‹ Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; (volume 2)Chapitre 34 sur 110 · DD · texte numérisé non relu

DD

(U) S-9 avril 1801.

«OUV. BlOtiB. CKIBR. — T. \XXVII.

I léon, de la ligue des neutres, avait été étranglé dans son palais à Saint-Pétersbourg (1). Restait la flottille de Boulogne : Nelson, de retour de son expédition sur Copenhague, ras.<(ailiit deux fois avec fureur (3), mais en vain. L'acte sauvage de la Baltique n'avait soulevé qu'une immense indignation. La flottille de Boulogne n'était même pas entamée. L'Angleterre se trouvait de plus en plus isolée et menacée. L'opinion publique à Londres se prononça fortement pour la paix. Pitt tomba du ministère, et la paix fut conclue.

Le secret pour vaincre l'Angleterre était trouvé : c'était la paix sur le continent , et ce qui produit la paix, la modération; c'était de plus une menace de guerre isolée , immédiate , exclusivement maritime.

Le traité d'Amiens estdu 25 mars 1S02 ; mais les préliminaires qui commencèrent à l'établir datent du 1"* octobre 1801, quinze jours après la dernière tentative infructueuse de Nelson contre la flottille de Boulogne.

Un enthousiasme extraordinaire éclata en Europe à cette nouvelle que les deux grands peuples de la civilisation venaient de se réconcilier.

Mais les politiques croyaient peu à cette réconciliation. D'abord l'Angleterre n'était pas encore vaincue; elle s'était seulement dérobée à la lutte. En ouf re , la France ne pouvait pas manquer de faire des efforts pour reconquérir sur les mers une puissance égale à celle de la Grande-Bretagne. L'Angleterre assisteraitelle impassible à ce rétablissement de la marine françiRse? Cela n'était pas probable. La paix n'avait rien d'assuré; il n'y avait qu'une trêve imposée par un mouvement de l'opinion.

Napoléon ne négligea pas du moins de profiter de cette trêve. Des colonies lui étaient nécessaires pour former des marins , pour avoir sur les divers points du globe des stations , des arsenaux , des forteresses. Jl s'empara à la hâte des colonies dont la paix d'Amiens lui rendait la libre possession; à la Guadeloupe, à la Martinique, à la Guyane, à la Réunion, etc., il ajouta la Louisiane que l'Espagne venait de lui céder {3^,

Ici se place un acte que l'on voudrait en vaia justifier. L'affranchissement des noirs proclamé par les assemblées de la révolution avait mis en question dans les colonies le travail , la production , le commerce ; de là un embarras, des obstacles, des délais pour la reconstruction de la puissance maritime de la France : l'esclavage des noirs fut rétabli (4), concession trop grave faite par le droit aux nécessités de la lotte d'un tenips. Dans cette voie , Napoléon alla plus loin. L'importante et riche colonie de Saint-Domingue s'était rendue indépendante, toutefois sans se soustraire entièrement à la France. Il était possible,

ri) Dans la nnit da fS an H mars 180I. jl) Le 4 août, le 16 et 16 septembre 1801. js) Iralté de Salnt-Udefonae, l" octobre 1601. (k) Loi du 10 mal 1801.

h. la faveur des ménagements qu'elle gardait en. Gore, de la ramener à une sujétion un peu plus étroite et uormale. Toussaint Louverture , à Saint'Domingue , avait rallié ses iVèrés, naguère esclaves comme lui ; les noirs étaient revenus des premiers délires de la liberté; ils se soumettaient volontairement au ti avait , cette loi initiale et fondamentale de l'ordre. Un sage de l'antiquité a écrit : 1 11 n'est point ici-bas de spectacle plus agréable aux dieux que celui d'une multitude d'hommes qui se réunissent pour former ensemble une juste cité. » Il est un spectacle plus doux encore aux regards de la Providence : c'est celui d'une multitude d'hommes qui se réunissent pour leur commune régénération. Ce spectacle , Toussaint Louverture et ses compagnons d'infortune le présentaient en ce moment. Le travail , la religion , un ordre civil et politique, renaissaient au milieu d'eux. Combien de raisons pour déterminer l'émancipateur de la vieille civilisation européenne à ne tendre qu'une main secourable vers ces enfants jusque-là déshérités de la commune famille humaine ! Aucune de ces raisons , ie droit d'abord, le respect de la tradition chrétienne, les promesses fastueuses de la philosophie , l'honneur attaché à la réparation de la plus longue iniquité qui ait été commise parmi les hommes, Tintérêt qu'il pouvait y avoir à se faire ie protecteur de l'unique société libre que les noirs eussent encore formée, rien de tout cela ne toucha Napoléon. 11 résolut de réduire et d'abattre le chef d'Haïti, parce qu'il détenait la reine des Antilles, parce que la liberté de ses noirs était contagieuse pour les autres colonies françaises et les troublait , parce qu'il lui fallait à tout prix, pour être en mesure de résister à l'Angleterre , un prompt rétablissement de l'état maritime et colonial de la France. Les préliminaires de la paix d'Amiens étaient à peine signés, que déjà, dès le 1**^ décembre 1801, une forte expédition partait des côtes de France, chargée de cette mission néfaste. La justice divine l'attendait Les noirs d'Haïti furent , un moment , Taincu.^ par la ruse et la force , et Toussaint Louverture, pris par trahison, vint mourir de froid et de misère dans un donjon de la Franche- Comté (1). Mais les cheh féroces qui lui succédèrent rallièrent dans un snprème effort de vengeance les noirs dispersés. Tout fut incendie, assassinat, carnage autour des blancs. La peste 80 leva à 800 tour. L'année envahissante périt avec son chef; il s'en échappa quelques hommes à peine pour porter en Europe ce tragique récit : one armée de plus de quarante mille hommes, détruite; ses débris restés aux mains des Anglais ; Haïti ' perdue pour la France; sur ses ruines debout seulement, infirme, sanglante, mais irrésistible, la liberté des noirs. Là ne devaient point s'arrêter les suites de cette sinistre aventure. On remarqua

(1) U 27 a?rU 1803 ; U avait été prii le 10 Jula 1801

que le corps expéditionnaire envoyé à Saint- Domingue se composait de l'armée qu'avait commandée Moreau et de régimeots polonais. 11 était absurde de dire que Napoléon eût Tuué à la destruction un corps à la tète duquel il avait placé son beau-frère, le général kclerc qu'accompagnait la propre sœur du premier consul. Mais les morts tombés pour une injuste cause sont implacables , et il se répan iit que Napoléon avait voulu se débarrasser dâ; compagnons de Moreau attachés à une autre gloire que la sienne et d'ailleurs presque loiu partisans d'une république modérée ou d'une ico narchie constitutionnelle; il fut dit, de plus qui Napoléon avait voulu se débarrasser des régiments polonais qui, depuis les premières campagne;^ nulle, portaient la promesse et l'espoir du retabiissement de la Pologne. La présence de ces l'oionais dans l'armée française était désagréable aa czar ; il fallait ce sacrifice et celte satisfaction a l'alliance, tout près de se conclure, des deux dospoUsmes qui se proposaient de se partager la 11* t>erté du monde (i).

La triste expédition de Saint-Domingue, dooi les journaux reçurent ordre de ne point parler, se termina, vers la tin de l'année 1803 (2).

Cependant la paix d'Amiens n'avait pas tenu josque-là. Les causes de la rupture étaient veouc) des deux côtés à la fois; d'une part, le premier consul semblait avoir oublié qivs la condition pri& cipale pour vaincre l'Angleterre, c'était de se rnootrer lui-même modéré sur le continent; loin de se modérer, il se comportait en maître : en Italie, il avait pris pour la France de nouveaux territoires, le Piémont et l'Ile d'£lbe (3) ; il s'était de plus emparé de la direction immédiate de ii république italienne et du protectorat de la république ligurienne (4) ; en Allemagne il avait remanié et changé toute l'ancienne constitution du Corps germanique (ô) ; en Suisse, en Hollande, il était l'arbitre des gouvernements et des conslitutioo». L'Angleterre s'était prévalue de ces acaoiisements d'influence et de puissance pour refuser de rendre Malte ainsi qu'elle s'y était formell^ inent obligée ; Napoléon n'était pas en elit de supporter une violation anssi positive de^ engagements contractés (6). D'autre part r.\B'

(1) Dans ua écrit éloquent publié de boa Joui, il est n core parlé en termes amers de cette coopération furcc^ des réfugiés de la Pologne à TeipédlUon de Salot-Dooùgue : « Les soldats de rindépendance étalent ci»r?«< d'aneaoUr la liberté d'un peuple naissant 1... » - ^'^ dvssée polonaise t par M. EUas Bcgaault: Paris, isei.

(t) Par la capitulation du générai Lavalette au P^rtau-PrInce, 10 novembre 1803; do général Bronct icx Cayes, IS novembre; du général Rocbainticau au ù?. 18 novembre 1808.

(S) Réunion de 111e d'Elbe à la France» »énatas-rogsuite du M août 1801 ( a fructidor an x', do Ptenool. sénatoS'Consulte du li septembre 180S (n frucUdoran xj.

(4) République italienne, le ts Janvier 1801 j répuliUq^c ligurienne, S9 Juin l80t.

(I) Nous avons parlé ailleurs de ce remaoiCDeot da Corps germanique, qui commença en 1801 et se lamina dans les premiers mois de 1808.

(«} Napoléon disait aux agcnU anglais, lors de la rcp*

^erre se voyait pas sans une impatience de motos en moins dissimulée avec quelle rapidité Ja France, nonobstant le grave éciiec de Saint-Domingue, reconstruisait sa puis^ saace coloniale et maritime; elle était résolue à ironver un prétexte pour arrêter fout court des progrès aussi alarmants. La guerre des pamphlets y des discours de tribune, des articles de journaux avait recommencé avec foreur de l'autre côté du détroit contre la fraoce, la révolution, le premier consul. On en dâit encore à échanger d'aigres explications, lorsque tout d'un coup le cabinet de Londres fit assaillir sur mer les navires français (f). 11 fut répondu à cet acte d'agression par l'arrestatîoa de tous les Anglais qui se trouvaient en France et dans les pays alliés (2), de plus par l'ocrupatioD du Hanovre, qu'envahit une armée françaiso (3).

La guerre prenait dès le début un caractère saoTage ; elle ne le quitta plus.

Le 30 janvier 1804, un journal anglais, le Moming Chronicle, annonçait qu'on avait alfiché daas tonte la ville de Londres un écrit commençant par ces mots : « La mort de Bonaparte devant avoir lieu tnentùt... » Suivaient dts avis commerciaux donnés dans la prévins de cette éventualité. Cette annonce, la mort prochaine de Bonaparte, était, depuis quinze jours, le bruit de la Bourse de Londres; on la faisait venir de diverses places du continent, et on la répandait jusqu'aux Antilles où elle paralysait la défense des commandants des forces françaises. Un autre journal qui se publiait en français, le Courrier de Londres, donoait la traduction d'un pamphlet du temps de Cromwell , ayant pour titre *• Tu sa n'est pas ASSAssiifEK, et le journal ajoutait qu'il croyait, par cette publication , servir le peuple français (4).

Quelques mois auparavant, on débitait à grand bmitchez tous les libraires de Londres un opus* raie ainsi intitulé : « Perpétuer la guerre, seul moyen de perpétuer la sûreté et la prospérité de l'Angleterre » , par le révérend £(1. llinkia. Dans cet écrit , répandu par le ministère, on prêchait ouvertement la destruction de U France, et il y était dit que l'existence de la France était incompatible avec l'existence de l'Angleterre (&).

Vers le même temps la police française, mise ai plusieurs eûtes à la fois sur la piste d'une vaste conspiration , découvrait qu'un capitaine de la marine royale d'Angleterre, le capitaine ^Vright, transportait des côtes d'Angleterre sur celles de Normandie des agents, des émigrés,

tsre: « J'aimerats mleax tous voir maîtres du faulMorg Saint- Antoine qoe de Malte. «

(ti 16 et 17 mal 180S.

U)» mal 180».

[i] M DaU9 jain IgOS.

i^) TMbaadeaa , Consulat et Ewtpin. tome III,

I! TWbaadeaq, U>idein, t. IV, p. îii.

des rebelles français, et que des ministres anglais, Drake en Bavière, Spencer Smith en Wurtemberg, Tayloren Hesse-Cassel, Wickham en Suisse entretenaient en France une correspondance ayant pour but d'y organiser la révolte et l'assassinat contre le premier consul. La correspondance fut saisie, la conspiration surprise avant d'avoir pu éclater. Les preuves de la complicité anglaise abondaient ; on en livra quelques-une^s seulement au public. Ce fut la mystérieuse affaire dans laquelle se trouvèrent impliqués, pour des rôles différents, Georges Cadoudal, le général Pichegru, le général Moreau, d'autres agents de moindre renom, enfin le duc d'Enghien. H s'agissait, d'après les indices les moins improbables, d'arrêter le premier consul sur la route de Saint-Cloud avec un piquet de chouans déguisés en guides de la garde consulaire ; cette part d'action était dévolue à Georges Cadoudal ; puis de faire accepter aux armées, aux populations nn nouveau gouvernement consistant en tme monarchie constitutionnelle dont les Bourt)ons rétablis eussent été les chefs ; c'était là l'autre part d'action à laquelle devaient concourir Pichegru, Moreau et le duc d'Enghien. Il aurait pu sortir de l'examen et du jugement de cette affaire des témoignages bien accablants pour l'honneur de la politique anglaise; malheureusement il en eût pu sortir aussi des renseignements inattendus sur Tétat des partis en France ; on les disait fous ralliés ; ils ne l'étaient pas. Napoléon craignit de laisser voir que la gloire du nouveau régime ne ravissait pas dans l'admiration et la reconnaissance les esprits de tous les Français ; îl craignit de découvrir aux yeux de l'Europe le fondement tourmenté, incertain encore , de sa toute-puissance. L'examen de l'affaire ne fut pas entièrement abandonné à la justice. L'intervention, toujours suspecte, de 1^ police s'y montra outre mesure. Il y eut toutefois des publications de pièces qui accusaient beaucoup le cabinet anglais ; mais en Angleterre on cria à la supposition, à la calomnie. Cependant le cabinet de Londres fit cet étrange aveu : <t Si le gouvernement de S. M. B. négligeait d'avoir égard aux sentiments de ceux des habitants de la France qui sont à juste titre mécontents du gouvernement actuel de ce pays ; s'il refusait de prêter l'oreille aux projets qu'ils forment pour délivrer leur patrie du joug honteux et de l'esclavage flétrissant sous lequel elle gémit maintenant, ou de leur donner aide et assistance, autant que ces projets sont loyaux et justifiables, il ne remplirait pas ce que tout gouvernement juste et sage se doit à lui-même et au monde en général (1)... » Les réserves du langage diplomatique ne permettaient pas de faire plus crûment un aveu de complicité. Mais ce que l'on vit surtout dans le long et obscur procès de la conspiration de l'an 1804, c'est que, des

(4) Gircolalre da cabinet aofrbi!! aac mlnUtrrs élrangen résidant ft Londres, en date du 80 août 1804.

deux parts, od cachait beaocoap de choses au public. D'ailleurs, un sombre incident, sunreno au début du procès, atnorbait seul déjà toute Tattentlon : c'était TenlèTement et l'exécution du duc d'ËDghIen (1). A partir de ce drame de Yincennes, il n'y avait plus d'émotion publique pour le complot et ses complices.

Des écrivains bien intentionnés se sont obstinés à mettre cet événement sur le compte d'un hasard , d'un malentendu , d'un excès de zèle des subalternes ; et il leur paraît démontré que Napoléon n'avait ni commandé, ni voulu ni même prévu la mort du duc d'Enghien ; mais le îpjidemain de cette exécution Napoléon vint luimême au conseil d'État en réclamer toute la res* ponsdbilité (2); et à Sainte-Hélène il réclamait encore cette responsabilité, par le premier article de son testament : « J'ai fait arrêter et juger le duc d'Enghien, parce que cela était nécessaire à la sûreté, à l'intérêt et à l'honneur du peuple français... »

Dans la pensée de Napoléon, la mort du duc d'Enghien était un acte de souveraineté, un nouvel arrêt de la Révolution contre l'Ancien régime, une affirmation nouvelle de la légitimité et du droit de la Révolution ; et il ne comprenait pas que, dans cette sphère supérieure où il n'y a point de juge humain, on (tt intervenir la justice ordinaire aux choses qui dépendent de la souveraineté et desquelles la souveraineté ne dépend pas.

Personne, au reste, ne s'y trompa; sans s'élever à ces considérations, on sentait instinctivement dans le public la gravité exceptionnelle de l'événement : on avait comme l'impression d'un nouveau 21 janvier. Les regrets manifestés à cet égard furent même tels qu'ils laissèrent voir, plus qu'on ne l'aurait voulu, par combien d'attaches secrètes l'ancien régime tenait encore au fond des cœurs. Mais ce n'est pas lace qui eût pu faire douter le premier consul, près de se faire empereur, de la nécessité de supprimer le prince le plus vaillant de la maison de Bourbon.

Quoi qu'il en soit, il est vrai de dire que la conspiration et le procès de 1804, qui eussent pu tourner à la honte de l'Angleterre, produisirent un tout autre effet moral. A l'étranger surtout, où la police ne pouvait rien comprimer et dissimuler, la réprobation fut immense. Le roi de Suède rompit avec la France; l'empereur de Russie prit le deuil, le 6t prendre à sa cour, à ses ambassadeurs, protesta à la diète de Ratisbonne contre la violation du territoire germanique à Ettenheim, et rappela de Paris son ministre. Ailleurs, l'animadversion ne s'exprima

(i) Arr£M t Ettenheim, dans le duché de Bade, le

* 18 mar« au mattn, le due d'Enghien aratt été tranaporté

eecrétemcnt dana le château de Vlnoennes, le iO mars ,

condamné dans la nuit par une commlaalon militaire et

tualllé , aTant le Jour, le lendemain 11 mars 180*. .

(t) Tlilbaudeaa, Consulat 9t Empire^ tome III, p. in- SS8, rapporte les paroles du premier consul.

pas avec la même vivacité officielle, mais partout elle éclata par les signes les plus évidents. Et ces démonstrations n*annonçaieot que trop les dispositions de l'Europe pour one nouTellr coalition contre la France.

En effet, Napoléon, après la niptore de b paix d'Amiens, était revenu a son projet d'one descente en Angleterre, Les préparatifs de I80i avaient été repris. La France s'était changée es un vaate chantier maritime. Les cMes de rooéan, d'Anvers à Rayonne, s'étaient hérissées de batteries à l'abri desquelles, en moins d'un an, l'expédition projetée réunit 2,365 bâtiments de toute espèce, 12,000 marins, 160,000 hoœoKS de troupes déterre, 10,000 chevaux, 650 pièces d'artillerie. L'armée, comme la flottille, sedifir sait en six grands corps campant autour de Boulogne, chaque corps dans le voisinage de la rade où mouillait la division de la flottille désignée pour son embarquement. Les dispositions mn\ été si bien prises, que cette opération, difficile et compliquée, pouvait, ainsi que celle du debarquement, se faire en une heure et demie.

Tout était prêt. On n'attendait plus que la mîson favorable, le vent nécessaire, le momeot opportun. Un premier plan de descente avait et? abandonné, parce que l'amiral Latouche-Trévilli!, chargé de l'exécuter, tomlia malade et mourut. Un autre plan fut conçu, et déjà Villeneavecoiamençait à l'exécuter, toutefois avec une coo)promettante impéritie ; il s'agissait de faire d'abord une diversion, d'entraîner une forte partK! des flottes anglaises hors de la Manche, de te disperser en Afrique, en Asie, en Amérique, put», pendant que l'Angleterre hésiterait entre b points les plus importants à défendre, d'opérer brusquement un retour en Europe, vers la m^ du Nord : à ce moment la flottille de Boulogne devait se détacher des cotes de France. Ces divers rôles étaient distribués entre plusieurs armées navales.

