du Louvre.) (D’après Figurines antiques de terre cuite ^ par L Heüzey. pi. 2, fig. Z.)

ART CHALDEEN

avec un naturel jusque-là sans exemple dans tout l'ancien art oriental et aussi dans l’art égyptien. L’attitude conserve quelque chose de la symétrie archaïque; cependant, les jambes ne sont pas tout à fait sur la même ligne; on remarque surtout, dans l’inclinaison expressive de la tête, une heureuse intention de mouvement (1). >'

Qu’il nous soit permis d’insister sur le très souple et savant modelé du ventre que la petite photographie ci-jointe met bien en valeur (fig. 480).

11 faut le comparer aux nombreux dessins que nous avons donnés dans le volume 11 de cet ouvrage pour en comprendre le naturalisme habilement interprété.

Et cette si curieuse petite figure d’argile n’est pas isolée. Un second exemplaire du même type a été trouvé par M. de Sarzec à Tello.

L’on sait le rôle important que jouent, dans la morphologie féminine, ces amas graisseux nettement localisés en des

régions de prédilection et qui prennent quelquefois un développement si considérable (voy. vol. 11, p. 71). 11 arrive toutefois, chez des sujets jeunes et dans certains cas particuliers, que ces « localisations graisseuses » ne sont guère développées ou mieux se fondent dans le pannicule adipeux environ-

Fig. 481. — Figurines en terre cuite de l.v collection DE Morgan.

La collection de Morgan au Musée du Louvre renferme un grand nombre de statuettes de terre cuite se rattachant au type de la Vénus babylonienne. 11 y a lieu d'y établir plusieurs catégories. Dans une première, dont les principaux spécimens sont groupés ici, les mains sont croisées sous les seins ou au niveau de la taille ; la nudité est chaste, l’abdomen est finement modelé avec un ou deux plis sous-ombilicaux. Le mont de Vénus est modéré. Pas d’exagération du bassin.

(1) Heuzev, Catalogue des figurini'x antiques en terre cuite, p. 31.

Ll^ NU DANS L’ART

nant. Le type qui en résulte, simple et harmonieux, est celui dont la Grèce a doté ses Vénus. N’esl-il pas curieux de constater que, sous ce rapport, l’art grec a été devancé par le génie chaldéen? Tout au plus des formes un peu rondes et pleines rappellent l’embonpoint cher à l’Orient. D’autres statuettes de la même époque, d’un style moins parfait, mais entièrement dépourvues aussi de localisations graisseuses, confirment sur ce point particulier l’idéal conçu par l’art de l’ancienne Chaldée. On peut même en signaler quelques-unes qui perdent, avec les localisations graisseuses, l’ampleur même du bassin (1).

A très peu d’exceptions prés, la nudité féminine, sur ces statuettes, est pure et chaste ; le mont de Vénus est traité discrètement, et parfois avec beaucoup de finesse. Elles ne semblent pas d’ailleurs se rattacher au type de la déesse nourrice, car les mains sont ou croisées sur le devant du corps, suivant l’usage chaldéen, ou reproduisant tout autre geste. Dans les figurines de la collection de Morgan un certain nombre se rattachent à ce type. Nous les avons groupées figure 481.

Toutefois, une de ces petites figurines, reproduite dans le Catalogue des antiquités chaldéennes d’Heuzey p. 460, fig. 244, avec la taille fine, les hanches modérées, l’abdomen finement modelé elles cuisses charnues, rappelle les formes dont l’art égyptien a doté son idéal féminin, avec quelque chose de moins rigide et de plus voluptueux (fig. 482). Elle se presse les seins des deux mains pour en faire jaillir le lait. Par ce dernier trait et par les tendances générales de l’exécution, elle sert pour ainsi dire de transition avec toute la série des statuettes impudiques consacrées à la Vénus d’Orient, et que Léon Heuzey décrit comme il suit ;

« Ces petites terres cuites montrent le réalisme oriental s’exagérant sous l’influence lascive des cultes nationaux. Ce sont de petites idoles plates, d’un caractère à la fois hiératique et indécent, représentant des femmes

(1) PI. 39, n“ 10, in Découvertes en C/ialdéc par Ernest de Sarzec, ouvrage publié par les soins de Léon Heuzey. Quelques figurines ou fragments de figurines dans une vitrine du Louvre, avec cette seule indication ; Ex-voto de temples (région

FeMSIB nue les .M.YINS A LA POITRINE.

'l'erre cuite rougeâtre.

(Musée du Louvre^ n» 2U.)

ART C II A L D É li N

qui portent leurs deux mains à leur poitrine. Elles sont le plus souvent nues, quoique chargées de parures, avec des proportions élaigics où domine l’expression de la maturité et de la force. L étrangeté de ces contrastes, qui blessent notre sens esthétique et moral, pioduit plutôt sur nous l’impression du grotesque et nous donne 1 idee d’une sorte de caricature de la Vénus antique ; mais c est là une fausse apparence que la science doit s elTorcer de détruire.

« Le type le plus caractérisé de cette classe est une déesse nue, debout les jambes assemblées dans une pose symétrique. Elle presse des deux mains sa poitrine pour en faire jaillir le lait. Les traits du visage procèdent du même type oriental que celui de la déesse précédente (voy. fig. 479 et 480), mais avec une certaine affectation, surtout dansl’expression du sourire et dans l’allongement des yeux relevés vers les tempes. Le corps est robuste et trapu, les épaules et les hanches sont développées à l’excès, les plis des genoux fortement indiqués, et les signes qui marquent la force de l’âge accusés avec une exagération significative. Une parure multiple charge ces formes outrées, dont l’effet touche au ridicule. Elle se compose d’une sorte de haute stéphané striée en sens divers, de boucles d’oreilles, d’un étroit collier qui porte suspendue une étoile à huit rayons, d’une plaque rectangulaire attachée sur la poitrine par des chaînes croisées, enfin de plusieurs anneaux auteur des poignets et des chevilles (1) (fig. 483). » Le Musée britannique possède un certain nombre de ces curieuses figurines (fig. 484).

Une vitrine plate de la collection de Morgan, au Louvre, réunit une grande quantité de petites figures en terre cuite. Nous en avons déjà signalé quelques-unes (fig. 481) mais il y a lieu d’y revenir, car à côté du

de Bagdad), dont une debout sur la croupe de deux animaux couchés est particulièrement longue et élancée. Une statuette bronze (n» 149, musée du Louvre, Antiquités assyriennes, par Pottier), se rattache à ce dernier type.

(1) Catnloijue des figurines antiques, p. 32.

Fig. 483.

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