‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 3)Chapitre 2 sur 47 · IO NOUVELLE BIBLIOTII LOUE · texte numérisé non relu

IO NOUVELLE BIBLIOTII LOUE

vienne juste, il imagine une autre espèce de conversion, où le mal se change en bien, où le crime devienne honnête, où la rapine devienne justice; et, si la conscience ose murmurer contre ses vaines raisons, il la bride, il la lient captive, il lui impose silence. Ergo et tu ûonfundere : « Viens te confondre, ô pécheur; » viens , viens au tribunal de la pénitence pour y porter ton ignominie; non seulement celle que mérite 1 horreur de tes crimes, mais celle qui doit ajouter la hardiesse insensée de tes excuses; car est-il rien de plus honteux que de manquer de fidélité à son Créateur, a son Roi, à son Rédempteur; et, pour comble d'impudence, oser encore excuser de si grands excès et une si noire ingratitude?

C'est cependant ce que les pécheurs ne cessent de pratiquer au milieu de leurs désordres : s'ils se sentent pressés par les remords de leur conscience, il se retirent comme Adam dans le plus épais de la forêt; s'ils ne peuvent se cacher non plus que lui , ils tachent de s'excuser à son exemple; ils rejettent leur faute sur Eve, sur la fragilité, la complaisance, la compagnie, la tyrannie de l'habitude, la violence de la passion. Ainsi on n'a pas besoin de se tourmentera chercher bien loin des excuses ; le péché s'en sert à lui-même, et prétend se justifier par son propre excès. Quelquefois convaincus en leur conscience de l'injustice de leurs actions, ils veulent seulement amuser ce monde; puis, se laissant emporter eux-mêmes à leurs belles inventions, ils se les impriment en les débitant, et adorent le vain fantôme qu'ils ont supposé en la place de la vérité : « Tant l'homme se joue soi-même et sa propre conscience :» Jdeo nostram quoque conscientiam ludimus.

Dieu est lumière, Dieu est vérité, Dieu est justice. Sous l'empire de Dieu ce ne sera jamais par de faux prétextes, mais par une humble reconnaissance de ses péchés, qu'on évitera la honte éternelle qui eu est le juste salaire. Un rayon très clair de lumière >et de vérité sortira du trône, dans lequel les pécheurs verront qu'il n'y a point d'excuse valable qui puisse colorer leur rébellion , mais au contraire que le comble du crime c'est l'audace de l'excuser et la présomption de lé défendre : Discooperui Esaû , revelavi abscondita e/us, et cela ri non poterh M : «J'ai dé- « pouillé le pécheur; j'ai dissipé les fausses couleurs par les- « quelles il avait voulu pallier ses crimes; j'ai manifesté ses mau- « vais desseins si subtilement déguisés, et il ne peut plus se

1 Jerem., xlix, 10.

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» "couvrir par aucun prétexte; » Dieu ne lui laisse plus que son péché et sa honte.

Il veut que la censure soit exercée , et que les pécheurs soient repris, «parce que, dit saint Augustin, s'il y a quelque espé- » rance de salut pour eux, c'est par là que doit commencer leur » guérison , et s'ils sont endurcis et incorrigibles, c'est par là que » doit commencer leur supplice. »

Cherchez donc des amis et non des flatteurs, des juges et non des complices, des médecins et non des empoisonneurs; ne cherchez ni complaisance, ni adoucissement, ni condescendance; venez, venez rougir, tandis que la honte est salutaire; venez vous voir tels que vous êtes, afin que vous ayez horreur de vousmêmes, et que, confondus par les reproches, vous vous rendiez enfin dignes de louanges.

