NANTEUIL
de son père et à celle de ses maîtres, les PP. Jésuites. Dès ses premières années d'étude il se pftssioaoa pour l'art de la gravure. Ses premiers essais Turent un ramdour d'après Cal lot. et un portrait ovale de Louis Xilt d'après Michel Lasoe. Mais ses professeurs ne surent point apprécier ses rares dispositions. Nanteuiî dit à ce sujet: • Comme j'étais persécuté par les Jésuites, je gravai sur des arbres à la campagne deux piaocbes d'un Christ et d'une Vierge, en ovale, (Paprèsdes tailles^oucesqueje trouvai alors (i). » Les quatre pièces que nous venons de citer ont échappé aux -recherches des ioonophiles. On prétend que l'extrême envie qu'avait Nanteuil (l'exercer la profession de graveur ne lui permettait pas d'attendre qu'on lui en enseignât les premiers éléments, et qu*un jour, privé des ouliis nécessaires, il se servit pour graver d'un clou ai<9iisé en manière de burin. Les biographes, en répétant ce petit conte, assez semblable à ceux qui ornent tant de vies d'artistes, ont négligé de s'accorder sur celui des ouvrages de Nanteuil qui y a donné lieu. C^est suivant les uns un Biule de religieux ou le Portrait du prieur des Bénédictins de Reims ; suivant d^autres , ce serait on Buste du Sauveur, Ce qui est certain, c'est qu'après avoir commencé ses études chez les Jésuites, Nanteuil les acheva en 1645 chez les Bénédictins , ainsi que le prouve une planche signée : R. Nanteuil , philosophix nuditor^seulpebat Remis , anno Domini 1645. U est également hors de doute qu'il reçut des leçons de son compatriote Nicolas Regnesson. Le maître et l'élève firent en commun, vers 1644, la gravure d'un Mariage spirituel de sainte Catherine. Trois ans plus tard, Nanteuil épousa la sœur de Regnesson. L'année qui suivit son mariage, pressé par le désir de se créer, à l'aide àe son talent, des ressources que lut refusait sa ^ile natale , 9 résolût de venir tenter la fortune à Paris. Une fois dans cette ville « ne sçachant comment se faire connoistre, il s'avisa de cette invention. Ayant vu plusieurs jeunes abbez à la porte d'une auberge proche de la Sorbonne, il demanda à la maltresse de cette auberge si on ecclésiastique de la ville de Rheims ne logeoit point chez elle, que malheureusement il en avoit <Kibiié le nom, mais qu'elle pourroit bien le reconfloi&trepar le portrait qu'il en avoit. En disant cela îl liiy montra un portrait bien dessiné et qui avoit tont l'air d'estre ressemblant. Les abbez qui l'avaient écoulé et qui jettèrent les yeux sur le portrait en furent si charmez qu'ils ne pouvoient «e lasser de l'admirer et de le louer à l'envi Tun de l'autre. • Si vous voulez, Messieurs,, ^r dit-il, je vous feray vos portraits pour peu de chose aussi bien faits et aussi finis que ceiQy-là. > Le prix qu'il en demanda étoit si mo- %K qo1ls se firent peindre l'un après l'antre, et ces abbez ayant encore amené leurs amis, ils
U) Mêgotm PiUar«t9^ octobre iSil.
vinrent en si grand nombre qull ne pouvoit suffire (1). »
Nous aimons à croire que Nanteuil ne vint à Paris que bien muni des lettres de recommandation de son protecteur dom Willequin, prieur des Bénédictins de Reims , pour quelques religieux ses amis, et que le succès qu'il obtint en faisant leurs portraits assura ses moyens d'existence, tout en perfectionnant son talent. 11 fit trèsprol)ableroent ces premiers portraits « à la plume et à la pierre de mine » , ainsi qu'au pastel ; il acquit dans ces différents genres un talent remarquable. Malheureusement , comme la plupart des travaux qu'il fit plus tard dans ces différents genres n'étaient pour lui que des esquisses d'après lesquelles il exécutait ses gravures, il prit peu de soin de les conserver, et il ne s'en trouve qu'un petit nombre dans les collections. A partir de 1648, Nanteuil reprit son burin. 11 grava d'abord un certain nombre de portraits dans le goût de Morin, Rousselet, Mellan et d'autres artisteft. Après deux année» de séjour à Paris, il fit venir sa femmeanprès de lui, et peu de temps après il alla chercher son père, " auquel il donna toutes les marques de tendresse et de piété filiale ». En 1650 il prit une manière de graver qu'il perfectionna jusqu'en 1656. A partir de cette époque, tout à fait maître de son talent, il se mit à exécuter une suite nombreuse de portraits qui resteront Thonneur de l'art français. Le roi, pour recompenser les talents de l'artiste , créa en sa faveur une nouvelle charge de graveur et dessinateur de son cabinet (15 avril 1658 ) avec une pension de 1,000 livres (15 juin 1659). Louis XIV avait déjà donné à sa sollicitation, dit-on, l'éditde Saint-Jean de Luz. Cet édit» daté de 1659, distinguait la gravure des arts mécaniques, la délivrait des entraves auxquelles on voulait l'assujettir et lui conférait à jamais le rang et la liberté dus aux arts libéraux.
Nanteuil « était éloquent naturellement et vif dans ses expressions, dit Ch. Perrault ; il faisait des vers agréables et les récitait admirablement bien (2). Son talent, son esprit, sa libéralité, son goût pour les plaisirs faisaient rechercher .sa société, et le portèrent à la dissipation. II dépensa dans les plaisirs sa vie et la fortune que ses talents lui procuraient. La plupart des portraits qu'if a gravés l'ont été d'après ses propres dessins. « 11 les faisait très-ressemblants, ajoute Mariette, et les Italiens ont été obligés d'avouer que c'était le premier graveur qui avait su représenter dans sa gravure les couleurs de
(1) Pemuit, Les Hommes illustres de m sOeU.
ii)Nanteall est aa-drs4as de toute bagatelle { Il l'est rois hors de pair dans sa professloo i Un seul portrait qu'U gra?e est une perfection. Comme U fait de beaui vers. Sa veine est Immortelle.
{Mtebel de Marolles, U Livre des peintres graveurs) Les archives de fort français \Àb«eedario de Mariette au nom de Nanteuil, IV, S4 et suivantes) citent trois piieea de vers de Nanteuil, d'après trois placards eonservés à la mbUottièque Impériale.