‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; (volume 2)Chapitre 30 sur 110 · VU · texte numérisé non relu

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OnCANISATIOIf ET POLITIQCB INTÉRIEURE.

Zi. Canutéres des nonvellet institutions administratives : centralisât ivn, puissance^ régularité» — SS. Garanties de lit»erté : une loi civile certaine, une magtttrature indépendante et inamovible. — S4. Jllaintien du divorce; cage donné d la retolution. <-> SI. ÏJi révolution reconciliée avec le catholicisme : ie .concordat. — 3<. Nécessité de rhérédUé dans la constitution du pouvoir,' l'empire. — 37. f^ sacre. -> i8. Constitution nationale de Carméê. ^ Institutions auxiliaires de la monarchie et de la liberté; la Légion d'honneur t la nouvelle noblesse, la Banque, VunirersUé. — 89. Lvlte de Napoléon centre les préjugés de ses contemporains. Contradictions entre ses maximes et ses procédés de gouvernement. Fices du temps. Conspirations. Police. Presse. Caractère moral de tempire.

Le nouveau gouvernement s'était dégagé des luttes et des crises de ce grand mouvement, devenu irrésistible, qui depuis dix ans agitait la France et l'Europe; il en avait été le sauveur à la fin de Tannée 1795 ; il devait en rester l'organe et le régulateur : c'était là sa loi, sa mission, sa rai!>on d'être et sa spéciale légitimité. Mais en France et en Enrope il y avait une autre puissance que ct;Ile de la révolution. Tout n'était pas abus dans l'ancienne société; on y trou* vait l'ordre social, où s'était formée la civilisation moderne. Or la révolution ne s'était pas bornée à réagir contre des abus : elle avait fait la guerre à cet ordre social lui-même; religion, essence de la souveraineté, droit, propriété, famille, elle avait tout mis en question; elle se disait la promotrice d'un nouveau mode de sociabilité humaine. L'ancienne société, ainsi menacée et attaquée, se défendait et résistait. C'était là l'autre puissance qui se partageait la France et rEuro|)e, et qui tenait en arrêt la révolution, au «ledans par des conspirations incessantes, au dehors par des coalitions que rien ne semblait pouvoir épuiser. Il fallait mettre un terme à cet antagonisme qui rendait tout impossible. Les esprits extrêmes avaient proposé, les uns de supprimer la révolution , les autres de supprimer l'ancien régime. Les premiers avaient atx>uti à l'émigration, et faisaient cause commune avec les hostilités et les ambitions étrangères : leur triomphe ne pouvait plus être que l'humiliation et la destruction de la France. Les seconds avaient abouti a la terreur, et ils avaient succombé à l'excès et à l'horreur de leur

principe. Ce n'était pas là des solutions. Soq>: peine de mort pour la France, il en fallait uqc autre : c'était une transaction entre l'ancien régime et la révolution ; transaction, ë la vérité, bien difficile, car des deux côtés \c» tendances se montraient inconciliables, difficile surtout parce qu'au fond on y rencontrait , dans l'inconipalibilité même des choses , la nécessité de tromper réciproquement chacun des deux partis opposés, et de faire sortir, en somme, de cette commune Illusion, ou l'ancien régime réformé et transformé , ou la révolution désormais régularisée et seule assurc^e d'un triomphe définitif. Que Napoléon ait entrepris une transaction, c'est ce qui n'est point douteux ; qu'il ait réus'â à l'opérer, c'est ce qu'affirment ses apologistes; qu'il ait seulement fait avorter la révolution, oa corrompu l'ancien régime, c'est ce que prétendent ses détracteurs. Mais ses détracteurs comme ses apologistes, tout en admettant qu'un de; deux principes a été plus particulièrement faTorisé, ne s'accordent pas sur la détermination de celui des deux principes rivaux auquel la prcftrrence aurait été accordée. Nous n'entrerons pas à cet égard dans une discussion trop ardac, il y a plus, non encore susceptible d'être sûren>ent décidée ; car aujourd'hui même, après soixante ans, on ne peut pas encore juger. des virtualilà de la politique instituée par Napoléon. Nous nous bornerons à laisser parler les faits.

On sera peut-être étonné, dans la partie qui va suivre , de voir s'interrompre l'ordre chronologique «les narrations. L'ordre chronologique nous eût obligé à comprendre dans notre sujet toute l'histoire du consulat et de l'empire, et à laisser é()ars, dans le cours général des événements, les traits constitutifs de l'unique figure dont il nous appartienne de nous occuper ici.

32. On a dit de Napoléon qu'il a su seulement retrouver le despotisme adminisfaratiftii que l'ancienne monarchie l'avait laissé en tombant. La centralisation était faite en Fraore depuis longtemps. Les franchises de lieux et de classes n'opposaient plus que des barrières apparentes ou nominales à l'action directe, unique, de la royauté. Les états généraux étaient indéfiniment ajournés, les états provinciaux suspendus, les parlements soumis, toutes assemblées délibérantes réduites au silence. La royauté n'avait plus que des conseils où tout se décidait en secret ; des agents à sa nomination régissaient tout, n'ayant à répondre de leurs faits qu'envers les ministres de la royauté. Un pouvoir qui absorbait en lui toute initiative et toute direction, la nation exclue de toute participation à son gouvernement, des agents irresponsables : ce fut là, dit-on, tout le régime inventé par le con* sulat, avec cette aggravation qu'il y avait depuis 1789 de nouveaux principes, et que ces principes servirent seulement à masquer le despotisme installé à leur place : une déception de plus pour les esprits; le mensonge de la liberté

au-dessus de cette triste réalité de l'asservissement uoîversel 1 Mais pour mettre quelque équité en celte appréciation, d'ailleurs excessive, il importe , avant tout, de remarquer que le consaUt fut une dictature évoquée par tes vœux arilrat&ties lassitudes, les épouvantes, Pinstinct de ranservation d'une société près de périr. Plus de tinaoces, plus d'administration; Tarmée désor- (Tintsée; des trout»les au dedans, des défaites ao dehors, et la présence d'une coalition europ^ane de plus en plus menaçante. Il n'y avait p3$ à délibérer. Il était nécessaire d'improviser no gouvernement, et nécessaire de l'improviser ai telle sorte qu'il n'y eût à son action ni délai ni obstacle. Le consulat n'hésita pas : cette arme paissante de la centralisation que l'ancienne mooarcJiie avait instituée, que la révolution avait e\a<;érée tout en la détestant, et qui en 1800 i^mblait s'imposer d'elle-même aux choses et aux esprits, le consulat se bâta de la relever A son tour et de la remettre en vigueur (1). Seulement, et ce fut là le mérite trop souvent méconnu de cette époque de reconstruction, le consulat ne subit pas la nécessité de ce rétablissement précipité de la centralisation, sans réserver d*autres droits que les droits immédiats du salât public. 11 eût pu laisser s'accumuler confu- <>én)ent entre ses mains toutes les prérogatives (l'action , et par là s'arroger un despotisme d'autjal plus certain qu'il fût resté indécis I au lieu de céder à cette vulgaire tentation de tous les pouvoirs usurpateurs, il prit à tâche dès les prei.iiers jours d'introduire dans la centralisation, telle qu'il la rétablissait y les procédés et les garanties d'une organisation régulière et durable. Ainsi, la révolution avait livré TadministratioD tiépartementale à des assemblées, croyant sauve* garder la liberté en mettant ensemble dans les niémes corps l'action , la délibération et le contrôle; mais ces trois éléments es.sentiel8 ont chacan on esprit particulier, et demandent à ''exercer séparément ; en réalité, Taclion s'était trouvée infirmée par ce voisinage trop immédiat le la délibération et du contrôle. Plus habile, le consulat distingua ce qui ne pouvait se mêler sans s'annuler réciproquement; il confia l'action à des magistrats directement nommés par Tautorité centrale et chargés par elle de missions précises : ce fut rinslitution des maires, des préfets et des sons-préfets. Mais à cêté de chacim de ces magistrats, il plaça des conseils destinés à influer

|i] Ihi Juge non tiupect de partialité t'est atn«l ex rriiaé ; « Au moment où ce fait • en Ueii, Il était nec^^ulrf; on pouvoir nnique et fortement conslltné panvait seal rétablir en France l'ordre social •». M. Guixot, I a >a chambre tfca dépotés, le is mars 1837, dans la dis- ' ci^oo poar la réforme de la Inl départementale et coBoimonale. -- L'auteur D«s Idées napoUontennes a ^erti: « t.a centralisation était alors le seul moyen de ooniiuer la France, d y établir on réfflme stable et d*en Urt OQ toat compacte, capable tout i la fols de résister < IKarope cl de sapporier plus tard la liberté. L'excès de eeatraUsattoo *aa* l'empire ne doit pas être eonsidéré conne un système définitif et arrêté, mais f lutôt comme j

ta iD07ea...v. (jDes Idées napoléonknneSt chap. tu. ] !

sur l'action, sans pouvoir ni la dominer, ni l'arrêter, ni s'cm|)arer d elle : ce furent les conseils municipaux, d'arrondissement, de prérectore, les conseils généraux de département, tour à tour cbargés de représenter auprès des mandataires de l'autorité centrale les intérêts et les vœux des localités, d'offrir aux particuliers un recours contre les excès de l'action administrative, de juger cette action , de la modérer dans ses conllits avec les intérêts privés, enfin de l'éclairer par leurs délibérations (1). Le conseil d'État, conseil particulier du pouvoir central, s'éleva au sommet de ces corps délibérants et jugeants, pour les maintenir tous dans la règle et la liberté de leur mission. Par là, le nouveau système administratif réalisa une action trèsprompte et très-rapide , mais qui, si expéditive qu'elle fût, ne put jamais être ni absolue ni arbitraire; il y eut en France l'unité et la puissance d'un seul gouvernement ; il n'y eut pas, il ne put pas y avoir le despotisme proprement dit.

Signalons ici un détail important : Napoléon fit de la surveillance de l'a'lministration dans ses rapports avec les finances de l'État l'objet spécial d*une haute institution. Pour donner à l'administration la probité, une de ces vertus les plus nécessaires, Napoléon fit exception à la règle qui ne permet pas d'introduire l'inamovibilité dans les fonctions administratives ; la cour des comptes (2) fut composée de magistrats inamovibles, afin que rien nej>ût les gêner dans l'indépendance souveraine de leur contrôle.

33. Cette régularité administrative ne fut pas l'unique garantie donnée par le consulat à la liberté. La liberté la plus importante, celle qui comprend l'ensemble des relations de la TÏe sociale, la liberté civile, lient encore et tient surtout à la certitude des lois et à l'indépendance des magistrats chargés de les appliquer. Le consulat s'efforça d'assurer cette double garantie. Sous l'ancienne monarchie, la loi était, sinon incertaine, du moins direrse et multiple, et par là elle variait beaucoup au gré des interprétations de la magistrature, qui avait ainsi à sa merci les droits, les devoirs, les propriétés et l'état des particuliers. La révolution avait réagi contre la magistrature trop souveraine des parlements et contre la diversité des précédentes lois coutumières. Mais la magistrature établie par elle était trop dépendante à son tour de l'autorité publique et des partis populaires ; l'inconvénient d'une judicature arbitraire n'avait fait que se déplacer. Quant aux nouvelles lois civiles qui avaient été promises, les unes n'existaient pas encore, les autres, malheureusement existantes, avaient fait dans la famille une de ces ruines qui ne tardent pas à devenir irrépa*

(1) Loi du ta ploflose an viii (IT février ISOO).

(1) l.a cour des comptes Instituée par la loi du t6 septembre ISOT, en remplacement de la commission de comptabilité chargée de la JurldicUon financière depuis la sappresslon, en 1791, des chambres de comptes, cours des aides et bureaut des Oniincvs.

râbles pour la y\e d*nn peuple. Le consolât avait à corriger toutes ces erreurs ; mais ce qu'il importe bien de mentionner, c'est que pour le fdire il eut à vaincre d'énormes oppositions. Ciiose étrange, le consulat, qui avaitla lil)erié de prendre tout pouvoir, n'obtint que très-dinicilemcnt le pouvoir de garantir la liberté. La rédaction d'une loi civile complète faillit être arrêtée dès le premier jour ; elle fut |)ourtant menée à terme en 1804 (i;. Ce bienfait était grand sans doute; on le dut entièrement à la volonté tenace d'un seul homme. Mais ii y eut un autre bienfait, peut-être encore plus considérable, sans lequel l'avantage d'une loi civile certaine eût été illusoire ; nous voulons parler de l'institution d'une magistrature inamovible, et, par son inamovibilité, mise à Tabri des fluctuations de la politique et des influences de l'esprit de parti. Ce salutaire principe de rinamovibilité, la révolution l'avait rejeté dès 1790, comme une entrave à son action despotique. Depuis, nul n'avait pu songer à le rétablir; les sages eux-mêmes, Duport, Troûchet, etc., s'étaient prononcés contre lui. Pour le faire triompher, le consulat dut éviter d^entrer en discussion avec les idées en crédit; il mit dans la constitution même proposée aux suffrages populaires qu'il y aurait une magistrature inamovible; rafîaire se traita ainsi directement, par-dessus les assemblées, entre le premier consul et le peuple , qui acceptait tout de son nouveau gouvernement. L'inamovibiliié du la magistrature s'imposa de la sorte par ce procédé de haute lutte. Lt cette innovation, qui rendait à nos garanties sociales on de leurs principes les plus nécessaires, était d'autant plus remarquable qu'elle consistait en une véritablealiénation de souveraineté ; pour constituer la liberté civile, le premier consul avait consenti à placer hors 'le ses mains une part de cette souveraineté qu'il semblait si jaloux d'avoir tout entièi'e, et cette part de souveraineté était celle qui lui eiH le mieux permis de pénétrer dans la vie des intérêts particuliers et de les dominer.

