ET DES^MEMBRES DE LA FAMILLE BONAPARTE
EMPEBEim DIS FBANÇAIB, FOIYDATEUR DE LA QDATUÊME DTHASTIE, n, A AJACCIO, LE 15 AOUT 1769, MORT A SAINTE-HfiLÈIf E , LE 5 MAI 1821.
1. Dotieî sur la date de la naltionee de Napoléon» — !• fïTigitut et 0énéalogie de la/amUlê Bonaparte. — 3- Enfance de Napoléon: édmcalion qu*U reçoU de m Mre ; premiers traits de caractère. Formation in- UUtctuelle et morale, RévéUition de ses premiers tcrits. L'esprit de la RévoltUion s'incarne en lui. — i- Eténements et histoire de ses premières années. Ec9Ui «('^uiain , de Briejme , de Paris. Garnisons à f'aUnce, Juxonne, etc. Vo^açesen Corse. Lutte contre P^i- Expédition contre Ut fédérés du mai dé la France.
1. La date de U naissance de Napoléon a été contestée. L'acte de mariage avec Joséphine, «éiebré le 19 ventôse an iv (9 mars 1796) à » municipalité du 2" arrondissement de Pa- ^ (l)i porte cette déclaration : « Napolionc Rooaparte, général en chef de Tarmée de Tintéfwwr, ^ de vingt huit ans, né à Ajaccio, département de la Corse... » Pour que Napoléon eût >!iiglhuit ans en mars 1796, il fallait qu'il frtt né »» commencement de l'année 1768. En effet le
!i; U ^ depuis la noaTclle circonscription de Part», KOCr. BIOCR. GÉ5ÉP.. — T. XXXTII.
même acte civil contient cette autre mention : « Après avoir fait lecture, en présence des parties et témoins, 1° de l'acte de naissance de Napollone Bonaparte, qui constate qu'il est né le 5 février 1768... » Ce document municipal n'est point le seul qui ait fait douter de la vraie date de la naissance de Napoléon. Il existe au ministère de la guerre, à Paris, une pièce présentant toutes les apparences d'une expédition authentique, et cette expédition, faite le 19 juillet 1782, reproduit Tinscription latine du « Registre des luptônies de la ville de Corte en 1768 » (ita reperitur in régistro lihri baplizatorum hujus civUatis Corlis anni 1768); d'après cette inscription. Napoléon, nommé en cet acte Nabulione, serait né à Corte, le 7 janvier 1768; il s'agit bien de Napoléon Bonaparte, car les noms des parents y sont indiqués : « Anno Domini mil' lesimo ( seplemgenfesimo ) sexagesimo octavoy dieverooctavd mensisjanuarii,.... Ego in/ra scriptus, solemniter, in ecclesiâ parochiali sanctissiinx Annunciaiionis , bapti-
NAPOLÉON r*^
zavi infantem naium, die sepiimâ ejusdem mensis januarii, ex illustrissimo domino Carolo Bonaparte et domina Letitid civitatis Adjacii conjugibus, in hac urbe ( Cortis) commorantibus , cui impositum ftât nomen Nabulione... m II serait diflîcile de s'expliquer les allégations des deax actes que nous Tenons de citer. On a dit que Napoléon a tenu à naître sous la domination française, et que, pour cette raison, il a placé, plus tard, sa naissance à une date postérieure à celle de la réunion de la Corse à la France, réunion qui a eu lieu dans les premiers mois de 1 769 (l). Mais c'est là une vaine supposition : d'après l'ancien droit français, les Corses nés avant la réunion de leur pays à la France se sont trouvés Françaift au même titre que leurs compatriotes nés depuis cette réunioB. Nous nous bornerons à dire que Joseph, frère atné de Napoléon, était né à Corte, le 7 janvier 1768, et cette date n*a jamais été contestée; on ne sait pas ainsi comment on pourrait admettre Tauthenticité de l'acte de baptême qui fait naître, le même jour que Joseph, Napoléon son frère puîné. Quanta l'acte de mariage de 1796, on doit remarquer qu'il renferme plusieurs inexactitudes : ainsi on y parle du département de la Corse (2), et il n'y avait pas de département de ce nom ; la Corse formait alors deux départements, l'un du Liamone, l'autre du Golo; de plus, on y donne à Joséphine un âge qui n'est pas le sien (3), et on n'y mentionne pas sa qualité de veuve du général Alexandre de Beauharnais. On raconte que le mariage du 9 mars 1796 eut lieu dans la soirée, vers dix heures ; le général Bonaparte, déjà lancé dans les grandes affaires, avait fait attendre l'assistance; l'officier municipal s'était même assoupi. Le général Bonaparte arriva, et, le réveillant en sursaut, lui dit : « Allons donc, citoyen, venez vite nous marier ». Tout se fit ainsi dans ce mariage, avec précipitation. « Il y fut procédé, dit Meneval, avec une irrégularité qu'excusait le laisser aller de l'époque (4). » Un témoin du marié, trop jeune pour intervenir dans un acte public, se donna, par une fausse déclaration, l'âge légal qu'il n'avait pas encore. Napoléon , à Sainte-Hélène, a fait allusion au faux acte de baptême produit par Joséphine en 1796. Parlant de la faiblesse
(1) Nous DOQf référons Ici A l'époque sealemcnt de la soaolMion : le comte de Vaux a*cst emparé de Corte, dernier refuge de la résistance des Corse», dans les premiers Jours de mal 1769, et Paoll est parti de nie vers le mlltea de Juin salrant. Le traité par lequel la république de Gènes avait cédé la Corse à la France, est du Il mal 1768. Mais la cession était conditionnelle et pouvait être révoquée. Les événements postérieurs la rendirent seuls déflnillve.
(S) « MapoUone Bonaparte, général en chef de Tarmée de rintéricor, ftgé de vlogt-halt ans, né à AJacclo, département de ta Corse... »
(3) L'acte de mariage da • mars 1796 donne b Joséphine vlngt-holt ans^ en la faisant naître le ta jaln 1767 : elle était née aux Trols-llets (Martinique), le ts Juin
ik) Mènerai, Souvenin hiftoriquest etc., L l•^ p. 841.
qu*ont certaines personnes de vouloir se faire plus jeunes qu'elles ne sont, il a cité « uoe grande dame » qui, pour se rajeunir am.M, n'avait pas craint de produire, en se mariant, l'extrait baptistaire d'une sœur cadette moile depuis longtemps (1). n La pauvre Joséphiae, ajoutait-il, s'exposait pourtant par là à de grands inconvénients; ce pouvait être un casdâ nullité de mariage. » Mais Napoléon ne se 8oavint pas de l'acte de baptême, non moins irrégalier, qui fut produit par lui en la même occasion. Quoi qu'on veuille penser des deux documents que nous venons de signaler, rien nepeot infirmer la foi due à l'acte de baptême qui fot fourni par Charles Bonaparte pour l'admis^n de son fils Napoléon à l'École militaire de Brieane. Oet acte de baptême dont il y a m archives de l'empire une expédition aulhenlique, celle même dont Charles Bonaparte a fait usage, porte très-positivement que Napoléon est né a Aiaccio,le 15 aoAt 1769; on y voit que Napoléon fut ondoyé à sa naissance dans la maison du très-révérend Lncien Bonaparte, d'après iM?rmission supérieure, « gli fù data l'acqua^n casa del M, JR. Ludano Bonaparte, da hcenza » ; que le baptême fut inscrit à l'église et achevé avec les cérémonies et les prières d'usage, le 21 juillet 1771 seulement « Vanno mille tetU cenio settanV uno e vent^ uno luglio si sono adoprate le sacre cérémonie e preci...sopra di HapoUone. » Ce qui explique peutêtre pourquoi cet acte est écrit en italien et non en latio suivant l'usage de l'Église, c'est cet intervalle de près de deux années rois entre le commencement et l'accomplissement de la cérémonie baptismale; le rédacteur de l'acte ce pouvant pas appliquer la formule latine ordinaire à un cas exceptionnel, a trouvé plus commode de s'exprimer en italien ; dans son embarras, il a môme commis une autre irrégulanW plus remarquable peut-être, c'estde ne pas mentionner le lieu où Napoléon est venu au monde, l'église où son baptême a été enregistré, l heure à laquelle la cérémonie a été accomplie. Toat^ fois l'acte de baptême fut admis sans aiKun« contestation de la part de M. d'Hoiier deSéngny, juge d'armes de la noblesse de France « en cette qualité commissaire du roi pour la vériacation des pièces que devaient fwjitur les jeunes gentilshommes entrant aux écoi» royales mîlitoires. Napoléon fut inscrit à Brienoe comme étant né à Ajaccio le 15 août 1769. m inspecteur de l'école (le chevalier deKcralio),en septembre 1783, le signalait ainsi dans une note
(1) C'était une errenr : Joséphine araJt noe «««»'• "^ le 11 décembre 176* ; elle en avait eu ijne satre, ner J^ 8 septembre I7«6, et cdle-d était mor^e le * noTOTor^ 1777. Mais Joséphine n'avait point eu de scwr ne* » M Jnln I7e7. à la date menUonnée dans l'acte fle bw rlagcdu • mars 17M. Ce qui expUqae la »1PP2'"°° ,. Napoléon, c'est que la dernière sœur de ^w*P"°* ,, jL été désignée par erreur dans son acte de décès «ou' » prénoms de Mariê^Joseph-Rotâj qui étalent ceux Joséphine. (Atjbkzias, HisL de JotépMne, 1. 1*'.'
dent nous ne citeroDsici qoe les premiers mots : «M. de Bonaparte (Napoléon ), né le lô août 1769. Taille de 4 pieds 10 pouces 10 lignes; de bonne constitution ; excellente santé ; caractère soumis, (f) >*. Le buUetia suivant, tiré des registres de récole, est plus explicite encore: « Le 1/ octobre 1784 est sorti de TÉcole royale mi- Etaire de Brienne M. Napoléon de Buonaparte, éeoyer, né en la ville d'Ajaccio, de l'Ile de Corse» le 15 août 1769, (ils de noble Charles- Marie Boonaparte, député de la noblesse de Corse , demeurant en ladite ville d'Ajaccio , et de dame LetHia Ramolino, sa mère, suivant l'ade porté au registre de réception, folio 31, reçu dans œt établissement le 24 avril 1779 (2) ». 2. Des discussions, qui ont en plus d'éclat, se sont soulevées an sujet de l'origine des Bonaparte. Que cette famille ait été noble, c'est ce qai ne parait pas douteux ; il en faut croire sur UQivareil sujette savant d'Hozier de Sérigny, qui , ayant eu à examiner le dossier héraldique des Bonaparte, le trouva suffisant, et conclut, en avril 1779, à l'admission de Napoléon à l'École militaire royale deÇrieone, où les gentilshommes STdieot seuls accès. Mais le dossier héraldique fourni par Charies Bonaparte ne comprenait que neuf personnages, les Bonaparte de Corse, dont le plus ancien , Gahriel, apparaît avec le titre de messire en lâ08, et dont les autres fignmit avec les titres à*anciens d'Ajaccio et de mgnifiques (3). Or cette noblesse, dans une lleoù De s'était encore passé aucun grand acte del'ltistoire, ne parut pas asse% glorieuse aux courtisans lorsque Napoléon fut porté par la révololion et saa génie au faite du pouvoir son- Tcrain, et l'on se mit en devoir de trouver nne origine aux Bonaparte de Corse. Ce que décou- Trirent ces premiers généalogistes est tout à fait méprisable. Il y en eut qui firent descendre les Bonaparte de la gens Vlpia, de la gens Sylvia, de la gens Julia, qui avaient donné des empereurs à Piome et à Constantinople; d'autres s'en tinrent aux empereurs de Constantinople, et tirèrent les Bonaparte d'une brandie détachée desCoinnène etdesPâléologne; d'autres encore les firent provenir des princes d'Aragon ; le plus ingénieux d'entre eux a prouvé que les Bonaparte étaient des Bourbons, étant issus du iHTstérieox personnage connu sous le nom de Masque de fer ; ce personnage, disait-on, avait salement épousé la fille de son gouverneur, M. de Bonpart ; il en eut des oifants qui portè-
U) Siogra^hie des premières années de Napoléon 80- UyorU^ etc., pur M- de Cottoo, t toI. InS*; Valeoee et Parte. 1140 (tome I», p. M}.
9) Cestno, p. M.
OKoitoo {Biographie das premières années de Na- PWwi BonaparU, tome !•', p. si; tome t«, p. 1S4 "*Boe u rdevé da donler héraldique des Bon«* pote «e Cône, tcIqo'U ra pris, dlt-II, sur les pièces <<>«Bles i M. d'Hozfcr de Sérigny eo ms, pièces d«> jjQ'ccs, I ee qaîl assure, ani archiret de l'empire. Mata li2^ ft ^nn latentalre dent eet étabUssenent; les P»tti DèiBes ne s'y trouvent psf .
rent le nom de leur mère, nom depuis italia* nisé ; et comme on pensait que le Masque dû fer était un frère jumeau de Louis XIV, il se trouvait ainsi que les Bonaparte de Corse étaient de la légitime lignée de Henri lY et des Bourbons. Les Italiens, intéressés à prouver que les Bonaparte lenr appartenaient, s'occupèrent de ces recherches avec un succès plus sérieux ; ils le pouvaient d'autant mieux que leurs éruditSy dès le seizième et le dix-huitième siècle, et bien avant l'apparition de l'homme qui a agi le plus puissamment sur les futures destinées de leur patrie , avaient remarqué et signalé l'existence des Bonaparte dans les annales agitées et troublées des républiqties italiennes. Il y avait eu des familles de ce nom à Florence, à Trévise , à Bologne , à San-Miniato, à Sarzane ; on chroniqueur dans le seizième siècle avait ainsi parlé des Bonaparte de Trévise : « Bonapartia gens^ et nobilis et antiqua^ ante annum 1200 inter nobiles semper fuisse repentur (1) ». Un auteur italien, écrivant au dix-huitième siècle une esquisse historique de la famille des Bonaparte, avait fait, dès 1 7.769 cette curieuse observation : « Dans cette famille il y a toujours eu quelqu^un d'illustre en l'art d'écrire (2) ». Parmi les Bonaparte connus et remarqués on comptait, dans la marche de Trévise, un Jean ï^ de Bom4Pa&tb ayant eu un commandement à la tète de la ligue des villes lombardes, qui marque le véritable réveil et peut> être, dans les temps anciens» le plus graud effort de la nationalité italienne; ce Jean de Bonaparte figure ain^i désigné dans les conférences de Plaisance, en 1183, qui précédèrent la paix de Constance : Joannes de Bonaparte ^ de Tarvisio (Trévise ), Consul et Hector ; — un autre Bonaparte, petit-fils du précédent, ayant arrêté à Castdfranco, en 1239, avec les guelfes du nord de l'Italie l'armée gibeline de l'empereur d'Allemagne commandée par Frédéric II en personne (3); — un Jacques de Bonaparte, auteur d'un récit de la prise et du sac de Rome en l.)27 (5 mai) (4) ; — un Jean'Genesius de Bonapa&te,
(1) Mauro, piudice trevigtano, auteur d'une cbr»nlque, très>estliuée, de Trévise, qui se trouve dans la bibliothèque cororounate de cette ville. Cette ehroulque est en lattn ; Mauro en a lui-même donné une traductlua italienne, où il est plus explicite encore anr la gloire bistorique des Bonaparte. \i
(t) L*àuieiir iUUen l'eiprime ainal : • IH /àtto te guetta famigiia furono sampre togçeiti insini per tetteratura ; e puo aversene nUizia neW istoria,.,, » Suivent dlvert eiemptea; l'énumération des Bonaparte qui se sont algnalé* comme éerlvaiof ae termine alnal : ■ Ed attrlvarii tetterati di grido, eheJUnirono indi^ veni tempi da una taleasa a. Préface dn BagguagUo stoneo dont 11 va être quesUon el-après.
|S) Les Bonaparte de Trévise ont été l'objet d'une grande étude dans le antiehUà dei Bonaparte^ etc., par MM. Prédéric Stefanl et Lnden Beretta. In- folio, Venise, IBST; outrage imprimé ft 100 exemplaires seulement.
(M Cet écrit, objet de grandes eontrovenet ( 11 a éUi attribué A d'autres auteurs que Jacques de Bonaparte ) , parait avoir été imprimé à Pari», pour la première lois, en IM^ sans non d'autcvr. U fut réimprimé A Go*
eu religion fra Bonaventura, mort en odeur de sainteté, dans Tordre des Capucins, en 1593; — un Ificcolà DE BoNÀPARTB de Florence, auteur d'une des plus anciennes comédies du théâtre italien, La Vedova^ imprimée à Florence en lô92, réimprimée à Paris en 1803 (l) ; •— un autre IS'iccolà DB Bonaparte, professeur de droit à Pise, dans la première moitié du dix-septième siècle : un écrivain italien en parle ainsi : « La nature l'avait créé pour en faire la merveille de son temps et de la postérité. »
Ces recherches généalogiques se sont naturellement ravivées lors de Tapparition du général Bonaparte en Italie. Les habitants de ce pays tenaient à prouver que le jeune vainqueur qui triomphait au milieu d'eux n'était pas un conquérant étranger, mais bien le libérateur de ta terre de ses aïeux ; c'était une manière de se le rendre favorable. Bonaparte laissait dire ; en politique habile, il profitait de ces démonstrations (2), toutefois sans paraître les encourager, car il avait aussi à ménager les susceptibilités démocratiques de son année, dont il représentait l'esprit républicain avec une austérité philosophique toute particulière. On le vit se prévaloir de son origine italienne dans une seule occasion : au moment des négociations du traité deTolentino, qu'il avaithàte de conclure, il jeta sur la table un livre, disant avec vivacité : « Voyez ce livre, c'est le sac de Rome en 1527 raconté par un de mes ancêtres, Jacques de Bonaparte. Ne m'obligez pas à faire moi-même ce dont un des miens nous a transmis le récit. » Dans une autre circonstance on remarqua qu'il s'entretint, à San-Miniato, avec un vieux chanoine, un des rares Bonaparte desonche italienne qui fussent encore en Italie; ce bon chanoine voulait obtenir du général républicain qu'il demandât à Rome la canonisation de celui de leurs communs aïeux qui était mort en odeur de sainteté dans l'ordre des Capucins. Cette anecdote est dans toutes les histoires. Plus. tard , quand il n'eut plus à tirer parti des vanités pa-
Jogne en 1T66 arec le titre tatrint : Raççuaglio ttorico di tutto Voccorto, giorno per giorno, ml tacco di Roma deir anno tsir ; acritto da Jacopo Bonaparte» çentitttomo tamminiatese, ehe vi ti trova presont»; trascritto dalC autografo di esta, êd ora per la > prima votta dato in luee. In Cotonia, 1796. Cet ontrnge a été traduit ea français : Tableau hittoriquê des événements iurtenus pendant le tac de Rome, en 1617, transcrit du manuscrit original et imprimé pour la première fols à Cologne^ en 17S6, avec une note historigue sur la famille des Bonaparte ,• traduU de Citaiien par M*** ( llamelin, d'apréx Barbier et Quérard ); Pari», 1809. Une BouTelle traductioa françatae du Sac de Borne a été publiée a Florence, fo 1830, par le prince Napoléon-Louis Buna parte , frérc de l'empereur Napoléon III. Cette traduction , publiée A pari avee gravures, o été depuis Insérée dam un ûe* volumes du Panthéon littéraire.
(i| I« manuscrit autographe de cette ouvre est A la Bibliothèque Impériale de PjrK II existe de La yedova nne traduction française, dont nous ne retrouvons pas le titre.
(t) Napoléon' à Sainte-Hélène reconnaissait ce qnll avait dû à son orifftne italienne : « Elle m'a fait regarder, disait'll, comme un compatriote par tous tes Italiens; eUe a grandement facilité mes suecés en Italie. •
triotiques des Italiens , Bonaparte dédaigna assez ouvertement toutes ces preuves de la noblesse de son origine. A l'époque de l'empire , il signifia aux courtisans, par un article au Moniteur ^ le cas quHl faisait de ce genre de flatterie (1). A ceux qui, plus discrètement, Touiurent par la suite l'entretenir de découvertes faites sur le même sujet, il disait assez habituellement : « Portez cela à Joseph, le généalogiste de la famille »• Lors de son mariage asrec une archiduchesse d'Autriche, on dut faire quelques concessions à l'esprit féodal de cette famille, et Ton dressa, dans un travail au reste non avoué, l'arbre généalogique des Bonaparte. L'empereur d'Au* triche eu fut émerveillé; il dit plus tard A son gendre qu'il avait tort de ne point faire oannattre À l'Europe combien il était de bonne maison : « Que voulez-vous, répondit Napoléon, je ne tiens à être que le Habsbourg de ma race. » Les recherches généalogiques sur la famille des Bonaparte ont été reprises de nos joors (2), et, grâce à de nouveaux travaux, mieux secondés par l'érudition et. la critique moderne elles ont abouti k des résultats dignes de quelque confiance. Il est à peu près acquis aujourd'hui que le nom de Bonaparte, né au milieu |des factions de l'Empire et de l'Église, a été porté au moyen Age par différentes familles italiennes, soit comme prénom, soit comme nom patronymique; que ces différentes familles , au nombre de quatre au moins , ont été souvent confondues par les historiens et prises l'une pour l'antre; que les Bonaparte Napoléoniens procèdent d'une aatique famille d'origine longobarde, celle des comtes de Fucecchio, Settimo, Pistoja, etc., dont le pre* mier auteur connu est un Kunrad ou Cunerado, fils de Tedix ou Tedice (922), chef de la maison Kadolingia (3). On rencontre dans cette famille, eutre autres personnages illustres en leur temps, Hugues, surnommé le grand Comte (1072-1096) ; deux religieuses du nom de Berthe, l'une et
(1) ■ On a mis dans les Journaux une généalogie anskl ridicule que plate de la maison Bonaparte. Ces reebercfaes •ont bien puériles. A tous ceux qui demanderaient de quel temps date la maison Bonaparte, la réponse est bien facile : EUe date du 18 brumaire. Comment, dans le slèele où noua sommes, pentK>n être assex ridicule pour amuser la public de pareilles baUvernes ?........., » (Jfojii-
ieur du M messidor an xm (14 Juillet IBOS ).
(1) Parmi ces ouvrages contemporains, outre la belle eomposition éruditc que nous avons Indiquée plus haut. lé jtntichitd dei Bonaparte^ par MM. Stefani et Beretta ,* on doit citer : La famiglia Bonaparte dal llSS tU 1834, par If. J. de C; Naples, 1840, in-8*; La Storia genea^ logiea délia famiglia Bonaparte^ scHtta da un Sam miniatete; Florence, 1847, in-S». Ifous avons résumé quelques aperçus de cette question blstorique dans on opuscule intitulé } Quelques mots sur les origines des Bonaparte^ par Rspetti; Paris, 1858, ln-8«.
(S) Cette découverte de la famille Kadolingia est due principalement à M. Passerlnl, directeur des Archives centrales de PÊtat d Florence. M. Passerini a publié son traTail dans les archives historiques italiennes, t III. part. 8, tom. IV, part. 1. On trouve un compte-rendu de ce travail dans le rapport ofOciel fait par M. Frédérle Stefani ft M. le ministre de rinstruetion publique, et publié sous ce titre t Origine des Bonaparte i rurin et Paris. 18S9, In-lt.
l'autre béatifiées (1075 et 1163}; le cardinal Guido ou Gay» chaDcelier d(^ l'Église romaine , un des plas grands et des plus habiles défenseurs du saintsiége U123-1 lâO), etc., etc. De cette maison des C^olioges, qui s'éteint è la (in du douzième siècle, ftODt issus Hugues et Janfald : le comte Hugues (1G97), qui par son alliance avec la famille des c3rQtes d*Orgnano, dans la marche de Trévise, doona le jour aux Bonaparte de Trévise, éteints eo 1447; Janfald, fils du dernier comte de Fu- «ccliio et de la souche des Cadolinges, donnant naissance aux Bonaparte de Florence, lesquels s'éteignent dès le treizième siècle ; un des Bonaparte de Florence commence en 1265 les Bonaparte de San-Miniato; on autre, en 1278, ceux de Sarzane ; le dernier représentant des Bonaparte de San-Miniato est mort à la fin de l'année 1799 ; ceux de Sarzane, en 1490, se sont transportés en Corse, dans la personne de François Bonaparte, chef de la branche des Bonaparte d'Ajaccio. Si obscure que soit Thistoire de cette famille, il n'est pas impossible d'en releTer quelques traits etdéjà un caractère générai. Fortement religieuse et attachée à l'Église, mais vouée d'abord à la dt^feosede l'Empire, de qui elle tenait ses titres , Ks biens, sa puissance, la famille des Cadolinges IKLTalt avoir reçu son nom nouveau de la conversion qu'elle fit du côté du parti populaire. Le bon parti (6ona pars) était celui de l'alTranchissetoent des communes, où Ton trouvait le peuple, les évêques, les papes, le droit naissant de l'autonoroie italienne. Les Cadolinges, vaincus et privés de leurs Gefs, cessent de résister à la liberté de Florence; le peuple les compte désornuiis au nombre de ses champions : c'est alors que leor est donné le surnom de Bonaparte^ illustré par l'un d*eux dans la marche de Trévise à la tète de la ligue des villes lombardes contre l'Empire d'Allemagne. Mais la puissance des Bonaparte ne survit pas à cette conversion qui les dénomme et les consacre ; ils disparaissent dans les vicissitudes des factions populaires, et, depuis , tout ce qu'il reste d'eux , ce sont quelques lamilles dispersées çà et là, partagées entre l'élude, les lettres et le soin d'une médiocre fortnne. Une de ces familles prend du service à la banque de Saint-Georges, et se rend en Corse pour les affaires de cette opulente compagnie de ïaarcliands génois. Elle s'y fixa , et n'en revint qu'aux derniers jours du dix-huitième siècle; elle s'y était établie comme en un poste d'obser- ^tion, que la Providence semble lui avoir as- ^^é entre le monde de la civihsation et celui ue la barbarie pour y attendre la fin des luttes du moyen âge, les révolutions et l'appel des temps Douveaax.
Une convulsion intestine de la Corse a donné ^poléoQ Bonaparte à la France; elle a failli le' ^nner à l'Angleterre.
