‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 3)Chapitre 1 sur 47 · X NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

X NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE

tant de pénitences trompeuses, qui, bien loin de délier les pécheurs, les chargent de nouvelles chaînes. Mais j'espère que Madeleine, ce modèle de la pénitence, dissipera aujourd'hui ces fantômes de pénitens, et amènera au Sauveur des pénitens véritables. Implorons pour cela le secours d'en haut par les prières de la sainte

Vierge.

Le cœur de Madeleine est brise , son visage tout couvert de honte, son esprit profondément attentif dans une vue intime de son état, et dans une forte réflexion sur ses périls. La douleur immense qui la presse fait qu'elle court au médecin avec sincérité; la honte qui l'accompagne fait qu'elle se jette à ses pieds avec soumission; la connaissance de ses dangers fait qu'elle sort d'entre ses mains avec crainte, et quelle n'est pas moins occupée des moyens de ne tomber plus, que de la joie d'avoir été si heureusement et si miséricordieusement relevée.

De là messieurs, nous pouvons apprendre trois dispositions excellentes , sans lesquelles la pénitence est infructueuse. Avant que de confesser nos péchés , nous devons être affligés de nos désordres- en confessant nos péchés, nous devons être honteux de nos faiblesses; après avoir confessé nos péchés, nous devons être encore étonnés de nos périls et de toutes les tentations qui nous menacent.

Ames captives du péché, mais que les reproches de vos consciences pressent de recourir au remède, Jésus a soif de votre salut • il vous attend avec patience dans ces tribunaux de miséricorde que vous voyez érigés de toutes parts à l'entour de ses saints autels • mais il faut en approcher avec un cœur droit. Plusieurs ont une douleur qui ne les change pas, mais qui les trompe; plusieurs ont une honte qui veut qu'on la flatte et non pas quon l'humilie; plusieurs cherchent dans la pénitence d'être déchargés du passé, et non pas d'être fortifiés pour l'avenir : ce sont les trois caractères des fausses conversions. La véritable pénitence a trois sentimens opposés : devant la confession sa douleur lui fait prendre toutes les résolutions nécessaires; et dans la confession sa honte lui fait subir toutes les humiliations qui lui sont dues ; et après la confession sa prévoyance lui fait embrasser toutes les précautions qui lui sont utiles; et c'est le sujet de ce discours. ( Bossuet , Sur l Intégrité de la Pénitence. )

DES PREDICATEURS.

La véritable pénitence fait, avant la confession, embrasser toutes les résolutions

nécessaires.

Plusieurs frappent leur poitrine, plusieurs disent de bouche et pensent quelquefois dire de cœur ce Peccavi tant vanté que les pécheurs trouvent si facile. Judas l'a dit devant les pontifes; Saùl l'a dit devant Samuel; David l'a dit devant Nathan : mais des trois il n'y en a qu'un qui l'ait dit d'un cœur véritable. Il y a de feintes douleurs par lesquelles le pécheur trompe les autres , il y a des douleurs imparfaites par lesquelles le pécheur s'impose à lui-même; et je pense qu'il n'y a aucun tribunal devant lequel il se dise plus de faussetés que devant celui de la pénitence.

Le roi Saùl, repris hautement par Samuel le Prophète d'avoir désobéi à la loi de Dieu , confesse qu'il a péché. « J'ai péché, dit-il, « grand Prophète, en méprisant vos paroles et les paroles du Sei- « gneur; mais honorez-moi devant les grands et devant mon peuple, m et venez adorer Dieu avec moi : » Peccavi; sed nunc honora me coram senioribus populi mei et coram Israël i. Honorez-moi devant le peuple, c'est-à-dire, ne me traitez pas comme un réprouvé de peur que la majesté ne soit ravilie. C'est en vain qu'il dit, j'ai péché ; sa douleur, comme vous voyez, n'était qu'une feinte et une adresse de sa politique. Ah! que la politique est dangereuse, et que les grands doivent craindre qu'elle ne se mêle toujours trop avant dans le culte qu'ils rendent à Dieu ! Elle est de telle importance , que les esprits sont tentés d'en faire leur capital et leur tout. Il faut delà religion pour attirer le respect des peuples : prenez garde, ô grands de la terre, que cette pensée n'ait trop de part aux actes de piété et de pénitence que vous pratiquez. Il est de votre devoir d'édifier les peuples; mais Dieu ne doit pas être frustré de son sacrifice, qui est un cœur contrit véritablement et affligé de ses crimes.