34. Le parti de la révolution ne voyait pas sans des craintes bien vives ce n^tablissement d'un principe qu'il croyait entaché d'aristocratie; mais il eut lieu de se rassurer en voyant triompher, et cette fois par le fait seul du premier consul, un autre principe auquel la révolution attachait une ' importance capitale. Ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, les lois de la Législative et de la Convention venaient déporter

(t) iJi rédtction du Code civil, décrétée dès le 19 brumaire an viii ( tO novembre 1799 ), commencée le f\ thermidor an viif ( It août IBOO \ ne fut Aclirvéc que le 30 ventôse «n xu (il mars I80i). Elle s'était Interrompue en Janvier 1801. Il fallut un coup d'Éiat léfrislatif contre le trltiunat pour I<i reprendre; arréré du 10 terminai an z (SI mnrs 180S ). Noun ne donnons pic la date des autres codlflcattnns qui ont suivi la ré- •lacllon de la loi civile. Tes dates se retrouvent partout. Oiî qui serait plus import >nr, ce srralt un Jufremrnt «ur l' mérite de cra divers recuriU ; mais un pareil sujet nous ubiigcraU i dépasser les Umilca de cette biographie.

di! graves atteintes à la constitution de la famille. Ces lois en effet avaient à peu près suppriiiv! l'autorité paternelle, interdit la faculté de tester, qui ebi le nerf de cette autorité, et fait du iiuriage, par lafaciUtéel la fiéquencedes divorces, une sorte de conjonction fortuite qui laissait b enfants sans protection et sans légitimité. Le premier consul ne manqua pas de voir là pour I la société une cause d'imminente dissolution, ; dont on ressentait déjà gravement les effets ; dans l'état des mœurs, et dès le niois de germinal an VIII, dans ^n empressement à porter remède au mal, il avait fait proposer une loi pour rétablir partiellement au moins la faculté de tester, et rendre par la quelque force à l'autorité paternelle^ Cette loi, mal accueillie par le Tribunal, i)a8sa pourtant (1). Mais la fixation d'une quotité disponible n'impliquait encore qu'une insuffisante amélioration. C'est sur la question du divorce qu'on attcn^iait le nouveau législateur; celte question, que devait amener le cours des discussions pour la rédaction du Code civil , se présente en 1801. Contre l'attente générale, on trouva le premier consul du cdté du parti qui était pour le maintien du divorce. Ce parti, soutenu par la réTOlutîon, était évidemment en minorité, dans les tribunaux qui avaient fait des observations^»Jr le projet du Co<le civil, dans le conseil d Etat, où il fut surtout combattu par le principal rédacteur du Code civil , Portails, dans le Tribunal lui-môme, où il souleva les plus éloquentes protestations; il prévalut pourtant; le principe da divorce, tout en se réduisant à une applicaUoa difficile et restreinte, resta dans la nouvelle Iw civile, et il en fut ainsi parce que le premier consul le voulut, parce qu'il usa, pour Taiiicre la majorité, de toute rinfluence de sa parole, de tout le prestige de son esprit, de tout I ascendant de son autorité. On a cru dans le tei«ps que le premier consul prenait dès lors des précautions pour, l'éventualilé d'un divorce, « cette supposition fut accréditée par les aUraes peu dissimulées, de Joséphine, qui le soir, |>endant la discussion de cette loi (2), demandait aux conseillers d État ce que son mari avait dU dans la séance du jour. Quoi qu'il en soit des secrets mobiles de la pensée de l'homme qui disait de lui-même : « Je ne vis jamais que daus deux ans «, la part prepon«léranle prise par loi au triomphe du principe du divorce était Icfiî'g® le plus considérable qu'il pût donner à la re<<)lution au milieu de ces reconstructions d'ancieQ régime par lesquelles il semblait le plus se^oi* gner des novateurs. Nul autre principe ne oe^ cendait plus avant dans les conditions eiscn-

{\) Loi do 4 germinal an vrii (fS mars îSOO )• (f) Les dlscusMons sur le divorce, commences consrU d'Étal dans les séances des l«. W, Si. «« ♦*'" miaire an x (c. 8 18. 16. IH oclolire 1M)I ), '" , ^ jj, prises l'at née suivante» et ne »♦• terminèrent 1"*^ !*:. y î3, t7, M ventA.sc an xi (8. U. 18, 17 février IW"' n'y eut paa de dlscuaslon plua laborieuse*

tielles et vitales de l'ordre ftocial; nul autre priofipe ne tendait à faire fiorlir plus définiliveméat ia société française d^ Tordre de civilisatioD inàtitu^ par le catholicisme. Napoléon venait de demander à l'Ét^lise une réconciliation de la révolution et du catholicisme, et celle ré-

cr

cflQcilialion, il l'avait obtenue et consacrée par Qo acte dont il ?a èlre bientôt question ; mais l'adoption du divorce rompait le pacte à peine conclu. Le pape sentit le coup; lors du sacre, il protesta ; ce fut le l*' article de ses réclamatioo&. 11 ne lui fut fait qu'une réponse évasive (1). U révolution revenait à elle-même, et reprenait seule le droit de faire la nouvelle société. Toutefois, oa peut croire que Napoléon s'effraya lui-méroe dans sa pensée. Le statut organiifiie de la famille impériale présenta cette prescription exceptionnelle, inattendue : <( Le divorce est mterdit aux membres de la maison itflpériale, de tout sexe et de tout âge (2). » Il y avdit là un exemple donné d'en haut pour conlaroner la moralité inférieure de la loi civile, et comme ane promesse d'élever un jour au même type de sainteté le mariage de tous les Français.

3Â. Napoléon, dont le génie répugnait à la rérololioD tout en l'accomplissant, se retrouvait plus à Taise dans les questions où il s'a- ^>sait pour lui de reprendre et de concilier avec l'ordre nouveau les anciennes traditions de la Fraoce. Mais là il rencontrait les oppositions les plu^ obstinées, et c'est ce que Ton vit suitout lors du grand acte dont nous allons parler.

Ud écrivain moderne a fait celle remarque : < De toutes les passions révolutionnaires , la première allumée et la dernière éteinte» a été la pas&ioo irréiif^ieuse (3). » Il serait plus exact de <lireque la passion contre le cathobcisme ne s'est jamais éteinte dans la révolution. La lutte cornloeocée par la Constituante, qui supprima d'un CûQp tout Tétat eccléÀiastique en France, avait été continuée , avec des fureurs toujours crois- ^^tes, par la Législative et la Convention. Il y eotdes> brutalités effroyables; on en croirait à peioe le récit. Sous le Directoire, qui parut avoir la mission spéciale d'extirper le catholicisme, rbjpocrisie et la ruse vinrent se joindre à la violence. Mais toute cette science et tous ces «nportements de ia persécution n'avaient pas abouti à réduire TÉglhe, et sa réi^i.stance était Wle qu'elle tenait tout dans Tincertitude. Pour cite mourait Tinvincible Vendée (4) ; pour elle

(1) Rapport mir Ifs représentatloDs (ifte^ pir \e pape ; 'Vwwc icourpréHentjitlon*. Voir pour ces piéccH ImtWîolrt, rribtees longtcuipH incdUp*, Im pajfi*!» Mv et «•JJtjntw dtt rrcurll latitulé : Discours, rapports et tntvaug InédUs de Portalis «ar le Concordai de isoi, Ift-I»; pjrit, is%s. L'aufrur de ce recuoil mei par rrrrur 'f* liéponM et rapport «lu^dlt» aux ïl et SO ventôse »n m. C'ttt an xiii qu'il faut lire ( février 1805 1.

'>! Arttde 7« du atalut org aDlque de la maMon Imp^- ™«.30mar« lloS.

>) Aiexi» de Tocqae ville, V Ancien régime et ta révowion.ParK tn «•, chap. i, p. t. iie l'édition de i««l.

(M « U Vendée n'a polak comtatUi soiu i'etendard

s'agitait, au midi, une autre partie de la France, toujours inquiète et menaçante. Des hostilités partout sensibles et partout insaisissables enTeloppaient la révolution dans sa marche, la mettaient hors d'elle-même, la condamnaient à vivre de lois d'exception, de coups d'État, des excès énervants de la dictature. Fallait-il poursuivre Thorrible duel? L'antagonisme devait-il être éternel? Un accord n'élait-il pas po<:sibIe entre le catholicisme et la révolution? Napoléon ne crut pas à cette impo.ssibilité ; il tenta ia réconciliation ; ce fut le concordat.

La foudre tombant au milieu de la France assemblée n'eût pas produit un plus grand étonnement. On était au mois de juin 1800. Paris retpnti.<:sait encore des acclamations soulevées , après deux jours d'angoisses, par la nouvelle de la prodigieuse victoire de Marengo. Un prédicateur alors célèbre, l'abbé Foumier, en parlant de cette victoire, à l'église de Saint Roch, avait dit, dans une sorte d'extase prophétique : « En ce moment, je vois un héros qui s'incline aux pieds des autels. O Dieu de mî.séricorde, le nouveau gouvernement de la France se réconcilie avec vous! » Il fut traité de fou et mis à Ricêtre (1). Mais à quelques jours de là les collègues du premier consul reçurent de lui une lettre datée de Milan, 30 prairial an Yiii ( 18 juin 1800), et contenant ces mots : «■ Aujourd'hui, malgré ce qu'en pourront dire nos athées de Pnris, je vais en grande cérémonie au Te Deum qu'on chante à la métropole de Milan ». On voulut tenir la lettre secrète. Elle s'ébruita. On apprit en outre que le lendemain du Te Deum le premier consul avait annoncé au cardinal Martiniana, évéqiie de Verceil, son intention de rétablir la religion catholique en France et d'entrer pour cela en négociation avec le saint-siége ; à ce sujet, il avait dit à ses envoyés auprès du pape : n Traitez le pape comme s'il avait deux cent mille homn^s sous les armes ». L'église constitutionnelle qu'il y avait alors en France tenait en ce moment un concile à Pans; il dut se séparer assez brusquement. Tous les partis jetèrent les hauts cris, même ceux qui tenaient à l'ancien régime et à Témigration; ceuxci craignaient de i)erdre Tappui des croyances religieuses qui, seules à peu près, leur avaient fourni jusque-là des combattants; et tous, jacobins emportas, révolutionnaires modérés, philosophes, royalistes, s'entendirent pour organiser une forte op{>o&ilion contre le projet de concx)rdat. Ils en eurent le temps; les négociations furent longues et pénibles; elles n'avaient pu commencer qu'en mars 1801 ; elles n'aboutirent qu'à partir de Tarri\ée du cardinal Consalvi à

royal; «on amrtîc n'f*t proclamée armée eatholigue; elle a'est levée loun l'étendard de la (ut. • {.Vemoires de Napoléon. S« édltUm, t. V, p 179.)

(il Portallx, TrurauT inedtts sur le cnncordat ; pri^ fare, p. XLViif. Tfilbiiiideau raconte autrement cette arreAtallon de l'abbé FourolcriVoIr Consuiat cl Empire» t 11, p. 188.)

Paris, le 20 juin de la même année. Enfin, moins d*un mois après , le concordat était signé , le 15 juillet 1801, et le premier consul le présenta lui-même au conseil d'État. Cette assemblée l'accueillit avec une froideur inusitée. Le corps législatif, pour marquer ses sentiments, porta à sa présidence Dupuis, le peu catholique auteur de V Origine des cultes ; ayant à désigner un candidat pour le sénat, il proposa un coryphée de l'église constitutionnelle, l'abbé Grégoire. Le sénat nomma l'abbé Grégoire à une grande majorité. Quant au Iribunat institué pour l'opposition, son mécontentement fut non moins expressif. Il avait aussi un candidat à proposer pour le sénat ; il proposa Daunou , un ancien oratorien devenu un acrimonieux ennemi de l'Église catholique, et il désigna, plus tard, pour parler en son nom du concordat devant le corps législatif, Lucien, très-favorable au projet, mais aussi le protestant Jaucourt. Pendant ce temps onmurmuraitaux armées; les officier» généraux envoyaient des députations au premier consul. Jamais Napoléon n'eut davantage besoin de la fermeté de son caractère. La loi du 18 germinal an X (8 avril 1807.), contenant le concordat et les articles organiques, fut enfin reçue, et même par d'assez belles majorités. Toutefois, on peut le dire, Napoléon n'avait obtenu que l'acquiescement de l'obéissance furci'e. Mais, en dehors des assemblées et du personnel des partis, il y eut des dédommagements pour le premier consul. Il avait dit quelques jours auparavant à un général chargé de lui faire des représentations au nom de l'armée : a Le rétablissement du culte me donnera le cteur du peuple ». Il ne s'était pas trompé. On no 8auraitdire la joie qui éclata dans toute la France quand on y eut la certitude que les factions hostiles aux croyances avaient pu être vaincues. Aux sentiments de confiance et d'admiration que le premier consul inspirait, il s'en mêla d'autres désormais, de respect, de reconnaissance et d'amour. La souveraineté commença dès lors seulement à s'établir en sa personne. Quant à ces a.<^semblées qui se montraient si rebelles aux nécessités de leur temps, elles ne savaient même pas comprendre les réserves et les précautions dont le gouvernement accompagnait le rétablissement du culte, réserves et précautions telles qu'elles portèrent la désolation à Rome et qu'elles devaient rassurer à Paris les susceptibilités les plus ombrageuses. Mais Thostililé religieuse aveujîlait les assemblées; et par leur opposition à lacté du concordat elles achevèrent elles-mêmes de perdre le peu de crédit qu'elles conservaient encore sur l'esprit du peuple; la nation ne se sentait pas représentée par ces assemblées, qui semblaient prendre à tâche de contrarier ses vœux; elle ne trouvait sa véritable représentation que dans an homme; les formes et les garanties de la liberté parlementaire tomlièrenl de plus eo plus dans le mépris public, et tout se disposa pour que le nou-

veau pouvoir qui s*éleYait D*ettt point d^autre règle que la raison d'un seul homme.