U Corse était depuis des siècles travaillée par lescontrariétés de ce besoin qui tourmente les lies <l«s€rattaclier au continent et d'en rester sépa-
rées. Le pape, la république de Pise, celle de Gènes, les princes d'Aragon, les comtes de Nice, les rois de France, avaient été ainsi tour à tour appelés et rejetés. Aucune do ces interventions n'avait abouti à un établissement durable. Gènes seule était parvenue à y obtenir quelque domination ; toutefois il n'y ent jamais accord entre les deox pays. Vers le milieu du siècle dernier, après des insurrections souvent renouvelées, surtout depuis 1729, la Corse entreprit résolument de s'affranchir. Elle se déclara indépendante en 1746» et en 1755 elle mit à sa tète un homme d'une grande valeur politique et militaire, Pascal Paoli, son plus glorieux enfant avant Napoléon. Pendant plus de dix ans la Corse se maintint libre sous l'habile direction de son chef. Tontes les antiques vertus éclataient en elle. L'£urope l'admirait. Mais l'Angleterre avait des vues sur la Corse. La France , qui s'en était alarmée , avait envoyé dans nie quelques troupes, en apparence pour défendre la souveraineté nominale de la république de Gènes , en réalité pour s'opposer à une descente des Anglais. U fallait en finir avec le danger de voir l'Angleterre s'établir dans la Méditerranée si près de nos c6tes. Il se présenta pour cela une occasion : ce fut l'hospitalité accordée en Corse par la république de Gênes aux Jésuites expulsés de France. Le duc de Choiseul, qui avait résolu de faire partout proscrire la Compagnie de Jésus , se plaignit et menaça. La république de Gènes n'était pas en état de se brouiller avec la France ; pour rentrer en grâce auprès de l'irascible ministre, elle offHt la ces-' sion de U Corse. M. de Choiseul s'empressa d'accepter, et le 15 mai (768 fut signé un traité par lequel le roi de France se substituait aux droits de la république de Gènes , toutefois en s'engagéant, dans l'avenir, à rendre l'Ile moyennant indemnité des frais auxquels donnerait lieu la prise de possession. Nos troupes, qui allaient évacuer la Corse, reçurent ainsi l'ordre de rester et de commencer la campagne contre les indépendants. Paoli , surpris, impuissant à résister à un pareil ennemi, fit des prodiges d'énergie et de tactique. Ses lieutenants rivalisaient avec lui de valeur. Tous les Corses étaient unanimes à se défendre. Pendant un an il tint en échec les armes de la France, et leur infligea de rudes défaites. Il fallut deux fois des renforts pour soutenir le corps (l'expédition. Au printemps de 1769, le comte de Vaux arriva en Corse avec des troupes nouvelles pour remplacer le marquis de Chauvelin, qui lui-même avait été envoyé au secours du comte de Marheuf. Paoli avait prolongé la résistance au delà de toutes les possibilités. L'Angleterre, qui avait eu le temps d'accourir, n'apparaissait pas. Les Corses, convoqués ^par leur général au couvent deCa^sinca, le2? avril 1769, conGrmèrent tout d'une voix leur précédente résolution de prendre en masse les armes et de se défendre jusqu'àla dernière extrémité. De toutes parts on s'apprêta à la mort et Ton courut au combat ; mais ce
suprême effort tomba à la bataille de Pontenovo, le 9 mai 1769. Paoli ne voulut pan continuer une lutte qui ne pouvait plus être que la dévasta, tion de son pays et la destruction de tous les siens. Il s'embarqua à Porto-Veccbio avee son frère et trois ceots hommes environ, qui ne voulurent pas le quitter; il partit sur deux vaisseaux anglais mis à sa disposition, et se réfugia en Angleterre (1 3 juin 1 /AD).
Parmi les partisans les plus énergiques de Pascal Paoli, on avait remarqué un jeune bomme aussi éloquent dans les conseils qu'il était brave les armes à la main et qu'acooropagnait à travers les hasards des combats une toute jeune femme, d'une rare beauté. La jeune femme, à cheval, portait dans ses bras un enfant nouveau -né, et l'allaitait. On la désignait le plus souvent par son nom de jeune fille, Letixia Ramolino, bien qu'elle fût en puissance de mari. Dans les mardies et les contre-marches d'une troupe peu nombreuse, obligée de se multiplier par la rapidité de ses mouvements , il y eut bien des aventures périlleuses et pénibles. On en cite une, au passage du Liamone, où la jeune femme faillit disparaître emportée par le courant; son cheval avait perdu pied, et il était entraîné. On lui cria de se détacher de sa monture et de se laisser tomber dans la rivière ; des deux rives on se Jetait à la nage pour venir à son secours. Mais la jeune mère ne voulait pas exposer à une mort presque certaine l'enfant qu'elle portait sur un de ses bras et serrait contre sa poitrine. Elle se raffermit sur sa selle, et de la main qui lui restait libre elle manœuvra si bien que son cheval toucha terre et parvint à l'autre bord. La troupe di>plauditàtantde bonheur et d'intrépidité. M"^ Bonaparte était alors enceinte de Napoléon. L'enfant qu^elle portait avec elle pendant l'expédition se nommait Joseph.
Charles Bonaparte et sa femme revinrent à Ajaccio après la pacification, dans le mois de juin 1769. Le lô août suivant, jour de l'Assomption , M"* Bonaparte se rendait à l'église , lorsqu'elle fut saisie des douleurs de l'enfantement. Elle gagna précipitamment sa maison. A peine y fut-elle entrée, qu'elle fut obligée de s'arrêter. L'enfant, conçu dans les émotions héroïques de la guerre pour l'indépendance, fut déposé sur un tapis représentant des scènes de VlUade, DV près quelques historiens, Napoléon, né le jour de l'Assomption, fut voué à la Vierge. 11 vint au monde à onze heures du malin. Il fût né Anglais et pour l'Angleterre si le gouvernement de ce pays avait su venir à temps au secours de PaoU.
3« Il ne saurait entrer dans le cadre de ce résumé biographique d'insister avec trop de minutie sur les détails de l'enfance de Napoléon. Toutefois ces détails ne sont futiles qu'en apparence et pour les esprits superficiels. On a écrit avec raison : « Esclave des souvenirs de son enfance, f homme obéit toute sa vie, sans s'en douter, aux impressions qu'il a reçues dans ,
son jeune âge, aux épreuves et aux influences auxquelles il a été en butte (1) ». Napoléon a dit lui-même plus tard ces grandes paroles i « C'est à ma mère, à ses bons princi|tes, que je dois ma fortune et tout ce que j'ai fait de bien. Je n'hésite pas à dire que l'avenir d'un enfant dépend de sa mère. » Nous nous bornerons à relever çà et lÀ quelques traits.
Il étaitd'one merveilleuse beauté.Sacomplexion paraissait délicate, mais elle était saine ci forte. On admirait l'exquise perfection de ses formes. Il resta doux, paisible, soumis, jusqu'à l'âge de deux ans; mais à cet âge il changea tout d'un coup, et parut indocile, colère, turbulent. Il était surtout impérieux et d'une obstination extraordinaire. C'est ce qu'il montra lors de la cérémonie de son baptême, qui eut lieu deux ans après sa naissance, en juillet 1771. Une sœur, née depuis peu, fut baptisée en même temps que Napoléon (elle décéda peu de temps après). Celoi-d, qui se préoccupait beaucoup de la cérémonie , avait voulu que toute l'assistance se tint à genoux pendant les prières d'usage ; et lui-même , fort attentif, il garda un respectueux silence, jusqu'au moment où il vit que le prêtre se disposait à faire usage de l'eau bénite. Il parait que cet acte symbolique n'était pas dans les prévisions de l'enfant : les prières suffisaient; l'eau ne pouvait produire qu'une impression désagréable à la petite fille, qui allait troubler de bcs cris un moment aussi solennel et sacré. Napoléon fit un signe indiquant qu'il ne fallait pas répand re de l 'ean sur la tête de sa sceur, et comme on ne lui obéit pas, il s'élança vers le prêtre pour l'arrêter ; mais l'eau avait déjà coulé, et il se fâcha contre tout le monde (2).
M*^" Bonaparte, qui avait près d'elle, dans sa maison, le frère de son mari, l'archidiacre Lucien, un homme d'un esprit prudent et pénétrant, comprit de bonne heure qu'il fallait veiller de près sur un enfant d'une nature aussi extraordinaire. Aidée de son beau-frère, elle s'attacha à le dominer avec une sévérité assidue. L'enfant ne supportait ni ordre ni menace. U ne cédait qu'aux prières et aux caresses. Bile prit, entre les rigueurs trop rudes du commandement et les condescendances trop molles de la tendresse, une règle que nul caprice ne faisait fléchir. L'enfant s'élevait en héros sous cette discipline austère et sage. Napoléon parlait plus tard ainsi de cette éducation , qui était tout un gouvernement : « Madame-Mère, disait-il à Sainte- Hélène, avait un grand caractère, de la force d'âme, beaucoup d'élévation et de fierté. Elle veillait avec une sollicitude qui n'a pas d'exemple sur les premières impressions. Les sentiments bas étaient écartés, flétris. Elle ne laissait arriver à ses enfants que ce qui était grand et élevé. Elle avait de Tbor-
(1) D€S iâéet fugM>i^on<enn«f, par le prince Ifapoléoii- Louls Bonaparte, chap. II. t
(S) Nasica, Mémoirtnur rmtfanee de Napoléon, ttû^ Parts, issi, tn-a*.
reor poar le in€nsoo|çe, pour tout ce qui était Tappareiice d'une inclination basAe. Elle savait paoir et récompenser; elle tenait compte de tout à ses enfonts. »
TootefoiSy à la puissance de cette éducation on peut croire qu'il a manqué un peu de tendresse. C'est l'amour des mères qui compose et péfrit le cœur des enfants. Napoléon fat élevé poor être un héros de Ptutarque. Il ne fut peutflre pas assez initié à ces sentiments doux, t)ienroilants, tempérés, délicats, qui sont l- essence même du sens moral. 11 grandissait, commandant, protégeant, s'emparant autour de lui de toute domination ; mais il n'apprit pas assez à aimer les hommes pour eux-mêmes et non pour la gloire qalls peu vent procurer. La vertu à laquelle il se forma était antique; c'était la force se rendant maîtresse d'elle-même pour être maltresse d*ai4nii ; ce n'était pas la force s'asservissant à l'unique loi du devoir et du bien.
11 est presque superflu de dire que les jeux militaires occupaient presque exclusivement cet enfant, qui croissait pour le commandement. Parmi les anecdotes qui ont témoigné de cette naissante inclination, il en est une si caractéristique qu'il ne sera pas sans Intérêt de la rapporter. On raconte qu'à peine âgé de sept à huit ans. Napoléon dirigea une expédition des eofants de la ville d'Ajacdo contre d'autres en- ^ts tiabitant les faubourgs. Les faubouriens luttaient les citadins. Napoléon , qui était de la ville, voulut mettre un terme à cette bumiliatioa. On le vit, pendant toute une saison, disciplinant d'abord les siens, les aguerrissant par de prudentes escarmouches, leur rendant la confiance en eux-mêmes par une suite d'heureuses opérations, puis enfin risquant une balaille rangée dans un lieu choisi par lui, ou l'a- ^ntage du terrain et celui des munitions, les cailloux, se trouvèrent du côté des citadins. Ce <]iii fut beaucoup remarqué, c'est que Napoléon refusa d'employer contre les borghigiani, les feoboariens , un vrai petit canon qu'il avait. Les ^ghigiani manquaient de canon. U ne voulait vaincre qu'à armes égales (1).
Une autre éducation l'attendait au collège d'Aatun, où il resta peu, aux écoles militaires de Brienne et de Paris , où il fut successivement «ulmis. Transporté loin de sa famille, an milieu dliabitodes toutes nouvelles pour lui, Napoléon ceisa d'être cet enfant impérieux, expansif, passionné, qne sa mère avait eu tant de peine à conleoir et diriger. II devint grave, méditatif, sombre et parut soumis. Un monde qu'il ne soupçonnait Ptt se révélait à lui. Il se recueillit en lui-même, plein d'étonnement et de colère, comme pour l'étudier avant d'entreprendre de le combattre. I^ légèreté française l'offensa tout d'abord.* Oo riait de son accent italien. Il s'aperçut que b Corse, son héroïque patrie , si rayonnante en
(1) HasSea, Mémoim wr tenfancê de NapoUoHy etc.
ses souvenirs et son amour, était pour ses camarades un pays inconnu, indifférent, dédaigné; il en ressentit une douloureuse surprise, il en conçut une haine farouche contre la France; on ne peut douter qu'à cette époque il n'ait rêvé de devenir un autre Paoli, d'affranchir la Corse, de la venger et de porter haut la gloire de son indépendance. Il fit encore une découverte, non moins pénible : c'est qu'il était pauvre ; ceiies, il ne se préoccupait pas du bien-être et des frivolités que la richesse peut procurer; mais il jugeait déjà que la richesse est une supériorité bien nécessaire dans la vie , et cette supériorité lui manquait. Il faut se rendre compte de la violence de ces impressions poor s'expliquer toute l'influence qu'elles ont dû exercer sur Tàme presque sauvage du jeune Bonaparte. La première éducation reçue par lui ne l'avait pas déjà trop disposé à des sentiments sympathiques. Il en devint plus solitaire encore et concentré en lui-même. Son amlntion était hante et grande : elle fut désormais plus Apre et plus impatiente. Cette ambition avait été jusque-là un idéal de perfection héroïque , vers lequel il s'avançait comme un ange de lumière, escorté d'admiration et d'amour. Elle se changea en une passion fiévreuse, qui dès lors brûla et fit disparaître de son visage les fraîches et charmantes couleurs de la jeunesse. Maigre et livide, toujours loin des jeux de ses camarades, s'enfermant dans l'étude , il cherchait Tobscurité pour y méditer. La faveur de ses maîtres était la première conquête qu'il devait faire pour obtenir un rang élevé au moment de sa sortie de l'école. Il s'attacha à gagner la faveur de ses maîtres, et ce jeune ambitieux, mécontent et hautain, que consumait le besoin de la dominatibUy se montra dodle, obéissant, soumis envers tous ses supérieurs.
Son père vint à mourir, en février 1785, à Montpellier, à peine âgé de trente- six ans. Cette mort prématurée, qui enlevait à sa famille un soutien bien nécessaire, aggrava le sentiment des obligations que Bonaparte enfant croyait avoir d^à envers les siens ; elle accrut la tristesse et l'ardeur hnpatiente de ses pensées de fortune et d'avenir. Son père en mourant l'avait appelé ; il avait dit, dans le délire et dans les lucidités de l'agonie : «... Mon fils..., Napoléon..., la grande épée I »
Napoléon écrivit la lettre suivante au sujet de cette mort :
Paris, 28 mars 1783.
Ma chère m&re,
C'est aujourd'hui, que le temps a un peu calmé les premiers transports de ma douleur, que Je m'empresse de vous témoigner la reconnaissance que m'inspirent les bontés que vous avez eues pour nous. Gonsolez«vous, nu chère mère, les circonstances l'exigent. Noos redoublerons de soins et de reponnaisaance, et heureux si nous pouvons par notre obéissance vous dédommager un peu de l'inestimable perte de cet époux chéri. Je termine, ma chère mère, ma douleur me l'ordonne, en vous
priant de calmer la vôtre. Ma santé est parfaite, et Je prie tous les jours que le ciel tous gratifie d'une semblable. Présentez mes respects à Zia Geltrude, Minana Saveria, Minana Fescb, etc.
Votre très-affectionné fils,
NiPOLEONE DI BONAPARTB.
P. S. — La reine de France est accoucbée d'un prince, nommé le duc de Normandie, à sept heures du soir.
Cette lettre, calme et grave, ne témoigne pas (les sentiments violents et confus qui agitaient alors Napoléon; d'autres documents nous les représentent; on les retrouve dans les notes de lecture, les résumés de travail, les essais de composition, dans le journal enfin de Napoléon, qu*un heureux hasard a fait découvrir en ces derniers temps (1). Cet ensemble de notes, etc., compose trente-huit gros cahiers entièrement écrits de sa main. Un de ces cahiers porte ce titre : ÉpO' ques de ma vie; c'est un journal : Napoléon avait-il déj^ conscience que les moindres circonstances de sa vie devaient intéresser Thistoire.' On peut croire que, méthodique et prudent comme il le fut dès ses premières années. Napoléon éprouva de bonne heure le besoin de se rendre compte de tous les incidents et de toutes les phases de son activité. Cet examen continuel de soi-même et cette expérience sur laquelle on revient sans cesse pour la féconder par la réflexion, ce sont là les conditions de la correction et de l'ordre dans la vie. Les trentehuit manuscrits de Napoléon se réfèrent surtout aux années obscures et peu connues qu'il passa dans des garnisons au sortir de l'École militaire de Paris. C'est la phase d'étude et de grande méditation. On y voit qu'il a correspondu avec Paoli, le père Dupuy, minime, un de ses maîtres de Brienne , Salicetti, le ministre de la guerre Lajard, l'abbé Raynal, etc. ; qu'il entreprit plusieurs ouvrages, une Histoire de la Corse, des romans, une constitution pour une société secrète qui travaillait alors Tarmée, société dite La Calotte , des dissertations sur ou plutôt contre Tautorité royale ; un dialogue sur l'amour et contre.les frivolités corruptrices qui en prennent le nom; nne lettre pleine d'une austère affection à une femme inconnue ; un Mémoire sur la manière de disposer les pièces de canon pour le jet des bombes ; des extraits d'Hérodote , de Platon , de Buffon, de Strabon, de Diodore de Sicile ; des lésnmés de toutes les histoires; des études sur la Sorbonne, la bulle Unigenitus , la religion, les libertés de l'Église gallicane ; des projets pour la défense de Saint- Florent, de la Mortellaet du golfe d'Ajaccio; un rapport sur la nécessité de se rendre maître des lies de La Madeleine près de laSardaigne; un plan pour l'organisation des milices corses ; des ex positions des tlu^ories économiques et législative^ de Mably , de Necker, de Smith, de J.-J. Rousseau ; il
(I) Hevue des deux mondetf i«r man iBlt. Souvenirs de la jeunesse de Plapoléon. article de M. 0. LU»r!.
se révolte beanooop contre ce dernier philosophe, notamment contre Thypothèse d'un contrat social primitif; ontrouYe dans cette protestatioo des mots comme ceux-ci : « H y a eu des ambitieux au teint pâle qai se sont emparés des affaires ». M. Libri termine ainsi TanalyM qu'il a donnée de ces premiers manuscrits de Napoléon : ic Combien de fois, en parcourant ces papiers, n'eston pas frappé des plus singulières coïncidences de dates et de folts ! Dans un cahier de géographie écrit entièrement de la main de Napoléon, et qui n'est pas actievé , on trouve à la fin ces mots , qui paraissent renfermer la plus extraordinaire des prédictions : Sainle- Hélène, petite ile. C'est là que l'empereur devait terminer sa géographie ». On sait, par d'autres écrits, depuis longtemps rendus publics , que Napoléon a composé en 1790 une Lettre àButt((fuoco, violente diatribe contre do homme qu'une vulgaire ambition avait poussé ï trahir tour à tour Paoli, la Corse et la France; en 1791, un mémoire en réponse à une question posée en ces termes par l'Acadénnie de Lyon : u Déterminer les vérités et les sentiments qu'il importe le plus d'incnlquer aux hommes pour leur bonheur »; composition étrange, pleine de vigueur et d'emportement, où toat se trouve mêlé, la poésie et la raison, l'enthoaslasme et l'ironie, l'histoire et des tableaux romanesques, les préjugés de la philosophie da dix-huitième siècle et déjà les aperçus d'une métaphysique sociale plus pratique et plus élevée, un spiritualisme hautain, l'amour de la nature, la passion de l'ordre, le mépris des sociétés établies, les fureurs de la révolution, des réminiscences étranges de la Corse, Paoli comparé à Lycurgue, etc.; en 1793, Le Souper de Beaucaire, dialogue ayant pour but de démon* trer la folie des insurrections entreprises contre la gouvernement de la Convention ; des discours et adresses politiques, d'une même inspiration, toute révolutionnaire. Dans ces premiers essais de la pensée de Napoléon, plusieurs caractères sont à remarquer : le premier, c'est leur diversité même; le second, c'est que l'imagination y prédomine; le troisième, c'est que tout y e<^ même sous l'empire de cette Imagination , l'e^* pression d'une raison forte, sombre , profonde, tourmentée. Esprit puissant, à l'étroit et gêné dans le monde auquel il s'Initie, il a besoin ()<: tout connaître , et il va, sans plan suivi , d'un sujet à l'autre; on ne saurait dire tout ce qu'ii découvre dans cette excursion sur les sommets des choses humaines ; ses notes s'interrompent a tout propos ; mais à chacun des regards qa'H a jetés en cet abîme du monde et de la vie, son âme semble en devenir plus courroucée et plus triste. U a des mots gui sont comme des cris de douleur. Il souffre de ce qu'il voit; il souffre encore de ce qu'il y a des secrets qui se dérobent à sa vue. D'autres traite , pleins de contrastes, seraient encore à relever. Ainsi on n«
trouve pas en lui un indice d*un sentiment religieux positif; mais il croit manirestement en Dieu ; l'absurdité de l'athéisme ne saurait l'atleiodre ; il ne lui échappe pas qu'au delà de ce monde matériel il en est un autre, et sa foi en ce monde de l'esprit est certaine et ferme comme oae Tision supérieure et constante de sa rai- $ofl. Il a un orgueil immense et un immense mépris pour tes hommes; mais s'il méprise l'espèce humaine , il ne la hait pas, et il se préoccupe avec une passion extrême de tout ce qui peut intéresser la condition et le bien-être des sociétés. L'idée du devoir, du droit, ce qu^on nomme le sens moral , ne se montre pas en lui ; ks mots de vertu ^ de sensibilité, àe philanthropie ^ de bienfaisance, etc., reviennent en ses soliloques froids et gauches, comme par un effet de la phraséologie et de la rhétorique du temps; mais il en est peut-être de l'homme éroqué pour le commandement et la souveraineté comme du juste, dont il a été dit par un Père de l'Église : « Justo non est lex »; il n'a point d'autre loi que celle de son élévation. D'ailleurs il aime la grandeur, la force, l'ordre, la vérité, et ces entités morales ne sont que des aspects plus étendus de ce que Jes hommes, dans leur langue vulgaire, désignent sous les noms plus usuels de droit, de devoir, de justice et d'honneur. £n lisant les premiers écrits de Napoléon , on est étonné de n'y point découvrir les signes ordinaires de la jeunesse : il est morose, et, n'était la force qui ne lui manque certes pas , il est déjà vieux; de la jeunesse il n'a rien que l'exubérance et l'emportement des sensations ; au fond, il est complet et formé dans la plénitude de son être intellectuel et moral , dès ses premières apparitions ; on le voit même sans attrait pour ce qui l'entoore, chargé de dégoûts et d'ennuis, comme on homme qui a déjà trop vécu, et il est à peine adolescent. Comme il ne domine pas encore 86$ semblables et qu'il ne saurait rester parmi eox leur sujet ou leur égal, il éprouve un besoin farouche d'indépendance et d'isolement; inais l'isolement ne lui sufSt pas, et il en arrive à vouloir sortir de la vie elle-même. Cette tentation du suicide est consignée en ces termes, à la date du 3 mai 1786, dans le journal de ?ïapoléoa : « Toujours seul au milieu des bommes, je rentre pour rêver avec moi-même... pe quel côté ma mélancolie est-elle tournée aujonrd'hui ? Du côté de la mort.... > Sa pensée % reporte alors vers les siens, vers la Corse bien aimée, et il sourit un moment ; mais ces images chéries ne l'apaisent et ne le retiennent pa.s; et il ajoute : « Quelle fureur me porte donc à vouloir ma destruction?... Puisque je dois iQonrir, ne vaut-il pas autant se tuer?... Que les hommes sont éloignés de la nature ! Qu'ils âontl&die.^ vils, rampants 1 » Les malheurs de ^Q pajs, la Corse, car il n'est pas encore Français, sont pour loi « une nouvelle raison de
fuir une terre ob je suis obligé par devoir de louer des hommes que je dois haïr {Kir vertu.... La vie m'est à charge, parce que les hommes avec qui je vivrai probablement toujours ont des mœurs aussi éloignées des miennes que la clarté de la lune diffère de celle du soleil. Je ne puis donc pas suivre la seule manière de vivre qui pourrait me faire supporter la vie, d'où s'ensuit un dégoût pour tout ». Mais Napoléon se trompait lui-même lorsqu'il parlait de cette fureur qui le poussait à sa destruction. Cette fureur n'était pas en lui; elle était hors de lui. Nous nous expliquons. Les grandes natures, celles qui sont destinées à représenter tout un mouvement social, conçoivent et ressentent en elles, alors même qu'elles s'isolent, toutes les passions de leur temps; et c'est par là qu'elles sont puissantes; entre les multitudes émues et ces natures en qui tout un peuple se sent vivre, il s'établit plus tard des communications, irrésistibles et secrètes, qui rendent possibles tous les prodiges, l'action, l'obéissance, les sacrifices, l'ordre, les brusques évolutions. Or à ce moment l'œuvre de la révolution en était à sa première phase d'enfantement ; aucune âme alors n'était sans un trouble profond. Mais tandis que les hommes vulgaires se laissaient aller an mouvement , entraînés par l'illusion d'avantages immédiats, un esprit comme celui de Napoléon sentait mieux \à gravité sombre de la catastrophe qui se préparait. Un monde allait périr. Un autre monde aUait-il renattre? Question douteuse. K^n attendant ii avait consdence de vivre au milieu d'une génération vouée à l'abtme, au chaos, à la mort. On fait des projets ; on se dispose à jouer un rôle dans un ordre de choses régulier, au milieu d'un mouvement dont on peut calculer les suites et les vicissitudes; mais on ne s'apprête à rien devant l'imminence d'un cataclysme. Napoléon, qui voulait la fortune, le pouvoir, la gloire, se trouva ainsi, tout d'abord, interdit et frappé de désespoir, -]ori;qu'au sortir des écoles, dès ses premiers pas dans le monde, il vit autour de lui les sinistres symptômes d'une convulsion sociale où tout allait s'écrouler et tomber. De là l'impatience et le dégoût de vivre qui s'empara un moment de lui. Mais il choisit un autre mode de suicide que celui auquel il avait d'abord songé; après quelques hésitations, dont il serait possible de suivre la trace dans une étude psychologique plus étendue, il se résolut à mourir de la mort même de cette société qui ne craignait pas de s'exposer à se détruire pour se régénérer; il adopta et fit siens les principes nouveaux de la révolution. Napoléon s'est vanté plus tard d'être resté étranger aux désordres et aux excès de ce grand mouvement; cela est vrai sans nul doute, il n'a été de ia révolution, que la défense armée et l'esprit de réorganisation ; roaU il n'est pas moins vrai de dire que ses idées et ses passions politiques au
début ont été celles des hommes terribles qui ont prévalu dans un moment d'épouvante et de colère. Or, de la complicité des idées et des passions à la complicité des actes il n'y a pas une distance bien appréciable pour la morale. Bans cette adhésion aux fureors révolutionnaires, quelle Tut la part de Tentralnement de la jeunesse, de l'illusion générale propre atout un temps, d*un ambitieux et froid calcul? Nous ne savons : mais l'impartiale histoire est en droit et en devoir de le constater : cet homme qui releva de l'ancienne société tout ce qui put en être relevé, qui renoua la chaîne interr«Hnpue des traditions, qui reconnut au milieu des triomphes du droit humain la nécessité de Pétcrnel antagonisme du droit humain et du droit divin, Napoléon, a été un fanatique adepte des principes de ia philosophie révolutionnaire ; nul plus que lui s'en eut l'austérité implacable et l'implacable résolution; il avait hésité à s'incarner dans cet esprit, il avait voulu mourir; il voulut un moment fuir l'Europe et chercher un autre monde en Orient : inutile résistance d'une âme qni devait rester plus grande que son œuvre même ! Napoléog était condamné par la Providence à reprendre l'entreprise échappée des mains impuissantes, afToUées, des premiers acteurs de la révolution.