Mais je vous ai dit, Chrétiens, qu'il y a encore une tromperie plus fine et plus délicate par laquelle le pécheur se trompe luimême. O Dieu, est-il bien possible que l'esprit de séduction soit si puissant dans les hommes, que non seulement ils trompent les autres, mais que leurs propres pensées les déçoivent? il n'est que trop véritable. Non seulement, dit Tertullien , nous imposons à la vue des autres, «mais même nous jouons notre conscience : »

* l Reg., xv, 30.

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\ostram quoquc conscient iam ludimus. Oui, messieurs, il y a deux nommes dans L'homme, aussi inconnus l'un à l'autre que seraient deux hommes différens : il y a deux cœurs dans le cœur humain ; l'un ne sait pas les pensées de l'autre, et souvent, pendant que l'un se plaît au péché, l'autre contrefait si bien le pénitent, que l'homme lui-même ne se connaît pas, « qu'il ment, dit saint Gré- « goire, à son propre esprit et à sa propre conscience : » Sœpe sibi de se mens ipsa mentitur. Mais il faut expliquer ceci et exposer à vos yeux ce mystère d'iniquité.

Le grand Pape saint Grégoire nous en donnera l'ouverture par une excellente doctrine, dans la troisième partie de son Pastoral. Il remarque judicieusement à son ordinaire que, comme Dieu, dans la profondeur de ses miséricordes, laisse quelquefois dans ses serviteurs des désirs imparfaits du mal , pour les enraciner dans l'humilité; aussi l'ennemi de notre salut, dans la profondeur deses malices, laisse naître souvent dans les pécheurs un amour imparfait de la justice, qui ne sert qu'à nourrir leur présomption. Voici quelque chose de bien étrange et qui nous doit faire admirer les terribles jugemens de Dieu. Ce grand Dieu, par une conduite impénétrable, permet que ses élus soient tentés, qu'ils soient attirés au mal, qu'ils chancellent même dans la droite voie; ils croient assez souvent que leur volonté leur est échappée, et il les affermit par leur faiblesse; et quelquefois il permet aussi que les pécheurs se sentent attirés au bien, qu'ils semblent même y donner les mains, qu'ils vivent tranquilles et assurés; et, par un juste jugement, c'est leur propre assurance qui les précipite. Qui ne tremblerait devant Dieu? qui ne redouterait ses conseils ? Par un conseil de sa miséricorde, le juste se croit pécheur, et il s'humilie; et, par un conseil de sa justice, le pécheur se croit juste , et il s'enfle, et il marche sans crainte, et il périt sans ressource. Ainsi le malheureux Balnam, admirant les tabernacles des justes, s'écrie, comme touché de l'Esprit de Dieu : « Que mon ame meure de la mort des « justes l ! » Est-il rien de plus pieux que ce sentiment iJ Mais, après avoir prononcé leur mort bienheureuse, il donne aussitôt après des conseils pernicieux contre leur vie : « Ce sont les profondeurs de « Satan : » Altitudines satanœ, comme les appelle saint Jean dans l'Apocalypse. Tremblez donc, tremblez, 6 pécheurs, qu'une douleur imparfaite n'impose à vos consciences; et que « comme il arrive souvent « que les bons ressentent innocemment l'attrait du péché, auquel

1 Num , xxm, 10.

' LES PREDICATEURS.

« ils craignent d'avoir consenti, ainsi vous ne ressentiez en vous* «mêmes un amour infructueux de la pénitence, auquel vous «. croyiez faussement vous être rendus : » lt a pler unique mali inutîliter compunguntur ad justiLiam, sicut plerumque boni innoxle tentantur ad cidpam , dit excellemment saint Grégoire.

Que veut dire ceci, Chrétiens? quelle est, la cause profonde d'une séduction si subtile ? Il faut tâcher de la pénétrer pour appliquer le remède, et attaquer le mal dans sa source. Pour l'entendre, il faut remarquer que les saintes vérités de Dieu et de la crainte de ses jugemens font deux effets dans les âmes : elles les chargent d'un poids accablant, elles les remplissent de pensées importunes. Voici , messieurs, la pierre de touche. Ceux qui veulent se décharger de ce fardeau ont la douleur véritable; ceux qui ne songent qu'à se défaire de ces pensées ont une douleur trompeuse. Ah ! je commence à voir clair dans l'abîme du cœur humain ; ne craignons pas d'entrer jusqu'au fond à la faveur de cette lumière.

