MUSÉE — MUSET
Scfarader. préCioe de son édlt — Hoffinaon, BtfMo0rapiUscàes Uxieon.— Rronet, Manuel du Libraire,
MrsBLi.1 ( Giovanni-Giacomo , marquis ) , antiqDaire italien, né le 9 septembre 1697, à Yéfooe, où il est mort, le l*' août 1768. D'une ancienne et noble famille, il s'appliqna à l'étude des DiédaiUes et de« antiquitéfli, et publia les ouvrages suivants : Numàsmala antiqiui collecta et édita; Vérone, 1750, 3 vol. i»-fol., dédié an roi de Pologne;— iln/jgi(t/a^ù Reliquix colleciKf tabulas indsœ et expiicationibus illustratœ; ibîd., 1756, 3 vol. in -fol. Ces deux ouvnij;^, réunis en on seul , furent réimprimés sons le titre suivant : Musxum Musellianum; Vérone, 1760, 5 voL in-fol. Muselli a laissé encore un grand nombre de manuscrits précieux. P.
DiztonarU* %torico Bastanese,
■CSK» EGI ( .f7ario), arcbitecte et archéologue italien, né à Catane, en 1778, mort dans laradme ville, le 24 juillet 18ô2. Après de for* tes études littéraires, il s^adonna à rarchitectare, prenant sortoot pour modèles les monoments de Tantiquité. C'est ainsi qnll se forma le style grandiose et pur que l'on retroave dans les monuments qu'il projeta on exé cola. Panm* les derniers, les plus remarquables soolt la prison fnrovinciale de Catane et les dottrès dn «ouvent des Bénédictins. Ces édifices font vivemeiit regretter que tous ces projets n'aient pas été mis à exécution, et que sur ses dessins on n'ait pas élevé la ftiçade de l'église des Bénédictins et réuni les hospices des orphelins et des pauvres, les hôpitaux de Saint- Mare et de Sainte-Marthe, enfin lestribimanx et l'intendanee de Catane. En f818, Mnsemed avait entrepris en Italie un voyage, pendant teqnel'raménité de son caractère, son talent d'ardntecle et ses pfofondes connaissances archéologiques In valurent d'illustres amitiés, qui ne lai firent jamais défaut; 11 suffira de citer les MHDS de Canova, de Thorwaldsen, du chevalier AveHno, du comte Léopold Cicognara, de Zanth, Hiftoifr, Quatremère de Quincy, etc. Depuis tSlO, llhisemMi était Tun des députés examinatenrs de la Sîdie ; en 1820, il fut nommé ingénkor des ponts et diaussées de la province de Catane. En 1824, en compagnie de sept autres savants catanais, il fonda Pacadémie Giœnia eottsterée à l'étude Aek sdences natureHes, et il ea M Jusqu'à sa mort l'un des membres les plus aelifs. En 1629, il fut choisi pour professeur d*as^ileoiture civile à l'université de Catane, «i ce fut à celle oocasion qu'il composa nn excellent diseoors Infitidé : Introduction à f histoire de rAreMieoture, En 1830, il devint membre de la eammisflion des antiqaftés et des beaux- arts de Catme. Kn 1845, il (H partie du septième congrès des savants italiens asseraiblé k Naples, et y lat un mémoire fort epfftanrlt sur eette qoestion : «Qod profit l'andiTlPclore, dans l'état actuel desisonnaissarnses, peut^ile retirer de^ déeon vertes monumentales? » Enfih, en 18&2, fors
de la formation du Conxiglio edilizio de Catane, Musemed en fut un des premiers membres ; mais ce fut pour peu de temps. La même année , il fut enlevé par une attaque d'apoplexie; il fut inhumé dans l'église de Santa- Agat^-la-Vetere, où un élégant monument, élevé sur les dessins do jeune architecte Patti, porte son buste sculpté parle fameux sculptcnr sicilien Giuseppe Cali.
Musemed fut memhre de la plupart des académies et Bodétés savantes, artistiques et IKtéran*es de Tftalie , et c'est dan? leurs actes que l'on doit chercher ooe partie de ses œuvres archéologiques et antres. Plusieurs cependant ontr été réunies ea deux voluines in-8* , publiés à Catane de 1845 à 1851 et intitulés : Opère ai-eheologxche ed artistiche di Mario Wttsemeci, Parmi ses écrits, on remarque Cenni criticf soprà un rudere scoperto in Catania nr! 1818, publiés en 1819 et 1845;— Schiarimenti ad un passo di Cassiodoro ; Pise, 1827; — DelV anfico Uso di diverse specie di Cartn e del Magistero difabbriearla; Catane, I82î> et 1845; — Memorie suîV Bruzione delV Etna vicino Bronte, net novembre 1832; — Sutlr. Sirade a ruota nelle patudi die hann»
Sàaeee in mare e principalmente net Pontanelli di Siracusa ; 1945; — Del peso âa darsi alla storiaoïello *studiare, le antiche produzioni delV arte; Catane, 1845 ; — Studio ad un nuovo comento ad un passo dé Vitruvio del libro *terzo proposto al Cav, Avellino, etc.; 1845. E. Breton.
DoeumenU partie.
■rsfiT ( Colin ), célèbre ménestrel français, né an commencement dn treizième siècle. A la fois poète et ronsicien, comme la plupart des ménestrels de son temps. Colin Muset allait de château en château, chantant ses poésies en s'acoompagnant sur la vielle (1), instrument dont il jouait fort bien. On trouve dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale de Paris, numéros 65 et 60 ( fonds de Cangé ), trois ohansouft notées de la composition de Colin Muset. Dans cdle de ces chansons qui commence par ces vers:
sire qnens fat -vlélé DefMft VM «o vostre «lUfl,
il nons fait connaflre qn*îl étaft marié et qoll avait une fille. 11 paraît dn reste que Texercice de son talent lui procurait une certaine aisance ainsi qu'à sa famille ; car la même Chanson nous apprend qu'il avait me servante pour sa femme, un valet pour soigner son cheval, et que lorsqu'il revenait diez loi, sa fille tuaK les chapons pour fêter son retour. Quelques auteurs^ disent que Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre, le prit à son service et le fixa auprès de sa personne On lit dans l'Essai sur la
(f) L.1 vielie ou vMt m lonalt airvc un archer, con^nc le vkoUn. Cet instruaipnt n'a«n)t point de myiport ai^ifc celui que l'on désigne au)onrci*hiii houa h* nom oe nielle; «t qui s'appelait rate dans l'ancien tangni^c françab.
MUSET — MUSITANO
Musique f de La Borde, que l'esprit de Ck>lin Musetl'éleTa aa grade d'académicien de Troyes et de Provins. A cette époque il n'y avait pas ^'académies en France, et il est probable que La Borde a voulu parler des concours que le roi de Navarre avait établis à Troyes et à Provins |K>ar les chansons. On a dit aussi que Colin Muset contribua pour une grande part à Pérectk>n dn portail de Téglise Saint-Jolira-des- Ménétriers, située dans la rue Saint-Martin, à Paris. Cette assertion estévidemment erronée. En eflet, la confrérie anx frais de laquelle cette église fut bki\e ne fut instituée qu'en 1328 et ne fut constituée que trois ans plus tard, comme le rapporte le P. Du Breul, bénédictin, dans son Théâtre des Antiquités de Paris. «En 1331, dit cet écrivain, il se fit une assemblée à l'hôpital des jongleurs et ménestriers, lesquels, d'un commun accord, consentirent à l'érection d'une confrérie, sous les noms de saint Julien et de saint Genest, et en passèrent lettres qui furent scellées au Chàtelet, le 23 novembre du dit an. » Colin Muset ne put donc faire partie, de cette confrérie puisque en 1328 il avait cessé de vivre depuis longtemps. Plusieurs auteurs ont également commis une antre errear en prenant pour reffigie de ce ménestrel Tune des deux iigures placées debout au jportail de l'église Saint-Julien. Cette figure, qui tenait à la main un rebcc, espèce de violon à trois cordes, est incontestablement celle de saint Grenest , ainsi que le prouve le sceau de la confrérie, dont le P. Du Breul donne la description, et où l'on voyait, comme au portail, saint Julien et saint Oenest, avec cette légende : • C'est le sceau de la confrérie de Saint Julien et Saiat-Genest, lequel a été vérifié au Ch&telet et \ la cour de l'Ofilcial. » D. Demue-Baron.
Da Breul, Théûtn du AnItiquUé* de Part», - Mllifo, Antiquité» RflUonAlcf. — De Li Borde, Euai »ur la 4/msique. — Roquefort. De la Poésie françaite dan» le» douzième et treitUme »iéeie», — Daiaure, m»t, de Pari». — Fétis, Bioçr. univ, des Mu»icien»» — B. Rrrnhard, A»ckerche» »ur fkiàMre de la corporation de» ménétrier* €t Joueur» d'imtrument» de la vUte de Pari»,
MITS6RATB ( William ), antiquaire anglais, né en 1657, à Carlton (Somerset), mort le 23 décembre 1721, àExeter. 11 étudia d'abord le droit à Oxford, et l'abandonna pour suivre l'école de médecine de la même université, et il s'y fit recevoir docteur en 1089. A cette époque il était déjà membre de la Société royale de Londres, qui en 1684 l'avait choisi pour secrétaire. En 1691 II alla s'établir à Exeter. On a de lui : De arthritide symptonuUica; 1703,in-8^; -^ De arthritide anomalà sive interna ; 1 707^ in-8o ; ^ JuUi Vitales epitaphium^cum commentario; 1711, in-B** : épithaphe romaine trouvée près de Bath ; « De Legionibus ; de aquilis romanis ; Exeter, 1713, in-B** ; la première des deux lettres est adressée à sir HansSIoane; — Geta Britannicus; Exeter, 1715, in-8* fig.; c'est la vie de Géfa, d'après le texte de Jules Capltoliu selon Tânteur,
et accompagnée de notes variorumf d'inscriptions latines, de monnaies et ^de médailles en l'honneur de ce prince ; — Belgium Britanni' cum, or an account qf that part of South Britain which was anciently inhabited by a people called Belg»^ and now camprehcnds HampsMre, Wtltshire and Somersetshire ; Exeter, 17 19, in-8ofig.; on y trouve une dissertation tendant à prouver que l'Angleterre était primitivement une péninsule, unie k la France par une partie de territoire solide (fui se rattachait anx environs de Calais; — De arthritide primogenia et regulari; Londres, 1776, in-8o. Tous les ouvrages relatifs aux antiquités ont été réunis en 4 vol. In-S* (Exeter, 1720). P. L—y.
Wood. Jtàejue Oxon., U. — Renauldio, Lu Médecin» manismatMe»,
MCSORAVB ( Samuel ), médecin et philologue anglais, petit-fils du précédent, né vers 1730, mort le 3 juillet 1782. il pratiqua la médecine à Exeter, et attira quelque attention comme homme politique, en lançant contre le ministère anglais la vague accusation d'avoir accepté de l'argent de la cour de France pour conclure la paix de 1763; mais il acquit une distinction plus durable par ses travaux philologiques. On a de lui : Exercitationumin EurîpidemUbriduo ; 1762»
in-8*; — Apologia pro medicina empirica:
1763, in-4*'; — des variantes et des notes pour l'édition d'Euripide d'Oxford : Euripidis qux exstant omnia, TragcBdias supetstites adfidem veterumeditionumcodicumque Mss, ctcma/io* rum, tum prxcipue Bibliolheca regïx Parisiensis recensuit : fragmenta tragœdiarum deperditarum collegit ; varias lecliones insi* gniores, notasque perpétuas adjecit : interpretationem latinam secundum probatissimas lectiones reformavil Sam, Musgrace; Oxford, 1778. 4 vol. in-4*. Cette édition, remarquable par la beauté de l'impression, a peu de valeur critique; cependant, elle a été u^le aux autres éditeurs d'Euripide. Musgrave mourut dans la gène. On publia au profit de sa famille ses deux dissertations. Sur la mythologie des Grecs et un Examen des objections de Newton sur la chronologie des olympiades, Z.
BUtgraphia Britannica. — Mken»» Qcon., t. H.
HI7SI (Agoslino di ). Voy. Augustin.
MUSm. Voy. FORLAMETTO.
BII781TANO ( Carlo ), savant médecin italien, né le 5 janvier 1635, à Castrovillari, en Calabre, mort en 1714, àNaples. Ordonné prêtre à vingtquatre ans , il vint s'établir à Naple^, où il étudia la philosophie puis la médedne. L'inclination particulière qu'il ressentait pour cette dernière science l'y rendit bientôt habile, et il commença de la pratiquer après en avoir la permission do pape Clément IX. Il parait qu'il ne négligeait pas les devoirs de la prêtrise, puisque le cardinal PignateUi, archevêque de Napies, loi donna dans la snite les pouvoirs nécessaires pour confesser. Ces doubles fonctions et
MUSITANO — MUSONIUS RUFUS
la eomposition d*oaTrages scieotifiques l*occupfereot jusqu'à la fin de sa vie. Masitano n'accepta jamais ni présents ni honoraires. On a de lui : MeditcUiones in linguam latinam; Naples, 1682, in-8* ; — Pyrotechnia sophica rerwn naiuralium; ibid.« 1683, in«4®; c'est an catalogue de préparations chimiques; — Truiina medica antiguarum et receniiorum disquisitionum; Venise, 1688, in-4°; Genève, 1701, in-i**. Cet ouvrage, où il établit la doctrine de ta circulation du sang et d'antres découvertes nouvelles, lui attira une attaque violente de la part d'an médecin de Salerne, galéniste outré ; ce fut an sujet de cette querelle que parut une espèce d'apologie ( Celeberrimorum virorum Apoiogiapro C. âtusitano adversus P.- A. de Martino; Kmswyck , 1700, in-4®),où Ton trouve trois lettres de Mositano; -^ De Lue venerea Hb. /F;Naples, 1689, in-8°; trad. en italien ( Del Mal francese, Naples, 1697, in-8*), par le neven de l'auteur, et en français ( Traité de la Maladie vénérienne , avec des remar- ^ues ; Trévoux, 1711, 2 vol. in-12) par De- Taa\; «. Mantista ad Armameniarium Adriani a Mynsicht ; accessit de lapide philosophontm; Naples, 1697 , in-8*; — Chirurt)ia theoretico-praclica ; Cologne, 1698, 4 vol. 'in-4* ; le traité De Lue venerea est contenu dans le t. JV ; -^ JE)e Morhis mulierum; Cologne, 1709, in-4°. Tous ces écrits ont été réunis à Genève ; 1 7 16, 2 vol. in-fol. P.
