‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostoliqueChapitre 22 sur 40 · ET L'ORGUEIL · texte numérisé non relu

ET L'ORGUEIL

Nous aimons tant l'humilité dans les autres : quand travaillerons-nous à la former clans nous-mêmes? Partout où nous l'apercevons hors de nous, elle nous plaît, elle nous charme. Elle nous plaît clans un grand, qui ne s'enfle point de sa grandeur ; elle nous plaît clans un inférieur, qui reconnaît sa sujétion et sa dépendance; elle nous plaît dans un égal; et quoique la jalousie naisse assez communément entre les égaux, si c'est néanmoins un homme humble que cet égal, et que la Providence vienne à l'élever, nous lui rendons justice, et ne pensons point à lui envier son élévation. Or, puisque l'humilité nous paraît si aimable dans autrui, pourquoi donc, lorsqu'il s'agit de l'acquérir nous-mêmes, et de la pratiquer, y avons-nous tant d'opposition? Quelle diversité, et quelle contrariété de sentimens! Mais voici le mystère, que je puis appeler mystère d'orgueil et d'iniquité : car que fait l'humilité dans les autres? elle les porte à s'abaisser au dessous de nous, et voilà ce que nous aimons : mais que ferait la même humilité dans nous ? elle nous porterait à nous abaisser au dessous des autres , et voilà ce que nous n'aimons pas.

On s'est échappé dans une rencontre: on a parlé, agij mal à propos; c'est une faute; et si d'abord on la reconnaissait, si l'on en convenait de bonne foi, et qu'on en témoignât de la peine, la chose en demeurerait là. Mais parce qu'on veut se justifier et se disculper ; parce qu'on ne veut pas subir une légère confusion , combien s'en attire-t-on d'autres ! Vous contestez, et les gens s'élèvent contre vous : ils vous traitent d'esprit opiniâtre; et piqués de votre obstination, ils prennent à tâche de vous mortifier, de vous rabaisser, de vous humilier. Avec un peu d'humilité, qu'on s'épargnerait d'humiliations !

Il s'est élevé bien des snvans dans le monde, et il s'en forme

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tous les jours. Quelles découvertes n'ont-ils pas faites et ne fontils pas encore? Depuis l'hysope jusqu'au cèdre , et depuis la terre jusqu'au ciel, est-il rien de si secret, soit clans l'art, soit dans la nature, où l'on n'ait pénétré? Hélas! on n'ignore rien, ce me semble, et l'on possède toutes les sciences, hors la science de soimême. Selon l'ancien proverbe, cité par Jésus-Christ même, on disait, et l'on dit encore : Médecin^ guérissez-vous vous-même l ainsi je puis dire: Savans, si curieux de connaître tout ce qui est hors de vous, eh! quand apprendrez-vous à vous connaître vousmêmes ?

. Il est vrai, vous ne parlez de vous que dans les termes les plus modestes et les plus humbles. Vous rejetez tous les éloges que l'on vous donne,* vous rabaissez toutes les bonnes qualités qu'on vous attribue; vous paraissez confus de tous les honneurs qu'on vous rend ; enfin, vous ne témoignez pour vous-même que du mépris. Tout cela est édifiant. Mais, du reste, ce même mépris de votre personne, que quelque autre vienne à vous le marquer, ou par une parole, ou par un geste, ou par une œillade, vous voilà tout à coup déconcerté: votre cœur se soulève, le feu vous monte au visage, vous vous mettez en défense, et vous répondez avec aigreur. Que d'humilité et d'orgueil tout ensemble! Mais tout opposés que semblent être l'un et l'autre, il n'est pas malaisé de les concilier. C'est qu'à parler modestement, et à témoigner du mépris pour soimême, il n'y a qu'une humiliation apparente , et qu'il y a même une sorte de gloire; mais à se voir méprisé de la partdautrui, c'est là que l'humiliation est véritable , et par là même qu'elle devient insupportable.

Humilions-nous, mais sincèrement, mais profondément, et notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talens, mieux que tous les succès que nous pourrions avoir dans les emplois même les plus saints et dans les plus excellens ministères, mieux que tous les miracles que Dieu pourrait opérer par nous : comment cela ? parce que notre humilité sera pour nous une voie de salut beaucoup plus sûre. Plusieurs se sont perdus par l'éclat de leurs talens, de leurs succès, de leurs miracles : nul ne s'est perdu par les sentimens d'une vraie et solide humilité.

Ainsi, vous ne pouvez vous appliquer à l'oraison? Humiliezvous de la sécheresse devotre cœur, et des perpétuelles évagations de votre esprit. Votre faiblesse ne peut soutenir le travail ? Hu-

* Luc, 4.

miliez-vous de l'inaction où vous êtes et du repos où vous vivez. Votre santé ne vous permet pas de pratiquer des austérités et des pénitences? Humiliez-vous des ménagemens dont vous usez et (\es soulagemens dont vous ne sauriez vous passer. De cette sorte, l'humilité sera devant Dieu le supplément des œuvres qui vous manquent, supplément sans comparaison plus méritoire que ces œuvres mêmes. Car au dessus de toutes les œuvres, ce qu'il y a dans le Christianisme de plus difficile, ce n'est pas de faire oraison, ce n'est pas de travailler ni de se mortifier, mais de s'humilier.

Vous vous plaignez de n'avoir pas reçu de Dieu certains dons naturels qui brillent dans les autres, et qui les distinguent; mais surtout vous ajoutez que ce qui vous afflige, c'est de ne pouvoir pas, faute de talent, glorifier Dieu comme les autres le glorifient: illusion. Car si vous examinez bien le fond de votre cœur, vous trouverez que ce qui vous afflige, ce n'est point précisément de ne pouvoir pas glorifier Dieu comme les autres, mais de ne pouvoir pas, en glorifiant Dieu comme les autres, vous glorifier vous-même. Que notre orgueil est subtil, et qu'il a de détours pour nous surprendre ! jusque dans la gloire de Dieu, il nous fait désirer et chercher notre propre gloire.

Quand on voit dans le ministère évangélique un homme doué de certaines qualités , d'un esprit vif, d'un génie élevé, d'une imagination noble, d'une éloquence naturelle, on conclut que c'est un sujet bien propre à procurer la gloire de Dieu, sans examiner d'ailleurs s'il a le fonds d'humilité nécessaire qui doit servir de base à toutes les œuvres saintes et les soutenir. Mais Dieu en juge tout autrement que nous. Car si cet homme manque d'humilité, si c'est un homme vain et présomptueux, on peut dire de lui ce que Samuel dit de chacun des six enfans de Semëi, frères de David et ses aînés : Ce n'est point là celui que le Seigneur a choisi l. Sur qui donc tombera son choix? Sur un homme modeste et humble. Voilà l'homme de sa droite, voilà le digne sujet qu'il emploiera aux plus merveilleux ouvrages de sa grâce, et de qui il tirera plus de gloire. Mais c'est un mérite médiocre, ou, pour ainsi parler, ce n'est rien selon les idées du monde. Je réponds qu'indépendamment de tout autre mérite , il a devant Dieu le mérite le plus essentiel , qui est celui de l'humilité; et de plus j'ajoute que, n'étant rien ou presque rien dans l'estime commune, c'est cela même qui relève davantage la gloire de Dieu, à qui seul il appartient de faire de rien les plus grandes choses.