Et toi, pauvre conscience captive, dont on a depuis si longtemps étouffé la voix, parle, parle devant ton Dieu; parle, il est temps , ou jamais , de rompre ce silence violent que l'on t'impose. Tu n'es point dans les bals, dans les assemblées, dans les divertissemens , dans les jeux du monde; tu es dans le tribunal de la pénitence; c'est Jésus-Christ lui-même qui te rend la liberté et la voix; il t'est permis de parler devant ses autels. Raconte à cette impudique toutes ses dissolutions; à ce traître toutes ses paroles infidèles, ses promesses violées; à ce voleur public toutes ses rapines; à cet hypocrite qui trompe le monde, les détours de son ambition cachée; à ce vieux pécheur endurci qui avale l'iniquité comme l'eau, la longue suite de ses crimes; fais rougir ce front d'airain , montre-lui tout à coup d'une même vue les commandemens , les rébellions, les avertissemens, les mépris, les grâces', les méconnaissances , les outrages redoublés parmi les bienfaits , l'aveuglement accru par les lumières, enfin toute la beauté de la vertu , toute l'équité du précepte avec toute l'infamie de ses transgressions, de ses infidélités et de ses crimes. Tel doit être l'état du pécheur quand il confesse ses péchés. Qu'il cherche à se confondre lui-même; s'il rencontre un confesseur dont les paroles efficaces le poussent en l'abîme de son néant, qu'il s'y enfonce jusqu'au centre; il est bien juste, s'il lui parle avec tendresse, qu'il songe que ce n'est que sa dureté qui lui attire cette indulgence, et qu'il se confonde davantage encore de trouver un si grand excès de miséricorde dans un si grand excès d'ingratitude. Pécheurs, voilà l'état où vous veut Jésus : humiliés, confondus, et par les bontés et par les rigueurs, et par les

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grâces et par les vengeances, et par l'espérance et par la crainte.

Mais ceux qui doivent entrer plus profondément dans cet état de confusion, ce sont, messieurs, ces pécheurs superbes qui, non contens d'excuser, osent encore soutenir leurs crimes. « Nous «les voyons tous les jours qui les prêchent, dit l'Ecriture, et «s'en glorifient comme Sodome : » Peccatum suuni sicut Sodoma pt œdicaverunt l. Ils ne trouveraient pas assez d'agrément dans leur intempérance, s'ils ne s'en vantaient publiquement; «s'ils « ne la faisaient jouir, dit Tertullien, de toute la lumière du jour « et de tout le témoignage du ciel: » At enim delicta veslra , et luce oiiini , et noete omni et tota cœli conscientia fruuntur. Les voyez-vous, ces superbes qui se plaisent à faire les grands par leur licence; qui s'imaginent s'élever bien haut au dessus des choses humaines par le mépris de toutes les lois, à qui la pudeur même semble indigne d'eux, parce que c'est une espèce de crainte; si bien qu'ils ne méprisent pas seulement, mais qu'ils font une insulte publique à toute l'Eglise, à tout l'Evangile, à toute la conscience des hommes? Ergo et tu coiijundere : C'est toi, pécheur audacieux, c'est toi principalement qui dois te confondre. Car considérez, Chrétiens, s'il y a quelque chose déplus indigne que de voir usurper au vice cette noble confiance de la vertu. Mais je m'explique trop faiblement : la vertu dans son innocence n'a qu'une assurance modeste; ceux-ci dans leurs crimes vont jusqu'à l'audace, et contraignent même la vertu de trembler sous l'autorité que le vice se donne par son insolence.

Chrétiens, que leur dirons-nous? les paroles sont peu efficaces pour confondre une telle arrogance. Qu'ils contemplent leur Rédempteur, qu'ils jettent les yeux sur cet innocent , juste et pur jusqu'à l'infini , il n'est chargé que de nos crimes. Ecoutez toutefois comme il parle à Dieu. «Vous voyez; dit-il, mes opprobres, vous voyez ma confusion, vous voyez ma honte :» Tu scis improperium meum , et conjusionem meam et reverentiam meam 2. Ah! vous voyez les opprobres que je reçois au dehors ; vous voyez la confusion qui me pénètre jusqu'au fond de lame; vous voyez la honte qui se répand jusque sur ma face. Tel est l'état du pécheur, et c'est ainsi qu'il est porté par un innocent ; et nous , pécheurs véritables , nous osons marcher encore la tête levée. Que ce ne soit pas pour le moins dans le sacrement de pénitence, ni aux pieds de notre Juge. Considérons Jésus-Christ en

» Is., m, 9.— 2Psal., lxviii, W.