On touchait au mois de juillet 1805.

Napoléon, impatient, écrivait au vice-anirai Villeneuve, le 22 août : « Partez, ne perdez p« un moment; avec mes escadres réunies, entitz dans la Manche. L'Angleterre est à nous. ^oo& sommes tout prêts; tout est embarqué. P>' raissez vingt- quatre heures et tout est terminé». — Le 4 août. Napoléon avait écrit de Boulogi» au ministre de la marine : « Tout est Ici en i)oo train ; et certes, si nous sommes maîtres doute heures de la traversée, l'Angleterre a vécu ».

Mais l'Angleterre, après avoir en vain essayé d'arrêter ces formidables préparatifs, «»^'*.* recours , pour conjurer l'immense péril qui » menaçait, k son ex pédient habituel» les coalitioos: elle souleva derrière la France le continent eo-

Dès le 3 décembre 1804, elle attirait laSuefl« dans son hostilité (1). U 30 mars 1805, «»

11) Le trilté «ecret da 9 décembre iSOV »^ec l» S"**

s'eogai^'t à payer à la Rossie et à l'Autriche uo subside de Si,2ô0,000 francs par chaque force de 100,000 hommes que ces puissaooes meitraieot sur pied ; la Russie et l'Autriche deraient entrer en campagne a?ec 4 1 â,000 hommes. Le 8 août 1805, TAngleterre signait à Saint-Péti!T«bourg on traité ayant pour but de contraindre tnu les États d'Europe à se coaliser contre la FriBce. L'Autriche accédait à cette stipulation le 9 août 1805, et, le 8 septembre suivant, elle commeoçait la guerre par l'invasion de la Balière.

SVapoIéon, obligé de faire face à cette troisième coalition, porta rapidement sur le Rhin les corps d'aroiée près de fondre sur l'Angleterre, pourtutsans abandonner, dans Ka pensée, cette proie à laquelle il comptait revenir bientôt. £t la campagne s^ouvrit siir terre par des triomphes inouïs.

Mais le lendemain même du jour de la capitalation d^Ulro, la flotte française, combinée avec celle de l'Espagne, livrait près de Cadix, à la hauteur du cap de Trafalgar, une bataille où les deux flottes étalent presque entièrement détruites (1).

Cette défaite de Trafalgar eut sur Tesprit de Napoléon une étrange influence. La mer lui était contraire. Tout enfant on loi avait prédit qu'il ^rait un grand marin. Ironie de la destinée! En Italie, lors de ses premières campagnes, il avait dissipé, en deux ans, sept grandes années antrichiennes ; mais sa puissance avait toujours eipiré sur les cotes : l'Angleterre, du haut de ses navires, en demeurait la maîtresse. li avait pris les Mes Ioniennes et Malte : Malte et le« Iles Ioniennes lui avaient été enlevées. Toujours la mer a pour complices ses Iles. Kn Egypte, Qoe seule bataille navale, celte d'Aboukir, avait soffî ponr mettre arrêt au succès de la plus prodigieuse expédition que son génie eût tentée. Depuis, il avait voulu ressaisir l'Egypte, secoarir les frères drames qu'il y avait laissés, effacer le reproche étemel de cet abandon et de cette Knade entreprise manquée : il n'avait pas pu trouver un marin en état de braver les escadres anglaises qui s'opposaient à la traversa. Point de marine sans colonies; il avait perdu l'Egypte, il venait de perdre Saint-Donûagne; il était obligé, ne pouvant la garder, de vendre la Louisiane aux États-Unis d'Amé- ^<iw ())• Les autres colonies françaises étaient toutes désormais à la merci de la mer. Cet éléiBtfli iKMtile et perfide lui réservait une derlûère déception. Le plus grand effort qu'il eût f^it encore, son entreprise d'une descente en •^flglcterre, tant de préparatifs si laboriensetneal accumulés depuis la rupture de la paix d'Amiens , tant de combinaisons qui embrasaient à la fois l'Europe, TAfrique, l'Asie, l'A-

(tt coofinné et déf cloppé par un traité inlvant du S oe-

'•bre IMS

m Le S] octobre IIOS.

i% Tnlté du ao âfrii 180t.

NAPOLÉON Pf

mérique, tout cela était tombé, d'un seul coup, en un jour, en quelques heures, au cap de Trafalgar) Mais en quel moment cette humiliation? Ce désastre le surprenait dans le même temps que, par les prodiges rapides d*une seule campagne improvisée, il abattait l'Autriche, contenait la Prusse, obligeait la Russie à demander la paix. Quel contraste de fortune sur la mer et sur la terre! Ici d'éclatantes victoires, les signes de l'irrésistible puissance! Là une défaite inexpl cable, car les vaisseaux espagnols et français remportaient par le nombre sur les vaisseaux anglais, et la valeur des équipages, de l'aveu même des vainqueurs, n'était pas inférieure. Il semblait que les destins avaient parl^ plus d'équivoque possible : c'est sur terre seulement que Napoléon devait vaincre son plus implacable et son plus opiniâtre ennemi.

Au moment où tout était prêt pour le départ de la flottille de Boulogne, Napoléon écrivait à Villeneuve : « Si vous me rendez mattre pendant le seul espace de trois jours du Pas de Calais, et avec Taide de Dieu, je mettrai un terme aux destins et à l'existence de l'Angleterre (1). » Il avait encore écrit au même amiral : ■ Jamais, pour un plus grand but, une escadre n'aura couru quelques hasards et jamais mes soldats de terre et de mer n'auront pu répandre leur sang pour un plus grand et un plus noble résultat. Pour le grand objet de favoriser une descente chez cette puissance qui, depuis six siècles, opprime la France, nous pourrions tous mourir sans regretter la vie (2). » La même pensée se retrouve dans une lettre k Gantcaume au sujet d'un mouvement dans la Méditerranée : « Partez et venez ici. Nous aurons vengé six siècles d'insultes et de honte. Jamais, pour uo plus grand objet, mes soldats de mer et de terre n'auront exposé leur vie (3). »

Mais déjà la prévision de Trafalgar s'était fait jour dans l'esprit de Napoléon, frappé de l'indécision de ses hommes de mer : « Ainsi, écrivaitil au ministre Decrès, ainsi Villeneuve a été bloqué, du 14 au 19 thermidor, par 10 vaisseaux de guerre; il en a 30! 11 est dans l'ordre des choses possibles qu'avec une escadre de 30 vaisseaux, mes opérations soient déconcertées et mes escadres battues par 10 vaisseaux anglais (4). »

Cette prévision toutefois n'avait fait que traverser l'esprit de Napoléon. Il écrivait alors au prinr« Eugène : « Quand j'aurai donné une leçon à l'Autriche je reviendrai à mes projets contre l'Angleterre (5). » Le 13 octobre, à Pfaffenhofen,

(I) l^trc au Ttce-omlrai Villcneave, Saint- Quad, M )utUet itos.

(t) Lettre au vloe-aàilral VlUeoeavr, camp de Boulogne, IS aoùi 180S. #

n Lettre au vloe-amlral Ganteaame, camp de Boulogne, M août ISOS.

(4) Ijettre au mlDlalre de la marine, camp de Boulogne, IS août isos.

(5) Lettre aa prtnce Eugène, camp de Boulogne Il aoôt 1805.

il disait h la Grande Armée en lui montrant Tarmée autrichienne : <»... Sans cette armée que TOUS avez devant vous, nous serions aujourd'hui à Londres; nous eussions vengé six siècles d'outrages et rendu la liberté aux mers (i).»

Le 21 octobre, le jour même du désastre de TraPalgar, Napoléon, par une coïncidence bizarre de sa pensée avec révéoement qui s'accomplissait en ce moment, disait en s'adressant à ses ennemis d'Autriche et de Russie : n Je ne veux rien sur le contioenl. Ce sont des vaisseaux , des colonies, du commerce que je Tenx, et cela voHS est avantageux comme à nous (2). »

Napoléon ne reçut la nouvelle de Trafalgar q»e fort tard, vers le milieu du mois de novembre, alors que, l'Autriche vaincue, il allait être aux prises avec la Russie. Il ordonna qu'il ne fût point parlé de l'événement. Mais pendant qu'il épargnait ainsi au public d'inutiles émotions, sa pensée, détournée de ses premiers desseins par ce qui lui semblait être un arrêt de la destinée, se reportait vers d'autres projets. L'Angleterre tirait du commerce sa principale puissance. Que deviendrait -elle si le plus grand marclié du monde, l'Europe lui était fermée.' Elle tomberait dans la gêne et la misère; elle ne pourrait plus fournir de subsides aux coalitions ; elle se trouverait réduite à demander la paix. Mais pour enlever à l'AngieteiTC son plus grand marché, il était nécessaire de disposer de tous les ports, de tous les fleuves, de tous les rivages par lesquels le commerce anglais pouvait entrer en Europe. C'était l'Europe à enserrer dans un seul cercle d'étroite prohibition. Or, pour imposer une pareille sujétion à l'Europe, il fallait l'avoir tout entière dans son alliance ou sous sa domination.

Avant l'événement qui le fit renoncer au projet, seul pratique, d'une lutte isolée, immédiate et maritime contre l'Angleterre, au moment même où il se préparait au dernier acte de cette lutte, Napoléon écrivait à Talleyrand dans la parfaite sérénité de sa raison : «• Pour quiconque a des yeux, mon système continental est bien déterminé : je ne veux passer VAdige ni le Rhin (3). »

Mais de Trafalgar comme d'Austerlitz partirent les coups décisifs qui , agissant eu sens contraire, firent en quelque sorte tourner sur elle-même la pensée de Napoléon : à Trafalgar, la possibilité d'une lutte immédiate avec l'Angleterre, qui s'éloignait de lui; à Austerlitz, la possibilité de la soumission de toute l'Europe continentale, qui s'offrait à lui. Son esprit céda à ce double prestige. L'idée du blocus continental fut conçue. Cette idée nécessitait pour s'appliquer de rapides conquêtes, de promptes soumissions, d'énormes alliances auxquelles rien ne

(1) Proclanatloo A la Gnode Armée, PMfenboIfo, 18 octobre 180S. .

(I| f« BuUeiin de la Grande Armée, Blebfngen, tl octobre 11)08.

(8 Lettre an ministre des relations extérieures, Hantoiie, 19 Juin 1808.

put résister, peu ou point de compUcatioiis sasceptibles de laisser même pour un temps les choses dans l'incertitude, car la nM>indre interruption du blocus sufHsait à délivrer t' Angleterre du trop plein de ses marchandises et le régime économique qui devait s'ensuivre était de sa nalure inlolérable pour les populations. Mais la perspective de paralles nécessités n'arrêta pas Napoléon; il se précipita dans celle voie excessive et violente, où il devait négliger de relever les nationalités condamnées par les crimes de la politique , comme la Pologne ; les peuple» décomposés, en effet, sont trop lents à se reconstituer ; où il devait ne rien attendre de la raison publique, tout demander à la force, sacrifieriez états secondaires et ne rechercher qu'une alliaoce, celte de la Russie ; l'alliance russe, en effet, msïv blait seule pouvoir lui assurer ce qu'il voulait atteindre : l'Ëuro)^ contenue et fermée à ^Angi^ terre pendant quelques années seulement; alors l'Angleterre s'abattait, et tout se rétablissait daos le reste du monde.

Toutefoiv, le Mocos contineotal ne sortit pas encore des conceptions de Napoléon. La paix de Presbourg, la mort de Pitt, Tavénemeot de Fox, l'espoir d'une réconciliation, les ménagements qu'il fallait avoir pour l'opinion publiqoe qui , de toutes parts, réclamait la paix, des négociations qui s'entamèrent à Paris et qui n'étalent pas encore rompues eo septembre iSOO, firent ajourner cette grande mesure jusqu'à la guerre de Prusse. Mais Napoléon, dont le projet était «arrêté, en avait dès lors préparé Texéca* tion. 11 lui fallait tous les ports : sur l'Adriatique il avait Ancêne; il y eut Venise et Tmk par le traité de Presbourg; il prit Raguse et s'occupait à s'emparer des Bouches de Cal* tara (1), pendant qu'une armée française sousU conduite de Joseph s'emparait du royaume de Napies et de tous les ports de terre ferme de cette partie de l'Italie (2). Mais la Sicile lui échappait. Quant aux autres ports italiens sur la Méditerranée, Napoléon les avait tous par lui-même ou par ses alliés. L'Espagne était entraînée tout entière dans le système français. Le Portugal résistait : une expédition fut décrétée contre ce pays. La Hollande était indispensable pour le blocus; déjà emportée dans U sphère de la politique impériale, la Hollande fut transformée en royaume et placée, pour plus de sûreté, comme Napies, «mis la main d'un frère de Napoléon <3). U Baltique et ses ports étaient libres ; là se trouvaient U Suède, hostile, le Danemark, allié et ami, les villes hanséatiques , des principautés » la Prusse et la Russie , toutes pour le moins incertaines. Point de blocus possible sans l'occupation des côtes de la Baltique. A la fm de 1806, 1« cat°pagne s'ouvrit contre la Prusse et la Rdssh*- Après des succès non moins rapides que ceux de

(i) 17 nal — S Juillet 1806.

(S) 8 février, 16 jiilUet iSOe.

(s; u mal 180«.

la campagne précédente en Autriche, Napoléon data de Berlin, 21 novembre 1806, le décret (ic blocos continental contre les lies britanniques. Ce système consistait à exclure de tons IfÀ ports possédés par les Français ou leurs alliés les navires anglais d'abord, puis, quels qu'en fassent les importeur8, toutes denrées et marchandises de proTenance anglaise. Le blocus se compléta, nn an après, par le décret de Milan du 17 décembre 1807, principalement dirigé ctwtre les navires neutres qui se soumettaient plm ou moins volontairement aux exigences mantimes que l'Angleterre décrétait de son côté : les navires neutres étaient dénationalisa, considérés comme anglais et, à ce titre, déclarés de bonne prise. L'Italie tout entière, depuis les Bouches de Cattaro jusqu'à Cività- Tecdiia, l'Espagne, la Hollande, la Prusse, *le Danemark, la Russie adhérèrent au blocus continental , dans Tannée 1807, toutefois les États de la Baltique et de la mer du Nord avec des bésiiations , des réserves et des incertitudes. Ce fat la première phase du système.

S'il y a quelque justice dans les représailles de la guerre, le blocus continental était jv^te. C'est l'Angleterre qui l'avait elle-même provoqué d'abond par ses prétentions contre la liberté de Uroer sur laquelle elle disait avoir, dès le temps deCromwell, un droit d'empire et de police, pois |iar des actes de date moins ancienne : en I79i, un statut de Georges IH avait établi qu'il T ayait crime de haute trahison à commercer arec la France; et plus récemment encore, en 1803, en 1804, en 1803, en 1806, elle avait interdit les neutres et mis tour à tour en état de Nocns les tx>uches de l'Elbe, dn Weser, de l'Ems et toutes les côtes de la France et de ses aliiéfi« Mais, juste ou non , le blocus continental lot la guerre faite an détriment des habitudes , des besoins et du bien-être des populations; une pareille mesure devait avoir des effets aussi graves qu'inattendus.

Tout d'abord la désolation et la ruine furent grandes dans les comptoirs de Londres. Les métiers s'arrêtèrent; les capitaux inutiles s'enfoairent au fond des caisses; les ouvriers, congédiés, demeurèrent sans pain; le marchand, ^OT le bord de la mer, ne chercha plus avec une joie anxieuse dans l'horizon les voiles qui lui apportaient des climats lointains les précieuses denrées dont il n'avait plus l'emploi* Mais la misère et le marasme où tomt» le commerce , ioÎQ de l'abattre, surexcitèrent le génie si résolu do patriotisme anglais. Avant tout on alla au plus pressé : on manquait de débouchés, on en chercha de nouveaux. L'Europe paraissait perdue poQr on temps ; mais il restait la mer libre, paronmie par l'Angleterre seulement, et, avec la loer, les gran<l s continents de l'Afrique, de l'Asie, de TÂmérique; or, dans toutes ces parties du QKmde on n'avait plus à craindre la concurrence des Français ni celle de leurs alliés. L Angleterre

s'empara du marché du monde, et son commerce prit dès lors cette universalité d'expan* sion qui devait en faire une des puissances du genre humain, un nouvel appareil de la vie du globe. Son agriculture avait été jusque-là fort secondaire : elle la rendit plus active, plus savante et la féconda pour en tirer ce qu'elle ne recevait plus des contrées européennes. Pendant qu'elle augmentait ainsi la valeur de son sol et remplaçait la France, la Hollande, l'Espagne, le Danemark, etc., dans le commerce d'Afrique^ d'Amérique et d'Asie, l'Angleterre trouvait dans ce que l'on croyait être sa détresse , et qui n'était pour elle qu'une très-laborieuse et non malheureuse évolution de son industrie, des ressources suffisantes pour fournir des subsides à quiconque voulût s'armer contre l'Empire français. Le blocus continental ne pouvait avoir son effet qu'à la condition d'une fermeture générale de l'Europe; cette condition était bien difficile à remplir; à tout propos, un État littoral plus mécontent et moins retenu que les antres s'ouvrait : le commerce anglais s'y précipitait aussitôt et se dégoi^eait. La contrebande faisait le reste , mais nue contrebande qui avait des entrepôts armés aux Açores, à Malte, à Héligoland, des flottes pOur la convoyer, un service clandestin organisé sur tous les rivages. Les marchandises anglaises se vendaient à des prix énormes dont les risques courus ne prenaient pas tout. 11 n'y avait en somme de réellement ruinésque les États enfermés dans l'intérieur du blocus; ceux-ci ne débitaient plus rien; ils ne produisaient que pour leur consommation. La manufacture française faisait seule quelques bénéfices : elle se substituait à la manufacture anglaise sur le continent; en France on inventait encore avec succès des cultures pour remplacer certaines productions intertropicales. La fabrique de la Saxe participait à quelques-uns de ces avantages de la France. Mais ces compensations exceptionnelles ne profitaient pas à tous. 11 vint enfin un moment où le blocus continental ne fut plus qu'une vexation dont les lies britanniques étaient seules à ne pas souffrir : le Portugal, TEspagne, soulevés contre la France, s'ouvrirent de toutes paris aux importations de l'Angleterre; en même temps, la Hollande, que le blocus réduisait à rinanilion, faisait de la contrettande avec la connivence secrète de son roi français ; la Suède, les villes de la Baltique se livraient avec non moins d'ardeur au môme commerce clandestin, qui leur était indispensable comme à la Hollande; et la Russie dont les produits ne s'écoulaient plus était à la veille de contraindre son souverain à se détaclter des liens de la po* Il tique française. A ce moment qui correspond à l'année 1809 1810, il est curieux de consulter les chiffres de la slalislique. L*An^Ièterre. à la fin du dix huitième .siècle, en 1799, après six années de guerre contre la France, exportait pour une valeur totale de ,... 781,681,620 francs.

Dans Tannées! fructueuse de 1802, après la paix d'Amiens, elle aTait exporté pour une valeur totale de i,127,5ôà,47ô francs.

Or, au milieu des fureurs et des gênes du blocus continental, les exportations totales de FAngleterre se sont élevées,

£n 1809, à 1,119,861,300 franct».

En 1810, à 1,144,028,02a (1).

Les exportations anglaises , loin de diminuer par le blocus, sui\ aient ainsi une progression ascendante.

Napoléon sentit alors la nécessité, ou d'abandonner le blocus, ou de le pousser à ses dernières extrémités. Il n'était pas dans sa nature de céder aux obstacles. Ce fut pour le second parti qu'il se décida , et le système du blocus entra dans sa phase d'extrême exaspération.