Eioçi aeademiei deUaSoeintd degll Spnuierati (Ifapks, 17M. lo-4« ), t !•% p M. — riê de CM. Musitano, a b t£le de ses Opéra ùmnia, — Hle^ron, Mém. XXXVI.
■rsKATBLiJT, poète allemand du quinxième siècle. Comme la plupart des maistersuengers ( parmi lesquels on doit le ranger ), Muskatblut a abordé dans ses nombreuses compositions les sujets les plus variés : Dieu et la Tîerge , l'amour profane et les grands événements contemporains l'ont tour à tour inspiré. Mais ses poésies, erotiques ou dévotes, manquent d'élévation , et surtout de naturel et de grâce; les seules de ses pièces qui méritent d'être étudiées sont celles qui offrent quelque Intérêt historique. Il a assisté au concile de Conatance et connu la plupart des personnages qui ont joué un rôle daus ce drame fameux : les noms de Jean Hoss, de l'empereur Sigismond, do pape Jean, de Frédéric,duc d'Autriche, reviennent fréquemment dans ses vers. Le malheureax hérésiarque lui inspire une profonde horreur;' il excite l'empereur k sévir contre lui : « Cette peste nous est venue de l'Angleterre: Jean Hnss l'a transportée parmi nous et a infecté tonte la Bohème. Je crois que ce Jean Hnss est l'Antéchrist! . O Marie, mère et puie Vierge, aie pitié de la chrétienneté, aide-nous à tuer cette oie ( hilf/uns die GensHn doten >. Les plumes lui sont devenues longues cette année! Et toi, roi Sigismond, ne t'endors point, lance sur elle ton aigle!.. » Après l'autodafé de
Constance, Muskatblnt s'écrie : « L'année quatorze-cent-quinze a été une année de bénédie^ tion ; la chrétienté a fait preuve de concorde et de sagesse : l'oie a été r6tie en un grand feu ; mais elle a laissé beaucoup de petits ; ô Dieu, aide-nons à plumer les jeunes oies qui n'ont pas encore été rOties I » Mais les vœux de notre poète ne furent pas exaucés ; les hnssites se défendirent vaillamment, et les oies de Prague mirent plus d'une fois en fuite l'aigle impériale. Les poésies de Mnskatblot ont été publiées pour la première fois d'après le manuscrit de Tii^ves par E. de Groote. A. P.*
Kart Gadeke« DeMtehë Diekhmg im MUMaUeti Ra- DO?re, 18S4. — B. V. Groote, IÀêd€r Muskotbluts, ertter Dmek; COIn. iSSf.
■CSRIBR DE LA GORVKRSERIB ( lotfis-
FrançoiS' Félix, comte), général français, né le 18 ianvier 1766, à Longueville ( Picardie )^ mort le 16 novembre 1837, à Paris. De famille noble, il entra à l'Ecole militaire de Paris (1780),. et servit dans le régiment de Piémont, où il était capitaine lorsque la guerre de la révolution éclata. Employé aux armées dd Rhin (1792) et des côtes de Cherboui^ (1793), il devint chef de demi-brigade en I795, et remplit pendant deux ans les fonctions de chef d'état- major à l'armée du nord. La prise de Novarre en Italie lui valut le grade de général de brigade (1798). Aprèsavoir apaisé à Bordeaux les troubles qui s'y étaient élevés, il repassa les Alpes avec la réserve (1800), s'empara de Plaisance et combattit avec la plus grande valeur à Marengo et à Pozzolo. Nommé général de division ( i*' février 1805), Il fut spécialement chargé de la surveillance des côtes de l'Océan. Envoyé en Espagne (1808), il prit part aux premières opérations dii^ siège de Saragosse, fit six mille prisonniers à O' Donnell sous les murs de Lerida (1810), prit le fort de Mequinenza, et pendant qu'il couvrait le siège de Tortose battit à Uldecona un corps d'Espagnols fort de douze mille hommes. Après la prise de Valence, il rentra en France à la fin de 1813, et reçut bientôt l'ordre de mettre en état de défense les places de la fh>ntière orientale ; lors de la première invasion, il reprit Mftcon sur le comte de Bubnn, et tint à Lyon ce général en échec jusqu'à l'arrivée du maréclial Augereau. Il adhéra au gouvernement des Bourbons, et fut mis à la retraite après les Cent- Joors. Musnier avait reçu en 1810 le titre de comte de l'empire. Son nom est inscrit sur l'arc de triomphe de l'Etoile. P. L. ,
Biograph. nowa^de* Coniemp,
MVKoaiiTS RCPI78 ( Caiw ), philosophe romain, vivait dans le premier siècle de l'ère chrétienne. Il était fils d'un chevalier nommé Capton. Il naquit à. Volsinii dans TÉtrurie, soit à la fin du règne d'Auguste, soit au commencement de celui de Tibère. L'ardeur avec laquelle il enseignait et pratiquait lès principes de l'école stoïcienne le rendit suspect k Néron, qui l'exila
MUSONIUS RUFUS — M13SSAT0
àsD& rtle de Gyaros, comme complice de la conspiralioa de Pison. Suidas prétend que l'enipereur lit mettre à mort le philosophe; c'esl certainBHient une erreur. MusoBÎug reYint k Rome après ta mort de Néroa, et essaya de jonec le rôle decoociliateur au milieu des troubles civils qui déchi raient Tempii» ; mais soi éloquence et sa sagesse furent inutiles. U se joignit aux ambassadeurs de ViteHius , qui tentaient d'arrft* ter pa» des négociatiens la marche victorieuse d*AntoDius Primus sur Rome. Le philosophe représenta inutilement aux soldat» les bienfaits de la paix et les dangers de la guerre; on le força de laisser là ses paroles pacifiques et hors de saison. Sous le règne de Yespasien, U s'ho> nora en poursuivant et en faisant condamner au demfer supplice Pnblius Egnatius Celer, indfgne philosophe stoïcien, dont les délations avaient causé la mort de Barca Soranus. Il était si estimé que Vespasien l'excepta de la mesure qui hannit de Rome tous les philosophes. On ignore la date de sa mort ; mais on sait qu'il ne vivait plus sous le règne de Tragan.
Comme la phipart des stoïciens romains. Musonius Rufhs n'adopta parmi les doctrines dn Portique que les maximes pratiques, celles qui pouvaient servir à la conduite de la vie, dans une triste époque de décadence. On cite de lui des préceptes pleins de noblesse, mais qui D'ont rien d'origiùal et se retrouvent dans S^ sèque. Cependant Musonius parait très-supérieur à ce philosophe, soit pour la dignité de sa vie, soit pour la mftle simplicité de ses préceptes. Suidas cite de Musonius Rufus, sans le» spécifier, divers ouvrages traitant de ptiifosophte ( XÔYO( didi9opoi f tXooof (oç èx^fisvm ) et des lettres apocryphes à Apollonius (le Tyane. Les opinions de ce philosophe étaient aussi consignées dans on ouvrage de Pollion intitufé Mé' moires du philosophe Musonius^ et composé k la manière des Mémoires de Socrafepar Xénophon. Tbus les fragments de Musonius ont été recueillis par Moser et publiés, avec une notice biographique, dans les Studien de Creuzer, t. VI , et d'une manière phis complète par Peerikamp, dans son édit. des C MusonH Rnfi Keliquix et apophthegmata ; Harlem, 1832. Y.
Tactte, annales, XfV, W; XV, 7i ; HUt., fil. Si ; IV, is, 40. — Dion Cantus, LXII, fT ; LXVI. 18. - Plhie. SpUt., III, tl. - Phttottrale. FUm ApôUonii, IV,»,«S; VII, ift. -> TlH>ml»tla>, Ontf., Xllf. p. lis. Mit. de Relafce. - Fabriciui, BibUotheea Grmea^ vol. III. - Nlewlaod, ZMf. $eit. philomph, crit, de Musonio Rufo; Aantentam,
HUSSARD ( Pierre), controversiste protestant, né k Gen^e^ vers fe commencement du dix septième siècle, mort à Londres, vers lAHO. Il avait épousé la pelite-fille deThéod. de Bèce, et cette circonstanœ, jointe  un mérite réel, loi valut une grande considération parmi ses oor«{fgionnaires. Il était ministre à Lyon vers le milieu du dix-septième siècle. Il fut obligé de quitter cette ville, quand le gouvernement ne
voulut plus permettre aux églises protestaule» de la France d'être desservies par des ministres étrangers. U se relira alors à Genève. Le conseil aurait voulu le voir exercer le ministère dans sa pairie; main la compagnie des pasteurs refusa de se rendre à ce vœu , d'abord pour ne pas établir un fi&cheux précédent, en laissant le conseil se mêler de ràdministration mtérieure des alTairea ecclésiastiques, ensuite parce que Mussard refusa de signer la confession de foi connue sous le nom de Formula Consensus. Après de longs débats, il passa à Londres, oii en 1678 il fot nommé pasteur de l'églifie française. On a de lui : Les Conformitez des cérémonies modernes avec les anc^nnes, où il est prouvé par des autorilez inconteskibles que les cérémonies de l'Église romaine sont empruntées des payens; (La Haye ), 1667, in- 12. Ce volume fut publié sans nom d'auteur ; il fut bientôt traduit en anglais. On en a aussi une trad. allemande avec notes, par Sig. I^osmann, 2* éilit., 1695 et 1703, in-8°. L'original français est devenu fort rare, même parmi les protestants, qui n'ont pu le sauver des recherches actives qu'on ^ fit pour le détruire. C'est un livre curieux, ne manquant ni d'esprit ni d^énidition ; — Historia Deorum/atidicorum; Cologne ( Genève), 1675, in-4°; Francfort, 1680, in-4®; — Sermons sur divers textes; Genève, 1674, in-8^; — Jugement d€ messieurs de la Propagation, de la Foy sur le Traité du Purgatoift de M, À, Bo* hye; Genève, 1662, in-8*. M. N.
B>yle, OEweru digerte», tom. IV, pag. 161. — Sesoebler, HUt. Umr. éé Gmim,
'MVSSARB (François\ natoralifite- suisse, né k Genève, ea 1693, mort à Paris, en 1753. U s'occupa principalement de i'étude des fossiles, dont il avait recueilli une belle collection. Les opinions qu'il émit sur leur formation, leurs propriétés, etc., ne sont ^lère que des erreurs; mais elles eurent Tiltililé de fixer Tattention sur cette partie importante de l'histoire naturelle. On a de lui quelqnea lettres sur ce sujet dans le Mercure de France^ jain 1753 et janvier 1754. M. N.
Snebler, lÊittoire lUtét. de Gmêve.
mrsoATe (Albertino), historien et poète ilalien, né k Padone, en 1261, mort à Chiozza, le 31 mai 1330. Sa vie, dont les détails noua sont connus en grande partie par ses propres écrite, Ait très*agitée. Les villes dn nord de llta- He étaient alors perpétuellement en guerre, soit poiir se ravir mutuellement lenr indépendanoa, soit pour se soustmire à la suaeraineté de Temperenr. Mnssato, q«i avaK acquis une fortune considérable et une grande réputation par son talent de jurisconsulte et d'avocat, fut d^oté en 1311 auprès de remperenr Henri Y1I pour lui demander la conservation des franchises de la ville de Padone. Il obtint seulement quelques concevons, qm' parurent insuffisantes aux Padouans. Mussato faillit payer de sa vie l'échec
MUSSATO — MUSSCHENBROEK
de sa négociation. Cependant il fallut se soumettre, et le député» naguère si maltraité, alla porter à Tempereur rhonunage de la fidélité des Padonans. En son absence ses compatrioles, apprenant que leur ennemi Cane de la Scala avait été noinmé vicaire impérial de la marche Tré- ▼isaae» coururent aux armes et firent la guerre an vicaire de Tempereur. Mussato n'abandonna point les Padouans, quoiqu'il eût à se plaindre de le«r DMbilité et de leur violence ; il les servit comme soldat dans la guerre contre. Cane de la Scala, dont il fbt un moment le prisonnier en 1314, eteororoe négociateur auprès du duc d'Autriche en 1321. Ses services ne le protégèrent pas contre l'injustice ou la sévérité de ses cornpajtrfotes. Impliqué dans un complot qui coûta la vie à un de ses frères et k deux de ses neveux, il fîit, en i32&, exilé à Cftiosiza, où il mourot, doq ans plus tard. On a d'Albertino Mussato : HisiorUe Augustx de rebvs geslis Hen- Tici VU Cmsaris lièri XVI; Dû gesHs Italicomm post Henricum Vil iibri Xil. Les Mise preiDiers livres portent le nom à^ Histoire Auguste parce qu'ils contiennent la vie de Tempereor Henri VII. La seconde partie en douze lifres peut se diviser en trois sectioua. Dan« huit KrreB en prose, comme V Histoire Auguste, Mussato raconte les événements qui suivirent la mort de Henri VU jusqu'en 1317. Les trois livres sniTants sont en vers et ont pour sujet le siège que Cane de la Scala mit devant Padoue. Dans te douzième livre , Fauteur revient à la pfwe et raconte les dissensions intestines qui livrèrent Padoue au seigneur de Vérone. TiraboscU et GIngnené regardent cette série historique, qoieoBtienten tout vingt-huit Hvres,oomme l'ouvra^ le mieux écrit en latin depuis la décadence des lettres jusqu'au quatorzième siècle. Cet auge s'applique surtout à la prose de Mussato. Ses vers, quoique meilleurs que ceux de âcs eoBtemporains, laissent beanconp à désirer ponr la correction et l'élégance. Outre ses trois livres historiques en vers, Mussato a laissé d'antres poésies latines, consistant en élégies, épitres el églogoes, et enfin en deux tragédies, les premières qui aient été composées en Italie, et qui sont dans la manière déclamatoire, mais qnelquefots énergiqne et brillante de Sénèqne. L'une» intitulée AchilteiSy a pour sujet la mort d'Achille; l'autre, Fi&cceriJtM, est d'autant plus remarquable qn^elle a pour héros un personnage récent, le fameux Ezzelino, tyran de Padoue. • La division en. cinq actes, avec un ohoeur à la fin de chacun, dit Ginguené, la forme des récifs, la coupe du dialogue , et le st|le même, quoique taïUe et peu élégant, annenceni que Tantenr cherdiait à hniter Sénèque. Au premier acte, la mère d'Ezzdino et d^Âlbéric leur raconte de qui eUe Ice a eus; et cet étrange père, dont elle levr fait m portrait hideux , est le diable. Le deuxième acte est fempli par le récit que fait un messager des malheurs de la patrie et des pros-
t périlés du tyran. An troisième acte Ezzelino s'entretient avec son frère des projets qui leur ont réussi, et de ceux qu'ils méditent encore. On vietit leur annoncer la prise de Padoue. Ils marchent à la tète de leurs soldats pour la reprendre ; et tout de suite le chœur raconte l'expédition et la victoire d'Ezzelino, son retour à Vérone, où est le lieu de la scène, et l'horrible massacre de ses prisonniers. Les événements s^accumulent, et le> cours do temps disparaît; car dans l'acte snivant un messager raconte toute la guerre que le tyran a faite en Lombardie, la ligue formée contre lut et sa mort. Le récit de la mort de son frère Albéric occupe en entier le cinquième acte. C'est donc, à tous égards, une fort mauvaise tragédie; mats enfin c'est la première où l'on ait essayé d'appliquer l'art des anciens à la représentation de faits modernes. » Les Ouvres de Mnssato furent imprimées avec des notes d'Oslo, Pignoria et Villani ; Venise, 163A» itt-fol. ; elles ont été insérées d'une manière plus complète dans le Thésaurus Antiquitattim italiee de Burmann, t. VI ; Muratori a donné les ouvrages historiques et la tragédie d'JPceennis dans ses ScripUn-es B€rum UaUcarumt vol. X. Z.