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la présence du sien et devant le tribunal de Ponce-Pilate : il écoute ses accusations, et il se condamne lui-même par son silence. Il se tait par constance , je le sais bien ; mais il se tait aussi par humilité, il se tait par modestie, il se tait par honte.

Est-ce trop demander à des Chrétiens que de les prier au nom de Dieu de vouloir comparaître devant Jésus- Christ, comme Jésus-Christ a comparu devant le tribunal de Pilate? L'innocent ne s'est pas défendu ; et nous criminels nous défen-

|jdrons-nous? il a été patient et humble dans un jugement de rigueur; garderons-nous notre orgueil dans un jugement de miséricorde, où nous ne confessons que besoin ? Ah! il a volontiers accepté sa croix si dure, si accablante; refuserons-nous la nôtre

I légère et facile, ces justes reproches qu'on nous fait, ces peines médiocres qu'on nous impose , ces sages précautions qu'on nous ordonne? Cependant les pécheurs n'en veulent pas : les écouter, les absoudre, leur donner pour la forme quelque pénitence, c'est tout ce qu'ils peuvent porter. Quelle est , messieurs, cette pensée? Si la pénitence est un jugement, faut-il y aller pour faire la loi, et pour n'y chercher que de la douceur? Où sera donc la justice ? quelle forme de jugement en lequel on ne veut trouver que de la pitié, que de la faiblesse , que de la facilité, que de l'indulgence? quelle forme de judicature en laquelle on ne laisse au juge que la patience de nous écouter, et la puissance de nous absoudre, en retranchant de son ministère le droit de discerner les mauvaises mœurs, l'autorité de les punir, la force de les réprimer par une discipline salutaire? O sainte confusion, venez couvrir la face des pécheurs! O Jésus , vous avez été soumis et modeste, même devant un juge inique; et vos fidèles seront superbes et dédaigneux, même à votre propre tribunal! Eloignez de nos esprits une disposition si funeste; donnez-nous l'humilité prête à subir toutes les peines; donnez-nous la docilité résolue à pratiquer tous les remèdes. (Le MEME.)

La pénitence e3t incompatible avec l'abattement au péché.

Déjà nous sommes au milieu du carême ; la moitié de la carrière est fournie, bientôt nous touchons au terme; mais sera-ce les mains pleines ou vides de bonnes œuvres? Nous avons jeûné. Examinons-nous bien , et assurons les fruits de notre jeûne, en nous abstenant du péché avec plus de fidélité encore que de l'usage des viandes. A quoi sert de n'en manger 'pas quand nous dévorons la