Les denrées coloniales, le sucre, le café, etc., étalent celles dont la privation faisait le plus souffiir les populations et dont le commerce clandestin alimentait le plus la contrebande : au lieu de continuer à les frapper d'une prohibition absolue, Napoléon imagina de les soumettre, par un décret, à un droit de 60 pour 100; par là *m procurait un bénéfice au trésor et l'on enlevait son principal revenu à la contrebande,. que le même décret (2) assujettissait à une juridiction «l'une rigueur exceptionnelle.

Mais pour toutes les marchandises autres que les denrées coloniales. Napoléon maintint la prohibition absolue ; il InTenta, de plus, le système des licences, c'est-à-dire Tinterdiction à tout navire français et neutie de faire le commerce maritime sans une licence spéciale délivrée par le gouvernement français, et dont ce gouvernement, en la délivrant, déterminait les conditions (3). Cette mesure, qui devint une source de gains illicites et de décisions arbitraires, mettait tout le commerce maritime entre ks mains du gouvernement. Et comme l'Angle* terre en faisait autant de son côté, les neutres se trouvèrent des deux parts dépossédés de leur droit de commercer. 11 y eut d'universelles

(1) (Tous empraotonfl ces chlffrrs an grand ouvrage «Te M. le baron Cbarlen Dupln, loUtuté Force productive dfs nations depuis iWO jusqu'à IBSi, lome l*'', p. lO el suivantes, —lil ces chiffres ne repréMDtent que le principal t^lement du mouvement du commerce anglain; il en t*i d'autres quil faudrait pouvoir y ajouter, notamment la Taleurde« escomptes faits par l'Angleterre. Les neutres ne pouvaient pas commercer, en vertu du blocns maritime décrt^te par la Grande-Bretagne, sans venir prendre à Londres ou ailleurs Pattaclie du gouvernement anglab. Cette opération était ordinairement suivie d'une vente Immédiate : le commerce anglais achetait lui-même les denrées dont le transport et le débit étalent ainsi autorlsés,et les payait avec dn papier des diverses places d'Europe ; puis il escomptait ce papier. A la vérité, U j avait et grands risques à courir, les marchandises pouvaient être saisies, brûlées, perdues, et ces risques tnm» baient en déflniUve sur l'Angleterre î mais on tenait compte de ces risques, soit en achetant, soit en escomptant, et l'Angleterre faisait tlasl presque à coup afir dea kéné0ces énormes.

(S) Décret du s août iSlO.

(9; Décret du I JuUIct 181«.

réclamations ; on répondit aux neutres en lenr offrant, en Angleterre, de se liguer contre la France; en France, de se liguer contre l'ADgicterre. Les neutres, ruinés, se demandaient quelle était la cause première d'un état de choses aofsi intolérable. Grâce aux incriminations les plus retentissantes, celles de la libre tribune d'Angleterre, c'est la France, c'est l'ambition de l'ËmpiR français que l'on accusa d'être la cause de tant de maux. Le monde s'emplissait d'impatiences et de haines contre un seul pays et contre on seul homme.

Cependant il ne serrait de rien de décréter de sévères mesures pour l'application dn blocos continental, si ces mesures n'étaient pas, partout, réellement exécutées. Le dernier mot du système concluait à l'occupation de toutes les eûtes du continent européen ; des alliances, des promesses, des engagements n'y suffisaient pas ; il y fallait la vigilance même des douaniers fi^çais. Napoléon ne résista pas à cette nécessaire, à cette extrême conséquenQ^ du système. Il s'empara, d'une part, au sud, de toute l'Ulyrie et do reste du littoral italien demeuré jusque-là iodépendant, l'État pontifical (1); d'autre part, au nord, il s'empara de la Hollande qu'il enleva aux sympathies trop locales de son frère Louis (2), et fit de la Hollande des départements françai.«; il lit encore des départements français des pays situé» aux bouches de l'Ems, du Weser, de t'£lbe (3), et, poursuivant sous une autre forme sa maiomise du littoral de la Baltique, il alla jusqu'à prendre le duché d'Oldembourg (4) et la Potnéranie suédoise (5;. Hormis le Portugal et l'Espagne, toujours révoltés, toujours assaillis, non réduits encore, l'Empire français enveloppait ainsi toute l'Europe de l'Adriatique au détroit du Sund. Napoléon ne laissait plus à personne le soin de faire pour lui la police du blocus continental; cette police, il la faisait lui-même de sa main et par ses propres armées.

On put croire, il fut dit alors et prodamé de toutes les mauières, qu'il y avait dans cette extrême dilatation des frontières de la France un fol excès d'agrandissement, le rêve indeosé de la domination universelle : il n*y avait U* en réalité, que le dernier et vain effort de ce système erroné conçu après Trafalgar, Austerlitz, léna ; Taincre la Grande-Bretagne, non sor mer, mais sur terre.

Mais alors tout se leva contre la France : elles souffrances des nations dont le commerce était interdit, et les représailles de la liberté intérieure comprimée par les nécessités de la lutte, et les

(1) Par le traité de Vienne du IS octobre 1N9. TAatriche perdit les côtes lUyriennes qui restèrent i » France ; les décrets du 17 mal 1809 et du 17 K"'*' iSiO réduisirent l*BUt pontlfleat en déparfcnenis français.

(t) Déerrt du 9 JnlUet ISIO.

p) «Juillet tsii.

{k]U février 1811.

(8) rî Janvier lits.

droits de» peuples secondaires sacrifiés aux grandes alliances qui D^avaient elles-mêmes assuré aucune stabilité, et les compétitions et les résistances des souverains inquiétés^ offensés ou rendus plus ambitieux par le spectacle de tant d'abus de la force. Il est permis de penser que Napoléon aurait pu conjurer ces extrêmes périls par un changement de système ayant pour but de rétablir (Uq$ leur autonomie les nationalités de Test de l'Earope ; ce rétablissement, en écartant la Russie do champ de bataille, eût laissé Napoléon sans pQi&saoce rivale sur le continent, et tranquille sor le continent, il eût pu revenir contre l'An* gleterre à son premier projet, seul efficace, d'aue guerre maritime. Mais Napoléon sacrifia (Dcore à Tespoir de ralliaoce russe la Suède, le Danemark, la Pologne, la Turquie. Cet espoir fut trompé ; toute alliance tomba pour lui aux bords de la Bérésîna. Napoléon , à la fia de 1813, se trouva seul en présence de l'Europe soulevée, dool ia Grande-Bretagne animait et poussait au combat tons les malaises, toutes les colères, toutes les Teogeanees (1).

Mbb. Sixième coalUlon. — Demiirê campagne d^Mkmagne. — Congri* de Prague. — Betour iur le Bhin.

( janvier — novembre 1813).

48 6ii. Napoléon était rentré à Paris , dans la ouitdu 18 décembre 1812, avec la nouvelle des désastres de Russie.

Dès le lendemain, 19 au malin, des ordres iwârtaieot des Tuileries et mettaient en mouvemeot toutes les administrations.

Le U janvier 1813, uu sénatus-consulte décrétait la levée de 350,000 hommes dans la garde luUooale, dans les coiiscriptions, presque toutes et^Qîsées, de 1812, 1811, I8i0, 1809 et dans la Conscription anticipée de 1814. « Ce serout les

{t) L'Angleterre n'avait pas posé les armes, eo 1797, *^ft U première coalUloo contre U France ; en 1789, e')'- avait excité la seconde coalition; en IMS, ia trotttétse; en 1S06, ia quatrième; en 1809, la cinquième. ipreila paix de Tilslt, en 1807.11 semblait que TSmp:*? or pooTalt pins être vaincu; il fut provoqué a se «etraire lnr>n£me par l'excèi de ses victoires et de ses «fotoisttions. Quand le monde fut aln«l à bout de pa- U-oce, quand rEmpire eut atteint ce looimetUc la toute* f iuanee Interdit aox ambiUons humaines, l'Angleterre *' trouva encore U, en 181S et 1818. pour renouer contre k Vr^oce Ij sixième coallUon, celle de l'invasion . Toutes (n coalitions avaient coûté à l'Angleterre, à dffaut de iJtK. beauconp d'or-, l'Europe n'avait pas cessé d'élreA timide.

^*pf6s les cfalflres offlclela communtqaés m Parlement « <«i par nit. U dette anglaise était

Eb >tto , de S9S tM.39l tiT. st.

Kot'n. dell9i8i.8i8

^Uf fêtait donc accrue en sept années de 164,171,874 llv. st. ^a«e univalente aujourd'hui ft plus de 4 milliards de IriDct. En 18M, lors da traité d'Amiens, cette différence t^sitsimiuiards 800 millions. En 1817, l'Angleterre lé- ^'''>«(»>neomptrdéflDlllf d'emprantHpour (rabde guerre, 1^ ^trtsiti 884474,816 livres sterling, soit 14 milliards ^<Saillinns de francs. M. le baron Charles Dupin, Farce ^«<Mll« des nations, tome !•', pages isi et 177.

conquérants de la paix », disait le président du sénat dans son allocution à l'empereur.

Mais on apprit coup sur coup que la Prusse se détachait avec Tureur de Talliance française, qu'elle armait toute sa population virile, qu'elle jurait avec la Russie de traiter désormais comme déchus de leur souveraineté tous princes allemands qui ne s'armeraient pas contre la France ( 1 ) ; que les peuples allemands, soulevés, s'ébranlaient à ses cris de haine; que le czar leur promettait de les Taire entrer dans TEmpire français (2); que le prince royal de Suède, déjà livré, trouvait moyen de se vendre encore à la coalition (3); que rAutriche était incertaine; que PAnglelerre pressait tous les cabinets et tenait prêts ses subsides ; qu'il partait de Hartwell un appel .du comte de Lille à la nation française (4).

Un nouveau sénatus-consulte du 3 avril ajouta à la levée des 350,000 hommes, déjà Totée, une autre levée de 190,000 hommes.

Napoléon se porta sur le Rhin, le 5 avril, avec les premiers bataillons formés à la hâte, pendant que le prince Eugène soutenait péniblement le poids de la coalition sur la Saale, et que les forces qui devaient rejoindre Fempereur achevaient de se recomposer.

La nouvelle armée n'était pas encore toute réunie, que déjà, le 2 mai, par la victoire de Lutzen, elle avait jeté dans le cœur des ennemis riiésitation et la crainte. Napoléon disait, le lendemain, sur le champ de bataille : «Soldats,... dans une seule journée vous avez déjoué tous leurs complots parricides... Nous rejetterons ces Tartares dans lenrs affreux climats qu'ils ne doivent pas franchir. Qu'ils restent dans leurs déserts glacés, séjour d'esclavage, de barbarie, de corruption... Vou» avez bien mérité de PEurope civilisée. Soldats, l'Italie, la France, l'Ailemagne vous rendent des actions de grâce l »

Après Lutzen, deux autres batailles, deux autres victoires, le 20 et le 21 mal, Bautzen et Wurschen; une marche en avant irrésistible; les grandes lignes stratégiques occupées; la Saxe délivrée; l'armée française, en un mois, portée des bonis de la Saale sur ceux de l'Oder.

Une suspension d'armes fut demandée et accordée, à Plesswitz, du 5 juin au 20 juillet 1813. Mais ce n'était pas le désir de la paix qui faisait cet armistice : pour la France comme pour la coalition les hostilités avaient commencé trop t6t; on s'était surpris mutuellement; des deux parts on ne voulait que revenir à la charge avec des forces plus complètes.

(i) Convention da général York avrc WIttgenstein. 80 décembre 1811 — Traité de la Prnme avec la Junte d'Espagne, tO Janvier 1818. — Traité de la Prusse avec U Bussle, l<r mars I8ia. — Rupture de la Prusse avec la France, 18 mars, déclaration de gucrrr, 17 mars iSls.

(t) « Le deuil du monde ed fini.... nos vsirureui bâtait* iona entreront dans cet Empire... » Le cxar nui Allemands, proclamation du 8t février I8t8.

(8} Traité de la Suéde avec l'Arigletcrre, Stockholm, S mart 1818.

(4) Manifeste du 1» février iSiS.

au*

Cependant ao milieu decesonnemigsi acharnés qu^ils ne s'arrêtaient que pour mieux se frapper, il y avait une puissance qu'une alliance récente, des liens de famille, des intérêts contradictoires et Tanimosité de ses peuples poussaient et ramenaient d'un parti h l'autre entre la France et la coalition : l'Autriche , par les contrariétés de sa situation, était singulièrement placée pour s'interposer et faire prévaloir un arrangement pacifique. Elle s'interposa; mais en quels termes, c'est ce qu'il importe de remarquer.

A la vérité, il fut arrêté qu'il y aurait un congrès, que ce congrès se réunirait à Prague le 10 jnillet,que l'armistice serait prorogé jusqu'au 10 août : mais en même temps il fut établi que, si le 10 août à minuit , la paix n'était pas faite , les hostilités reprendraient irrévocableraent; .l'Autriche déclarait, de plus, que, si la paix ne se faisait pa$i, elle se trouverait, à la reprise des hostilités, du côté de la coalition. Négociation étrange où la discussion était en quelque sorte interdite, où il ne s'agissait pour une des parties, la France, que d'accepter les conditions offertes, où la puissance médiatrice, l'Autriche, ne dissimulait même pas qu'elle cessait d'être neutre et qu'elle était d'avance acquise à la coalition !

Malgré les victoires de Lutzen, de Bautzen, de Wurschen, et la forte attitude qu'elle avait sur l'Oder, la France était traitée en vaincue; on lui signifiait un ultimatum.

On a beaucoup reproché à Napoléon de n'avoir pas accepté cette position et la paix aux conditions qui lui étaient offertes. Si grande que soit rautorité de l'éminent historien qui a renouvelé de nos jours cette accusatioil (1), nous ne croyons pas pouvoir l'admettre, et pour la repousser, il nous suffira d'appeler l'attention sur une simple question de fait.

Dans les conditions de |)aix offertes à Napo* iéon, il importe de distinguer deux parties :

1° La renonciation, par la France, à toute extension territoriale en dehors de ses limites naturelles des Alpes, des Pyrénées et du Rhin ;

2» L'abandon , par la France , des alliés et États indépendants, créés ou garantis par elle, comme le duché de Varsovie Ja confédération du ^Rhin, la fédération helvétique et autres établissements, en ce moment plus ou moins précaires mais non encore renversés, d'Allemagne, d'Espagne, d'Italie.

Il n'y avait sans nul doute aucune raison de droit, d'utilité et même de réelle grandeur, qui défendit à la France de se réduire à ce que les siècles avaient fait d'elle et de renoncer à ses accroissements de date récente; ces accroissements, non encore consolidés, l'embarrassaient plus qu'ils ne la rendaient forte; ils tendaient, en se consolidant, h l'altérer dans sa nationalité ; ils ne l'augmentaient qu'en apparence; en réalité

(1) M. TbiefR, Hittolre du Contutat et de PEm^ire, tome XVL

ils devaient, un jonr, la défaire. Us avaient d'ailleurs une origine maudite, la conquête abolie depuis dix-huit cents ans entre les nations dnétiennes; le droit de conquête n'existe pas entre des peuples de même civilisation. C'étaient l(s nécessités de la stratégie qui avaient fait preodr^; f)ar la France les bords de la Baltique, de la mer da Nord et de T Adriatique: avec ta paix, si elle étal! sincère, devaient tomber les précautions de cette extrême défensive ; une défensive normale se r^amait pour la France que les turrières des Alpes, des Pyrénées et du Rhin.

Mais si la France pouvait et devait renoncer à ses exagérations territoriales, ce qu'elle ne pouvait pas faire aussi aisément, c'était d'abandonner tous les États alliés qu'elle avait nécessairement sous sa garantie. Là des princes, des partis, des populations avaient eu fol en la France, eo sa force, en ses idées nouvelles, en ses enga0^ ments : ils s'étaientformés par elle,ils se troavaieat compromis poureUe; une réaction impitoyable, aveugle, dont on vit bientôt les excès, les menaçait : les abandonner sans stipulatioB aocuoe en leur faveur, comme la coalition le voulait et l'exigeait, les abandonner sans faire, pour les ^ fendre, si périlleux qu'il dût être, un snprtnie effort, comme le demandaient aussi les partisans de la paix à tout prix, c'était là ce qiiela France ne pouvait pas faire sans cesser d'Hre elle-même le pays de la loyauté, dn coora^, de l'honneur.

A cette considération si forte sur l'ème altière de Napoléon, il s'en ajoutait une autre: la nécessité pour la France de ne rentrer to ses limites qu'en laissant dans le reste de Ïïarope un certain équilibre entre les diverses puissances. Il était illusoire de dire que la Franc* ^^ prenait son ancien état, si autour d'elle d'aotrK puissances acquéraient une importance àém- «urée. Au temps de la paix de Westpbalie, d« limites restreintes pouvaient suffire à la France, parce qu'elle n'avait alors pour rivales que If» maisons d'Autriche et d'Espagne, d'une importance égale à la sienne. Mais, depuis, la Prusse était née sur la frontière du Rhin, l'Aigieterre avait pris sur toutes les mers une extensioa extraordinaire, et, par le fait du pariage it la Pologne, la Russie tenait tout le contineoi oriental de r£urope sous le poids de son poavoir ou de ses influences. Or, la paix que Toa réclamait à Prague devait remettre, il est vrair la France dans son ancien état, mais en ntmf temps relever ou constituer à ses c6tés, pio^ agrandies, plus fortes, plus menaçantes qu'elles ne l'avaient encore été jusqws-là , la Prusse. l'Autriche, l'Angleterre, la Russie. Il n'y a^«t plus de proportion entre la France et les autres ^ats rivaux. Ces alliés, ces États secondaires dont la coalition exigeait l'abandon pouvaient seuls établir quelque contre-poids entre des prépondérances trop inégales. Demander i la France de rentrer dans ses limites en sacrifiant

tous ses allies, c'était Touloir, par le fait, que U France descendit du premier rang au second, en laissant l'Europe sans autonomie entre les dea\ puissances qui allaient désormais se la disputer, la Russie et rAngleterre.

Si Naj^oléon, dans la forte position conquise par ses dernières victoires, avait dû désespérer (le continuer ses triomphes de Lutzen et de Baotien, il avait mieux à faire que de sousci» à d'indignes injonctions : c'était de rap* péer d*Italie, de Hollande , d'Espagne, des direrses places d'Allemagne (il en était temps encore } les armées et les garnisons qui s'y trouraient ; de proclamer l'indépendance des pays momeatanément laissés à eux-mêmes ; de se replier sur le Rhin, les Pyrénées et les Alpes, et là, dans une puissante attitude défensive, sans rien céder, d'attendre les représailles de ses nincQs de la veille, les discordes qui ne manf^tteraîent pas de se mettre entre les coalisés , Tépuisenient et le désarroi des armées ennemies accumulées aux mêmes lieux, la fin prochaine des malentendus et des égarements qui animaient les peuples contre la France nouvelle. On petit reprocher à Napoléon de n'avoir pas préTo ou vu, dès juillet 1813, la nécessité d'une pareille décision ; on ne peut pas lui reprocher (le D*avoîr pas d'avance accepté, pour lui et ponr la France, toutes les cotiséquences d'une ùéfaite qu'il n'avait pas encore essuyée.