Après avoir essayé de donner une idée intime et vraie de l'être extraordinaire qui va se mettre au service de ce mouvement social et s'en emparer, nous devrions essayer de caractériser la direction et la forme imprimées par Napoléon aux idées, aux passions, aux événements dont il a été tour à tour le ministre et le dominateur. Dans ce qu'a été la révolution à ses difl'érentes phases , il y a l'action de cette révolution ellemême d'abord, puis celle des instincts propres au peuple français, puis celle des circonstances de la politique extérieure; mais il en est encore une autre, qui appartient spécialement et exclusivement à la nature des hommes à qui il a été accordé d'exercer pins ou moiq^ longtemps le commandement. Si des natures peu maîtresses d'elles-^émes et plus emportées que foites, comme celles de Mirabeau, de Danton, de Robespierre, ont laissé dans les événements des tfâits notables de leur physionomie et de leur manière d'être intellectuelle et morale, quelle n'a pas dû être TinDuence et l'impression personnelle de l'homme qui a pris la révolution à son moment de docilité ou de lassitude , l'a dominée le plus longtemps et Ta tenue pendant quinze ans sous la discipline de sa volonté? C'est cette action, toute spéciale et personnelle, exercée par Napoléon sur le mouvement révolutionnaire de la fin du dix-huitième siècle que nous devrions exclusivement représenter ici , le reste appartenant à l'histoire de la France, et non pas à celle d'un liomme en particulier. Cette définition de l'œuvre napoléonienne, distincte de tout ce qui n'est pas elle, nous l&cherons de la don-
ner; mais nous manquerions à une autre oblif^a-
tion de cette étude biographique si nous nous en tenions à des appréciations d'influence et de caractère. Il est temps que nous entrions dans le récit des événements particuliers. Les considérations générales que nous avons encore à faire viendront ailleurs, en leur lieu.
4. Napoléon fut nommé en 1777 « élève du roi à l'École de Brienne ». M. Charles Bonaparte dut cette nomination à M. de Marbeuf, gouvemenr de la Corse ; une bourse pour une école inférieure^ celle de La Flèdie , avait été d'abord accordée. Napoléon, avant d'être conduit à Briennele-Cbâteau, en Champagne, fut laissé quelque temps, avec deux de ses frères, au collège d'Autun (janvier 1779), où il commença d'étonner les élèves et les maîtres. Il entra à Brienne en avril 1779. En 1783, il obtenait le premier prix de mathématiques. Le duc d'Orléans et M"^ de Montesson , sa femme , assistaient à la distribution des récompenses. Napoléon n'oublia jamais, comme il le dit plus tard , celle de qui il avait reçu ic sa première couronne v. Le chevalier de Keralio , inspecteur général des écoles militaires, disait de Napoléon : « Il y a dans ce jeune homme une étincelle qu'on ne saurait trop cultiver ». M. de Keralio lui accorda, comme au premier mathématicien de Brienne, une dispense d'&ge (il n^avait que quatorze ans) pour être admis à l'École militaire de Paris. La note de l'inspecteur général était ainsi conçue : » M. de Bonaparte ( Napoléon ) , né le 15 août 1769. Taille de quatre pieds dix pouces dix lignes. De bonne cx)nstitution. Excellente santé. Caractère soumis. 11 a fait sa quatrième. Honnête et reconnaissant. Sa conduite est trèa-régulière. 11 s'est toujours distingué par son application aux mathématiques. 11 sait passablement l'histoire et la géographie. 11 est faible dans les exercices d'agrément Ce sera un excellent marin. Mérite de passer à l'école de Paris ». Le 1*' septembre 1784 Napoléon fut admis dans la « compagnie des cadets gentilshommes établis en l'École royale militaire de Paris et entretenus aux frais du roi ». Il arriva à Paris en octobre 1784. M. de L'Equille, son professeur d*histoire, le qualifia ainsi dans ses notes : « Corse de nation et de caractère, il ira loin si les circonstances le favorisent ». M. Domairon, son professeur de belles-lettres , disait de ses amplifications ou exercices de style : « C'est du granit cliauffé au volcan ». A Paris , Napoléon fut offusqué du luxe qui régnait dans l'école, et il fit, pour en préparer la réformalion , un mémoire où l'on retrouve des idées que phis tard il intro<hjisit dans l'administration de l'éducation militaire.
Le 1*' septembre 1785 Napoléon obtint la « charge de lieutenant en second dans la compagnie de bombardiers du régiment de La Fère. En octobre suivant il recevait l'ordre de se rendre à son régiment, en garnison à Valence»
II rit \k , dans one honorable famille à laquelle il fat recommande, mademoiselle du Colombier. Une îoooeeote intimité s'établit entre eux. Napokon à Sainte-Hélène aimait encore à rappeler les rendez-iroos qu'ils se donnaient pour « naiger des cerises ensemble >*. Mais Napo- \tn se livrait peu à ce que Ton nomme les (listractioDS du monde. A ce moment se placent tes grands travaux retracés dans les notes que BOUS irons signalées plus haut. Bornons-nous à indiquer quelque:» dates. En août 1786, répression (Tune révolte à Lyon ; le détachement où se tnwre Napoléon prend part à cette répression. En octobre 1787, le régiment de La Fère va tenir gimiâoo à Douai. En janvier 1788, Napoléon obtint un congé pour se rendre en Corse. En mai I7S8, il r^ijoint son régiment à Auxonne. En septembre 1T89, il retourne en Corse, où il se prononce fortement pour les idées de la révoiatioa. Il fait udc adresse véhémente pour un dob d'Ajaccio. 11 stigmatise le député de la noblesse Matteo Buttafuoco, et il date ce manifeste (le son cabinet de MilleH, qui était une grotte volcanique dans la montagne d'Ajaccio (juin 1790). La violence de ses paroles faillit le faire destituer. Revenu en France, Napoléon rejoint son réginient à Auxonne. Le 1'*' avril 1791, il est oommé lieutenant en premier au régiment d'artiUeiie de Grenoble , en garnison à Valence. Là, il derient un des orateurs d'un club dit la Sociéié des amis de la constitution. Toutefois, il continue ses études • et son esprit juge avec profondeur et fermeté les hommes, les choses, le nouvement qni semble l'emporter. Il s'initie à la réTolotion,corome on peut le voir par les frag- Dents de la lettre suivante, qu'il écrit à un de set amis :... « L'Europe est partagée par des ttnverainsquî commandent à des liommes, et par des soayeraiDS qui commandent à des bœufs on à des chevaux. Les premiers comprennent P^itement la révolution , ils en sont épounotés... Mais ils n'oseront pas lever le masque, de peur que le feu ne prenne chez eux. Voilà lliistoiFe de l'Angleterre, de la Hollande, etc. Qoinl aux souverains qui commandent à des cberaui, ils ne peuvent saisir l'ensemble de la rérolution; ils la méprijient, ils croient que ce cbaos d'idées incohérentes entraînera la ruine de l'empire franc. A leur dire, vous croiriez que 008 braves patriotes vont s'entr'égorger, de leor sang purifier cette terre des crimes commis contre les rois, et ensuite ployer la tôte plus bas <iue jamais sous le despote mitre, sous le fakir
^Itré, et surtout sous le brigand à parchemin
C« pays-ci ( Valence ) est plein de zèle et de feu. ^os one assemblée composée de vingt-deux ^^^^^Hhi des trois départements , l'on fit il y a qaioze jonrs la pétition que le roi fût jugé (1)
(i)Daosle procés-Trrbal de la réunion de ces ▼Ingt-deux ••«*«<•, tenac à Valence, le t Jaillct I7M, on trouve •«UoB d'un canorniMT du *• rtfglment d'arUllerle pre- Bttt k pMok pow odrir, en ion nom et au nom de
J'ai porté un toast aux patriotes d'Auxonne (1)... Ce régiment-ci est très-sûr en soldats , sergents et la moitié des officiers. Il y a deux places vacantes de capitaine (2)... Le sang méridional coule dans mes veines avec h rapidité du Rh^ne (3) ». En ce moment Napoléon s'occupait beaucoup des clubs. On lit ce qui suit dans une de ses lettres à Lucien , en date de Serve, près Saint- Vallier euDauphiné, 8 février 1791 : «... J'ai vu à Valence un peuple résolu, des soldats patriotes, et des officiers aristocrates; cependant le président du club est un capitaine... Le club est ici composé de deux cents personnes.... La société patriotique de Valence a envoyé une députation pour tâcher de concilier Avignon avec Carpentras. Cette députation se joindra aux députations des sociétés de Loriol , de Romans, de Montélimart, etc. v On trouve dans cette même lettre cette observation : a Les femmes sont partout royalistes. Ce n'est pas étonnant; la liberté est une femme plus jolie qu^elles, qui les éclipse (4). » En octobre 1791 « la mort de son-grand oncle, l'archidiacre Lucien, rappelle Napoléon en Corse. L'archidiacre Lucien, depuis la mort de Charles Bonaparte, était le piotecteur et le soutien delà famille.
Pendant qu'il était en Corse, se mélaut aux mouvements qui agitaient l'Ile, Napoléon fut nommé capitaine en second d'artillerie (6 février 1792 ). 11 ne rejoignit pas cependant son régiment. 11 venait d'être nommé commandant en second du bataillon des volontaires nationaux (VAjaecio , et cela à la suite d'un coup de mam qui mérite d'être raconté. Sa nomination à ce commandement avait excité les ambitions et rois en campagne toutes les rivalités de famille, tous les partis : d'un cêté ceux qui se groupaient autour des Bonaparte, c'étaient les jacobins; de l'autre les modérés, les aristocrates, ceux qui prenaient le mot de Paoli , le grand Pascal ne se commettant pas lui-même dans une lotte pareille. Mais si exalté que l'on fût de part et d'autre, on tenait à ne pas se brouiller avec le gouvernement; et bien que la nomination fût laissée au suffrage populaire, le succès dépendait de la faveur des commissaires envoyés de Paris pour organiser le bataillon, et de cette question en particulier : Chez qui les commissaires iront- ils loger en arrivant dans rUe? Les commissaires arrivèrent, et, en personnes prudentes y logèrent, sans partialité,
«es eamaradea, « det canons, de« bras et des cœurs >•. Mais il n'est pas dit qne ce caaunnler ait demandé aussi qu'on )ugeflt le roi, ramené alors de Varennes. Coa- TOK, tome 11, p. iS7-lU.
(t) Naudbi , * qui la lettre est adressée se trooralt à Auxonne.
il) Napoléon ne s'oublie pas ; 11 suggère ft Naudln l'idée de le faire nommer capitaine, et Naudin était en position de lui procurer cet avancement.
(S) I^tre à Naudin, commissaire des guerres, en date de Valence. S7 Juillet 17V1. CoaroN, t. I, p. 17S, et t II, p. 143.
(4) Masica, MëM.sur t et\fan€9 de Hiapolêon, eh, iv.
chez celai-ci et ciiez celui-là. Les partisans de Napoléon furent atterrés ; ils s'étalent vantés d'être au mieux avec le gouvernement ; fis se sentaient perdus, et déjà les plus furieux com* inençaient à les abandonner , lorsque , dans la nuit même de l'arrivée des commissaires , Napoléon fit tout simplement enlever celui d'entre eux qui était logé chez son rival le plus dangereux : « Vous n'étiez pas libre chez Peraldi, lui dit-il; ici vous êtes chez vous ». Le commissaire ne trouva point le tour trop hardi ; il en rit, et resta où on Tavait porté. Le lendemain, la bande des votants pour Napoléon était la plus nombreuse. Le jeune Bonaparte fit donner le premier commandement à un ami très-sûr ; pour lui, il ne prit que le second. 11 y avait des Pozzodi Borgodans le parti vaincu (1).
Dans une rixe assez grave entre les volontaires et les habitants de la ville, aux premiers 'jours d'avril 1792, Napoléon fut accusé d'avoir donné à son bataillon Tordre de faire feu sur le peuple ; l'accusation devint si menaçante qu'il dut se rendre à Paris pour justifier sa conduite, en mai 1792. L'accusation fut écartée. 11 reçut l'ordre de reprendre son commandement en Corse, tout en conservant son grade dans l'artillerie. De retour à Ajaccio, avec sa sœur Élisa, qu'il avait retirée de l'École Saint-Cyr, fermée par la Convention, Napoléon entreprit dès la fin de 1792 une expédition contre l'Ile deSardaigne et les tlots voisins de La Madeleine, dans le but de faciliter les opérations d'une escadre commandée par le contre-amiral Truguet (janvier 1793). L'expédition échoua. Paoli fut soupçonné de n'avoir pas été étranger à cet insuccès. Déjà, en effet, il projetait de livrer la Corse aux Anglais. Jusque-là Napoléon avait eu pour son pays natal une prédilection parfois peu conciliable avec les sentiments qu'il devait à la Franco» On ne saurait dire qu'il n'ait pas rêvé pour cette lie une organisation spéciale, un développement maritime, des conquêtes , un agrandissement au milieu de la Méditerranée ; mais pour le moment ce rôle de fondateur d'un Ëtat en Corse était pris par Paoli. De plus, la révolution venait tout d'un coup d'ouvrir des perspectives nouvelles sur le continent. Si Paoli s'en fût tenu à vouloir la Corse indépendante, il est possible que Napoléon, cédant an prjeslige longtemps exercé sur lui par cet homme, qui avait été sa première et sa plus vive admiration , eût consenti à demeurer près du libérateur de son pays natal dans un rôle sinon secondaire, du moins tel que la gloire en eût été partagée. Mais Paoli , déjà vieux , impatient de décider lui-même l'avenir de la Corse et de ne pas mourir en la laissant aux mains de l'anarchie sanglante qui remplaçait en France tout gouvernement, ne résista pas à la tentation de se rattacher à la protection d'un pays qu'il aimait et qu'il estimait grandement ; il appela
U) NMica , jaèm. tur Cen/anee de Napoléon, cb. v.
I l'Angleterre. Napoléon jugea avec son {>énie,et I comme il le devait, cet expédient désastreoi. La révolution ne lui faisait point peur. Il ne doutait pas, à cause de quelques tronbles, des grandeurs toujours réservées au contioeot européen. Paoli devenait chef du parti anglocorse; il se fit chef du parii corse-français. Dès ce moment , il rompit avec l'illustre m\laire, montrant dès lors ce coup d'ceil sûr et cette décision prompte qui plus tard signalèrent toujours son génie. Les Anglais, appelés, arrivaient. Les Corses allaient presque tous à eux ; ils suivaient Paolf . Napoléon se mit à la tête de quelques hommes rest^ fidèles à la France, ou plutôt retenus par son exemple; il intU pour repousser l'étranger, vit sa troupe écrasa par le nombre, ne céda pas, et sortit de son petit patrimoine ravagé, de sa maison incendiée, seul, avec son héroïque mère, ses frères, sfs sœurs en bas âge, faisant face jusqu'au boot à ses ennemis vainqueurs. Napoléon laissa sa famille à Marseille (juin 1793), on elle fut quelque temps dans une gêne extrême, n'ayant l)our vivre que les épargnes du jeune capitaine d'artillerie. Ces épargnes du moins ne lui firent pas défaut. On a de Napoléon le livre de dépenses qu'il tenait depuis son entrée ao service. Dans ce livre, on voit, non sans émotion, quelle était la part qu'il faisait aux besoins des siens snr ses appointements. Cette part est la plus grande.
De Marseille, Napoléon se rendit à Nice, où se trouvait le 4" régiment d'artillerie, dans leqoel il venait d'être promu, le 8 mars 1793, au grade de capitaine en premier. C'est de Nice qu'il reçut des ordres pour faire partie d'une colonne chargée de soumettre les bandes des fédères du midi, insurgés contre la Convention, l^^] toire a peine à le suivre dans cette mission, qa' le porta tour à tour à Valence, où il se joignit au corps expéditionnaire du général Carteaux;à Avignon, où, même sous les ordres de Carteaux , il eut seul à peu près le mérite à on avantage assez décisif obtenu sur les fédérés;» Reaucaire enfin où , recourant à Téloquence et à la raison après avoir fait usage des armes, il imagina son Souper de Beaucairej dialogue oh le jeune capitaine d'artillerie prend à tâche de démontrer à deux interiocuteurs, partisans oc la fédération, l'impuissance et la folie du mouvement de résistance entrepris par le ni*** contre la Convention ( juillet 1793). La destiné* qui pressait Napoléon était implacable; îUûU^ vain voulu se tenir en dehors de cette politique orageuse et terrible qui emportait alors la France . le parti qu'il avait dû prendre en Corse pour résister aux vues aristocratiques de Paoli et « ^. projets d'alliance avec l'Angleterre, P*"',.!' I obligea Napoléon à s'appuyer snr ce q«» J I avait de plus révolutionnaire dans l'Ile; M^^^^ I militaire, qui l'enchalnaîl au drapeau du nw
veau gouvernement de la France; les néce: i de sa famille, qui ne lui permettaient pas d iw»
rompre fioa service dans un moment où ce devoir militaire l'obligeait à combattre des Français qui n'étaient pas tous ennemis de la révolution, mais dont la plupart la voulaient sealeroent moins tyranntque, moins sanglante, moios contraire aux traditions du pays; Thunamiémémey qui lui suggéra d'essayer de con- Taiocre par la parole des concitoyens qu'il était trop dur de réduire uniquement par les armes ; rapdogie qu'il dut faire ainsi des idées et de la politique de la Ck>nvention, tout entraînait et poussait Napoléon dans cette voie où le précédaient des agents sinistres des colères et des justices d'en haut, poursuivant sans pitié la ruine de l'ancienne société ; il semblait que le génie de la révolution ne voulait accepter Hiomme nouveau pour régulateur qu'à ta condition de l'avoir eu tout d'abord pour complice de ses aspirations emportées et de ses sanglantes reprisions (1).
La campagne contre les fédérés du midi, plos encore qne la conduite de Napoléon en Corse, avait appelé sur lui l'attention du gouvernement. Il ne lui manquait plus qu'une occasion pour apparaître euGn sur la scène du monde. Cette occasion se présenta : ce fut le siège de Toulon.
i S'iéff* de Tonton, Inspection et armement det eôtês d« la Méditerranée. Commandement de eartUlerie de tormée d!'Italie, — S. ArreitaUon de Napoléon Après la chuCe de Robespierre- — 7. Sa mise en disfonibUUé. Séiour à Paris. Emploi pris du comité de uint pttUic. Se$ projets sur l'Orient ; demande d'une atiision. — t. Journée du 18 vendémiaire. ComnuuidemstU de Varmée de riiUérieur» — 9. Mariage avec JotépMne.
(Septembre 1793 — 9 mars 1796. )
5. Dans les premiers jours de septembre, la ^lle et les forts de Toulon ayant, par trahison , été livrés auK Anglais, Bonaparte se rendit immédiatement à Paris, où il obtint du comité de ^iut public le commandement provisoire de l'artillerie de nége ;puis, repartant aussitôt, il était daoâ les derniers jours de septembre sons les murs de la ville insurgée. Il n'y rencontra d'abord ^ des obstacles, forcé qu'il était de lutter contre l'ignorance et l'entêtement des généraux Carreaux et Doppet. Enfin Dugomroier, homme de
iU Le déffoût eommençiit k le prendre. Napoléon, le SiaiUet 1793, écrlvatt de Paris à soa frère Lucien : <: Ceox qui sont à la tête sont de pauTres hommes. Il fait «vouer, lonqne l'on TOlt tout cela de prêt, que les ^P4«s Valent peu la peiœ que Poo se donue pour m^ JKr leur fateur. On connaît l'histoire d'AJaccio; celle ^ l*ar)s est eurtement la même ; peut-être les hommes y »Qt-iu plu petits, plus méchants, plus calomniateurs... Le PrançaU est oo peuple vieux , sans préjugés , sans «04. Chactta cherche son intérêt et veut parvenir... Loi) Intrigue aujourd'hui aussi bassement qne Jamais. Jaut cela détroit l'ambition.... Vivre tranquUIe. Jouir ^afleenoQs de U (aiuUlc et de aol-ffléme : Tollà, mon w, lorsque l'on Jouit de 4 A 1,000 francs de rente, le Pirti qœ iv>a doit prendre, et que Ton a vlngt-ctnq A jwranie ans, c-esl-àHllre lonque l'Imagination calmée ■e tOQj towmcnte plus ». ( NAucà, chap. rai.)
mérite et général distingué, ayant pris la direction du siège, tout changea de (ace; les travaux furent poussés avec vigueur; et dans un conseil de guerre, du 25 novembre, Bonaparte développa un plan d'attaque qui fut aussitôt adopté. Un mois après, les républicains rentraient triomphants à Toulon (20 décembre 1793).
Durant le siège , des avancements successifs avaient été la récompense des services du jeune commandant d'artillerie; le 20 décembre, jour même de la reprise de Toulon, il avait été nommé général de brigade provisoire; confirmé dans ce dernier grade le 6 février 1794, il reçut le commandement de l'artillerie de l'armée dltalie, en même temps la mission d'inspecter et d'armer les côtes de la Méditerranée de Mar« seille à Menton. Cette mission faillit lui être fatale. Ayant prescrit des travaux de défense pour relever les enceintes du fort Saint-Nicolas à Marseille, qui ne servait, disait-on, qu'à maîtriser la ville, il fut, malgré les explications qu'il donna sur ce fait, dénoncé au comité de salut public (15 mars 1794 ) et mandé à la barre de la Convention. Sur les instances des représentants du peuple, le mandat d'amener ne fut pas mis à exécution. Le général Bonaparte reçut l'ordre de se rendre au quartier générai de l'année d'Italie.
Les ennemis étaient déjà en mouvement lorsque Bonaparte rejoignit l'armée. Après avoir reconnu les positions qu'occupaient les Austro-Sardes, le jeune général, à peine arrivé, conçut le projet de les tourner par leur gauche, en n'engageant avec eux qu'une guerre de montagne sur les liauteurs des Alpes. Ce plan fut adopté dans un conseil de guerre où siégeaient les représentants du peuple Ricord et Robespierre jeune. Le succès ne tarda pas à prouver la justesse de ses combinaisons. ^Dans cette courte campagne, l'armée d'Italie fit de nombreux prisonniers, s'empara d'Oneille et de Saorgio, et occupa toutes les hauteurs des Alpes aux Apennins (2 avril, 12 mai 1794). Bonaparte, voulant que l'on mit à profit les succès obtenus, présenta de nouveaux plans d'opération, dans lesquels les armées des Alpes et d'Italie devaient faire leur jonction par la vallée de la Stura et porter le théâtre de la guerre au milieu des plaines du Piémont. Ces plans furent adoptés^ mais restèrent sans exécution*
6. Cependant la révolution venait d'avoir une crise à Paris. Les inflexibles, les purs, les violents étaient abattus. La chute de la montagne au 9 thermidor devait atteindre Bonaparte, compromis par son jacobinisme connu et par ses liaisons avec Robespierre jeune (1). Les représentants
(1) Joseph Robespierre a porté snr Napoléon an Jugement remarquable à plus d'un Utret dans une lettre con* fldentlelle écrite par lui * son frère, en date de Nice, 16 germinal an ii (8 avril HM), alors que Napoléon était à peine arrivé depuis neuf Jours à Tarmée d'Italie, Joi seph Robespierre s'exprime ainsi : ■ J'ajoute aux patriotes
:.ii9
Albitte, Saliceti et La Porte rendirent an arrèlé par lequel le général Bonaparte, suspendu de ses fonctions, devait être envoyé à Paris devant le comité de salut public (6 août 1794). Bonaparte fut arrêté, mis au seeret dans le fort Carré d*Antibes. Junot, son aide de camp, prépara pour lui on projet d*évasion : c'était la perspective de l'émigration qui s'ouvrait devant le général captif. Bonaparte, par une de ces inspirations qui ont longtemps assisté son génie dans les circonstances décisives , résolut de braver le danger dont il était menacé (1) ; il refusa de se prêter au projet d'évasion de Junot. Mais il réclama près des représentants. Ceux-ci le mirent en liberté provisoire quelques jours après ( 20 août ), et parmi les motifs qu'ils alléguèrent pour justifier cet élargissement, ils signalaient la situation critique de l'armée d'Italie. Ils ajoutaient d'ailleurs qu'ils n'avaient trouvé aucun fondement aux soupçons conçus contre lui et qu'ils attendaient de Paris des ordres pour statuer définitivement à son égard.
Bonaparte rejoignit aussitôt le quartier général, où il proposa ses plans de campagne au général Dumerbion^ qui les accepta. Le 19 septembre, il mit l'armée en mouvement, chassa l'ennemi des positions de Saint-Jacques, MontenotteetVado, tourna les Autrichiens, et les obligea à une prompte retraite en les attaquant sur leurs derrières , puis ouvrit des communications avec Gênes, que menaçaient les Anglais. Après ces rapides succès, l'armée dltalie, condamnée à une guerre défensive, étant retombée dans l'inaction, le général Bonaparte en profita pour faire de fréquents voyages de Marseille à Nice et continuer Parmement des côtes de la Méditerranée ( octobre 1794, avril 1795).