1 i fteg. 16.

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On peut m'objecter ce que l'expérience, après tout, nous fait connaître, par exemple, de deux prédicateurs; l'un, avec les avantages qu'il a reçus de la nature, réussit beaucoup mieux dans l'opinion du public, et l'emporte infiniment sur l'autre. On goûte le premier, on le suit; au lieu que l'autre, dépourvu des mêmes dispositions et des mêmes dons, travaille dans l'obscurité, et qu'il n'est fait de lui aucune mention. Je sais tout cela ; mais je sais aussi que nous donnons dans une erreur grossière sur ce qui regarde la gloire de Dieu. Nous croyons la trouver où elle n'est pas, et nous ne la cherchons pas où elle est. Etre admiré, vanté, écouté des grands, produit aux yeux des plus nombreuses et des plus augustes assemblées, voilà où nous faisons consister la gloire de Dieu; mais souvent elle n'est point là. Où donc est-elle? dans la conversion des pécheurs, dans l'instruction des ignorans, dans l'avancement et l'édification des âmes; et un bon missionnaire, homme sans nom, sans réputation , mais humble , zélé, plein de confiance en Dieu, vivant parmi des sauvages, parcourant des villages et des campagnes, convertira plus de pécheurs, instruira plus d'esprits simples, gagnera plus d'ames à Jésus-Christ , et les avancera plus dans les voies de Dieu que le plus célèbre prédicateur. Disons en deux mots : l'un fait beaucoup plus de bruit, mais l'autre beaucoup plus de fruit. Or ce bruit ne sert communément qu'à glorifier l'homme, mais ce fruit, c'est ce qui glorifie Dieu.

Un Père a eu raison de dire que le souvenir de nos péchés nous est infiniment plus utile que le souvenir de nos bonnes œuvres. Pour entendre la pensée de ce saint docteur, il faut bien distinguer deux choses, nos actions et le souvenir de nos actions. Or, il n'en est pas de l'un comme de l'autre, et ils ont des effets tout opposés. Nos bonnes actions nous sanctifient ; mais le souvenir de nos bonnes actions nous corrompt, parce qu'il nous enorgueillit : au contraire, nos mauvaises actions nous corrompent; mais le souvenir de nos mauvaises actions sert à nous sanctifier, parce qu'il sert à nous humilier. De là , double conséquence. Pratiquons la vertu ; et dès que nous l'avons pratiquée , que l'humilité nous mette un voile sur les yeux pour ne plus voir le bien que nous avons fait. Et par une règle toute différente, fuyons le péché ; mais quand nous avons eu le malheur d'y tomber, que l'humilité nous tire le voile de dessus les yeux pour voir toujours le mal que nous avons commis. Ainsi nous serons vertueux sans danger ; et ce ne sera pas même sans fruit que nous aurons été pécheurs.

Il y a un monde au dessus de nous , un monde au dessous de

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nous, et un monde autour de nous. Un monde au dessus de nous, ce sont les grands ; un monde au dessous de nous, ce sont ceux que la naissance ou le besoin a réduits dans une condition inférieure à la nôtre; un monde autour de nous, ce sont nos égaux. Selon ces divers degrés, nous prenons divers sentimens. Ce monde qui est au dessus de nous , devient souvent le sujet de notre vanité, et de la vanité la plus puérile. Ce monde qui est au dessous de nous, devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Et ce monde qui est autour de nous, excite plus communément nos jalousies et nos animosités. Il faut expliquer ceci, et reprendre par ordre chaque proposition.

Le monde qui est au dessus de nous, devient souvent le sujet de notre vanité. Je ne dis pas qu'il devient le sujet de notre ambiti ,n : cela est plus rare. Car il n'est pas ordinaire qu'un homme dune condition commune, quoique honnête d'ailleurs, se mette dans l'esprit de parvenir à certains degrés d'élévation et de grandeur. Mais du reste il tombe dans une faiblesse pitoyable : c'est de vouloir au moins s'approcher des grands, de vouloir être connu des grands et les connaître, de n'avoir de commerce qu'avec les grands , de ne visiter que les grands , de s'ingérer dans toutes les affaires et toutes les intrigues des grands , de s'en faire un mérite et un point d'honneur. Ecoutez-le parler, vous ne lui entendrez jamais citer que de grands noms , que des personnes de la première distinction et du plus haut rang, chez qui il est bien reçu, avec qui il a de fréquens entretiens, qui l'honorent de leur confiance, et par qui il est instruira fond de tout ce qui se passe: fausse gloire et vraie petitesse, où, voulant s'élever au dessus de soi-même, l'on se rabaisse dans l'estime de tous les esprits droits et de bon sens!

Le monde qui est au dessous de nous , devient ordinairement F ,bjet de nos mépris et de nos fiertés. Dès qu'on a quelque supériorité sur les autres, on veut la leur faire sentir. On les traite avec hauteur, on leur parle avec empire, on ne s'explique en leur présence qu'en des termes et qu'avec des airs d'autorité ; on les tient dans une soumission dure et dans une dépendance toute servile : comme si l'on voulait en quelque manière se dédommager sur eux de tous les dédains qu'on a soi-même à essuyer de la part des maîtres de qui l'on dépend. Car voilà ce que l'expérience tous les jours nous fait voir : des gens humbles et souples jusqu'à la bassesse devant les puissances qui sont sur leur tête, mais absolus et

fiers jusqu'à l'insolence envers ceux qu'ils ont sous leur domination.

Le monde qui est autour de nous , excite plus communément nos jalousies et nos animosités.On ne se mesure ni avec les grands ni avec les petits, parce qu'il y a trop de disproportion entre eux et nous : mais on se mesure avec des égaux. Et comme il n'est pas possible que légalité demeure toujours entière , et que l'un de temps en temps n'ait l'avantage sur l'autre, de là naissent mille envies qui rongent le cœur, qui même éclatent au dehors, et se tournent en querelles et en inimitiés. Car c'est assez qu'un homme l'emporte sur nous, ou sans qu'il l'emporte, c'est assez qu'il concoure en quelque chose avec nous , pour nous indisposer et nous aigrir contre lui; et n'est-ce pas là ce qui cause entre les personnes de même profession , et jusque dans les états les plus saints, tant de partis et tant de divisions? Etrange injustice où nous porte notre orgueil ! Ayons l'esprit de Dieu, et suivons-le. Conduits par cet esprit de sagesse et d'équité, de charité, d'humilité, nous rendrons au monde que la Providence a placé au dessus de nous, tout ce qui lui est dû, mais sans nous en faire esclave et sans nous prévaloir, par une vaine ostentation, de l'accès que nous aurons auprès de lui. Nous conserverons sur le monde que le ciel a mis au dessous de nous , tous nos privilèges et tous nos droits , mais sans le mépriser, ni lui refuser aucun devoir de civilité , d honnêteté, dune charitable condescendance; et nous vivrons en paix avec tout le monde qui est autour de nous , sans le traverser mal à propos dans ses desseins, ni lui envier le bien qu'il possède.