On négocia sans désir, sans espoir d'une conclasion pacifique. Des deux parts, ce à quoi l'on tenait surtout, c'était à compléter des armeînents. La coalition tenait, de plus, à tromf^er les peuples sur la responsabilité de la contisoation des hostilités. « 11 fallait, dit un historien, il fallait qu'aux yeux de l'Europe Nar«léon parût n'avoir jamais voulu que la pîerre (1). » Pour cela il était nécessaire de [■^rdre les jours sans commencer les négociations, de ne commencer les négociations que {•onr la forme, de mettre en avant, à plusieurs reprises, à fout propos, des conditions de paix ia>^cceptables. Pendant ce temps de nouveaux tûtaiUons accouraient ; la coalition se renforçait <ie l'adhésion de l'Autriche, et Napoléon, sans €«j^ assailli d'objurgations pacifiques, passait roQr être, par sou ambition, par son intraitable ^^Qeil, le seul obstacle qu'il y eût à la paix.

Napoléon put dire , un jour, son fait à toute <*ïte triomphante hypocrisie de ses ennemis; ^ Tut Je 28 juin, à Dresde, dans une conversation <ÎQ'ii eut avec le ministre autrichien. Il y a ^} cette célèbre conversation, qui dura plo- &ieor* heures , deux relations, l'une de M. de Mettemich lui-même, inédite, mais commu- ^uéc à quelques personnes, notamment à M. Thiers qui l'a suivie dans son récit en la i^ifiant çà et là d'après sa connaissance géné-

îl) Wsnon, Hbtoireie France $oui mpoUon. t. XII,

raie des idées et des passions du moment (l) ; l'autre de M. Fain, secrétaire de l'Empereur, rédigée d'après des indications de M. de Bassaoo (2), et qui a été suivie par tous les historiens, M. Thiers excepté. Pour qui connaît les habitudes de réserve des employés du cabinet de l'Empereur, il est presque impossible d'admettre que les paroles rapportées par M. Fain aient été supposées. M. Bignon s'exprime ainsi au sujet de la relation de M. de Mettemieh : « M. de Metternich, dans ses Mémoires encore inédits, rend compte à sa manière de l'entrevue de Dresde (3) ». Nous citerons en somme de la relation française quelques parties seulement, celles qui ne sont pas contredites par la relation autrichienne. « M. de Metternich, dit M. Thiers, introduit dans le cabinet de Napoléon, le trouva debout, l'épée au côté , le chapeau sous le bras, se contenant comme quelqu'un qui ne va pas se contenir longtemps, poli , mais froid. — A Vous voilà donc, monsieur de Metternich, lui dit-il, vous venee bien tard I... » Napoléon, continuant , fit lui-même, des négociations, un récit plein d'accusations contre les coalisés et l'Autriche en particulier. On arriva enfin aux conditions offertes pour la paix. Ce fut alors que toute patience échappa à Napoléon : — « Eh quoi, s'écria-t-il, non-seulement l'Illyrie, mais la moitié de l'Italie, et le retour du pape à Rome, et la Pologne, et l'abandon de l'Espagne, et la Hollande, et la confédération du Rhin, et la Suisse I Voilà donc Vesprit de modération qui voîis anime (4). Vous ne pensez qu'à profiter de toutes les chances; vous n'êtes occupé qu'à transporter votre alliance d'un camp à l'autre, pour être toujours du côté où se font les partages, et vous parlez de respect pour les droits des États «indépendants 1 An fait, l'Autriche veut ritalie, la Russie veut la Pologne, la Suède veut la Norwége, la Prusse veut la Saxe, et l'Angleterre veut la Hollande et la Belgique. Pour vous tous, la paix n'est qu'un prétexte. Vous n'aspirez qu'au démembrement de l'Empire français.... Et moi, docile à votre politique, il me faudrait évacuer l'Europe, dont j'occupe encore la moitié, ramener mes légions la crosse en l'air derrière le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, souscrire à un traité qui ne serait qu'une vaste capitulation , me livrer comme un sot à mes ennemis, et m'en remettre pour l'avenir à la générosité douteuse de ceux-là même dont je suis aujourd'hui le vainqueur I — Et c'est quand mes drapeaux flottent encore aux bouches de la Vistule et sur les rives de l'Oder ; quand mon armée triomphante est aux portes de Berlin et de Breslau ; quand je suis , moi ,

(1) Voir la note de la pa^e 7S du tome XVI de l'/IU' toire du Consulat et de l'Empire, par M. Tblen.

(«} Fain, Manuscrit ^1813, p. h.

(^1 M. Bignon, note de la page 16S da tome XII de 5on Histoire de France sous Napoléon.

(4) RépéUllon Ironique d'une phrase de M. de Mellct nich.

Napoléon, moS l'empereur des Fiançais, à la tête de trois cent mille liomnies , que l'Autriche, sans coup férir, sans môme tirer l'épée, se ilatte de me faire souscrire à de telles conditions ! Sans tirer Tépéel cette prétention est un outrage I Et mon beau-père accueillerait un tel projet ! croit-il qu'un trône déshonoré pourrait être en France un refuge pour sa/ille et son petitfils?... Âb! Mettemich, combien l'Angleterre vous a-t-elle donné pour jouer ce rôle contre moi (1)?»

Vaine satisfaction d'une trop juste colère! Cette conversation ne devait qu^îijottter l'irrita* tion de Tamour-propre offensé aux ferments de cupidité, de vengeance et de haine qui rendaient toute paix impossible.

Napoléon qui, seul, eût voulu vaincre cette impossibilité, avait fait des efforts pour ouvrir des négociations à part, d'aburd avec la Russie, puis avec l'Autriche, mais sans y réussir ni d'un côté ni de l'autre ; ses avances avaient été repoussées. Le 8 août, le couiçrès de Prague se décida enfin à signifier son ultimatum : c'étaient les conditions que I'qu connaissait déjà. Napoléon y ré[M>ndit par deux actes, deux projets d'arrangement , identiques au fond , dans lesquels, tout en concédant, en principe mais non complètement, que la France se réduirait à ses limites naturelles, il stipulait des réserves en faveur du Danemark et de la Saxe et remettait au prochain congrès peur la pacification générale toutes les autres questions relatives aux villes hanséatiques, au Hanovre, à la Hollande, à la confédération du Rhin, etc.

La réponse de l'empereur n'était pas assez explicite; de plus, elle arriva à Prague trop tard, dans la matinée du 1 1 août. Or depuis le 10, ài minuit, il n'y avait plus de congrès, et l'Autriche venait d'adhérer ouvertement à la coalition. L'Autriche, même pendant les négociations, était déjà secrètement liée à la coalition par le traité de Reichenbach, du 27 juin 1813, par les conventions arrêtées à Trachenberg, du 9 au 12 juillet 1813, sur la direction adonner aux armées coalisées, conventions par lesquelles le commandement de ces années, offert à l'Autriche, accepté par elle, avait été déféré au général autrichien prince de Schwarzenberg.

D'autres traités étaient encore intervenus. Le 14 et le 15 juin 1813, à Reichenbach, l'Angleterre s'était engagée à fournir à la Russie, à la Prusse, etc. (2), des subsides, des munitions en nature, de plus à garantir un papier dit argent fcdératif, L'Angleterre triomphait. « Elle pre-

(1) Ce« derniers moto ne se tronvent pas dans la relation de M. de Melternlrh, qui même les a toujours démonlla. Voir p. $7 du tnmc XVi de YHitÎQire Au Contulat et de rEmpire, par M. Tblcrs.

(S) L'Autriche, qui était partie dans ees traités, n'y adhéra pourtant oufertement que le 8 octobre iSlS Mats le» subsides anglais étaient à sa dIsposlUon depuis le mois de mai. Bignon, Histoire de France toui Napoléon , t. XII, p. tM

nait à sa solde /'Europe entière conjurée contre la France (1). «

La coalition avait eu le temps de rassembler des forces qu'un écrivain militaire prussien, puisant aux sources officielles, porte au cliiflre de 810,000 hommes, dont 480,000 en ligne et près d'entrer en campagne avec 1,400 pièces de canon (2). Napoléon avait profité, lui au^^i, des pourparlers inutiles ; l'armée française, rapidement reconstituée, se composait de bklJiA^ hommes, dont en ligne 380,000 (3). Mais dios ce nombre il y avait les contingents allemands qoi firent successivement défection. Parmi les élraogers, les Polonais, seuls, restèaent fidèles ait France.

Les coalisés, suivant le conseil de Moreau qî.i venait d'arriver d'Amérique et se trouvait à leur quartier général, avaient adopté cep) an i.e campagne : éviter tout engagement avc^- N> poléon, battre successivement chacun de ses iieii' tenants, le troubler par là dans sa s^tratégie lou; en répuisant; puis réunir toutes leurs masses et fondre tous ensemble sur Napoléon lui n)ém('. Ce plan fut, un moment , déconcerté, dèd ic début. Les coalisés marchèrent sur Dresde ou ils ne cro>aient trouver que Gouvion Saiot-Cu et où ils se lieurlèrent à Napoléon en personne. La sanglante bataille de Dresde (27-2S aoAlj fut gagnée par l'-armée française, qui <lcjà reprenait de toute part l'offensive. Mais les aalisés, fidèles à leur plan , battirent suca'S<ilv^ ment à Qross-Beeren Ou<linot (23 août), sur M bords de la Katsbach Macdonald (26 août], i Kulm Vandamme (30 août ), à Deniiewitz >'e\ (6 septembre ). Les avantages de la victoire ie Dresde étaient perdus. Napoléon se voyait obligé de ne pas donner suite à une prein'en* combinaison tendant à marcher sur Berlin; il imagina un retour offensif, qui, s'il eût pu s'ex^ culer, eût enveloppé l'ennemi et l'eût enferme entre l'Oder, la Visiule, la mer Baltique et l'armée française : d'après les conjectures et le^ ^' pérances du moment, c'en était fait de la Pruw; les coalisés se trouvaient contraints à une vaste capitulation. Mais le découragement desgéo^rau^ français était extrême ; des nouvelles sinislr"^ leur arrivaient de tous les points : des revers ffl Italie; des revers sur les Pyrénées; la XVfStphdlie perdue , la Bavière près de passer au^ coalisés. Napoléon renonça à cette nouveU^' combinaison et commença le mouvement de retraite qui devait le rapprocher de la France. Cependant, les coalisés, de leur côté, s'apprêtaient à exécuter la dernière partie de leur plaoi

(1) Wjpnon, t. XII, p. tBB. D'aprftscet historien. l'Anjj^ terre, pour ses subsides d'AllemaRne, de Suéde et de «"^ ste. dépensa en alx mots, de )alllet ft décembre !"'• "" somme de »,S00,S60 livres «terllng. Dlfnoo. l^^'

(I) Biirnon, t. X II, p. MS. D'après M. Tbiers, t»M^ "*^* mes, dont BOO.ooo en ligne, et 1,100 bouebes i (ea.T. x^ • P.U1-1M. rt

(S) M. Thlers compte en ligne 160,000 Fr*nçt" " M. Bignon, 300,000 seulement

celle qoi ooDÛstait à fondre sur Napoléon aTOc leurs masses réunies. La rencontre eut lieu à Leipzig. Les Français étaient an nombre de 155,000, el les coalisés, de 850,000. Malgré cette énorme disproportion numéijque, mal^é la sorvenance, pendant Taciion, au renfort des coalisés, de plus detOO,000 hommes, malgré la déftclion, au moment le plus critique, des Saions et des Wartembergeois, malgré Bernadette qui » précipita ayec des fusées à la Congrève, coQTêiie invention anglaise, dans Tespace laissé TiJâ par la défection des Saxons et des Wurtembergeois, les Français restèrent mattres du diauip de bataille. L'effroyable mêlée avait <1 are trois jours, du 16 au 18 octobre. Du côté iH Français, 50,000 tués ou blessés, du côté <ies coalisés, 80,000. Les Français disaient le leodemain : Leipzig ! Les Allemands : la bataille des nations ! Victorieuse, mais presque détruite et surtout dépourvue de munitions, l'armée française dut précipiter son mouvement de retraite.

Un accident, une méprise ayant fait sauter trop tôt sur TElster un pont, 20,000 hommes, 250 pièces de canon, un immense matériel de guerre tombèrent, le 19 octobre, aux mains de Tennemi. Murât quitta l'armée française (23 octobre). Le mouvement de retraite, sans cesse harcelé, fut de plus en plus désordonné. Les villages disparaissaient, emportant les troupeaux, toutes les subsistances. Les soldats se débandaient et se faisaient tuer isolément au coin des fermes qu'ils pillaient. Plus d'alliés , plus de popuiations amies, plus de services oi^anisés; la priTatioQ de toutes choses nécessaires, la tiim ; un mal endémique, le typhus ; d'universelles imprécations; moins les rigueurs extrêmes <iQ climat, une autre déroute de la Bérésina.

Les Bavarois qui, depuis le 8 octobre, s'étaient alliés à la coalition, et qui, depuis le 15, combattaient avec elle, voulurent barrer le passage aux débris de l'armée française. Tant d'in- ;;ratitLde et de présomption furent exemplairement punies à Hanau, le 30 octobre.

EqHd, Ton vit arriver sur les places du Rhin, ^ Miyence, des soldats eo haillons, h&ves, déebamés, qui ne semblaient animés que par la lièîre. C'était là ce qu'il restait de cette armée l'ortie, quelques mois auparavant, si jeune et brillante, pour la conquête de la paix. Elle rapportait l'annonce de nouveaux désastres, <)'uae invasioii imminente, d'inévitables calas- Irophes.

Napoléon, rentrant à Paris vainc» pour la seconde fois, jeta ce cri au patpiotisme français : << Il y a un an l'Europe marchait avec nous ; elle marche aujourd'hui tout entière contfe nous! (1). »

(novembre 1813— avril 1814).

48 ter. Engourdissftnent de la France. Préparatifs de décrue, — 49. Quegtiond'Etpaçne, mal rétolueet trop tard, — CO. QtustUm du Saint-Père^ non réélue. Li pape n'est pas remis en liberté. — si. CommunU:ation tardive faite aux deux assemblées. Adresse du sénat. Bapport hostile fait au Corps Législatif; coléro dé F Empereur, — Napoléon part de Paris; ses adieux à la garde nationale. Le conseil de régence^ — SI. Campagne de France ; premières opérations, — SS. Le congrès de Châtilton, Les conférences de Lusiffny. Le traité de Chaumont. Le congrès de ChâtUlon est dissous. — Ligue contre V Empire des deux partie de la névolution et de la Légitimité. Fitrolles à Chd' tillon. Défections à Bordeaux, d Lyon^ ete, — 84. /reprise des opération» milUalres. Bataille d'jircis-sur- ^ube. Nouveau plan; mouvement sur Saint'Diiier, — SS. Us coalisés prennent la résolution de marcher sur Paris. Indécision et fautes de la régence : sa fuite. Capitulation. Napoléon revient trop tard sur Paris, Entrée des ailiés. Formation d'itn gouvernement pro* visoire f déchéance de l'Empire, - S6. Napoléon à Fontainebleau. Résistances des maréchaux à se* projets. Son abdiceUion conditionnelle pour Napoléon II, Négociations à Paris. Défection de Raguse et dn 6« corps à Essonne, jibdication absolue. — 87. Retour des esprits à la cause de Napoléon II, Projets d'assassinat sur la personne de ^'apotéon f. Mission dé iîaubreuil. Napoléon tmtê de s'empoisonner. Traité de FonttUneàleau,

(t; AlloeuUoB de l'empereor A nne depatation dn sénat,* I

â ^^lot-Ciond, 14 novembre. Napoléon était arrivé A ',

aiDt-ciottâ drpols le 9 an soir. i

48 ter. Maïs Ton s'aperçut alors de quel engourdissement fatal est saisie, pour son châtiment, une nation qui a trop longtemps souffert le pouvoir absolu d'un seol. A ce cri rien ne s'émut. L'esprit public se fût-il éveillé, qu'il se serait encore rendormi au bruit monotone des mensonges de la presse du temps, ne discontinuant pas de vanter les victoires , les perfections, les impérissables grandeurs de TEmpire.

Les partis seuls se levèrent et se mirent à l'affût des événements.

En octobre dernier, aux approches des désastres. Napoléon avait décrété un appel anticipé de 160,000 hommes sur la conscription de 1815, plus une levée de 120,000 hommes sur les classes de 1814, 1813, 1812. En novembre, le 15, il porta cette levée à 300,000 hommes et rétendit à toutes les classes de 1813 à 1803. En outre, il mobilisa 121 bataillons de gardes nationales.

Des ressources financières n'étaient pas moins indispensables que des générations de combattants. Napoléon força l'impôt comme il épuisait toutes les conscriptions ; il décréta que 30 centimes seraient ajoutés à la contribution foncière, ce qui devait produire 80 millions ; que la contribution mobilière serait doublée et donnerait 30 millions; que d'autres augmentations feraient sortir 120 millions des contributions indirectes (1).

Les hommes en état de porter les armes étaient moins nombreux qu'on ne croyait ; les

(I) M. Tblers. Uistoiré du Consulat et de rEmpire, toraeXVIl, p. 11-86.

administrations, épeixiues , s'agitaient et n'agissaient pas; le temps manquait; rinvasion', les mouvements des armées allaient interrompre les douanes, les octrms, les communications; il devait y avoir bien des retards et bien des déchets dans le résultat de tous ces appels militaires et financiers.

La France avait en ce moment, sur le Rbin, 50 à 60»000 hommes, les débris de sa dernière campagne de Saxe; c'était là &on unique ressource disponible. Elle avait encore, en Italie, sur TIsonzo, 36,000 hommes; en Espagne, sur la frontière, 80,000 hommes; plus, dispersés dans les diverses places d'Allemagne , de Hollande, de Belgique, d'Italie, 140,000 hommes (1). Si l'on avait rappelé cet ensemble de forces de plus de 200,000 hommes, la France eût été en mesure de repousser l'invasion. Mais , pour rappeler ces forces, le temps manquait déjà et peutî^trc aussi la volonté; car Napoléon, qui ne désespérait pas encore de la victoire, pensait qne, pour dicter la paix , il lui fallait conserver partout des moyens d'agression.

Ce qui manquait encore à la France, c'était le matériel de guerre ; ce matériel, à la vérité, n'était pas à créer, il existait; mais il avait été laissé, ainsi que le personnel de rartillerie et du génie, dans ces postes, trop avancés, de l'Empire qu'enveloppaient ou menaçaient en ce moment des armées ennemies; il aurait fallu pouvoir les faire revenir des bords de la Vistule, de l'Oder, de la Baltique, de la mer du Nord, de l'Isonzo, de l'Adige, du Mincio, du Pô, etc.

On e8|3érait que l'invasion n^aurait lieu qu^en avril 1814 ;mals,les coalisés, qui la préparaient pour décembre' 1813, avaient déjà, en Italie, 70,000 hommes; en Espagne, 100,000; sur le Rhin, 200 à 230,000; et derrière eux se le* vaieat incessamment des recrues qui sortaient, pour les renforcer, jusque des profondeurs asiatiques du continent européen.

Napoléon opposa à toutes ces impossibilités son activité surhumaine.

Pendant qu'il pressait à la hâte la réorganisation des ressources financières et militaires de la France, l'Empereur songeait aussi à déblayer sa situation de ses embarras les plus urgents. Mais à la manière dont il s'y prit, on eût dit qu'il ne voulait faire à l'adverse fortune que d'apparentes concessions; au fond, il ne revenait sur rien ; il rusait avec la force des choses; son génie ne savait pas céder.

49. L'Espagne, en ce moment toute occupée par l'inàurrection indigène et par l'invasion anglaise, retenait inutilement sur l'Èbre une des plus belles armées de la France. Il était nécessaire de traiter avec l'Espagne. De là, deux avantages : d'aibord, près de 80,000 hommes de vieilles troupes devenaient disponibles et rentraient en France pour défendre le territoire national ; en outre, l'Angle-

(1) M. Thlen, llHdem, XVII, p. 19 etauiv.