36. Deux causes précipitèrent l'établissement de l'hérédité. La première, ce fut la centralisation administrative. Quand dans un grand pays il n'y a pas une institution qui fonctionne par elle-même, quand toutes elles se rattachent à un centre duquel seulement elles nsçoivent l'impulsion et la règle, quand l'ordre, l'action et pour ainsi dire la vie de tout un peuple dé[»endent d'un moteur unique, universel, une nécessité ne manque pas de se faire sentir tât ou tard : c'est qu'il est iiT\possible de laisser l'éventualité d'une interruption à ce point central d'où partent incessamment Tinitiative, la direction, le contrôle, la garantie, la sûreté; c'est qu'il est impossible de soumettre aux chances, aux intermittences d'un renouvellement électif ce moteur universel, qui ne peut s^arrêter sans que tout ne s'arrête. Le besoin d'une administration promptement active, l'entratnerneot des habitudes , les inclinations dictatoriales propres à la révolution, tout avait brusquement déterminé, après le 18 brumaire, le rétablissement de l'ancienne centralisation administrative; sans le vouloir, sans le savoir peut être, on avait par là décrété l'impossibilité de la république ou du système électif. L'orgueil du temps tendait à uo tout autre résultat, et pour ne pas subir une pareille déconvenue, il était prêt à lutter contre la force des choses; mais ce qui ne devait pas laisser cefte lutte ion{;temps indécise , c'est la prépondérance qui depuis l'abolition du servage est assurée en France à la population des campagnes sur celle des villes. Ce fut la seconde cause de l'établissement de l'hérédité. En efTet, les agglomérations urbaines se prêtent aisément aux rapides communications qui sont nécessaires pour l'exercice du système électif ; de là la nécessaire tendance des villes vers la république. Mai; les informations sur les choses et les hommes se répandent tard dans les campagnes ; on y peut malaisément se réunir, discuter, agir avec ensemble; les conditions du système électif y sont presque impraticables ; et comme les campagnes ont un vague sentiment de cette infériorité sociale, qu'elles ont de plus, moins vaguement, le sentiment que le système électif les soumet à la prépondérance des villes, prépondérauce contre laquelle elles n'ont jamais cessé de réagir, il s'ensuit qu'elles ont toujours conspiré pour ne pas tenir des villes ce maître dont elles ne sauraient se passer et qu'elles-mêmes ne sauraient faire à tout propos. Ce sont les campagnes, incapablesde se gouverner elle^mêmes, qui ont toujours tout poussé en France vers la monarchie héréditaire. Elles venaient de s'affran* chir des dernières entraves du régime féodal; elles tenaient par là grandement à la révolution; mais la domination des bourgeois des villes eût été pour elles plus odieuse encore que celle des anciens seignears, presque tous cani •

pagnards. Le premier consul avait par ses préfeU rœil , l'oreilie et la main près du cœur de cette population qui forme plus des trois quarts de la population totale de la France ; il n'ignorait rien de ce qui se passait en elle ; il savait que dans les campagnes, d'ailleurs satisfaites des U'fonnes nouTeiles, deux immenses inquiétudes \}i rendaient incertaines et pouvaient à un morofol donné les soustraire à la cause de la ré- Toiotion : la première, c'était l'interruption du nitte catliolique ; la seconde, la condition précaire do pouvoir suprême, qui, décennal, viager, eiedif, demeurait à la merci des troubles et des arrogances des villes. Le concordat avait apaisé la première inquiétude; restait la seconde. Le ;!d)ic clairvoyant de Napoléon ne se faisait illusion sur aucune nécessité et savait toutes les affroater. Il fallait ou rendre tôt ou tard la France à raocienne royauté alors soutenue par un grand P^rti , ou léguer la France à une interminable ^uoceàsioD de Césars anarchiques et despotiques, iu oser imposer une royauté d'origine révoiulionnûre à cette génération dont les chefs venaient de tuer un roi et pendant quelque temps aiaieot fait solennellement chaque année le ifern.eot de haine à la royauté. II opta pour ce dernier l'irti au oom métne des nécessités et pour le sai t de la révolution. Des conspirations, des att'Otati dirigés contre la vie du premier consul furent les occasions de ce grand changement. L'instinct de conservation de la France s'était «mu. On avait peur désormais d'un ordre de Hio5es qui tenait à la vie d'un seul homme; on n roulait un autre oii , cet homme supprimé , VHitne rentrât pas dans l'incertitude. Après la ifXatQrede la \wx d'Amiens (IJ, on essaya du <i)Q«uIat à vie avec droit pour le premier consul '-«désigner lui-même son successeur (2). On ne ^'arréla pas là après une autre conspiration, plus menaçante encore que celle dont la machine in- [tmale fut le signal , la conspiration où l'on vit intervenir les noms illustres de Moreau, du duc (^'Cflghien, de Pichegru, de Polignac (3), etc. L'empire héréditaire fut proclamé. Le Tribunat l'avait demandé comme il avait demandé le conciliât à vie. Un seul des demeurants de la république osa protester hautement, ce fut Carnot. Ity eut d'autres protestations; mais elles restât presque toutes au fond des cœurs.

MLctS nwirtiMt (4 germinal ao x).

(if SétMiiu.coD«iilte du 14 thermidor an x ( t anût yvi.tiiirida ténatos-consaUe organique do ii thermi- ^*f it Xt4 août 1801), qal concentra toas \en pouvoirs (3lrp i<^ imins ()q premier consul. Le sénatua-consulte '" H thtrmtdor an x (ut rcnda en conséquence de la "J^ttiteo posée ao peuple anr le consulat a ylc, par Tarre<é dv to floréal an z {10 Bi;it 180t). II fiit constaté que *•' I rrr.tst votants qui se pressèrent autour des registres «•Mottosai, l,seB.lu forent pour le consulat i ?!e.

il' Con«plration découverte an public par un rapport ^ rand Juge du 17 pluviôse an xii (17 février im>4> ; ««MouM auparavant Morean avait été arrél.% Cette J^*« affaire, qui occupa la France et toute l'Europt*, "* fcl pu méwe terminée après le Jugement des prtnopaoi consplf aieors, k IS prairial ao xu (Il JoJu IWI).

En recevant à Salnt>Cloud la proclamation de ce grand changement. Napoléon dit au sénat qui vint en masse la lui apporter, le 28 floréal an xir, 18 mai 1804 : « Tout ce qui peut contribuer au bien de la patrie est essentiellement lié à mon tx)nheur. J'accepte le titre que vous croyez utile à la gloire de la nation. Je soumets à la sanction du peuple la loi de l'hérédité. J'espère que la France ne ne repentira jamais des honneurs dont elle environne ma famille. Dans tous les cas , mon esprit ne sera plus avec ma postérité le jour où elle cesserait de mériter l'amour et la confiance de la grande nation (i). »

37. Mais il ne suffisait pas d'avoir décrété la monarchie héréditaire; cet ordre politique tient à un ensemble de conditions sans lesquelles il n'est pas, quoi qu'on puisse mettre dans les proclamations officielles.

Ainsi, qu'il nous soit permis de l'indiquer tout en nous tenant sur la lisière d'une pareille métaphysique , la monarchie héréditaire ne se passe pas d'un caractère en quelque sorte surhumain. Elle n'est pas une délégation de la souveraineté populaire, ime délégation, toujours révocable, excluant essentiellement l'idée de perpétuité et parlant d'hérédité; elle n'est pas une aliénation de la souveraineté populaire et une incarnation de cette souveraineté dans une famille en particulier, car cettb monstruosité métaphorique d'un droit supérieur qui s'aliène pour s'incarner n'a aucun sens devant la raison : elle est, il faut bien le reconnaître, la démission, et, pour mieux dire, la négation même de la souveraineté populaire, l'aflirmation de l'état de minorité des multitudes. La souveraineté est nécessaire aux hommes; mais elle n'est pas en eux, et ils ne sauraient la créer; elle se trouve dans certaines familles désignées par des clrcon^ances extraordinaires; et quand ces familles se produisent, on dirait qu'elles portent en elles comme les témoignages d'une mission spéciale pour le gouvernement et comme les signes d'une nature supérieure à celle de toutes les autres familles. Les peuples ne font pas les races royales; ils les constatent seulement, sans qu'ils puissent ne pas s'y soumettre : l'anarchie et la dissolution du corps social seraient pour eux la peine de cette résistance et de cette rébellion. Mais l'ordre monarchique serait la plus absurde des iniquités s'il consistait tout entier en cette hautaine et mystique affirmation du droit de certaines races privilégiées pour le gouvernement.

(1) 1.*emplre héréditaire, demandé le 6 germinal an xii par le t«nat (17 mars 1804), propose par le tribunat, le IS floréai an xii (9 mai tMM, proclamé par le sénst le 18 noréal an xti (18 mal 1804). fut A la suite du même aénalu»-consutte soumis hux suffraKes do peuple, qui l'adopta psr S,87f,n* voix. Il n'y rut contre l'empire que l.5'*9 suffrHRcs né{;atifs. (> d'-rnler résultat do vole populaire ne put être proclamé que le IS brumaire an xiir (6 novembre 180^), et II fut porté à l'empereur, le 10 frimaire an xiic ( i*r décembre 180V), la veille de la cérémonie du sacre.

Ce n'est pas en remontant jusqu'à la divinité que ies lionnmes rencontrent la tyrannie et l'abjection; par cela même qu'il procède de Dieu, le droit des races royales ne saurait sans se démentir, et partant sans cesser d'être , s'exercer autrement que selon la volonté de Dieu. Il n'appartenait qu'à Tantiquité païenne de faire aboutir l'ordre monarchique au droit absolu des raced privilégiées sur le reste des boromes : huma' num paucis vivit genus; mais dans la logique de la civilisation chrétienne , le dogme politique de la monarchie héréditaire avait une tout autre conclusion ; c'est que la miséricorde de Dieu ne pouvait donner des maîtres aux nations que pour subvenir à leur incapacité de se gouverner par elles-mêmes, que pour les relever de cette incapacité et les restituer de plus en plus à leur liberté naturelle. Le droit divin ne devait subalterniser le droit humain que pour s'allier à lui , lui venir en aide, l'assurer et le garantir, il arrivait ainsi que dans la théorie le dogme politique de la monarchie héréditaire consistait en une combinaison de l'autorité et de la liberté : l'autorité y demeurait, il est vrai^ incommunicable, certaine, fixe, incontestée dans le droit divin d'une race royale; mais il n'y avait pas de race royale proprement dite, de droit divin .et d'autorité sans des institutions tendant incessamment à l'observation de la justice, au maintien, au progrès de la liberté; la liberté n'était pas seulement le but de cette divinisation du pouvoir, elle en était le signe et la condition.

Napoléon n'entreprit rien moins que de rétablir cet idéal de la royauté, oblitéré depuis un siècle. Ce fut un des plus grands spectacles de lliistoire que cette lutte d'un homme seul contre son temps. Tout lui faisait obstacle, les abus du précédent régime monarchique, les réactions effervesci'ntes encore des passions révolutionnaires, l'ignorance générale, dans laquelle on était tombé, de? conditions de l'autorité et de celles de la liberté. II parlait, et on ne le comprenait pas. La servilité même ne savait quel langage emprunter pour l'approuver. Pas un écrivain, pas un orateur qui ne s'inspirât d'une philosoi)hie dont les préceptes étaient la théorie môme du désordre. Et cette philosoptue se trouvait en possession de toutes les inteltig»'nces. Napoléon, qui était un incomparable métaphysicien, maudit dès lors dans son impatience la métaphysique et Tidéologie. Chose étrange ! Des principes que Napoléon s'est proposé de réédilier dans lordre politique, celui pour lequel il a rencontré le plus de dirHcuités, c'est la liberté; l'autorité, il a pu la réodifier presque complètement ; mais la liberté n'a point pu se relever sous sa main. C'est par là, on peut le dire, que son oeuvre est demeurée imparfaite et inachevée. Le système admini>tratif de Napoléon a pu entrer dans la vie nationale de la France et y rester nonobstant les changemenisde régimes et de dynasties; mais ses institutions en faveur de la liberté n'y sont pas toutes restées, et

il n'est pas même certain que les gi'^nératioDs suivantes en aient pu jusqu'ici retrouver la Dotioo, échappée à riuinteliigence <le» contempoiaios. Après la proclamation de l'empire, Na|K)l«on osa réclamer pour son pouvoir une autre confirmation que celle qu'il tirait de l'approbation des grands corps de l'État, du vote et de rasseotiment au peuple et des armées : il voulut qi:-: son pouvoir s'élevât au-dessus des variations dt* la volonté huniaine, qu'il existât au nom d'uc droit supérieur à cette volonté, qu'il apparût et qu'il fût reconnu en sa personne comme une émanation immédiate et visible de la Providence divine (1). On raconte que lors de ravéoenieol de Louis XVI on hésita dans le conseil à décider qu'on aurait encore reconrs à la cérémonie du sacre (2). La pieté de Louis XYI avait failli reculer devant les idées de la révolution. Mais l'homme sorti du triomphe même de ces uha ne craignit pas de se montrer plus résolûnial religieux que le dernier descendant des roi* trèschrétiens; Napoléon proposa au pape Pie VII Je reprendre les choses au point où elles en étaient, au huitième siècle, entre Charlemagne et Léon III; il lui demanda de venir consacrer à Paris le nouvel empire. Cet événement, le plus inattcml'i de l'histoire moderne, eut lieu le 2 décembre 1804 (3). Le sacre, rétablissement du droit divin dans la souveraineté, fut une innovalioî» plus radicale et plus profonde que ne l'avait file concordat. Il y eut des étounements iromenscN plus d'un secret mécontentement, mais en sowre'une générale soumission. La masse du ptupj sembla presque heureuse d'abdiquer enîrc U' mains d'un nouvel élu du Srigneur, qui é\i\i »' sien aussi, cette souveraineté nominale dont o l'avait flattée jusque-là. Au reste, il ne panJ^ pas que Napoléon, en courbant devant le ^^^^ de sa dynastie ses contemporains sectateurs droit exclusif de la raison humaine, ail d^l'^*^^ la mesure de ce qu'il pouvait attendre fie lfi»r servilité. A quelque temps de là il fut P^^f^ au Tribunat de consacrer à la garde de le^ que Napoléon portait à Austerlrtz un temple ei chapitre de hauts dignitaires ecclésiastiques [ h Napoléon ne voulut pas de celte idolâtrie. ^

38. L'autorité avait pu se reconstituer ^or base antique du droit divin. Mais il fut pui^ ° ficile de rétablir le droit humain de ^^^^ sans lequel l'autorité ne saurait qo« àé%éo^ en un dégradant despotisme.

(1) On lisait dans le catichlîiinc ordonné P^JJJ, ^^i l'empire par le décret du 4 avril l«oe • * •" .^p,^', ta erre les empires ri le« distribue selon »* ^" ^^ pjii. comblant noire einpiTeur de dons. *^* "^^ ... rend* s<ilt dans la guerre, /'a établi notre iomtrain. t^^ ^^^ lu miuMre de sa pMistanrg et son imag* '^'[^j^ortf d tfonorer et servir notre empereur eU t^^M servir IHeu même,.. » 0tê ^'

(ij M Cnlinraii-Joly, r^tf/iw rotm»»»* '^ -'g,). la tirolution, «• édiiion; Paris. 1860 il. »* ' *^'

(3) 11 frimaire .in xiii. ,.^^„dat ^ ^'

(4) v.rs lévrier I1JO6. Tbtbaodcao» Lcns^*** p<r0,loiDe V, p. 8SS.