Des gens de bien , ou réputés tels , se font un prétendu mérite dune sorte d'indépendance qu'ils confondent mal à propos avec l'indépendance chrétienne. S'établir dans une sainte indépendance selon l'Evangile, c'est mourir tellement à toutes choses et à soimême que rien de tout ce qui n'est pas Dieu ne touche l'ame ni ne l'affectionne. D'où vient qu'elle est au dessus de toutes les prétentions, de tous les intérêts, de tous les événemens humains. La prospérité ne l'enfle point, l'adversité ne l'abat point. Elle ne craint que Dieu, elle n'aime que Dieu, elle n'espère qu'en Dieu^ elle ne cherche qu'à plaire à Dieu, et elle verrait ainsi tout l'univers ligué contre elle , qu'elle demeurerait tranquille et en paix dans le sein de Dieu. Ce n'est pas qu'elle veuille par là s'affranchir de certains devoirs envers le monde, de certaines bienséances et de certains égards, ni qu'elle se propose de suppléer seule à tous les besoins , et de n'avoir recours à personne : mais comme en tout

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cela elle n'envisage que Dieu ; qu'elle n'agit que selon le gré de Dieu et qu'avec une pleine conformité à toutes les dispositions de sa providence, rien aussi de tout cela, quelque chose qui arrive, ne l'ait impression sur elle et n'est capable de l'altérer. Telle a été l'indépendance des Saints, et telle est celle du vrai Chrétien. Mais de dire : Je veux prendre des mesures pour ne dépendre de qui que ce soit, parce que la dépendance m'est onéreuse; j'aime mieux vivre dans une retraite entière et dans l'obscurité, sans me mêler de rien , ni avoir part à rien ; j'aime mieux me passer de tout , et n'avoir ni vues , ni desseins , ni espérances , pour ne devoir rien à personne , et pour n'être point obligé à des assiduités et à des ménagemens qui me déplaisent : penser de la sorte, et se conduire suivant ces principes, c'est une indépendance toute naturelle, une indépendance de philosophe, une indépendance d'orgueil. Dieu veut au contraire qu'il y ait entre nous un rapport mutuel et continuel; que nous ayons affaire les uns aux autres, que nous nous demandions et nous prêtions secours les uns aux autres ; que nous sachions nous assujétir, nous captiver, nous faire violence les uns pour les autres. Voilà l'ordre de sa sagesse, et c'est ce qui entretient la subordination, ce qui maintient la charité et l'union , surtout ce qui rabaisse notre présomption, enfin ce qui nous fait mieux sentir la grandeur du Dieu que nous adorons , puisqu'il n'appartient qu'à lui de se suffire à lui-même, et d'être seul toutpuissant et indépendant.

La ressource de l'orgueilleux, lorsque l'évidence des choses le convainc malgré lui de son incapacité et de son insuffisance, est de lui persuader quelle lui est commune avec les autres. Ce qu'il n'est pas capable de bien faire , il ne peut croire qu'il y ait quelqu'un qui le fasse bien. Un mauvais orateur ne convient qu'avec peine qu'il y en ait de bons. Il reconnaîtra aisément qu'il y en a eu autrefois, parce qu'il n'entre avec ceux d'autrefois en nulle concurrence. Il les exaltera même comme des modèles inimitables ; il les regrettera, il demandera où ils sont, il s'épanchera là-dessus dans les termes les plus pompeux et les plus magnifiques : mais pourquoi? est-ce qu'il s'intéresse beaucoup à la gloire de ces morts? Non certes : mais pour une maligne consolation de son orgueil, il voudrait, en relevant le mérite des morts, obscurcir le mérite des vivans et le rabaisser.

S'humilier dans l'humiliation, c'est l'ordre naturel et chrétien; mais dans 1 humiliation même s'élever et s'enfler, c'est, ce semble , le dernier désordre où peut se porter l'orgueil. Voilà ce qui arrive

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tous les jours. Des gens sont humiliés : on ne pense point à eux, on ne parle point d'eux, et on ne les pousse à rien. En sont-ils moins orgueilleux, et est-ce à eux-mêmes qu'ils s'en prennent des mauvais succès qui leur ont fait perdre tout crédit, ou à la cour, ou ailleurs? Bien loin delà, c'est alors que leur cœur se grossit davantage, et qu'ils deviennent plus présomptueux que jamais. S'ils demeurent en arrière, ce n'est, à ce qu 'ils prétendent, que par injustice de la cour, que par l'ignorance du public. A les en croire , et par la seule raison qu'on ne les avance pas, tout est renversé dans le monde. Il n'y a plus ni récompense de la vertu, ni distinction des personnes, ni discernement du mérite. Que l'orgueil est une maladie difficile à guérir! L'élévation le nourrit; et l'humiliation, qui devrait l'abattre, ne sert souvent qu'à le réveiller et à l'exciter.

Notre vanité nous séduit, et nous fait perdre l'estime du monde dans les choses mêmes où nous la cherchons et par les moyens que nous y employons. Une femme naturellement vaine s'ingère [dans les conversations à parler de tout, a raisonner sur tout. Elle juge, elle prononce, elle décide, parce qu'elle se croit femme spirituelle et intelligente; mais elle aurait beaucoup plus de raison et d'esprit si elle s'en croyait moins pourvue; et voulant trop faire voir qu'elle en a, c'est justement par là même qu'elle en fait moins paraître.

On loue beaucoup les grands : car ils aiment à être loués et applaudis. Mais à bien considérer les louanges qu'on leur donne, on trouvera que la plupart des choses dont on les loue, et qui semblent en effet louables selon le monde, sont dans le fond et selon le Christianisme, selon même la seule raison naturelle, plutôt des vices que des vertus.

Tel aurait été un grand homme, si on ne l'avait jamais loué; mais la louange l'a perdu : elle l'a rendu vain ; et sa vanité Va fait tomber dans des faiblesses pitoyables, et en mille simplicités qui inspirent pour lui du mépris. Je dis en mille simplicités, car quelque fonds de mérite qu'on ait d'ailleurs, il n'y a point, ni dans les discours, ni dans les manières d'agir, d'homme plus simple qu'un homme vain. On lui fera accroire toutes choses dès qu'elles seront à sa louante. Esl-il chagrin et de mauvaise humeur : louez-le, et bientôt vous lui verrez reprendre toute sa gaîté. Les gens le remarquent, le font remarquer aux autres, et s'en divertissent. C'est ainsi que, sans le vouloir ni l'apercevoir, il vérifie dans sa personne cette parole de l'Évangile, que celui qui s'élève sera abaissé

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et humilié '. Gomme donc l'ambition, selon le mot de saint Bernard, est la croix de l'ambitieux, je puis ajouter que souvent l'orgueil devient l'humiliation de l'orgueilleux.