i -I NolJYJ Ll F. BlftLtOI ni Ql }

substance du pauvre; de ne point l)oire de vin, quand nous nous enivrons de coupables plaisirs, quand nous consumons nos journées entières à des riens, à de profanes et impurs spectacles? On jeûne en pure perte, lorsqu'ensuite on va se souiller par l'assistance au théâtre. Ce n'est pas vous, vous ici présens que j'en accuse: ceux qui le fréquentent ne sont pas ici. Dans une douleur violente, on s'en prend communément au premier venu , et c'est là ce que je fais à ce moment. Que leur revient-il , hélas ! de ces criminels divei tissemens ? Ils y vont prendre leçon de débauche et d incontinence , s'asseoir, comme parle 1 Ecriture, dans une chaire de pestilence *. Oui, bien véritablement chaire de pestilence, d'où s'exhalent des vapeurs mortelles, arène ouverte à tous les vices, foyer ardent comme la fournaise de Babylone, où s'allument les plus dangereuses passions, dont la dévorante activité s'entretient par les regards adultères, les paroles déshonnêtes, les gestes efféminés, les chants d'une musique corrompue; flamme qui n'atteint pas le corps, si vous voulez, mais qui dessèche, consume les affections vertueuses, pénètre lame tout entière, la jette dans une malheureuse insensibilité. Eh! n'est-ce pas la le plus grand des maux, de ne pas sentir son mal, de brûler sans s'en apercevoir? Or, dites-moi, quels fruits relirerez-vous de jeûner , de refuser à votre corps des alimens permis , et d'en permettre à votre ame de défendus? de perdre tout le jour, à quoi voir? l'insolente dégradation de notre espèce, les faiblesses honteuses qui la déshonorent, tous les scandales de l'adultère et de la prostitution produits au grand jour , les opprobres domestiques dévoilés par des représentations trop naturelles. Là, la débauche et l'impiété entrent à la fois dans lame par les yeux, par les oreilles ; et ces infortunes étrangères que vous y déplorez fourniront bientôt la matière à votre propre déshonneur et à vos calamités réelles. Vous jeûnez après cela, me direz-vous ; mais votre ame est empoisonnée de ces perfides alimens. Vous sortez du spectacle pour rentrer dans vos maisons; mais il faut en parlera une épouse, à son fils, à ses domestiques , à ses amis , de la même bouche qui ensuite leur parlera des oracles de nos Prophètes, des instructions que nous donnent nos saints Apôtres, des commandemens de la loi divine. Est-ce donc avec de semblables leçons que vous espérez conserver la chasteté de votre femme, les mœurs d'un fils, d'un domestique, vous les attacher plus étroitement, resserrer les nœuds de l'amitié,

1 Ps. I, 1.

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triompher des préventions ou des ressentimens d'un ennemi? La morale du théâtre s'accordera-t-elle jamais avec la morale de l'Evangile? Moi, je corrige; le théâtre vous corrompt. Je viens ici vous offrir un remède contre les maladies de votre ame; vous allez au théâtre prendre ces maladies. Moi, je comhats les mouvemens déréglés de la nature ; au théâtre, vous les excitez, vous attisez une flamme intérieure contre laquelle je m'applique à vous armer. Si Vun bâtit, et que ï autre détruise , que gagneront-ils ? que de la peine *. Hélas! il ne faut qu'un seul bras pour détruire ce qu'il a fallu des milliers de bras pour construire. Divertissement honteux , que ni les jeunes gens ni les vieillards ne peuvent se permettre sans rougir. Et plût au ciel qu'il n'y eût que delà honte à le faire , bien que ce dût en être assez de cette seule considération pour les en détourner ! Mais ils doivent s'attendre aux châtimens dont l'Evangile menace ceux qui se rendent coupables d'adultère. Il a été dit aux anciens : Vous ne commettrez point d'adultère ; mais moi je dis que quiconque regarde une femme avec un mauvais désir a son sujet, a déjà commis V adultère dans son cœur 2, Au jugement du divin Législateur, le crime de 1 adultère ne consiste pas seulement dans un commerce impur, mais dans un mauvais désir conçu dans le cœur; c'est là l'étincelle qui allume l'incendie. Jésus- Christ coupe la racine pour prévenir le fruit; il attaque le mal à sa naissance pour en arrêter les funestes progrès. Or, c'est là un désordre inévitable ; vous n'irez pas au spectacle sans y tomber. Vous ne commettrez pas le crime réel , mais vous l'avez désiré ; vous êtes adultère dans le cœur. Ce n'est pas l'adultère simplement qui sera puni, mais la concupiscence. Le cœur gâté, le reste du corps est malade.

Il vous en coûtera, nous dit-on , pour y renoncer. J'en dis autant de tous les commandemens de la Loi ; on ne les pratique point sans combat ni sans récompense. Vous ne voyez que la difficulté, et vous vous en effrayez; regardez la récompense , et les difficultés s'évanouiront. Si le navigateur n'envisageait que l'immensité des mers qu'il s'apprête à parcourir, il ne sortirait pas du port. Si le soldat ne pensait qu'aux blessures auxquelles il l'expose, il n'endosserait point la cuirasse. Le premier pense au gain qu'il va fa'ire, et s'embarque; l'autre aperçoit la victoire qui l'appelle sur le champ de bataille et il y court. Ecoutez saint Paul : Le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie produit en nous le poids

! Eccli., xxxiv, 28. — 2 Matth., v, 27.