La révolution avait eu pour effet : 1** (l'exagérer la puissance de rUtat, 2** d'enlever à l'iadividu les garanties qu'il avait contre Tomnipoleoce «le TEtat. On eo était arrivé là par la forc« lUdioses d'abord , en outre par suite d'une er- ;cor mminoiie au sujet de la liberté. Dans les .cQdues institutions de la France, il y en avait {iBaicurs qui limitaient la royauté et faisaient • bi^xle à ses excès de pouvoir; mais comme i .'â coDsacraieot aussi des inégalités, car le prilik-ge avait été la forme du droit au moyen în', on les détruisit toutes du même coup ; il '.i trouva ainsi que la puissance publique se ■Hfigea des entraves qui l'avaient jusque-là ar- Hkei modérée; et ce qui empècba de voir

m ce subit affrancliissemeut du pouvoir Tavér^meot du despotisme, c'est une notion erronée )ei conditions de la liberté : on peusa que le <ie>poti.sme était impossible dans un ordre de hoiM'soû tous allaient participer à l'exercice de 'tAOiivpraioeté. Mais ie^ multitudes non orga- KH'^i n'ont jamais eo, en fait de liberté, que le •ir il de se donner des maîtres et d'en changer, ■«ans pouvoir s'en passer. Quand le gouverneliHiit titscul à tout faire et a tout pouvoir dans i'KUJin'y a qii'uoe manière d'être libre : c'est ••'èlre le gouvernement ou de s'en emparer. De là •î iac^^ntes alternatives d'anarcbie et de des- ( iti$:ne,ou plutôt un despotisme continu et trou- ^y II se forme des partis , et chaque parti prlend tour à four à la dictature. La révolution 'C-bstina en vain à maintenir dans ses proclamat'Ons !a promesse des libertés politiques; ces li-' bcrtés ne pouvaient sortir de la lettre des lois t»e poiir tout mettre en conflit ; après quelques ^^'ii^f elles n'en sortirent plus ; eile.'^ étaient fai^I'^riient condamnées à un perpétuel interdit.

Tourqtie la liberté politique, si légitime, si •iliNpenàableà la dignité humaine, à la vitalité ■^^ Tonire. au progrès de la civilisation, ne f>oit Pi5 intermittente, impraticable, plus dangereuse '!u'u!ilc,îl est nécessaire que le gouvernement V >oil point seul dans l'Etat à tout régîr, qu'il ) ait ta quelque sorte au-dessous de lui d'au- 'resp)DTernemenls solidement établis et presque 'a'ié(H>ndants, des corps intermédiaires et au\i-

aireA, des associations particulières appropriées -charnue catégorie principale d'activité, en un îAot que toutes les forces constitutives de la so- "^é soient elles-mêmes en puissance et préa- 'iWr'ment organisées.

^poléon n'était point tenté de se donner fwir son œuvre la collal)oration de la liberté; •n^B il savait qu'on ne fonde rien sans elle. Il •oi convenait de la rendre possible dans un pro- ^^in avenir. 11 répugnait d'ailleurs à cette inné ^Wwnic de grandeur et de gloire de n'être j^r le compte de la révolution que l'agent de

1 servitude de tout un peuple, (t) Il y a d'ail-

*' ^ipoléoQ écrivait, nn Jour. conOdenticllcinfnt é »«imlow(redel« police Fouché : m J'ai loojftcnipn calcoieiveitiè pour parvenir a rétablir l'ediiice toclal;

leurs un témoignage bien irrécuf^able de la volonté réellement libérale de Napoléon. Il lui eût été facile deconstituer l'armée de telle sorte qu'elle devint entre ses mains un instrument appropriée des desseins d'asservissement. La concription pesait beaucoup à la nation ; il eût été populaire de la supprimer. D'après les précédents de l'ancien régime, on pouvait, au lieu de lever chaque année des conscrits, recourir aux enrôlements volontaires, prendre à la solde de la France des régiments étrangers , retenir les soldats sous le drapeau toute leur vie, créer pour l'entretien des troupes une caisse indépendante du vote an* buel de l'impôt, multiplier ainsi les nooyens de faire de l'armée un corps séparé de la nation et tout entier à la dévotion du pouvoir. C'est alors que la France eût connu le des|K)tismei Mais un pareil projet n'a januus occupé le premier consul et l'empereur; bien loin de là, Napoléon a toujours veillé sévèrement à mainteuir l'armée dans cette condition qui ne la fait sortir de la nation que pour y rentrer sans cesse. Il prit à fâche de consolider et de perfectionner les lois de la révolution qui tendaient à prévenir l'immense danger d'une force militaire formée en dehors de l'esprit national. L'armée eût pu être un instrument de servitude; elle fut la démocratie elle-même en puissance. C'est à Napoléon que la France doit cette liante garantie de liberté. U voulut faire plus contre l'éventualité de la prépondérance militaire; il songea, comme il le disais souvent, à fonder Vordre civile à organi^ ser la nation (1), suivant une autre de ses expressions; en d'autres termes. Il entreprit de constituer un ordre nouveau qui devait offrir les avantages de l'aristocratie , c'est à-dire des conditions spéciales de discipline et d'indépendance pour les diverses classes d'indivitius , mais qui en même temps ne devait pas avoir les inconvénients de Ct'tte forme politique, c'està-dire l'esprit d'exclusion et l'inégalité de droit, et qui par là ne fût pas incompatible avec la révolution Tel fut le but de diverses institutions qui ne se placent pas chronologiquement dans une seule pério4le de législation , car Napoléon est revenu plusieurs fois à la charge pour cette partie si importante de son œuvre, mars qu'il est logique de réunir ici, car elles procètcnt de h même conception ; nous voulons parler d'atmrd de la Légion d'honneur et de la nouvelle noblesse hé ré«li taire.

Dans le plan primitif des idées de Napoléon, la Légion d'honneur était une sorte de ségrégation, par laquelle tous ceux que signalaient des qualités morales d'un certain éclat 86 séparaient de la multitude, et formaient on

auloiirdtinl )<* aala obfiffé de veirirr pour maintenir la liberté publique; Je nVnlenrta pa« que le<« (•'rançaia deviennent deii Herfn ... M Lettre k Foucli^; en date de Manlch, tS Janvier 1K0€.

ri)a l/l(ie* rri><iofninante qui a pr<^9ldé h tons lc« ét«blU<ement!« de IVmpereur à Tinterletir eut le désir de fonder un ordre cl«lU » \ldce»napolconieunt$t cbap. 111.)

corps à part, traité avec favear, mais non investi de privilèges, incessamment ouvert à toii<%, soumis senlement à des ol)))gations spéciales de vertu civique; les membres qui composaient ce corps devaient être les modèles, les types , Tillustration et la force de la nouvelle société. Ils faisaient serment « de se vouer au service de TÉtat, à la défense des lois , des propriétés, de combattre toute entreprise qui tendrait à rétablir le régime féodal, à concourir de tout leur pouvoir au maintien de la liberté et de Tégalité, bases premières des constitutions de la France (1) ».

La Légion d'honneur était trop étendue et comprenait trop d'éléments mobiles et divers pour former un corps proprement dit. L'esprit de tradition ne devait pas s'y instituer dans Pabsence de tout principe d'hérédité. La création de nouveaux titres nobilaires avec dotations, les uns et les autres transmtssibles par succession , vint ap{)orter à la Légion d'honneur ce qui lui manquait pour composer une véritable aristocratie. Elle était comme un peuple d'élite; la nouvelle noblesse donna à ce peuple des chefs , des patrons chargés de le représenter et de le défendre, au besoin des points fixes de ralliement et d'action. Cette noblesse avait encore deux autres destinations : Tune monarchique, elle devait escorter le trOne et ne point le laisser isolé dans son hérédité; l'autre toute révolutionnaire, elle devait absorber l'ancienne noblesse, dont le piH:stige, toujours vivant, rappelait l'ancienne royauté. Au reste, les nouveaux titres ne donnaient lieu à aucune prérogative d'autorité; ils étaient, il est vrai, transmissibles par voie de prîmogéoiture et de masculinité , et par là ils dérogeaient au principe d'égalité successorale; mais ils consistaient uniquement en une prééminence honorifique; ils devaient 6tre une influence, ils n'étaient pas un pouvoir (2).

(1) Formule du serment prèle lors de nnauguratlon de rOrdre du t6 roewildorau XU (15 Juillet 1804). La l>éRion d'honneur avait élé instituée par la loi du 19 floréal an X 119 mai 180S), â la «ulie d'une trè«-iaboricuse dis* cosslon dont le prfmler consul seul flt à peu près tou% les frais so coniteil d'État, l/cs orateurs qui ont soutenu le projet de loi au Tribunal et au Corps législatif ont seulement répété ses armimrnts, sans trop les comprendre. Au conseil d'État, où la discus^lon occupa trois séances, 11 y eut dix voix contre quatorze pour demander rajournement du projet; au Tnbonat, Topposllioa réunit trenle-huli toU rentre clnquantr-5lx, et au Corps légisiaur, cent dis contre cent soliante-six. Le projet de loi ne passa en somme qu'i la majorité de deux cent treute-slx voix contre cent cinquante-huit. Il n'y a pealétre p:)s d*eieropie d'un autre partage p.ireU dans toutes les léglsiatoresdu consulat et deTempire.

(I) Llnstltution de la nouvelle noblesse fut l'objet d*on assez grand nombre de lois, de décrets, de sénatosconsnltes, etc. Il serait trop long de les citer. Nous nous boramms ft donner la date du principal de ces actes léirlslatlfs ; c'est le statut du !•' mars ises. Un historien Imbu de l'esprit révolatlonnaire, et fort hostile à la constitution d'une noblesse, Indique toutefois fort bien l'idée qui en était le but : • Le véritable but de rétabiis. •emmt de In noblesse, dit Thlbaodean, fnt la création d'une .nrinlorratie, d un corps tnteriftédl'jire, imprégné de Cesprit du gouvernement , avec iC4|uel il put agir sur

La Légion d'honneur, la nouvelle nobleôse formaient un corps exclusivement politique, qui devait assister l'État et régulariser autour de liii la liberté; mais elles laissaient en dehors d'elles le règlement d'autres activités dont se compose le mouvement social : le commerce et Pinriuslrie ayant donné lieu, dans tous les temps et Dotaroment au moyen âge , à des com(iagnies , i des collèges, à des corporations d'arts et métiers, depuis l'un et l'autre afTranchis et abandonnés â leur liberté; en outre, les lettres et les sciences, qui, si elles n'ont jamais constitué uoe corporation spéciale , se sont du moins presque toujours réfugiées sous la protection d'un ordre politique ou religieux; en France, les études avaient pris naissance dans les cloltnâ, et l'Église en avait encore la tutelle à la fin du dixhuitième siècle ; depuis, îl ne s'était rien étâbii qui pût remplacer ce hatit patronage; ittat avait prétendu au droit exclusif d'enseigner; mais il n'avait rien établi en conséquence.

Quel était le régime qui attendait ces detii domaines si distincts, mais l'un et l'autre si diversement influents, d'une part, des lettres, des sciences, de l'enseignement, d'autre part, de l'industrie et du commerce? La politique du nouveau législateur tendait évidemment à constituer en puissance ces deux grandes activités sociales; pour cela il lui suffisait de revenir, en les modifiant, aux précédents de l'ancienne société. toutefois, on remarque, il faut le reconnaître, que, particulièrement en ses établissements m> nomiques, sa pensée ne s'est pas arrêtée à «« plan déterminé; plus d'une variation s'y manifeste. Ainsi, seméfla-t-ildes corporations d'arts et métiers? Craignit-il de donner à la population ouvrière des villes, toujours agitées par des excitations républicaines, une constitution trop forte et prépondérante sur les instincts pins dociles de la population des campagnes? On petit le croire, car il ne mentionna que pour les repousser les anciennes corporations d'arts et métiers (t), SI favorables à la démocratie et qu" eût été facile de concilier avec les principes do la notivelle liberté mdustrielle. Quoi qu'il en ml il n'introduisit pas dans les classes ouTrièrc> ces garanties protectrices de la moralité, du bienêtre et de la dignité des travailleurs. Mais o» n'en saurait douter, le problème ne fut p3> perdu de vue par lui. Il releva quelques privilèges commerciaux, oc qui était précisément labus des anciennes corporations ; il se préoccupa de questions d'apprentissage , d'écoles ^'^^^^ métiers, de prud'hommes, de garantie, dcrè-

la nation. Cétait vne Idée fixe de /fapeléon, etj^^-^ avait déjà essayé de mettre en œuvre tout a«tj /ormes. » Tblbaudeao, Centulatet Empire, tooie •

(I) Thlbandeau nous a conservé les paroles du prf«'jj consul snr celle question , paroles prononrées fl' conseil d'Étal au mnis d'avril 180S. On y voit le P^'àV de s'en tenir aux argumenta siiperflciels des conif p ralns. foér Tblbaudeaa , Coniuiai et Empire, i • p. 41V418.

glemenfs relatifs à la fabrication, ce qui marquait encore un retour aux errements des anciennes corporations ; il donna une représentation spé' ciale ao\ intérêts de ragricolture, du commerce et àt rindnstrie. Seulement, an milieu de ces efforts psrtiels d'organisation on ne Toit pas surgir l'enseratrfe et la vie d'un ordre nouveau. On diriit que Napoléon hésite à se décider devant le iDootle de l'industrie; il songe moins à constitoeret régler une liberté qu'à maîtriser une puisaere, et c'est ce qu'il prouva surtout par létabij&semeot de la Danque (I).