NAPOLÉON i^'

terre était obligée d'évacuer l'Ëspagoe et de cesser de menacer l'Empire sur ses frootièrK des Pyrénées ; si elle ne le faisait pas, l'iosarrection soulevée contre l'armée de la France pouvait se tourner contre celle de l'Angleterre, surtout depuis Les horreurs que les Anglais venaient de commettre à Sain^Sébastien. Mais pour obtenir ce double résultat, et pour l'obtealr a temps utile, il eût fallu se hâter de traiter simultanément avec le roi Ferdinand et avec b Cortès d'Espagne. Or, Napoléon se borna à traiter avec Ferdinand, à qui Ton ofTrit de k mettre en liberté s'il obtenait des Cortès kur acquiescement à un traité de paix et dslliance entre la France et TEspagne (1). Qutii? pouvait être l'autorité d'un roi captif, partant à ses sujets du fond d'une prison, soo^ la main de son ennemi? Les Cortès, sans ît \ fuser de se soumettre à ses volontés, denao- ' daient qu'il fût auparavant rendu à la liberté et à la sincérité de ses résolutions; elles ne pouvaient accepter qu'un roi sans lÀillon, saoà entraves, sans intermédiaires dûment suspecta; ; la fidélité même leur faisait un devoir àe. ih pas traiter avec un ennemi qui détenait (laib ! ses liens leur prince national. Les négodatios» traînèrent ainsi en longueur, sans que lesaru)é.>« • françaises d'Espagne devinssent disponibles pour la défense de la France et sans qoe ie$ armées anglaises cessassent d'occuper VÙ^P^ et de menacer la frontière des Pyrénées. En janvier 1814, on n'avait pas encore de décision des Cortès, et Ferdinand ne sortit de sa prison de Valençay que le 19 mars suivant, alors qne d«ji depuis plus de deux mois les coalisés étaient a France. Il n'est pas certain que liapoléoo eo 1814 ait réellement et sincèrement songé ^ changer de politique envers l'£s|)agae. 50. Un autre embarras entravait TEnapire à s«

derniers moments ; c'était la captivité du à^ de TJ^lise enlevé de Rome depuis plus dequa^^^ ans, et retenu à Savone, à Fontainebleau. Cettf captivité s'était aggravée à l'occasion du mariage de l'Empereur avec une archiducbesii d'Autriche. Pie VII, séparé des cardinaux qui avaient refusé de paraître aux nouvelles W^ nuptiales et qui étaient détenus en divers liotis. se vit réduit à une sorte de solitude pleine «if gênes et d^ennuis. Rien ne lui parvenait plo^ qne le bruit des victoires de son tout-puissant adversaire. Cependant, malgré la philosophie dti dix-huitième siècle et les tendances de la réyo* lution, le sentiment religieux n'était pasétmt dans tous les cœurs. Les récits, exagérés ou faux , dés persécutions souffertes par le che< « la catholicité, avaient ravivé en France les forces du parti royaliste et soulevé ailleurs, en Italie. en Espagne, en Allemagne (2), des oppositions et

(1) Traité de Valençay, do il décembre l>ts.

(t) Bt néine en Tarqnle. U général Andréos*j. «obaïaadenr de France pré« de l'empereur de!< Ottonue). rapporte, dans une lettre du M décembre lail. <l^^ '^

(JesohsUctes jusqoe^à inaperços. Des signes certâios Féf élaient à Napoléon qu il y aTait là pour lui une cause dMnsUhilité qui, sous diverses ap- (iarences, se mêlait, pour les eoTeniDoer, à toutes les autres causes de malaise et de mécontente, ment. 11 sentait la nécessité d'y mettre an terme. Il sentit cette nécessité surtout après ses premiers revers. En 1813 , il avait rescinde vaincre lui ménie la résistance du pape. Feignant de proiitf r de ce qu'une partie de chasse l'avait amené toot près de Fontainebleau , il avait fait visite au saiot-père , et là, dans un entretien dont les bkicants de calomnies ont seuls pu faire une scène de violence et de ruse, entretien tout rempli de grandeur et de tendresse où le pape s'éUit cru ravi dans les bras d'un autre Char- Jenugne , Napoléon, à force de séductions, avait obtenu de Pie VII un nouveau concordat (1) impliquant l'abandon des principes pour la défense desquels le pape se trouvait en captivité. M<iis dès qu'il avait pu revenir à lui-même et à ses conseillers, Pie VU avait rétracté l'acte Domtné le concordat de Fontainebleau (2). L'affaire en était là avec un malentendu de plus, plus de méfiances réciproques et de nouvelles rigueurs de détention, lorsque Napoléon, après quelques antres vaines tentatives d'arrangement, ^ décida d'en finir. C'était à la dernière heure; Id coalition envahissait la France; le pape pouvait être enlevé. Le 23 janvier 1814 , le colonel de gendarmerie Lagorsse, qui gardait le pape, lui annonça qu'il allait quitter Fontainebleau ; et deux voitures se montrèrent au bas d'un des perrons du palais. Dans une de ces voitures moDta le pape avec un seul domestique, un chapelain secrétaire et son médecin ; dans Tautre se pid^ le colonel de gendarmerie avec son esoorie. D'après les historiens, le pape avait dû d'abord être dirigé sur Savone , et il était en réalité dès lors rendu à la liberté; seulement on le cooduisait par des lieux sûrs vers les frontières dltalie, et là on devait le laisser à luimême. Uais il résulte des faits que le pape (ut promené à travers les campagnes de France tuitôt ponr tourner une ville oîi Tattendait une ovation, et tantôt pour éviter la rencontre d^une troupe ennemie; il ne sortit pas en définitive de la France pendant toute la guerre de l'invasion et tant que Napoléon eut l'empire, il était encore retenu prisonnier à Tarasoon, lorsqn'il fut délivré par le gouvernement provi- MHTe le jour même que la déchéance de l'emrtreur était prononcée (3). Il n'est pas certain

3ir!Tée à ConstanUnopIe il avait trouvé lea esprits fort prcoctopés da sort du cbef des cbrélMns A Fontalnet't^so, et qoc le ReU-BIfeadl avait tout d'abord adressé » preaier drognan de Li légation française cette ques- ^^ : " Qn'avcz-vona (ait du pape? » (Oignon, Histoire ^Prane^sout Ifapoléon, tom. XIV, p. 180).

•i: Act« dn fls tanvicT 1819.

fi. RelractaUoQ do 14 mars ISIS.

'^ t'ordra du gouvernement provisoire , en date dn t ><m ièi4, est alosl conçu : « Le guavernemeot provint, imt/uK avec douleur des obstacles qui ont été mis

que, même au dernier moment, Napoléon ait enttâidu changer de politique envers le saintsiége et l'État pontifical.

ôt. Un autre changemenrne s^opérait pas avec moins d'incertitude. L'Empire n'avait jamais eu pour lui les hommes des classes supérieures. A la vérité y ces hommes ne s*insurgt^ieut pas contre lui; mais ils s'abstenaient de le fortifier et de le défendre. On proclame en vain Tégalité : les multitudes ne se passent pas de Tassistance immédiate de ces minorités, toujours souveraines, qu'on nomme l'intelligence, la richesse, rillustration de la naissance. Or ces minorités, au dernier moment de l'Empire, se tenaient à l'écart dans une inertie plus hostile encore qu'indifférente ; l'absence de la liberté politique avait privé ces minorités de toute importance et de toute action dans l'État; de là leur hostilité. On obéissait encore; mais il n'y avait plus nulle part de riniUative et un concours spontané. Le temps manquait à Napoléon pour remédier à ce mal produit par l'ordre qu^il avait lui-même établi. Point de liberté politique possible dans un moment où tout réclamait la dictature du champ de bataille. Cependant la liberté politique pouvait seule satisfaire les hommes des classes supérieures, leur assurer des garanties pour l'avenir, les rallier à l'Empire, donner partout des guides aux multitudes éperdues , mettre an jour l'ensemble et les périls de la situation, avertir la France, la susciter, confondre tous les mécontentements particuliers dans Tunanimité d'un seul mouvement national. Napoléon songea à recourir enfin à la liberté politique; seulement, comme il se méfiait d'elle, il s'y prit de telle sorte qu'elle ne pût rien changer à ce que lui-même avait déjà arrêté. Il ne la mit pas en possession d'ellemême; il ne la consulta même pas; il se borna à l'appeler à son secours , et il ne lui assigna qu'un rôle, celui de l'approuver et de le seconder-

Par décret du 20 décembre 1813, et conformément à l'article 30 du sénatus- consulte constitutionnel du 28 frimaire an XII, il fut fait communication au sénat et au corps législatif des documents constatant l'état des n^ociations avec l'Europe coalisée. Mais cet appel à l'opinion , au concours , à l'assistance des deux assemblées fut fait tardivement, alors que les étrangers commençaient à frandiir de toutes parts les frontières de la France : en un pareil moment des récriminations rétrospectives n'étaient plus possibles; le patriotisme alarmé avait seul droit de parler ; l'imminence du péril commun ne permettait de faire entendre qu'un

an retour dn pape dans ses États , et déplorant cette continuation d'outrages qne Napoléon Bonaparte a fait subir à Sa Sainteté , ordonne que tout retardement à son voyage cesse à l'Instant, et qu'on lui rende sur toute • la roule les honneurs qui lui sont dus >. On remarquera qna, dans cet acte, le gouvernement provisoire préjugeait, d'un mot, la question dn rétablissement du poovoir temporel • « le retow du pape dahs au États. »

cri de gaerre. De là , le retard mis à la convocation du corps législatif; Napoléon contraignait In liberté politique tout en Tinvoquant; il la soumettait à la violence de la situation.

Le sénat comprit ce que les circonstances réclamaient. Il répondit à TEmpereur dès le 21 décembre 1813. Sa déclaration, exempte de toute critique intempestive, s'élevait à la hauteur de l'intérêt , unique et sacré , qui se trouvait en cause; elle n'affaiblissait pas le pouvoir au dedans; an dehors, elle annonçait aux étrangers les résolutions d'une France unanime. Le sénat s'honora par cet acte; mais ce devait être son dernier titre à l'estime publique.

Telle ne fut pas l'expression de.s sentiments du corps législatif. Cette assemblée des députés des départements, comme on disait alors, car on trouvait déjà pour elle trop ambitieux le titre de corps législatif, cette assemblée était réduite à un rôle plus secondaire encore que la constitution ne le voulait, et elle était depuis quelques années au régime des humiliations. On faisait des lois sans elle, on décrétait sans elle des impôts; une année, en 1812, on avait omis de la convoquer. Klle étût en quelque sorte en dehors du goiivernement ; elle ignorait les affaires , n'avait point d'esprit politique, s'occupait de commérages, de petites intrigues et s'irritait beaucoup en secret. Elle était ainsi ouverte par tous les côtés aux prestiges des hommes de secte et d'intrigue, et les royalistes l'avaient envahie en grande partie. La moindre prudence eût voulu, puisqu'on allait demander à un pareil corps une adhésion as* sez importante, que l'on prit quelques procautions pour calmer, à la dernière heure, ses extrême!^ mécontentements. Loin de là ; une partie du corps législatif était à renouveler depuis la dernière session : on maintint h quatrième série et on la prorogea par un simple décret jusqu'au 1er janvier 1814. Le corps législatif présentait, chaque année, pour sa présidence, une liste de candidats : on lui donna, sans le consulter, un président pris en dehors de ses membres ; et cette mesure, qui destituait le corps législatif d'une de ses prérogatives nécessaires le présent comme pour 1

Les meneurs du parti royaliste profitèrent de ces fautes incroyables pour s'emparer de li commission chargée de servir d'organe à l'assemblée représentative.

La veille du jour ob cette assemblée devait rendre sa décision , le prince de Neufcbâtel dit à quelques députés qu'il avait réunis à sa table : « Messieurs, la réponse que vous allez faire donnera à l'Empereur la force d'une aroiée de 200,0000 hommes. »

Le corps législatif répondit comme le poovalent souhaiter les ennemis de la FraDc<\ La commission, dans son rapport, jugea la politique de l'Empereur d'après les tennc^ mêmes des incriminations de la coalilioD elraogère. L'ambition excessive de lEmpereur avait tout fait. On devait accepter la paix telle qu'eîlc était oITerte. On admettait bien que, sous ces offres en apparence acceptables, la coalitioD étrangère cachait peut-être rintention de porter atteinte à l'indépendance, à l'intégrité de la France, et l'on accordait que, dans cette hypothèse, il était nécessaire de faire des préparatifs de défense; mais on mettait des cooditionsè cette résolution de défense : selon les commissaires de l'assemblée, pour animer le peuple de France à résister aux étrangers, il était désormais nécessaire de lui donner des garanties d'un meilleur gouvernement ; sans un retour à no régime constitutionnel, libéral, on ne devait rieo attendre de la France et elle ne coopérerait pas au\ efforts qui allaient être tentés pour sauver le despotisme d'un seul homme. Comme si l'on avait craint encore d'être pris au mot et d'obtenir ce qo^ l'on demandait, les commissaires de l'assembléf avaient eu soin, pour pousser à bout TEropereur et le mettre dans l'impossibilité de céder, de recourir au sarcasme le plus amer ; ils ajoutaient : « Nous avons pour premiers garants de ses desseins pacifiques, et cette adven&ilé, Téridique conseil des rois, et le besoin des peuples hautement exprimé, et fintérêt même delà cûoronne. »

^ .,^ Le corps législatif, après avoir entendu la !«•

aires, était décrétée pour ! turc du rapport et du projet d'adresse, en tota 'avenir ; pourquoi ? « Par- i l'impression par 203 voix contre 51 (l). C'était i«

ce qu'il serait possible, disait le courtisan chargé de motiver la mesure en question , parce qu'il serait possible que les candidats proposés par l'assemblée des députés des départements ignorassent l'étiquette et les usages de la cour, ou bien fussent tout à fait inconnus à Pempereur (l). » Le gouvernement avait à fournir des explications au corps législatif, comme il l'avait fait au sénat; un moment, on songea à ne commettre avec le corps législatif, pour ces explications, que des personnages d'une dignité secondaire. , <

(t) Cest M. MoIé, nommé tout récemment an ministère de la Justice, qot s'eiprimalt 4 peu prés ainsi ao séoal, en novembre isis, pour Ja«tiflrr la nouvelle mesure re- UUve à la présidence du corps législatif.

30 décembre 1813. La liberté politique faisait on bien triste avènement : elle se montrait en Fraii» en même temps que l'invasion étrangère, et pon^ son premier acte elle faisait cause oommone arec elle.

Nul plus que PEmpereur ne sentit la portée Je cette révolte intérieure du corps législatif. H ^ bâta d'ordonner la suppression du rappoi^ adopté par l'assemblée; il fit, de plus, briser l6

(!) D'aprèa M. Thlcrs, l'impression du rapport *«

M. Uîné fut adoptée par îl8 sur »♦ ( t xvn, Pji >^

Ce» incerUtudea proviennent de ce que les actes oe

commiSKton du corps législaUf ont été sapprmK><

comme nous allons le dire. Nous avons cru pouvoir soi»rc

la relation d'un d«a membres de ta commIaMon, »-^" *

•el de Cous«crgues, dans ses Oburvutions sur la Caar*'*

appendice, p. xmi.

presses qui illaienc reproduire cette pièce pour le pablic. La force armée occupa avec un grand fracas militaire la salle des aéances, et le corps k^'siatif fut prorogé (1).

Mais il n'était plus temps : le rapport proscriti l'adresse proposée et non Totée, reproduits pardes copies clandestines se répandaient dans toute la France arec les additions et les changements que la calomoie et U haine avaient pu imaginer. Le parti de l'étranger commentait partout la nouvelle de la rétûstance de l'assemblée représentative.

Le 30 décembre» Napoléon disait au conseil dtutfk qui il était venu lui-même demander le libellé do décret de prorogation du corps législatif :

•t Vont connaissez la situation des choses et le danger de la patrie. J*ai cm, sans y être obIij;é, devoir en donner une communication intime aux députés da corps législatif. Hais ils ont fait de cet acte de ma confiance une arme contre moi, c'est*à-dire contre la patrie. Au lieu de me seconder de leurs efforts, ils gênent les miens. Notre aitilude lecle pouvait arrêter rennemi ; leur conduite l'appdie. Au lieu de lui montrer un front d'airain, ils loi découvrent nos blessures. Ils me demandent la paix à grands cris, lorsque le seul moyen pour l'obtenir était de me recommander la mm. Us le plaignent de moi ; ils parlent de leurs griefs : maia quel temps prennent-ils?... En pré' seuce de l'ennemi!... Le corps législatif, au lieu d'aider ï sauver la France, concourt à précipiter sa raine et trahit ses devoirs ; Je remplis les miens ; )eIedii9oas.M. >

Napoléon ajouta d'autres paroles plus violentes, où se trahissaient ses craintes de la liberté. politique. Mais ce fut le lendemain, le 1" janvier 1814, à l'occasion des réceptions du ioorderan, que sa colère s'exhala en des termes emportés et terribles; dès qu'il aperçut la dépu« l^tioD du corps législatif :

( Keuiears, lenx dit-il, vous pouviea faire du bien, (t TOUS n'avex fait que du mal.... Votre commls- ^Q a été oonduit£ par l'esprit de la Gironde. M. Laine (2) est un conspirateur, un agent de l'An- Jleterre, avec laquelle 11 est en correspondance par l'intermédiaire de l'avocat Desèze. Les autres sont «l'sfactieox. Je suivrai de l'œil M. Latné; c'est un 'n^lunt homme. Votre rapport est rédigé avec une u?^^ ^^ ^^ intentions perfides dont vous ne voos ^wttlea pas. Deux batailles ^lerdues en Champagne ^B^nt fait moins de maL... Dans votre rapport, ^^arez mis l'ironie la plus sanglante à cêté des ^croches. Vous dites que l'adveraité m'a donné '"^ conseils salutaires. Comment pouvez-vous me «^Pwher mes malheurs?... J'avais besoin de con- «JUtions; je les attendais de vous. Vous avez voulu ^^ cooTrir de boue; mais je suis de ces hommes •Pf^ tue et qu'on ne déshonore pas.... Qu'étesl^w? Les représentants du peuple? Non. Je le w.», moi. Quatre fois j'ai été appelé par la nation, « ijoatrc fois j'ai eu les votes de cinq millloos de ^orcns pour moi. J'ai un litre, cl vous n'en avez 9»- ^o^ls n'êtes qoe les députés des départements

''iWprcldb» décembre JSIS.

* *• «leor du rapport de la commission.

KOOT. BIOGR. CÉNÉR. ^ t. XXXVIf.

de l'Empire..... Au reste, le trône, qu'est-ce? Quatre morceaux de bois dorés, couverts d'un morceau de velours. Hais le trône, c'est la nation, et l'on ne

peut pas me séparer d'elle Lorsqu'il s'agit de

repousser l'ennemi, vous demandez des Institutions, comme si nous n'en avions pas! Vous

voulez donc imiter l'assemblée constituante et recommencer une révolution? Mais je n'imiterai pas Louis XVI ; j'abandonnerais le trône et j'aimerais mieux faire partie du peuple souverain que d'être roi esclave. >

Napoléon parlait ainsi, des éclairs dans les yeux, les traits décomposés, dVne voix rauque et stridente.

