VOYAGES
. RiÈN n'est pins agréable que de parcourir l'univers du fond de son cabinet ; c'est à quoi servent les: yayages. On distingue des voyageurs par terre et des voyageurs par mer : la plupart des voyageurs par terre suivent , ponr leur commodité , les chemins les plus fréquentés;^ et , à quelque.cbose près, paroissent se copier les uns les autres , parce qu'ils sont obligés de nous entretenir de^ mêmes objets ; les voyageurs par mer sont ordinairement plus neufs et plus intéressans, parce qu'ils font souvent des découvertes importantes , et trouvent de nouvelles nations dont les mœurs , les usages y le carac« tère , etc. , si diflférens de ce que nous voyons en Europe 9 sont en droit de piquer notre curiosité et de fixer notre attention. Les premiers, en/occupant de ce qu'ils voient parmi les nations policées , n'ont jamais à nons offrir que les préjugés , les erreurs , les passions et les diverses connoissances des peUj^; ' i plus ou moins anciens , plus ou moins ci
lises ; et malgré toutes leurs observations , me parviennent qu'à connoitre l'homme de la société , et jamais Thômme de la nature : ils ne voient partout que des êtres dégénérés et corrompus dans, le physique et dans le moral ; ils parviennent à se persuader que l'homme est naturellement méchant , parce qu'ils n'en ont presque vus que de tels*, et t finissent souvent , grâce à ces mauvais e>cemples 5 par devenir eux-mêmes plus méchans et plus corrompu», et n'acquérir quelques lumières qujaux dépens de la vertu ; les seconds 5 allant découvrir des nations nouvelles , seroient souvent plus apportée d'étudier des êtres qui sont b*eaucoup plus près que nous de l'état primitif, et d'en tirer des notions qui porteroient un grand jour dans Thistoiré de l'homme ; mais la plupart ne sont que des marins grossiers , qui ne se réjouissent à la vue d'une terre nouvelle , que parce qu'ils y trouveront du repos , desjrafraîchissemens , des femmes , et des moyens de ré% parer leurs vaisseaux pour se rembarquer, sans s'amuser à faire des observation^ sur des peuples qu'ils méprisent.
D'autres ne cherchent dans le» contrées éloignées , que de« objets ^e eommetce :
d'autres ja*ont pour but que de perfectionner la géographie , ou de faire des décomvertes relfitives à quelques autres sciences : les tms remarquent superficielleinent quel* ques usages , font quelque attention à la figure 9 aux vêtemens des peàples ; les autres jettent un coup d'oeil sur les productions du $Qh Quelquesphilosophesfont aussi ^ de temps en temps ^ leurs observations; mais pour bien çonnoître les peuples, il faudroit vivre avec eux , avoir le courage d'adopter ^ pendant quelque temps , leurs usages , 4e se conformer à leurs mœurs pour s'attirer leur confiance et entrer dans leur familiarité. Quoi- . que peu de voyageurs aient étë capables dune telle résolution , il y a J)eaucoup à profiter de la lecture réfléchie de leurs relations.
§ P^ TRAITÉS PRÉLIMINAIRES SUR LES VOYAGi;S.