Celte association financière avait. Il est vrai, Qoe constitution et on gouvernement propres , et l'énergie des intérêts privés qui la compo- «aieot tendait à la rendre indépendante; mais rJie te liait à TÉtat par ses rapports avec le tré- ^r public et surtout par le monopole qui loi Hait exdosivement attribué d'émettre une roonoaie en papier. Elle avait pour fonction principale iVesooinpter les promesses de payer faites par le commerce; c'était à elle qu'il appartenait jànsx At réaliser le crédit , qu'elle restreignait on favorisait à son gré; cette fonction de l'escompte, si efTective dans le mouvement des affaires, des maisons particulières eussent pa l'eiercer; Napoléon voulut qu'elle devint, par ie (ait, le privilège d'une institution publique, et par là tonte la propriété mobilière se trouva indirectement sous la domination de l'État. Ce qne Napoléon se proposait de tirer de ce monopole de la Banque, on peut plus facilement le conjecturer que l'affirmer. Il est certain que l'ambilton i\f devenir l'initiateor et le régulateur d*un nonveau monde industriel occupait sa pensée. Mais (ette gloire il ne loi a pas été donné de Tattftodre. Dès 1805 il écrivait dans une de ses lettres. >... Je m'aHlige de ma manière de vivre» qui , m'enf rainant dans les camps , dans les exr-éditions , détourne mes regards de ce premier besoin de mon cœur, une bonne et solide organisation de ce qui tient aux banques , aux manofaciures et an commerce... (2). •

Napoléon s'était montré hésitant dans l'ordre économique; il avait moins cherché à y constituer des conditions de liberté que des moyens <)e domination et de direction pour l'État (3). Il

(!) La llaDqiic de France, traitée en l'an vxii (iSOO) .ivee btineoap de bvcor, iDal> cominr nne iDstltuUon privée ti libr*. fut lovestle de son privilège et fondée dan* b plapart de icft attrlbotlona coosiltullves trots ans après «ruleaent par la loi du n germinal an xi {Ik avril IK9). Cette lot, qui établissait on monopole énomc, hit nal aecoellUe par la léffislature : elle fol admlMe an Trt- IXBai par quaranie-deoc voix contre vlngt-et-uneet sa cftrpi iefUiatif , par cent cinqaintc-DeuC voix contre Mtiiaate-lrols.

0' Uttreà Barbé-Marbols, mlnktreda trésor poblle.m iitein canpde Boulogne, 6 frartldor an Xft (14 aoâl 1801).

P On trouve peat-étre rexptlcatlon de celte pollllqne il^ mHIaoce dans rorbservatlon suivante de l*atilrar des ii^ft nopoKontennes ; « La propriété du sol avait en aei >3Maax et ses serfa. La révoloUon affrancbll la terre. ^3(s la Doovellr propriété de rindufttrie, s'agraodtasant jaarnelleaeot, tendait à passer par les mêmes phases qne ') prfœkére et à avoir comme elle set vaaaani .et set

n*aborda pas autrement l'organisation des choses de Tordre intellectuel. Mais ici les termes du problème différaient beaucoup : d'une part, des éléments plus rebelles encore à toute domination , sachant mieux s'y soustraire, ayant sur la société une action moins immédiate et moins bruyante, toutefois plus étendue et plus décisive encore, par conséquent, si l'on ne voulait pas y introduire la liberté, la nécessité pour l'État d'une régularisation plus compréhensive, plus forte, plus habile; d'autre part, la présence de l'Église partout en voie de rétablissement, et qui, malgré les tendances hostiles do siècle et de la révolution , avait des prétentions et des aptitudes particulières pour régir seule en dehors de l'État les hommes et les choses du monde de Tesprit. L'Église à écarter d'un domaine qu'elle avait toujours revendiqué comme sien, et cela sans se mettre en guerre avec elle; une grande puissance à maîtriser, toutefois sans révolter en elle la liberté qui lui était essentiellement nécessaire : ce fut là le problème qoe le nouveau législateur se posa et qu'il résolut par Ttnstitutlon de Tu* niversité. Objet le plus ancien et le plus assidu de ses méditations , l'université fut le fruit mûr et dernier de l'empire. L'homme qui fit en toute chose violence au temps ne compta pas les années pour construire cet établissement , œuvre privilégiée de sa pensée. C'est en 1800 seulement qu'il posa le principe de l'université dans un projet discuté au conseil d'État. L'organisation annoncée ne devait être proposée que quatre ans après, en 1810 (1); elle le fut en ISOS par un décret (3), et non par une loi. Napoléon semblait tenir à r« qoe la nouvelle institution relevât de lui et n'eût pour origine que sa propre pensée. En 1811 II subvenait, encore par un décret, aux dilTicultés d'installation de ce grand établissement (3). L'œuvre ne lui paraissait pas encore achevée ; elle ne l'était pas en effet ; il y manquait notamment l'instruction primaire; mais l'empereur semblait vouloir laisser aux écoles chrêtiennes cette partie de l'enseignement , et l'on ne sait pas s'il n'y avait pas là une ruse pour calmer les appréhensions de l'Église, qui s'alarmait grandement de cette fondation de l'université. 11 est presque superflu de dire combien ces alarmes étaient naturelles ; l'université , en effet, avait pour but d'instituer on ordre spirituel , de le soustraire à l'Église, et de le placer sous l'inspiration de la raison laïque , sous la direction de l'État. Quand on lit les plans primitifs decette institution grandiose, on est frappé do caractère monastique qui se montre en quel-

terfs. Napoléon prédit eettc tendance... » (Cbap. in). La Banque était-elle ainsi sous sa main un mojen de prévenir lea abn» de pouvoir dn o-ipltal?

01 lx>l du 10 mal iS06. La dtocusslon lot reprise an conseil d'État aux premiers Jours de Juillet 1806.

(» bécret dn 11 mars ISW. Ce décret fiit rendu après nne dboosslon an conseil d*6tat qui n'a pas occupé moins de vingt-trois kéancet,

m Décret dn 16 novembre 1811.

qiies-one» de ses di.<(poM(ion3 ; on eât dit que Napoléon Tavait destinée à être occupée un jour par quelque congrégation religieuse. Mais d*au* ires caractères, plus nombreux et non moins significatifs, éloignent cette stipposition. Seulement, Napoléon, dont le génie devinait Tessence de toute chose, savait que l'enseignement est une paternité, et que cette paternité implique un absolu dévouement. Rien ne ressemble à un ordre monastique comme un ensemble d'hommes foaés et consacrés à une seule fonction. Napoléon imi* tait l'Église comme il avait imité l'ancien régime et l'ancienne noblesse, pour les remplacer. Mais c'était bien la raison laïque qu'il mettait seule dans runiyersité, de même qu'ailleurs il avait mis dans la noblesse l'égalité au lieu du pri- Tilége, et dans la centralisation la régularité ao lieu de l'arbitraire. On cite de lui un mot qui se réfère sans doute à cette création de l'université : « J'ai eu l'ambition, disait Napoléon à Sainte-Hélène, d'établir, de consacrer enfin Tempire de la raison et le plein exercice, l'entière jouissance de toutes les facultés humaines. »

39. II a été dit plus haut que les établissements spécialement destinés à garantir la liberté furent ceux qui rencontrèrent le plus d'opposition. En effet, ce qu'on entendait alors par garanties de liberté, c'étaient uniquement les élections, les assemblées délibérantes, les clubs, les journaux. On ne comprenait pas qu'il fallait avant tout rendre possibles ces libertés politiques, et pour cela instituer partout l'ordre , la discipline, la sûreté, ici eo soumettant les influences excessives, comme celle de la richesse mobilière, là en dominant le mouvement intellectuel et moral , ailleurs en organisant en un corps spécial les vertus indispensables au sain exercice du droit politique. On ne trouvait pas aux nouveaux établissements les signes auxquels on attachait exclusivement l'idée de liberté ; on ne croyait donc pas à la restauration de la liberté. Napoléon, qui répondait lui-méue dans le conseil d'État aux objections des révolutionnaires aveugles, jeta vainement dans les discussions des mots qui eussent dO réveiller les esprits et les illuminer. A ceux qui lui demandaient pourquoi il n'afTranchissait pas les discussions autour du gouvernement , il découvrait ainsi l'état réel de la situation : « La liberté de la presse ! je n'aurais qu'à la rétablir, j'aurais de suite trente journaux ro}alistes et quelques journaux jacobins. Il me faudrait gouverner encore avec une minorité, une faction... L'opinion de ces messieurs serait contre révolutionnaire; ils ont en horreur tout ce qui tieut à la révolution. Je les entends tous les jours. C'est une réaction continuelle. Ils croient me faire la cour. Que j'aille proposer à des grands corps ainsi composés une conscription, des constitutions, une mesure furte : ils résisteront, ils allégueront les intérêts du peuple; ils auront peur ; ils m'abandonneront. Que j'aie une opposition de principes révoluUooAaires,

elle ne bera pas dangereuse; la nation ne se passionnera pas. Que ces grands corps forroeot uoe opposition contre révolutionnaire, ils auront ooe grande partie de la nation pour eux... Les aa> clens privilégiés et les cabinets étrangers me haïssent plus que Robespierre... Les hommes de la révolution n'ont rien à craindre; je suis leur meilleure garantie. // faut que U gouvernement leur reMe ; ils n^ont que cela pour eti^(f ). » L'orgueil révolutionnaire admettait malaisément que la majorité du pays fût à ta coDt^^ révolution. Le premier consul ajoutait, eo proposant de placer dans les collèges électoraux des électeurs nommés à vie : « C'est aujourd'hui qa'on y nommera le plus d'hommes de la réToiulioQ;

plus on attendra, moins on en aura (2) >

« Si je montrais tous les projets de coQ&litutiog qui m'ont été remis, on verrait que ce soflt les ennemis de la révolution qui plaident le plas chaudement en faveur de la liberié politique... C'était une conspiration permanente... Sils avaient pu me faire faire un faux pas, tout était

perdu Mon système est fort simple : j'aicTu

que, dans ces circonstances, il fallait centraliser le pouvoir, accroître l'autorité du gouvernement, ti eonstUuer la nation.,, (3) » C'est sur ce dernier point que Napoléon donnait le plus d'expli* cations ; il disait au sujet de la Légion d'hooDcur : «... Pendant dix ans on a parlé d'institutioos; qu'a-t-on fait? Rien... Je sais bien que si, pour apprécier le projet, on se place dans la calotte qui renferme les dix années de la révolutioo, oa trouvera qu'il ne vaut rien ; mais si l'un se place après une révolution et dans la néces^té où l'on est à" organiser la nation, on peosen difTéremment. On a tout détruit; il s'agit de recréer. II y a un gouvernement, des poo' voirs; mais tout le reste de la nation, qu'est-ce? des grains de sable. Nous avons au milieu de nous les anciens privilégiés, organises de principes et d'intérêts, et qui savent bien ce qu'ils veulent Je peux compter nos ennemis; insi^ nous, nous sommes épars, sans système, sans réunion, sans contact. Tant que j'y serai, je réponds bien de la république ; mais il faut prévoir l'avenir. Croyez- vous que la république soit définitivement assise? Vous vous tromperiez fort. Nous sommes maîtres de la faire; mais nous ne l'avons pas , et nous ne l'aurons pas ^i nous ne jetons pas sur le sol de la France quelques masses de granit (4). » Au sujet de ta noblesse et autres institutions destinées à être des masses de granit. Napoléon ajoutait : « Compter sur une cooslilution dans un pays qui n'aurait

(I) Paroles da premier consul en l'an X. Ion éen^ pour le contiilat A vie. T'Iitliaadeaa, Cmtulat et £<"' plrr, tome ill, p. 17-19.

(I) Thlbaitdcau, ibidem, p. S9.

(S) ThibMudeau, U>idem, p. 39. .^,

(4} raroln du pninirr coniiil m lIor*a1 »•» * ' ^ ISOl ). lor» de la diiicus«io:i au conwil d'Kul «JiJ ^^ de loi Rur la Lésion d'honneur. ThlbaudeflO* ^^"'"^ tt Empire, tom 11, p. 4';9-480.

locone espèce d'aristocntîe, ce serait tenter de DATi«:uer dans un seul élémeot, comme on ballon. On dirige on vaisseau par la combinaison de deax forces, l'une de résistance, l'autre d'inipidsioo. Mais on t>ailon est le jouet d'une sedle fofte; un point d'appui loi manque; le Tent l'emporte. La révolution française a entrepris an problème aussi insoluble que celui de la direc- 6w des ballons ». te mot d'aristocratie ef- IhrYiit ; Napoléon rassurait ainsi les plus alarmés : « Il faut nécessairement , disait-il, des C9rps intermédiaires entre le peuple et lespon- Toirs, sans cela on n'aura rien fait. Chez tous les peuples, dans toutes les répnbliqoes , il y a es des classes. Nous ne pouvons pas porter atteinte à l'égalité. C'est la première fois qu'on aura 6it des corps intermédiaires sur la base de l'égalité (1). » L'institution de l'université eut contre elle toutes les oppositions, celles du parti contre-révolutionnaire et celles du parti «le la réroiatioo; Napoléon invoqua pour û défendre plusieurs arguments ; il voulait avant tout, di- »H-U, avoir un moyen de diriger les opinions politiques et morales et s'assurer une garantie contre le retour des moines { les jésuites ) , qui «ans cela seraient rétablis an jour on l'autre. A ce propos, sa pensée se reportant sur TÉglise , doot il entendait prévenir l'aclion sur l'enseignement, Napoléon ajoutait : « Dans le partage de raotorité avec ce qolis appellent le pouvoir tffnporel, les prêtres se réservent l'action sur Imteiligence, sur la partie noble de l'homme, et rri'teodeat réduire le pouvoir temporel à n'avoir •l'action que sur les corps. Ils gardent l'âme et ■i*^as jettent le cadavre. » — «Point d'État, selon Xapoléon, sans un corps de doctrine. Il n'y aura as d'état politique fixe, disait- il, s'il n'y a pas 19 eorps enseignant avec des principes fixes. » L'université se rattachait encore à l'objet prin- *i|>al de ses préoccupations, la nécessité d'or- ^aniser la nation : « Je veox, disait Napoi^D, constitoer en France l'ordre civil ; il n'y a ^ josqn'à présent dans le monde que deux rotiToirs, le militaire et l'eoclésia^tiqne; l'ordre tTil ^era fortifié par la création d'an corps ensei- SÎÎWt (î). »

Les institutions qu'accompagnaient vainement fn indications lumineuses sont restées presque t'>ot« incomprises des contemporains. Ce qui était T'Htessairepoor les féconder, l'adhésion de l'intelh'^tx puMique, leur a manqué ; et par là elles n''Hit pa4 produit tous les résultats qu'on était K>«lroitd*en attendre. L'université, confiée à un ^n» <iont rinteiligence est l'attribut, s'est maintiaiie (îans sa voie, nonob<;tant les événements contraires qui sont venus par la snlte la mettre

' t Pïfiil** du firpmlrr contai tu eoiMClI d*ÉUten ther- . " '^ an X (tottl liot). Tblbaudeau, Cottsulat tt Empire,

^nup ti. I

»' l^rnirt de rempereur ao conteir d'Etat Ion de la ■ ^Mon dd proirr d<î loi sur l'unlvoraltê en 1806. Thl- ^"'^^Omsmtat et Èaipirê, tome IV, pagelll n nu\v. - M«i tie la Loitre), Oplniont de JfapoliM, p. iS^lU.

en péril plus que tonte autre institution de l'ère impiériale; point de méprise pour l'Université; la révolution s'est toujours reconnue en elle. La Banque, moins attaquée, au besoin défendue aussi par sa sagesse, s'est également conservée, toutefois en laissant se former à c6té d'elle des établissements rivaux, dont l'existence accuse son propre défaut d'initiative. Une remarque à faire, en somme, c'est que des institutions de l'empire, celles qui consistaient en un monopole sont les seules qui aient réelleroent survécu. Quant à celles qui ne confisquaient pas une liberté, elles ne se sont pas montrées aussi viables. La Légion d'honneur, la nouvelle noblesse devaient mettre an jour des vertus civiques, former des familles modèles pour les générations fntores et fonder la lit>erté sur l'esprit d'ordre» de tradition, dedévooemenL Mais elles n'avaient pas eo elles ce qui leur était nécessaire pour les sauvegarder, d'une part, contre les abus de la vanité, ses inclinations égoïstes, ses prétentions frivoles oa compromettantes, d'antre part contre les sasceptibllités ombrageuses et mal entendues de la passion de l'égalité.