Plus d'un historien a trouvé que cette attU tude et c^ langage convenaient mal à la dignité impériale. Mais en réalité tout le monde s'abaissait en ce moment, hormis un seul homme, et c'était celui qui restait debout avec tant de colère pour la défense de la patrie. Ce qu'il eût été plus juste de remarquer, c'est que cet homme dans sa grandeur solitaire était pourtant responsable de l'universel affaissement. Malheur aux nations qui demeurent trop longtemps destituées de toute liberté politique ! biles perdent la conscience d'elles-mêmes, le sens des intérêts communs, la notion des devoirs généraux, la faculté de se rallier et d'agir avec ensemble. Et quand, dans cet état de désagrégation morale, de grands désastres surviennent et les surprennent, ces désastres ne trouvent en elles, au lien d'une universelle entente, qu'une difTusion de toutes les forces sociales emportées par le sauve-qui-peut des intérêts particuliers. Or, c'était le gouvernement excessif d'un seul, la cessation de toute liberté, qui avait momentanément frappé la France d'incapacité politique, et cette incapacité qui la laissait sans ressort devant un immense péril, la livrait en même temps aux prestiges des hommes de sectes et de partis. Un seul homme, il faut le dire une dernière fois, un seul homme était responsable de cette infirmité politique de la France; et c'était celui qui avait tenu toute une génération dans l'exclusion, l'ignorance et l'inaiitilude de son propre gouvernement.

Cependant les étrangers étaient en France. La grande armée de Bohême avait franchi le Rhin dn 21 décembre 1813 au 20 janvier 1814 ; l'année de Silésie, du f an 4 janvier 1814; l'armée du Nord, après avoir envahi la Hollande, avait passé le Rhin du 13 janvier au 2 février. Ces trois armées s'étaient donné rendez-vous dans les plaines de la Marne et de la Saône, d'où elles devaient se précipiter ensemble sur Pariri.

Napoléon n'attendait pas l'invasion de si tôt; il était surpris au milieu de ses préparatifs de défense à peine commencés. ^

Avant d'aller au-devant des envahisseurs, Napoléon convoqua aux Tuileries les officiers de la garde nationale de Paris , et dans une allocution d'une simplicité grandiose et touchante, il leur dit qu'il confiait à leur patriotisme la capitale de

la France, l'irap<^ratrtce m femme, et son fils; en prononçant ce dernier mot, l'Empereur émo prit dans ses bras cet enfant qui portait encore le litre de roi de Rome, et le présenta à l'assemblée. Des larmes étaient dans tous les yeux ; les serments de fidélité et de dévouement s'échappaient du cœur de tons les assistants^. On était au 23 janvier. Deux jours après, le 25, Napoléon partait de Paris, laissant à l'impératiice Marie- Louise nommée régente un conseil auquel , par une dernière inadvertance de son génie, il n'avait pa.s assuré une composition appropriée à l'extrôme gravité des circonstances. Des hommes qui avaient voix en ce conseil, to«is pris aux sommités du système politique et administratif de l'Empire, la plupart ne savaient servir que la prospérité; l'adversité les avait d'avance interdits ; les plus importants manquaient d'énergie et d'initiative; quelques-ons n'étaient même pas d'une fidélité certaine.

52. I^ campagne de France, qui fut peut-être , même après la première expédition d'Italie , la merveille du génie de Napoléon , la campagne de France commença sons de funestes auspices.

Napoléon s'était tout d'abord proposé d'empêcher la jonction des armées alliées et de les battre chacune séparément. Cette opération, marquée par les combats de Saint>Ditier (27 janvier 1814), de Montierender (28 janvier) et de Brienne (29 janvier), ne réussit pas. Le 1'*^ février, l'année de Silésie, commandée par Blûcher,et la grande armée de Bohême sous les oi^ dres de Scliwarzenberg, s'étaient jointes et se portaient ensemble sur Napoléon, afin de l'accabler de leurs masses réunies. Napoléon , alors h la Bothière, n'avait avec lui que 40,000 hommeè harassés de fatigue contre plus de 160,000 ennemis. Après le sanglant combat de la Rothière qui n'eut pour résultat que d 'arrêter, un moment, la marclie des armées coalisées. Napoléon fit prendre à sa troupe dans Troyes quelques jours d'un repos nécessaire. C'était un mouvement de retraite, et ce mouvement continua jusqu^à Nogent-sur- Seine. Pendant ce temps, les autres corps de Tarmée française éprouvaient des revers. Soult se repliait sur Toulouse, abandonnant la frontière des Pyrénées ; Wellington pénétrait dans le midi de la France. Maison évacuait devant Bernadottc la frontière de Belgique. Le prince Eugène quittait l'Isonzo et se défendait avec peine sur l'Adige. Murât passait ouvertement aux étrangers. Toutes les places de l'Allemagne, une seule exceptée, Hambourg défendue par Davout, étaient tombées avec leurs garnisons aux mains des ennemis.

A Nogent-sur Seine, Napoléon se vît entouré des hommes qui avaient sa confiance et qui tous le pressaient d'accepter la paix aux conditions qui lui étaient offertes; il ne s'agissait plus des limites naturelles proposées à Prague ; la coalition ne voulait plus accorder que les limites an. ciennes antérieures à la révolution. « Eh quoil

disait Napoléon, vou^ voulezqoe je laiftAe la France plufl petite que je ne l'ai reçue! Jamais! Que scFuje pour les Français quand j'aurai signé Nr hômiiiatton? Plutôt la mort que le déshonatur! • Cependant , vaincu par l'obsession de ses eoa* seiilers, il venait d'accorder que des instractioss seraient expédiées aux négociateurs français poar traiter, lorsque le duc de Bassano, rentrant daas le cabinet de l'empereur, le trouva oouctié sor ses cartes ; Bassano tenait k la main les dépMi» à signer. « 11 s'agit bien de cela, dit TEropereiir; en ce moment je sois Blûcher sur Paris parla route de Montmirail ; je le bats de l'oBil. Je pars; je le l)attrai demain, puis après-demain. M» affaires vont complètement changer. > ( 8 féTrier .

D'où venait cette subite confiance de TEmptreur ? Les deux armées de Bliicber et Schvrarztsberg s'étaient séparées d'elles-mêmes après la sanglante bataille de la Botbière; toutes dco\ marchaient sur Paris , celle de Blûcher par la Marne , celle de Schwarzenberg par la Seior- Napoléon avait entrevu le parti qu'il pouvait tirer de cette séparation inattendue. La seconi' phase de la campagne de France commeo^i, celle du génie, de l'héroïsme et des victoiret impossibles.

Le 9 février. Napoléon quittait Nogcnt-sw- Seine, et le 10, an village de Champaobert. il c-oupait en deux Tarmée do. Siléste ; le 1 1, à Mool mirait, le 12, h Château -Thierry, il mettait a déroute une partie de celte armée; puis, abandonnant à Mortier la poursuite des fuyanlssur Soîssons, il se retournait lui-même contre l'autre partie, non encore entamée, de i'armée de Biucher, et le U, il la battait et dispersaitâYaachamps. En cinq jonrs. Napoléon, avec unes: mée momentanéqjent réduite à moins de 30,oo^ hommes, avait remporté quati'e victoires et mis j hors de combat plus de 120,000 hommes, (Kvl { 20,000 tués, le reste confusément débandé s<>r toutes les routes.

Mais il restait la grande armée de Bohême qc : se dirigeait sur Paris par la vallée de la Seint. i et qui, renversant devant elle les faibles w\^ \ des ducs de Beggioet de Bellune, atteignait dtjt Fontainebleau. Tout à coup cette armée , q*" « croyait déjà maîtresse de la capitale delà F^aof^ j sentit, aux commotions qui se communiquaif'"» jusqu'à son avant-garde, qu'elle était assai.i! sur ses derrières par un terrible agresseur : la rapidité, à la sûreté des coups qui l'é^' laient, elle devina la présence de Napoléor>' L'Empereur, en effet, apprenant les progrès de la marohe de la grande armée de Bohème fcr Paria , avait quitté Blûcher pour revenir fur Schwarzenberg. Les combats de Guignes, <''* Mormant, de Nangis, de Dannemarie, de Montreau (16-18 février) obligèrent l'armée ' Bohême à rétrograder précipitamment surTroj?^

Paris était sauvé. Blûcher et Scbwanenber: battaient en retraite. De vagues teneurs s'en paraient de ces multitudes barbares. Les pop^

latioori de la France, indignées, commençaient à s'agiter. Il arrivait à l'armée des conscrits , de Tieux soldats, les levées commandées. On ne sauit pas ce qai pouvait sortir de cette France, lière de tant de victoires, et tout d'un coup insultée par l'invasion. Le moment parut opportun aux étrangers pour négocier.

63. Les négociations n*a?aientjamais été tout à fait interrompues : car les coalisés tenaient à faire croire qu'ils n'avaient qu'un but , la conquête de la pat\ ; Napoléon s'attachait à ne pas laisser à ses ennemis l'avantage de cette position , etrAulriche, toujours sollicitée par des sentiments et des intérêts dont la France devait cliercher à proûter tout autant que la coalition était obligée de les ménager, ne cessait pas de s'offrir à diaque parti comme puissance médiatrice.

Pendant la bataille de Leipzig, on avait amené à Napoléon, entre antres prisonniers de guerre marquants, un général autrichien, Meerweldt, qui avait été un des négociateurs du traité de Cûinpo-Forroio. Frappé du hasard qui mettait deuDt lui, à cette heure critique, un des ténioioâ de sa fortune à ses débots, Napoléon avait rendu la liberté à Meerweldt, en le chargeant de propositions de paix ; depuis, d'autres propostlions furent faites encore. Les coalisés, ainsi niis en demeure de se prononcer, avaient répondu, à la veille de l'invasion et pour la légitimer aux yeux des peuples, par la déclaration de Francfort, do i" décembre 1S13. Cette décla^ ntion, acceptée en principe par Napoléon sauf quelques réserves , avait été suivie de l'indication d'un congrès qui devait se tenir à Manheim, iàns que les hostilités fussent suspendues.

Maii les esprits les plus ardents de la coali* tioQ, notamment les agents anglais , trouvaient que la déclaration de Francfort était trop favorable à la France, que Napoléon avait fait trop de rcàcrves en l'acceptant, et qu'il l'avait acceptée trop tard, après un délai fatal qui lui avait été fixé comme & Prague. Il ne s'ouvrit aocon congrès à Manheim; et déjà l'on allait oser de la tactique convenue, retirer subrepticement la paix après l'avoir ostensiblement ofkite, lorsque l'aspect imprévu donné aux évé- ■enents militaires par les derniers succès de Napoléon vint rappeler qu'il y avait promesse de tenir un congru. D'ailleurs, c'était en France surtout qu'il importait de tromper Topinion du P^ple par des démonstrations et des apparences d'intentions padtiques. Le nouveau congrès &'oovrit en France, à portée des belligérants, toQjoors à la condition de négocier sans sus- P»dre tes hostilités.

Le congrès de Cbâtillon- sur-Seine, installé depuis le 4 février, débuta, le 8, par d'indi- Snes propositions, auxquelles Napoléon répondit i^;^ les victoires d^ Charopaubert, de Montmi- ^'1 1 de Châtean-Thierry , de Yauchamps , de XansQft, de Montereau, etc. (9-18 février). Le 17 février, Napoléon écrivit au duc de Vicence,

le négociateur français : «...La Providence a béni nos armes. J'ai fait 30 à 40,000 prisonniers. J'ai pris 200 pièces de canon, un grand nombre de généraux , et détruit plusieurs armées.... J'ai entamé hier l'armée du prince de Scbwarzenberg, que j'espère détruire avant qu'elle ait repassé nos frontières. Votre attitude doit être la même (1) : vous devez tout faire pour la paix. Mais mon intention est que vous ne signiez rien sans mes ordres, parce que seul le connais ma position... Je veux la i)aix.... Je suis prêt à cesser les hostilités et à lais-ser les ennemis rentrer tranquilles chez eux , s'ils signent les préliminaires basés sur les propositions de Francfort (2). »

A ce moment la négociation s'égara.

Scbwarzenberg, après ses défaites répétées du 16 au 17 février, avait demandé un armistice. Napoléon, prompt à se flatter d'un changenoent, d'un retour de sa fortune, écrivit directement, le 17 février, à son beau père, l'empereur d'Autriche, dans l'espoir de le détacher de. la coalition. L^mpereur d'Autriche répondit en envoyant au quartier général de son gendre le prince de Liechstcnstein chargé de protestations favorables ( 23 février ). Mais la coalition, qui n'ignora pas cette démarche et qui s'en alarma, redoubla d'obstination , d'intrigues et de ruse pour empêcher un rapprochement, pour rendre irrévocable une rupture entre VAutriche et Napoléon.

L'armistice demandé, débattu à Lusigny du 25 au 26 février, ne fut pas conclu ; et le l^rniars, les souverains alliés faisaient entre eux, à l'instigation de l'Angleterre, le traité de Chaumont. Aux termes de ce traité toute négociation séparée avec l'ennemi commun était interdite; les trois grandes puissances continentales, la Russie, l'Autriche, la Prusse, s'engageaient, chacune, À tenir sur pied une armée de 150,000 hommes, jusqu'à ce que la France fût rentrée dans ses anciennes limites; l'Angleterre devait leur fournir à chacune des subsides, sans préjudice d'autres armements pour son propre compte et de corps allemands qu'elle prenait à sa solde. Ce traité était fait pour vingt ans. Forts de ce réciproque engagement, les princes coalisés sommèrent bientôt le négociateur français d'accepter la paix aux conditions des « anciennes » limites, antérieures à

I (I) C*e<t-à-d(re confonne aux précédr ntei Instruetioni

pour la paix. Par une lettre du 4 février, de rempercur,

I et par une lettre du I, de Baasano , minUtre secréLilre

d'État, Caatalncourt aralt reçu too« plein» pouvoirs pour

conclure la paix : ■ ... Vnna êtca le maître d'accepter

les conditions des alUés , ou d'en rélérer à roui dans lea

I vlngt-quaire heures >, avait éciit l'empereur. — • Sa

Majesté vous donne carie blanche », avait écrit le ml-

I oistre.

I it) Cette lettre, expédiée le 17 férrler, ne parvint que I le 11 février à Caulalncourt ; elle retirait à Caulaincourt l les pleins pouvoirs (fu'il avait pour signer lul-niéoïc la I palK , mais du S au Si février, te ministre françato avait 1 ca dix Jours pour user de sa carie tlanche.

NAPOLÉON r«"

1792, et de Tabandon de tous les alliés de la France. H est probable que sous ces conditions il y en avait dès lors une autre, la déchéance de la dynastie napoléonienne; c'est ee que faisait entendre le duc de Yiccnce dans sa lettre à l'Ënipereur, en lui annonçant les intentions du congrès de Ch&tillon : « ...On ne veut qu'un pré» texte, et faute de vous décider h prendre le parti qu'exigent les circonstances, tout nous échappera... ». On peut penser que, si en ce moment le duc de Vicence, au lieu de demander des ordres suivant l'usage de l'Empire, avait pris sur lui de souscrire aux conditions proposées, il eût été blâmé, désavoué peut-être, mais que la paix elle-même, une fois signée, n'eût pas été repoussée. C'est du moins ce qu'il est permis d'induire, entre autres indices , d'un mot dit par Napoléon devant le messager du duc de Vicence : « S'il faut recevoir les élrivières, ce n'est pas à moi à m'y prêter, et c'est bien le moins qu'on me fasse violence (1). » Au reste, le duc de Vicence semblait avoir bien compris ce secret désir de l'Empereur; mais il n'osait pas agir en eonséquencc. « Celte paix ou plutôt ces sacriftecs, disait Caulaincourt dans sa lettre du 5 mars, ne seront-ils pas pour Votre Majesté un éternel grief contre son plénlpotentiaire? Bien des gens en France, qui en sentent aujourd'hui U nécessité, ne me la reprocherontils pas six mois après qu'elle aura sauvé votre trône? » Aveu trop naïf. Caulaincourt ayaibbesoin d'un ordre, d'une autorisation pour se sacrifier lui-même et sauver l'Empire. U craignait de perdre son crédit! Les caractères étaient ainsi faits : les meilleurs, les plus fidèles, les plus vrais étaient destitués de toute initiative et de tout fiévouement réel.

Mais au congrès de ChâUllon , les plénipotentiaires étrangers avaient à peine propose la paix aux conditions des « anciennes » limites, qu'ils semblèrent se repentir de s'être autant avancés. Le négociateur français ayant présenté un contrc-projet où se troi^vaient, à côté de la stipulation des limites «> naturelles », quelques réserves en faveur de certains États alliés de l'Empire, les plénipotentiaires étrangers en prirent prétexte pour rompre les négociations, déclarant, par un dernier trait d'hypocrisie , que cette rupture était le fait de la France. Le congrès de Châtillon se sépara en demandant que le pape fût enfin rois en liberté (2). On ne savait pas à ce moment où le saint- père se trouvait depuis son départ de Fontainebleau et s'il n'était pas retenu en quelque secrète prison.

Les dispositions intraitables des plénipotentiaires étrangers ne s'expliquaient pas par l'état des opérations militaires; depuis le 17 février jusqu'au 13 mars, malgré quelques accidents contraires, l'avantage était demeuré aux armes

(1) Fain, Maauterit de 18U, p. 1<8.

•S} Huitième et dernière téancc da congrès, 18 et 19 nurx 18U.

françaises. Schwarzenberg, incessamment batto, avait été repoussé, le 25 février, jusqu'à la Marne, à Langres et à Chaumont. Bliicher, après s'être encore rapproché de Paris, atteint de noaveaQ par Napoléon, avait été mis en déroute le 2 mars, et il n'avait dû son salut qu'à l'inconcevable reddition de la place de Soissons ( 3 mars ). Nonobstant ce mécompte, Napoléon avait ol% Bliicher à reculer après la bataille de Craonne ( 7 mars), et ce mouvement de retraite s'ctait précipité à la suite de la destruction du mp ennemi de Saint-Priest à Reims (tl-i3 mm], Blûcher était refoulé à Laon et SchvarzcDberg au delà de Bar-sur-Aube.

Mais' la coalition étrangère ne comptait plos seulement sur la force et le nombre de ses bataillons; elle savait qu*elle avait désormais des auxiliaires en France. Le parti de la légitimité et celui de la révolution s'étaient alliés, et profitant de ce que les fonctionnaires de l'administration impériale , frappés d'effroi, demeuraient interdits dans leur ineptie politique, iU se disposaient à faire sortir des inextricables conjonctures où l'on se trouvait, les uns, les anciens rois, les autres, ce qui pouvait encore être sâu^é des institutions modernes, tous, disaient-ils, ic salut de la France menacée de subir, dans une lutte trop inégale, le sort de la Pologne.

Le 21 février, le comte d'Artois était reçu à Vesoul.

Le 12 mars, un fonctionnaire de l'empire, jus* que- là signalé par une fidélité très- broyante, ouvrait Bordeaux au duc d'Angoulême et aux Anglais.

Le congrès de Chàtillon tardait à se séparer; la paix pouvait en sortir; les royalistes, craignant un raccommodement même mon)entan(ft étaient dans de mortelles inqmétudes. Ils exigèrent qu'on envoy&t à ChAtillon un des lear^ chargé de direaux négociateurs étrangers ce qu'il fallait pour les rendre intraitables. Le chef prudent du parti révolutionnaire, Talleyrand, consentit non sans regret à cette mesure qui était unpf*) trop décisive. Le messager choisi, M. de Vitroli<^t arriva à ChAtillon, le 13 mars et, dépassant m mandat , il donna aux plénipotentiaires étrangers des assurances propres à déterminer les pripcH coalisés à marcher sur Paris, où Ton était, disailil. prêt à les recevoir, ainsi que dans le reste df i^ France, s'ils annonçaient ouvertement l'intcDlion deneplustraiter avec Bonaparteetde reconnaître les anciens rois. Le congrès prit aussitôt son part»; il ne tint plus que deux séances, la scpbèwe pour entendre les contre- propositions du plénipotentiaire français (15 mars), et la huitièrac pour déclarer qu'il rejetait ces contre-propositions et pour se séparer ( 1 8 et 19 mars ).