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éternel dune souveraine et incomparable gloire ' . Il l'appelle léger, en le rapprochantde la récompense. Pensez à la couronne, etvous vous élèverez au dessus de toutes les tentations. L'observation de la Loi est difficile, mais non impossible; autrement Dieu ne vous y soumettrait pas. Mais on aime mieux condamner le Législateur que de s'accuser soi-même, comme ce serviteur infidèle qui dit à son maître : Je vous connaissais pour un homme dur qui recueillez la oh vous ri avez pas semé, et demandez ce 'que vous ri avez point donné 2. Non, Dieu ne demande pas l'impossible. La preuve, c'est que nous avons parmi nous des Chrétiens qui pratiquent par delà même ce qui est commandé. Mais pourquoi nous astreindre à plus de devoirs qu'il n'en fut exigé des anciens ? Sommes-nous d'une nature différente de la leur ? Sommes-nous moins hommes qu'ils ne l'étaient? Jésus-Christ a prévenu l'objection en nous proposant pour terme de nos épreuves le royaume du Ciel. S il y a plus de combats, il y a aussi plus de récompenses. Il n'est pas question ici d'une terre de Chanaan ; c'est le Ciel même que je vous offre en dédommagement. Faut-il s'étonner après cela que là où il y a le plus à gagner, il y ait aussi plus à faire; et que , si la récompense promise à la fidélité est plus magnifique, le châtiment décerné à la prévarication soit plus rigoureux? (Saint Chrysostome, Homélie IV, sur la Pénitence?)

La pénitence ne doit pas être pour nous une occasion de péché.

Malheur à nous, si de ce que nous avons encore du temps pouf fairepénitence, nous en concluons que nous pouvons encore pécher; et si l'excès de bonté de la part de notre Dieu qui est toujours disposé envers nous à la miséricorde , dès qu'il voit le repentir dans notre cœur, ne fait que fournir un prétexte insensé à notre témérité et à notre audace! Malheur à nous si nous devenons méchans à proportion de la bonté de Dieu pour nous! Malheur à nous si nous nous faisons un jeu de retomber aussi souvent dans le péché qu'il lui plaît de nous pardonner nos fautes! Prenons-y garde: si nous ne mettons point de terme à nos crimes, peut-être le temps du salut finira-t-il pour nous. Nous avons échappé une fois à 1 Enfer, gardons-nous bien de nous exposer dorénavant à y être précipités, quand même il nous semblerait que nous aurions encore quelque espérance d'échapper cette seconde fois. Imitons la prudence de

8 ïî Cor., îv, 17.— 2 Afallb , \xiv.

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ces nautoniers qui, après avoir échappé au naufrage, renoncent désormais à courir les mers. C'est en mettant un ternie à notre témérité que nous prouverons que la crainte de Dieu habite dans notre cœur. Et, vous le savez, craindre Dieu, c'est l'honorer; c'est reconnaître qu'il est l'arbitre de nos destinées , c'est faire hommage à sa puissance et confesser notre propre néant. (Tertullien , de la Pénitence.}

Deux choses composent la pénitence : la mortification du corps et l'abaissement de

l'esprit.

Je dis donc qu'il y a deux choses qui composent la pénitence: la mortification du corps et l'abaissement de l'esprit ; caria pénitence est un sacrifice de tout l'homme qui, se jugeant digne du dernier supplice, se détruit en quelque façon devant Dieu. Par conséquent il est nécessaire, afin que le sacrifice soit plein et entier, de dompter et l'esprit et le corps ; le corps par les mortifications, et l'esprit par l'humilité. Et d'autant que le sacrifice est plus agréable lorsque la victime est plus noble, il ne faut point douter que ce ne soit une action sans comparaison plus excellente d'humilier son esprit devant Dieu que de châtier son corps pour l'amour de lui; de sorte que l'humilité est la partie la plus essentielle de la pénitence chrétienne. C'est pourquoi le docte Tertullien donne cette belle définition de la pénitence : « La pénitence , dit-il , c'est la science d'hu- « milier l'homme. » D'où , passant plus outre, je dis que si la vie chrétienne est une pénitence continuelle, ainsi que nous lavons établi par la doctrine de saint Augustin, ce qui fait le vrai pénitent, c'est ce qui fait le Chrétien; et partant c'est en l'humilité que consiste la souveraine perfection du Christianisme. (Bossuet, Panégyrique de saint François de Paul.)