IVaboadil, iforto délia I^gnêratttm ttaiiana, t v. -. NapoU-^lgnorelU, StoritL erMca de' Theatrt atUlehie modemi, t. tll. — Gingaené, mtMre de ia Littéroture Ualieime, t. Il, p. 304^ k VI, p. is.
MrssciUK^iBROEi. (Pierre var), célèbre physicien hollanriais, né le 14 mars 1693, à Leyde, mort le 19 septembre 1761, dans la même ville. Après avoir reçu dans la maison paternelle une excellente éducation, il entra en t70d à l'université de Leyde, pour étudier la médecine, eneignée par Ran et Boerhaave. Il s'ap«> pliqua également aux humanités et à In piiilosophie, sous Perizonius, GMBovius, Albinus, Le Clerc et Bernard, et S'Gravesande lui inspira le goût des mathématiques. Reçu docteur en médecine le 12 novembre 1715, il sontînt à cette occasion sa ttiète inaugurale ite oerij prassentia in humoribus animalium, thèse remplie de fiiits entièrement nouveaux et où il montra son penchant pour la physique expérimentale. £ii 1717, il se rendit à Londree afin de profiter des leçons de Desagnliers et aussi d'y voir Newton, dont il était le fervent admirateur. Il venait de recevoir le diplôme de docteur en philosophie (1719) lorsqu'il (et appelé par le roî de Prusse è remplir la chaire de philosophie et de mathématiques à JDuisbonrg, 8n« le Rhin. Il y acquit une grande réputation, et les eurateurs de l'université dlJtrecht lui ayant offert la chaire semblable dans leur ville» il en prit possession, en septembre 1723, par use harangne intitulée : De eerta méthode phHœephàa experimentalis, qui rappelait par le fond du sujet celle que Beerfaaave aivait prononcée quelques années auparavant MussohenbrodL pnasa douze années à Utrecbt, et ce fot là qo*il otnnposn ses travaux les plus importants ; il y occupe de 1739 à 173D
MUSSCHENBROEK
la dignité de recteur magnifiqae. En 1731 le roi de Danemark lui proposa une chaire de philosophie à Copenhague, avec des honoraires de 6,000 florins de Hollande ; de son côté, le roi d'Angleterre chercha en 1737 à rattacher à l'uni vt^rsité de Gœttingue; enfin, le roi d'Espagne , instruit du double refus de ce savant, n'exigea de lui que cinq ans de séjour dans ses États, et aux louanges les plus séduisantes il joignit ToCTre d'un traitement de 20,000 florins par an. C'était une véritable fortune; mais notre philosophe, qui n'estimait que les richesses de l'esprit, ferma l'oreille à ce que ces diverses propositions pouvaient avoir de flatteur pour son mérite, et resta fidèle à sa patrie. Bien qu'il eût joint depuis 1732 à son enseignement ordinaire celui de l'astronomie, il se laissa tenter en 1739 par le désir de revenir dans sa ville natale, et le 20 janyier 1740 il succéda à Wittich dans^a chaire de philosophie de Leyde. De nouveaux eflbrts faits par les souverains étrangi'rs, notamment par le roi de Prusse (1740) et par l'impératrice de Russie (1744), ne purent l'arracher à la Hollande; il y continua paisiblement ses tra- Taux, jusqu'au moment où la mort l'enleva aux sciences, à l'Age de soixante-neuf ans. « Ses mœurs étaient simples, pures et sans tache, dit Savérien. Il était enjoué et très-aimable dans la conversation et possédait toutes les qualités qui forment le véritable philosophe, je veux dire la candeur, le désintéressement, Tamour du bien, la franchise, un attachement inviolable pour ses amis /et nne tendresse paternelle pour ses enfants. » Musschenbrœk appartenait à la plupart des sociétés savantes de l'Europe; mais il ne se parait jamais de ces titres d'honneur, et il mettait simplement à la tête de ses ouvrages sa qualité de professeur de philosophie et de mathématiques. Il s'était marié deux fois, et laissa de sa première femme une fille et un fils. Musschenbrœk fut, avec son maître S'Gravesande, le rénovateur de la physique expérimentale. « On trouve dans ses ouvrages, dit Condorcet, une longue suite d'expériences bien faites et dont les résultats ont été calculés avec précision ; un grand nombre de faits bien vus et décrits avec exactitude, plusieurs appareils d'expérience ou inventés ou perfectionnés par lui, et surtout une excellente méthode de philosopher. Lorsque ses recherches ne conduisent point à des résultats généraux , il se contente d'exposer ses expériences, toutes nues, et il aime mieux risquer de passer pour un physicien sans vues que de donner des systèmes pour des vérités. Il y a c<»pendaDt un reproche à lui faire, c'est d'avoir adopté quelquefois dans ses explications les principes obscurs et vagues de cette pliysiqne qu'ava'ent créée dans le dernier siècle les pariisans de la philosophie corpusculaire. Leyde« où il enseigna longtemps , s'était rempli de physiciens qu'il avait formés. CVst dans cette école d'observatenrs de la nature que fut
di'couvert le fait singulier de la commotion électrique, si connu sous le nom à'expérUnce de Leyde (1), et qui a conduit à la connaissance de la nature du tonnerre et aux moyens d'en détourner ou d'en iiniter les effets. Les jeunes gens destinés aux sciences venaient de toute» les parties de l'Europe se former à Leyde, sou» Musschenbrœk. » Outre les écrits cités , on a de ce savant : Epltome Elementorum physicfh mathematicorum in usut academicas; Leyde, 1725, in-8*; plusieurs fois réimprimé et augmenté, ce traité a été traduit en 1747 en allemand et deux fois en français, Tune par Massuet sur une édition hollandaise (Essais de Physique: Leyde, 1739, 2 vol. in^**); l'antre par Sigand de Lafond (Cours de Physique; Leyde et Paris, 1769, 8 vol. in-i", fig.), sur la dernière édition Itftine, intitulée Introductio ad Philosophiam no/ura/em; Leyde, 1762, 2 vol. in-4*'. C'est le plus vaste recueil de ce qu'oi» connaissait alors en physique : il contient k>eaacoup de recherches particulières à l'auteur sar les frottements, la roideur et la force des cordes, l'électricité, la cohésion des corps, la propriété de ceux qui sont phosphorescents aprè» avoir été exposés à la lumière, et une table des poids spécifiques; — Physiem expérimentales et geometricx de magneie, tubarum capillarium vitreorumque speculorum altractiùne, magnitudine Terrx, cohêorentia corporum firmorum; dissertationes ut et ephemerides meteorologicx Ultrajectin» ; Leyde, 1729, in-4°. On y trouve d'excellents travaux sur l'aimant, sur les tubes capillaires^ sur la cohésion et la force des corps, et de bonnes olnervations météorologiques appliquées^ même à la médecine; — De methodo instituendi expérimenta physices oratio, insérés en tête de l'ouvrage suivant; — Tentamina experimentorum naturalium in Academia del Cimento ex italtco sermone in latinum conversa, quibus commentarios, nova expérimenta et orationem addidit P. v. M,; Leyde, 1731, in-4o; dans un des commentairesjoints à cette traduction, il a décrit on pyro-
(1) Dam ses expériences sur l'électrlelté, Nus«eheabroek se aenrali, pour eiclter on frottemenl plus cooskdérablc , d'un globe de verre qall faisait tourner sur son aie par ie moyen d'une marhtne. « Cesl avec ce Riobeainsi ajusté ou celte machine électrique, raconte Savérleo, que Musschenbroek faisait des espérirnoes. il cherchait i découvrir si lV:tu était un mûleu propre ft ramasser et i préparer la matière électrique. Dans cette vue ayant su»pendu horizontalement sur des cordons de sole un canon de fer, dtmt une etirémlté était proche du globe électrique, et qui portait i l'antre on fli dc !al- ; ton plongé dans une bouteille pleine d'eau, Il soatfnait ' cette bouteille avec la main droite tandis qu'on électrisalt le canon de fer. Le globe étant fortemeni âectriaé»> il en lira une étincelle. A l'instant il fui frappé d'un coup si violent qui! se crut mort. Revenu de son accident. Il protesta qu'il ne répéterait potnt celte espertence « quand Il s'agtrall du royaume de France m. Ce sont les terme»' dont 11 se sert dan« la lettre qu'il écrtvli, en it46 , à Réaumor pour lui faire part de cette découverte. B!*e forma une révolution totale dans la physique. ■
MUSSCHENBROEK — MUSSET
tnètre de son ^DTention, le premier instniraent
de ce genre qai ait para, et il a inilîqué les ré-
•soltats de ses expériences ranltipliées sur la
dilatation des corps par la chalear ; — De Mente
hwnanasemet ignorante oraiio; Leyde» 1740,
in-4**; — De Sapùntia divina oratio; Leyde,
1744, in-4^; — Institutiones logicx prxcipue
-comprehentes ariem, argumentandi; Leyde,
1748, in-8*; — quelques observations dansjes
Mémoires de la Société royale de Londres et
des Académies des Sciences de Paris et de Pé-
tersboDrg.
Savérlen. Fiêi dês PhUùtopku, VI. — Condorcet, Èlogeu " Boerner, Nmckr. vot^ jttrMien, I, SM-S41, et
■vsscHEHBROBK (Jean yak), frère du précédent, né eia 1687, mort le 17 septembre 1748, à Leyde. Après avoir porté les armes, il obtint une chaire de philosophie à Leyde. Excellent mécanicien comme son frère, il fut d'un ^rand secoors à S' Gravesande pour Texécution des appareils inventés , décritit et perfectionnés 4wê les trois éditions de ses éléments de pliyâqoe. On a de lui nn ouvrage imprimé à la suite des Essais de Physique de son frère, et intitulé Description de nouvelles sortes de Machines pneumatiques tant doubles que simples; on en a fait une édition nouvelle ( Augsbonrg, 1765, in-8» ).
SatérIeD , FUt de» PhUotopkes modernes, vr.
jiirssGHBR {Michel van), peintre hoUan- <1ais, né à Rotterdam, en 1645, mort à Amster^ dam, le 10 juin 1705. Doué de grandes dispositions, il eût pu faire un artiste de premier ordre ; mais rinconstance de son goût le porta à étudier successivement l'histoire , le paysage, le genre, enfin le portrait, où il excella. On le vit, en peu d'années, fréquenter les principales écoles de peinture de Hollande et suivre les cours de Martin Zaagmbolen, d* Abraham van den Tempel, du <élèbre Galmel Metzo, et de Jean Stéen. Son dessin et sa composition laissèrent toujours à désirer; mais 11 acquit de ses excellents maîtres un partie de leurs talents ; de celui-ci un coloris hsroiooieux, de celui-là une touche délicate, de Taotre an fini précieux. Tout en embellissant ses modèles , il savait atteindre un haut degré de rassemblance; aussi fit-il une brillante fortune, tn riche amateur, nommé Witzen, lui avait acheté d'avance tous les tableaux qu'il pourrait pendre, lorsqu'ils ne seraient pas de commande. Van Mussclier n'abusa pas de ce marché; car il n*a prodoit que quelques tableaux d'histoire on de cabinet, restés en Hollande. Son meilleur ouvrage est celui qui le représente lui-même, entooré de sa femme et de ses enfants. A. db L.
Deacinps, La Fie des Peintres kottmdais^ t. II, p. SOO.
■rasBT (Joseph-Maihurin), homme politique français, né en Bretagne, en 1749, mort en Belgique, en 1828. Il était curé de Falleron a l'époque de la révolution, et fut l'on des premiers à prêter le serment à la constitution civile
Komr. Mocn* génér. — t. xxxvii.
du clergé. En 1790 il fut élu député par la Vendée à l'Assemblée législative ; et s'y fit peu remarquer. Réélu par son département à la Convention nationale, il y siégea parmi les montagnards. Il vota la mort de Louis XVI sans appel ni sursis. Apiès le 31 mai 1793, chargé de plusieurs missions dans les départements, il sut allier l'énergie â l'humanité et n'outrepassa pas les bornes de réi|uité. Néanmoins, dans la séance du 27 avril 1794, avec son collègue Peyssard, il se rendit rinten^rète du serrurier Gamain, et débuta ainsi : <c Que ceux qui pensent que Louis ne faisait le mal qu'excité par ses entonrs sachent que le crime résidait dans son &me; la pétition que je vais vous présenter en est une preuve, « et aussitôt il exposa << que le citoyen Gamain avait exécuté pour le roi une armoire de fer à secrets dans un des mnrs dn diâteau des Tuileries et que ce prince, afin d'ensevelir ce secret, l'avait empoisonné de sa propre main sous prétexte de lui offrir un rafraîchissement. » Cette histoire, toute absurde qu'elle paraisse, fut acceptée comme vraie par rassemblée, qui accorda une pension à Gamain. Musset, après la session conventionnelle, élu membre du Conseil des Anciens, en sortit le 20 mai 1797, et fut nommé administrateur de la loterie, puis commissaire du directoire en Piémont. En 1800, Bonaparte lui confia la préfecture de la Creuse. En mars 1802, appelé a» Corps légisUtif, Musset y siégea jusqu'en 1807. Retiré dès lors des fonctions publiques, il vivait dans la retraite lorsque la loi dn
12 janvier 1816 vint le contraindre à chercher
un refuge en Belgique, où il est mort. Il a publié
quelles brochures politiques de circonstance,
aojourdliui sans intérêt. H. L-^r.