Sur ces entrefaites, un autre désastre atteignait la fortune de l'empire. Le duc de Cashglione avait été tour à tour chargé, depuis la fin de janviei- jusqu'en mars, de défendre Lyon, de couvrir la Savoie, Hj* couper les comwmaimi

de Scliwanenberg avec la Suisse, de soulever les populations derAin^du Jura, deSaône-et- Loire, eaflo de lier ses mouvements à ceux de Kapoléon. Mais le duc de CasiiglioDe, accumulaDt Taute sur faute, avait successivement manqué toutes ses opérations et rendu inutile une armée de plus de 20,000 hommes aguerris qui lui avait été confiée. Cette suite non interrompoe d'incroyables défaillances devait avoir la cûDclusion la plus triste , une défection. Le 21 mars, au matin, la seconde ville de France, L50Q, qui avait bravé la Convention républicaine, était livrée à la coalition ennemie. Augereao avait toujours appartenu au parti révolution- Daire le plus avancé, et dans les derniers temps il TJTait au milieu d*intrigues royalistes.

54. Après la destruction du corps ennemi de SaintPriest, la reprise de Reims et la dernière défaite de Blûcher (13-14 mars), Napoléon fut obligé d'accorder k l'extrême fatigue de sa petite armée quelques jours de repos. Le 17 mars seulement, ayant ordonné quelques dispositions pour Taire observer Blucher sur Laon, il quitta Reims , pour se rendre lui-même sur l'Aube auderanl de Schwarzeoberg qui se trouvait alors derrière Arcis. Y était-il avec toute son armée? Oft ce que Napoléon ignorait encore. Mais il le sut bientôt. Le 20 , Napoléon , poursuivant divers détachements ennemis sur Arcis, où ils ne cessaient pas de converger, commençait À croire qu'il n'avait affaire qu*à Tarrière-garde de l'armée de Bohème se retirant sur Troyes, lorsqu'il sentit à la lourdeur immobile qui lui était opposée qu'il y avait mieux devant lui que des corps en marche. Une rapide inspection lui fit découvrir d'immenses lignes se développant àm le lointain en bataille. L'action était engagée : 16,000 hommes contre plus de 100,000. Ce fatia bataille d'Arcis-sur-Aube; toutes les 00loones de l'armée ennemie se niant cinq fois, pour l'écraser, sur la petite armée française, et (ioq fois repousaées; la lutte, commencée le D^tin, continuant ainsi jusque dans la nuit; l'armée française recevant, pendant l'action, un Rflfortde 6,000 hommes et demeurant maîtresse des positions disputées; le lendemain, 21 mars, 00 Doavean renfort, une nouvelle bataille, mais <n même temps l'annonce d'un mouvement de Blûcber sur ChAlean-Thierry pour se joindre à Scbwarzenbergy mouvement que n'avaient pu «ppécher les corps de Mortier et de Marmont >*iués en observation devant Laon (1). Obligé

|i) A eetle baUlUe d'Arelf-tnr-Aobe, Il 7 eut pluslenrt cpbodM. ciloDs-en deui seulement- On raoonleqa'un ^»^ cnflanmé tint rouler prtt de rempereur, devant !ff^<*îUon- A U vue du redouUble proJecUle, les rangs ■wureoi. napoléon, jetant un regard de muet reprocbi; IV m lotdats, poussa son chcTal Tcrs l'obus et se tint ao-dosos. Bientôt «pris l'esploslon «ctata. Quand la lOBêe se fut dissipée, on tU Mspoléon debout , Inpasjoe à c6té de son dicTal éTeniré. Cesl A la baiatUe a Arcis qoe Napoléon dit à quelques soldaU le priant de ««ftgnrr d'un endroit oà les boulets frappaient coup w cwiip : . Me» enfants, naaorei-Tous; le boulet qui

NAPOLÉON r'

de se retirer d'une situation oii il allait être pris entre les deux armées ennemies, sans pouvoir empêcher leur réunion , Napoléon conçut alors un plan digne de son audacieux génie; il se proposa de se jeler sur les derrières des alliés , au risque de découvrir Paris, de soulever en masse les populations belliqueuses des Vosges déjà fortement émues, de débloquer rapidement les garnisons des places de l'est, Metz, Strasbourg, Thionville, etc., de couper les communications des armées ennemies avec te Rhin et de les séparer ainsi de leurs magasins, de leurs parcs de réserve, de leurs équipages. Ce plan conçu. Napoléon se mit aussitôt à l'exécuter. Dans la nuit du 21 au 22 mars, il disposait eu conséquence sa petite armée : le duc de Tarente dut couvrir son départ d'Arcis-sur-Aube; les ducs de Raguse et de Trévise reçurent l'ordre de s'interposer, quelque temps, entre les alliés et Paris; et lui-même, dès le 22 mars au matin, il quittait la rive droite de l'Aube et se dirigeait à marches forcées vers Saint-Dizier, qu'il atteignit le 23, et où il fut rejoint, le même jour, par le duc de Tarente et Sébastiani.

55. Une lettre interceptée fit connattre aux alliés le plan de Napoléon. Grandes furent les épouvantes et les indécisions au quartier général des princes étrangers. On proposa tout d'abord d<s ne point laisser cet homme terrible à ses témérités, de revenir sur Troyes, de lancer une armée à sa poursuite, de l'attaquer sans cesse jusqu'à ce qu'on l'eût détruit, de ne pas le perdre de vue surtout. Mais les excitations des ennemis et des coalisés du dedans l'emportèrent sur ces conseils de la prudence. Quelques princes montrèrent des lettres reçues de Paris où il était dit : « Vous pouvez tout, et vous n'osez rien. Osez , venez *. Il lut arrêté que le prince de Wintzingerode, avec 10,000 hommes, se dirigerait sur Saint-Dizier, afin d'observer Napoléon et d'intercepter toutes ses communications avec Paris ; qn en outre, sans plus s'occuper de ce qui pourrait se passer sur leurs derrières, les deux armées marcheraient sur Paris, l'armée de Bohême par Vitry, Sézanne et Coulommiers , l'armée de SÏIésie par Montmirail et la Fertésous-Jouarre; qu'elles se réuniraient définitif

doit me tuer n'est pas encore fondu ». Pendant l'action, Napoléon se trouvatl aur le passage d*une cliarffe furieuse qui paraissait devoir tout emporter; U était pf rdu , lorsqu'un bataillon polonais , commandé par le brare Skzryneckl, se forma en carré pour recueillir l'empereur et le soustraire au torrent de la caTalerIc ennemie, n Les Polonais, dit M. Thlers, fiers du précleui dépôt confié à leurs baïonnettes, tlnrrnt ferme sous uur pluie d'obus et sous les assauts répètrs d'innombrables escadrons. » M. Thiebs, Histoire du Consulat et de VEmpiret tome XVII, p. 818. Ces braves gens se faisaient tuer pour sauver celui qui , deux fois , avait eu leur patrie entre ses mains et ne la leur avait pas rendue. La bataille d'Arcls-sor-Aube fut la dernière de celle campagne de France pendant laquelle Napoléon est devenu le héros populaire que l'on sait. Jusqùe-jft le peuple l'avait contemplé dans une sorte d'cm'pyrée. Mon ieulement U le tlt de près, et U fit plus que de l'ad- Dlrer} U se prit à l'aimer.

JVAPOLEON V^

Tcraent à Meaux , le 28 , et que le lendemain elles se présenteraient ensemble devant Paris.

La grande armée de Bohème se mit en mou- Yement le 23 mars, rencontra à Fère-Cliampenoise les corps de Mortier et de Marmont qui avaient ordre de convrir quelque temps Paris puis de rejoindre l'Empereur, les chassa devant elle malgré leur vigoureuse résistance, les sépara d'un corps de gardes nationaux qui venaient les renforcer, écrasa ce dernier corps qui, ne voulant pas se rendre, mourut aux cris de Vive r Empereur (24-25 mars), et continua sa marche vainement attardée par les duc8 de Trévi^e et de Ragttse qui allaient de l'armée de Bohême à Tarmée de Silésie , les devançant partout pour leur faire partout obstacle. Les deux armées ennemies arrivèrent ainsi presqu'en même temps à Meaux» le 29 mars au matin et passèrent ensemble la Marne.

Dans la même journée les populations de la campagne, traînant confusément à leur suite des femmes, des enfants, des infirmes, leurs dernières provisions, des meubles, des bestiaux, envahissaient les barrières et les faubourgs de Paris et remplissaient les places, les boulevards, annonçant que derrière elles accouraient des multitudes innombrables d'hommes , de chevaux, de canons, que ces multitudes, aux aspects les plus divers, étaient précédées de hordes hideuses, effroyables, mobiles comme des tourbillons de poussière , comme des volées d'oiseaux de proie, et que toute cette immense cohue, étrange, en armes, s'avançait en |X)ussant sur sa route une seule clameur : Paris, Paris, Paris 1

Le mouvement de Napoléon sur Saint- Dizicr n'impliquait pas l'abandon de Paris; bien loin de là, il devait en être le salut, car il tendait à placer les armées ennemies dans une telle situation qu'elles allaient avoir à défendre leurs communications avec l'Allemagne; les obliger de revenir en arrière, transporter la lutte sur le Rhin, c'était sûrement d^ager Paris. Mais il fallait que le mouvement projeté eût le temps de s'exécuter, et pour cela il était nécessaire que Paris, s'il venait à être attaqué, ne succombât pas à la première agression*

Or, depuis trois mois que les étrangers étaient en France, rien n'avait été fait pour mettre Paris à l'abri d'nn coup de main.

lin conseil de défense de l'Empire, formé à la fm de 1813, s'était assemblé, avait discuté, étudié des projets, mais sans rien résoudre. Au dernier jour il se trouva qu'on n*avait point fait sur les liauteurs avoisinant et dominant Paris, aux approdics les plus menacées, les travaux de fortification qui eussent été nécessaires pour arrêter, un moment, les armées ennemies.

11 y avait à Paris et dans les environs quelques centaines de pièces d'artillerie de gros ca^ libre, suffisamment approvisionnées ; 20,000 fusils de munition; des dépôts de ré;:imenfs, des cavaliers démontés, des officiers sans emploi,

d'anciens soldats, formant ensemble de 30 à 35,000 hommes; 12,000 gardes nationaux org;^ nisés , mais non tous armés ; enfin une oombrcuse population ouvrière, patriottqtM, aDÎmée, de laquelle on pouvait aisément tirer, pour soutenir un siège et faire la guerre des rnes, plm de 100,000 coml)attants. Mais on n'avait rica fait pour donner un corps à ces moyens de défense, pour mettre toutes ces forces en disponibilité. Pas d'ateliers improvisés pour la fatmcalion et la réparation des armes. Les pièces d^artillerie restèrent presque toutes dans leors parcs; quelques-unes seulement furent traînées aux barrières du nord et sur deux ou trois points des hauteurs de Montmartre et de Belleville. Les fusils de munition demeurèrent suspendu» à leurs râteliers. On oublia dans leurs catçemcs de Yersailles, Saint- Denis, Courbevoie, etc , les hommes de dépôts, les cavaliers démontés. Oo repoussa les officiers sans emploi comme siis- ])ecls de sentiments républicains. On refusa de> armes aux ouvriers, aux bourgeois, aux ancie»» soldats qui en demandèrent; à quelques- ud» seulement, en petit nombre, on consentit à délivrer des piques, mais moyennant dépôt préalable d'une somme représentant la valeur de l'arme. Quelqu'un, on homme d'État, proposa à un ministre d'inviter les citoyens à faire an barricades, à transporter les pavés dans le haut des maisons, à se tenir prêts à résister dans chaque me. « Y pensez- vous? dit le ministre effrayé, ce sont des moyens révolutionnaires ; que dirait de moi l'Empereur? » C'était un homme fidèle, d'une bravoure éprouvée, ayant traversé la révolution, qui s'exprimait avec cett« réserve en un pareil moment.

Paris était livré moins encore par la trahisoe que par l'ineptie. L'Empire avait tné la faculté de l'initiative et de la décision. A rineptie des fonctionnaires grands et petits, se joignaient la lassitude de la lutte, le désespoir du triomphe, l'impatience d'en finir avec une défense qui semblait désormais impossible, le travail secret des hommes de parti.

En apprenant l'arrivée des armées ennemies, le conseil de régence s'assembla à la hâle aux Tuileries. L'impératrice, le roi de Rome, le conseil de régence devaient-ils rester à Paris ou se retirer à Blois ? Telle fut la question posée. M. Bov- Idy (de la Meorthe) proposa fortement de rester; quelques autres opinèrent en ce sens, notamment M. de Talleyrand. Seul à peu pr^s, le ministiede la guerre, Clarke, soutenait que Paris ne pouvait se défendre. Malgré cet avis, la majorité se prononçait manifestement contre le départ. Mais il y avait une lettre écrite par Napoléon au lieutenant général, le roi Joseph, lettre fatale, conçue en ces termes :

Heima, 16 mars t8U.

c Mon frère , conformément aux instructiont vrt baies que Je vous ai données et à Tcsimt de toute*

oiea lettres, ▼on» ne detex pas pcnneltre que, dans aucun cas, riinpératricc et le roi de Borne ttunbcnl entre les mams de l'ennemi Je vais mancpuvrer de manière qu'il serait possible que vous fussiex plu- Bfnrs jours sans a\oir de mes nouvelles (I ). Si l'ennemi s'avançait sur Paris avec des forces telles que toute résistance devint impossible, faites partir difis la direction de la Loire la régente, mon fils, les grands d^guitaircs. les ministres, les officiers du sétut, les présidents du conseil d'État, les grands oriiciers de la couronne, le baron de la Bouillerie et le trésor. >'e quittez pas mon fils, et rappelez- TOUS que je préférerais le savoir dans la Seine plutôt que dans If s mains des ennemis de la France ; le lorl d'Astyanax, prisonnier des Grecs, m'a toujours para le aort ie plus nuriheiirettxde i'bistoire. ■

Mapoléon.

Celle lettre, diaprés le roi Joseph et le prince Caïubacérès, ne permettait pas de donner suite à l*avis de la grande majorité du conseil ; la régence et tout le gouvernement devaient partir de Paris pour se rendre, comme il était commandé, dans la direction de la lA>ire.

Cette décision fut prise dans la naît du 28 au 29 mars.

Le 29 mars au matin, les Parisiens consternés rirent défiler des Tuileries les voitures et les fourgons dont le départ signifiait que toute résistance était jugée impossible. En môme temps circulaient dans les rues deux proclamations : Tuoedu roi Joseph, Tautre, sans signature, mais portant un titre assez expressif : Nous laisse' rons-nous piller P Nous laissfrons-nous brûler? Celle-ci était un violent appel à un soulèvement populaire ; elle inspira plus de peur que d'énergie. Les riclies craignaient pour leurs hôtels, (>our leurs magasins , d'autres voleurs que les Cosaques. La proclamation dn roi Joseph voulait être rassurante; en réalité, elle ne l'étaii pas. On y recommandait, en somme, « une courte et vive résistance pour laisser àrEoipereur le temps d'arriïer »,

Résister! Comment? Rien n'avait été organisé; tout avait été paralysé. On n'avait sous la main qne les corps des marécliaox Marmont et Mortier, des débris poussés et rejetés sur Paris par les armées étrangères elles-mêmes, plus 12,000 gardes nationaux k peu près, en tout moins de 30,000 hommes contre deux armées déplus de 100,000 hommes chacune.

La veille de la bataille, les maréchaux Marinont et Mortier avaient eu de la peine à joindre te ministre de la guerre, le lieutenant général de rEmpereur, les diverses autorités supérieures. Peu ou point d'entente, de plan concerté ; partout des préparatifs improvisés À la dernière lieure, mal combinés, insuffisants.

Le 30 mars au matin, on vit des hauteurs de Montmartre, deBelIeville, etc., des multitudes en armes qui s'avançaient, se massaient, prenaient

U) Prérisfon do mouvement sur Salnt-Dixler, sur lei <icmères des ennerata, noavemcDt déjà presque arrêté daus la pensée de Rapolèon.

position, puis des feux qui s'allumaient, l'aîr sillonné de projectiles enflammés, une fumée épaisse qui s'élevait au-dessus des troupes lointaines. La bataille s'engageait; Paris était attaqué.

A midi nn quart, le roi Joseph, d'après l'avis unanime du conseil de défense qui l'entourait, jugeant qu'il était impossible de prolonger U résistance, adressa aux maréchaux Marmont et Mortier « l'autorisation d'entrer en pourparier * avec l'ennemi et de se retirer sur la Loire.

Cependant la lutte continuait sur tou^ les points envahis, vers la barrière de Clicliy et de la YUlette à Belleville. Mais l'artillerie vint à manquer de munitions, bien qu'il y eût à Grenelle d'énormes dépôts de poudre. En quelques endroits les artilleurs avaient reçu des ohiu pour des boulets, et des boulets qui n'étaient pas de calibre; ailleurs des cartouches contenant, au lieu de poudre, du son, du cliarbon pilé, de la cendre. Les élèves de l'éoole d'Alfort gardaient ie pont de Charenloa, et ils y avaient mis des fougasses pour le faire sauter quand ils ne pourraient plus le défendre; il se trouva que des mains inconnues avaient détruit ces moyens incendiaires. Les barrières du midi n'étaient pas attaquées; des postes y suffisaient pour la surveillance : on y envoya trois balai lions de gardes nationaux; malgré leurs réclamations &n ne les rappela pas pour renforcer les points où la résistance llëcbissait. Mille faits particuliers accusèrent, en ce moment de maliieur, la présence, occulte mais partout active» d'un esprit de ver* tige et de trahison (i).

Par un hasard qui ne s'est pas encore expU* que, l'autorisation « d'entrer en pour|)arler », partie do Montmartre à midi un quart, n'arriva pas à sa double destination dans le temps voulu. Les chemins étaient bien interceptés sur le devant des troupes, ils ne Tétaient pas sur leur derrière. Or, de Montmartre à Belleville où luttait ie duc de Raguse, et de Montmartre à la Villette où luttait le duc deXrévise, il n'y avait, par l'intérieur, qu'un trajet de demi-heure à peu près pour un homme à cheval. La note du roi Joseph fut remise en double expédition à deux officiers de l'état-major de la place de Paris» alors commandée par ie général Hullin. On ne sait pas avec certitude k quelle heure le duc de Raguse reçut l'expédition qui lui était destinée; mais l'on sait qu'il fut le premier à recevoir l'autorisation de traiter, et l'on sait de plus que la coalition des ennemis de l'intérieur avait déjà les yeux sur ce personnage. Quant au duc de Tré-

(l) Le« Mi» qui précèdent et d^antres son œotn« aignlflCJUtk sont rapportés dans un ouvrage écrit par un témoin oculaire i De la bataille et de la capitulation de Paris, etc., par Pons (de Pnéraolt). In «•; ParU, ISÎS. D'autres historiens témoignent des raémrs faits, notamment M. de Vaulabellc, dans son IJtstoiredes deux BeUaurationt, M. Louis Blanc, dan» son Histoire de Dix ans, etc., M. ElUs Reguanlt, hUtoire de l'Empereur Napoléon, etc.

3î>3 NAPOLÉON T'

TÎse dont personne ne songeait à tenter la droiture militaire, il ne reçut aTîs de l^autorisation que fort lard, vers cinq heures, alors que déjà le duc de Raguse avait conclu une de ces conventions qui sont les préliminaires d'une capitulation forcée. Toutes les hauteurs dominant Paris du côté de Montmartre et Belleville avaient été abandonnées; les étrangers les occupaient : la continuation de la résistance était impossible, et l'on n'avait que deux heures pour se résigner à capituler. Tel était l'armistice conclu par le duc de Raguse.