Cet homme est toujours content de lui; et, n'eût-il eu aucun succès, il se persuade toujours avoir réussi le mieux du monde. Contentez-vous de savoir ce qui en est, et d'en croire ce que vous devez; mais, du reste, pourquoi cherchez-vous à le détromper de son erreur, puisqu'elle le satisfait et ne nuit à personne? Ce n'est pas qu'il n'y ait quelquefois des raisons qui peuvent vous engager à lui ouvrir les yeux et à lui faire connaître l'illusion où il est; mais, avouez-le de bonne foi, c'est une malignité secrète, c'est une espèce d'envie qui vous porte à l'humilier et à lui faire perdre cette idée dont il s'est laissé prévenir en sa faveur; car mille gens sont ainsi faits; non seulement ils sont jaloux de la réputation solide et vraie qu'on a dans le monde, mais, de plus, par une délicatesse infinie de leur orgueil, ils sont en quelque manière jaloux de la bonne opinion, quoique mal fondée, qu'un homme a de luimême.

Qu'il me soit permis de faire une comparaison : il j a des mérites, et en très grand nombre, qui ne devraient se produire à la lumière qu'avec la précaution dont on use à l'égard de certaines étoffes pour les débiter; on ne les montre que dans un demi-jour parce que le grand jour y ferait paraître des défauts qui en rabaisseraient le prix. Combien de gens peuvent s'appliquer la parole du prophète : Mon élévation a été mon humiliation] c'est-à-dire qu'ils semblent ne s'être élevés que pour se rendre méprisables, que pour laisser apercevoir leur faible , que pour perdre toute la bonne opinion qu'on avait conçue d'eux. Tant qu'ils se sont tenus à peu près dans le rang où la Providence les avait fait naître , ils réussissaient, on les honorait, on parlait d'eux avec éloge; mais, par une manie que l'orgueil ne manque point d inspirer, ils ont voulu prendre l'essor et porter plus haut leur vol. C'est là qu'on a commencé à les mieux connaître, et qu'en les connaissant mieux on a appris à les estimer moins. En un mot, ils étaient auparavant dans leur place , et ils y faisaient bien ; mais ils n'y sont plus et tout ce qui n'est pas dans sa place blesse la vue. (Bocrdaloue, Pensées diverses sur l'humilité et l orgueil,]

* Matth., 23.

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Solide et véritable grandeur de l'humilité chrétienne.

Vous êtes étrangement philosophe, et quoique je ne cloute en aucune manière du fonds de votre Christianisme, la proposition que vous me fîtes il y a quelque temps au sujet de l'humilité ne m'édifia pas, et me parut, s'il faut vous le dire, bien païenne. Nous parlions de l'ambition , surtout de l'ambition des gens de la cour, qui sacrifient tout à cette passion dont ils sont possédés ,et qui se repaissent toute leur vie d'honneurs et de fausses grandeurs. Je tâchais de vous inspirer des sentimens plus modestes, et je vous trouvais un peu trop occupé du désir de vous avancer et de faire une certaine figure dans le monde. Je ne condamnais pas absolument là-dessus une émulation raisonnable, et, vous accordant en apparence quelque chose , pour ne vous pas rebuter d'abord par une morale trop relevée , je m'appliquais à vous amener insensiblement aux principes de la religion et aux maximes de Jésus-Christ. Mais tout d'un coup vous prîtes feu, et, dans cette petite saillie dont je n'eus pas de peine à m'apercevoir, il vous échappa de dire, d'un air assez vif et même d'un ton assez haut, qu'après tout l'ambition était le caractère des âmes nobles; qu'entre les passions c'était sans contredit la plus belle, ou du moins la plus excusable dans un homme de quelque naissance; qu'elle élevait le cœur, et que dans la vie il fallait un peu d'orgueil pour savoir tenir son rang et se séparer du vulgaire; comme si vous eussiez voulu me faire entendre que l'humilité, quoique sainte du reste et très respectable, ne convenait guère qu'à des âmes étroites et qu'à des esprits faibles et peu propres aux grandes entreprises; car j'ai lieu de croire que c'était là votre pensée.

Nous sommes là-dessus, vous et moi, dans des opinions bien différentes; et quand j'examine à fond ce que c'est que la vertu d'humilité, en quoi elle consiste, sur quels principes elle est établie, par quelles règles elle se conduit, de quelles faiblesses elle nous guérit, quelle supériorité elle nous donne au dessus des idées communes, à quoi elle dispose et quelles victoires elle remporte; enfin ce qu'elle nous fait entreprendre et ce qu'elle nous fait exécuter; quand, dis-je, j'envisage tout cela, je conclus bien autrement que vous, et je prétends qu'entre les vertus il n'en est point qui marque plus de solidité dans l'esprit ni plus de fermeté dans l'ame que l'humilité; que bien loin de rétrécir le cœur, elle l'élargit; que bien loin d'abattre le courage, elle le rehausse; que

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c'est un préservatif contre mille petitesses, contre mille indignités et mille lâchetés qui sont si ordinaires dans l'usage du monde; que c'est une disposition aux plus grands desseins, et que, par une constance inébranlable, elle sait également les former et les accomplir. Voilà ce que j'appelle une vraie grandeur, et ce qui doit sans doute suffire pour vous détromper de l'erreur où vous semblez être.

Allons par ordre , s'il vous plaît, et, pour mieux éclaircir le point de vue dont il est question entre nous , expliquons d'abord les termes et donnons-en une notion juste; car il est vrai qu'il y a une timidité naturelle qui nous rend doux, dociles, soumis; qui nous retient dans les rencontres et nous empêche de nous ingérer dans aucune affaire; qui nous ferme la bouche et qui nous lie en quelque sorte les mains lorsqu'il conviendrait d'agir, de se déclarer, de se défendre. Ce n'est point là humilité, mais pusillanimité, mais excès de crainte et de confiance outrée de soi-même, qui n'a pour principe que le tempérament. Souvent même, sous les dehors dune humilité apparente, il y a dans cette pusillanimité beaucoup d'orgueil qui s'y mêle, et d'un orgueil puéril. Il faudrait parler dans l'occasion; mais on se tait sans prononcer une parole : pourquoi ? parce qu'on craint de répondre mal à propos et de s'exposer à la raillerie. Il faudrait prendre une résolution et la soutenir; mais on se tient oisif et l'on demeure: pourquoi ? parce qu'on a peur de ne pas réussir et d'avoir à essuyer la confusion d'un mauvais succès. Il faudrait résister et maintenir ses prétentions dès qu'elles sont raisonnables; mais on cède, et l'on ne fait pas la moindre démarche : pourquoi ? par l'appréhension de succomber et de donner ainsi plus d'avantage à un concurrent ; de sorte qu'on est humble et qu'on le paraît, non par vertu , mais par une imperfection de la nature, et quelquefois par une fausse gloire.