La pénitence nous fait pratiquer les vertus opposées aux vice».

Efforcez-vous d'effacer par vos larmes les taches que le péché a laissées dans votre ame. Pratiquez l'humilité, vivez habituellement dans une sainte tristesse, et surtout attachez-vous à Dieu, afin de mériter de recevoir ses grâces. Un grand nombre de ceux qui avaient entrepris de faire pénitence retournent au péché, parce qu'ils ne voient pas le serpent qui se cache au fond de leur cœur, ou qu'ils ne l'en chassent pas entièrement : pour vous, soyez plus sage. Eloignez tout ce qui est opposé aux vertus. Si quelqu'un

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jeûne et se livre néanmoins à des rires insensés, il est bientôt tombé dans le piège. S'il verse des larmes pendant ses prières, et veut néanmoins passer pour plaisant dans son commerce avec les autres, il n'est pas long-temps sans être renversé. Si vous faites profession de continence, et que cependant vous ne fassiez aucun choix dans vos liaisons, vous n'êtes pas éloigné de votre perte. Celui qui est vraiment touché de repentir ne doit jamais faire un pas en arrière. Il faut qu'il soit toujours tel qu'il était en commençant: s'il rétrograde , c'est une preuve que sa conversion était imparfaite. Les lois humaines opèrent souvent de ces prétendus changemens qui ne proviennent que de la crainte et nullement de la volonté. Prenez garde qu'il n'en soit ainsi de vous. Vous sembleriez dire alors : Je vais changer; mais, si jamais l'occasion s'en retrouve, je redeviendrai ce que j'étais. Gardez-vous de croire qu'il y a des momens pour Dieu, pendant lesquels vous êtes tenu de faire le bien, et aussi des momens pour le démon, pendant lesquels vous pouvez, sans honte et sans remords, vous livrer à vos passions; votre vie ressemblerait alors à celle des héros de comédie, qui changent de rôle selon leur caprice. Soyez sur la place publique tel que vous êtes dans l'Eglise. (Saint Ephrem. ï

De la discrétion qui doit accompagner la pénitence.

On ne me verra donc point répandre des larmes seulement dans l'Eglise, comme si je voulais en tirer vanité et acquérir la réputation d'homme juste. J'en verserai encore davantage dans le secret, et, à l'exemple du Prophète royal, j'arroserai mon lit de mes pleurs. 11 n'est que trop commun que l'on mette de l'orgueil jusque dans sa pénitence; et qu'ainsi, au lieu d'obtenir sa grâce, on ajoute un nouveau péché à tant d'autres. La vraie pénitence n'a pas besoin d'ostentation dans les paroles; elle ne demande qu'une humble confession de ses fautes. Ne soyez ni trop long ni trop court dans cet aveu que vous faites de vos misères : les deux excès sont également blâmables. Etes-vous dans l'assemblée des fidèles , que votre figure ne porte l'empreinte ni de l'abattement ni de la tristesse. N'ayez point non plus en public un visage sombre et sinistre; suivez en tout la modération ; ne soyez ni morose dans l'intérieur de votre maison ni abattu dans les places publiques. Daniel ne perdit rien pour avoir habité Babylone; de même le séjour que vous ferez au milieu des hommes ne pourra vous être funeste, si vous vous entretenez dans une véritable piété. Tobie ne fu

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point réprouvé pour avoir demeuré avec les habitans de Ninive; ni Loth , avec ceux de Sodome. Soyez pur et chaste comme eux , et il ne vous sera point funeste de vous être montré en public, quand la volonté de Dieu le demandait. Le Sauveur ne nous a-t-il pas dit :« Que votre lumière brille aux yeux des hommes, afin « qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père « qui est dans les cieux * ?» (Le même. )

Récompense de la pénitence.