Par exemple, il y a de certaines âmes à qui l'Enfer fait horreur au milieu de leurs attaches criminelles, et qui ne peuvent supporter la vue de la main de Dieu armée de ses foudres contre les pécheurs impénitens. Ce sentiment est salutaire; et, pourvu qu'on le pousse où il doit aller, il dispose puissamment les cœurs à la grâce de la pénitence. Mais voici' la séduction : l'ame troublée et malade, mais qui ne sent sa maladie que par son trouble, songe au trouble qui l'incommode plutôt qu'au mal qui la presse. Cet aveuglement est étrange; mais si vous avez jamais rencontré de ces malades fâcheux qui s'emportent contre un médecin qui veut arracher la racine du mal, et qui ne lui demandent autre chose sinon qu'il apaise la douleur, vous avez vu quelque image des malheureux dont je parle. La fêle avertit tous les Chrétiens d'approcher des saints sacremens; s'en éloigner dans un temps si saint, c'est se condamner trop visiblement. Et en effet, Chrétiens, cet éloignement est horrible; la conscience en est inquiète, et en fait hautement ses plaintes. Plusieurs ne sont pas assez endurcis pour mépriser ces reproches, ni assez forts pour oser rompre leurs liens trop doux et leurs engagemens trop aimables : ils songent au mal sensible, et ils négligent le mal effectif; ils pensent à se confesser pour apaiser les murmures, et non pour guérir les plaies de leur conscience, *et moins pour se décharger du fardeau qui les accable que pour se délivrer promptement des

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pensées qui les importunent. C'est ainsi qu'ils se disposent à la pénitence.

On a dit à ces pécheurs, on leur a prêché qu'il faut regretter leurs crimes; et ils cherchent leurs regrets dans leurs livres; ils y prennent leur acte de contrition; ils tirent de leur mémoire les paroles qui l'expriment ou limage des sentimens qui le forment; et ils les appliquent, pour ainsi dire, sur leur volonté, et ils pensent être contrits de leurs crimes; ils se jouent de leur conscience pour se rendre agréables à Dieu. Il ne suffit pas, Chrétiens, de tirer de son esprit, comme par machine, des actes de vertu forcés, ni des directions artificielles. La douleur de la pénitence doit naître dans le fond du cœur, et non pas être empruntée de l'esprit ni de la mémoire; elle ne ressemble pas à ces eaux que l'on fait jouer par machines et par artifice; c'est un fleuve qui coule de source, qui se déborde, qui arrache, qui déracine, qui noie tout ce qu'il trouve; elle fait un saint ravage qui détruit le ravage qu'a fait le péché; aucun crime ne lui échappe : elle ne fait pas comme Saùl qui, massacrant les Amalécites , épargne ceux qui lui plaisent.

Il y a souvent dans le cœur des péchés que l'on sacrifie, mais il y a le péché chéri; quand il le faut égorger, le cœur soupire en secret, et ne peut plus se résoudre; la douleur de la pénitence le perce et l'extermine sans miséricorde; elle entre dans lame comme un Josué dans la terre des Philistins; il détruit, il renverse tout, ainsi la contrition véritable. Et pourquoi cette sanglante exécution ? c'est qu'elle craint la componction d'un Judas, la componction d'un Antiochus, la componction d'un Balaam : componctions fausses et hypocrites, qui trompent la conscience par l'image d'une douleur superficielle. La douleur de la pénitence a entrepris de changer Dieu ; mais il faut auparavant changer l'homme, et Dieu ne se change jamais que par l'effort de ce contre-coup. Vous craignez la main de Dieu et ses jugemens, c'est une sainte disposition; le saint concile de Trente veut aussi que cette crainte vous porte à détester tous vos crimes, à vous affliger de tous vos excès, à haïr de tout votre cœur votre vie passée : il faut que vous gémissiez de vous voir dans un état si contraire à la justice, à la sainteté, à l'immense charité de Dieu , à la grâce du Christianisme , à la foi donnée, à la foi reçue, au traité de paix solennel que vous avez fait avec Dieu par Jésus-Christ, il faut que vous renonciez simplement et de bonne foi à tous les autres engagemens, à toutes les autres alliances, à toutes les paroles données contre vos pre-

mières obligations. Le faisons-nous, Chrétiens? nous le disons à nos confesseurs ; mais nos œuvres diront bientôt le contraire.