Traitez cette espèce d'humilité comme il vous plaira, j'y consens, puisque ce n'est point celle dont je prends ici la défense : sous le nom d'humilité, j'entends une humilité purement évangélique et toute chrétienne, telle que le Fils de Dieu nous l'a enseignée, et telle que les Saints, après ce divin maître, l'ont pratiquée. Je veux dire une humilité qui, par les lumières de la raison et de la religion, nous découvre notre néant et le fond de notre misère; qui nous remplit par là d'un saint mépris de nous-mêmes, et nous fait vivement comprendre que de nous-mêmes nous ne sommes rien ni ne pouvons rien; par conséquent, que nous ne devons rien nous attribuer à nous-mêmes , hors le péché j mais que nous de-

vons tout rapporter à Dieu, comme au souverain auteur, et lui rendre gloire de tout; qui, selon le même sentiment et dans la même vue, nous fait regarder avec indifférence toutes les distinctions et tous les honneurs du siècle, parce qu'au travers de leur lustre le plus brillant, nous en découvrons l'illusion et la vanité, et que d'ailleurs nous savons qu'ilssont opposés à l'état de Jésus- Christ dans le cours de sa vie mortelle; qui, sans nous mesurer avec le prochain, nous porte à l'honorer, à tenir volontiers au dessous de lui le dernier rang et à rester dans l'oubli , tandis que d'autres sont dans une haute estime et dans la splendeur; enfin qui, ne comptant jamais sur elle-même, compte uniquement sur Dieu, mais avec une confiance d'autant plus ferme et plus assurée qu'elle a des témoignages plus certains, qu'il prend plaisir à seconder les faibles , et qu'il aime à exercer sa miséricorde et sa toute-puissance en faveur des petits ; telle est, dis-je, l'humilité dont je parle, et que je conçois comme une des vertus la plus propre à former de grandes aines et à les perfectionner. Peut-être serez-vous obligé d'en juger ainsi vous-même , si vous voulez peser mûrement la chose et entrer dans quelques réflexions.

I. Car prenez garde, je vous prie, et remarquez d'abord avec moi, de quoi l'humilité nous délivre, ce qu'elle corrige dans nous, ou de qoui elle nous préserve. Personne n'ignore , et vous ne devez pas l'ignorer, quelles sont les petitesses, pour ne pas dire les bassesses , où l'ambition et l'orgueil nous réduisent. Je ne sais ce que vous pensez; mais moi, je ne me figure point d'homme plus petit ni d'ameplus vile qu'un ambitieux qui se laisse dominer par la passion de s'agrandir, et qui veut, par quelque voie que ce soir, la satisfaire; ou qu'un orgueilleux qui s'infatue de ses prétendues bonnes qualités , et se laisse posséder d'une envie démesurée d'être applaudi et vanté dans le monde, Afin de vous en convaincre par vous-même, suivez-le en esprit, et comme pas à pas, cet ambitieux , dans la route qu'il s'est tracée et qu'il se représente comme le chemin de la fortune. Est-il une démarche si humiliante où il ne s'abaisse, dès qu'il croit qu'elle peut le conduire à son terme; et dans l'espérance de monter, à quoi ne descend-il point? Est-il une complaisance si servile où il ne s'assujétisse, pour s'insinuer auprès de celui-ci et pour se concilier les bonnes grâces de celuilà ? Est-il hauteurs, dédains, rebuts qu'il n'essuie, jusqu'à ce qu'il soit parvenu à engager l'un dans ses intérêts, et à se ménager la protection de l'autre ? Que d'assiduités, que de souplesses, que de flatteries , et si j'ose ainsi m'exprimer , que d'infamies! Il n'a honte

DES PRÉDICA.TEtTKS. /\OJ

de rien, pourvu qu'il puisse atteindre où il vise et réussir dans ses intrigues : et quelles intrigues? souvent les plus criminelles et les plus lâches, où sont violées toutes les lois de la bonne foi et de l'honneur; où sont employés l'artifice, la calomnie, la fraude, la trahison. Il en aurait horreur s'il n'était pas livré à la passion qui l'aveugle, et s'il en jugeait de sens rassis. On en est saisi d'étonnement et indigné, quand, malgré les soins extrêmes qu'il apporte à tenir cachés tant de mystères d'iniquité, on vient à connaître toutes ses menées, et à percer le voile qui les couvrait. Dites-moi comment vous trouvez là cette noblesse de sentimens d'où naît, à vous en croire, l'ambition?

Et d'ailleurs faites quelque attention à toute la conduite de l'orgueilleux. Ce n'est pas pour la première fois que j'en parle , et autant de fois qu'il y a lieu d'en parler, j'en ressens toujours un nouveau mépris. Tâchez à découvrir les différentes pensées qu'il roule dans son esprit, ou plutôt toutes ses imaginations également frivoles et folles ; examinez quel est le fond, ou de ses joies secrètes et de ses vains triomphes, ou de ses peines les plus vives et de ses déplaisirs les plus piquans. Est-il occupé d'autres choses que de lui-même, de son mérite, de ses talens? Est-il un avantage si léger dont il ne se prévale, et qui, dans son idée, ne lui donne sur les autres une prééminence où il n'est pas aisé de parvenir? Est-il rien de bienfait, si ce n'est pas lui qui la fait, et est-il rien de bien pensé, s'il n'est pas selon son sens ? Ajoutez ces témoignages favorables qu'il se rend perpétuellement et hautement à soi-même, ces fades et ennuyeuses vanteries dont il fatigue quiconque veut bien l'écouter, cet amour delà louange, même la plus grossière, ce goût avec lequel il la reçoit et ce gré qu'il en sait, en sorte qu'il suffit de le louer pour obtenir tout de lui : au contraire, cette vivacité et cette délicatesse sur un mot qui peut l'offenser, ces agitations où il entre, ces mélancolies où il tombe, ces jalousies, ces amertumes de cœur, ce fiel dont il se ronge, ces soupçons et ces ombrages qu'il prend d'un signe, dune œillade, d'une parole jetée au hasard et sans dessein. En vérité, qu'est-ce que cela? et pour omettre cent autres articles, je vous demande si vous comprenez rien de plus mince et de plus étroit qu'une ame de cette trempe et un esprit disposé de la sorte?

Or, voilà de quoi l'humilité chrétienne est le correctif le plus efficace et le plus certain. De toutes ces faiblesses il n'y en a pas une dont elle ne soit exempte et qu'on puisse lui imputer. Qu'estce qu'un Chrétien vraiment humble? C'est un homme sage et rét. nr. 20

«lé clans toutes ses vues, ou n'en ayant point d'autres que les vues de Dieu et de son adorable Providence ; un homme droit dans toutes ses voies , et incapable de prendre aucunes mesures hors des lois de la fidélité la plus inviolable et de la plus exacte probité; un Lomtne désintéressé et religieux dans ses abaissemens volontaires, ennemi de la flatterie et de toule sujétion mercenaire et forcée: un homme équitable dans ses jugemens; sans prévention, sans envie; reconnaissant le mérite partout où il est, et se faisant un devoir de le révérer et de l'exalter même à son propre préjudice; un homme indépendant de tous les respects humains et des vaines opinions du monde , parce qu'il ne cherche point à plaire au monde et qu'il le compte pour rien. De Là, toujours égal dans l'humiliation comme dans l'élévation , dans le blâme et dans la louange , dans la bonne et la mauvaise réputation: soutenant l'une et l'autre avec une tranquillité inaltérable; ne se laissant, ni éblouir par l'éclat d'une vie agissante et comblée d'éloges, ni contrister par l'obscurité d'une vie abjecte et inconnue. De là encore, et par la même conséquence , un homme patient dans les injures, les pardonnant de cœur, plutôt prêt à faire des avances et à prévenir, qu'à exiger de justes satisfactions : du reste, plein de retenue, de modestie dans ses entretiens, dans toutes ses manières; ne disant rien de soi, si ce n'est pour se déprimer et pour s'avilir ; honnête, affable, paisible, ne contestant avec personne, ne voulant jamais l'emporter sur personne; et tout cela par des motifs supérieurs et divins, malgré les révoltes de la nature et son extrême sensibilité. Observez bien tous ces traits, et j'ose me promettre que vous conclurez avec moi qu'un homme de ce caractère doit être incontestablement réputé pour un grand homme. Mais reprenons.