7. Bonaparte se trouvait à Marseille lorsqu'il apprit que, dans une nouvelle organisation de l'armée, il avait été réformé. Se rendant aussitôt à Paris ( vers le milieu de mai ) pour réclamer contre cette mesure, il parvint à voir le dépoté Anbry, président du comité de la guerre, qui maintint la décision en lui disant qu'il était trop jeune pour commander Tartillerie d'une
que Je t'ai déjà nomiBâi, le cUojren Bonaparte, générit, cbef de rartillerte, d'an mérite transcendant. Ce dernier eat Corse; U n'offre que la gtranUc d'un homme de celte nation, qui a réalsté ans caretaea de PaoU et dont lea propriétés ont été nragéet par ce traître, m Cette lettre, restée Inconnue jusqu'ici, faisait partie d'une collecUon d'autugraplies appartenant à M. Fossé d*Areosse et vendue an eommencemeot de l'année iBét. Le fragment cité nous a été communiqué par M. A.-F. Didot. L'espèce de méfiance qui se montre dans les derniers mots de cette lettre n'a pas résisté par U suite à des communIcaUons plus InUmes. Si l'on en croU tin brutt du tempïK Robespierre Jeune offHt an général Bonaparte de remplacer Hanrfot dans le commandement de la garde nationale de Paria ( Mémoires dé Uieien Bùnaparte, 1. 1, p. M, onvrage apoer7pbe, croyomMioiis, mais assex bien renseigné).
(1) NspotéoB n'était accusé de rien boIbs qoe d'un complot pour llner l'armée à l'ennemi dans l'Intérêt do royalisme. Voir Cotroir, dans les pièces JustlfleatlTes, tome 11, p. sto. Bapport des r§prétentantt du peuple an cDiilM, 19 XAertMdor an //.
f armée. « On vieillit vite sur le champ de ba- I taille, répondit Bonaparte, et j'en arrive. » , Mais ses protestations furent inutiles. U résolat ! d'attendre un moment plus favorable; son séjour forc4î à Paris devait devenir l'occasioa de sa haute fortune.
On le désigna pour le commandement d'une brigade d'infanterie dans l'armée de l'ouest; il refusa et attendit, bien que la privation de son traitement commençât à le soumettre à de dures extrénutés.
Mais on se souvint au comité de la guerre, où Doulcet de Pontécoulant venait de succéder ï Aubry, des plans fournis par Bonaparte dans la campagne précédente; on voulut utiliser ses connaissances spéciales, et on l'employa au bureau topograpbique, direction des cartes et plans.
Bonaparte rédigea pour les généraux des armées des Alped et d'Italie des mémoires, des notes, des instructions que ceux-ci ne comprenaient pas toujours et que lui-même devait plus tard mettre à exécution.
L'emploi était important, mais obscur et saQ<: avenir. Ses vaines tentalives pour écliapperà l'inaction et à la médiocrité le plungèreot alors dans le découragement. Méconnu,isolé,perdudan$ la grande capitale, il y promenait ses fiévreuses rêveries, plein de la conscience de son génie et cherchant un terrain où il pût se développer. Ce fut dans ces sentiments qu'il adressa au comité de salut public une note dans laquelle il sollicitait une mission en Turquie. Le comité refusa, sur l'avis de Jean Dcbry, qui conseilla de ne pas éloigner un oflicier aussi distingué, dont on pouvait regretter l'absence dans des àrconstances difliciles. La Turquie n'eut point son réformateur. L'Europe échappa aux représailles de ce génie qui avait projeté de se lever de l'Orient.
Les troubles politiques de la France loi vinrent enfin en aide.
8. La constitution de Pan lu, la mesure prise par la Convention de se maintenir pour les deux tiers dans la nouvelle législature, excitaient dans Paris une vive agitation. U révolution touchait à un moment critique. Épuisée par les excès* do régime de la terreur, ramenée malgré elle ^ ^ modératioD par la réaction qui avait suivi le 9 thermidor, impuissante à se conserver par U modération, impuissante àrevenir aux expédients de la violence, elle était tombée dans le désespoir et le marasme ; elle avait beaucoup détruit, elle n'avait encore rien édifié. Sans institutions assurées, sans finances, sans administration, sa faiblesse apparente provoqua l'aodace de ses ennfr mit. Les royalistes, en prenant les armes contre la Convention, comptaient sur l'appui des fi^ blns, qui avaient à se venger de la journée ûo 9 thermidor; ils n'avaient pas cessé de conspirej pour le retour de l'émigration et le réUWisswnwi deranciennemonarchie;jamai8il8n'avaientiaisc Toirautantdeeonfianoedanslearprochainsacces-
NAPOLÉON l**^
Anx premiers symptômes de rmsarrection, un incident grave faillit tout perdre : le commandement de la force année avait été donné à un homme dont les opinions pour le gooTemement établi étaient très-prononcées , au général Me- 000 ; mais ce héros de guerre civile eut peur de U bourgeoisie ameutée, il eut peur de tirer le ODOD contre la masse la plus violente du parti des sectûnnalres; au lieu d*agir il parlementa avec les rebelles. Ce fut alors que Barras, on des hommes du moment, songea au général de brigade Bonaparte. Celui-ci fut appelé à la dernière heure : le mouvement gagnait tout Paris. Pour la première fols, Napoléon demanda à réfléchir avant d'accepter : il s'agissait de se décider entre l'ancienne société, que rien encore n*avait définitivement abattue, et la non- Telle, que rien encore n'avait fondée. Après une demi-heure de refleiion, dans la nuit du 12 vendémiaire il se décida, et il accepta de défendre et de sauver la nouvelle société. Nommé ooramandant en second de l'armée de l'intérieur. Barras conservant le commandemoit en premier, le général Bonaparte prit tout aussitôt ses dispositions. Le lendemam 13 yendémiaire an it(& octobre 1795), llnsurrection éclatait. Mais Bonaparte, qui avait passé la nuit à réunir les moyens de défense, ne craignit pas, comme Menoo, de réprimer le peuple souverain : son artillerie, dirigée d'une main sûre, dégagea les abords de la Convention des rassemblements qui la menaçaient et foudroya les sectionnaires sor les marches de Saint-Roch , dans la me Saint-Honoré, devant le Palais Égalité, partout où ils osèrent se reformer et résister. La victoire resta à la Convention. Le 14 vendémiaire, Bonaparte faisait sur ses opérations un rapport dans kqoel on trouve les traces des doutes qui assiégeaient encore sa pensée : il était devenu défi- ■ilivemenl lliorome de la révolution ; mais la Térdotion était-elle sauvée? L'avenir recelait eacore dans ses obscurités sa réponse à cette qKstion. En attendant, le pacte était fait, écrit arec do sang, et la fortnne« qui avait jusque- là résisté aux vœu ardents de Napoléon, vint toat d^oncoop à lui, les mains pleines de faveurs ; elle lui apporta le grade de général de division, le commandementea chef de l'armée de l'intérieur, l'attention de la France, lareoonnalssanoe du parti révolntionnaire , les respects et les propositions Werètes do parti de la réaction. Bonaparte orguiisa le service de la force armée à Paris , la ^pression de la chooanerie dans quelques dépsrtementi de la Normandie, et commença à pi^re une part directe aux actes du gouvemeineat. Dans cette atmosphère de l'action et du iQQoès, ses flMuItéSyjusque-là oontrariéea et chagrines, se donnèrent on lihre cours ; il se transforma : ceux qui l'avaient oonnu auparavant et ^ vinrent le voir dans sa nouvelle position dirent frappés des changements qui s'étaient faits AMesa personne. C'était une transfiguration.
9. Dans les premiers jours de mars 1796, Bonaparte se maria avec Joséphine Tascher de La Pagerie, veuve du général de Beauhamais, et ce mariage, qu'une vive inclination avait déterminé, fut encore pour sa fortune un heureux incident; car Joséphine de Beauhamais avait avec les hommes des anciens partis royalistes des relations qu'elle sut mettre au service des ambitions de son jeune époux. Napoléon n'avait vécu jusque-là que parmi les choses et les hommes de la l^évolution : il eut désormais près de lui les sentiments de l'anden régime représentés par l'Influence habile et pénétrante d'une femme aimée.
10. Étmt U Varméê drit&Uê, Dit^euttét à vaitter», — 11. Première campaçM eoiUr» Colli et Beaulieu. ~ la. Soumission du Piémont. Conquête delà Lambardie. — il. ArmàtUees ave U due de Parme, le due de Modéne, ta eour de Naplm» laeowr de Borne, Poc^^le»tUm de toute ntalie,
( 27 mars — 29 juin 1796. )
iO. Le 27 mars 1796, Napoléon partit en toute hAte pour Nice, où rattendait le commandement en chef de l'année d'Italie, auquel il avait été appelé depuis te 2 du même mois (i).
Lorsque le général Bonaparte prenait à Nice le commandement de l'armée d'Italie, le terrain n'était pas nouveau pour lui ; depuis trois ans il en faisait le sujet de ses études. Il allait appliquer les conseils qu'il avait tant de fois inutilement donnés. Le vulgaire , émerveillé des éclatants succès d'un général inconnu, put s'imaginer assister aux révélations spontanées «du génie; mais le génie, même le plus extraordinaire, a besoin d'être fécondé par le travail ; et c'est ce qui fit tout d'abord la supériorité de Bonaparte : ses mpides triomphes araient été préparés par de lentes méditations.
Mais s'A n'eut pas à improviser ses plans de campagne, il eut à subvenir à d'autres difficultés qu'il n'avait point pu prévoir. On lui avait annoncé une armée de 60,000 hommes; il en trouva à peine 30,000 disponibles, dont 3,000 hommes seulement de cavalerie; celte armée n'avait point de parcs d'artillerie; il ne lui restait que trente pièces de canon, et elle était en haillons, sans souliers, sans munitions, sans finances. Les administrateurs volaient. Les soldats pillaient. Le mécontentement; le dénuement , l'exemple du mal, llmpunité et rinaction avaient rendu toute cette troupe indisciplinée, sans respect pour l'autorité, dissolue et farouche. Elle était un effroi pour les populations ; tout se retiraH d'elle et tout lui était contraire. Jamais, depuis les invasions du cinquième siècle, des barbares pareils n'avaient campé aux portes de l'Italie.Cette bande, qui avait derrière elle un gouvernement hors d'état de l'assister, avait d^ant elle une armée ennemie
(I) Les hittorieiM mettent cette nomloatlon an is té' Trier ITM; les ttâU de serrlcet de Ilapoléon portent it ventôse an iv, on t man i7N.
de 80,000 combattants, pourvue d'une nombreiise cavalerie et de 200 pièces de canon^ gardant les dmes des monts et leurs passages, adossée à des contrées où tout lui était secours, l'amitié des habitants, leur efTroi de rimpiété française , la richesse inépuisable des campagnes. La mer aussi était aux ennemis des Français; les Anglais tenaient la Ck)rse, Tlle d'Elbe, Livoume; ils couraient le long des odtes, les interceptaient , jetaient aux populations italiennes des nouvelles, des bruits, des assurances pour les animer et les raffermir dans leurs antipathies contre les Français : le monstrueux gouvernement qui insultait aux lois divines et humaines et qui opprimait la France était aux abois à Paris; on se révoltait contre lui ; ses partisans eux-mêmes traitaient pour l'abandonner; d'ailleurs, l'Europe entière était coalisée; elle s'apprêtait à se lever; Dieu, la justice allaient avoir leur jour.
Bonaparte ne se dissimula aucune de ces difficultés; il vit du premier coup d'œil qu'il lui fallait rétablir la discipline, inspirer aux soldats une absolue confiance,' soumettre ces généraux qui murmuraient de Tavoir si jeune à leur tête, frapper toutes les imaginations par son activité, sa fermeté, les ressources de son génie, son attitude exempte de faiblesse, se faire craindre, aimer, admirer ; ne n'en attendre du gouvernement; tout tirer de la victoire elle-même ; suppléer à l'infériorité du nombre par la rapidité des mouvements, à l'insufiisance de cavalerie et d'artillerie par le choix des positions; rétablir une administration militaire, se faire des finances, proscrire l'improbité administrative ; substituer aux pillages qui gaspillent les ressources d'un pays et le rendent hostile, des contributions de guerre qui ne frappent que les riches et des réquisitions régulières qui , payées , font passer entre les mains du petit peuple producteur et commerçant l'argent pris dans le coffi-e des riches; faire plus que de ménager ainsi autant que possible les |)ays iteliens, se les concilier par le respect montré en toute occasion pour les prêtres, les églises, les femmes; détruire en eux la croyance que les républicains français étaient des barbares; affecter à tout propos une vive et sympathique attention pour les sciences, les arts, les monumenU de l'histoire du génie national ; opposer aux méfiances de leur vieille civilisation, aux effrois de leur fidélité religieuse ou poliUque la magie des idées nouvelles de liberté et d'égalité ; ne point se manifester à eux comme un conquérant, mais bien comme un libérateur et l'initiateur réservé par la Providence k rin(«puisable fécondité du génie italien. Bonaparte fit tout cela, en courant, pendant qu'il batUit des armées ennemies sans cesse renouvelées, et que de plus il avait à lutter contre le Directoire, qui, bien loin de l'assister, lui envoyait des plans absurdes, voulait les lui
imposer, le jalousait, le craignait et ne lui épargnait aucune contrariété.
1 i . Les prodigieuses campagnes d'Italie se composent de plusieurs périodes. La première comprend trois opérations bien importantes et déjà décisives : Bonaparte , arrivé à Nice le 27 mars 1796, entreprend 1<* de tourner les Alpes; 2° de séparer les Piémontais des Autrichiens; 3** tout en contenant les Autrichiens, de battre et de soumettre d'abord les Piémontais. Ces trois opérations se développèrent dans une série d'actions rapides ; chaque jour eat son fait d'armes : le 1 1 avril 1796, les hostilités commencent au combat de Yoltri; le 12 et le 13 les batailles de Montenotte et de Millésime; le 14 la prise du château de Cosseria, où le général autrichien Provera est fait prisonnier arec les siens; le 15 la bataille de Dego; le 16 la prise du camp retranché de Ceva; le 19 le combat de Vico; le 22 la bataille de Mondovi ; le 25 la prise de Cherasco, de Fossano et d'Alba. En quinze jours les trois premières et grandes opérations étaient terminées : les Alpes avaient été tournées, les Autrichiens séparés des Piémontais, et les Piémontais, battus coup sur coup, étaient menacés dans leur capitale.
12. Le 28 avril 1796 se signait à Cherasco l'armistice par lequel le roi de Sardaigne quittait l'alliance de TAutriche, demandait la paix à la France, et en attendant un traité définitif laissait entre les mains de l'armée française les trois places fortes de Coni, de Ceva et de Tortone. Bonaparte annonça ainsi à l'armée , à la France, à l'Italie, à l'Europe cet étonnant résultat :
Quartier général de Cberasc^ 9 floréal an IV (28 avriH796}.
I Soldats ! vous avez en quinze jours remporté six victoires, pris vingt et un drapeaux, cinquantecinq pKices de canon, plusieurs places fortes, conquis la plus riche partie du Piémont ; vous a? ez fait quinze mille prisonniers (1), tué ou blessé dix mille hommes.*.. Dénués de tout, vous avez suppléé à tout; vous avez gagné des batailles sans canons, passé des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-devie et souvent sans pain. Les phalanges répablicaines , les soldats de la liberté étalent seuls capables de souffrir ce que vous avez souffert ! Grâces vous soient rendues, soldats.'...
I Les deux armées qui naguère voos attaquèrent avec audace fuient devant vous; les hommes pervers qui se réjouissaient dans leur pensée du triomphe de vos ennemis sont confondus et tremblants.
« Mais, soldats, vons n*avez rien fait, puisqu'il voos reste encore à faire. Ni Turin ni Uilan ne sont à vous ; les cendres des vainqueurs des Tar* qulns sont encore foulées par les assassins de Basseville.
< Vous étiez dénués de tout au commencement de la campagne ; vous êtes aujourd'hui abondam-
(1) C'est dtx-s«pt loille que la proclamation aurait dâ porter; cette erreur de cbUfre a été plus Urd rectlâée.
rr
ment poonras. Lea magasins pris h tos ennemis foot nombreux. L'arliileric de siège et «le campagne est arrivée (1). Soldats, la patrie a droit d aitendre île yoas de grandes choses. JustiQerez- TOUS Eon attente?... Tous brûlent de porter au loin la gloire du peuple français; tous veulent homilier les rois orgueilleux qui osaient méditer denoBS donner des fers; tous Teuleiit dicter unç |Mix ^rieuse et qui indemnise la patrie des sacif ces immenses qu'elle a faits; tous teulent» CD rentrant dans leurs Tillages, pouvoir dire avec ferté: « J*éiaù de l'armée conquérante de VI-
talie*»
fl Amis, je vous la promets, cette conquête ;mais fl est une condition qu'il faut que vous juriez de remplir, c'est de respecter les peuples que vous déJvrez, c'est de réprimer les pillages horribles auxquels se portent des scélérats suscités par nos ennemis. Sans cela vous ne seriez pas les libérateurs des peuples, tous en seriez les fléaux. Vous or feriez pas l'honneur du peuple français, il vous dévouerait; vos victoires, votre courage, vos ntccés, le sang de nos frères morts aux combats, ((■ut serait perdu, même l'honneur et la gloire. Qoant ï moi et aux généraux qui ont votre oonfiance, nous rougirions de commander une armée sans discipline, sans frein, qui ne connaîtrait de loi que la force. Mais, investi de l'autorité nationaie, fort de la justice, et par la loi, je saurai Ure respecter à ce petit nombre d'hommes sans roarage et sans cœur les lois de l'humanité et de rthioneor, qu'ils foulent aux pieds ; je ne souffrirai pas que des brigands souillent vos lauriers... Les pillards seront impitoyablement fusillés; déjà plosteurs l'ont été....
< Peuples de Pltalie, l'armée française vient pour rompre vos chaînes; le peuple français est l'ami de tous les peuples : vrnez avec conKaiice au-deunt d'elle; fos propriétés, votre religion et vos Gsaçes seront respectés. Nous faisons la guerre en nnemis généreux ; nous n'en voulons qu'aux tyrans ^i vous asservissent (2). •
En envoyant à Paris Tarmistice de Clieraseo^ Bonaparte écrivait au Directoire : « Quant aux conditioDS de la paix avec la Sardaigne,voua pouvez dicter ce qui tous convient, puisque jâi eo mon pouvoir les principales places fortes (3) ».
L'évacoation de la Lomhardie par les Aufricbiens marqua la secomie période des cam* P^nes d'Italie. Deux événements la décidèrent: le passade du Pô et la bataille de Lodi. 11 était iiopQ$.Mble de pas.<^r le Pô sans équipages de pools a devanl l'armée ennemie. Beaulieu, qui le savair, ne perdait pas de^vue son adversaire. 11 tlait posté sur la rive opposée , et là , dans une ^^toalion naturellement fortifiée, le long de TA- ^jç», do Terdoppio et du Tessin , il attendait, otfê^rvaot tous les mouvemeats de Tarmée fran-
lOCeh n'était pas tont A fait exact, mats pouvait di> Kaner la conHanee de l'ennemi, augroenler celle de r^riMtf er donner au Dincloire un utile avertisaeiiient.
!)) Pmrl«inaiion insérée dans la C'ormpontfiinca de Aspo/ran /«r, tout le n* 194.
A l^etire da quartier fr«néral de Cherasno , 9 floréal **> '▼ m avril iiH). Corrupondanee de ffapoiéon Itr,
KOOY. BIOCR. CÉNÉR. -> T. XXXTII.
çaise. Les hommes de Part disaient que la fortune du jeune général, après s'être annoncée si brillamment, touchait déjà à son moment critique. Ceux qui lui étaient le plus favorah/es ajournèrent la reprise de ses succès à l'époque où, avecTaidedu Piémont soumis, il pourrait se construire des équipages de ponts. Cela devait bien exiger plus d'un mots. Mais dans cet inter- Talle de temps combien d'événements imprévus pouvaient surgir 1 II y avait des paris ouverts pour et contre le passage du P6 par l'armée française. Bonaparte , qui sentait mieux qu'un autre la gravité de sa situation, eut recours à la ruse. Diverses démonstrations militaires et diplomatiques firent croire quMl se disposait à effectuer le passage du Pô à Valence. Mais pondant qu'il attirait ainsi l'attention de l'ennemi sur un point , il faisait filer son armée , rapidement et sans bruit, sur un autre point, le long du fleuve , ne s'arrêtant qu'à Plaisance, décidé à revenir en arrière et à tenter de passer à Valence-, s'il avait été suivi. Il ne fut pas suivi ; et tout aussitôt il mit en réquisition, à la hâte, les bateaux et bois pour radeaux qu'il put se procurer dans le pays, et le passage commença. Dans le premier moment on put craindre que Beaulieo, averii à temps , accourait, et que le mouvement était compromis : deux escadrotis de hussards hongrois parurent à l'horizon, et se jetèrent sur les premières troupes françaises qui venaient de toucher terre. Mais ils furent reçus par Lannes, qui fit là des prouesses dignes des temps héroïques. Les hussards, repoussés par une poignée d'hommes, prirent la fuite, et derrière eux il n'y avait point l'armée de Beaulieu. Le passage du Pô s'effectua; mais il prit deux jours.
Bonaparte avait mis à profit les quarantehuit heures de son séjour forcé à Plaisance. II signa des armistices avec le duc de Parme, avec le duc de Modène, qui, renonçant, comme le Piémont au parti de l'Autriche, s'obligèrent à liyrer à l'armée française dix millions chacun, plus des munitions et fournitures de guerre, et un certain nombre de chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture clioisis dans leurs galeries pour les musées de Paris (9 mai 1796).
Cependant Beaulieu, qui avait enfin appris le passage du Pô par l'armée française , se mit en mouvement pour s'opposer à la marche de son ennemi. Mais il s'y prit assez mal ; il envoya devant lui un premier détacliement, qui fut battu à Fombio (8 mai 1796); un antre détachement ne sut pas profiter d'un avantage partiel qu'il faillit obtenir à Codogno (9 mai 1796). Beaulieu se retira sur Lodi, derrière TAdda. Bonaparte ne manqua pas de l'y suivre; un autre général n'eût pas résisté au désir d'aller d'abord triompher à Milan, dont le chemin lui était désormais ouvert. A Lodi fut achevée la conquête de la Lombardie (10 mal 1796). Napoléon a dit plus tard qu'il eut alors seulement le premier pres-
sentiment de sa futare et prochaine grandeur (!)• La victoire de Lodi mit en fuite Beaulieu, qui ne s* arrêta même pas derrière le Mincio, et se retira au delà de TAdigr, afin de pouvoir gagner [t Tyrol. La première campagne d'Italie ^tait terminée ; Bonaparte le signifia eo ces termes , le 15 mai 1796, par une de ces proclamations qui n'étaient pas les moindres révélations de son génie.
Quartier général de Milan.
1^ prairial an iv (20 mai 1796).
« Soldats! vous vous êtes précipités comme un torrent du haut de l'Apeoniu : vous avez culbuté, dispersé, éparpillé tout ce qui s'opposait à votre marche. — Le Piémont, délivré de la ty rannie autrichienne, s'est livré à ses sentiments naturels de paix et d'amitié pour la France. — M.bn est à vous, et le pavillon tricolore flutte dans toute la Lomhardie. — Les ducs de Parme et de Uodène ne doivent leur existence politique qu'à votre générosité. — L'armée qui vous menaçait avec tant d'orgueil ne trcuvc plus de barrière qui la rassure contre votre courage. — Le Pô, le Tessin, PAdda n'ont pu vous arrêter un seul jour ; ces boulevards vantés de l'Italie ont été insuffisants; vons les avez franchis aussi rapidement que l'Apennin. » Tant de succès ont porté la Joie dans le sein de la patrie ; vos représentants ont ordonné une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la république. Là, vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos amantes se réjouissent de vos succès et se vantent avec orgueil de vous appartenir. » Oui, soldats, vous avez beaucoup fait : mais ne vous reste-t-îl donc plus rien à faire ? Dira-ton de nous que nous avons su vaincre, mais que nous n'avons pas su profiter de la victoire? La postérité nous reprochera-t>elle d'avoir trouvé Gapoue dans la Lombardic? Mais je vous vois déjà courir aux armes ; un lâche repos vous fatigue ; les journées perdues i)our la gloire le sont pour le bonlicur. Eh bien, partons! Nous avons encore des marclies forcées à faire, des ennemis à soumettre, des lauriers à cueillir, des injures à venger. — Que ceux qui ont aiguisé les poignards de la guerre civile en France, qui ont Ùchemeot assassiné nos ministres, incendié nos vaisseaux à Toulon, tremblent ; Theure de la veiigtancea sonné.
— Mais que les peuples soieut sans inquiétude; nous sommes amis de tous les peuples , et plus particulièrement des descendants des Brutus, des Scipions et des grands hommes que nous avons pris puur modèles. Rétablir le Capitule, y placer avec honneur les statues des héros qui so rendirent célèbres, réveiller le peuple romain, engourdi par plusieurs siècles d'esclavage, tel sera le fruit de vos victoires Elles feront époque dans la postérité. Vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de l'Europe.
— Le peuple français, libre, respecté du monde entier, donnera à l'Europe une paix glorieose, qui
(t)« Vendémiaire et même Montenotte, dlMlt Napoléon ft Satnte-Héleiie, no me poriër<-nt pas encore à me croire un homme nupcncur. Ce n'est qu'après l^di qu'il rae vint dans l'jdée que je pourrnh bien devenir on acteur décliiir sur noire !«cene politique. Aiofii naquit U première étincelle de h h iule xmbtilon. » Il avait ajouté dant une autre occaMon : m Ce Tut alors que Je comuieoçai d'eotrer en malice avec le Directoire. »
l'indemnisera dés sacriBces de toutes espèces qu'il a faits depuis six ans. Voos rentrerez alors dans vu foyers, et vos concitoyens diront en vous moolraat : 11 éUit de l'armée d'Italie (I ) ! >
Après la soumision du Piémont, Bonaparte avait proposé au Directoire de faire attaquer l'Autridie par l'Allemagne; les armée» du Rhin et d*italie auraient ainsi opéré de concert, et il est probable que la paix eût été conquise soos les murs devienne parles deux armées- combinées. Mais le Directoire n'avait pas deux généraux comme Bonaparte capaWesde faire la guerre sans aucun secours du gouvernement; d'ailleurs, il commença dès lors à redouter l'esprit, la fortune, les victoires du jeune conquérant ilc l'Italie, Loin de se prêter au projet, grand et sage à U fois, que Bonaparte avait eonçu, il dissimula pw son inquiétude et son mauvais vouloir; après U baUille décisive de Lodi, il prit un arrêté par lequel il partagea le commandement de rarniée d'Italie entre Banaparte et Kellermann; Bonaparte était réservé à opérer contre le pap«, ^^^^ le roi de Naples, contre les Anglais, penéaal que Kellermann serait opposé aux Aotnchieas dans le Tyrol. Bonaparte proteste contre ce ne division du commandement; il en rcprésenla les inconvénicnte ; il offrit même sa démission ,q«i ne pouvait pas être acceptée dans l'étal d e^ thousiasme excité par ses brillantes et rapHies victoires. L*arrété fut rapporté.
