‹ Nouvelle anatomie artistique du corps humainChapitre 9 sur 81 · PI. XV · texte numérisé non relu

PI. XV

PÉRIODE PRIMITIVE

atténuée des saillies claviculaires. Le cou est barré transversalement par le méplat du sterno-mastoïdien, dont l’attache inférieure mal placée ne concorde pas avec la rotation du cou. Ce contresens anatomique a été maintes fois reproduit aux époques suivantes. Mais c’est sur les membres que le modelé est le plus curieux. La face palmaire des avant-bras est rayée de deux sillons longitudinaux qui rappellent la forme des muscles de la région et, sur les bras, un relief trop reporté en dehors n’en représente pas moins fidèlement le biceps vu sur le profil du membre. Les genoux montrent, en avant, la rotule très schématisée d’une façon qui rappelle un peu l’art assyrien, mais la face interne, uniforme et saillante, se continuant avec la face interne du tibia, est très proche de la nature, pendant que la face externe aplatie voit naître les modelés des muscles de la jambe. Ces derniers muscles, à la région externe, sont figurés avec une remarquable exactitude, très correctement observée dans la suite. En son milieu, c’est la longue et étroite saillie des muscles péroniers, terminée en bas par la malléole externe, bordée en arrière par le bord externe du soléaire isolé du jumeau externe. Mais autant l’analyse anatomique de cette face externe est aisée, autant la face interne pose un problème que nous n’avons point résolu. On peut considérer que la malléole interne a été copiée sur l’externe, ce pourquoi elle ne se continue pas, comme cela devrait être, avec la face interne du tibia, mais pourquoi se termine-t-elle en haut en pointe effilée? Et que signifie ce long fuseau marqué d’un sillon à son centre et qui occupe le milieu de la région? Il ne répond certainement à aucune donnée anatomique, et nous ne voyons pas, dans les arts contemporains, à quelle forme mal interprétée il pourrait se rattacher. C’est une invention de l’artiste dont des découvertes nouvelles pourraient peut-être donner la raison.

C’est déjà beaucoup que l’artiste primitif ait su noter, avec tant d’exactitude pour la face externe, les différences qui existent dans le modelé des deux jambes suivant qu’on les voit en dehors ou en dedans.

Par contre, les deux pieds, sommairement profilés, sont également vus par la face interne et montrent le pouce. C’est là une incorrection bien souvent reproduite plus tard.

Ces mêmes détails de modelé s’observent sur tous les autres personnages de tailles variées qui garnissent les deux faces de cette remarquable palette.

En terminant, je signalerai la facture des oreilles, toujours grandes et rappelant le faire des plus anciens bas-reliefs chaldéens.

LE NU DANS L’ART

Il faut noter enfin les proflls des porteurs d’enseigne, dont les deux bras partent d’une épaule projetée en avant du torse et surtout ceux des deux gardiens qui tiennent en laisse les animaux au long cou. L’épaule, suivant une habitude dont nous constaterons plus loin la fréquence dans 1 art égyptien, est comme décrochée en avant et devient le point de départ des deux membres supérieurs (fig. 274 à 283).

Si, d’autre part, l’on considère le caractère nettement assyrien des animaux sculptés sur le revers de cette palette, on est conduit à considérer cette figure royale comme un affranchissement de l’influence babylonienne et une tentative heureuse vers la réalisation d’un idéal franchement égyptien.

Les panneaux en bois du Musée du Caire qui représentent un nommé Ilosi debout et assis sont connus depuis longtemps, mais ce n est que depuis peu qu’on les rattache à ces lointaines époques et ils viennent se placer tout naturellement après la figure que nous venons d’étudier. En outre qu’ils sont d’une exécution très remarquable, « jamais, dit M. Maspero, on ii’a taillé le bois d’unemain plus ferme et d’un ciseau plus délicat » (1). Us marquent une date dans l’histoire du bas-relief égyptien, car on y voit se préciser d’une façon définitive pour ainsi dire la formule déjà esquissee sur la palette du roi Narmer et qui se maintiendra telle tout le temps que durera la civilisation égyptienne. Or, dans les limites étroites de cette formule, il est intéressant de relever, dès maintenant, les accents de nature et de vérité par lesquels l’artiste a su, dés cette lointaine époque, marquer son œuvre et qui, dans la suite, ne se retrouveront pas toujours notes avec

autant de sincérité et de succès (fig. 19).

Au cou, par exemple, le relief vertical du sterno-mastoidien reproduit très heureusement le modelé de ce muscle dans la rotation de la tête. Si les saillies claviculaires sont, comme sur beaucoup de statues, traitées d’une façon trop sèche et uniforme, du moins leur modelé subit-il une inflexion qui se rapproche de la forme naturelle. Il faut remarquer la saillie des deltoïdes, de l’angle sternal (détail anatomique délicat), du grand pectoral gauche, près du profil antérieur, le seul noté, suivant un usage qui se perpétuera, de la hanche droite et le dessin de l’ombilic au milieu du relief de l’abdomen.