Un homme sage et réglé dans toutes ses vues : c'est-à-dire, un homme qui s'en tient précisément à ce qui est selon Tordre du ciel , et n'aspire point au delà; qui ne s'abandonne pointa une ardeur insensée de croître, mais se renferme dans les bornes qu'il a plu à Pieu de lui marquer ; qui dit, comme David : Seigneur, mon cœur ne s est point élevé, je ne me suis point évanoui dans mes pensées ni dans mes désirs , et je n'ai point porté mes regards au dessus de moi i. Ce n'est pas qu'il soit tout-à-fait à couvert des atteintes d'une secrète ambition. L orgueil, qui nous est si naturel, veut toujours faire de nouveaux progrès, et d'un degré passer à un autre; il y a même des temps, des conjonctures où la tentation est difficile à

1 Ps. 150,

vaincre. Mais l'humble Chrétien sait la réprimer , sait la surmonter, et par une sainte violence se rendre maître d'une passion dont l'empire néanmoins est si étendu. Il est ce que Dieu l'a lait naître, ce que Dieu veut qu'il soit : cela suffit , et que lui faut-il davantage? Si dans le cours des années la Providence l'appelle à quelque chose de plus, il la laisse agir, et attend en paix qu'elle se déclare. Jusque là nul empressem ent , nulle inquiétude : point d'autre soin que de vivre selon Dieu dans son état, et de fournir saintement sa carrière. Dans une telle modération, qu'il y a de force ! et pour s'y maintenir, qu'il y a de combats à livrer et de victoires à rempor-

ter sur soi-même î

Un homme droit dans toutes ses voies : c'est une suite immanquable de la disposition où il est de ne marcher que dans les voies de Dieu, et de ne s'écarter jamais. Ne voulant rien être que selon le gré de Dieu, et de lui-même ne prétendant à rien autre chose, il n'a pour son avancement propre, ni projets à conduire, ni moyens à imaginer, ni ressorts à faire jouer: d'où il s'en suit qu'il n'a besoin ni de partis, ni d'industrie, ni de surprises. Il suit toujours une même ligne, et va toujours son chemin, sans détours et sans déguisemens. D'ailleurs instruit des maximes de l'Evangile, qui est la vérité même, il n'a garde, en quelque rencontre que ce soit, d'avoir recours au mensonge que l'Evangile condamne; et libre de tout désir de se pousser qui pourrait le séduire et corrompre, il est bien éloigné de mettre en œuvre de criminelles pratiques dont il voit toute l'imposture et toute la honte,

Un homme religieux et désintéressé dans ses abaissemens volontaires: car il y a une humilité prétendue qui n'a de l'humilité que les apparences; il y a de feints abaissemens qui ne consistent qu'en de fausses démonstrations et des dehors trompeurs. Souvent le mondain s'humilie, il s'abaisse: mais pourquoi? Je l'ai dit et je le répète: c'est par une fragile espérance, c'est par une flatterie basse, c'est par un vil et sordide esclavage. La religion inspire au Chrétien humble, jusque dans ses soumissions les plus profondes, bien plus de générosité et plus de dignité. Il rend honneur au prochain ; il a pour le prochain toute Ja déférence, tous les ménagemens et tous les égards possibles; il ne refuserait pas, s'il le fallait, de ramper sur la poussière et sous les pieds du prochain ; mais, dans l'homme, il n'envisage que Dieu. C'est à Dieu qu'il obéit en obéissant à l'homme ; c'est à Dieu qu'il offre son encens, en rendant hommage à l'homme; c'est devant Dieu qu'il

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se prosterne en s'inclinant devant l'homme : Dieu est le seul objet de son culte, comme il en doit être l'unique récompense.

Un homme équitable dans ses jugemens : et voici , j'ose le dire, un des plus nobles efforls de l'humilité. Parce que nous sommes ordinairement préoccupés, soit en notre faveur par notre amourpropre, soit contre le prochain par une maligne envie, on ne peut guère compter sur l'équité des jugemens que nous portons, ou de nous-mêmes, ou des autres. Mais par une règle toute contraire, parce que l'humble Chrétien est dégagé de ces préventions qui nous aveuglent, il est beaucoup plus en état de juger sainement; et comme il ne sait point dissimuler, ni trahir la vérité qu'il connaît, il parle selon qu'il pense, et communément il pense bien. Si donc il s'agit de lui-même, il ne cherche point à se faire valoir au delà de son prix ; et s'il est question du prochain , il lui fait une justice entière, et, bien loin de vouloir le rabaisser ni obscurcir ses avantages, il est le premier à les publier.

Nous en avons dans l'Evangile un exemple des plus célèbres, et quiconque examinera bien la conduite de Jean-Baptiste à l'égard de Jésus-Christ y trouvera une bonne foi, et dans cette bonne foi un caractère de grandeur qu'on ne peut assez admirer. Jean prêchait aux peuples la pénitence ; toutes les rives du Jourdain retentissaient du bruit de son nom; on s'assemblait en foule autour de lui, et il s'était fait une nombreuse école qui le suivait et recevait ses enseignemens comme des oracles : jamais crédit ne fut à un plus haut point. Mais, après tout, Jean-Baptiste n'était que le précurseur du Messie , et il n'avait été envoyé qu'en cette qualité. Aussi est-ce à cette qualité seule que se borne toute l'idée qu'il a de lui-même et qu'il en donne à ces députés qui , de la part de la Synagogue, viennent l'interroger pour savoir qui il est? Etes- vous le Christ ? lui demandent-ils ; êtes-vous ÉlieP étes-vous Prophète1 ? Que l'occasion était délicate pour un homme qui eût été moins humble ! Mais à ces demandes il répond simplement et sans hésiter, qu'il n'est ni le Christ, ni E lie, ni Prophète. Qui êtes- vous donc? répliquent ces envoyés. Je suis, leur dit-il, la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin au Seigneur** : voilà tout ce que je puis vous apprendre de moi.

Ce n'est point encore assez; mais la même équité qui le fait juger si modestement de lui-même, lui fait rendre à Jésus-Christ, en cette rencontre et en toutes les autres, le plus juste et le plus

* Joan., 1. — 2 Joan., 2ô.