Le MonUeur universei, an xx (179^), n* si9 ; «n xii, n«« 48, l6Ss *» XV, n«« i, 118; an v, n* 186; an vi, n« IS; an vxx, n*** 181 et 108. — Btoçraphte moderne (1806). — Petite Bioffrapkie eonventionnelle (Parts, 1818 j. — £ralerie des Contemporains (Mont, 18S7).
MIJS8BT ( Louis-Alexandre- Marie db), marquis OE CoGNEBS, littérateur français, né le
13 novembre 1753, à Mazangé, près Vendôme, mort le 17 septembre 1839, àCo^ers(Sarthe). D'une ancienne famille du Vendômois, il entra en 1769 dans le régiment d'Auvergne, devhit capitaine en 1779, et obtint en 1785 la charge de lieutenant des maréchaux de France. En 1790, il fut procureur syndic du district de Saint-Calais. Appelé en 1801 à faire partie dn conseil général de la Sarthe, il fut élu député de ce département au Corps législatif (1810), et y siégea jusqu'en 1815, époque où il se retira dans sa terre de Cognera. Ses écrits sont moins importants que nombreux ; nous citerons les suivants : Correspondance d'un jeune militaire, ou mémoires de Luzigny et d'Hortense de Saint'Just; Paris, 1778, 1784, 2 vol. in-12; Le Mans, 1789, 2 vol. hi-12; ce roman, écrit en société avec J.-F. de Bourgoing, a été réimprimé en partie par Dorât, dans le Journal des Dames (mars 1778), et contrefait soos le titre
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Lft$ Amours d^un jeune miiUaire à Y%'erduQ (1779), à Maastricht (1781) et à Londres (1792) ; — D« to Belii^Um et eu Clertjé catholique en Wrcmee; tlVI^ in-S'*; — ComsÀdénUimk» tur Vétat desjmancu du royaume; 18i4yio-8**; — • SoHvenkn de la muskm; Trévoos (Parfe), 1627,. m-4** : aalire en vers contre les Jésuites, sous le peeadoDjine de Tkomae Simpixcien» Il a fourni eneore d» pièoeeAigitiTeftaux Étrennes du Parna»seii77àrilS/ï), sons la nom de Billerie ;— dôme Leùtres critiques sur Vori4fine du ehrisHanitme eêsutif le eaUndriar de V Église ^aUieana^ aux Mémoires de FAcad, celtique (t II, lU et IV, lâO»-180») ; des Mémùires sur les Avàerces et les CénomemSySiax Mém. de la aoe, rop. des Antiquaires (t. IV, 1823} ; des articles àui Cours diAgpieuUurt de L'abbé Ro«- EÎer, etc. P. L.
Odtile de RlOftet, fllle dn iirécM:, Notice sur le mor- «iii« de Mw$ei^ dans le Au/ietin. de la Soa. d^Jçrkt. de m Sartke, lU». — Desportes, Bibliogr. du Maine.
■vscEV (Victor- Donatien db), pins oeana sous la WM» cli MuasBT-PAniAT, littërateof fran* çais, né le 8 juin 1788» dans le Venddmois, mort le 8 ttvril 1 833, à Paris.. U était cousin germain do licéoédent Admis en 1780 k rÉooie militaire de Vendôme, en ipialité d'élève du roi, il scrrit^tam Ifarme du génie )ttsqn*en 1793, époqae où il fiit arrêté et éétenn pendant quelque temps comme frère d'un ém^^ré. Après la terreur, il fut employé dans le oomraiesariat des guerres. En 180&V it dut s» général Glarke, ilqiais due de Feltre, une place de chef de bureau ad mini^ tère de la guerre, et passa en 181 1 a?eclemême titre dons ceiui de rinèérieur. Il quitta Midministration en 1818, et consacra plosienrs années è recueillir des matériaux pour Vifistoire de J,'J. Bousseau, le plus soigné et te plus exact de ses Qwrragei». Intéressé à cette époque dans ane maison de librairie- de Bruxelles, ilpubh'a de nowrelles édiHons d'omrrages> qm<aK'aiaat obtenu du svccès à Paris. Ka 1838, ià rentiut an miniatèrede Tagoerre et y dirigea, juaqu'a» marnent de aa mort, le bnreau de la jwatite militaire. H fut une des Tictimea d)i oholéra.
Mnssei-Patbay posaédait em biataipe et en agronomie des oonnaâuianaes très-criées, et il alai.^sé un grand nombre d'ouvrages^ à la plupaift desquels il n'a pas attaobé aan nom. Lié depuis longtemps, airec le généval Marescot, il loi fut fidèle jusque dans la disgrâce quTéprouva ce dernier sana Tempira. On a de Musaet-Pathay : La Cabane mystérieuse; Paria, 1799, 2 Tol. in^l2, fig., roman qm eut du succès; ^ V Anglais ommopolite^ eu noyaqe de milord Lttughêr^ trad. del^anqlaia; Paris,. 1800, in-8*; cette traduction supposée fut réimpriniée en 1802, in-12; — Voyage en Suisse et en Italie, fait avec V armée de réserve; Paris, 180t, in-8*; ~ Vie nUlUaire et privée de Henri IV, d'après ses lettres inédites ; Paris, 1803, in 8*^: la plus grande partie des lettres et dea discours.
oonaerrés par le président liespault, éâiit restée ignorée dn public; -~ Raeherckes Mieéoriques sur le cardinai de Retz; Paria, 1807, m-8**; l'auteur s'y montre flaTorable aa eardinal ; — Lès trois Bélisaères , Paris, 1808, \»-9P ; ces trois BéUsairea sont le véritable, calnl de* Mannoolvl et celai de M"^ de Genlls; — Souvenirs Mistoriques ; Paria, 1810, vo^" ; — Fraf!man# <f un Voyage fent au mois de mai 18î0, dans le Brabant hollandais ei dans tes Ues de la Zélande; Paris, 1810, in«8''; ^ ^ifrMo^ro^Aie agronomique, ou dictionnaire raisonné des ouvrages sur VécantomÀe rurale ei domestique et sur Fart vétérinaire, sutnAe de notices Mographiques sur les auteurs ;Var\s, 1810, in-6*;
— Essai sur r administration ; Paris, s. d., iB-8*; — Anecdote» inéUtes pour faire suite aux Mémoires de M"^ d'Épinay , précédées de Pexamen de ces Mémofres ; Paris, 1W8, in-8**;
— Chronique française, par un Anqtais; Pa» ris, 18ÎK», in-8* ; — Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Eousseau, composée de documents authentiques, et dont une partie est restée inconnue jusqt^à ce jour, et d'une Wographie de ses contemporains ; 'Vwns, 1821, 2 vol. in-8" ; 2* édit., augmentée de Lettres inédites à M^ d'HOudetot; Paris, 1822, 2 voK in- 1 2 : ces lettres ont été aussi tfrées h part dans la même année; 3^ édit, tout à la fois réduite et augmentée; Paris, 182Ton t833, în-8"; — Jtéponsff à la lettre de fit. Sêanisieis de Girardin sur la mort de /.-/. JTotMjenu ; Paris, 1824, ln-8*'; -— Premier examen eritique de Védition de Rousseau puMiée par 0. Auçuis ; Paris, 1824, {n^4*; — Examen des Confessions et des critiques qu'on en a faites; Paria, 1834» mS"; — Observations sur les carre^imiidances en générai et sur eetle de Bousseau en particulier; Paris, 1824, ln-8""; ^ SM«e au Mémorial de Sainte>-llfilène ou tUfsewations critiques , Anecdotes inédites pour servir de supplément et de correctif à cet ouvruge; Paris, 1824, 2 vol. in -8*» at fn«12; le Kbvaire Boret avant voulu éditer celr outrage omb le titre de Suite an Mémorial , routeur refbsa d V mettre son nom ; le t. II confient beaiieoup d'articles #ft M. Grille; — Coûtes historiques; Paris, 1826, in 8o; — Chronique ameureuse dte la cour de- France; Paris, 1826, in-lW'., avec M. de Sazerae. Comme ttadncte«ir, MusseC-Patliay a publié doux ouvrages élrroentaîrea de GolfHmith, A'brégé de Fhistoire grecque {\Wi\, 10-8"), et Abrégé de Vhistoire romaine (ISO*?, in-8*), qui ont eu plusieurs éditions. Oninidoit la pablicatton dea ouvrages suivants : Voyage à Pétersbourg, ou nouveaux mémoires sur (a Ritssie; Paris, 1W3, in-8* : du fomte de La Messelière; -< Retationsdmpriueipauat Sièges faits ou soutenus en Europe par tes armées françaises depuis 1792 jusqu'en 1804 ; Paris, 1806, in-4^, aveeatlaa, rédigées par les- généraux BlarosGot, Dejean, Poitevin, Dcmbanrève, etc.»
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et augnieBtées par Tédîtear (Tun Précis historique des guerres dé la France depuis 1792 Jusqu^en 1806; l'impression de ce recaefl fbt aciÀée par Napoléon, que tes éloges accordés à Moreaa avaient choqué ; — Morceaux choisis de 7.-J. Rousseau; Paris, 1817, 2 vol. in- 18; — Mémoires d: Èlisabeth-Charlott^ de Bavière, duchesse d^Orléans; Bruxelles, 1827, 2 vol. 01-13; — Œuvres complètes de J.-J, JtouS' seau; Paria, 1818-1820, 22 vol. îa-t2, et 1823- I826y 2â voL ia-8''. Enfin, cet auteur a rédSigé une cootinuation de YHisloire du Bas-Empire de Le BeM (Paris, 1820, t. X à Xllt, în-8o), ^^ il a fourni des articles à La Décade philosO' pkàque^ aux Mémoires de VAcadémie celtique, au Cours d^ Agriculture de Soonini et à la Biographie universelle des frères Michaud. On loi a quelquefois attiribné nne compilation qu'il m'avouait point, intitulée Correspondance historique H littéraire (Paris, 1819, in S""), et reproduite ea i821 sans aucun succès sous le titre de Budget politique de la France. P. L.
Ck. Iratane, COrtitmeètt lE ~ HenitoA, ^nniiairs •MTOfoy., 11. — Biùçr. noMo. âes Cantemp. — Qaéran^ France liUér.
MirssBT ilMiiS'Char les- Alfred m)^ célèbre peêle français né à Paris, le 11 novembre 19»(K mort dans la mèmeville,le 1" mai 1857. Fils de M. MosselrPathay ( votf. Tart. précédent], frère de M. Paul de Musset, son aîné de quelqweaaaéeSy'et qui devait être un écrivain distiùpné, Alfred de Massel fiit élevé en» le culte des lettres. Il fit de brillantes études au colTé^ Henri IV, où il eut pour condisciple le duc de Cliartres (depms due d'Orléans ). En 1827 il remporta «n prix de philosophie au graad concours. «On Toit, ditM. Lamartine, que si la philosophie manqua plus tard à sa vie» ce ne fut pas par ignorauee. » Alfred de Musset oublia ▼ite ses dissertations de collège, et, cédant à son talent pour la poésie, il se mît à écrire des vers. Les premiers qull eoiopesa étaient, dift-on, dans la manière de Casimir Delavigne ; mais les écri- Taios qu'il feneontrait à TArsenal, chez son ami Charlea Nodier, dirigèrent hientét d'un autre côté son talent juvénile et inexpérimeuté. M. Sainte-Beuve, qui le connut beaucoup à cette époque, a donné des détails pleins d'intérêt sur ces tâtonnements du jeune poète. « Il commença, dit-il, à versifier dès dix-huit ans. Lié d'abord avec les poètes de la seconde période, avec ce groupe qu'on a désigné un peu mystiquement aoiia le msm de Cénade , il lançait au sein de ce groupe favorable ses premières études de poésie, quelques pastiches d'André Chénier, des chansons espagnoles d'une heureuse turbulence de pi^e, mnip visiblffraent chauffées au large soleil couchant des Orientales, La forme draîmatlque elles petites compositions à la Mérimée le tentèrent vMe. Un Matbnrin Régnier qui lui tomba sous la rnaàa lui ouvrit une copieuse veine de style franc et nourrissant, qu'il versa sans tarder
dans la scène du corps de garde et du cahant borgne de don Paez. Puis Shakspeare et Byroa le saisirent et ce dernier ne It lAcha plus. £nire ces deux divins maîtres Crébilloa ae glissa par ses jolies fantaisies libeftinea. Clarisse Marlewe elle-même , plus révérencieuse, eut son te«r. De réactfon en réaction oa jeune honime en -witt, chose monstraense en 1829, à admirer et à préconiser les vers de Voltaire. » Les Coûtes (f Espagne et d'Itatie^ pcodail incohérent de ce talent original, qui ne s'était pas encore dé« gagé de Timilation , parurent lorsque le pedie n'avait pas vmgt ans; ils comprenaient deux nouvelles en vers. Don Fùet » Portia, un petit drame versifié La Camargo^ an conte en vers intftnié Mardoche et quelques chansons oa halhides, dtDBt deux, la BaUade à ta Umeei VAn^ dalouse, devinreut prompteroent populaires» r^ne ponr sa bizarrerie, Vautre pour soa entrain poétique et Totoptoeux. Ce volume est le plus étrange composé de passion et de moquerie, d'élégance naturelle et de trmaiité cher^ chée, d'esprit distingué et de parodie Impertinente et vulgaire , d'expérience précoce et d'iD> souciance adolescente. On ne peut coutester au poète riardeur du sentiment, le don inné des expressions vives, des images éclatantes, la verve et Téla»; mads on s'effraye du dédain avec lequel il traite les objets les pkm dignes de respect, la vieillesse, l'Ame, la divinité. Sans attacher une importance excessive à celte effervescence presque enfauti&e qui frappait sans mesurer la portée de ses conps, il éfoil permis d*y voir un flcheux. augure pour l'avenir. La révolution de 1830, en dispefsant te groupe littéraire auquel Musset s'étailà demi rattac^, et en produisant dans les esprits une bruyante perturbation morale, acheva de livrer fauteur des Contes d'Espagne et d'Italie à lui-même et au courant impétueux de sa jeunesse. Dès lors commença pour lui ou se continua avec plusd'ar bandon une exislmee que h bio^rapliie doit tooclier avec une extrême réserve, bien qu'il en Sfit souvent entretenu le public. Sa nature ardente, délicate et fragile, ne résista pus. assez aux séductions des sens; mais il est juste d'apenter quH s'indigna passionnément contre lui-même d'une faiblesse que taol d'autres hommes se pardonnent aisément. Sa poésie est l'expression navrante et quelquefois sublime de la lutte d'une noble nature contre le génie des sens impn^demment accaeiili et fêté. Levolhme qn'il publia en 1832, sous' le titre d*un Spectacle dans un fauteuil, nous montre l'âme du poète partagée entre l'attrait du plaisir et la colère contre la volupté impure et meurtrière. Ce nouveau recueil, trèssupérieur au premier, mais bien incohérent encore, se compose d'une dédicace à moitié sérieuse, à moitié railleuse, oii l'auteur, pournar^ guer les déclamatîoBS religieuses, patriotiques, humanitaires , qui retentissaient autour de hii , affiche un dédain complet pour la religioii, le
MUSSET
patriotisme , etc. Puis viennent un drame, La Coupe €i Us Lèvres ; une comédie en deux actes, intitulée : A quoi rêvent les jeunes filUs^ et un conte, Namouna. Le héros de La Coupe et les LèvreSf le Tyrolien Frank, égaré par l'orgueil, quitte son pays et va chercher fortune au loin. Il tue en route le palatin Stranio, et devient amoureux de la courtisane Beloolore, maltresse do défunt. B épuise rapidement les Apres jouissances de la débauche, du jeu, de ta guerre, de la gloire; puis, dégoûté de ces plaisirs dont il a reconnu le néant, il revient dantf ses montagnes natales retrouver son innocente fiancée, Déidamia. Mais c*est en vain que Frank veut purifier sa vie par un chaste aroonr; il ne peut effacer la flétrissure de son passé. Le jour des noces, entre le baiser donné par Tépoux et non encore rendu, entre la coupe et les lèvres, Belcolore tue Déidamia. Le vice oublié reparaît au sein de FIvresse légitime, et tue l'amour pur. C'est la moralité de ce drame décousu et invraisemblable, oh abondent les élans superbes et les beautés splendides, moralité terrible, qui se résume dans ces vers :
Ah! malheur à cela! qnl Isltse la détandie Planter le premier cloo aoos la mamelle saucbe. Ijt coear d'uo homme vierge ett ud Tase profond : Lorsque la première ean qu'on j Terte est Impure^ La mer j passerait sans larer la aoulUure, Car Tablme^at Immense et la tache est au fond.