13. Ainsi assuré de rester en ïtolie, Bo"*P*" songea à utiliser le répit que lui laissaient les Antrichiens, pour paciBer sa situation dans la RW suie. Déjà, tout en poursuivant Beaulieii, H »"■; obligé à un armistice et à la soumisbion i» ducs de Parme et de Modèoe (9 mai 1796;, avait eu de plus à réprimer une «««"""f^^^r Pavic, et il l'avait fait de manière à terrifier po« l'avenir les partisans de rAulriclic ( 22-2* ^ 1796). Cependant, les fortes popol»*»®»* ^^ '^.j impériaux , près de Gênes , osèrent se lever au^^ contre l'armée française; à leur tour, eurent À servir d'exemple par le clïâHn^w q leur fut infligé (14 juin 1796). î^«J.^„r ment , Bonaparte se tournait contre l '"^^'^ de l'Italie, où le Directoire tenait tant a P^ ter la guerre : là se trouvait le paP*» ^ principal de la haine du gouvernement rep blieain de Paris. Bonaparte vil le g^*". ^ ^, ii Toscane, et le confirma dans les î"^""**"* ^g; paraissait être de vivre en paix avec la \^ ' il conclut un armistice avec la cour de rr-^F ^ qui, effrayée des succès de la France en ua»f, ^ relira de la coalition et demanda la pà\% P J.^. 1796). Le pape seul résistait encore. ^^^^^^^ sion commandée par Augcreau occupa n e^ Ferrare, le fort Urbin. U cour de **®|"''j;^,j. fray^^p , sollicita et obtint l'armistice ^^ ^^,
gno (24 juin i796); par cet ^^''^^^^'^^,^^^^\ioa donna aux Français les Roroagûcs, l occup»
il)
Correspondance de NapoUon /«"• «** ***
^-4P0LÊ0W 1"
d*Aoodiie, une somme de vingt millions, des manuscrits, un grand nombre d'ofajctA d'arts et de scîeoees. Pendant ce temps, Vaubois enlevait an Anglais Livoome, d'oà un corps expéditionnaire partit pour la délivrance de la Corse ( 28 joia 1796). Bonaparte apprit k Fioreoce que la aiadelle de Milan, qui tenait encore, venait de se rendre (29 juin 1796) et de livrer près de J,00O prisonniers, 5,000 fusils et 150 eanons.
\k. Lu éemx campaçnes contre trurwuer, — is. Déti~ vraneê éê ia Corse. — te. Campagne contré' j4^ tUuL - 17. Friu de Mantoue. — 18. Tralti de ToUn- Uno avec te jMpei — t%. Campagne contre te prineo Ckarlee. — lo. Préliminaires d§ Uoben / de»trvHitm
' ée la ripubligne de Denise. — tt. Établissement des répwàliqmee eiâalpine rt ligurienne, — tt. Journée du la fructidor. — is. Traité de Camjto^FormiOf Fenise. — 14. Betour de Napoléon à Paris,' il est nowtmd wtembrt d« l'InstUut .• ion discours en présentant an Directoire le traité de Campo-formio.
(29 juillet 1796 — 10 décembre 1797.)
14. L*Aatriche était vaincue, mais non encore décidée à céder. L'inexplicable tranquillité dans laquelle on la laissait du côté du Rhin lui permit <le upprendre, à son moment, les hostilités. Les débris de Tarroée de Beaulieu furent réorganisés («r Mêlas, renforcés de nouvelles levées dans ieTyrol, puis d'un corps de 30,000 hommes d'élite appelés ôesi bords du Rhin. Cette armée de plas de 70,000 combattants, déjà aguerrie et pimed'ardeur, fut confiée au maréchal Wurmser, vieux g^éral renommé pour son audace et son «aergie. A cette armée Bonaparte n'avait à opposer qoe 43,000 combattants , que Tincertitude <k payft occupé , la diversité des points à défendre Tobligeaient à tenir disséminés ; noe partie de Tarmée française faisait le siège de Mantoue; le reste se développait en avant du Min- (io, sur l'Adige, jusqu'à la rive occidentale do Ik de Garda. Wurmser déboucha avec fureur <hi Tyrol dans les derniers jours de juillet, roarquant sa marche impétueuse par des succès rabord, culbutant devant lui Sauret, qui défendait Salo et Brescia, Massena, qui occupait Ri*voii ; et comme il paraissait craindre que les di< viâons françaises ne lui échappassent, il partagea un armée en trois c«)lonnes qui se précipitèrent <lu» la vallée de l'Adige comme un vaste tormt. On eût dit que l'année française était perdue; on l'eût dit surfout en voyant la promptitude avec laquelle elle prit !a fuite, tous les corps bitfant précipitamment en retraite , le siège de Mantooe attandonoé, les canons encloués^ les cbemins couverts des gros bagages qu'on n'avait pa* le temps de sauver. Mais toute cette fuite n'était qu'un stratagème de guerre. Hors d'état de soutenir leciioc de Tarmée entière de Wurrn* ^ Bonaparte se sentait capable de la battre «éparéinent, et la déroute à laquelle il semblait *e laisser aller avait un double but : augmenter fettitemeat des colonnes de Wurmser, de plus vriver à réunir en nn seul corps ses projtres
I forces. L^armée française en ce mouvement se , montra à la hauteur du génie de son chef. Elle i devinait son plan, et s'y prêtait avec une vive et ■ ronettc ententes. Une division resta quarante huit ! heures privée de pain, sans cesser de combattre 1 en se retirant. On fit balte enfin; c'était aux prei miers jours d'août. Il y eotalors une série continue j de batailles acliamées, ou plutôt une seule bataille sans trêve portant plusieurs noms, à cause des lieux divers oii la mêlée se trouva engagée. Les eorps de Wurmser furent successivement battus. Le grand effort de l'armée autrichienne tomba et fut écrasé à Castiglione, le 5 août 179C. Ce fut là cette campagne que les soldats nommèrent la campagne des cinq jours, Wurmser s'enfuit dans le Tyrol, laissant en Italie 21,000 hommes, dont i 5,000 prisonniers, 70 canons , tous ses caissons. Mais dans le Tyrol il trouva de noo^ veaux renforts qui l'attendaient, et il revint à la charge.
Cette seconde campagne ne fut pas pour ses armes plus heureuse que la précédente.
Bonaparte, qui s'apprêtait toujours à faire sa jonction avec les armées d'Allemagne, venait de pénétrer dans le Tyrol , où il battit coup sur coup on lieutenant de Wurmser ( 3-5 septembre 1796), lorsqu'il apprit que le général autricliien venait de détwocber par la vallée de la Brenta, et qu'il opérait sur les derrières de l'armée française, pour la contraindre à se replier et même à se rejeter au delà du Mincio, ce qui eût découvert et délivré Mantone, but principal du mouvement de Wurmser. Mais les succès qui venaient d'ouvrir Trente à Bonaparte avaient précisément pour effet de couper les communications de Wurmser avec le TyroU Bonaparte profita de cet avantage. Au lieu de revenir en arrière et de songera se mettre en sûreté, comme l'eût fait , d'après les règles de l'art, un général vuigeire, il se précipita à la poursuite de Wurmser, détruisit les forces que celui-ci avait laissées pour protéger ses communications avec le Tyrol, atteignit son adversaire à Bassano, et le battit (8 septembre 1796). Ses dispositions étaient prises pour le détruire entièrement; quelques fautes commises par des généraux français, le courage désespéré des débris de l'armée autrichienne en décidèrent autrement : Wurmser put se réfugier dans Mantoue, qu'il était venu déhvrer (13 septembre 1796), ayant perdu dans cette campagne près de 34,000 liommes, dont 20,000 faits prisonniers, 42 drapeaux, 117 canons, nn Immense matériel de guerre. Bonaparte pressa son ennemi vaincu dans Mantoue, dont le siège fut poursuivi avec vigueur, malgré les fièvres paludéennes qui commencèrent à sévir.
15. Une expédition partie de Livonme était allée porter aux Corses le secours dont ils avaient besoin pour expulser les Anglais de leur lie, que venait de rendre toute française la gloire du jeune général en chef de l'armée d'Italie. Lord £iiiot et
les siens Turent obligés de se rembarquer ( 19-22 octobre 1796).
16. La recoDstitotion de l'Italie sons l'influence des nouvelles idées françaises était pour le général Bonaparte le grand intérêt du présent et de Tavenir. Déjà il airait provoqué une réunion des députés des Tilles de Modène, Reggio, Bologne, Ferrare; déjà ces TÎMes s'étaient constituées en république (17 septembre 1796 ) ; déjà il s'apprêtait à développer et consolider cette œuvre en lui donnant, à Milan et ailleurs, pour principe un commencement d'organisation militaire; mais à ce moment rAutriche, qui semblait inépuisable, reprit les hostilités et jeta dans le Frioul et dans le Tyrol deux nouvelles armées , sous la conduite du feld-maréchal Alvinzi.
Cette troisième campagne contre rAutriclie fut celle où le général Bonaparte vit de plus près combien était précaire encore sa puissance en Italie. L'armée française, eicédée de fatigue, travaillée par les fièyres, obligée de se tenir divisée pour occuper le pays , avait à peine un effectif disponible de 36,000 hommes, et elle se trouvait en présence de 60,000 hommes de troupes fraîches. II y eut de plus des accidents imprévus. Un corps, sur lequel Bonaparte avait compté pour retenir une partie de IVnnemi dans le Tyrol, se laissa battre. Bonaparte lui parla ainsi sur le plateau de Rivoli, où il le rallia : a Soldats ! je ne suis pas content de vous... Vous vous êtes abandonnés à une terreur panique. Vous vous êtes laissé chasser de positions où une |)oignée de braves devait arrêter une armée. Soldats de la 39^ et de la 85*, vous n'êtes pas des soldats français. Général chef d'état* major, faites écrire sur les drapeaux : Ils ne sont plus de l'armée d'Italie, » Les soldats pleuraient de rage, et demandaient l'avant-garde pour y mourir. Bonaparte leur confia Rivoli et la Corona, un poste d'une extrême importance, bien assuré que ces hommeslà y seraient des barrières inexpugnables. Mais il y eut un autre incident fâcheux : à Caldiero, où Bonaparte lui-même attaqua Âlvinzi , dont il voulait arrêter la marche (12 novembre 1796), le succès fut incertain, et lesAutrichiens ne furent pas arrêtés.
Bonaparte était débordéyprès d'être attaqué par toutes les forces réunies d'un ennemi supérieur en nombre; il était obligé à battre en retraite, ce qui dans l'état des choses équivalait à une défaite et à la perte de l'Italie. H prit une de ces résolutions qui sont des cou|)s de génie quand le succès vient à les absoudre. Il renonça à s'opposer à l'armée autrichienne; il ne laissa libre devant elle qu'un défilé, et lui abandonnant même ce défilé, il se jeta sur ses derrières dans un marais où l'on ne pouvait combattre que sur des digues, où le nombre allait être un enibarras, où tout allait dépendre de l'énergie individuelle des combattants. Un incident faillit encore compromettre ce mouvement désespéré. La digue principale de ce marais , celle qui aboutit
an pont d'Arcole, fut occupée à l'improviàte {ar des forces considérables. Il fallut emporter cv pont, et la bataille s'engagea, une bataille qui dura trois jours, le 15, le 16, le 17 novembre 1796. Le général Bonaparte,' pour enlever et entraîner l'armée, interdite après plusieurs assauts repoussés , s'était jeté en av^t un drapeau à la main et avait disparu dans la vase au milieu d'une effroyable décharge d'artillerie; c'en était fait des brillantes destinées qui saononçaient! Le p6r\\ que courut en cette circonstance le général en chef décida de Pissue de ce terrible engagement; l'armée fut prise de fureur, et elle fit des prodiges pour le sauver. Désormais menacé et atteint dans ses communications, ainsi que Bonaparte l'avait préTU, Alvinzi battit en retraite, s'efforça de se rallier, tenta encore la fortune, la rendit vainement incertaine pendant quelqiies jours, enfin se retira derrière la Brenta (22 novembre 1796), mais pour y recevoir des renforts et venir reprendre l'offensive. Les hostilités recommencèrent' oo mois après, dans les premiers jours de 1797. l'a Corps de 15,000 hommes se dirigea parLegnago sur Mantoue. Le reste de l'armée autricliienne, divisé en six colonnes, s'avança de manière i envelopper toute l'armée française, en convergeant vers la vallée de l'Adige. Bonaparte ne s'opposa pas à la marche de Provera sur Mantoue; il avait besoin de ne poiat diviser ses forces, et victorieux il était sûr de l'atteindre en temps utile; il se réserva tout entier pour le gros de rarroée autrichienne, et il alla l'attendre sur le plateau de Rivoli, paroîi, selon les probabilités, cette armée devait successivement déboucher. La bataille de Rivoli s'engagea le 1 4 janvier 1797 au matin. Tout arriva comme Bonaparte l'avait prévu ; diaq"? colonne put être attaquée et détruite à mesure qu'elle se présenta. L'armée autrichienne iw» tra en vain un courage et une constance dignes de la victoire. Bonaparte, avant la fin de la b>" taille de Rivoli, éUit parti pour aller à la poursuite de Provera marchant sur Mantoue.
1 7 . Déj à ce général s'était mis en commnnIcatiM avec Wurmser bloqué dans la place, etafan arrêté avec lui une attaque combinée contre le? troupes françaises, peu nombreuses, qui prisaient Mantoue. Cette ville était en ce moment comme le symbole et le signe de la dominaUoo autrichienne en Italie; il semblait que toute » lutte engagée depuis un an dépendit de son sort; et la cour de Vienne en envoyant coup sur co'ip quatre armées en Italie ne donnait à ses ç^^ raux qu'un mol d'ordre, la délivrance de Mantoue. Et là le vieux et brave Wurmser ««'^ comme l'âme même de l'empire autricliieu; ne ne pouvait l'abattre, ni la défaite, ni la famIO^ ni la malaiic; il ne s'abandonnait pas, et ^ tait toujours. Mais un génie supérieur aux 'f*"^ humaines que montrait l'Autriche <^<>";i"*^rc pressait le formidable duel engagé en "^Hcf" le moyen fige et la révolution. Bonaparte im
k temps pour surprendre Provera, qai dut poser les armes; daas cette troupe, toute faite prisoDiiièrey on remarquait de brillants jeunes gens, lev volontaires de Vienne^ qui portaient un étendard brodé des mains de Timpératrice (16 janvier 1797). Wurmser, ainsi privé de son denier secours^ fut obligé de se rendre. Bonaparte épargna le courage malheureux ; il accorda les conditions les plus honorables, et ne voulut fys assister à la capitulation , afin que le vieux feld-maréchal nVût pas à remettre son épée à son jeune Tainqueur (2 février 1797). Ce trait de déférence magnanime touctia toute TEurope. li j en eut un autne. Des émigrés français s'étaient renfermés dans Mantoue. Gomme toute là garnison était prisonnière et qu'un sort terrible attendait les Français qui avaient porté les armes contre la France, Wurmser, inquiet, (icmandoità stipuler quelques garanties en faveur de cette partie de la garnison. Bonaparte voulut qoe Wurmser, à qui il était accordé d*emiiiener tout son état-major, 200 cavaliers, 600 antres tiommes à son choix et six pièces de jaoon, pAt aussi emmener toutes les personnes autricbiennes on étrangères qui avaient eu confiance en sa fortune. A quelque temps de là, Wurmser fit arriver à Bonaparte un avis secret pour le prévenir d'un projet d'empoisonnement tenté contre sa personne dans la Romagne. La reeonnaissance s'acquittait envers la magnanimité. 18. En ce moment le général Bonaparte, céflantanx instances do Directoire.qui lui demandait ia destruction du pape , se dirigeait vers l'État poDtilical. La cour de Rome avait rompu Tartnislice de Foligno , et s'était alliée à l'Autriche lors de farrivée d'Alvlnzi en Italie; elle avait iDéme laissé appeler les populations à la révolte contre l'armée française. Bonaparte fit à regret cette .expédition. Il écrivait à cette époque, de manière qu'on ne l'ignorât pas au Vatican, « qu'il aimait mieux être le conservateur que le destructeur de Rome ». Bonaparte s'avança vers l'État pontifical précédé par des démonstrations terribles, comptant tout .obtenir par la peur seolement . Il feignit d'être comme un nouvel Attila, emporté et sauvage, cachant mal sous sa brusquerie et sous la naïve curiosité avec lesquelles il se faisait expliquer les choses qu'il connaissait le mieux, les pressentiments, les involontaires respects et la secrète horreur qui ^mbUient Tassaillir à mesure qu'il portait la main sur la puissance sacrée de l'Église. On pouvait tout craindre et tout espérer d'un pareil homme. La cour de Rome dut pour le moins comprendre qu'elle avait affaire à Qn révolutionnaire d'une étrange espèce. Bonaparte rencontra des prêtres français émigrés, qoi fuyaient devant lui et que les iK>puIations rejetaient, de peur de se compromettre par cette apparence de sympathie en faveur de ces adversaire» de la révolution. Mais le général Bonaparte trouva qu'ils étaient Frarçais, malheureux,
er
vaincus, inoiïensifs, et il ordonna qu*on n'en usât pas envers eux trop durement. Cette humanité excita vivement l'attention. La paix avec la cour de Rome fut signée à Tolentino, le 19 fé* Yrier 1797, aux conditions suivantes : Renonciation à toute alliance avec les ennemis de la république française ; abandon de toutes prétentions sur Avignon et le comtat Venaissin ; cession des légations de Fcrrare, de Bologne et de toute la Romagne; occupation, jusqu'au rétablissement de la paix, par la France de la ville et de la citadelle d'Ancûne ; payement d'une contribution de 30 millions ; abandon de divers objets d'arts et de sciences ; des réparations pour le meurtre de Basseville et les persécutions dont avaient souffert les partisans de la France. Ce traité, si avantageux qu'il fût, ne satisfit pas le Directoire; celui-ci voulait mieux que la restriction et Thumiliation de l'État pontifical ; il voulait sa destruction. On remarqna à Paris que le général Bonaparte avait eu bien des ménagements : qu'il avait menacé beaucoup, afin d'obtenir par la peur ce qu'il n^avait pas voulu sans doute avoir par la force ; qu'en somme il avait eu entre ses mains toute la souveraineté du pontife-rot, qu'il aurait pu le supprimer, qu'il s'était borné à le maltraiter, et que par là il l'avait sauvé. Bonaparte disait qu'il ne pouvait pas faire face aux Autrichiens et soulever derrière lui toutes les populations italiennes par des rigueurs inopportunes contre les objets de leurs superstitions; qu'il fallait attendre, lui envoyer des renforts; qu'on le verrait à l'œuvre; qu'il était, lui aussi, philosophe, et qu'il le prouverait bien. Mais il y avait alors à Paris, dans le gouvernement même, une sorte de religion nouvelle, les fhéophilanthropes, qui tenaient à remplacer le catholicisme , et la secte avait un instinct qui ne la trompait pas. Elle devinait que le général Bonaparte avait sur le pape , le catholicisme et les prêtres des vues dont elle ne se rendait pas compte et que toutefois elle pressentait bien n'être pas les siennes. Le Directoire avait encore d'antres sujets d'inquiétude. Un de ses agents, envoyé auprès io général Bonaparte, l'observait; mais le général Bonaparte, ayant deviné cet agent et sa missioii, l'avait à peu près gagné à sa cause. Le Directoire ne pouvait guère se dissimuler qu'il était trompé. Il se décida pourtant à ne pas abandonner l'armée d'Italie dans un moment oà de nouveaux périls se levaient contre elle, et il loi envoya des renforts assez considérables.
19. L'Autriche ne demandait pas la paijt, même après avoir perdu dans l'espace d'une année cinq grandes armées, toutes ses places fortes et tous ses alliés en Italie. Une sixième campagne contre elle était nécessaire ; le général Bonaparte l'annonça en ces termes dans une magnifique proclamation, où l'on trouve une récapitulation de tout ce qoe l'armée française venait de faire en Italie depuis on an :
N.IPOLEON I
cr
Quartier général de Bassano, 20 vcnt^ an T (lomars 1797).
c Soldats ! la prise de Mantone vient de finir une eampagne qni vous a donné des titres éternels à la reconnaissaïme de la pairie.
« Vous avez remporté la victoire dans quatorze batailles rangées et eoùaote et dix combats; vous avez fait plus de cent mille prisonniers, pris à l'ennemi cinq cents pièces de canon de campagne, deux miUe de gros calibre . quatre équipages de ponts.
< Les contributions mises sur les pays que vous avez conquis ont nourri, entretenu, soldé l'armée pendant toute la campagne; vous avez, en outrer envoyé trente nùiiioiis au ministre des finanoea pour le soulagement du trésor public.
c Vous avez enrichi le Muséum de Paris de trois cents objets, chefs-d'œuvre de l'ancienne et de la nouvelle Italie, et qu'il a fallu trente siècles pour produire.
« Vous avez conquis à ta RépnUiqne les plus belles contrées de l'Europe; les républiques lombarde et cîspadaae tous d<^eiit leur liberté ; les couleurs françaises flottent pour la première fois sur les bords de l'Adriatique, en face et à vingtquatre heures de navigation de l'ancienne Macédoine ; les rois de Sardaigne, de Naples, le pape, le duc de Parme, se sont détachés de la coalition de nos ennemis, et ont brigué notre amitié; vous avez chassé lés Anglais de Uvoume, de Gènes, de la Corse.
I Mais vous n'avez pas encore tout achevé. Une grande destinée vous est réservée ; c'est en vous que la patrie met ses plus chères espérances; vous continuerez à en être dignes.
t De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour étouffer la république à sa naissance, Tempereur seul reste devant nous ; se dégradant lui-même du rang d*une grande puissance, oe prince s'est mis à la solde des marchands de Londres; il n'a plus de politique, de volonté, que celle de cas insulaires perfides, qui, étrangers aux malheurs de la guerre, sourient avec plaisir aux maux du continent.
< Le Directoire exécutif n'a rien épargné pour donner la paix à l'Europe ; b modération de ses propositions ne se ressentait pas de la force de ses armées ; il n'avait pas consulté votre courage, mais l'humanité et t'envie de vous faire rentrer dans vos familles, il n*a pas été écouté à Vienne. Il n'est donc plus d'espérance pour la paix qu en allant la cliercher dans le cœur des états héréditaires de la maison d'Autriche. Vous y trouverez un brave peuple, accablé par la guerre quMI a eue contre les Turcs et par la guerre actuelle. Les habitants de Vienne et les États de l'Autriche gémisstnt sur l'aveuglement et Tarbitraire de leur gouvernement ; il n'en est pas un qui ne soit convaincu que l'or de l'Angleterre a corrompu les ministres de l'empereur. Vous respecterez leur religion et leurs mœurs; vous protégerez leurs propriétés. C'est la liberté que vous apporterez à la brave nation hongroise.
c La maison d'Autriche , qui depuis trois siècles va perdant à chaque guerre une partie de sa puissance, qui mécontente sas peuples en les dépouillant de leurs privilèges, se trouvera réduite à la fin de cette sixième campagne ( puisqu'elle nous contraint à la faire ) à accepter la paix que nous loi accorderons , et descendra, dans fa réalité an rang des puissances secondaires, où elle s'est déjà
placée en se mettant aux gagea et à la disposition de l'Angleterre (t). >
Ln maison d'Anfriche semblait avoir épuisé seft soldats et ses généraux. Mais un prince delà famille impériale, l'archiduc Charles, plw redouté que favorisé pour son mérite, pouvait, selon quelques-uns, Tclcvcr les affaires. Une cour jalouse le réservait pour les cas extrêmes. On lui offrit la succession d'Alvinzi ; il Tacoepta,non sans en envisa<ser les périls, car pour la première fois r Autriche, si éprouvée qu'elle lût, osait affronter son vainqueur avec une armée inférieure en nombre; le mérite de l'archiduc, b fortune de l'Aotriclie devaient compenser ce désaYantage; d'ailleurs, des renforts étaient promis. On attribue à ce sujet au prince Charles ce mot mélancolique et superbe : « Jusqu'ici on n'a envoyé contre Bonaparie que des années sans généraux ; maintenant on envoie nn général sans armée ». A Vienne on comptait encore snr une procharae réaction dans rintéricur de 1? France ; certains avis secrets faisaient croire à ta chute imminente du Directoire; sans l'appui du gouvernement révolutionnaire de Paris, attaqué de plus sur ses derrières par une insorrection générale do la Péninsnle, Bonaparte avec son armée ne pouvait plus 6tre un obstitcle sérieux. Le prince Chartes fît ses dispositions, sans trop accorder à ces espérances. Son armée, partagée en deux corps , occupa le Tyrol d*on côté, de l'autre le Frioul.
Bonaparte résolut d^attaqoer avant qoe des renforts eussent rendu l'ennemi plus formidat)Ie. Joubert, avec 18,000 hommes, fut chargé de conquérir le Tyrol , pendant que lui-même dCTail pénétrer dans le Frioul.
Le t2 mars 1797, Bonaparte passe la Pia«î force le passage du Tagliamento le 16, s'empare de Palmanovalc I8,de Gradiscale 19, de Trente le 23, et chasse les Aulriclupns de la Cliiusa vénitienne. Joubcrt, de son côié, bat les Aotnchiens dans le Tyrol et les deux généraux français opèrent leur jonction à K.lagcnfurt, le 30 mars.
Cependant Bonaparte savait qoe les armées da Rhin , sous le commandement de Moreau et de Hoche, reprenaient enfin roffenslve contre TEropire d'Allemagne ; H était averti des menées do royalisme en France pour renverser le Directoire, et un mouvement qui se rattachait à ces menées menaçait de soulever derrière Uii les populations de riUlle. Dans cette occurrence il était a craindre, ou qu'il ne fût impossiblede faire la pw^ et qu'il ne devînt de plus en plus difficile dccontinuerla guerre, ou que si la paix se faisait, elle ne fût imposée et obtenue par les armées J Allemagne, par Moreau et par Hoche, cl non par Bo" napartc et par l'armée d'Italie, obligés de revenir en arrière pour se défendre contre la révolte m populations de la péninsule. Deux rooUls, sortant,
(I) Correspondance de Napoléon I»», pWw »' ****
ron des préyisions générales de la politique, Paotre fies suggestions égoïstes de ^ambition, aollkitaient dès lors le général Bonaparte à précipiter une coudosion. Il profita de ses premiers a^aotaiges sur le prince Ciiarles pour lui faire àt% ouTeriures de paix (31 mars), et eelui-ei bésifint à traiter, il te pressa , pour le décider, de ses plus irrésistibles agressions. Le 1*' ayril l'ifchidoe eut attaqué en avant des gorges de Jlewfmrk, battu et forcé de laisser ces gorges à Tarm^ française ; le 4 avril, nouvelle défaite de Parthiduc à Ungmarkt, malgré la vigoureuse rénstanee des Autrichiens. Le 7 avril, Bonaparte, poorsatvant sans relâche son adversaire^ arrivait à Leoben et poussait son avant -garde à deux ou trois marches de Tienne, jusque sur les hauteurs du Simniering,d*où Ton pouvait apercevoir les dûcbers de la capitale de TAotriche. Le prince Charles se résigna à demander la paix ; les préliminaires en furent signés à Leotien, après quelques jours de discussion (le 17 avril 1797).