DES PREDICATEURS. 4°&

glorieuxtemoignage.il annonce aux députés de Jérusalem la venue du Messie. 77 est au milieu de vous, mais 'vous ne le connaissez point. Cest lui qui doit venir après moi, et dont je ne suis pas digne de délier les souliers *. Il s'écrie en le voyant et l'appelle le sauveur des hommes : Voilà V Agneau de Dieu , voilà celui qui efface les péchés du monde. Il fait plus: quand ses disciples, s'apercevant que l'école de leur maître commençait à déchoir, et que celle de Jésus-Christ s'établissait de jour en jour et s'accréditait , témoignant là dessus quelque jalousie, il leur déclare que désormais ils doivent s'attacher à ce nouveau maître; il les lui envoie : car c'est à lui décroître, conclut-il, et à moi de diminuer^. Qu'on me dise s'il est rien de plus grand que ce procédé, et si ce n'est pas ainsi que pensent les plus solides esprits et les cœurs les mieux placés? De tout cela il est aisé de comprendre comment un Chrétien humble est indépendant de tous les respects humains et des vaines opinions du monde, dès là qu'il ne se soucie ni de l'estime du monde, ni de sa faveur, et qu'il peut dire comme l'Apôtre : Pour moi, il m'importe peu que vous me jugiez vous ou quelque autre homme que ce soit; je nyai quun juge, à proprement parler, et ce juge cest Dieu^. Comment il garde toujours la même égalité dame et la même paix au milieu de toutes les vicissitudes où il est exposé, puisque ni l'une ni l'autre fortune ne font impression sur lui ; comment il endure les plus mauvais traitemens avec une patience à l'épreuve de tout, parce qu'il n'y a point d'outrages dont il ne se croie digne, et que d'ailleurs il acquiert par là plus de ressemblance avec le sacré modèle qu'il fait gloire d'imiter, et qui lui est proposé dans la personne adorable de son Sauveur ; comment on ne l'entend jamais faire parade de ses bonnes œuvres, vanter ses prétendus exploits, étaler en de longs récits les affaires où il a eu part, et de quelle manière il s'y est comporté; censurer celui-ci, railler de celui-là, entrer continuellement en dispute et s'ériger en homme habile et important. Comment, au contraire, on le voit à toute occasion se tenir autant qu'il peut à l'écart, user de réserve, donnera chacun une attention favorable, approuver, excuser, tourner les choses en bien, et devenir ainsi du meilleur commerce et de la société la plus aimable. Voilà, dis-je, ce qu'on ne doit point avoir de peine à comprendre, et voilà par où la même humilité qui nous abaisse sert à nous relever. Comme donc l'Ecclésiastique a dit : Plus vous êtes grand, plus vous devez vous

1 Joan, 26. — - Joan., 5. — 3 1 Cor., 4.

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humilier l; je ne fais nulle difficulté de renverser la proposition, et, sans altérer en aucune sorte cette divine parole , j'ajoute : Plus vous vous humilierez, plus vous serez grand.

II. Mais n'en demeurons pas là, car il s'agit présentement de savoir si l'humilité n'est point un obstacle aux grandes actions, et à certaines entreprises où il faut delà magnanimité et une résolution que rien n'ébranle. La raison de douter est que 1 humilité a pour fondement la connaissance de notre faiblesse , et une condition actuelle et habituelle de notre insuffisance, d'où viennent les bas sentimens et la défiance que l'on conçoit de soi-même. Un homme véritablement humble est persuadé qu'il n'est rien, qu'il ne peut rien, et que, de son fonds, il n'est bon à rien. Or, dans cette persuasion , il n'est pas naturel qu'il forme des projets audessus de lui, ni qu'il veuille s'engager en des ministères et des fonctions qui demandent des talens rares et singuliers. Cela ne paraît pas naturel, mais il n'en est pas moins vrai, selon le mot de saint Léon, que rien n'est difficile aux humbles , qu'il n'y a point de si vaste dessein dont l'exécution les étonne j qu'ils sont capables de tout oser, et d'affronter tous les périls avec l'assurance la plus ferme et l'intrépidité la plus héroïque j que plus ils se croient faibles, plus en même temps ils s'estiment forts , et que plus ils se défient d'eux-mêmes, plus ils sentent redoubler leur zèle et portent loin leurs vues. Sont-ce là des paradoxes ? sont-cedes vérités? Je prétends qu'il n'est rien de plus réel que ces merveilleux effets de l'humilité chrétienne; je prétends que c'est à quoi elle nous dispose et ce qu'elle produit en nous. Je vais vous développer ce mystère, et voici comment nous devons l'entendre.

Car autant qu'un Chrétien humble se défie de lui-même, autant il se confie en Dieu ; moins il s'appuie sur lui-même, plus il s'appuie sur Dieu. Or il sait que rien n'est impossible à Dieu. Il sait que Dieu prend plaisir à faire éclater sa gloire dans notre infirmité, et que c'est aux plus petits, dès qu'ils ont recours à lui, qu'il communique sa grâce avec plus d'abondance. Muni de ces pensées, et comme revêtu du pouvoir tout-puissant de Dieu même, est-il rien désormais de si laborieux et de si pénible , rien de si sublime et de si grand dont il craigne de se charger et dont il désespère de venir à bout? Que Dieu l'appelle, il n'hésitera pas plus que le prophète Isaïe à lui répondre : Me voici, Seigneur, envoyez-moi 2. Que Dieu en effet l'envoie, il ira partout. 11 se pré-

* Eccli., 20.— Msai., 6.

sentera devant les puissances du siècle, il entrera dans les cours des princes et des rois , il leur annoncera les ordres du Dieu vivant, et ne sera touché ni de l'éclat de leur pourpre, ni de leurs menaces, ni de leurs promesses. Il plantera , selon les expressions figurées de l'Ecriture , et il arrachera; il bâtira et il détruira; il amassera et il dissipera.

Quelle espèce de prodige, et quel admirable accord de deux choses aussi incompatibles, ce semble, que le sont tant de défiance d'une part, et de l'autre tant de confiance et de force! Car au milieu de tout cela, le même homme qui agit si délibérément et si courageusement ne perd rien de son humilité; c'est-à-dire, qu'il conserve toujours le souvenir de sa faiblesse; qu'il se regarde toujours comme un serviteur inutile, comme un enfant; quil dit toujours à Dieu, dans le même sentiment de Jérémie : Ali l Seigneur, mon incapacité est telle que je ne puis pas même prononcer une parole1. Non, il ne le peut de lui-même et par lui-même, mais tandis qu'il en fait la confession la plus affectueuse et la plus sincère, il n'oublie point d'ailleurs ce que lui apprend le docteur des nations, qu'il peut tout en celui qui le fortifie 2. De sorte qu'il ne balance pas un moment à se mettre en oeuvre et à commencer, quel que soit l'ouvrage où la vocation de Dieu le destine. Qu'il y voie mille travers à essuyer et mille oppositions à vaincre ; que le succès lui paraisse non seulement douteux, mais hors de vraisemblance, il espère contre l'espérance même. Ce n'est point par une témérité présomptueuse , puisque son espérance est fondée sur ce grand principe de saint Paul , que Dieu fait choix de ce qui paraît plein de folie selon le monde pour confondre les sages; quil choisit ce qui est faible devant le monde pour confondre les forts ; et quil se sert enfin de ce quil y a de plus bas et de plus méprisable , même des choses qui ne sont point pour détruire celles qui sont 3.