« Ah! que ceux-là sont heureux, dit le saint Psalmiste, dont les « péchés sont couverts i ! » C'est , messieurs , la douleur de la pénitence qui couvre à Dieu nos péchés. Mais que j'appréhende que nous ne soyons de ces pénitens dont Isaïe a dit ces mots :« Ils « n'ont tissu, dit ce saint Prophète, que des toiles d'araignées »: Telas araneœ texuenuit ; . . . telœ eorum non erunt in vestimeniumt neqne ope rien tur operibus suis; opéra eorum opéra znutilia,. . . . cogitationes eorum cogitationes inutiles 2: « Leurs toiles ne leur « serviront pas de vêtemens, leurs œuvres ne les couvriront pas ; « car leurs pensées sont des pensées vaines, et leurs œuvres des « œuvres inutiles. » Voilà une peinture trop véritable de notre pénitence ordinaire. Chrétiens, rendons-nous capables de présenter au Sauveur Jésus de dignes fruits de pénitence, ainsi qu'il nous l'ordonne dans son Evangile: non des désirs imparfaits, mais des résolutions déterminées; non des feuilles que le premier tourbillon emporte, ni des fleurs que le soleil dessèche. Pour cela brisons devant lui nos cœurs , et brisons-les tellement que tout ce qui est dedans soit anéanti : « Brisons , dit saint Augustin , ce « cœur impur, afin que Dieu crée en nous un cœur sanctifié : » Ut creetur mundum cor, conteratur immundum. Si nous sommes en cet état, courons, messieurs, avec foi au tribunal de la pénitence; portons-y notre douleur, et tâchons de nous y revêtir de confusion. (Le MEME.)

La véritable pénitence fait subir pendant la confession toutes les humiliations qui

lui sont dues.

C'est une règle de justice que l'équité même a dictée, que le pé cheur doit rentrer dans son état pour se rendre capable d'en sortir. Le véritable état du pécheur, c'est un état de confusion et de honte: car il est juste et très juste que celui qui fait mal soit confondu; que celui quia trop osé soit couvert de honte; que celui qui est ingrat n'ose paraître; enfin que le pécheur soit déshonoré, non seulement par les autres, mais par lui-même, par la rougeur de sont front, par la confusion de sa face, parle tremblement de sa conscience. Le pécheur est sorti de cet état, quand il a paru dans le monde la tête élevée, avec toute la liberté d'un front innocent. Il est juste qu'il rentre dans sa confusion : c'est pourquoi toutes les Ecritures lui

1 Ps. xxx, 1. — « ls., lix, 5, 6, et 7.

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ordonnent de se confondre. Confundimini, conjundimini, domus Israël^'. « Confondez-vous , confondez-vous, maison d'Israël, ■ parce que vous avez péché devant le Seigneur;

Pour bien comprendre cette vérité, disons avant toutes choses ce que c'est que la confusion, et pourquoi elle est due aux pécheurs. La confusion, Chrétiens, est un jugement équitable rendu par la conscience, par lequel le pécheur ayant violé ce qu'il y a de plus saint, méprisé ce qu'il y a de meilleur,trahi ce qu'il y a de mieux faisant, est jugé indigne de paraître. Quel est le motif de cet arrêt ? c'est que le pécheur s'étant élevé contre la vérité même, contre la justice même, contre 1 Etre même qui est Dieu ; dans son empire, à la face de ses lois et parmi ses bienfaits, il mérite de n'être plus, et à plus forte raison de ne plus paraître. C'est pourquoi sa propre raison lui dénonce qu'il devrait se cacher éternellement, confondu par ses ingratitudes ; et afin de lui ôter cette liberté de paraître, elle va imprimer au dehors dans la partie la plus visible, la plus éminente, la plus exposée, sur le visage, sur le front même ; non point à la vérité par un fer brûlant, mais par le sentiment de son crime comme par une espèce de fer brûlant, une rougeur qui le déshonore et qui le flétrit; elle va, dis-je, imprimer je ne sais quoi de déconcerté, qui le défait aux yeux des hommes et à ses propres yeux: marque certaine d'un esprit troublé, d'un courage tremblant, d'un cœur inquiet, d'une conscience convaincue.