Rien de plus perfide que le monde. On travaille pour lui; et qu'y gagne-t-on?Le seul parti profitable qu'il y ait à prendre, c'est de le mépriser. Pourquoi donc faites-vous si peu d'efforts pour résister à la vanité, et pour marcher dans la carrière d'une pénitence parfaite ? Si , par un sentiment de repentir de vos fautes , et dans la vue de les expier, vous ouvrez votre cœur à la compassion et faites des aumônes , ne craignez rien ; une voix puissante -s'élèvera devant Dieu en votre faveur, et cette voix, ce sera celle de la pénitence. Elle sera , pour vous , comme un acte authentique , au moyen duquel vous réclamerez avec usure ce que vous avec donné au nom de Jésus- Christ. Qui pourrait vous dire la récompense qui vous attend dans le ciel! « L'œil n'a point vu, l'oreille n'a point « entendu, l'esprit de l'homme ne peut comprendre la grandeur « des biens qui vous y sont réservés 2. » (Le même .)

L'ame et le corps doivent participer à la pénitence.

Quand nous commettons le mensonge, notre ame emploie le ministère de notre langue pour le commettre; quand nous nous livrons aux vices honteux de la chair , notre corps n'en est pas moins souillé que notre ame; ainsi tous deux doivent faire pénitence. Si donc vous ressentez au fond de votre ame quelque amertume, il faut commencer par l'en chasser avant que de vous approeher de Dieu. Le médecin ne connaît point la maladie de son malade : il n'en est pas ainsi de Dieu. Il faut que le pénitent connaisse d'abord où il est blessé; et Dieu, comme un médecin, lui dit bientôt : « Commencez par accuser vos péchés; ne passez point « sous silence ceux que vous avez commis, pour en dire d'autres ; «vous feriez tort à vous-même, et vous insulteriez à votre Dieu.

» Malth., x, 27. — * 1 Cor., il, 9.

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« Vous paraissez pénitent; vous gémissez comme Esaii; mais inté- « rieurement la colère vous dévore. » Ce n'est point cette sorte de pénitence que Dieu demande. Il ne faut point garder de la haine contre vos frères, quand vous venez lui demander paidon. Quand vous avez péché, examinez si c'est un péché de l'esprit ou un péché charnel, et faites pénitence à proportion de son énormité. « Le « péché de l'esprit conduit à la mort , » nous dit saint Jean 1. Faites donc pénitence, comme si vous désespériez de votre vie, afin que, par la mort du corps, vous anéantissiez la mort de votre ame, puisque le Sauveur disait à ses disciples : « Celui qui perd la vie « pour moi la trouve 2. » Comment cela se fait-il? c'est que celui qui se résout volontairement à mourir par la pénitence vivra bientôt de la vie de la grâce. (Le même.)

Contre les hérétiques qui nient la pénitence.

- Vous m'objectez : les médecins ne guérissent point les maladies incurables ; de même aussi les prêtres ne remettent pas toutes sortes de péchés. Comment se peut-il faire que quelques uns pensent avoir le droit de lier ou de délier dans l'Eglise de Jésus- Christ toute espèce de péchés? sans doute, il serait impie le prêtre qui entreprendrait de délier ce que Dieu lui-même a lié. Je vous réponds: Il n'appartient qu'à Dieu de rappeler les morts à la vie. Mais il a voulu que la pénitence fût pour les hommes un remède assuré, même contre les maladies incurables. Quoi de plus incurable que la plaie faite au cœur de David par le péché? Cependant la pénitence le guérit si parfaitement, que son ame n'avait pas même conservé la plus légère cicatrice ni la plus petite trace de l'adultère et de l'homicide qu'il. avait commis. Ce ne fut ni par l'entremise des prêtres ni en immolant des victimes, mais par la pénitence seule que Manassès effaça ses impiétés. Malheur aux hérétiques qui disent : Il n'y a point de pénitence. Ils méritent d'être comparés à ces insensés qui disent: Il n'y a point de Dieu. Dire qu'il n'y a point de Dieu , ou anéantir la miséricorde, en disant qu'il n'y a point de remèdes capables de guérir les blessures d'hommes faibles et dénués de secours , c'est une même chose. Dans l'ancienne loi, il y avait une pénitence; et la crainte du supplice était comme un glaive menaçant , qui était sans cesse levé sur la tête des coupables. Et dans cette Eglise de