Le temps a fait défaut au législatear delà révolution, le temps et peut-être aussi un autre procédé de gouvernement ; car il n'est pas hors de propos de placer ici, à la fin de ces considérations sur l'organisation intérieure de la France, une observation générale : c'est que Napoléon, si grand dans sa conception idéale, où il ne séparait pas l'une de l'autre l'autorité et la liberté, ne semblait avoir dans la pratique que les emportements d'une volonté absolue et sans frein. C'était lui pourtant qui avait trouvé cette parole sublime : « Plus on est grand , moins on doit avoir de volonté ; l'on dépend des événements et des circonstances ;... moi, je medéclare le plus esclave des hommes; mon maître n'a pas d'entrailles, et ce maître, c*est la nature des choses (1)... » Mais Napoléon, dans ses conflits avec les faits, oubliait cette loi de la puissance humaine, et se laissait aller contre son maître à des impatiences terribles. Comme il se méfiait, avec trop de raison, de l'intelligence de ses contemporains, il n'eut pas de coopérateurs , il n'eut même pas des agents proprement dits , il fit de l'obéissance et de l'exécution unesorie de mécanisme, que son activité universelle savait seule tenir en mouvement. Le gouvernement tout entier s'agitait sous sa main, sans conscience de l'œuvre accomplie ; lui seul avait le secret du but assigné à sesimpulsions.il écrivait au maréchal Berthier, commandant en chef l'armée d'Allemagne, après le traité de Preslïourg : « Tenei-vous strictement aux ordres que je vous donne ; exécute? ponctuellement vos instructions; que tout le monde se tienne sur ses gardes et à son poste ; moi seul, je sais ce que je dois faire (2)... » Le

{!) Lettre à JonépMne, Posen. 8 décembre 1S06.

(S) Uttre à Bertbler, eo date de Paris, ik féTrict

mot.

plus doeile de se« lieutenanU, le prince Eugène, Tice-roi d'Italie, recevait de lui, entre autres recommandations du même genre, une lettre ainsi conçue : « Si tous tenez à mon estime et à mon amitié, tous ne devez, sous aucun prétexte, la iune menaçAt-eile de tomber sur Milan , rien faire de ce qui 'est hors de votre autorité (1). » — « Le monde périrait, » écrivait-il encore au ministre du trésor public, « tous n*avcz pas le droit de sortir de tos attributions (2) ». Un ministre, un lieutenant général, un vtce-roi étaient ainsi privés de tonte initiative et de toute liberté; quel devait être Vautonialistne imposé à des agents d*an rang inférieur ! Les hommes de quelque dignité personnelle se prêtaient malaisément à ce rôle d'instruments ; Napoléon les prit en haine : il les appelait des idéologues , des métaphysiciens, « Ils sont, disait-il de quelques membres du Tribonat qui montraient des velléités d'opposition, ils sont douze ou quinze métaphysiciens bons à jeter à l'eau. C'est une vermine que j'ai sur mes habits (3)... » — « Les métaphysiciens, ajoutait-il dans une autre occasion, sont une sorte d'hommes à qui nous devons tous nos maux (4). » Même pl.tinte en 1812 : au retour de l'expédition de Russie» Napoléon accusait encore 1 idéologie des malheurs de la France. Le mot de métaphysique devint une injure dans sa bouche ; il signifiait inexactitude et niaiserie (5). A défaut d^hommes que le soin de leur dignité personnelle rendait Kuspects d'idéologie. Napoléon eut des agents que rien n'embarrassait et qui trouvaient leur compte dans l'obéissance sans condition. Mais de pareils hommes, diflicilement accessibles à des mobiles élevés, étaient de plus toujours sujets aux défaillances, aux tentations; il futné-

(1) Lettre ao Tice-rol d'Italie, eo date doeamp de Boalogne, 6 avril 180«.

(t) Lettre à Barbé-Marbols, ministre da trésor pobHc, Scbœnbrunn, U primaire an x(T ( IB décembre ISM ). A cftlé de l'élirait de celte lettre, cltons-en une autre toute contraire ; NapoléoD écrivait k M. de Champagne, ratniitre de l'intérieur, en date de Salnt-Ocud, M arrll IKM : « ...La sabordlnatlon civile' n'est point aveugle et absolue; elle admet des raisonnements et des observations quelle que puisse être la hiérarchie des autorités... Je n'eulge d'obéissance aveugle que dans le militaire... Les préfets ne sont que trop enciliiit A un goDvernement tranchant, contraire à mes prlneipes et A l'esprit de l'organliatton adminUtraUve. ■ li y avait deui hommes en Napoléon , l'un qui comprenait les convenances de la liberté et de l'ordre civil, et les proclamait, l'autre qui par moments oubliait ses propres mailmes, les méconnaissait et les violait. Malheoreosement dans la pratique c'était presque toujours no seul de ces hommes qui l'emportait sur l'autre.

(S) Paroles du prrmler consul en pluviôse an ix (récrier iSOi). Thlbaudeaa. Consulat et Empire, u II, p. ite.

(l) Paroles du premier conxul, n nivOae an ix (tS décembre iMl ), le lendemain de l'explosion de la machine infernale. Tblbaudeaa, Contutat et Kinpire, tome II, p. 44.

(fi) « Faites-mol savoir si en qninie Jours les hommes, tes chevaux, les Approvisionnements et tout pourra être embarqué. Ne répondes pas metopAysiquemenC à cette quesUnn... » Lettre au général Soalt, eo date de StuplDlgf, 4 f oréal an xni ( 24 avril 1S04}.

cessaired*în7enfer pour eux un régime spécial et de leur appliquer des stimulants appropnés à leur nature : tantôt l'app&t des récompenses, de l'argent, des dotations, des distinctions boQorifiques, tantôt la crainte des cli&timents, la pri vision certaine de ne pouvoir pas échapper à la surveillance d'un maître qui ne perdait de vue aucun des siens. Le système d'émulation de t'empire consista en une surexcitation continue de la cupidité, de la vanité, de la peor. Le sentiment du devoir, l'amour de la gloire, la ooDscience de participer à des œuTres réellement grandes, ne suffisaient pas pour produire l'extrême obéissance. A ce sujet, on rapporte un mot terrible : quelqu'un se hasardant à lui représenter les funestes elTets du despotisme sur Tétat mon! de la nation, Napoléon ré(>ondit, si Ton en croit un contemporain : « Vous ne savez donc j^ que l'on gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus (t). » Pourtant Kapoléon s'adressait un jour en ces termes iK^roïqot s à un général à qui il con&ait une expédilioo périlleuse pour délivrer les colonies françaises iir$ Antilles : « Souvenez-Tous toujours de ces trois choses : réunioa de forces, activité, (t ferme résolution de périr avec gloire. Ce soqI ces trois grands principes de l'art militaire qui m'ont toujours rendu la fortune favorable daiit toutes mes opérations. La mort n'est rien; mais vivre vaincu et sans gloire, c^est mourir tooi les jours. Soyez sans inquiétude sur votre famille, et donnez- vous tout entier à cette portion de ma famille que vous allez conquérir (2). ' Napoléon parlait ainsi k ses officiers militaires, dont lui-même disait avec orgueil qu'ils n'avaient pas la même langue que ses offiders civils. Mais s'il usait pour le gouvernement iatirieur d'autres mobiles que ceux de rbéroîsmeet de la vertu, on doit reconnaître que peu de générations se sont oflertes à cet abaissement plu^ que celle que l'empire avait reçue du Directoire et de la révolution. « Dieu fit itonaparte, et se reposa », s'écriait un préfet à la tète de son département. — « Napoléon, dit un premier président suivi de toute sa cour. Napoléon est au delà de l'histoire humaine... Il est au-dessus d^ l'admiration ; il n'y a que l'amour qui poisî« s'élever jusqu'à loi.» Un sénatus-consuite conféra à Napoléon des pouvoirs spéciaux poor U réorganisation de la garde nationale; le nj/^^' teur s'exprima ainsi : « Toute force doit émaner du pouvoir suprême; le peuple fiançais a reiw^ à l'empereur le droit de vouloir pour lui. • C/ tait en septembre 1805; Tempire venait à V^^

(1) C'est J.l. Say qnl, dana «on Jperfu des hmmti ft d$ ia société, affirme avoir loi -même entendu eeiPo< Dn ancien avait «Ut depuia longtemps : « Regtlws ^^ qiiaro malt Kiispectiores sont, seniperqoe Ms aiiroa TtrtuA formidoloaa est » (Sailusle). Louis XIV a été at>»> arciise de préférer les hommes vicieux aux gens de bit*'! il trouvait les premiers, disait-on, nolna f'.iCoanDM.' et pins usuels.

(t) Uttre au général Laurtaton, Parla,» frimaire» J»»' (12 décembre 1804).

d'être proclamé. En août 1807, ou &éaatus-consuite .supprima le seul corps qui eut te droit de discoter les projets de lois, ce qu'il faisait à huis dos; le Tribunat supprimé pouvait protester ou priier le silence; il se hAta de remercier et défUra qu'il « acceptait avec reconnaissance sa sappnssion comme la récompense la plus précieiiâe de son dévouement ». La guerre d'Espagne ^date en 1 808 ; toute la nation, qui ne se rex|ilique {as, s'en émeut, saisie des plus ministres appréitea^ns; le sénat, plus effrayé encore, s'empresse de traduire ainsi le sentiment public et £09 propre senliroent : « La guerre d'Espagne, dit-il, «s& politique; elle est juste ; elle est nécesâaire ». Lors du mariage de Napoléon avec une arebiduchesse d*Âutriche, mariage que la politique avait pu conseiller, mais dont la première nouvelle n'avait soulevé que de la surprise, des mécontentements et de |>énibles prévisions, le grand maître de Toniversité, M. de FoDtanes, ordonna que les professeurs de rbétorique de tous les lycées prononceraient le même jour un éloge en latin. 11 eu fut fait ainsi, sans respect pour le bon sens et pour les regrets du public : le même jour, à la même heure, on é'pithalame en latin résonna 'Uns diacune des savantes maisons de Puniver- Mté. A la naissance de l'enfant qui s'appela le m de Rome, le sénat, le conseil d'État et les autres grands corps vinrent d'eux-mêmes défiler devant le berceau, faisant des révérences et pro- Dûoçaot des harangues. « Rien, dit un historien «lu temps, rien ne fut épargné de la plus servile ft ridicule étiquette, rien ne fut oublié pour di- Tioi^r une pauvre créature humaine. » M. de roDtafle.«, prostituant à sa courtisanerie la sincérité de l'enfance, donna pour sujet de com- ;<œition dans les lycées à tous les élèves de l'Uuirenité l'éloge de l'impérial et royal nouveau-né. Aq moment de la guerre de Russie, toute la nation fut militairement organi^^ée par un sénaluseoDsiulte en trois bans, comprenant toute la populaliofl virile depuis vingt jusqu'à soixante ans. Le président du sénat, M. de Lacépède, signala ainsi fort ingénieusement les agréments de cette mesure : « Les Français, dit-il, trouveront dans leors exercices militaires des jeux salutaires et deà délassements agréables, plutôt que des devoirs sévères et des occupations pénibles. » On pourrait citer d'autres traits de l'avilissement ofiSdel de ces hauts dignitaires qui depuis se montrèrent si prompts à déserter l'empire. Ils De suivaient, ils n'avaient qu'un maître, le succès. Napoléon n'en était pas dupe, et lisait dans le oiair de ces courtisans de sa fortune ; il dit on jour, darement, au conseil d'État, en 1808 : « Un caporal pourrait s'emparer du gouvernement dans co moment de crise. » Le général Malet, qni en ^812 faillit renverser le gouvernement impérial, disait trop justement c«tte réponse au président ^e la commission militaire, lui demandant s'il ïnildes complices : « Oui, dit-il, toute la France,

IfOUV. BlOCn. CBNÉR. — T. XXXVII.

l'Europe, et vous-même, si j'eusse réussi. » Napoléon avait une maxime : « Il ne faut pas, I disait-il, qu'on puisse croire à la pensée , à la possibilité de conspirer contre l'empereur (1) » ; car, d'après une autre de ses maximes, a la sûreté est, comme beaucoup d'autres choses, une affaire d'opinion ». De là le soin que prenait son gouvernement à cacher au public le travail intérieur des conspirations contre l'État ; l'histoire s'y est même trompée : elle a connu à peine quelques complots qui ont plus ou moins éclaté au grand jour, dont on n'a pas pu empêcher la divulgation et qni sont toutefois restés caches en leurs profondeurs, comme le complot d'Arena, de Toplno- Lebrun, de Cerraciii, de Dcmcrvilie, etc. (2), l'attentat de la machine infernale (3), l'affaire dite la conspiration anglaise (4) , la grande conspiration dans laquelle furent impliqués Pichegrn, Moreau, le duc d'Engtiien, etc. Mais il y eut d'autres entreprises souterraines , et rien n'est plus faux que de se représenter l'empire comme une ère d'apaisement pour l'esprit de parti. — 11 y a des traces d'incessantes conspirations sous le consulat. La sûreté de l'État, la' vie du premier consul étaient menacées à tout propos. A Marengo l'appréhension la plus forte de Bonaparte n'était pas sur le champ de bataille, mais bien à lluterieur, en France, au milicn des partis, qui n'attendaient qu'un signal, un revers. Même appréhension en 1805, après la proclamation de l'empire, au moment où la grande armée se dirigeait vers Ulm et Austerlitz. En 1806, au mois de juin, on trouve encore un décret qui proroge la suspension du jury dans quatorze départements. En 1807, il y a des exécutions secrètes à Paris; ce sont, dit-on, des agents anglais que l'on avait surpris. Leur audace fut telle qu'un d'eux avait fait des propositions à Fooché, à Berthier. Dix mille conscrits réfraclaires tenaient la campagne. Une société secrète se découvre dans l'armée en 1609; on en saisitdu moins quelques fi Is.Le général Malet est emprisonné. Le décret du 3 mars 1810 institua des prisons d'État, et mit pour les délits politiques la liberté individuelle à la discrétion d'une mesure de haute administration. C'était le rétablissement et une multiplication de l'ancienne Bastille (5). L'onest, pas plus que le midi, ne

(1) Lettre an ministre de la police. Parts, S mars 1810.