Le pécheur superbe et indocile ne peut souffrir cet état de honte, et il s'efforce d'en sortir. Pour cela , ou bien il cache son crime , ou il excuse son crime, ou il soutient hardiment son crime : il le cache comme un hypocrite; il l'excuse comme un orgueilleux; il le soutient comme un effronté. C'est ainsi qu'il sort de son état, et qu'il usurpe impudemment à la face du ciel et de la terre les privilèges de l'innocence ; c'est ainsi qu'il tâche d'éviter la honte, le premier par l'obscurité de son action, le second par les artifices de ses vains prétextes, le dernier par son imprudence. Ainsi au jugement dernier sera rendue aux pécheurs, à la face de tout l'univers, l'éternelle confusion qu'ils ont si bien méritée: là, tous ceux qui se sont cachés seront découvert; là, tous ceux qui se seront excusés seront convaincus; Là, tous ceux qui étaient si fiers et si insolens dans leurs crimes seront abattus et atterrés.

Voici l'oracle de la justice qui lui crie : Rentre en loi-même, pécheur, rentre en ton état de honte; tu veux cacher ton péché, et

! Ezecb., xxxvi, 32.

Dieu t'ordonne de le confesser; tu veux excuser ton péché, et bien loin d'écouter ces vaines excuses, Dieu t'ordonne d'en exposer toutes les circonstances aggravantes; tu oses soutenir ton péché, et Dieu t'ordonne de te soumettre à toutes les humiliations qu'il a méritées. «Confonds-toi, confonds-toi, dit le Seigneur, et porte «ton ignominie : » Ergo et tu conjundere, et porta ignoinîniam

tuarn*.

Ne vous plaît-il pas, Chrétiens, que nous mettions dans un plus grand jour ces importantes vérités ? Ce pécheur, cette pécheresse, pour éviter de se cacher, tâche plutôt de cacher son crime sous le voile de la vertu, ses trahisons et ses perfidies sous le titre de la bonne foi , ses prostitutions et ses adultères sous l'apparence de la modestie. Il faut qu'il vienne rougir non seulement de son crime caché, mais de son honnêteté apparente; il faut qu'il vienne rougir de ce qu'ayant assez reconnu le mérite de la vertu pour la vouloir faire servir de prétexte il ne l'a pas assez honorée pour la faire servir de règle ; il faut qu'il vienne rougir d'avoir été si timide que de ne pouvoir soutenir les yeux des hommes, et toutefois si hardi et si insensé que de ne craindre pas la vue de Dieu : Ergo et tu confundere, et porta ignominiam tuam: « Confonds-toi « donc, ô pécheur, et porte ton ignominie. »

Mais ce pécheur qui cache aux autres ses désordres voudrait pouvoir se les cacher à lui-même : il cherche toujours quelque appui fragile, sur lequel il puisse rejeter ses crimes ; il en accuse les étoiles, dit saint Augustin; ah ! je n'ai pu vaincre mon tempérament: il en accuse la fortune; c'est-à-dire une rencontre imprévue; il en accuse le démon , j'ai été tenté trop violemment ; il fait quelque chose de plus , il demande qu'on lui enseigne les voies détournées où il puisse se sauver avec ses vices, et se convertir sans changer son cœur : « Il dit, remarque Isaïe, à ceux qui regar- « dent : Ne regardez pas; et à ceux qui sont préposés pour voir : « Ne voyez pas pour nous ce qui est droit ; dites-nous des choses « qui nous plaisent; trompez-nous par des erreurs agréables : » Qui dicunt videntibus : Nolite videre; et aspicientibus : Nolite aspicere nobis ca quœ recta sunt ; loquimini nobis placentia • videte nobis errores -, « Otez-moi cette voie, elle est trop droite; ôtez-moi ce « sentier, il est trop étroit : » Auferte a me vlam, declinate a me semitam. Ainsi, par une étrange illusion, au lieu que la conversion véritable est que le méchant devienne bon , et que le pécheur de-

1 Ezech., xvf, 52. — Ms., xxx, 10.

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