Pourquoi ces messagers attardés , puis dirigés yers le seul chef militaire qui parût résolu d'en finir? Avait-on hésité tout d'abord à profiter de l'autorisation de traiter, puis s'était- on tout d*un coup décidé à précipiter une conclusion , dans le sens d'une capitulation ? Il n'est pas interdit de chercher une explication à ce mystère dans un incident qui était survenu.

Vers une heure, c'est-à-dire avant que la note du roi Joseph eût été remise, il était arrivé à Paris un aide de camp de l'empereur, le général Dejean, disant, répétant que l'empereur accourait sur Paris, qu'il y serait dans la matinée du 31 mars, qu'il fallait tenir, tenir à tout prix, un jour seulement, que les ennemis allaient être surpris, qu'il n'y aurait qu'une bataille, qu'après, une secrète négociation étant déjà engagée, la paix était assurée, etc.

Cette annonce, ces assurances, le général Dejean les avait d'abord portées à l'état-major de la place, puis sur les traces du roi Joseph, déjà parti , quMI avait atteint au bois de Boulogne mais sans pouvoir le retenir, puis à la Villette, au quartier général du maréchal duc de Trévise; et celui-ci, accueillant avec joie l'heureux messager, s'était hâté d'adresser au prince de Schwarzenberg une demande d'armistice de vingt-quatre heures; le brave homme voulait gagner du temps, beaucoup de temps, et il espérait que l'on ne Terrait pas son jeu. Mortier attendait encore la réponse du généralissime des armées ennemies, lorsqu'il reçut, vers cinq heures, la notification de l'autorisation de traiter parle roi Joseph, et bientôt après la visite de deux officiers, un Autrichien, Paer, un Russe, Orlof, venant du quartier général du maréchalduc de Raguse, avec une sommation de se rendre en vertu des préliminaires de capitulation arrêtés entre Schwarzenberg et Marmont. Le maréchal duc de Trivise refusa de croire à cette nouvelle. Sur l'offre qiît lui fut faite d'envoyer un officier français pour s'assurer des faits, il cliargea le général Delapointe de se rendre auprès du maréchal Marmont; le général Delapointe revint bientôt avec les deux parlementaires, Orlof et Paer, qui l'avaient accompagné, ayant de plus avec lui le ministre russe Nesseirode et le capitaine anglais Peterson, tant on tenait dans le camp ennemi à mettre fin à la dangereuse résistance du duc de Trévise. Les faits allégués se trouvaient vérifiés, confirmés

par tous les témoignages. Le maréchal Mortier ne consentit pas encore à céder. On écarta quelques conditions dont il s'était montré blessé. Marmont arriva ; il paria à son collègue sur lequel, d'ailleurs, il avait le commandement. Mortier cessa de résister, et Ton se rendit ensemble dans un cabaret voisin de la Villette, où deraitse signer la capitulation.

Cependant, Napoléon, à Saint-Dizier, n'avait pas persisté dans son mouvement projeté pour transporter la lutte sur les bords du Rhin , £oit parce qu'il avait rencontré dans son état-major une telle opposition qu'il dut craindre d'être mal secondé dans une entreprise qui exigeait le concours de tous les dévouements, soit parce qu'il avait espéré entraîner les alliés à sa suite et que, cet espoir ne se réalisant pas , son imagîoation lui représenta vivement tes horreurs d*uoe ville comme Paris prise d'assaut. Toutefois Napoléon perdit trois jours à savoir qu'il n'était pas suivi; faute énorme, dit-on; mais dans les crises extrêmes , il y a des fautes qui sont des nécessités. Arrivé à Saint-Dizier le 23 mars. Napoléon se douta le 26 seulement qu'au lieu du coips entier de Wintzingerode , il n'avait devant loi qu'un rideau de troupes pour lui faire illosion; il le fit attaquer, le trouva sans consistance, le culbuta, comprit tout, rallia au8^t6t ses colonnes et partit. De Vandœuvre où il était le 20 mars, il expédia sur Paris le général Dejean, avec l'ordre de tenir à tout prix deux jours. De Troyes, 29 au soir, autre message, le général Girardin, avec le même ordre de tenir à tout prix ; en outre, H traça un itinéraire, prit diverses dispositions pour que l'armée pût arriver sur Paris le 2 avril au matin ; puis, comme sa présence à Paris devait donner aux forces qui s'y trouvaient déjà une incalculable valeur. Il se jeta dans une voiture de poste, le 30 mars avant le jour, avec le prince de fteufchàtel et le doc de Viccnce. Le même jour, à dix heures du soir, il atteignait Fromenteau, près les fontaines de Jnvisy, à cinq lieues de Paris. Pendant qu'on relayait à la hâte, Napoléon que les gens de la Cour de France (1) ne reconnaissaient pas , vit passer quelques soldats barrasses de fatigue et dans un atTreux délabrement. Il demanda à parier à l'officier qui en était le chef. Le général Belliard , du corps de Mortier, commandait ces hommes ; averti de la présence de Tempereur, il accourut avec les débris de son état-major. L'Empereur, immobile et en apparence impassible au milieu d'un cercle d'officiers qui pleuraient, apprit du général Bdliard tout ce qui s'était passé depuis deux jours à Paris : ta fuite du gouvernement; l'insuffisance et le désordre des préparatifs de défense; l'héroïsme inutile du petit nombre de gardes nationaux qui avaient été appelés à seconder l'armée; la fureur des faubourgs à qui l'on avait refusé

(1) Nom de raaberge de Froroentean où se tenait la poste aax clieraus de ce dernier rclal de Paris.

des fasils; la stapeur hoirible de la population parisienne; la signature de la capitulation.

Le général Belliard se trompait : le 30 mars, à i àh heures du soir, la capitulation n'était pas encore sign^; le maréclial duc de Trévise a^ait qqitté les conrérences , fort indigné, les articles de la capitulation éUnt à peu près conTenns; c'était toat ce qu'il savait; le .reste, il le supposait.

A six heures , on s'était réuni , comme nous i'afons dit, dans un cabaret de la barrière de la Yillette. Là se trouvaient, de la part des étrangers : le colonel Orlof , aide de camp de l'empereur de Russie , le colonel Paer, aide de camp da prince de Schwarzenberg , assistés du mi- Distre russe Nesseirode et du capitaine anglais Peterson ; de la part de la France, il n'y avait que le maréchal duc de Ragose, représenté par les colonels Fabvier et Denys de Danrémont; point de représentant de la part du maiiichal duc de Tré- Tise; point de représentant de la part du général d'Ornano, commandant les dépôts et détachements de Paris ; point de représentant de la part da maréchal Moncey, duc de Conegliano, commandant les gardes nationales de la Seine; point de représentant de la part de la ville de Paris.

La conférence dora longtemps, troublée par les protestations du maréchal duc de Trévise, qni partit enfin ayant obtenu pour 8on corps d'araiée les conditions quMl avait vtfnlues. Cependant on était tombé d^accord sur les points principaux; mais II était tard, et l'on remit la signature des articles à une nouvelle et prodiaine réunion. Le duc de Raguse rentra dans Pans, avec les plénipotentiaires étrangers qui ne le quittaient plus et qu'il emmena souper cbez lui, dans son hôtel de la rue Paradis-Poissonnière. Là toutes les intrigues de la coalitiou intérieure s'étaient donné rendez-vous, et elles attendaient le malheureux Marmont. Pendant la soirée, son esprit fut en proie aux prestiges et aux séductions d'une fausse opinion parisienne.

A deux heures du matin, 31 mars, la capitulation de Paris fut signée.

Talleyrand, l'habile meneur de l'événement, écrivait à la même heure :

30 mars (soir) 1814.

• Voiii, chère amie, une bonne nouvelle. Le mar^haJ Marmont vient de capituler avec son corps. C^t l'effet de nos proclamations et papiers. Il ne not plus servir pour Bonaparte contre la patrie (I)... >

Cependant la population parisienne, ignorante de ce qui se passait, savait seulement qu'on ne ^ battait plus. Le sommeil n'était pas descendu ^r la ville en même temps que la nuit. Partout

J» Cette lettre euriente, Jutqald iDédite, a été pa< "^ d«a« le recueil lotitalé VMmaUur d*autoaraphes, ^dQi«r (évrter 186S, p. 45. U lettre estadreuée à la du- «o«e de Courlande.

des groupes aux pas des portes. Au moindre bruit, toutes les fenêtres s'ouvraient, des lumières apparaissaient; on regardait, on écoutait. Pour les uns, l'empereur arrivait, avec une grande armée victorieuse; les chefs étrangers, prisonniers de guerre, obtenaient la paix à de dures conditions. Paris était délivré. D'autres, au contraire, savaient que les Cosaques et les Baskirs commençaient à errer par la ville, mêlés aux voleurs échappés des prisons ; ils écoulaient les cris , ils montiiaient les flammes s'élevant déjà des lieux envahis ; c'était la rouge réverbération des feux des bivouacs ; c'était la vague répercussion des clameurs poussées par les postes les plus avancés. Mais la population souffrait impatiemment ces messagers de la peur ; elle les poursuivait de sa colère; un d'eux fut même tué. Paris avait conscience d'être la digne capitale d'un peuple d'héroïques soldats et de contenir plus de cent mille combattants prêts à mourir pour l'honneur et le salut de la France. Paris ne pouvait pas croire qu'il eût été abandonné par le grand empereur et qu'il n'y eût pas, quelque part, un homme, placé par lui, qui, au dernier moment jugé opportun , allait apparaître, rallier tous les efforts, leur donner une direction. Quelques coups de fusil dans les faubourgs, un seul cri : l'Empereur I et toute la ville était debout. Vaine illusion du patriotisme et d'un juste orgueil national ! Paris était bien abandonné, livré, et les seuls hommes qui eussent pu susciter et coordonner des moyens de défense, couraient éperdus , les uns à Bondy, au camp des souverains alliés, auprès des nouveaux arbitres de la puissance, les autres, imbéciles de peur, sur la route de Blois.

Le 31 mars , à midi, l'empereur de Russie, le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg fhrent leur entrée dans Paris, à la tête d'une partie de leurs troupes. Dès la veille au soir, il circulait dans les rues une proclamation dont les termes étaient trop habilement conçus pour n'avoir pas été dictés par la coalition intérieure. On y lisait : « Depuis vingt ans, l'Europe est. Inondée de sang et de larmes. Les tentatives pour mettre un terme à tant de malheurs ont été inutiles, parce qu'il existe dans le pouvoir même du gouvernement qui tous opprime un obstacle insurmontable à la paix. Les souverains alliés dierchent de bonne foi une autorité salutaire en France qui poisse cimenter l'union de toutes les nations et de tous les gouvernements. C'est à la ville de Paris qu'il appartient d'accélérer la paix du monde... Qu'elle se prononce, et dès ce moment l'armée qui est devant ses mors devient le soutien de ses décisions... »

On ne pouvait pas mieux dire pour provoquer les Parisiens à chercher le salut commun dans le prompt abandon du gouvernement impérial.

L'empereur Alexandre, entouré, assiégé par les agents du parti royaliste, qui eurent tous les honneurs de la première journée, signa, laissa

publier, le 31 mars, no manifeste cléclarant que i'£urope ne traiterait plus avec Napoléon ni avec aucun membre de sa famille. C'était un décret de déchéance, dans lequel on faisait en outre mention des « rois légitimes » de la Fiance.

Le lendemain, ce fut le tour des réTolutionnaires. Les royalistes Tavaient emporté au delà de toutes les prévisions. Point de mesure possible dans les catastrophes. Les révolutionnaires, pour ne pas rester au-dessous des royalistes, rivalisèrent avee eux de violence. Il semblait à chacun que, pour arracher la France aux étrangers, pour avoir le droit de la représenter et de parier en son nom, il fallait avant tout séparer sa cause de celle de Napoléon. C'est ainsi que Ton se montrait à Tenvi le plus ardent danscette abjuration de TEmpire. Ce fut comme une émulation de fureur dans l'apostasie.

Dès la nuit du 3i mars au l^r i^vril, Talleyrand avait convoqué les sénateurs au palais du Luxembourg. Ainsi le voulait la déclaration des souverains qui avaient déféré au sénat de nommer un gouvernement provisoire. Des sénateurs, il ne devait pas y en avoir à Paris ; Ja régence avait dû les emmener avec elle ; mais elle était partie sans s'assurer si elle en laissait ou si elle n'en laissait pas ; et il en était resté un certain nombre, dont plusieurs du parti ré- Tolutionnaire qui s'attendaient à Tévénemeot. On eut toutefois de la peine à les réunir; le scrutin dut rester ouvert presque tout le jour; on alla chercher cliez lui plus d'un sénateur qui se cacliatl. Mais la fraction révolutionnaire n'avait pas manqué à l'appel, et cela suflisait pour un semblant de séance. Talleyrand sortit du palais du Luxembourg avec une sorte de décret en forme d'extrait du procès-verbal (i), nommant un go<ivemement provisoire dont il était président et qui avait pour membres :

Le sénateur comte de Beurnonville , ancien familier du duc d'Orléans, fonctionnaire émérite de r£mpire, courtisan écooduit, mécontent, homme de seconde main ;

Le sénateur comte de Jancourt, homme énergique et protestant de religion ( il fallait un gage an protestantisme, car le mouvement qui emportait l'Europe était en grande partie catliolique); Jaucourt avait figuré dans les assemblées de la révolution , parmi les hommes du mouvement ; il était fort lié avec la famille Neckcr dont tout le monde connaissait les iloctrines libérales, les affinités orléanistes et l'hostilité contre Temperenr Napoléon ;

Le duc de Dalberg, conseiller d'État, ancien ministre de Bade à Paris, neveu du prince primat, qui avait joué un rôle dans la sécularisation des principautés ecclésiastiques d'Allemagne, ayant lui-même coopéré h ces réformes anti-cléricales, de plus soupçonné de certaines com*

(1) Le procès-verbal en question portait à la fin da VDur M votaatt. Le téaut comptait alors lis membres.

lisances dans l'affaire du duc d'Enghien; le duc de Dalberg, qui devait beaucoup à Napoléon, représentait la révolution cosmopolite;

L'abbé de Montesquieu, ayant jadis sîé^ an o6té droit de la constituante, depuis ayant Cùt partie, avec iioye^Collard, Dandré et anlres dn comité secret qui dirigeait de Paris, sous TEmpire, les affaires du comte de Provence ei de l'émigration; homme fin et doux de formes, un peu sceptique, enclin aux transactions, qof Talleyrand appelait « Mon drapeau blanc » ; il n'en eût pas souffert un autre.

On adjoignit bientôt après à ces cinq membres deux seerélaires généraux, l'un, Dupont (de ^e• mours), homme de la révolution, l'autre Roux- Laborie, du parti royaliste.

11 fut remarqué dans le temps que Talleyrand n'avait mis dans cette commission du gouTemement provisoire que des familiers et des intimera lui, et comme il le disait, sa labU de whist.

11 n'était que tempa pour les révolutioonaires de prendre la direction du mouvement : la veille, dès le 31 mars au soir, les royalistes, pres&entuil ce qui allait sortir du palais du Luxeml>curg, s'étaient agités an conseil départemental et municipal de Paris, et là, ils avaient obtenu le voie d'une adresse qui était un rapiHil sans réserve des Bourbons. Depuis le i*^ avril au Kuatio, cette adresse figurait sur tous les murs de Pari». 11 eût été possible de faire un manifeste national de cet acte violemment royaliste du conseil municipal de la capitale de la France.

A peine constitué, le gouvernement provisoire s'empara de tous les ministères, de tontes les administrations, notamment de la direction des postes , où il mit un homme de sa coterie, Fauvelet de Bourrienne, alors tout initier à Talleyrand. Les journaux lui échappèrent et passèrent , presque tous, dans les mains des royalistes; ils n'en furent que plus emportés dans leur subite conversion. La veille encore, le public n'avait connaissance que des vertus de l'Empire, de ses victoires et de la certitude de son triomphe; le lendemain, il apprit tout d*un coup que TEmpire était le mensonge, le crime , l'oppression; que la France, heureuse et fière d'ôtre enfin délivrée de l'Empire, saluait l'ère delà paix et de la liberté , etc.

Le 2 avril, le sénat déclara que Napoléon Bonaparte était décliu du tr6ne , lui et sa famille , et que le peuple et l'armée étaient déliés envers lui de leurs serments de fidélité.

C'était assez, et même trop, pour obéir à la violence des événements. Pourtant, le sénat qui, le 2 avril, n'avait pas eu le temps de motiver ses décrets de déchéance, chose nullement nécessaire, rendit le 3 avril, un autre décret fort long, où se trouvèrent énuroérés tous les griefs que l'on pouvait avoir contre l'administration impériale. Le public crut rêver en lisant cette énuroération de forfsits dont le sénat n'avait jamais cessé d'être l'apologiste enthousiaste , le

compifoe ardent, a>slda. L'abbé Grégoire a dit plus tard de cet acte d'aocosation contre rSinpire : « Il y avait trois ans qoe je le préparais ». Au reste, tout n'était pas bassesse et làcbeté dans ces récriminations ; le sénat les faisait en vertu de certaines maximes des institutions modernes; c'était une manière de sanctionner des principes que Ton croyait à cette beure fortement menacés. Le parti rérolottonnaire comprit cette tactique à demi-mot; de là une muette entente qui propao;ea le plus les défections. On réa^i.'^sait eontre l'Empire au nom de ta liberté ; on ne pouvait pas invoquer autrement la liberté et la rappeler.

Le» membres du corps législatif présents à Paris adhérèrent aux actes du sénat, le 3 avril, CD insérant toutefois dans leur manifeste plus de rojali.sme que le sénat n'en admettait. A partir do 3 avril, on vit successivement arriver an goureraement provisoire et au sénat les adhésions collectives ou individuelles de toutes sortes de personnes et celles des corps constitués. Les insignes de l'Empire disparurent de tous lesédi- Uc«?s publics.

Le h avril, le gouvernement |m>visoire adressait an peuple français une proclamation dont quelques parties méritent d^ètre citées, car elles lefiiûignent des jugements portés , à ce moment, sur le gouTemement et l'œuvre de Napoléon.

• Français, an sortir des discordes civiles, voua vsn chàsi pour clief un boninie qui paraissait sur b scène du monde avec les caracltres de la grandeur. Yoos avez mis en loi toutes vos espérances; «s espérances ont été trompées. Sur les ruines de l'anarchie, il n'a fondé que te despotisme... il a détniit tont ce qu'il voulait créer, et recréé tout ce '|Oli voulait détruire. Il ne croyait qu'à la force; ^ force l'accable aujourd'hui i juste ratour d'une ambition insensée!... Napoléon nous gouvernait cooune on rui de barbares : Alexandre et ses magnanimes alliés ne parlent que le langage de i'hon- Hfor, de la justice et de riiumanité. Ils viennent ï^coiidlier avec l'Europe un peuple brave et maliMareax... Nous avons roonn les excès de la licence pofiulaire et ceux dn pouvoir absolu; rétablissons UTënlable niooarcbie, en limitant, par de sages ^* les pouvoirs divers qoi la composent... Fran- <.w, rallions-nous : les calamités passées vont finir, Cl la paix va mettre un terme aux bouleversements 'le l'Europe... la France se reposera de ses longues ^talions, et, mieux éclairée par la double épreuve ^ l'anarchie et du despotisme, elle trouvera le iK)nbeur dans le retour d'un gouvernement tutéhire. ■

Notons un antre signe de l'esprit public en ce nu)ment : à la Bourse de Paris, le cinq pour cent ^tait, le 29 mars, à 45 francs. Le 30 mars, jour de la bataille, point de Bourse. Mais le 3 1 Jour de l'entrée des alliés à Paris, le cinq pour cent s'élevait à&ibïkl fr. 50 cent., pour atteindre, le !««• avril, 51 francs; le 2 avril, 52 francs; le 4 avril, 57 fr. ûO cent.; le 5 avril, 63 francs 75 centimes.

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