20. Aux termes de cette première convention le fanerai Bonaparte obtenait de l'Autriche, pour la Praooe, la Belgique et la Innite du Rhin, mais il abandonnait à l'Aotriche au nom de la France llotérét qu'il était spécialement chargé de sauvegarder, llntéret de l'Italie. Les nouvelles repu* Niques formées dans la Péninsule étaient à la vérité conservées, mais à des conditions qui tes amoindrissaient dans le présent, les troublaient et tes menaçaient dans ravenir. Ainsi on enle- Tsit i Venise ses États de terre ferme, et ces États étaient livrés à l'empire d'Autriclie, qui reprenait encore sa forte et centrale citadelle de Mantooe. Par là le Piémont, Gènes, la Toscane, Venise , la Lombardie perdaient toute sûreté et toste garantie d'indépendance. On rademnlsait bien Venise de sa terre ferme, en lui cédant les légations de la Romagne , de Bologne et de Ferrare ; mais Rome n^ayant pas encore renoncé à ces provinces qui venaient h peine de lui être arrachées, cette combinaison allait mettre en opposition Rome et Venise. Les peuples italiens désagrégés, recomposés arbitrairement, replacés 80QS la main de l'empire d'Autriche, avaient désormais pour perspective des divisions, de DooTelles guerres, Pétat le plus précaire, la nécessité d'une nouvelle intervention de la France. Daos son ardent désir de conclure lui-même la paii et de prévenir tout délai, Bonaparte avait ftit à r Autriche des avantages inespérés; il lui sacri6ait lltaHe. Il est juste dédire que si Hlalie tout entière eût pu être responsable des botes de l'oligarchie de Venise, la conduite <le œ dernier gouvernement envers la France ^ peut-être suffi à tout justifier. Depuis le cwnnifncement des hostîKtés, Venise avait eu oae attitude d'une neutralité douteuse, devenue ptas suspecte encore à partir du moment qu'elle ^ sentit menscée par les eneitations des idées ^'wçaiaes dans ses provinces de terre ferme, ^^^^n^pavle n'avait donc aucun ménagement à
garder envers la république de Venise ; il semblait même la provoquer et lui demander une cause, un prétexte de représailles. Les provinces de terre ferme, animées par l'exemple de la Lombardie, aspiraient aux nouveautés et à l'indépendance. Le gouvernement vénitien envoya une députation au général en chef pour se mettre en quelque sorte à sa discrétion. Bonaparte conseilla de faire des réformes et de eéder. Cette réponse parut sinistre; .mais les alfaires étant encore incertaines, on crut sagie de gagner du temps et d'attendre. Toutefois, on comptait sans les impatiences populaires, qui ne manquèrent pas d'éclater. Il y ent des menées, des agitations, par contre-coup des persécutions contre les révolu* tionnaires, contre les Français eux-mêmes. Bonaparte, indigné, écrivit au sénat de Venise une lettre foudroyante dont il chargea son aide de camp Junot, et qui, lue par celui-ci en pleine assemblée du grand Conseil, y fit une impression terrible. On allait décidément obéir à la peur, à la force, lorsqne le bruit se réitaridit que les Français avaient été tnttus par le princeCharles : les tialnes se réveillèrent avec audace; des Français forent massacrés i Vérone ; le commandant de vaisseau Laugier, attaqué traîtreusement dans le Lido, y fut tué sur le pont de son navire Lé Libérateur de tJ laite; le gouvernement de Venise ne dissimulait pas sa complicité dans ces exécutions sanglantes. Bonaparte prit aussitôt des dispositions militaires. Les oligarques de ce malheureux pays , aussi prompts à s*eITrayer qu'à s'enhardir aux intrigues, se démirent de leur souveraineté en faveur du peuple. Une municipalité démocratique fut organisée ; le livre d'or, brûlé. Les nouvelles autorités se hâtèrent de traiter avec le général français, qui se contenta d'une assez légère contribution, et de l'abandon de cinq vaisseaux (mai- juin 1797).
On n'a su que plus tard ce que les plénipotentiaires autrichiens avaient fait pour exciter et décider le général Bonaparte contre Venise; le gouvernement de cette république venait d'écrire à Vienne des lettres où se trouvaient une proposition d'alliance, des plans d'insurrection et d'attaque sur les derrières de l'armée française ; les plénipotentiaires autrichiens avaient montré au général Bonaparte ces lettres secrètes confiées à la bonne foi de l'Autriche {\).
Mais l'excès même de cette déloyauté aurait dû avertir le général Bonaparte: l'Autriche osait tout pour obtenir de lui le sacrifice de Venise.
21. Après la signature des préliminaires de Leôben et le chfttiment infligé à Venise , Bonaparte s'occupa de l'administration intérieure des pays qu'il avait conquis. Retiré à Montebello, résidence magnifique près de Milan, où il avait établi son quartier général, entouré des repré-
(l| Ce bft D*fl été conoo qae de nos jonn. par les dernières publications dcn ouvraKCs de Joseph de Malstre : Corraponifinee diptcmaUquê f t. l«';p. SI. tome II,
NAPOLEOil !•'
sentants de Tempereur, du pape, du roi de Sardaigne, il tenait une véritable cour et réglait en mattre les destinées des États italiens.
Son attention fut tout d*abord attirée par les événements de Gènes. La noblesse génoise, menacée dans ses privilt^gei , cherchait un appui dans le fanatisme populaire. L'insurrection de Venise servit d'exemple et de signal ; le sang français ne fut pas épargné. Bonaparte exigea des réparations, et le sénat envoya à Milan des députés, qai signèrent une convention rétablissant le gouvernement démocratique. Gènes prit le nom de république ligurienne (15 juin ).
Bonaparte avait conçu le projet de diviser TItalie du nord en deux grandes républiques, sous le nomdeTranspadane et de Cispadane; mais les rivalités de chaque petite nationalité lui faisant obstacle, il ne put exécuter qu'une partie de son plan ; il forma un État compact de la Lombardie, <le Modène, de Reggio, de Bologne, de Ferrare, de la Homagne, du Bresctan et du Mantouan. Cet État reçut le nom de république Cisalpine (9 juillet 1797). Malheureusement, il ne put, selon sa volonté, lui donner des institutions intérieures conformes au génie italien; sur les instances du Directoire, il fut contraint d'y promulguer la constitution française.
En même temps, Bonaparte, pris pour arbitre dans les querelles des Yaltelins et des Grisons, s'efforçait de ramener ceux-ci par de sages conseils ; ils n'en tinrent pas compte, et rejetèrent même l'arbîtrage d'abord consenti. Bonaparte déclara les Yaltelins délivrés du joug des Ligues Grises, et les réunit plus tard à la république Cisalpine (22 octobre 1797). D'autres mesures en voie d'exécution tendaient à mettre sous la domination française les Hes vénitiennes de la Grèce; la principale de ces lies, Corfou, devait être le centre d'un établissement militaire important (28 juin 1797).
22. Mais à ce moment en France il se passait des événements d'une extrême gravité. Les élections de l'an v venaient de rendre au parti royaliste la majorité et l'influence dans le gouvernement. La république retombait plus que jamais dans l'état incertain et menacé d'où Bonaparte l'avait tirée au 1 3 vendémiaire. Le général en chef de l'armée d'Italie savait d'ailleurs par des correspondances interceptées, par des indiscrétions d'émigrés français en Italie, par Tétat de ses négociations avec l'Autriche, que le triomphe de la réaction était imminent en France , et qu'en Europe on s'y attendait. Il devenait évident que la république et la révolution ne se conservaient plus en France que par les expédients de la force et de l'anarchie. Livrée à elle-même, la France revenait à l'ancien régime et à la monardiie. C'est ce qu'avait prouvé, lors du 13 vendémiaire, l'interdiction faite par la Convention aux collèges électoraux d'avoir à élire plus d'un tiers de la nouvelle législature; on avait craint que des élections libres et générales ne produisissent une représen-
tation entièrement royaliste; malgré cette précaution, ou plutôt à cause d'elle, on avait eu à écraser dans Paris une formidable émeute; ni le nombre ni l'audace ne manquaient au parti de la réaction. Lors du 18 fructidor, la démonstration fut plus complète : aux élections de l'an v, quaranle-liuit départements, la majorité de la France, veaaient de se prononcer .pour des députés royalistes; au nombre de ces quarante-huit départôroents, qui ne se groupaient pas dans telle ou telle province, mais qui semblaient comprendre la Fraoce entière, il y avait le Nord et le Var, les Boucliesdu-Rhêne et le Pas-de-Calais, les cêtes «le TOcéan, celles de la Méditerranée, les frontières des Alpes et celles du Rhin, les grands centres da travail, le cours des fleuves, enfin tout le bassin de Paris, la Seine, Seine-et-Oise, Seine-et- Marne , etc., etc.
Bonaparte n*hé»ita pas à prendre parti poar la république et la révolution. 11 mit l'armée d'ilalie dans la confidence des dangers que le gouvernement courait à Paris ; il provoqua des adresses d'un républicanisme farouche, que signèrent les officiers, les généraux, etc. Un général, très-brave, très- républicain , remarquable par son entrain de soldat^ né dans les excès de U révolution , mais incapable de profitei* des circonstances pour jouer sérieusement un rôle politique, Augereau fut envoyé dUtalie à Paris, avec les adresses de ses compagnons d'armes el la mission d'appuyer le gouvernement. Alors eut lieu le coup d'Etat du 18 fructidor (4 septembre 1797), qui proscrivit deux directeurs , Carnet et Barthélémy, condamna à la déportation cinquante membres des Conseils, plus de cent cinquante citoyens» presque tous hommes de lettre: et journalistes, supprima quarante-deux journaux, eassa les élections des quarante-huit départements, rétablit contre les émigrés et les prêtres des lois de rigueur abolies, licencia la garde nationale et attribua au gouvernement le droit de déporter les suspects et de supprimer les journaux par simple arrêté. Bonaparte déclina plo^ tard la responsabilité de ces excès ; mais la part prise par lui sinon dans ces excès, do moins à la journée même qui les rendit possibles , est demeurée incontestée. L'homme qui avait sauvé la révolution au 13 vendémiaire fut encore celui qui de loin la préserva, une seconde fois , au 18 fructidor.
23. L'Autriclie avait attendu pour conclure dé* finitivement la paix. Mais à la nouvelle de la journée du 18 fructidor, et du triomphe des révolutionnaires, Cobenzl accourut de Vienne à Udine, affichant toutefois encore des prétentions démesurées. Il y eut de long» débats. Le négociateur autrichien se permit même un mot imprudent; il reprocha à Bonaparte de tout sacrifier à sou ambition militaire, et il le menaçad'une intervention de la Russie. Bonaparte, qui voulait aussi la paix ^ qui offrait pour l'avoir des conditions réellepent extrêmes, saisit un vase de porceUine donné
par la grande Catherine à Cobenzl, et dans un transport de colère , peut-être aimoié» le lança sur le parquet en s'éi^riant : « La guerre est déclarée; .mais souTeneZ'Toua qu'avant la fin de Taotomne je briserai yotre monarcliie comme je biise cette porcelaine ». Là-dessus il partit, répandant partout ses ordres pour la reprise des bontés. Le soir le traité de Campo-Formîo était signé (17 octobre 1797). Les clauses de Leobea ne s'étaient pas améliorées pour lltalie dans cette nouvelle convention, qui reconnaissait les limites naturelles de la France sur les Alpes et le fihîn, et lui livrait même Mayenoe, Brisgau, les Ues Ioniennes, etc. La république de Venise, tout «filière, était sacriCée ; on la partageait entre la république Cisalpine, la France et rAutriche; rAutriche avait pour elle en ce démembrement ristrie, la Dalmalie, Venise et la terre ferme jusqu'à rAdige. On ûtait à l'Autriche la Lombardie, qui était pour elle une possession toujours menacée et difficile à défendre, mais on lui livrait la Vénétie, devant former sur ses frontières une forteresse inexpugnable d'où elle allait dominer 1*1talie, désormais ouverte à ses entreprises par la terre el par la mer. La domination de l'Empire d'Allemagne en Italie avait été toujours précaire, parce que la possession de la Vénétle lui avait toujours manqué; et c'est ce boulevard de l'Italie qui était désormais abandonné à l'Autriche I La maison de Habsbourg se vit offrir, après ses OéCaites répétées, un avantage qu'elle eût à peine attendu de la victoire. Cette lourde faute pèse focore snr. notre politique actuelle; un des plus grands embarras de la diplomatie moderne vient «aligne directe du traité de Campo-Formio (0*
(i> Napoléon a fait quatre fols aa rnolni l'apolosle des prtfimiaalres de Leoben et de la paix de Campo-Formlo : 1* Dam Ode lettre an Directoire du t9 vendémiaire au ▼!, il octobre 1797, Il troave ]Hiur ae Justlfler dix argu- ■enta, e'eat beaoeonp trop; d'à prta le dixième argument» Ulaportalt de pouvoir ae tourner du côté de l'Angleterre. .^apoUoo dit i ce cojet : •> Le peuple anglala vaut mieux fae le peuple vénitien*, et aa libération oooaolidera â la- ■aais la liberté et le bonbenr de la France, m t* Dans une >atre lettre au Directoire, du ir vendémiaire an ti. Il octobre rrST, Napoléon se borne A Insister snr la dlffcDlté qu'il y avait A contloner b guerre contre l'Autrtdie el il retient sur la nécessité de s'occuper exclusl** *ment de l'Angleterre; mais U ne s'agit plus d'affran- <btr le peuple anglala : « Concentrons, dit-il, tonte notre actlfltédo eOlé de la marine, et détruisons l'Angleterre; cck bu, l'Europe est A nos pieds. » 8* Allleors Napoléon a prodigué Tlnjure an caractère des peuples Italiens, et cela ne déplaisait pas A bon nombre de braves gens en Fnoce^ mais c'était plaider, comme on le fait dans les eitties d'avance perdues, pour les circonstances atté- Boantes, et Napoléon, Italien lui-même, a bientôt renoncé i «et expédient de plaidoirie. 4* BnOn, A Sainte-Hélène, en ^Uotaea Mémoirti, Napoléon, Iropallen lé de ce iiouvenlr ^ Canpo-Vormlo qui l'obsédait toujours, comme nnrewrdi, a traité d'ineptes les détracteurs de cette fameuse coaveaUon, et 11 s'est réfugié dana celte vérité générale : * Dtns les grandes eirconsiances de la guerre, U n'y a (ja'oa moment poor faire la paix; ce moment, il ( Napo- Icaa) le ulslt > Malheureusement la paix de Campo-For- ^9 était née paix comme Napoléon depuis en a sn t^ire plusieurs , pleines de germes de guerrea nonvellea , >^K accompagnement d'aillés naiarels abandonnés , mis «a Béfiance, perdus, et d'adversaires naturels épargnés, '«ados plus forta, ponaaéa A bout. Disons l'unique argu-
Le Directoire ne manqua pas de proGter de cette faute au moins pour tâcher de diminuer la popularité du général Bonaparte. Il lui avait adressé des instructions, rendues publiques, où Ton pouvait lire : « Nous aurons traité en vaincus, indépendamment de la honte d'abandonner Venise m; et il lui avait prescrit cet ultimatun) : « L'empereur renoncera à Venise^ à la terre ferme, au Frioul vénitien et à Mantoue ; il aura l'Istrie et la Dalmatie vénitienne avec Trieste, et au lieu de TAdige , TIsonzo pour limite ». Bonaparte n'avait pas tenu compte de ces injonctions. Le Directoire songea un moment à le mettre en accusation , soutenu par les clameurs d'une partie de l'opinion (1); mais il ne l'osa pas, et ratifia le traité. Une popularité immense protégeait Bonaparte, qui venait par la victoire de mettre fin à la première coalition de l'Europe contre la France et vers qui se portaient tous les pressentiments. U dut, sur l'ordre du Directoire, se rendre à Rastadt pour y conclure la paix avec les États germaniques. Il n'y resta pas , et laissa son ceuvre à des négociateurs secondaires.
24. Le 5 décembre 1797 Bonaparte arrivait à Paris, sans s'être fait annoncer, et il descendait à sa maison de la rue Cbantereine bientôt changée en rue de la Victoire (2). Dès le lendemain il était l'objet d'une curiosité ardente, à laquelle il feignit de vouloir se dérober; mais ce fut en vain : la foule se trouvait partout où il allait, et partout elle l'accueilUit avec des cris d'enthousiasme. On admirait sa simplicité y sa douceur, l'extrême délicatesse de sa Ggure, la frêle apparence de sa personne, qui contrastait avec le vivant souvenir de tant d'héroïques et gigantesques travaux. L'Institut lui offrit une place dans la section de mécanique (28 décembre); Bonaparte écrivit à ce propos en remerciant ses nouveaux collègues : « Les vraies conquêtes, les seules qui ne don-
ment qne Napoléon eftt Invoqué s'il avait pn lui-même démentir la fol)urée A Campo-Formio : c'est que, dana les prévisions de sa pensée, ce fatal traité n'était pas et ne pouvait pas être définitif ; les nouveaux États laissés en Italie, notamment la république Cisalpine, allaient dégager dans la Péninsule une vie nationale, des besoins d'Indépendance et d'unité, des ressoorces militaires tôt ou tard Incompatibles avec la préaence de l'Antrlche dans la Vénétle. La France, de plus, se maintenait A AncOne et s'étabUsaalt dans les lies looleanes. L'Autriche se trouvait ainsi gardée et en quelque aorte bloquée dans la Vénélte, en attendant le Jour oà elle pourrait en être définitivement expulsée. Mais ce Jour n'est paa encore venu aprèa plus d*un Ucml'Siècle de révolutions. Le droit des peuples est Implacable ; U n'a pas été donné A Napoléon d'en laisser A Venise et A l'Italie vue réparation aaanrée:
(il Un orateur s'était écrié dans le Conseil des cinq cents : « Peut-on faire le trafle des peuples au nom d'une nation qui a proscrit le commerce des hommes? » Cette voix n'était pas restée aans écho en France; roala l'enthoaslasme pour la gloire militaire de l'armée d'Italie, l'espoir trompeur d'avoir enfin U paix et le dédain trop naturel aux Français pour les peuples étrangen, par^ lalent pins haot encore.
(1) Par arrété^'unc dea adminlstratlona mnolclpalea de Parla, du St décembre 1797.
NAP0I£0N l*'
nent aucun regret, sont celles que l'on fait sur l'ignoranoe... ». Le Directoire ne put pas refuser au héros populaire les honneurs du triomphe. Le 10 décembre il se fit au palais du Luxembourg pour la réception do traité de Campo- Formio, une pompeuse eérérooniey où il n'y eut de bien remarquable que le discours prononcé par Bonaparte, discours empreint d*un liautain dogmatisme révolutionnaire et philosophique. L'opinion en tut fortement frappée; fionapârte s'exprima ainsi :
< Le peuple français, pour être libre , avait les rois & combattre.
« Pour obtenir une constitution fondée sur la raison, il avait dix-huit siècies de pr^ngés à yaincre. .. »
« La religion, hi féodalité, le royalisme ont socceniveroent depuis vingt siècles gouverné TEurope ; mais de la paix ({ue vous venez de conclure date IVre des gouvernements représentatifs. . . •
< Je vous remets le traité de Campo-Pormio , ratifié par rem(jcreur. Otte paix assure la Ulierté, la prospérité et la gloire de la république.
« Lorsque le bonbenr du peuple français sera assis sur de meilleures lois organiques, TEurope entière deviendra libre* >
Ces paroles étaient graves et bien menaçantes pour l'avenir. Bonaparte effaçait d'un trait tonte l'histoire moderne; à partir do christianisme exclusivement, il n'y voyait que dix-huit siècles de pr(^jngés, contre lesquels il (allait réagjlr; l'empire de Rome, cette magnifique conclusion dn monde antique, toutes ces grandeurs morales qui an moyen ftge avaient préparé et fait Tordre et les fécondités du monde nouveau : c^étaient4à des pr^ugés à vaincre. Mats en revanche il donnait à un seul événement, à l'événement anqoel il avait lui-même coopéré, des proportions énormes : du traité de Campo-Formio datait enfin une ère nouvelle, celle des gouvernements représenta' tifs. Que voulait-il indiquer par là? Les assemblées qu'il y avait en France depuis 1789, la Constituante, la Législative, la Convention et ses Comités, les Conseils et le Directoire, n'étaient-ils pas des gouvernements représentatifs? Bonaparte voulait-il faire entendre que la république n'avait pas en d'existence en France tant qu'elle n'avait pas triomphé de ses ennemis du dehors? Le traité de CampoFormio marquait en effet, la première victoire du régime nouveau contre l'Europe coalisée. C'était donc ce traité qui avait ainsi, le premier, institué le régime Donvean en France , et Bonaparte, qui avait dit ce traité était seul le vrai fondateur de la république. Ce qu'il «joutait sur les lois organU ques qui manquaient encore au peuple français dénotait, au reste, une observation d*one vérité profonde. Les anciennes institutions avaient été détruites ; les nouvelles ne s'étaient pas encore posées. La révolution avait été proclamée; elle n'était pas organisée, et Ton ne devait pas espérer de vaincre TKurope, et même de se maintenir libre contre ses nécessaires réac-
tiona, tant que la France n'aurait k préwoler aux autres peuples que le spectacle d'un état social insuffisant et précaire. Cette sorte de manifeste n'eût rien offert d'alarmant sans la uni«tre profession de principes qui en lonnait !e début. Ces dix- boit siècles de préjugés, oe mépris de rtiistoire et de la tradition au nom dé la raison d'un joor étaient , il est vrai , selon les habitudes de langage du temps. Mais Napoléon avait une langue propre et nouvelle, qu'on venait d'admirer dans ses proclamations à l'armée d'Italie, c'était la lan^ie du commandement, de l'action , de Ihéroisme, de Ihistoire; il n'aocor dait rien aux rikétoriqoes à la mode , et il oe sacrifiait jamais les mots aux idées. S'il a^t parlé avec dédain de dix-huit siècles de préjugés et de toute la civilisation occidentale et chrétienne, c'est que , on est contraint de le supposer, de retour à Paris après ses prodigieuse victoires, il y avait trouvé quelque profond et secret mécompte, accrn par son impatiente a^ deur pour la domination et les sublimes enlreprises : des partis infimes, des intrigues, d« «*• Insions; plus rien de grand ; la médiocnlé dans le mal comme dans le bien ; l'Europe lui panit épuisée; sa pensée se reporta dès lors, une «• conde fois, Ters ce monde plein d'inoMniws merveilles , l'Orient, qui déjà avait exercé wn loinUin mirage sur lui dans un autre momfni de mépris et de doote pour notre vieux contmcoi
Bspiditknu iFÉgwpté et es Strie, j- ^-Jf^J, Toulon; prise de MalU, - f6. Prise ^i^'fT\,^, du Caire ; ùrganlsation de rÊçvP^' " , teL«vt rate drjébomkir. — Soins de çouvememft. n» d'Sgtpte. - 17. Rivotte du Caire. La ^f^*Jf^. la Querre à la France. Soutévememt en ■''"r^ Jl dilion de S^rie. Siège de Saint-Jean-d' JereJ^ . Jeeusatione t massacre de la garnison ^^''' malades empoisonnés, etc. -«S. ^*^*^iTJr«o de Saint-Jean, d'Acre. BataiUe d'AbouMir. mv^ Europe,
( 19 mai 1798 — 9 octobre 1799. }
Il n'y avait plus de coalition armée contre^ France. Mais la paix n'était rien moins qa» surée. Le congrès de Rastadt discutait sans * river à une conclusion ; la guerre avec toow i lemagne pouvait sortir Incessamment cw interminables débaU. La Russie gardait tm titude réservée et menaçante; elle sera ^ n'attendre, pour intervenir, qu'une ^^J^ et l'Angleterre, ennemie déclarée, ne ««"P"; pas seulement de ses hostilités toutes les in«jj elle assiégeait les cabinets de ses '^^^^J^, renouer contre la France une seconde «» ^^ coalition on ne peot plus «n*™™?**^'^- aa\ pies, Turin, Rome ne se résignaient ^ ^^ ^^ conditions qui leur étaient faites; la "^^ . jj la Russie s'inquiétaient de ré^Wissemeni « France aux lies Ioniennes ; le Corps Ç'^^Jljn se plaignait d'avoir perdu U rive ga"<^»^"'' Indu et la Belgique, il accusait l'Autriche d'avoir v le Rhin pour la Vénétie , et il se toornaii
la Prosse, alarmée elle-même, comme la Hollande, Ae sentir plo« près d'elle la puissance de la république française ; c'étaient là les germes de guerres Doavelles , semés par le traité de Campo-Formio , que l'Angleterre s'efTorçait de laire lever contre la France. Un moment, il avait para possible de 8*euf endre avec cette implacable pnootrice de coalitions, des propositions d*arnosement avaient commencé à s'échanger; mais le Directoire , follement enorgueilli après son tnomiibe du 18 fracttdor, venait lui-même de rompre brasqoement les négociations de Lille et de décréter contre l'Angleterre une expédition dont le commandement fut confié , dès les preoiers jours de 1798, au générât Bonaparte. La nécessité imposait cette expédition ; la prudence Twlait qu'on n'en ciiercbftt pas une autre. Une dfsceDte en Angleterre, si dîfRcile qu'elle fût, D'avait en soi rien de chimérique; elle tenait an hasard (Tone seule t>ataille navale; le détroit trayersé , l'Angletetrc n'avait pas d'armée à opposer aux bataillons aguerris de la France. Il fat tronvé plus habile et moins chanceux d'aller attaquer l'Angleterre, non pas chei elle, mais par delà la Màiterranée, en Egypte, et par delà l'Océan , dans ses possessions de l'Inde. £n attendant qu'on eOt atteint TAngleterre dans ses possessions, qui n'étaient nullement les conditions immédiates de sa puissance , on enlevait à la France sa meilleure armée et son meilleur général. Cette expédition lointaine, qu'un État sdidemoit assis et en paix avec l'Europe eût pnseul entreprendre, avait en outre l'inconvéoDOit d^inquiéter de plus en plus la Porte et de la forcer, pour s'y opfioser, à recourir h l'alliance de la Russie ; or, pour la France et pour l'Europe, il n'était pas d'éventualité plus dangereuse. Kapoléon, on peut le croire, considérait autrement les choses : il lui semblait que la vieille Earope s'a^^itait dans un cercle de questions finies, de compétitions rivales sans portée, de problèmes insolubleii, que notre civilisation était épuisée, et qu'il Callait la ranimer par Boe nouvelle conjonction des deux mondes de l'Orient et de l'Occident Le génie a ses rlainroyances comme ses illusions particulières. Mais cette idée, qu! pouvait tenter le génie, D'aorait pas dû avoir chance de séduire des hommes obligés de s'en tenir au simple bon iau;eUe prévalut pourtant auprès du Directoire, soit que ce gouvernement ne fût déjà ploa maître de ses déterminations , soit qu'il ait cédé, plus que ne le permettait te bien public, au désir d'éloigner de lui l'ambition et l'activité do jeune conquérant de l'Italie.