Après la lecture de La Coupe et les Lèvres, A quoi révent les jeunes filles esinn délicieux délaasement. Alfred de Musset n'a rien écrit de plus spirituel et de plus exquis que cette ravissante fantaisie où une imagination gracieuse et étinoelante se Joue avec un sentiment délicat et un persiflage sans amertume. Le génie des sens, non pas maudit conane dans La Coupe et les lèvres, non pas épuré et virginal comme dans A quoi révent les jeunes filles, mais adoré d'un culte insensé, triomphe dans Namouna, sous la personnification de don Juan, ie perfide sincère, le candide corrupteur qui, dans son ardente poursuite de L'amour infini, dont il porte en loi le rêve et le désir, traverse tous les amours terrestres sans eo trouver un seul qui le satisfasse. De bons juges pensent que les deux cents vers consacrés à la peinture de ce don Juan :
Que personne n*a fait, que Moiart a rêvé, Qu'Hoffmann a tu passer, au son de la musique. Sons un éelalr divin de sa nuit fantasUque,
sont le plus bel endroit do Spectacle dans un fauteuil. Dans cet ordre de tableaux, Alfred de Musset se surpassa peut-être par Rolla, qui parut dans la Revue des Deux Mondes du 15 août 1833. Aucun de ses ouvrages ne donne une plus haute idée de son talent et ne fait plus vivement regretter qu'il ne l'ait pas mieux employé. Rolla débute par une magnifique apostrophe à notre siècle sceptique, sur les temps des croyances païennes et les âges de la foi chrétienne; mais ce splendide portique conduit à un conte lioen* cîeax et sinistre, indigne de l'admirable poésie
dont le poète l'a recouvert ( i). Le sujet, qu'il serait impossible d'analyser ici, est, sous une autre forme, le même que celui de La Coupe et les Lèvres; c'est encore, dans un coeur envahi par la débauche , l'amour qui apparaît au dernier moment et meurt au contact du vice.
Telles étaient les peintures dans lesquelles Alfred de Musset se complaisait lorsque s'accomplit un des événements les plus importants de sa vie morale et littéraire. Cet épisode a exercé une telle influence sur son talent, il a été tant de fois raconté par les deux personnes qui y étaient le plus directement intéressées et si injurieusement commenté par d'autres, qu'il est permis d'en dire quelques mots dans le but de rétablir la vérité. En 1833 commença entre l'auteur de Namouna et la femme célèbre qui signait du pseudonyme de George Sand une liaison qui devait être la grande, l'unique passion sérieuse de sa vie (2). Les deux poètes voyagèrent en Italie dans Thiver de 1833-1834, et s'arrêtèrent à Venise. Là Alfred de Musset fut atteint d'une fièvre cérébrale qui mit ses jours en danger. A peiue convalescent, il quitta Venise, mais seul. Dix ans plus tard , dans des vers à son frère revenant d'Italie, Il lui demandait s'il avait trouvé son pauvre cctur resté à Venise. Les souvenirs de cet amour gardèrent pour lui un charme qu'il subissait encore même lorsqu'il semblait le maudire. On a dit que pour se sous-
(1) Ce déplorable abus de la poésie est sartobt seaalble dans la peinture du lommeU de la Jeune fille qui est le dernier amour de RoUa.
Est-ee sur de la neige on sur une atatue
Que cette lampe d'or, dans Pombre suspendue,
Fait onduler Tazur de ce rideau tremblant ?
Non, la neige est plus pftle et le marbre est moins Manc.
C'est un enfant qui dort. — • Sur ses lèvres ouverte»
Voltige par Instants un faible et doux soupir ;
Dn soupir plus léger que ceux des -algues vertes
Quand le soir sur les mers voltige le zépbir...
C'est un enfant qui dort sous ces épais rideaux.
Une enfant de quinze ans, — presque une ]euna femme ;
Rien n'est encor formé dans cet être cbara»nt.
Les pas silencieux du prêtre dans l'enceinte Font tressaillir le cœur d'une terreur moins sainte, O vierge ! que le bruit de tes soupirs légers. Regardez cette chambre et ces frais orangers, • Ces livres, ce métier, cette brancbe bénite Qui se penche en pleursnt sur un vieux crucllU : Ne cbf reberait-on pas le rouet de Marguerite Dans ce mélaneoUque et chaste paradis ? . . . .
Et ce qnl suit Jusqu'à ees vers :
Obi Is fleur de l'Kden. pourquoi l'as-tu fanée. Insouciante enfant, belle Èvé aux blonds cheveux ?
Les lecteurs de ilolfa savent queUe est cette viergs et ce qu'est ce paradis. Dana ces fratebes et éclatantes couleurs; des conteurs dignes de rBden, appliquées i des objets équivoques et impurs on a l'Image de la poésie de Musset avant la passion qnl lui Inspira lea poèmes des Nuit».
(S) Sur cette llaiBon, qnl a donné llru récemment ft deux rrgrettab'ea publicatloda : BHe et IâU» de George Sand ; Lui et Elle, de Paul de Musset. Il faut lire la première des Letlret d'un toyageur de neorge Sand, publiée dans la Refme de» Deux Mondai {il mal 18S4) ; on trouve la un magniflqae portrait d'AIftvd de Musset i vlngt-trota ans, portrait Adèle, quoique tracé par une main passionnée.
MUSSET
traire à cette obsession, il rechercha de grossière» distractions» et on a essayé de rejeter sur Bue femme illustre la responsabilité des tristes faiblesses des dernières années d'Alfred de Musset Cette interprétation est éYîdemment fausse. L'auteur de Don Paez^ de Namouna et de i?o//a avait déjà tant donné aux sens, qu'une passion même malheureuse ne pouvait guère avoir sur lui d'influence corruptrice. La vérité est que cette passion le releva on moment, et si elle le laissa retomber trop vite, elle le porta dans l'mtervaUe vers de& hauteurs idéales où son génie n'avait pas encore atteint. Ce fut sous cette influence qu'il écrivit, sons le titre de ^'uits, les quatre grandes méditations qui parurent dans la Jtevue des Deux Mondes : La Nuit de mai (18 juin 1836); La Nuit de décembre {^^ àécenibre 1835); La Nuit d^août (15 août 1836); Za iViii/ <2'oc/o^ (15 -octobre 1837). «Ces quatre pièces , dit M. Sainte-Beuve, marquent la pto5 hante élévation de soin talent lyrique. La Nuit de mai et celle d'Octobre sont les premières ponr le jet et l'intarissable veine de la poésie, pour l'expression de la passion Apre et Doe. Mais les deux Nuits de décembre et d'août sont délicieuses encore, cette dernière par le moaveroent et le sentiment, l'antre par la grâce et la souplesse do tour. Toutes les quatre , elles formait dans leur ensemble une œuvre qu'un même sentiment anime et qui a ses harmonies , aes correspondances habilement ménagées. » Le même critique, comparant les Nuits avec VAliegro et le Penseroso de Milton, a dit : « Dans les Nuits pins terrestres, mais aussi plus humaines de M. de Musset, c'est du dedans que ja9Kt l'inspiration, fik flamme qui colore, le souffle qui embaume la nature; on plutôt le charme consiste dans le mélange, dans l'alliance des deux sources d'impressions, c'est-à-dire d'une doaleur si profonde et d'une Âme si ouverte encore aux impressions vives. Ce poëte, blessé an coeur, qui crie avec de si vrais sanglots; a des retours de jeunesse et comme des ivresses de printemps. Il se retrouve plus sensible qu'auparavant aux innombrables beautés de l'anivers, à la verdure, aux fleurs, aux rayons du matin , aux chants des oiseaux. » Dans La NuU de mai, le poète, accablé par la douleur, se refiise anx sollicitations de sa Muse et ne veut pas chanter son dur martyre, qui, dit-il, « briserait sa lyre comme on rosean ». La Nuit de décembre est on touchant appel à la solitude. La Nuit d'août est comme un retour à la vie, à la jeunesse, à l'amour. « Aime et tu renaîtras», ditil :
Apr«4 avoir aouffert, 11 Tant souffrir encore; 11 faut aloMr aans oesae après avoir aloé.
La Nuit d^octobre, la plus passionnée, celle qui se rapporte le plus directement à la passion du poète, se termine par un pardon qu'il accorde et sollicite. On aime à croire qu'il resta sur cette impression démente; en effet, dans les demieni
vers que lui inspira cet orageux sentiment à la
fin de cette belle pièce des Souvenirs datée de
1841, il s'écrie :
Un Jour )e fus aimé. J'almats, elle était belle. J'enfouis ce trésor dans mon ftme Immortelle Et Je l'emporte à Dlea.
La Lettre à M, de Lamartine (^36) (1), qui peint le même état du cœur, est inséparable des iVtiito. Après de pareils accents, admirables sans doute, mais qui ne devaient pas se répéter, on espérait qu'Alfred de Musset aboutirait à des créations plus purement poétiques, plus dégagées de ses émotions personnelles, plus convenables aussi à la maturité de l'âge. Le roman intitulé : La Confession d^un enfant du siècle ne répondit pas à cette attente, bien qu'il révélât dans l'auteur un très-remarquable talent pour le récit en prose. C'était encore le sujet de La Coupe et les Lèvres et de Rolla , moins l'ardente poésie de ces deux ouvrages. Cependant on pouvait pardonner et même admirer en quelques endroits cette confession, à condition que ce serait la dernière, et que le poêle, laissant franchement son passé de ÔMé, ou n'en tirant parti que dans la mesure permise à un artiste , arriverait enKn à des œuvres plus pures. Il devait être encouragé à cet effort par le succès restreint, mais trèsdistingué, qu'obtenaient en ce moment même les petites pièces qu'il publiait dans la Revue des
{\) La Lettre à M. de Lamartine reçut une tardive et sévère réponse. Dana des vers publiés en 1849, M. de Lamartine s'adresaaat è IL de Mnaaet, bien {wés de la quarantaine, lai disait :
Bofant aux blonds cbeveiix,leaoe bomme au cœur de cire.
Dont la lèvre à le pli des larmes ou do rire
Selon qae ta beauté qui règne sur trs yeox
£at un regard hier sévère on gracieux;
PoéUqoe Jouet de molle poésie,
Qui prends pour passion ta vague fantaisie.
Bulle d'air coloré dans une bulle d'eau, etc..
Alfred de Maaaei fntplqné de se voir traité ainsi, et dans le sonnet ralllear placé en tète de ses Poétlei nouvettee (tSBl) U rtngea maUcleuaement parmi les choietgiU «'en allaient t
Les rois, les dieux valocoa, le basard triomphant, Rosallnde et Suzon, qui me trouvent trop sage, Lamartine viellU qui me traite en enfant.
Ce a^lentendu entre deux poètes faits ponr se comprendre a cessé sur la tombe du plun JeuncDana son dlx^neovtème EnlretUrif M. de Lamartine a rendu un touchant hommage i ce frère méconnu. ■ Ce n'est que depuis »» mort prématurée, dlt-U , ce n'est qu'an moment où Jiécris que J'ai onvert ses volumes fermés pour motet que J'ai la enfin ses poésies. Aht combien en les lisant ai-je accusé le sort qui m'a privé d'npprédcr et d'aimer pendant qu'il renplralt un bomme ponr lequel Je me sens tant dlttralU, et, oseral-Je le dire? tant de tendresse après Ka mort 10b! que ne i'al-je connu plus tôt!.... O Muaset! pardonne-moi du sein de ton Elysée actuel! Je ne t*avala pas la alors. Ah! si Je t'avais lu. Je l'aurais ndreasé la parole. Je l'aurais tnacbé la mahi, Je t'aurais
demandé ton amitié. Les JuvénUltés de ta vie et de
' tes vers, les gracieuses moIleMcs de ta nature ne m'aaraient pas écarté de toi, an contraire; Il y a des faiblesses qui sont nn attrait de pins, parce qu'elles mêlent qneK* que chose de tendre, de compatlsaant, dindulgent i l'amitié, et qu'elles semblent inviter notre main à sontenlr ce qui chancelle et i relever ce qnl tombe. » Ces parolsa honorent celui qui les a prononcées et celui qui en est l'objet. Noos les avons citées pour les opposer i cens qal Jugeraient Mosset trop sévèrement.