(1) 18 vendémiaire an ix (10 octobre 1800). I,es Individus Impliqués dans cette aff^ilre furent exécutes, pour la plupart, le il plnviône an ix ( 8i Janvier 1801 ).

(S) s nIvAse an ix (t4 décembre liOO). Cette afTaire, dont le procès a commencé le tl pluviôse an ix (10 fé- Trier laoi). ne a*est terminée que le le germinal an ix (C mars 1801).

(4) Au commencement de l'an ix ( septembre-oetobre

ISOO).

{<) La dualité libérale et despotique, signalée plus haut en Napoléon, se retrouve dans l'biKtotre du décret du S mars ISIO, qui initUiua les prisons d'Étst. On avait d'jbord, en 1809, présenté un projet m quelques articles. L'rmpcreur remarqua qn'tt ii 'était bon qu'a effaroucher les esprits, parec qu'il était rédigé en termes trop brefs et •ans préambule. • U faut, dit- 11, deux pages de considé-

fut jamais entièrement paci6é. Les royalistes et les républicains cheminèrent longtemps séparément dans les entreprises secrètes. £n 1810, ils se rencontrèrent et se liguèrent. Après les désastres d'Espagne, de Russie, d'Allemagne» il y eut partout recrudescence de conspirations. Tant de menaces, tant d^eiïorts bostUes ne laissaient pas de répit; l'empire, obligé de se défendre, donna à sa potice un développement jusque-là inusité. « L*autonté de police, disait Napoléon, ne doit être étrangère à aucun mouvement ». £n vertu de ce principe, il n*y eut penxinne qui ne fût surveillé. La police commençait partout et ne finissait nulle part Comme on ne peut attendre d*un pareil service ni droiture ni fidélité, il fut nécessaire de faire surveiller les espions à leur tour. U y eut plusieurs polices qui se contrôlaient réciproquement. En 1804, le redoutable ministère de Fouché, an moment supprimé, fut rétabli ; on plaça à ses côtés quatre conseillers d'État chargés de Tobserver. Il y avait des polices générales; il y en avait de particulières. De hauts fonctionnaires recevaient, de plus, des missions qoi, sous un but avoué, en cachaient un autre, qui ne l'était pas. Des évoques se laissèrent enrôler dans cette milice : « Comme les évèques, écrivait Napoléon, désirent que leurs lettres ne soient connues que de moi , ignorez les avoir reçues et ne les communiquez point dans tos bureaux (1)...»

La presse avait toujours connu l'un ou l'autre de ces deux régimes, la censure ou la liberté. Sous l'empire , on inventa pour elle un troisième régime ; elle paraissait libre , elle ne l'était pas ; elle se trouvait dans les attributions de la police, et parlait comme il convenait à celle-ci. L'esprit public fut livré à la |x>lice, à ses enthousiasmes de commande, k ses réticences calculées, à ses nouvelles sophistiquées. On prit la presse en dégoût (2).

Les publications plus sérieuses de la librairie^ celles qui n'intéressaient pas immédiatement la politique, n'étaient pas mieux traitées. En 1S03, un arrêté des consuls avait établi : « Pour aS' surer la liberté de la presse^ aucun libraire ne pourra vendre on ouvrage avant de l'avoir présenté à une commission de révision^ laquelle

Finti qal contlmdnmt tfes Idéei Itbértlet... • StUvant llDtention de l'empereur, le nouveau projet fat précédé d'nn préambule lentlant à prouver que les priions d'État faranttsMteni b liberté. Voir Thlbeaudau, Consulat et Empire, tome VIll. p. 7S et autv.

(1) Lettre au mloUtre de U poUoe, Fotidaaa, IS octobre 1806.

(S) Ce qui est élrange, c'est que ICapoléoa bUmait cet état de choses : « La presse, qu'on prétend libre, disait- Il aa conseil d'État en isio, est dans resclarace le plua absolu; La polire cartonne, supprime , comme elle veut les ouvrages; et même ce n'est pas le ministre qui Juge, 11 eat obligé de s'en rapporter i ses bureaux. Bien de plus Irréguller, de plus arbitraire que ce régime, u L*auteor des Idées napoféoniennet , qui fait cette citation , ajoute s « Cie qu'il est surtout aille de remarquer, Cest qnc Tempereur prononçait souvent ces paroles mémorables ;' « Je ne veni pas que ce pouvoir reste à mes suoccMCiiri. parce qu*Us pourraient ea aboaer. » Cbap. xxi.

le rendra s'il n'y a pas lieu à la censt/re».£a 1807, ce système de r^i7ijion et de censurent simplifia; U n'y eut plus que la censure, et toujours pour assurer, comme le disait enooie k préambule, la liberté de la presse. Eu tsio, l'imprimerie et la libraiiie connurent lesextrfmes rigueurs de leur législation spéciale : le monopole étroit des brevets, toujours révocables mâcne^s jugement; la faculté pour la police de saisir et supprimer tous ouvrages publiés, même après l'examen préalable de la censure; U réimpre^sico des ouvrages, même anciens, frappée d'undruit de timbre énorme (t).

C'était U le régime moral de l'empire : h hommes d'intelligence et de caractère, tenus à l*écart, découragés , se sentant surveillés et mal vus; les hommes habiles, souples, rasiueiii, seuls recherchés ; les mobiles les moins nobiei de la nature humaine surexcités ; la conlraiDl^ la méfiance, les soupçous dans toutes \ts in.^i la flatterie et le mensonge sur toutes les boodus; partout l'unique préoccupation de ce qae peQsait, voulait et faisait un seul homme. Il eît vrai, hâtons-nous de le dire, que l'admiation des œuvres du génie* rhéroîsme des armées, le sentiment de la grandeur natioaalc it^ laieat à ces influences délétères des elênifoU plus fortifiants et plus sains. Napoléon a vigooreuseraent éUbli dans l'exercice des foncliocj î publiques la probité, l'exactitude, la résuMs j notre administration tient encore de lui loul» , ses vertus. Mais Jes contemporains n'ont poinl j pu oublier l'impression pénible et siaistit que ^ leur avaient laissée les pratiques dictatoriales ()« Tempire et surtout le contraste de ses act(S et de ses manifestes. Il est injuste et tout à (»{ contraire à la vérité de dire que l'empire a ^!f le despotisme : il a été la reconstruction d'oo ordre social oii une grande place a été faite ^ toutes les garanties essentielles de la liberté; se« imperfections proviennent des vices du lemi««; ses mérites sont dus presque tous à ^initiatif^ à la voloalé, à l'action d'nn seul boronie;ce n'est pas Napoléon qui a manqué à la révoio* tion, c'e^t la révolution qui a suscité desmaumes et des aspirations en contradiction arec les fatalités qu'elle a établies; tout ce qui a (« être sauvé de la liberté humaine, Napoléon r> sauvé. Mais si l'empire n'a pas été le despotisme, U en a en les procédés, et c'est sur cette apparence des choses qu'il a été jugé psr 1^ contemporains. Pendant bien longtemps, qow4 on interrogeait sur cette époque un des hororoes même éminenU qui y avaient assisté, on neo obtenait pas une autre réponse : « C'était le despotisme »; si l'on insistait, citant les loiij^' institutions qui donnaient un démenti à une pareille allégation, on sonrire de surprise on dm*

(1) • Un libraire devait payeri pour nne ^»P'^J des OBuvree de f^oMairv. k 8,000 exemplaires ««"'«•'"7 1M,000 (rann de drviU au trésor. » M. MarUa de uriji UiiUArt de JfapoUon, v Mitton, tome lU page >i^

er

crédulité accaeiHait seul les objections; on eiU dit que les cootemporains apprenaient pour la preinière fois qu'il y avait eu sous Tempire des ftablisieineots pour la liberté et quelque respect de la dignité bunaine.

Vllf.

rOUTIQUe CXTÉMBOftB.

». Bat ffénéral. — il. ttafie, Bipaone, satnt-siégt, etc. -tt. jttemoçne. tte. - 4t. Mmêêitt Pologne ^ etc. — Ub Jngiaare, bitau, tte.

S'il est ?rai que IVropire, tout en Tondant \ie fortes garanties de liberté, a été souvent le de.«poUsiae, c'est surtout dans les animosités de l'Europe contre Tordre nouveau , dont Temperear était le représentant, qu'il faut chercher les causes de cette fatale déviation de son génie. £n eiïet, l'antagonisine de Tancien régime et de t^ rérolotion existait en Europe comme en France; mais tandis qu'en France la révolution semblait •ilsposer d'une force supérieure à celle de Tancieu régime, dans le reste de TEurope, au contraire, c'était à Tancien régime qu'appartenait la supériorité de la force. Or, les partis n'ont point de patrie. Une coalition entre toutes les forces de Tanden régime était incessamment po^ible. Il y a plus., cette coalition était déjà faite; il ne lui manquait qu'un homme qui sût U niettre en actioJi, un Pitt guerrier, nn prince Charles homrne politique. Cet liomme venant à surgir et la lutte s'engageant dans des conditions aoMi disproportionnées, il n*y avait h prévoir qu'une éventualité , la défaite de la France si elle «oUtioait dans le parti de la révolution. Il impoite de se placer au point de vue de cet extrême péril pour api)récier tout d'abord la politique ultérieure de Napoléon. Devait- il se maintenir t^ paix sar le continent, et pour cela pactiser 4vec i'aneien régime à Textérieur? C'eût été permettre à Tancien régime, dé.<ormais averti , 'l'organiser ses moyens de défense et d'attaque; c'eût été laisser eu Europe la révolution de plus en plus isolée et tût ou tard Tex poser en France ^ ttoe abdication. Devait-il se décider, au contraire, à devenir partout l'auxiliaire des principes •-t des intérêts du droit nouveau? Le salut de la révolution en France était à ce prix ; mais une pareille politique condamnait la France à prendre les armes et à ne point les poser qu'elle n'eût vaincu et transformé toute l'Europe. Nal^éoD, à qui se présenta cette fatalité, ne mao- ^ pas d'oser envers Taneien régime de beau- ^p déménagements; satisfaction des person- ^t déplacement des iutérêts, concessions apparentes aox idées surannées , rien ne fut épargné; «wtefois , il iievint évident des le premier jour ^ la politique de Napoléon tendait en Europe, cofiNiiefii France, ^ faire transiger les deux Partis de telle soHe que la prépondérance en JéJniUvc demeurât partout assurée k la ré- ▼wuuoo. Mais , quelque divisé qu'il fût par les

rivalités et les contrariétés des ambitions , un parti aussi nombreux et fodemeot établi que celui de Tancien régime ne pouvait pas céder sans des défaites répétées et sans des résistances longtemps renaissantes. De là les guerres interminables dans lesquelles l'Europe se trouva engagée; de là pour la France en particulier ce qui est la suite de toute action excessive au dehors, la nécessité de la dictature au dedans. Renversement étrange des projets de la sagesse humaine i La révolution était venue au monde en lui promettant la liberté, la fraternité, la paix universelle : pour se défendre, elle accumula en quelques années plus de compressions, de violences et de guerres qu'on n'en eût pu compter en plusieurs siècles de l'ancienne monarchie. Napoléon se sentait appelé par son génie à être le législateur d'un temps de coociliatibn et de concorde; sa raison, imbue des préceptes philosophiques du temps, ne croyait qu'à la légitimité de la paix ; il admettait peu les nationalités, leurs oppositions et leurs antipathies; il ne voyait dans les différents peuples que les membres follement disjoints d'une même famille ; l'Europe, maîtresse du reste du globe, lui paraissait déjà former une seule société; c'est lui qui a dit c«tte grande et fraternelle parole, que toute guerre européenne était une guerre civile (1); son incomparable aptitude administrative, le sens de l'utile qu'il avait à un si haut degré, ses facultés si éantnentes et diverses pour les sciences, les lettres, les arts, tout le sollicitait à prendre dans Thistoire un rôle nouveau , à devenir Tinitiateor d'un ordre pacifique et fécond où les hommes aursient cessé d'être les esclaves de leurs ignorances , de leurs corraptions , de leurs divisions Insensées ; cette pleine conquête de la puissance luimaine sur elle-même et sur la nature physique, cette gloire sans précédent qo-ii n'aurait pas eu à partager avec les Alexandre, les O'sar et les Charlemagne, c'était là ce qui tentait ses ambitions; il s'avançait vers ce bot sublime à travers ses labeurs guerriers, qui n'en devaient être que le proflrome ; se croyant toujonrs près de Patteindre, il. s'empressait à chaque victoire de demander et d'ofirir la paix ; mais les pnx conclues n'étaient que des trêves de courte dorée. Napoléon fot condamné à faire perpétuellement ta guerre. Les nécessités inatteadnes qni vinrent ainsi se jouer des espérances et des promesses de la fin èhi dix-huilièBie siècle doivent-elles être toutes imputées à une sorte 4k natalité.' tktn^ dbns le plan de In

(t) « Tiat «lo'on m teltra eo Borope , cela «ert one (aerre dvUe ■. — Jééu napaféomisnnes, cbap. v. — Napoiféoo. le IS fréfrier IMS, dlMUt au Corps légltlatlf : « ... Je veux, autant que le pourrai j Uifliier, que le r^pie de« laéea pMlanUiropU}a«i et iréoéreu«ra soit le caractère du Rlè< le. C'est à mol, A qui de tels srntluenti ne pfuveot être imputes à faiblesse, c'est i nous, c'e«t an peuple le phH doux, le plus éclairé, le plus humain, de rappeler aui nations cWlihéea de l'Europe qu'eUes ne lormciU qu'une méoïc famille.» ■

Providence, la liberté horaaiae n'est jamais supprimée ; à ce cours imprévu d'événements d*oii sortirent tant de déceptions, il y eut des causes qui ne provenaient pas toutes de ta force des clioses seulement : de grandes fautes , que rien n'imposait, ont été commises; c'est ce que l'on verra peut-être par les récits suî- Tants.