2&. L'expédition d'Egypte, prodrome nécessaire de l'invasion des possessions anglaises de llnde,ae prépara dans le plus grand secret.
11 n'en transpira rien, même pour ceux qui étaient appelés à y concourir. Bonaparte seul subvenait à toutavec son énergie surhumaine. Les troopes et les bâtiments de transport forent
réunis sur quatre points : Toulon, Gênes, Ajacdo y Civita-Vecchia. Un incident , une émeute À Vienne, qui fit craindre, un moment, la reprise des hostilités avec l'Autriche, faillit arrêter tout court la lointaine expédition. Mais fio* naparte, que rien ne pouvait retenir, apaisa la querelle avec tant d'impétuosité que les menaces de guerre se suspendirent à Vienne et que le Directoire, effrayé de le voir ainsi se comporter en maître, précipita lui-même son départ pour Toulon. Bonaparte y arriva le 9 mai 1798, entouré de généraux de son choix , d'artistes et de savants , car il entendait transporter en Orient tontes les ressources de la civilisation européenne; c'était la civilisation elle-même qui se déplaçait et se transplantait sous des deux phis favorables à son développement. Le 19 mai la flotte sortait de Toulon , sans que personne encore sût où elle se dirigeait. Après avoir rallié successivement les convois de Gênes, d'Ajacdo et de Civita-Yecchia , on se trouvait le 9 juin devant Malte. Aucune voile anglaise ne parut à rhorizon. Dans un temps régulier, nne sfine politique eût conseillé d'épargner l'Ordre qui régnait à Malte ; il y neutralisait ce point, trop important pour être exclusivement occupé par une seule puissance européenne. Mais les chevaliers de Malte, noUes et religieux à la fois» n'inspiraient que des méfiances et de la haine à la révolution, et l'occupation de leur tle était nécessaire pour les communications de l'armée d'Egypte avec l'Europe. Bonaparte s'en empara sans peine, le 12 juin, à la faveur de certaines intelligences quil avait dans la place; il y organisa en quelques jours un noiivean gouvernement, qo'il laissa avec une forte garnison sous le commandement da général Yauboia. Le 19 juin Il remettait à la voile, jetant derrière lui de faux avis pour faire croire qu'il se dirigeait vers la Grèce. 26. L'armée arriva le 1*' juillet devant Alexandrie. La veille, une prodamation ayait enfin fait connaître aux troupes le véritable but de l'expédition. Trois jours après, la ville des Ptolémées était au pouvoir des Français. Les beys mamelouks étaient alors les dominateurs de TÉ» gypte. Bonaparte s'annonça aux populations comme l'ennemi de leurs oppresseurs, et maintint dans leurs fonctions les autorités turques. Mais pour frapper les imaginations des musulmans, il fallait rapidement s'emparer do Caire, la ville sain(e. L'armée se mit en marche le 8 juillet, suivant la roule de Damanhour, rencontra et battit les mamelouks de Moorad-Bey à Rahmftnyeh et à Gbobrakhyt; le 23 juillet, au lever du soleil, un sublime spectade s'oiïrit à elle : c'était les minarets du Caire et les pyramides. Bonaparte, plein d'enthousiasme, parcourut au galop le front de l'armée, en lui montrant les pyramides : « Soldats I dit-il, vous allez combattre les dominateurs de l'Egypte; songez que du haut de ces monuments quarante sièdes vous contemplent. »
A quelques heures de marche , le<( Français rencontrèrent lés innombrables escadrons des mamelouks déployés en bataille pour défendre la capitale de l'Egypte. Ces intrépides cavaliers s'élancèrent avec fureur, enveloppant de leurs tourbillons la petite armée des envahisseurs, bien convaincus qu*ils allaient Técraser sous le choc. Mais tous leurs eflbrts vinrent se briser devant les impassibles carrés qui vomissaient le feu et la mitraille. Plusieurs fois les mamelouks reviennent à la charge; chaque fois de plus larges trouées se font dans leurs rangs. Enfin, leurs débris ensanglantés tourbillonnent et disparaissent. Ce fut la bataille des Pyramides. Mourad-Bey parvint à gagner la haute Egypte; un autre chef, Ibrahim, s'enfonça dans la Syrie.
Lo lendemain, les habitants du Caire envoyèrent une députation pour traiter de la reddition de la ville, et le 24 juillet l'armée française fit son entrée dans le Caire.
Mattre de la capitale de TÉgypte , Bonaparte put un instant croire réalisés les rêves gigantesques qui l'avaient entraîné vers la terre des Pharaons. Tout d'abord il s'occupa d'organiser le pays, tenant habilement compte des éléments indigènes. Uu divan général au Caire, des divans particuliers dans cliaque province furent institués et coopérèrent à la direction administrative ; des percepteurs coptes assistés d'agents français furent chargés de la rentrée des impôts. Les biens et les propriétés des mamelouks furent séquestrés au profit de l'armée. Puis, entrant dans tous Jes détails des approvisionnements, des casernes, des hôpitaux, etc., U fit partout sentir la puissance et l'aclivilé de son génie si varié et fécond en ressources.
Après avoir pourvu aux premiers soins du gouvernement, le général en chef, confiant à Oesaix le commandement du Caire et la surveillance de la haute Egypte, se mit à la poursuite d'Ibrahim Bey, réfugié du côté de Bclbéis, l'atteignit à Salheyeh, le défit, et le rejeta dans la Syrie. Mais le jour même de ce succès il apprit la nouvelle de la destruction de la flotte française, dans la rade d'Aboukir ( f -2 août 1798). L*armée restait sans appui du côté de la mer, et sans communications avec la France ; elle ne pouvait plus compter que sur elle-même et sur son général.
Obligé désormais de tout tirer de TÉgypte, Bonaparte sembla dès lors modifier sa conception première : il avait projeté une conquête, une étape, une base d'opérations pour le progrès de ses enlrcprises en des lieux plus éloignés; il résolut, dans sa pensée, un établissement durable, définitif, tel du moins qu'il y pût attendre des circonstances plus favorables pour la reprise de son plan. IL lui fallait mieux que la soumission des Arabes, il lui fallait leur conversion sodale; pour hâter cette nécessaire transformation, il entra lui-même dans leurs mœurs, leurs coutumes, leurs croyances, leurs idées. Son carac*
] tère et son langage prirent une coolear orim- I taie; ses volontés parurent inflexibles comme le I destin. Il ne tint pas à lui qu'on ne vit en sa personne une nouvelle incarnation du génie même de Mahomet. Le 18 août il assistait avec son armée à la fête du Nil ; le fleuve avait eu cette année- là une de ses plus généreuses inondations : le Nil se rejouissait de Tarrivée du nouveau sultan. Deux jours après , le 20 août, Donaparie célébrait avec pompe une autre solennité, celle du Prophète : on admira dans U grande mosquée du Caire le recueillement avec lequel le chef français suivait les prières sacréei; on eût dit qu'il s'étonnait lui-même d'entendre en son Ame un appel d'en haut. Un mois après, au 21 septembre, encore une fête; mais celleci, toute française, était Tanniversaire de Téta* blissement de la république ; Bonaparte convia les indigènes aux réjouissances de cette èr>; d'universel affranchissement; et comme uoe sombre tristesse gagnait déjà les soldais de France, Bonaparte, pour rendre moins aroe: à ses compagnons le regret de la |)atrie absente, leur rappela, dans une magnifique proclama* tjon, où l'on ne retrouvait plus que le révolutionnaire d'Europe, les prodiges de leur glorieussb et commune histoire depuis le siège de Toulon.
Mais pour susciter l'action et la vie il ne suffisait pas, même en Orient, de frapper seule* ment les imaginations. Bonaparte, qui avait ap* pelé le nouveau pays à concourir à son propre gouvernement , s'efforça de l'initier à la lil)erté et à la régularité du droit européen. U chaogei en propriété la possession à titre précaire de> populations indigènes; ce fut l'objet de l'iD^li' tution de l'enregistrement et des domaines. Il établit des tribunaux de commerce au Caire, à Alexandrie, à Rosette, à Damicttc, encouragea rétablissement de moulins, d'usines, de ral>nques , de sociétés industrielles, et fit connaître aux villes musulmanes les bienfaits d'une police attentive à prévenir les causes d'insalubrité. L'armée ne recevait plus rien de ses dépôts o« France i un décret spécial accorda aux Mamelouks et aux Arabes le droit de servir; l'année combla ses vides, et les indigènes commencfrent à s'assimiler aux Français. Linstitut d tgypte fut fondé dès le mois d'août 1798 ; il devait diriger les travaux des commissions scientifiques attachées & l'expédition; Bonaparte assistait à ses séances. Des savants accompagnaient les généraux dans leurs courses, et rapportaient à rinstitut des notes recueillies i« plus souvent pendant des marches pénibles e des combats. Bonaparte fut parfois lui-même un de ces hardis explorateurs: au mois de décembre 1798 il arrivait à Suex,'et tout en organisani. des travaux de défense il visitait la fonlwne de Moïse au mont Sinai et découvrait les vestiges du célèbre canal de Suc», dont on ara» contesté l'existence.
Ces soins ioférieurs, ces distraclions fécondes pour la science, rimtoire, TaTcnir, n*eiiipéchèreot en rien d'autres occupations plus pressantes. Bonaparte recherctia et obtint Talliance (la bey de Tripoli, du cliérif de la Mecque, des pacbis de Damas et d*Alep; il envoyait en mèroe temps des émissaires an sultan de My* soreTippoo-Saîb, pour le fortifier dans ses ré- £oiiilions contre les Anglais.
27. Mais depuis* le désastre d'Aboukir des impossibilités de toutes sortes s'élevaient contre Ten- {reprise et le génie de Bonaparte; elles faillirent être vaincues, elles ne le furent pas pourtant.
Test en vain que le jeune conquérant, pour désarmer l'hostilité religieuse, plus forte que la Tîctotre elle-même, avait feint pour l'islam les eofralnements d'un néophyte et recommandé la même attitude au scepticisme moqueur de ses soldats : les vrais musulmans ne ressentaient que de U méfiance et de l'indignation pour ces adorateurs de Jésus que le besoin de dominer rendait infidèles à leur dieu. D'autres causes d'irlitalionsemêlant à l'antipatliie religieuse, ime in.<iurreclion se prépara en secret. Elle devait éclater dans toutes les villes; le Caire en donna le signal» le 21 octobre 1798. Bonaparte éteignit (lios le sang des rebelles cette révolte, un instant triomphante (22 octobre ), et profilant de l'arrêt que la vigueur et la rapidité de ses répressions mirent partout dans le mouvement , il fit élever à U liAte autour des villes des ouvrages fortifiés qui les gardèrent, pendant ([ue les colonnes mobiles parcouraient les provinces et les contenaient. Tout rentra dans une apparente soumission.
Cependant il s^était répandu un bruit. Bonaparte se vantait d'être l'ami du grand -seigneur, et pour le faire croire il traitait avec faveur les officiers de la Turquie en Egypte. Mais, d'après le bruit qoi se propageait, la Sublime Porte avait appris cette ruse deschrétiens pour s'emparer d'une de ses ferres; elle s'était indignée et arait déclaré la guerre à la France. Bientôt un ftmian portant les signes sacrés de son authenticité arriva en Egypte et ne permît plus de douter de la vérité. Tous les musulmans étaient Appelés aux armes. La Turquie accourait au secoors de l'Egypte. Les Anglais , ennemis de la France, se joignaient à la Turquie pour se venger.
Cette nonvdie, interprétée et grossie par l'imagioation arabe , était malheureusement d'une irrécusable exactitude. La Porte préparait enefTet one expédition (1), et des armements se faisaient en Syrie. Bonaparte calcula que la saison s'opposait à on débarquement et quil avait le
U) U Tnnnile éUlt en guerre avM la France depata ie nuH à'»titt lltt. C'était, comme on tferait le prévoir, t'oeenpaiioo des llrs Ioniennes qui avait provoqoé ces boiUHiés et, chose plus danRereose eoeorr, l'alltance de ta Tnrqnle et de la Russie. Le traité d*allianee oNm* dv« et défensive contre la France Ait conclu entre la Koaie et ta Porte le tl déocabre nfS. L'AB|letefi« j K(Uk te 1 lantler tlM.
temps, en se hâtant beaucoup, de se défaire d'abord de l'armée qui se levait contra lui de la Syrie.
L'armée quitta le Caire le 10 février, traversa péniblement le désert, prit en passant le fort d'El-Arych, s'empara de Gaza, puis de Jaffa et arriva devant Saint- Jean d'Acre le 14 mars 1799, mais traînant avec elle un nouvel ennemi, la peste. Néanmoins une nombreuse armée, que le pacha de Damas conduisait au secours de la ville, fut entièrement détruite aux combats de Nazareth, de Safer et du Mont-Thabor. Saint-Jean-d'Acre fut investi et attaqué avec un enkain et une constance qui paraissaient devoir être irrésistibles. Mais une flotte turque avait amené dans la place des renforts considérables; les Anglais tenaient la mer; les assiégés étaient en outre assistés de toutes les ressources de la science européenne; un orficier français émigré, Phélippeaux, condisciple de Bonaparte à Brienne, d'autres émigrés français dirigeaient les travaux. L^armée assit^geante venait de perdre son artillerie de siège, capturée en mer par les Anglais; elle n'avait plus qu'une artillerie de campagne, tout à fait insuffisante contre des obstacles en pierre. Les Français firent en vain des prodiges d'audace et de contance. Un jour, trois cents hommes choisis se présentèrent au général en chef faisant serment de pénétrer dans la place ou de mourir. Ils tinrent tous parole. Il n'en revint pas un seul. On manquait de munitions de guerre, et comme on donnait une prime aux soldats qoi rapportaient des boulets , quelques-uns d'entre eux s'en firent une industrie : ils allaient aux bords de la mer et se ran* geaient en ligne devant les Anglais, qui leur tiraient des coups de canon ; les soldats qui n'avaient pas été atteints ramassaient les projectiles et allaient les vendre au parc d'artillerie. La peste ne cessa pas un moment de dévorer l'armée. Là, devant SaintJean-d'Acre vint s'évanouir le rêve grandiose qui avait fait entreprendre l'expédition. Napoléon a dit plus tard de cet érénement : « Un grain de sable arrêta ma fortune. Si Saint- Jean-d'Acre fût tombé, je changeais la face du monde... Je serais aujourd'hui empereur de tout rorient... » Il a, depuis, encore ajouté : « Quelques contrariétés de détail ont empêché la prise de Saint-Jean-d'Acre. Cette place enlevée , l'armée française volait à Damas et à Alep ; elle eût été en un clin d'œil sur TEuphrate; les chrétiens de la Syrie, les Druses, les chrétiens de l'Arménie se fussent joints à elle. Les populations allaient être ébranlées. Nous aurions été bientôt renforcés de plus de 600.000 hommes; j'aurais atteint Constantinople et les Indes ; j*aurai8 changé la face du monde ».
Tel ne fut pas l'arrêt de la Providence. De cette expé<lition, où Napoléon a peut-être le plus déployé les puissances variées de son génie. Il ne devait rester qu'une possession bientôt perdue et une gloire qui produisit plusd'étonneroent que
NAPOLÉON l"
d'adinirat!oD/Celte gloire même ne fut pas sans ombres. Comme le succès toi manqua et ne vint pas la consacrer, les hommes pratiques remarquèrent dès lors qu'il y avait dans le génie de Napoléon un excès d*entrei)rise par où il confinait à Tesprit d'aventure, aux chimères, et que Timagi nation pouvait le maîtriser au point de le faire se mt^prendre sur les limites exactes du possible. Napoléon, en se transportant en Orient, avait nécessairement un peu admis les procédés asiles en ces pays, oti il semble que la violence , la terreur et la ruse sont des moyens de gouvernement Maitfi en Europe II n'est point de grandeur en dehors de Tbonneur et du respect du droit ; et l'on reprocha à Napoléen d'avoir cédé plus que ne le pennet la moralité européenne aux habitudes de ces contrées corrompues et sauvages. Deux faits surfout se levèrent plus tard contre lui : le massacre de la garnison faite prisonnière à Jaffa , le prétendu empoisonnement de quelques malades français abandonnés dans cette même ville. Ces deux faits furent pour le moins exagérés par les calomnies des Anglais. Les Moghrébins faits prisonniers à Jaffa le 7 mars 1799 étaient une troupe déjà épargnée à El- Arych quelques jours auparavant, à 'qui l'on avait accordé la vie à condition qu'elle ne porterait plus les armes contre les Français. On Jes retrouva de nouveau dans les rangs ennemis. On ne pouvait pas les garder prisonniers , on ne pouvait même pas les nourrir : ils furent sacrifiés à leur serment violé, aux lois terribles de la guerre, aux cris de l'armée, qui marchait avec d'insuffisantes munitions de pain et d eau an milieu d'incessants tourbillons ennemis. Quant aux pestiférés de JafTa, en très-petit nombre, qui furent, dit-on, empoisonnés afin qu'ils ne tombassent pas vivaiits> entre les mains d'emiemis qui mutilaient et tourmentaient affreusement letirs prisonniers , il est à peu près certain que cet ero[)oisonnement au moyen de l'opium fut en effet proposé par Napoléon, mars il n*est pas du tout certain qu'on l'ait exécuté ; sur des observations trop justes qui lui furent faites, Napoléon renonça à son idée, consentit à retarder d'un jour le départ de l'armée, fit organiser des moyens de transport pour les malades, et prêta même pour ce service ses propres chevaux. D^près certaines relations, quelques pes* tiférés seulement , moins de dix , furent abandonnés, parce qu'ils étaient arrivés à la dernière période de la maladie, et ils ne furent pas .-(bandonnés empoisonnés, car ils n'étaient poiat tous morts quand survinrent les ennemis lanoés à la poursuite de l'armée française; mais d'autres témo'gnagps, plus irrécusables, obligent à ne fias même admettre cet abandon partiel (1). Ces
(1) I.Whire dM pestiférés de J«rr.i se place A la date do M-n mat l'M, au rrrotir de Syiir aprè» l'abandon da alêne de Satni-Jean-d'Arre. O fut l'Invention d'un misérable, cliaoté de l'armée franco Ue pour se^ voh. Voulant te faire bien venir dcn AnKlaiR, qui t'avaient accueilli, ce mudrable Imagina plusieurs CAlomolea, ootaïa-
doux épisodes ont défrayé pendant bien longtemps les accusations de cruauté contre Napoléon. L'accusation la plus grave fol celle à laquelle donnèrent lieu les professions de foi musulmanes! souvent émises par Napoléon dus ses proclamations aux Égyptiens. Porsonne De s'y trompa, pas même les Arabes; et en Europe l'on n'y vit qtrun expédient d'influence et de domination. Seulement on se demanda, si grand qoe fût le scepticisme religieux de l'époqae, quelle était la mesure de cette ambition qui, pour remporter, se jouait du respect de la parole humaine, de la foi d'un peuple et du nom de la Divinité. Le caractère moral de Napoléon a eu toujours à souffrir de ce mahométisme affiché par lui en Orient ; et quand plus lard m vit le concordat et le sacre, on se demandait encore avec ironie s'il fallait croire à la siaoérile d'une conversion ou à une nouvelle représentation de cette potitique pour qui toot était moyen •de gouvernement.
2S. Le 21 mai 1799, après soixante joars de tranchée, huit assauts impuissants et d'indicibles souffrances, Bonaparte avait levé le siège de Saint- Jean-d'Acre. L'armée fit pendant vingt-cinq joon une marche pénible dans le désert, tiompaot les Arabes sur l'insuccès qui venait de trahir son ifldomptable courage. Elle arriva enfin au Caire, oii sa présence était bien nécessaire. Le 15 juillet Bonaparte apprit que les flottes anglaise et torque se développaient devant Alexandrie, ayaiit déjà mis à terre les premières colonneK d'une armée. Ses dispositions furent prises aussitôt Réunissant quelques troupes, il se porta rapidement s^ur Alexandrie. L'armée turque campaît»iir la plage d'Aboukir, en nombre bien supérieur aux Français. Sans attendre l'arrivée de tontes set troupes, Bonaparte brusqua l'attaque (26 juillet ). Après une longue et sanglante mêlée, les Turcs furent précipités dans la mer. Cinq mille d'entre eux, réfugiés dans le fort d'Aboukir, s'y défendaient vaillamment; mais ils furent obligés de M rendre le 2 août. Cette formidable expéditioo était réduite à néant.
Depuis dix mois, Bonaparte était sans nonvelles de la France. Après la bataille d'Aboukir, il envoya un parlementaire au commandant de la flotte anglaise , sous prétexte d'édiange ^ prisonniers , mais au fond pour tâcher d'avoir des nouvelles. L'officier pariementaire revint avec quelques Journaux, qui lui révéièreat »
ment celle-ci, dont le colonel Robert Wilson »e«i ''«^ ranitevr et le prnpafpilenr da«s »oo Hi^oitr de tapédition lfrUanniqii€ êti Egypte. \j» écri»*in« '™"^ ne se sonl occu|.«8 de celle f.iblc, qui a pourtaot ?«>« toute l'Europe, que d«'pui« ISiB. I)*»pré-» le ^^^^ Larrej, lérooln des faUs, l'empoisonnement rt rabanogu des peRllf*ré« de J<iffci mnt eatiëremcnt conirocrtff. « reiM U nt^tiraction de n en pas IhImit nn ''JJVt Syrie », a écrU »l. Lsrrey^ daiia «a tttiation <'**'^* eaiê de rmrmée d'Orient, l»'aprn un auire l^uïotn, wteor à «on tour dam l'eWnement. le V «a» ^' ^^ encnr* cent iivil»*<i; II» furent /o«f *"•<**•, |S«
. Journée dat8.I>eig««UM., m%toif» m^^f»f* ^ *^
\ mée d'Orient,
triste sîhiatioD de la France , batlue au dehors el dédiirée au dedans par les factions.
On assure que sur le champ de bataille d*Abookir le générai Bonaparte avait reçu une lettre da Directoire, qui le rappelait en Europe avec aoo année. Cette lettre du moins a été publiée; eil< est à la date de Paris 7 prairial an vu ( M mai 1799 ), et porte les signatures de trois diftcteurs, Xreilbard, La Réveillère-Lépeaux, Barras.
Quoi qn'ilen soit, Bonsparte prit sor-le-ehamp soo parti; il donna Tordre à Taroiral Ganteaume de préparer en secret deux b&timents. Puis, re- Toant au Caire pour régler diverses aibâres d'administration, il rédigea ses admirables instructions pour son successeur Kleber. Sous prétexte d'une tournée dans la basse Egypte , il ft'effltkarqoa le 22 août presque en vue d'une frégate anglaise, snr la fr^ate ta MtUron , suivie d'aaeaotre frégate, ta Carrère^ti dedeux avisos, La Revanche et L'Inconstant.
La traversée fut longue et périlleuse. Quarante-sept jours après son départ d'Alexandrie, Bonaparte dét>arqua le 9 octobre près de Fréjus où il fntaccneillt avec un enthousiasme extraordinaire; la population envahit les navires nouvellement arrivés et rendit impraticable toute quarantaine. Bonaparte partit le jour même pour Paris escorté sur toute sa ronte du cri des villes et des campagnes qui saluaient en lui le Libérateur. La nouvelle de son arrivée parvint à Paris dans la soirée du 13 octobre; on Taononça aux spectacles où elle fut accueillie avec d'inexprimables transports d'allégresse. Un député au conseil des Anciens, Baudin (des Ardennes), mourut de joie, dit-on, dans la nuit da 13 an U octobre, en apprenant le débarquement de Fréjns.
Le là brumaire.
^.^Igs partis antonr <f« Bonaparte, État âêt affairt». VaplnUm pubtique. — 80. Journée» du littdu 19 6ru- «Mire. . 81. Premier» acte» du nouveau pouvoir. La Trmce tanetionné te 18 brumaire, iMtiiutUm du coQsuiat.
(16 octobre 1799 — 19 février 1800.)