Les membres sont modelés avec un égal bonheur.

(1) Maspéuo, Archéolo'jie égyptienne, p. 203.

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Les profils et les modelés des deux bras, chacun dans une position différente, sont délicats et bien observés. A droite, on note sur le dos du bras la saillie du triceps, au coude l’olécràne avec la dépression épicondjlienne, puis, à l’avantbras, les reliefs distincts des muscles épicondyliens et des extenseurs. A gauche, le biceps se dessine régulièrement, mais la saignée est indistincte, et, sur l’avantbras dont les contours sont fort justes, le sillon en méplat de la face antérieure est exactement représenté. Enfin les mains, pierre d’achoppement de l'art égyptien à toutes les époques, montrent pour le moins correctement l’une le dos, l’autre les doigts repliés dans la paume, le pouce comme toujours étant appliqué au bord externe de l’index.

Les membres inférieurs ne sont pas moins exacts. La rotule se compose de deux saillies superposées dont l’inférieure s’appuie sur les plateaux du tibia. Elle est surmontée du gros relief musculaire de la cuisse marqué ici d’un petit relief oblique, détail qui se rapproche de la nature, qu’on trouve reproduit sur les bas-reliefs

Fjg. 19. — P.\nnh:au en bois sculpté d'un nommé Hosi. (Égypte primitive. Musée du Caire.)

{Phot. E. Brugsch-Pacha.)

LE NU DANS L'ART

de l’Ancien Empire (fig. 74, 75 et 76), mais qui n’a pas prévalu dans la suite.

Les genoux ne se ressemblent pas, l’un étant vu en dehors, 1 autre en dedans. L’artiste a fort justement noté la face interne soulevee par un relief uniforme, pendant que la face externe est aplatie dans son ensemble marquée d’une faible saillie en son milieu. Ces différences n’ont pas toujours

dans la suite été aussi bien observées.

Les jambes se distinguent par des modelés appropriés suivant quelles montrent la face externe ou la face interne. En dedans, c’est le jumeau interne, le soléaire qui remonte très haut, suivant une mode dont 1 art égyptien ne se départira pas, enfin la face interne du tibia aboutissant a la malléole interne trop menue; en dehors, c’est le jumeau externe, les péroniers et le groupe des muscles antérieurs.

Les pieds sont également modelés différemment. Sur le gauche, vu parle dedans, on distingue la gouttière calcanéenne et le relief musculaire du bord interne distinct du dos du pied; sur le droit, vu en dehors, la saillie du bord externe longe le sol et, au-dessus, le pédieux confond son relief avec celui du dos du pied. Mais, fait singulier et qui se retrouvera fréquemment, les deux pieds montrent le pouce.

Ces oppositions dans le modelé des deux membres inférieurs dénotent une juste observation de la nature qui ne sera guère dépassée. Hosi présente des proportions élancées qui montrent que les proportions courtes ne sont pas exclusivement réservées aux périodes primitives.

De plus, les disproportions qui se voient ici, membres supérieurs trop longs par rapport au torse, jambe trop longue par rapport à la cuisse trop courte — disproportions déjà observées sur la grande figure de la palette d’Hiérakonpolis — se perpétueront tout le long de 1 art égyptien.

Les quelques rondes-bosses qui datent de cette même époque sont loin d’avoir la valeur des bas-reliefs que nous venons d’étudier.

M. Naville a décrit une statuette en basalte de la collection Mac Grégor qu'il considère comme la plus ancienne figure égyptienne connue (fig. 20). Elle offre comme les statuettes d’ivoire découvertes à Hiérakonpohs par M. Quibel et d’autres encore tous les caractères obligés de l’archaïsme, rectitude et symétrie absolue, bras étendus collés sur le côté, etc., caractères qui ne témoignent que de l’évolution incomplète du développement artis-

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tique, commune à tous les temps et à tous les pa^ s et qui en conséquence ne sauraient caractériser aucun d’eux. Mais on peut noter sur la statuette Mac Grégor deux'traits qui s’éloignent de l’archaïsme banal pour caractériser le type égyptien : c'est l’amincissement de la taille, joint à la carrure des épaules.

La statuette en basalte fort bien conservée est, malgré son poli, d’un

faire grossier et sans délicatesse. Les statuettes d’ivoire découvertes par M. Quibell à lliérakonpolis et conçues sur le même type, dénotent, malgré leur détérioration, une plus grande habileté et plus de savoir dans

Fifi. 20.

b. Statuetth e.v ijasalte de la collection du Révérend Mac Grégor A Tamworth.

(D'après Navii.le, Recueil des travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptienne et assyrienne, par Maspéro, année 1900, p. 65.)

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