MUSSET
Defix Mondes, DevLiL ébauches dramatiques imparfaiteSf mais passioanées et vigoureuses, An" dré (tel Sarto et Lorenzaccio, avaient mis hors de doute son aptitude pour le dialogue en prose. Les Caprices de Marianne (1833) , Fantasïo (t834), On ne badine pas 4xoec^amour{i%Zk)t la Quen9uiUe de Barberine (1835), ùe Chandelier (183^), U ne faut jnrer de rien (1816), petites eoMipODitioBs qui rappel leot librement les oomédiee de Siaakapeare, aoat des «ovres ck- ^ses, «■ robBersalioo fine, le sentiment féf^r et tendre , l'eaprit, la fantaisie lyrique se combinent avec 4ia rare bonbew. Le Capiriee (18^7)^ plus rapprodiéde la peiatnre d« nwn4e réel, est encore cbarmant , mais trahit déjà un pen de lassitude. Alfred de Musset, coomie sV eût eu eonscienoe ée cette lassitude étrange à vingt-sept anSylais-sa la comédie pour le récit en prose qui n'exige pas autant de verve et de vivacité. Ses nouvelles : JSmmeline (1837^ Les deux Mattresses (1837), Frédéric ei Bemerer te (1838) ^ U Fils de Titien ( 1 83H) , Morgot (1 838) , CroisUles (1839), ont bien de la grAce et de Tesprit, et MOt écrites d'un stjfle rapide, délicat, poétique; mais elles manqoent de vérité et décomposition, et les dernières annoncent visiblement la fatigue. Ce n'est pas que le talent de Musset baissât. Qnand U s'agissait de piqner an vif dans one prose alerte ou 4ans des vers spirituels et toujours poétiques les ridicules du jour ; quand il s'agissait de pleurer sur la mort de M">e Malibran, de saluer les débuts4e M'i« Bachel et deMt^ Paoline Garcia, son talent seretronvait tout entier; mais cen^étaient là qnedes accès passagers, et non Tapplication continue, large et ferme d'nn talent sûr de lui. L'incomparable poète de la jeunesse ne devait pas arriver à vne féconde maturité. Si on osait répéter le mot cruel de Henri Heine, on dirait qu^Alfred de Musset à trente ans était un jeuie homme d'un bien beau passé. Nol ne le ■entait mieux q«e le poêle loi-méme. En 1840, chez un de ses plus chers amis, M. Alfred Tattet, dans nne nuit d'insomnie, il écrivit ces vers :
J*al perdn na l««e et ma vie, Bt me* ftinlt et ma gaieté', rai perdu Jusqu'à la fier lé Qui faiult croire à mon -génls.
Quand J'at codm la vérité.
J'ai cru que c'était use aale;' Qmmi )eralca«prlie et •ealle, rm élêh 4éJÉ 4««oAlé.
Bt pourtant elle «A ImmorteHe, Bt ceui qol m lont paMés d'efte lei-lMH oot tout Ignoré.
Dieu parle. U teut qq^on lui réponde.
Le seul bien qui me reste an monde Est d'avoir quelquefois pleuré.
Quand on est arrivé à ce point de découragement, quand on aent avec nne telle amertume ^He l'on ne réniiaera jamais la hmM idéale que l'on conçoit, Il naveste pkis qn'à mourir. Alfred de Musset ne savait que faire d'une vie que n'en- «hantail plos le charàse du printemps. « ie sois fe poète de la jeunesse, disait-il à son frère; je
dois m'en aller jeune avec le printemps. Je ne voudrais pas passer Tâ^e de Aapliael, de Mozart et delà divine Malibran. » La uriort ne vint pas aussi vite qu'il le souliailait U avait d'ailienrs des réveils de talent ^i auraient dû le consoler. Deux contes dans le genre de La Fontaine , mais avec plus de décence, Simone, Sfflvia, une excellente satire, inlilulée ; La Paresse^ sont des beaux témoignages de safaculié poétique, dignes de ses beaux jours. Le public, qui l'avait traité fort légèrement du temps de ses chefs-Ki'movtre, lui prodiguait maintenant l'admiration. Ceux quf n'avaient ligdt aucune attention k l'exquise fantaisie poétique du Chandelier et de // tie ^711/ /tirer de rien^ s'émerveillaient du marivaudage prosaïque d'un de ses derniers proverbes : // faut qu'une portp soit ouverte ou fermée (1846). Enfin son talent était si bien reconnu que les enivres , toujours aimables mais débiles, de sonpnkoœ déclin, Louison^ Betiine^ étaient recherchées, applaudies. L'Académie française raccoeillait en 1852. La place de hibliotliécaire au ministère de l'intérieur, qu'il possédait «>ù6 Louis-Philippe, et qu'une décision malencoutreuse kti avait enlevée en 1848, kii était rendue sous Tempire. Tout semblait devoir assurer le repos et lacansidération de son Age m^r lorsque mourut subitement, dans la nuit du l*'mai 1897« d'une maladie de cœur. Il «st encore trop lût pour poittf un jugement définitif sur ce poète si aimé, si admiré du public choisi, mais qui n'a jamais en l'autorité et l'influence de quelques' autres talents contemporains. Cependant il est permis de penser quei'avenir lui assignera une des premières places parmi les poètes du dix-neuvième siècle. Aucun de ses illustres contemporains ne Ta surpassé ponr la &|KMitanéité du génie poétique, pour l'ardente et sincère expression de ta passion , pour la %'ivacilé,la grâMse et l'édat de l'esprit; aacun ne rapiéseote phâs fidèlement ^pie lui cette disposition troublée, cette inquiétude des Ames, oe mélange de scopticisme et d'aspirations reli* gieuses qui caractérisem notre époque.
Yoioi les titres de ses ouvrages : Contes d* Espagne et d'Italie; Paris, 1830, in-8*; — Un Spectacle dans un/auieuil, l*^e livraison, contenant deux pièces dramatiques et on conte, le tout on vers; Paris, 1832, in-8* ; 2* livraison, contenant des scènes en prose; Paris, 1834, 2 vol. {0-8**;^ La Conjessiou d'un enfant du siècle; Paris, 1836, 2 voL in-8*; édit.fl«vtie et conrigée; Paris (Charpentier), 1840-1845, in- 12; — Poésies complètes i Paris, 1838, in- 12; nouv. édit, corrigée et ties-augmentée ; Paris , 1847-1849; f partie, Contes d^Espagne et d^Jtalie (1830); Poésies diverses; ^ part.,rn Spectacle dwSÊ un/auieuil; 3^ ^li,. Poésies nouveUeê (183S-1840); — Les deux Maîtresses; Frédéric et Bemeretée; Paris, 1840, 2 vol. in-8«; — Cetnédies et Proverbes; Paris (Charpentier), 1840, 1848, 1851, ia-1 2, conte-
MUSSET — RRISSO
aant les pièces suÎTaDtes : André del Sarto; Xjorenzaccio; Les Caprices de Marianne; fantasio; On ne badine pas avec F amour;
— Vneyuit vénitienne f ou les Abcès de Lauretle;La Quenouille de Barberine; Le Chandelier; H nefautfurer derten; Un Caprice; édais une nouvelle édition, 1857, 2 vol. in- 12, oa ajouté : Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée^ Louison^ On ne saurait penser à tout, Carmosine, Bettine^ — Nottvelles ; Paris (Chaipentier), 1841, 184G, in- 12, cont. : Les deux Maîtresses; Emmeline; Le Fils du Titien; Frédéric et Bernerette; Croisilles; Mar- ^of. -^ Nouvelles (avec M. Paul de Musset); Paris i04^« ÎB-S*** ^ux des quatre nouvelles conteones dans ce Tolume : Pierre et Camille^ Le Secret de J[a votte sont d*Alfred de Musset;
— V Habit Vert, proverbe en un acte, a^ec M. Emile Augier; Paris, 1849, tn-18; . Louison^ comédie en deux actes et en vers; Paris, 1849y in-12; — /< Jaut qu'une porte soit otiverte bu fermée; Paris, 1851, în-18; — Poésies Nouvelles; Paris, 1850, in-12 ; — Bettine, comédie en un acte et en prose-, Paris, t85l,in-i8; — Œuvres posthumes; 1 vol. in-12. Dans la collection Charpentier, qui contient les œuvres d'Alfred de Musset, les Poésies forment deux vol^ les Comédies et Proverbes , deux vol.; les AottveUes^ deux vol. A partir de 1833 la plupart des productions d'Alfred de Musset parurent dans la Revue des Deux Mondes, Tous les articles qull a publiés dans cette Revue n'ont pas été recueil lis dans sesœuvres, dont on attend encore une édition complète. L. Joob£RT.
Sainte-Beuve, PortraU» contemporains, t. I de l'ëdlL la-ii : CoMMTtes du lutidi, 1. 1 et XIll. - LamarUoe, Cmtri faméUtrd* tUttraturt. -~ Victor Se Laprade, DtoMKn êa répeptian à rjeadèmiê frantmttc - viiet, Btp&nse OM disooun de M. de Laprade. — Ànt. de Utour, danb Le Correspondant. — Ox/ord Estaps, iUS.
l MfJSSBT (Paul- £dme de), romancier français , frère aîné du précédent, né le 7 novembre 1804, k Paris. Il fit ses études au lycée Cbarlemagne, à Paris, et embrassa après 1830 la carrière des lettres. £n 1846 il fut chargé par le gouvernement d'une mission littéraire à Venise. Il est chevalier de la I région d'Honneur. Ses écrits se distinguent par le bon goût, Télégance et la sobriété. Noos citerons de lui : La Table de nuit, équipées parisiennes; Paris, 1832, in-a** ; — Samuel, roman sérieux; Paris, 1S33, in -8*4 — La Tête et le Cœur, nouvelles équipées, Paris, 1834, iB-8^; — Lauzun ; Pari^ 1 83â, 1 836, 2 vol. in-8* ; •— Anne Boleyn ; Paris, 1K36,2 voLîn-8*; — le Bracelet; Paris, 1839, in- 8^; — Mignard et Rigaud; Paris, 1839, 2Tol.iii-8*; -'Guise et Riom; Paris, 184Q, 2 vol. îa-8*; — Les Femmes de la régence; Paris, 1841, 2 toI. in-8*; 3* édit., corrigée, 1848, in- 18; — Madame de La Guette; PèTÏR, 1843, 2 vol. in-8^ ; — Course en voitures ( Italie et Sicile ) ; Paris, 1845, 2 vol. in-8*; -> Oriçinaux du dix-septième siècle, galerie de
portraits; Paris, 3* édit., 1848, in-18; c'est un recueil de nouvelles, disséminées dans quelquesuns des ouvrages précédents; — Les Nuits italiennes; Paris, 1848, 2 vol. in-8®; — Jean le Ttouveur; Paris, 1849, in- 18; » Puylaurens; Paris, 1850, in-18; — La Bavolette; Paris, 1856, in-18;— Le Maître inconnu ^ in- 18. En 1860, il a fait insérer dans le Magasin de Librairie, et sous le titre de Lui et Elle, un roman qui contient des allusions fort transparentes à une liaison aélèbre. M. Paul de Musset a fourni des articles au National et il a surveillé les dernières éditionsdes Œtfvres de son frère. P. L— >t.
UUirat, /ranç. cantanpor.
MiJflSKT (Jean), historien français, né à Longwy, le 17 février 1644, mort dans la même ville, en 1712. D'une ancienne famille du pays Messin, il reçut la prêtrise «n 1662 et fut nommé Tannée suiTante maître es arts à l'université de Trêves, où il professa le latin pendant dix ans. En 1675 à Hademar, province de Nassau, où il exerçait kod ministère, il fut blessé aux deux jambes pat- un coup de fusil que lui tira un luthérien, irrité de ce qu'il avait fait chasser de la ville une femme avec laquelle cet homme vivait illégitimement. Guéri de cette dangereuse blessure, Mussey fut pourvu en 1679 de la cure de Longwy. II n'y avait pas encore d'hôpital dans cette ville; Mussey fenna le projet d'en élever un; quelques habitants Taidèrent, «t la première pierre en fut posée en 1705 par Jean-Pierre Yerhost, évéqoe. Mussey a publié l'année de sa mort : La Lorraine ancienne et moderne, ou Vancien duché de MoseUane, véritable origine de la maison royale du duehé moderne de Lorraine, avec un abrégé dé r histoire de chacun de ses souverains; suivie d'une Spttre au duc lÀopold; d'une Notice concernant Gérard d^ Alsace; d'un Tableau de la généalogie masculine de ^ la maison royale de Lorraine, etc.; ce livre est devenu très-rare ; — Bistoire de Longwy ; Luxembourg, 1706, suivie d'une Généalogie de la /amille Mussey, très^rare aussi. A. J.
D. Calmet, BtUioUbiqu» Lorraine, p. SSi. — BëfU, Biographie de la Mosetle,
Mcssi {Pamphilo), médecin italien, établi à Crémone, vers la fin du quatorzième siècle. Il jouit dans son temps d'une grande réputation; mais Ton manque de renseignements sur son compte. II laissa plusieurs ouvrages , où il traitait D0 Variolis; De rébus non naluralibus; De humido radicaU. Ces divers écrits n'ont point été imprimés. G. B.
ArUi. Cremona UUerariat 1. 1, p- 178. .
Mussis {Jean de), historien italien, né à Plaisance, mort dans les premières années du quinzième siècle ; il est auteur d'un CAroTitcon Placentinttm qui s'étend de l'an 222 jusqu'à 1402, et que Moratori a recueilli dans ses Scriptores rerum Italicarum, U X\l, G. B.
MI7880 (Cornelio), prédicateur italien, né en avril 1511, à Plaisance, mort le 9 janvier
MUSSO — MUSTAPBA
1574, à Rome. DèsTâgede neuf ans, il entra chez les Cordeliers conventuels. II étudia avec succès la philosophie et les langues anciennes, professa la métaphysique à Pavie et à Êologne, et fut reçu docteur en théologie à Padoue. Son éloquence le rendit célèbre par toute rilalie ; il consacra sa vie entière à la prédication , et parut avec éclat au concile de Trente. Cependant ses discours, quoique fort applaudis, ne s*élèvent guère au-dessus de ceux de Maillard et de Menot; il y cite pèle-mèie la fable , l'histoire , Homère , Virgile, TÉcriturc et les Pères. *Par exemple, dans la harangue qu'il prononça à l'ouverture du concile de Trente , il dit que les assemblées sont nécessaires, parce que dans V Enéide Jupiter réunit le conseil des dieux et qu'à la création de l'homme et à la tour de Babel Dieu s'y prit en forme de concile; que tous les prélats doivent se rendre à Trente, comme les Grecs dans le cheval de Troie, etc. Appelé à Rome par le pape Paul III, Musso fut pourvu de l'évèché de Bertinoro, dans la Romagne, d'où il passa à celui de Bitonto, Sons Pie IV, il fut envoyé en Allemagne. On a de lui : des 5ermont, en latin et en italien; Venise, 1582- 1590, 4 vol. in-4»; -r- De Visitatione et de Modo rtsitandi sive Synodus Bitontina; Venise, 157% in-fol.; — De Hisioria divina lib. F; Venise, 1587, et d'autres ouvrages. P.