40. But de Napoléon dans sa politique exiérieure^ — Napoléon, dans sa politique extérieure, s'est proposé de fédéraliser autour de la France, et sous son protectorat, tous les pays limitrophes; de là une agglomération d'Ëtats qui, une fois formée, eût eu la puissance de su.^pen.lre toute guerre en Europe et d'imposer la paix au reste du continent. Cet em' pire, ce système fédératif , comme Napoléon l'appelait tour à tour« ne se fût composé que de peuples de civilisation homogène; à ce titre la Russie en était exclue, comme la Turquie; mais les États qui n'en faisaient pas partie pour d'autres raisons , l'Angleterre , la Prusse, l'Autriche, auraient pu y accéder dans un prochain avenir, et cette accession eût été le signal de l'avènement des dernières garanties nécessaires au système, la diminution du protectorat de la France , le partage de son influence, l'introduction d'institutions libérales dans le gouvernement de chaque peuple (1).

(1) Cette conception fédérattTe » été contettée par des espiita superOclcLH ; Il nous seraU trop facile d'en prouver la vérité. Bornoiis-noiu à quelques témotfrnages sans réplique. L'auteur des Idéti napoUoniennet a consicré tout un chapitre, le V* de son œuvre, A rexposlilon du plan de fédération de l'empereur Napoléon l*^ Le chapitre est ainsi Intitulé : But où tendait Ptmperéur. At' toeialion europëenntt, etc. On j Ut : « ... Il ( IVaipereur ; voolut faire xervlr ses conquêtes A l'établisse nenl d'une confédération européenne ■; puis, indiquant le progrés historique qui semble rendre cette idée logiquement nécessaire, l'auguste écrivain ajoute : ■ La commune , la ville . la province, ont donc, l'une après l'autre, agranJi la sphère sociale et reculé les limites du cercle au delà duquel existe l'état de nature. Cette transformation s'est arrêtée A la frontière de chaque pays; et c'est encore la force et non le droit qui décide du sort des peuples. Remplacer entre les nations de l'Europe l'état de nature par l'état social, telle était donc la pensée de l'empereur; toutes ses combinaisons politiques tendaient A cet Immense résultat. • L'Idée du système féderatif de Napoléon se montre pour la première fols , croyons-nous, aprèv Aasterliti et le traité de Presbourg, dans une lettre au prince Joseph, prés d*orcuper le trône de Naples : i Je vous al, Je crois . déJA dit, écrit Napoléon , que mon Intention est de mettre 1p royanme de Naples dans ma famille. Ce aéra, ainsi que l'Italie , la Suisse, la Hollande et les trois royaumes d'Allemsgne, mes Êtatt /édiratifs, on vérllablenient l'empire français. » Lettre a Joseph, Paris, t7 Janvier llOi. — Par lés troiâ royaumes d'Allemagne Napoléon entend les trois électorats de Bavière, de Wurtemberg et de B^de, dont le traité de Presbourg venait de changer les titrès souverains pour les deux premiers, et pour tons les trol«, d'augmenter les possessions et l'Importance, — De 1866 A IBU, ridée d'une fédération européenne se montre encore dans plusieurs documents. En lats. Napoléon s'ei primait ainsi dans le préambule de l'Acte addUtonnel t 4 J'avais pour but d'organKer un grand syatèmp fédéralir européen . qne J'avaK adopte comme conforme A l'esprit dn siècle et favorable aux progrés de la civilisation... *. On a donté de l'authenticité de tontes les déclarations contenues dans te Mémorial; quel

I Mais pour rendre possible rapplieation d'oo . pareil projet. Napoléon a dû s'efforeer avant ' tout de soumettre à sa loi chacun des peuples qu'il se proposait de faire entrer dans le plan de son système féderatif : de là une action qui a Tarie suivant la nature et les circonstances des pays sur lesquels elle s'exerçait ; il a dû, de plus, lutter pour écarter les obstacles qu'oppo* saient à la prépondérance française les rivalitéà des grandes nations étrangères : de là des oodibinaisons de moyens de défense et d'atiaqoe qui n'ont pas été les mêmes en tous les lieuL Pour mettre quelque clarté dans l'eiposition de cette politique extérieure si tourmentée à la fois par Texcès de ses prétentions et par U violeoce des obstacles qui lui étaient suscités, il doqs est nécessaire de l'examiner dans ses priimpales applications ; nous la considérerons tour à tour dans ses rapports avec le gronpe des nations latines et le groupe des nations germaoiques, enfin dans ses rapports avec la Rnssieel l'Angleterre.

41. Politique de Napoléon envers le groupe des nations latines : Vltalie, VEspagne, k Portugal, Politique envers le saint-siège. - La grandeur, pour mieux dire , la sûreté de la France a toujours exigé qu'elle vécût en une étroite et amicale alliance avec le groupe des nations latines. Cette nécessité se manifeste dès les premiers temps de son histoire, sous Cliarlemagne, et depuis elle n'a jamais cessé de se faire sentir à ses politiques intelligents. Préserver les nations latines de toute doroinatioo étrangère, les tenir sous l'influence exclusive de la France, et, pour que le lien puisse être darable, faire trouver à ces nations dans leurasso* dation avec la France la condition même de la satisfaction de tous leurs besoins de bienêtre, de dignité et de développement, c'est la ^^ qu'une expérience constante a recommandé à li politique française relativement à l'Italie, à TEr pagne, au Portugal. Or, au moment de l'avéo^ ment de Napoléon, cette question si importante de Talliance des nations latines ne préseolail pas des diflicultés insurmontables.

L'Italie, que la bataille de Marcngo venait d'affranchir, éUit toute à l'influence française. Au nord s'élevait un État destiné à devenir U force de la péninsule, la république italicooo,

écrivain parmi les compagnons de la captivité de Ssloie- Réiéne eût pu trouver des paroles comme eeUts-o^- • Une de mes plus grandes pensées a été l'awtoinentiou, la concentrai Ion des mêmes peuples geo^«pwques, qu'ont dissou*, morcelés les ré»olutions et w l»

lltlque C'est dans cet état de choses qu'on fût tronw

pins de chances d'amener partout l'unité des code», ctiK

des principes, de^i opinions, des sentiments, des »«« <

des intérêts. Alors peut être, à la faveur des '""J'"

universtellement répanrtu^-s, devenall-ll permis de re"

pour la grande famille européenne l'applicallouj

congrès américain ou celle des amphlctyons de '* **^*^p

«t qarllc perspective alors de force, de ««'*"*^!'^ç

JoiiHsancci, de prospérité I quel grand et '"■J""y

spectacle! . C'csl alors qu'il eût été possible de»»

vrcr k la cblmérc du beau idéal de la clvllluUoo ...

depais le royaume d'Italie (1). La Ligniie formait un État à part (2). Une concession à l'alliante espagnole avait fdit ériger en un royaume , occupé par un infant, le duché de Toscane (3). Le pape, qui se trouvait rétabli dans une partie de ses anciens États, était favorable au nouveau poufoir du premier consul. Le royaume des Dnix-Sicilfs avait conclu avec la France un (nite d'alliance défensive (4). A la vérité, PAnjdeterre occupait Malte ; la Russie, les Iles loâaati; et rAutriclie, la Vénétie; mais la France avait pourvu à cet élat de choses menacé ; die occupait à son tour le Piémont et Ttle d'Elbe, et eile avait, k titre d'alliance, de protection oo de suzeraineté, une garnison à Milan, une autre garnison en Toscane, une autre garnison, plus importante, sur la terre ferme du royaume des Deui-Sidles.

II y avait déjà dans ces occupations, si étendoes, un excès de précautions que les nécessités de riodépendance de l'Italie ne suffîsaient pas à justifier. L'Europe ne s'y trompait pas; elle y Toyait une conquête. Quant à l'Italie, elle ne se sentait pas traitée en alliée, mais en sujette; 00 loi disait assez rudement qu'elle était en minorité (5), qu'il lui fallait un tuteur; et ce tvteur se comportait en maître; Le corps législalif italien, un simulacre de représentation natiûoale, manifeste quelque opposition : il lui est tout aussitôt signifié qu'il n'existe plus : r Je suis mécontent du corps législatif, écrit Napol^D; j'ai défendu qu'on lui présentât aucune loi, et pendant mon règne en Italie je ne le réunirai plus (6) ». L'Italie pouvait bien reconoallre qu'elle avait besoin, pour sa défense, d'ane aimée française, les arts et les vertus mi-

er

(!) La république dnlploe . réublle le 1> Juin 1800, Itt réorganisée loos le nom de répabltqae Italienne, le v janvier isoi, dans une coosatte réunie A Lyon, par SapoléoQ Ittl-méme, el cela nonobstant le traité de Luoénue, qui venait de reconnaître l'Indépendance de ce Bonid Eut de h Péninsule Italique ; celte république ^Bt le royaume d'Italie par le statut du IT mars 18M.

(t) La république ligurleiiae, rétablie le IT Juin isoo , rterpiDliièe par Napoléon en verta d'un simple décret, da tijoln iMl.

n Louis, fils da doc de Parme, fait roi d*Étmrie, le V nsrx 1801 par on traité slirné à Madrid à cette date.

(M TrsKés de Foltgnu, dn 18 février 1801, de Florence, daiSiDsniseï: arL 7 des préliminaires de la pals d'A- ■icM. icr octobre isoi; art. il du traité d'Amiens, M niri 1801.

(<)« Mes peuples diuile sont mineurs, s Lettre de napoléon an prince Eugène , Salnt-€loud , SO mal 1808.

(<) Lettre de Napoléon À Marescatchl, Saint ^lond, <s}olliet 188S. — La même décision est annoncée au P^te Eugène, lettre du n Juillet 1808, où 11 est dit, nixe autres paroles insultantes et superbes : • Ne leur Uissex.pu oubUer (aux Italiens) que Je aula le maître «eulre ce que Je veux... Ils ne vous estimeront qo'anbst qu'iu vous craindront... >». Cette décblon hautaine ■^»t pas prise ab iratos elle persiste : i la date du [1 mai 1888, Napoléon écrit an prince Eugène : « ... Il "Si partir du principe que tant que Je conserverai la cftoroone. Je veui conserver le pouvoir législatif; IMBdeile passera en d'autre* mains. Je verrai alors ce ÎJi.**'* coo'enable de faire ». Le décret ajournant WéttolBtnt le corps léglsLUIf Italien est annoncé M prlooe Eugène par ooe IcltM en date du s août 1806.

litaires élant tombés chez elle en désuétude . mais elle ne reconnaissait pas qu'elle eût be-' soin, pour sa réorganisation inUTieurc, du savoir et des lois d'une administration étrangère; son autonomie civile, ses mœurs propres, ses facultés d'invention, aucune domination ne les lui avait enlevées ni même contestées. Mais les agents français n'avaient point la consigne de ménager cet orgueil d'une antique civilisation; avec leur légèreté présomptueuse et liautaloe, ils imposaient partout aux usages italiens les usages français. L'Italie s'assimilait ainsi à la France par des formes extérieures, mais sans s'attacher à elle ; les irritations de l'esprit national offensé, une réaction intime, la livraient incessamment aux suggestions des partis de l'Autriche et de l'Angleterre.

Napoléon eût prévenu ces résistances et ces révoltes s'il eût demandé la transformation de l'Italie, non à l'action de la discipline française, mais bien au développement des éléments que la Péninsule contenait déjà. Ces éléments se trouvaient dans la maison de Savoie et dans celle des Bourbons deNaples. La maison de Savoie, il est vrai, ne se recommandait pas par la constance de ses amitiés, et c'était une politique hostile qui l'avait élevée, sentinelle de l'Europe ennemie, sur une des frontières de la France; mais elle tenait de ses conditions d'existence et d'agrandissement une ambition et des haines qui la tournaient plus certainement encore du c6té de l'Italie ; là des peuples voisins rappelaient contre la domination étrangère; là elle rencontrait l'Autriche, qui lui faisait obstacle et la menaçait ; là était son danger, sa mission, son avenir. La France pouvait compter sur la fidélité de la maison de Savoie, si cette fidélité devenait pour elle la condition et la garantie de son' agrandissement au nord de l'Italie. La maison de Naples, à d'autres titres, ne trouvait pas dans ses sentiments de famille des motifs pour se lier avec sincérité à la dynastie qui se substituait en France à la monarchie des Bourbons. Toutefois, il n'est rien qu'on ne puisse attendre en politique des inexorables exigences de Tintérèt ; et tes nécessités qui avaient déjà amené les Bourbons d'E<pagne et ceux de Naples aux traités de B&le (l) et de Florence (2), habilement ménagées, devaient procurer à Napoléon cette stngnlière fortune, non inutile pour le prompt raffermissement de son établissement dynastique, à savoir de devenir dans les deux péninsules le protecteur de la maison de Bourbon. A cdté des deux principaux États italiens, il y en avait d'autres, les séparant et les limitant, qui avaient besoin pour se conserver d'être garantis par une puissance extérieure, et dont la

(1) Traité dcBAIe. ti Juillet 1788, par lequel l'Espagne se sépara de la coalition contre la France.

(1) Traité de Florence, ts mars 1801, par lequel le rojaume des Oeux-Sldlcs entra dans leajatème pollUque de la Krance.

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