1 Jonn., v, 20. — « !bi«l., xif, 23.

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Jésus-Christ, où la grâce , ainsi que le soleil , éclaire indistinctement les bons et les méchans, la pénitence n'existerait plus? Non, non: la pénitence est unie à l'Eglise par des liens indissolubles; et pourvu que nous ne nous opiniâtrions point à demeurer dans notre impiété, elle parvient à nous réconcilier avec Dieu et à nous mériter la fvie éternelle. Lui-même, ce Dieu, ne nous a-t-il pas dit qu'il fallait pardonner soixante-dix fois sept fois à ceux qui nous offensent ? Eh quoi! se laisserait-il donc vaincre en bonté par les hommes ses créatures ? Le publicain confessait ses péchés, et son repentir le justifia. Le bon larron en fit de même, et une parole du Sauveur le guérit. Il ne lui restait plus de temps pour pratiquer les remèdes de la pénitence ; mais son cœur, mais sa volonté avait subi un changement si parfait qu'il ne lui manqua que du temps pour embrasser la carrière de la plus parfaite pénitence. De même donc qu'une parole de Dieu suffit pour la condamnation d'un pécheur, de même un seul mot de sa bouche le justifie. (Le même.)

Réponse aux objections.

C'est à vous maintenant que j'adresse la parole, hérétiques qui prétendez anéantir la pénitence. Je vous entends dire qu'après le baptême la pénitence ne peut plus rien. Quoi de plus insensé! Quoi! celui qui, par le baptême, nous a accordé la grâce de l'adoption nous refuserait celle de la rémission de nos péchés ? hérétique, qui que tu sois, nous te disons anathème, à toi qui veux détruire la bonté et la miséricorde de notre Dieu. J'ai une source intarissable, je neveux point de ta sécheresse. Je connais Jésus- Christ , et je juge sans pitié ton iniquité. Ce Sauveur, il est mort pour nous, et il n'intercéderait pas pour nous ! Il ne nous a point rejetés quand nous étions esclaves de l'impiété, et il ne nous recevrait pas, quand nous revenons à résipiscence! Il nous invite, quand nous sommes pécheurs, à venir nous jeter dans ses bras, et, quand nous nous convertissons, il nous repousserait! Oui, ditesvous , il pardonne ; mais une fois seulement. Quoi ! il est père aujourd'hui, et demain ce ne serait plus qu'un ennemi irréconciliable! Non, oh! non : il n'en est pas ainsi ; mon Dieu est invariable. Il veut que nous lui disions tous les jours: « Pardonnez-nous « nos péchés 1. » Il ne peut se refusera nous les pardonner. Com-

1 Matth , vi, 12.

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ment donc pouvez-vous soutenir qu'après le baptême il n'y a plus de pénitence? Gomment? le voici. L'apôtre Paul lui-même nous dit : « 11 est impossible que ceux qui, ayant été une fois éclairés des « lumières de la vérité, sont de nouveau retombés dans le péché, « soient à l'avenir renouvelés pour la pénitence l. » Vous ignorez donc que Paul ne parlait point là de la pénitence, mais d'un second baptême, parce qu'il est impossible que celui quia été une fois baptisé en Jésus-Christ le suit de nouveau. Il n'y a qu'une croix, il n'y a qu'un baptême. Il écrivait alors aux Hébreux, et il voulait leur faire comprendre que le baptême de Jesus-Christ ne ressemblait point à leurs oblations légales, qui pouvaient se réitérer. Ainsi , pour leur en montrer l'excellence et la divinité, il leur dit qu'il est impossible de le recevoir plusieurs fois. ( Le

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