Gtaseppe Momo. Fita di Comelio Musio^ i la tête des PredUhe guadragéstmatl (isse). — Ugb«llt, ItaUa taera, II, 614, et VU, 689. — Gblllnt, Theatro dhuomini IdUrati, l** part. — Imperlali, Museeum hM. — Bayle, i>icf. crii,
MUSSOT. Voy, Arï«ouu>.
MDSTACCHi (Le). Voy. Retello.
MVSTAPHA 1*', sultan ottoman, né à Constantinople, en 1591, mort en 1639, dans cette Tille. Second 61s de Mahomet III , il succéda, le 24 novembre 1617, à son frère atné, Achmet I*'. Pendant tovte la durée du règne de ce dernier, Mustapha avait vécu enfermé dans l'intérieur du harem ; cette captivité avait afTalbli s^ facultés intellectuelles, au point que , une fois monté sur le trône , il passait son temps à jeter des pièces d'or aux poissons dn Bosphore, ou à poursuivre, le sabre à la main, les jeunes pages du sérail , dont il voyait couler le sang avec un sourire stupide. Un de ses amusements favoris était , de faire amener devant lui des gens du peuple ou des enfants , et de leur conférer les plus hautes dignités de l'empire : les marques de profond étonnement qu'ils donnaient, en se Xpyant revêtus, d'une manière si inattendue, d'emplois importants, causaient à Mustapha des accès d'une ^ie insensée. Malgré ces actes d'imbécillité, il trouva des défenseurs dans le corps des chéîks qui , espérant s*emparer de l'autorité sous ce simulacre de souverain, essayèrent de faire passer son idiotisme pour un signe de sainteté et pour la préoccupation d'un esprit abîmé dans les choses célestes. Mais, à la suite de la révolte des janissaires et des sipahis, le kislar
(aga chef des eunuques) s'étant entendu avec le moufti et le kaïmakam, Mustapha I^r, après^ trois mois de règne, fut relégué, le 26 février 1618, dans le harem, où s'était déjà écoulée une partie de sa vie. Pendant cette première période de son règne, il avait fait éprouver un traitement injurieux à M. de Sancy, ambassadeur de France à Constantinople. Sous le prétexte que le diplomate français avait été complice de l'évasion d'un officier polonais captif, Mustapha le fit arracher de son hôtel, et amener devant lo cadi , où M. de Sancy faillit être mis à la question. Le sultan fut déposé, du reste , avant que cette affaire ne pût être arrangée. Chassé par une révolte de janissaires, l'imbécile Mustapha I«r fat, par un jeu bizarre du sort, rétabli sur le trône quatre ans après, le 19 mai 1622, à la suite d'une autre révolte de la même milice, qui traita Osman II comme elle avait traité son oncle Mustapha. Ce dernier, croyant que ceux qui allaient le tirer de sa prison Tenaient pour l'assassiner tendit docilement le cou aux soldats : il se plaignit ensuite de la soif et de la faim , car depuis trois jours 11 était prÎTé de toutr nourriture. Pendant les scènes horribles de cette journée, parmi lesquelles figure Texécution d'Osman II, premier exemple de l'assassinat d'un sultan ottoman régnant, Mustapha I***, assis sur le mihrab de la mosquée des janissaires , tressaillait à chaque explosion de l'orage populaire , et n^était rassuré qu'avec peine par la sultane Validé, qui lui disait: « Viens, viens, mon lion! >> Du reste, rétabli sur le trône, ce fantôme de souverain ne gouvernait pas plus par lui-même que dans la première période de son règne. Après avoir assisté une seule fois à la prière publique du vendredi ou khothbah, il fut dès lors empêché d'y paraître, par les officiers du sérail, qui voulaient dérober à la nation l'état moral du sultan. Car la démence de ce prince avait pris , depuis son second emprisonnement , un caractère encore plus prononcé. Tantôt, parcourant avec Inquiétude le sérail et frappant à toutes les portes, il appelait son infortuné neveu, dont il avait oublié la fin tragique, et le demandait à tous ceux qu'il rencontrait; tantôt il mettait en morceaux les meubles les plus précieux du palais; parfois il passait des journées entières sans faire un seul mouvement, et les yeux tournés vers le ciel. Après la destitution de Daoud-Pacha, meurtrier d'Osman II, et accusé de divers autres assassinats , le sultan nomma grand-vizir le cuisinier Merrè Houcéin, mari de i-a nourrice, qui tenta de refréner les janissaires. Ceux-ci, au bout d*un mois, ayant demandé sa destitution, le sultan leur laissa le choix entre trois candidats qu'il proposa pour ce poste. 11 en fut de même du quatrième vizir, Khadini Gurdjî Mohammed -Pacha, qui entra en fonctions le 14 octobre 1622, et qui fit d'importantes r(^formes administratives, en même temps qu'il releva la marine.
MUSTAPHA
sa
^près aToir dû souscrire, le 9 janvier 1623, à Inécution des meurtriers d'Osman II , parmi lesqoeb était en première ligne TaDcien grand vizir Daoud-Pachay qui avait accusé le sultan loi-méme d*avoir assassiné son prédécesseur, Mustaplia P' dut sacrifier aux janissaires encore le vaillant Gurdji Mohammed. Sur leur daoande , il réintégra Menrè Houcéin dans ses andennes fonctions. Le nouveau grand vizir inaugura sa seconde administration par la condusion d^une paiz avantageuse avec la Pologne, qui dut céder l'imporiante forteresse de Choczym, le 18 février 1623. En même temps il reçot la soumission du prince de Transylvanie , Bethlen Gabor, ce qui le rendit assez fort pov éluder les demandes de Tempereur d'Allemagne, qui réclamait la reddition des places de Lippa,de Waitzen et d'Arad en Hongrie. Il tint tête également à l'Angleterre et aux Vénitiens, et n'sooorda à TamlHissadeur de France que la destitution du patriarche grec de Ck)nstantinople, Cyrille Lascaris, accusé de tendances calvinistes et de relations étroites avec les protestants d'Allemagne. Mustapha V dans tout cela laissait faire ses ministres et ses agents. Il s'occupait seulement à faire revivre les anciennes mœurs ; il exhuma les vieux édits contre l'usage du vin , et fit enlever leurs enfants aux chrétiens et aux juilB, pour les enrôler parmi les janissaires. Pour le reste, les événements marchèrent sans lui, et Blême malgré lui.
Après les avoir gorgés de butin et d'argent, le grand vizir, Merrè Houcéin ne parvint pas encore à satisfaire les janissaires , qui continuèrent à manifester leur mécontentement par des révoltes et des incendies. D'un autre côté , par sa partialité pour ce corps , il s'était aliéné tous les pachas de provinces, parmi lesquels Abaza, goovemenr d'Krzeroum, souleva toute l'Asie Hlaenre, et s'avança jusqu'à Brousse. A la même époque le compatriote d'Abaza, le Torcoman Séifôddio Oghiou Tousouf, s'était déclaré indépendant à Tripoli de Syrie. Le bruit s'étant répandu que la sultane Keucem avait formé le projet de mettre sur le trône son fils Amurath , et qu'elle était soutenue par Gurdji Mohammed, Merrè Houcéin, aidé des janissaires, la força d*envoyer à la monnaie toute la vaisselle d'or et d'argent du sérail. Ce sanguinaire vizir, après avoir étouffé encore dans le sang nne révolte des spalùs, nne insurrection des oulémas, qui avaient demandé la déposition de Mustapha P', fut destitué, le 20 août i62à. Le nouveau grand vizir, Kemankech Ali-Pacha, n'eut pas plus tôt le pouvoir en main, qu'il s'empressa de convoquer les principaux dignitaires, pour concerter avec eux la déposition du snltao. Sa nullité complète ayant été constatée, Mustapha 1*' fut renvoyé, avec la sultane Validé, au fond du sérail, où il resta enfermé jusqu'en 1039. Dans cette année, Amunth IV, son successeur, ayant conçu de l'om-
brage (lu malheureux prisonnier le fit étrangler- Mustapha I^r est le seul de tous les sultans ottomans auquel lés historiens nationaux n'accordent pas les éloges dout ils sont si prodigues envers leurs maîtres. Sous son règne déplorable , les> revenus de la couronne diminuèrent de plus de 48 millions ; dix-neuf sandjaks', composant les provinces de Géorgie, Ghendjé, Érivan; Bagdad et Bassora , tombèrent entre les mains des Persans; tandis que toute l'Asie Mineure et la Syrie étaient au pouvoir de pachas rebelles. Les soldats s'étaient adjugé la perception des impôts , élevés à un taux inconnu jusqu'alors, et la population avait décru d'une manière effroyable. De cinq cent cinquante-trois mille, qui était leur nombre enr 1610, les communes se trouvaient en 1623 réduitM au chiffre de soixante-quinze mille. Quant à l'armée, tes troupes régulières commençaient è abandonner le service. Et cependant, au milieo de cette décadence générale des institutions civiles et militaires , la littérature et la jurisprudence étaient arrivées à un haut degré de culture, grâce à l'influence du corps des oulémas^ qui joua un si grand rôle pendant le règne de Mustapha l*'. Ch. R.
Nerkestude, jénnatei ottomanes. - AbdI-Pacha, M.— Nalfna. idem, -> Hammer, MUtoirê de FEmpirs ûtiomoHm
MVSTAPRA II, sultan ottoman , né le 2 juin 1664, à Constantinople, mort dans la même ville, le 31 décembre 1703. Fils du sultan Mahomet IV» il succéda à son oncle Achmed II, le 6 février 1695. Mustapha, dès le début de son règne, annonça, contrairement à se^ prédécesseurs, la volonté ferme de gouverner par lui-même, volonté qu'il exprima dans iln hatti-chérif , où il blAma l'indolence de Souléiman III et d'Achmet U. « Je persiste à marcher », fut sa réponse aux vizirs, qui voulaient le détourner de se mettre lui-même à la tête de ses armées. Après avoir apaisé une émeute des janissaires , et fait exécuter le grand vizir Sourméli Ali-Pacha, comme coupable de cette émeute, Mustapha II éleva au grand vizirat Mohammed Elmas-Pacha, et conféra le titre de cspitanpacha au célèbre pirate algérien Houcéin Mezzomorto. Victorieux dans deux batailles navales, livrées aux Vénitiens, le 8 et le 18 février 1695, dans le canal de Chio, Houcéin reprit cette Ile à ses adversaires, tandis que le khan de Crimée ravagea en même temps toute la Pologne et la Gallide jusqu'à Lemberg(ou Léopol). Les Vénitiens furent encore battus, en avril 1695, par Lfberius Gueratzari , bey de la Maïna, ainsi que par Haçan-Pdcha, chef des Yuruks ou Turcomans; ils n'étaient pas plus heureux dans THerzegowine contre Siawouch , gouverneur de Perzerin, en juin de la même année.
Mustapha se porta ensuite au-devant des Impériaux sur la Theiss, où il les rencontra, le 22 septembre 1695, entre Lippa et Lugo». Le > sultan attaqua en personne le centre de Tarmée
MUSTAPHA
cbt'étienne, tandis que le khan des Tartarcs la surprenait par derrière. Aj^rès avoir, à Taide de <»lte habile inanieuvre* battu' les linpériaux et fait trancber la tête, sur le champ de bataille même, à leur brave général, Frédéric Velerani, d'Url^n, Mustapha fit son entrée triomphale à Ckinstaotinople, le 10 novembre. Dans cet intervalle Houcéin Meuomorto avalise nouveau défait, dans deux bataiUes navales, près de Chio, le 18 et le 21 septembre 169^ les Vénitiens, <\m y perdirent leur amiral Giovanni Zeno. Le «ultan semblait avoir ramené la victoire sous les drapeaux ottomans-, car il força encore le ciar Pierre le Grand de lever, upré» trois mois d'attaques ioTructueuses, le siège d^AzofT, le 13 octobre 169». Pendant Thiver suivant, Mustapha ordonna plusieurs mesums administratives importantes •: il soumit à la cafiitation tous les Bohémiens, tant musulmans que chrétiens, radieta les impôts et fermages À vie, |)our ne les louer dorénavant qu*à un temps indéterminé; enfin il abolit les milices irré^Uères. Bientôt -il se mit de nouveau en campagne contre les ln^)ériaux, oomnoandés cette fois par le lameux lecteur de Saxe, Frédéric-Auguste le Fort, appelé par les Ottomans Briseur de/ers à cheval. Il les battit à Olasch, près de Temeswar, le 30 aoi^t 1696 ; mais en revanche il eut la douleur •de voir tomber entre les mains de Pierre le Grand l'importante forteresse d'AzofT. Pour obvier aux inconvénients de celte perte, Mustapha fit bâtir un château fort à Temboucbure du Konban, et renforça les flottes de la mer Noire et du Danube. Une fonderie de canons -fut établie à Piraouschta. A^rès a voir.forcé lesgrands de Tenq^ire il fournir des soldats, créé cinq nouveaux hôtels ^ monnaie, où les anciennes pièces furent refondues, et rempli le trésor par divers impôts frappés sur des articles de luxe, le sultan ouvrit lui-même la nouvelle campagne de 1697. Ayant remporté ^e légers avantages sur le général autrichien, comte d'Auersperg devant Biliacz et Knransébès €11 Bosnie, Mustapha se trouva tout à coup, avec son grand visir , £lmas Mohammed-Pacha , en face du prince Eugène de Savoie, campé devaat Pétervaradin. A la suite de diverses marches et contre-marches, les Turcs commencèrent à effectocr près de Zeuta, au moyen d'un pont jeté sur la Theiss, le passage de cette rivière. Mais avant que ce mouvement lût entièrement terminé, une portion de l'armf^e impériale, se plaçant entre le pont et Taile droite des Ottomans, leur coupa la retraite, tandis que le prince Eugène les attaqua <)e front ; cette manœuvre décida la victoire en faveur des chrétiens. Le Grand Seigneur, placé sur l'autns rive de la Tlieiss, s'enfuit à Temeuwar, laissant entre les mains des Impériaux son riche trésor, son harem, ses voitures, le sceau de l'eropire, foute l'artillerie, les bagages et ies caisses de l'armée, et quatre cents étendards.