Ainsi , quand ce jeune berger, qui d'un coup renversa Goliath, vit approcher ce Philistin dune énorme stature : Tu viens a moi, lui dit-il , avec Vépèe, la lance et le bouclier; mais moi je viens a toi au nom du Seigneur, et, tout désarmé que je suis, je me tiens certain delà victoire1^. Car, voici, ajoute-t-il, ce que je te déclare: Le Seigneur te livrera entre mes mains ; je te donnerai la mort, et te couperai la tête, afin que tGiite la terre sache qu'il y a un Dieu en Israël, et que ce n'est ni par Vépée, ni par la lance quil sauve.

Ainsi le même David se trouvant investi d'ennemis qui l'assail-

* Jérém., 8. — 2 Philip., 4. — s j Cor., 27. — 4I Reg., 17.

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laient de toutes parts, s'écriait avec une sainte hardiesse : J.e Seigneur est notre ressource , nous combattrons, et il réduira en poudre tous ceux qui nous persécutent.

Tel est par proportion le langage des âmes humbles, d'autant plus assurées de la protection divine, qu'elles se répandent moins I d'elles-mêmes; et du reste d'autant plus tranquilles sur la réussite de leurs entreprises qu'étant humbles, elles craignent moins de subir la honte des fâcheux événemens que Dieu quelquefois, pour les éprouver, peut permettre. Un homme du monde, suivant son orgueil , comme nous lavons déjà remarqué, ne se hasarderait pas si aisément. Il ne voudrait pas exposer son honneur; et, pour se déterminer , il lui faudrait de sérieux examens et de longues délibérations. Mais dès qu'on a l'humilité dans le cœur, on n'est plus si jaloux d'un vain nom , ni si sensible aux reproches qu'on s'attirera , supposé qu'on vienne à échouer. On s'abandonne à la conduite de l'Esprit de Dieu, et du reste on se soumet à tout ce qui en peut arriver pour notre humiliation devant les hommes.

Ce ne sont point là de simples spéculations; on en a vu la pratique. Fut-il jamais une entreprise pareille à celle des Apôtres , lorsqu'ils se partagèrent dans toutes les contrées de la terre pour travaillera la conversion du monde entier? Les plus fameux conquérans dont l'histoire profane a vanté les faits mémorables ont porté leurs armes et étendu leurs conquêtes sur quelques nations; mais ces saints conquérans, ou, pour mieux dire, ces saints et zélés propagateurs de la loi chrétienne se proposèrent de soumettre généralement tous les peuples à l'empire de Jésus-Christ. Dans ce vaste projet ils n'exceptèrent ni âge, ni sexe , ni rangs, ni qualités, ni états. A en juger selon la prudence du siècle, c'était un dessein chimérique, et l'on sait néanmoins avec quelle ardeur ils s'y employèrent, avec quelle constance ils le soutinrent, avec quel bonheur ils l'accomplirent.

Or qu'était-ce que ces Apôtres ? de pauvres pêcheurs , petits selon le monde, et humbles selon l'Evangile. Leur humilité ne borna point leurs vues, elle ne leur resserra point le cœur, elle ne les affaiblit ni ne les arrêta point. Avec cette humilité, ils ont passé les mers, ils ont parcouru les provinces et les royaumes, ils ont répondu aux juges et aux magistrats, ils ont résisté aux grands, ils ont confondu les savans, ils ont instruit les infidèles et les barbares, ils ont triomphéjde l'idolâtrie et du paganisme; et, dans la suite des temps, combien ont-ils eu d'imitateurs et de successeurs, humbles comme eux , et appliqués sans relâche à perpétuer les

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fruits de leur zèle? Combien en ont-ils encore de nos jours qui, par une sainte alliance, réunissent dans leurs personnes et la même humilité et la même élévation de sentimens ?

Pour en revenir aux Apôtres, et pour dire en particulier quelque chose de saint Paul, on ne peut lire ses Epîtres, et ne pas voir que ce fut un des esprits les plus sublimes, et une des plus grandes âmes. Quel feu, quelle vivacité, et tout ensemble, quelle solidité! Pense-t-on plus noblement? s'exprime-t-on plus éloquemment? Que n'a-t-il pas fait! que n'à-t-il pas souffert ! Supérieur à tout, aux dangers, aux embûches , aux persécutions, aux trahisons, aux calomnies, aux opprobes, aux fers, à la faim, à la soif, au glaive, à la mort : car, disait-il , nous sommes au dessus de tout cela 1. Saint Chrysostôme en était ravi d'admiration, et n'avait point de termes pour faire entendre ce qu'il en concevait. Cependant ce vaisseau d'élection , ce grand Apôtre , quel mépris faisait-il de lui-même et comment en parlait-il ? Il se traitait de pécheur, de blasphémateur, de persécuteur de l'Eglise, d'homme indigne de l'apostolat, d'avorton : tant l'humilité lui représentait vivement ses misères , et tant elle le rabaissait dans son estime.

Que ne pourrions-nous pas ajouter de ces sociétés et de ces ordres religieux, qui sont pour l'un et l'autre sexe des écoles de perfection, et dont la sainteté est l'édification du monde chrétien? Que n'en a-t-il pas dû coûter pour former ces grands corps, pour en rassembler tous les membres, pour les assortir et les régler? Que d'études et de soins! que de méditations, de réflexions, de conseils! Mais aussi quels progrès surprenans! Ces sociétés se sont multipliées, ces ordres religieux se sont répandus dans tous les lieux éclairés de la foi et soumis à l'Eglise de Jésus-Christ. Comme autant de républiques , ils ont leur forme de gouvernement, leurs lois, leurs statuts, leurs offices, leurs fonctions, leurs observances, qu'il a fallu ordonner avec une pénétration et une sagesse qui descendît aux moindres détails , qui prévît toutes choses et ne laissât rien échapper. Voilà par où ils se sont maintenus depuis des siècles, et ils se maintiennent. Or, après Dieu et la grâce de Dieu, je demande à qui nous sommes redevables de ces saints établissemens. Est-ce à d'habiles politiques et à leurs intrigues? Est-ce à des philosophes fiers de leur science et pleins d'eux-mêmes? Là dessus je ne puis mieux répondre que par les paroles du Fils de Dieu à son Père : Seigneur, Père tout- puissant ,

1 Koni., 8.

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je vous bénis et vous rends grâces, et d'avoir caché ces choses aux sages selon la chair et aux savans ; mais de les avoir révélées aux petits1', d'y avoir employé d'humbles instituteurs, un humble François d'Assise, un humble François de Paule et d'autres. Parce qu'ils étaient humbles , ils n'en ont été que plus propres à entrer dans les grandes vues de la Providence sur eux, et que mieux préparés à les seconder.

Je finis, car peut-être n'en ai-je déjà que trop dit: mais, quoiqu'il en soit , apprenez à réformer vos idées touchant une des vertus les plus essentielles du Christianisme , qui est l'humilité. Autant qu'elle nous porte à nous mépriser nous-mêmes, autant devonsnous l'estimer. Puissiez-vous en bien connaître le mérite, et plaise au ciel qu'au milieu de tous vos honneurs, vous travailliez désormais à l'acquérir. ( Le même , Pensées diverses. )

1 Luc, 10.

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