‹ Nouvelle bibliothèque d'un homme de goût, entièrement refondue, corrigée et augmentée, contenant des jugemens tirés des journaux les plus connus et des critiques les plus estimés, sur les meilleurs ouvrages qui ont paru dans tous les genres, tant en France que chez l'étranger jusqu'à ce jour:Chapitre 140 sur 240 · VOYAGES · texte numérisé non relu

VOYAGES

. RiÈN n'est pins agréable que de parcourir l'univers du fond de son cabinet ; c'est à quoi servent les: yayages. On distingue des voyageurs par terre et des voyageurs par mer : la plupart des voyageurs par terre suivent , ponr leur commodité , les chemins les plus fréquentés;^ et , à quelque.cbose près, paroissent se copier les uns les autres , parce qu'ils sont obligés de nous entretenir de^ mêmes objets ; les voyageurs par mer sont ordinairement plus neufs et plus intéressans, parce qu'ils font souvent des découvertes importantes , et trouvent de nouvelles nations dont les mœurs , les usages y le carac« tère , etc. , si diflférens de ce que nous voyons en Europe 9 sont en droit de piquer notre curiosité et de fixer notre attention. Les premiers, en/occupant de ce qu'ils voient parmi les nations policées , n'ont jamais à nons offrir que les préjugés , les erreurs , les passions et les diverses connoissances des peUj^; ' i plus ou moins anciens , plus ou moins ci

lises ; et malgré toutes leurs observations , me parviennent qu'à connoitre l'homme de la société , et jamais Thômme de la nature : ils ne voient partout que des êtres dégénérés et corrompus dans, le physique et dans le moral ; ils parviennent à se persuader que l'homme est naturellement méchant , parce qu'ils n'en ont presque vus que de tels*, et t finissent souvent , grâce à ces mauvais e>cemples 5 par devenir eux-mêmes plus méchans et plus corrompu», et n'acquérir quelques lumières qujaux dépens de la vertu ; les seconds 5 allant découvrir des nations nouvelles , seroient souvent plus apportée d'étudier des êtres qui sont b*eaucoup plus près que nous de l'état primitif, et d'en tirer des notions qui porteroient un grand jour dans Thistoiré de l'homme ; mais la plupart ne sont que des marins grossiers , qui ne se réjouissent à la vue d'une terre nouvelle , que parce qu'ils y trouveront du repos , desjrafraîchissemens , des femmes , et des moyens de ré% parer leurs vaisseaux pour se rembarquer, sans s'amuser à faire des observation^ sur des peuples qu'ils méprisent.

D'autres ne cherchent dans le» contrées éloignées , que de« objets ^e eommetce :

d'autres ja*ont pour but que de perfectionner la géographie , ou de faire des décomvertes relfitives à quelques autres sciences : les tms remarquent superficielleinent quel* ques usages , font quelque attention à la figure 9 aux vêtemens des peàples ; les autres jettent un coup d'oeil sur les productions du $Qh Quelquesphilosophesfont aussi ^ de temps en temps ^ leurs observations; mais pour bien çonnoître les peuples, il faudroit vivre avec eux , avoir le courage d'adopter ^ pendant quelque temps , leurs usages , 4e se conformer à leurs mœurs pour s'attirer leur confiance et entrer dans leur familiarité. Quoi- . que peu de voyageurs aient étë capables dune telle résolution , il y a J)eaucoup à profiter de la lecture réfléchie de leurs relations.

§ P^ TRAITÉS PRÉLIMINAIRES SUR LES VOYAGi;S.

Page 1