Bonaparte dès son retour à Paris, qui eut lieu le t6 octobre à six heures du matin , fut enioQré par les hommes des partis révolutionnaireSw Us autres se tinrent à Técart, soit qu'ils se méfiassent avee rais4m d'un général qui avait déjà donné tant de gages à la cause de la révolution, Mit qu'ils éprouvassent de la satisfaction à rester Hwctatears seulement des conflits et des périls OB tombait de nouveau un gouvernement qn*ils ^orraient. Mats la neutralité dans les circonsl^oees critiques est toujours une faute. Si les royalistes se fussent ralliés au général Bouapule, leur adhésion n'eût pas manqué de le compromettre et d'éloigner de lui bon nombre ^ réToIntionnalres; le parti de la révolution
se divisait, et rien de définitif ne sortait du mouvement. S'ils se fussent ralliés au Directoire, ils eussent peut-être procuré un triomphe éphémère à ce débile gouvernement, dont un des cliefs traitait déjà, disait-on, secrètement avec le prétendant, le comte de Provence (I). En tous cas, ils avaient chance, en se mêlant an coup d'État qui allait se tenter, ou de se faire dn vainqueur un obligé pour l'avenir, ou de paralyser la victoire de la révolution. Mais les royalistes, avec leur infatnation habituelle, pensaient qu'ils n'avaient d'avances à faire à personne, que Ton viendrait à eux, que le retour de l'ancien régime était inévitable, etc. L'apparence des choses semblait leur donner raison. Les armées françaises étaient t)attues en Italie ; elles ne tenaient plus que Gènes ; en Allemagne, elles gardaient avec peine la défensive sur le Rhin. La coalition européenne se pressait aux frontières, défendues seulement par quelques dernières victoires, la bataille de Zurich en Suisse contre les austro-russes, les batailles de Berghen et de Kastrikum en Hollande contre les Anglo-Russes; mais ces socoès, si nécessaires, pouvaient bien ne pas se renouveler, car l'abandon et le dénuement des armées étaient extrêmes. Au dedans, les services publics s'interrompaient. Les contributions ne rentraient plus. La rente à cinq pour cent s'offrait à onxe francs. Les conscrits rèfnsaient de sortir de leurs villages. L'insurrection se levait en Bretagne , dans TAnjou , le Poitou , le Maine, noe partie de la Normandie. Le Languedoc et les Cévennes s^agitaient, et ce ro«ntvement gagnait le midi. La cessation du commerce et de rindustrie livrait à la misère un peuple désœuvré. IJn fléau inconnu en France depuis bien des siècles, le brigandage, épouvantait les campagnes ; derrière les insurgés religieux on politiques, des bandes ameutées par la flilm rançonnaient les voyageurs, arrêtaient les convois, répandaient le meurtre, le vol, l'incendie. Le Directoire trônait en fx>sturoc ridi* cuie au milieu de tant de maux ; il n'avait qu'un expédient pour se maintenir : il faisait des coups d'État; depuis le 18 fructidor il avait fait celui du 12 floréal. L'impuissance ne le rendait pas inoffensif; sous sa douceur hypocrite, il persécutait avec l'intolérance et les haines de la Convention (2). Au reste, tout se dégradait. Il n'y avait plus d'instruction publique. Les fonctionnaires vivaient de déprédations. Les mteurs se corrompaient. Barras donnait l'exemple de la dissolution. Tous les mariages étaient incertains.
(1) Mlgnrt, HUtoire de la rérolutinn, Thlcrt, //<«• toire de la révolution, elc, font e&pUcUet sur cet mcute* necrèin du directeur narra*
(t) Dn des derenseurt an Directoire en parle ainat : m Que le Directoire ait éld persécuteur, qu'il Pult été avec acharnement, afec fureur; que pir celte fiircor penécutriee la Convention et le Directoire aient fait avorter l'établlMement de la république, c'eit un fait Indéniable...». L'abbé Gr^^KOlre, Uittoire dee teeteê reliffieuse», etc., tome l*', p. (01.
Si Bonaparte avait pu hésiter devant la nécessité d'un changement, ses scrupules eas&ent été levés par les empressements de ceux qui s'en venaient à lui de tous les c6tés de la révohitign. Sieyès cherchait un général, un homme d*épée assez intelligent, mais surtout résolu et fort. Talleyrand et Fouché étaient aux aguets pour découvrir l'homme à i'avénement irrésistible, prochain, qui ne pouvait manquer de surgir; ils ne faisaient qu'une condition, c'est que cet homme ne fût pas pour l'ancien régime. On avait songé à Moreau, à Jourdan, à Championnet, au duc de Brunswick, recommandé par les sociétés secrètes, au duc d'Orléans, etc. La présence de Bonaparte avait fait cesser toutes les irrésolutions et fixé le choix de chacun. Un moment Sieyès l'avait trouvé trop important pour ce qu'il en voulait faire; Talleyrand se chargea de tromper sa prévoyance. Tous, à l'envi, s'étaient mis à la suite de l'homme nouveau, nécessaire, incomparable; ils conspiraient pour lui dans les Conseils, dans les journaux, dans les clubs, dans les sociétés secrètes. Il y avait heureusement une autre conspiration, celle'du peuple, averti par l'instinct de conservation qui lui est propre, et faisant sentir de toutes les manières la pression publique qui poussait Bonaparte à s'emparer du pouvoir (i). Bonaparte n'eut pas à diriger un mouvement qui se faisait sans lui; mais il prit à tÂche de le modérer, car il n'ignorait pas combien il est dangereux pour le prestige et la stabilité d'un pouvoir nouveau d'avoir à s'élever par la violence. Cette modération faillit même lui coûter | cher; Bonaparte se mêla de sa personne, plus qu'il ne convenait, aux diverses opérations du 18 brumaire, sans doute parce qu'il n'avait pas à qui se fier entièrement et parce qu'il ne voulait pas se mettre à la mehcl des excès de zèle de ses agents ; mais sa dignité eut à soofrrir de cette immiscion trop immédiate dans les faits et gestes d'une conspiration, et il n'a tenu qu'à un homme hardi d'arrêter tout court dans son essor le futur fondateur de l'ordre moderne.
SO. Voici la série dos actes apparents de cette fameuse journée du 18 brumaire; nous ne pouvons parler que de ce qui s'est produit sur la <>cène et non de ce qui s'est passé dans les coulisses de cette grande intrigue.
Dès le 22 octobre 1799 une précaution avait été prise : un frère du général Bonaparte, Lucien, était nommé président du Conseil des cinq cents, où l'on craignait le plus d'opposition.
Le 16 brumaire (6 novembre) tout le plana
(1) Noos trouvons la réBeslon suivante dan* an ouvrage aujourd'hui peu consullé > « Ao mllirn de cette agliatlun, de ce choc de» paMiona , U n'y a réellement «lu'nne teule et grande conapirallon, c'est cdie du peuple français ronire su oppresseurs , contre des brouillons couverts de son sang, engralMiés de ses deniers : conipiratloa sainte et vraiment nationale, i la télé de laquelle est Bonaparte v. Bait., Higtaire poUti^ue et moroU det révotutions dû France.
suivre avait été arrêté. Les 16 et 17 faient donnés aux derniers préparatifs.
Le 18 brumaire (9 novembre), tons ceux du Conseil des anciens qui avaient été ralliés au complot, ou qui passaient pour n'être pas contraires à un changement , se trouvèrent réunis au palais des Tuileries , dès sept heures do matin. Les autres membres n'avaient pas reça de lettres de convocation ou n'en reçurent que tardivement, et il en fut ainsi par suite d'inadTe^ tances laissées au compte des inspecteurs de l'assemblée. Les membres présents étaient ea nombre suffisant pour voter; ils rendirent sans perdre de temps un décret : 1*^ pour transférer les deux Conseils hors de Paris, ainsi que li constitution permettait, au reste, de le faire dans les cas d'imminente agitation; 2' pour charger de cette translation le général Bonaparte, nommé à cet effet par le même décret au commandement de toutes les forces militaires de Part< et des environs, et cela contrairement à la cmstitution, qui réservait exclusivement au pouvoir exécutif la disposition des forces militaires. Le décret fut tout aussitôt porté au général Donaparta^ qui se tenait prêt, depuis six heures du matin, dans sa maison de la rue de la Victuire,aa milieu d'un brillant étet-major. Le général s'empressa d'accourir aux Tuileries avec son corlége; il adressa aux Anciens quelques paroles de rirconstance, et jura de sauver la république Daas son allpcution, on remarqua ces mots, qui »ftaient des banalités révolutionnaires : « Bt? dans lluhtoire ne ressemble à la fin du di^ limtième siècle; rien dans la fin du dii-huilièfflf siècle ne ressemble au moment aciucl. ■ l'a', nement de Bonaparte an pouvoir était ainsi le point culminant de l'histoire humaine! QuelQû^^ récalcitrants, qui commençaient d'arriver, voulurent parier; mais le Conseil, «près son décm de translation , ne pouvait plus délibérer; Ut galité le loi défendait; la séance fut levée rm^ les cris des survenanU qui n'étaient pas de Hotrigue, et l'on se sépara. .
Cependant le Conseil des cinq cente se réoo^ sait à son tour au Palais Bourbon. H v^rnis» fort animé; oe qui venait de se passer aux ^j ciens n'était plus un mystère. Déjà on se pi^' à la tribune; mais le piésidcnt, Lucien Bonaparte, prit un papier des mains d'un ^^T^^^^ d'État qui accourait au même moment, et » le décret qui transférait le corps législaW »" de Paris. La clôture fut prononcée au mww» d'une grande agitation. . t^g^
Kien n'était fait encore, U faction J^^^^^^^ avait depuis peu reformé un club, le ^°!!f?f'^ ^v nommé du lieu de ses séances. Elle ^^ i g-^iaji gitait. Les douze municipalités de Paris, **"^ j^^^ conservé un levain des passions de 93, o des points de ralliement et de résistance, partie de la garde nationale et de ^'^^^^^a très-allachée à la république; un ^VÏ^Jz. «a loi être fait. On savait Augereao cooin»"
roouTement. Bemadotte s'était ofTert, on rassurait, pour arrêter Bonaparte, et le ministre de la guerre, DulMis-Craocé, homme d'exécution, lavait demandé qu*un ordre « pour en faire justice», disait-il. Que ne pouvait-on pas faire sortir de «s fidélités, de ces jalousies de quelques 9»énux, de ces suprêmes ardeurs du jacobi- Diifn«I Mais les conspirateurs ne manquaient fis de prévoyance. Fouché, ministre de la police, prit un arrêté qui suspendit les douze municipalités. On criait au Manège; Fouché y avait du monde à lui : Saliceti, qui feignait d'être Pen- Bemi de Bonaparte, assistait aux délibérations iecrètes des plus bo«itiles des Cinq Cents ; ils ne poQTaient rien décider qu'on ne le sàt tout aussilAL Heureusement pour eux, ils ne décidèrent riea. Toutefois, il importait avant tout de dissoudre le Directoire, de qui pouvait partir l'initiative de la résistance et d'une action commune. Mais la conspiration était dans le Directoire luimême. Sieyès et Roger-Ducos, l'un et l'autre du i-omp1ot,donnèrent leur démission danslajoumée. Restaient Barra», Gohier et Moulins, contraires au complot ; à eux trois, ils formaient la majorité et suffisaient à conserver le Directoire. Barras, bomroe énergique, il l'avait prouvé, mais elTéminé et corrompu, le chef des pourris^ comme disait Bonaparte, eut peur sinon du danger, da moins de l'action et de la lutte ; aux premières ioâtaoces qui lui furent faites par Talleyrand et Bruix, il se démit de ses fonctions, et il alla se Jéiasser sons le feuillage déjà jaunissant de sa beile résidence de Gros-Bois, près Paris* Gohier et Moulins eussent 1)ien voulu ne pas céder; mais ils s'étaient introduits dans le gouvernement pas un coup d'État ; la justice ne s'opposait pas à ce qu'ils en sortissent comme ils y étaient entrés, par on coup d'État; ils refusèrent de se retirer; on les retint prisonniers, sous bonne ^de, an palais du Luxembourg. Ce fut le géaérai ftloreao, nn des généraux sur lesquels le Directoire comptait le plus pour sa défense, qui se chargea de les garder.
Le Directoire dissous, les municipalités de Paris fermées, la faction jacobine réduite à faire en vain des motions, les deux Conseils ne pouvant plus s'assembler à Paris, la force publique placée dans une seule main : c'est là ce qu'on nomme la joornée du 18 brumaire. Mais ledënoûroent, qui fut incertain jusqu'au der- Bier moment, ne devait avoir tien que le lendemain.
Le 19 brumaire (10 novembre), les Conseils transtërés à Saint Clood se réunirent, les Anciens dans la galerie du château, dite la Galerie àe Mars^ les Cinq Cents dans V Orangerie. Bonaparte se tenait dans une salle voisine, avec Sieyès, Roger-Ducos et quelques affidés. Aux atours do château on ne voyait que des troupes.
Les séances des deux Conseils s'ouvrirent si- °>Qitanément à tieax heures.
Aqx Anciens* les membres tardivement con-
XOOT. BIOCR. CÉNÉR. — T. XXXVIU
voqoés la veille étaient tous accourus; ils semblaient vouloir prendre une revanche. Ils demandaient des explications sur le décret de translation , sur tout ce qui s'était passé. Les conspirateurs avaient pour répondre k tout un décret tout prêt. Mais on ne pouvait rien pro< poser; on criait, l'on ne s'entendait pas.
Aux Cinq Cents, le tumulte était plus menaçant. Dès le début un député avait demandé que l'assemblée prêtât serment de fidélité à la constitution : c'était prendre l'engagement de réagir contre le coup d'État à moitié accompli, et cette proposition, volée par acclamation, avait été suivie des cris les plus significatifs : Point de dictature I À bas les a ictateurs ! Les haUon' nettes ne nous effrayent pas l La constitution ou la mort !
Dans les deux assemblées, les esprits s'échauffèrent ainsi, deux heures durant, en toute liberté. Les conspirateurs firent en ce moment trois fautes énormes : la première, de laisser commencer des délibérations qui ne pouvaient que tourner contre eux ; la seconde, de laisser se continuer ces délibérations; la troisième, la plus lourde, de commettre, pour en finir, le personnage principal de la situation. Sieyès avait proposé d'arrêter en masse les Conseils; Bonaparte s'y était refusé, pensant que la peur suffirait et que ehacim se soumettrait. Il s'était trompé. Au dernier moment on eût dit que les conspirateurs perdaient la tête.
£nfin, à quatre heures, il fut décidé que Bonaparte irait parler aux Conseils, et qu'il commencerait par les Anciens, bien que ceux-ci n'eussent pas T'aitiative des résolutions: mais les adhérents au coup d'État s'y trouvaient en majorité , et l'on espérait atvoir d'eux une démonstration favorable pour réduire l'opposition des Cinq Cents.
En se rendant à la Galerie de Mars , Bonaparte rencontra Aogereau, qui allait et venait dans l'attente de l'événement, mécontent et curieux. « Te voilà dans de beaux draps I » dit Augereau. —Bah! réiH>ndit Bonaparte, c'était bien pis à Aroole. »
Devant les Anciens, Bonaparte, un peu troublé, protesta d'abord contre l'intention qu'on lui prêtait de prétendre à la dictature. C'était ridicule de parler ainsi contre l'évidence. Il retrouva bientôt sa supériorité à une interpellation qu'on lui adressa sur la constitution, qu'on l'accusait de violer; Bonaparte dit que la constitution n'existait plus. Il était sincère, il fut éloquent. Mais cet avantage, il ne le garda pas, ayant eu le malheur, sur une autre interpellation qui vint l'interrompre, de parler de certaines propositions secrètes qui lui avaient été faites par Moulins et Barras. C'était trahir des confidences, tomber dans la dénonciation. Sentant qu'il faisait de nouveau fausse route et qu'il prenait un rôle odieux et sans dignité, il rentra dans la réalité de la situation; il en appela à la force armée
NAPOLÉON r*^
qui I*acconipa{»naît : c'était son meilleur argument. Toutefois, il Huit comme il avait débuté, assez malencontreusement, par nn de ces mots qui visent au sublime et passent tout è côté : ■ Que Ton songe, dit-il, que je roarctie accompagné du dieu de la fortune et du dieu de la guerre! » En somme, raliocution aux Anciens était manquée. Avait-elle fait peur, au moins? C'était douteux.
Bonaparte passa dans TOrangerie avec son escorte de grenadiers, qui ne le quittait plus. Mais là, à peine eut-on vu apparaître à la porte le général et ses baïonnettes , qu'on ne poussa qu'un cri : u Des armes dans le temple des lois ! « On parlait ainsi dans ce temps. Tout aussitôt le général fut entouré d'un groupe de furieux qui le menaçaient et l'injuriaient. Lcfebvre, craignant pour la vie de Bonaparte, acconrut avec les grenadiers, le dégagea et l'enleva liors de la salle. L'assemblée ne >'en tint pas à cette démonstration; elle accueillit avec transport la proposition qui fut faite démettre Bonaparte et ses adhérents hors la loi : c'était un arrêt de mort; d'autres mesures se proposaient en même temps : le retour du corps législatif à Pai is, Pappel du général Hernadotte, ennemi du général Bonaparte et capable de diviser l'armée, etc. Ces pro[)Oriitions allaient évidemment être adoptées, lorsque Lu* cien, pour rendre le vote impossible, jeta sur la tribune les insignes de sa dignité, quitta son fauteuil, et laissa l'assemblée sans président. Au dehors, Lucien rencontra son frère au milieu des troupes, qui lui faisaient des protestations de dévouement. « Ils veulent le mettre hors la loi ! criait Lucien ! — Mettez-les hors de la salle », répliquait tout bas Sieyès. Il n'y avait pas un instant à perdre. Les troupes furent haranguées par Lucien , et appelées |)ar lui au secours de la représentation nationale, qu'opprimait, disait-il, une minorité factieuse armée de poignards. Une colonne de grenadiers, commandée par Murât, entra dans la salle. Les députés voulurent parlementer. Un roulement de tambours étouffa leurs cris. Les grenadiers s'avancèrent, baïonnette en canne, au pas de charge, dans toute la largeur de la salle , refoulant les députés vers les fenêtres, qui à l'Orangerie de Saint-CIoud étaient peu élevées an-dessus du sol. Les députés gagnèrent la campagne, laissant çà et là leurs toques , leurs manteaux, leurs écharpes et tout le bizarre costume ofliciel qu'ils avaient par-dessus leurs habits de ville.
Des membres du Corps législatif, qui étaient dans la conspiration ou qui se soumirent à Tévénement, membres peu nombreux dans le Conseil des cinq cents, pins nombreux dans celui des anciens, on composa un simulacre de nouveau corps législatif, lequel décréta, le 10 novembre (19 brumaire) À dix heures du soir: l'Iasuppres- ^ion du Directoire ; 7? l'expulsion de soixante membres du Corps législatif; 3** la création d'un gouvernement provisoire, composé de trois consuls, Sieyès, Roger-Diicos et Bonaparte ; 4® l'ajourne-
ment du Corps législatif à trois mois; 5* la création, |)ar chaque Conseil, de deux conimissioos tt^mporaircs , chacune de vingt-cinq menibre*, chargées d e réviser la constit ution et de fai re avec les consuls les lois et décrets nécessaires à la république; G^ la déclaration que Bonaparte, l« généraux et les troupes avaient bien mérité de la pairie.
Le 18 brumaire était accompli. Ronafiarte tenait enfin le gouvernement de la France. La nation ra[)prit avec l'explosion d'une immense joie.
31. Le lendemain les consuls provisoires s'installaient au Luxembourg. « Qui présidera ? dit Sieyès. — Ne voyeï-vous pas que c'est le général? répondit Roger-Ducos. » On disonta, un toucha à tous les sujets. Bonaparte , sans beaucoup parler, posait les questions et concluait, b soir, Sieyès dit aux personnes qui se réunissaient chez lui : « Messieurs, nous avons nn maître ^ il sait tout , il peut tout , il veut tout. >
Bonaparte n'attendit pas que le nouveau goovemement tôt régulièrement institué pour iaire face aux grandes di facultés de la situation. Pacifier les esprits, concilier les partis, n'en laisser subsister qu'un, celui du gouvernement, poorvoir à la pénurie extrême du trésor puMic, réveiller les ressources et Tactivité, prendre one connaissance exacte de l'état de désordre dans leqnel étaient tombées toutes les branches de l'adminislralion, définir et arrêter les bases de U nouvelle organisation d« la France, signifiera l'Europe, toujours coalisée, quVIle avait désormais à faire à un pays désireux de la paix, mais en possession de tontes ses forces , ce furent là les buts divers simultanément poursuivis dès le lendemain du 18 brumaire. Une loi rendait rev ponsables des mouvements des émigrés à l'esté* rieur leurs parents restés en France : cette loi fut rapportée, et Bonaparte se rendit an Temple pour délivrer lui-même les prisonniers détenus en vertu de cette loi, dite des otages. Des prtifts avaient été déportés à la Guyane, d'autres se trouvaient encore à l'Ile de Ré, on s'étaient réfugiés à l'étranger ; il y avait aussi les déportés du coup d'État du 18 fructidor : il fut publié que tous ces proscrits de la révolution étaient libres et qu'ils pouvaient rentrer dans leur patrie. Da émigrés jeK^s par un naufrage snr la côte de Calais étaient détenus en prison, et l'on s'inté' ressait beaucoup à leur sort :' Bonaparte dit qu'il ne voulait pas être plus Implacable que la tempête, et il les déclara libres, aux applaudisse roents de la France. Pie VI, enlevé de Rome par le Directoire, élait venu s'éieindre à Valence, où ses restes demeuraient depuis six mois sans sépulture : Bonaparte les fit inhumer avec les honneurs dus au rang souverain (30 décembre) En même temps, il abrogea les lois qui |irivaient les nobles et les parents des émigrés des droi|« politiques et les excluaient dos fonctions puU>* ques; il raya de la liste des émigrés les révolu-
:oi
Uonoaires, comme La Fayetfe, qui «ivaicnt appartenu aux anciennes assemblc^es, et il accorda cDe pension à la veuve de Baiiiy. Mais dès le premier jour un arrête du nouveau gouvenïeinenl aTail condamné à la prison, à l'exil, cinquante-six citoyens signalés pour leurs ardeurs démocratiques. On remarqua le contraste de cette rigueur oootre les révolutionnaires à côté de la clé* mence dont on usait envers les hommes d'un iiilre parti, et Ton y vit une tendance de réaction vers Tancien régime. On se trompait. C'était la révolution qui triomphait; sévère pour les intempérances des siens , elle se montrait pleine de mansuétude pour ceux dont elle allait consommer la défaite, et qu'elle entendait désarmer par son apparente douceur. Bonaparte ne trouva dans le trésor, pour tout numéraire, qu'une somme de 177,000 francs. Les armées étaient sans solde, les fonctionnaires sans traitement ; depuis dix mois les employés des ministères n'avaient rien reçu. On avait aboli les contributions indirectes pour plaire aux Tilles; les campagnes, sur qui pesaient les contributions directes, supportaient presque seules tout le fardeau des dépenses publiques. Mais la perception des contributions directes était arriérée au point que les rôles mêmes n'en étaient pas faits; les administrations locales, pour ne pas déplaire, imposaient mal , imposaient peu, et surtout elles ne pressaient pas les recouvrements. L'immense ressource des biens nationaux avait été gaspillée. Le crédit public n^existait plus ; il avait été détruit parles banqueroutes successives qui avaient signalé les finances de la révolution. Bonaparte, s'assistant d*un comptable de grande expérience qu'il avait découvert, Gaudin, ap|M)rta dans cette matière des finaikoes une habilité de combinaison qui suffirait à elle seule à constituer devant l'histoire la puissance de son génie. Il frappa d'abord les imaginations en institoanl la caisse d'amortissement et alx>lissant un emprunt forcé et progressif établi par le Directoire, signifiant par là que l'État avait des re.Hsources, qu'il n'avait besoin de contraindre personne à lui en prêter et qu'il allait commencer à éteindre la dette publique. Mais du même coup il substituait à l'emprunt forcé aboli une taxe de 2â centimes pat franc sur la contribution foncière: c'était une autre forme d'empnmt forcé, moins la promesse d'une restitution; mais l'opinion ne vit que l'abolition de l'oilieuse mesure imaginée par une loi du iO messidor. Bonaparte ne s'en tint pas U: pour faire les rôles des contributions directes, pour en activer la perception arriérée, il créa une ai^ence Rpéciale chargée de suppléer les admini si rations locales qtfi ne fonctionnaient pas ; et comme il lui fallait de l'argent sans plus de relard , une antre institution vint mettre tout d'abord à sa disposition les revenus qui n'e.xisldient pas encore, OMis qui allaient être perçus : ce fut l'institution des receveurs généraux, livrant des cautionnements et souscrivant des obligations im-
médiatement réalisables. La richesse de quelques particuliers vint ainsi en aide aux premiers besoins. Bonaparte demanda plus encore à la richesse privée : il convoqua les principaux capitalistes de Paris , et dans une de ces conversations auxquelles personne ne résistait, il les engagea à prendre confiance dans la situation, à faire preuve de civisme, de prévoyance, à se réunir pour offrir des facilités d'escompte, à relever le crédit commercial. La Banque de France sortit quelques jours après de cette association. Le soin d'élaborer les nouvelles institutions politiques de la France avait été laissé à Sieyès, grand théoricien de mécanique constitutionnelle. Mais Bonaparte se réservait de surveiller cette œuvre, et au besoin de la corriger au moment opportun. Une commission de jurisconsultes fut aussi chargée de préparer un projet de code civil. En attendant, Bonaparte semblait n'avoir d'attention que pour Tact ion même et l'exercice du gOQverneirient. Des officierscouraient aux armées, avec des instructions précises, pour tout voir, tout constater, faire prendre patience : au ministère de la guerre il n'y avait pas d'états de situation, et les généraux n'écrivaient plus. D'autres messagers, dits délégués des consnis, se rendaienf, chargés de missions analogues, dans les départements ; là tout s'agitait confusément dans le désordre, le malaise : avant tout il fallait connaître l'étendue du mal et les ressources iMssibles. La nouvelle constitution^ terminée en décembre 1799, fut proposée dès le 14 de ce mois à l'acceptation du peuple français. Bonaparte avait hAte de changer et de faire confirmer l'origine de son pouvoir, surgi jusque-là d'une initiative nécessaire, mais sans droit. Dans cette constitution, Sieyès avait fait une position énorme pour un magistrat, doté de six millions de revenu, qui , sans diriger le gouvernement, devait le dominer ; cette position , toute civile, était telle qu'un autre que le général Bonaparte pouvait seul l'occuper. Bonaparte comprit : il y avait là une ambition extrême à éconduire brusquement, pour éviter des dissensions, toujours dangereuses dans les circonstances incertaines encore et provisoires ; c'est ce quMl fit avec un mot d'une vulgarité terrible : « Qu'est-ce que cela? dit-il en pariant du grand électeur imaginé par Sieyès : l'ombre d'un roi, un roi fainéant , un cochon à l'engrais de quelques millions ! » Sieyès, frappé dans son amour- propre d'auteur et dans son naïf orgueil de constituant, garda le silence, et rentra pour n'en plus sortir dans cette indifférence sccptiquequi avaitété son attitude sous le régime de la terreur. On le dédommagea avec une belle terre près de Paris et une bonne dotation : il aimait la richesse et le bien-être. La nouvelle constitution fut acceptée par 3,011,007 omI, contre 1,562 non. Jamais constitution lévolutionnaire n'avait suscité un si grand nombre de votants et réuni une pareille majorité. La France acceptait le 18 brumaire, l'absolvait et le consacrait. Bona-
parte était premier consul pour dix ans, avec deux coliques qui n'avaient que voix consultatative, Camt>acërès second consul, Lebrun troisième consul. La proclamation du vote d'acceptation par le peuple français et Tinstallation du nou- Tcau gouvernement inaugurèrent le nouveau siècle. Le premier consul quitta le palais du Lnxembouri;, et alla s'établir aux Tuileries, le 19 février tSOO. Sur un des murs de cette antique résidence royale on lisait encore : « Z« 10 août le trône /lU renversé; il ne se relèvera jamais, »