LA C O N D A M I N E
Curieux de donner ànos lecteurs une idée d© l'intérêt que doit inspirer la Relation abrégée d'un Voyage fait dans l'intérieur de l'Amérique méridionale , par le célèbre la ,C<Jndamine, Paris, 1745, ouMaèstrîcbt, 1778, in-8°. , qu'il nous soit permis d'abandonner un moment les sources -oii nous avons coutume de puiser pour emprunter le pinceau de M. Delille , qui remplaça la Gondamine à l'Académie française : « Je ne vous le peindrai pas abandonné au courant de ce fleuve immense ( la rivière des Amazones); ici , heurtant contre des rocs escarpés; là, entraîné par des tourbillons d'eau ; tantôt arrêté par une branche qui traverse son radeau , et suspendu sur les eaux qui décroissent à vue d'joeil ; tantôt franchissant le fameux détroit du Pongo, où les eaux, plus rapides et plus profondes, roulant sous la voûte obscure et tortueuse de ces bords rapprochés , avec un mugissement entendu de plusieurs lieues, lancèrent son radeau comme untraitatra^ vers les saillies des arbres et les pointes me^ naçàntes des rochers.
» Je ne vous le représenterai point, ap.
un trajet de dlnq cents lieues sur la rivière des Amazones, s'enfbnçant dans la rivière de Para, large de trois lieues, échouant contre un banc de vase , obligé d'attendre sept jours les grandes marées , remis à flot par une vague plus terrible que celle qui l'avoit fait échouer , et sauvé par où il devoit périr. Je ne vous peindrai point les tempêtei^ qu'il essuya , les nations inconnues quïl traversa , tous les dangers , enfin , menaçant se& jours 9 tandis que lui , tranquille observateur , seul au milieu de ces déserts, avec trois Indiens maîtres de sa vie , tenoit tour à tour le baromètre , la sonde et la boussole. .. « Les tableaux variés qu'ofiroient à ses yeux les fleuves et leurs bords; là, des animaux inconnus; ici, des plantes nouvelles; tantôt des peuples également bizarres dans leurs parures et dans leurs mœurs , tantôt ld% débris de ces nations , jadis si florissantes^ épars dans des déserts qui furent des Empires; tant d'objets nouveaux exposés en silence k 'ses yeux dans ces immenses solitudes, où I9 philosophie voyageoit pour la première fois^ fout payoit un tribut à sa curiosité. ^
Cette prose harmonieuse et . pittoresque vajat une tirade de beaux vers.
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