Arrivé à Temeswar. Mustapha s'occupa de remplacer les hauts dignitaires qui avaient péri dans
la bataille deZesta, ef parmi lesquels setrouvi.t Je grand vieir Elmas Moharamîed-Pacba; en même temps il remplit les cadres de l'arnaée , ^Bi venait de perdre trente miile iMMimes , et donna les sceaux de l'cnipire à MaucéiB Kioaprili-Pacha, d'une famille qui avait déjà Isurni cinq grands dignitaires à la nnonarehie. A cp: moment i reçut la nouvelle de la dermère victoire navale remportée par Houoéin Mecxomeii», près de Ténédos , sur les Vénitiens, qui sur «n autre point avaient aossi dû abandonner le siéi^ de Dolcigno , dans l'Albanie. Vne antre et plus belle compensation de «es revers lui vint <de la limite la plus orientale de son •ca^H^e : le difth Houcéin de Perse loi envo>a k» ckafs de Bassoca, ville qui avec ses environs avait <élé anus* traite à la domination torqne par le Enneux chéik Bfaani et par déitx autres lebelles, Aàéas Anouni et Séiinan. DansTintervaUe, le grand vicir avait pris de nouvelles mesures fiscales pour se procnrer de l'argent, tandis que le «éraskier Mustapha Daltaban repoussa au delà de la Save les Autrichiens, qui avaient envahi la Bosnie. Mais le snttan, tu le délabrement des finances ottomanes et la supérionlé numérique du prince Eugène, accepta la médiatian oflerte par l'ambassadeur anglais ponr arriver à conclure la paix entre la Turquie et l'Autriche,
Daltaban Mustapha -Paoha remporte divers avantages, en même temps que lesTartares surprirent les Allemands dans Temeswar ; leschances semblaient donc assez avantageuses à la Turquie pour qu'on pOt arrêter des bases Cntures, tant pour TAutriche que pour Venise, le 22 juillet 1696, peu de jours après une liataille navale livrée près de Mitylèae, où celte république avait pris sa revanche sur les Ottomans. Après que Pierre le Grand eut conclu , pour deux am» seulement, un armistice selon lequel il conserva la ville d'Azoff, le 24 janvier 11199, Mustepha .fit signer, le 26 janvier 1699, le traité de pais avec l'Autriche, la Pologne et Venise, par le réis effendi Rami et le drogman MaunocàrdaiOb Le suUan resta maître du banat de Temeerwar, mais céda à l'empereur Léopold la Transylvanie et tout le pays appelé Saczka, silné entre le Danube et la Theiss, et renonça à toutes les sommes payées annuellement, à quelque titre que ce fût, par l'Allemagne. Mustapha fit insérer dans le traité avec cette puissance, -r^présenàée par «n ancêtre du comte Schliok, la clause que les Hongrois révoltés obtiendnfient leur grâce ou la faculté de passer, s'ils le préféraient, sur le Urritoire de la Porte Ottomane. Panni ces derniers se trouva te fameux Éraéric Tœkelyi qui mourut peu après, à Péra, dans un état voisin de l'indigence.
Les Vénitiens reatiluèrent les csAquêtes qu'ils avaient faites «lu nord des golOes de Corinthe et d'Égine, et retinoent la Morée jusqu'à l'Hexami» Ion, presque toute la Dalmatie, Sainto-tt>ure et les lies vnisines; la république acquit de plus les villes de Castelmiovo-et de Cattaru, et fut li-
MUSTAPHA
bérée de la rente à laquelle elle avait été soumise j<i9q«*alore poor la po9«es:»i<m de Zante : il lot stipoié en outre <|ae les fort^cations de Prérén et de Lépaate, ainsi qoeoetles do chÂtean dea DardaneHesflor laeMede Iteamilie, seraient «létruites par les Vénitien%et que les Ottomans en resteraient possesseurs , ainsi que des fies de l'AreUpel. La Pologne enfin, représentée par le père àm roi Stanislas Lecsynslri , tecooTra KaninieKy U PodoUe et rUkratne, contre la restitotioB de SoecaTa,T>ieinoE etSorokaanx Ottomans, et eHe fut affranchie do tribut lionteux qu^elle payait au kinm des Tartares.
Dépouillé de son prestige militaire, par la paix de Carlowltz, qui pour la première fois MLnuAài moralement les puissances chrétienne de la teneur inspirée jusqu'alors par les redoutables Ottomans, liostaphîa tourna son attention vers les améKerations Intérieures et vers la sounifieioB 4es i^vemeors rel)elles. A la place d*un mooini à poudre qui arait sauté à Constautinople, et de tons les magasins qui avaient été détruits à Belgrade, le aoltan , puissamment secondé par le grand Tizir KioopriK Houcéin , en fit construire d^aotres, en dehors de ces villes et à Tabri de dngers seraMaUes. Puis, il restaura les fortoreMCsde Chehrezour, d'Amasia, de Gallipoli, de Belgrade, I59sa, Temeswar, et les châteaux des DiMuieUes; il établit l'acadénrie militaire Tachlik ^ Cottstaotinople, construisit des fontaines , des aqueducs , des écoles , des abattoirs, des mosquées, des casernes dans différentes vîHes de TcBifife, et par diverses ordonnances il apporta ■aadovdseemeot à la position des sujets chré- CeDMillé par son capitan-iiacha Houcéin >, il frit aussi réformer la législation ., en promulguant un code de marine, en ^rigueur aujourd'hui. Après avoir veça le trilmt arriéré de la réput>iique de Baguée, aÎMÎ que celui du dadian de G<niriel, en 1700,^ augmenté de 4,000 piastres ta rétribution que payait l*Égypte, ks sultan régla les affaires, m loaglenips pendantes, des villes saintes. Ayant par politique, un rebelle, Saad ben- Mrif de La Mecque, et détaché la de Biedda de ses posswsions, pour la immédiatement à la Turquie, Mustapha assora ta sftirté des caravanes des pèlerins et le payement exact de la sourre , ou tribut tndWÛBBd pour les peuplades environnantes des villes «aiirtes, <A les aumOnes aux panvies de -oes deux cit^. De cette manière il rattaelM et a^vean à Templre tous les Arabes du déaeit, qu'il g^gna encore par deux nouvelles fiMcs instKuées en Tiionneiir de la naissance et de la première apparition du prophète Mahomet, de nênae ^ue -par teveslauration de la Caaba et de la taCaine 4t Zenmem. En 1701 le sultan fit remettre 8006 rofaéisaance le district de Bassora, où le «ériasker Dattaban Mostapha éleva sur le champ de bataille une pyramide de quinze mille têtes arabes. En rnftrne temps il étouffa deux ré-
voltes en Crimée , où Ghazi Ghéraî et Kaplan Ghéniî avaient successiveroeot , à Taide des Noghais, arboré Vétendard de la révolte contre leur frère, le khan Dewtet-Ghérai. Après avoir encore pacifié le Kourdîslan et la Tripolittiine d*Afriqtie, où il essaya d'im|)oser son autorité jusqu'au chérif de Maroc, le fameux Mu!ey Ismail, et restauré le canal du Nil à Alexandrie, le Grand Seigneur fut privé, dans le courant de la même année, de ses serviteurs les plus fidèles et les plus éclairés. Houcéin Mezzomorto mourut en septembre 1701 , et le grand vizir Kiooprili, compromis par un de ses neveux, qu'on accusait d'aimer une sultane, dut demander sa retraite, qui fot suivie presque immédia- ' tementde sa moil, le 22 septembre 1702.
A partir de ce moment « Mustapha entra dans la troisième période de son règne, la période des revers et des troubles. Nous le voyons d'abord conférer la dignité de grand vizir au vieux Mustapha Daltaban , qni s'était signalé par ses succès guerriers contre les Autricihîens et les Arabes de Bassora. Mn^pha abandonna les r^nes du gouverneroent à son nouveau vizir, qui, à c^té d'ordonnances ridicules sur le costume des Faias« en rendît aussi quelques-unes de bonnes, touchant les douanes et les économies à faire sur les troupes en congé. Cependant, le sultan montra do méoontententent quand Daltaban commença les persécutions contre les jésuites, dont il supprima les écoles àErzeroom, au profit des Arméniens sehismatiques : circonstance qui ajouta à l'aigreur des relations entre la Turquie et la Franoe, dont Mustapha, par suite d'une querelle d'étiquette, refusait depuis quatre ans de recevoir Tambassadeur, M. de Perréol. Mais le sultan se fâcha sérieusement lorsqu'il vit les tentatives de son grand vizir poor annuler le traité de Carlowltz, et se débarrasser par le poison des principaux instigateurs de ce traité, le réis effendi Rami et le mooffi Saïd Féizoollab : Mu^ tapha signa Farrét de mort de Daltaban , qu'il fit étrangler à la porte du sérail. Il conféra ensuite les sceaux de l'empire à l'ancien ennemi de Daltaban, Rami Mohammed-Paclia, qui, après avoir abattu les turbulents Noghais et les Géorgiens révoltés, et réglé la délimitation définitive des frontières du c^ de l'Autriche et des Vénitiens, continua les réformes administratives dé Houcéin Kiouprili. Parmi ces réformes figurent les subventions données aux fabriques de drap dé Sélawk et aux manufactures de soie de Brousse, poor relever ces deux branches d'industrie et affl'rancliir la Turquie du tribut ^'elle payait à l'étranger pour ces articles. Rami-Pacha s'attfira des liaines violentes en faisant rentrer air trésor des sommes détournées par de hauts fonetionnaîres, ef en inOigeant à fdtraif ors d'entre eux la peine ignominieuse de ta bastonnade. Mais la vie de Mustaptia lui-méoie wntraslail: avee ces mesures financières : il donnait Texemple de la dissipation par la mollesse à laquelle il se
MUSTAPHA
livrait, depuis la paix de Caiiowitz, dans sa vitla de Kariciitiran, entre Constantinople et Adrinople, par le luxe déployé au mariage de ses trois filles, et par les dépenses faites pour son propre harem. Comme les djebedjis ou cavaliers, dont la solde était arriérée, refusaient (le partir pour la Géorgie, on leur sacrifia le kaimakam de Constantinople. Mais son successeur, le jeune Abdoullah Kiouprili, et le mouflî, son beau-père, résistèrent aux troupes , qui à leur tour tentèrent une nouvelle révolte. Mustapha, sur les conseils de la sultane validé , destitua cesxdivers fonctionnaires. Comme les mutins, malgré ces concessions, s*étaieut établis, au nombre de quatre- vingt mille, dans la plaine de Tcberpoudji, le grand vizir rassembla près d'Andrinople, une armée de quatre-vingt mille hommes, qui, sous le commandement de Haçan- Pacha, aurait facilement écrasé les rebelles si RamI n'avait ordonné à Haçan de se retirer devant eux. Mustapha, averti par Haçan , s'était rendu à l'armée : il vit, au moment du combat, tous les janissaires passer dans les rangs des rebelles. Se voyant ainsi trahi , le sultan retourna * précipitamment à Andrinople, se rendit au sérail, et annonça lui-même à son frère Achmed que les soldats Pavaient désigné pour leur padichâh, le 22 août 1703. Il fut enfermé dans la litière, ou le kafèss , avec ses quatre fils , et y mourut quatre mois après.
Le règne du sultan Mustapha II, malgré sa courte durée de huit ans, est un des plus remarquables, non-seulement par les événements militaires terminés à la paix de Carlowitz , mais par l'essor que prit la littérature ottomane. Sous son règne les Turcs commencèrent à traduire des ouvrages de littérature étrangère (1). C'est depuis Mustapha II que se fait sentir l'influence des relations fréquentes avec les plénipotentiaires chrétiens, qui apportent au peuple ottoman le germe fécond de la civilisation européenne. Depuis la même époque, on remarque aussi l'importance croissante des drogmans, pris pour la plupart dans les familles des princes valaques et moldaves; les Cantemir, les Brancovan, les Maurocordato, s'imposaient en quelque sorte naturellement au choix des sultans pour les nominations aux hospodarats de Rou-
(1) On cite nodotinade-t/ftndi, qnl Iradutoit en turc la Biographie arabe d'Ibn-Khailtkan , et NisamU, qol tndulslt de mtme fHlsMrê naturelle dv PUoe arabe Mohammed KasTlnl. On nomro# une fi^nme Mvante, Ommêt 0i DJebbar, qui écrivit un des nelllcors commentaires do Coran. Il est Aon aussil de rappeler que depols le règne de Mustapha nou» avons été Inlllèi à une connaluauce piua etaele de la Turquie. L'ambassadeur de France, M. de Perréol, publia son Traiiê des Coutumu de l'Empire OUoman, qui fit aotorllé Jusqu'à l'apparition de l'ouvrage de Mouradgea d'Ohason. te comte Maraigll, gouverneur aatrtchlen dor Banat, rédiges U première Staiistiçue de la Turquie, Mooa possédons , enfin, de DémuHrius Cantemir, frère de Tbospodar de ftloldavte, son traité latin. De la Décadence de rompit e Ottamant à c6té d'autres ouvrages sue la même matière, ea nisae, en grec et en roumain.
manie, et garantissaient ainsi à ces province» un semblant d'indépendance. Quanta Mustapha 1 1 lui-même, il avait fondé à Constantinople jusqu'à huit nouvelles medressehs ou académies. MUSTAPHA 111, sultan ottoman, né à Constantinople, en juin 17 17, mort le 21 janvier 1774, danslamémeviUe.Filsainédu sultan Aciunet 111, il succéda, le 29 octobre 1767, à son cousin Osman III. Pendant vingt-sept ans, depuis ledétrônement de son père jusqu'à la mort de son prédécesseur, Mustapha avait vécu «nfermé dans le sérail, sans cesse tourmenté par la crainte d'être empoisonné. A l'avènement d'Osman 111, il n'avait échappé à la mort qu'en forçant, le poignard à la main, le djerrah-bascài (chirurgien en chef), qui lui présentait un breuvage empoisonné, à le boire lui-même : événement qui coûta la rie au grand-vizir, accusé par Osman III d'entretenir des intelligences avec les princes prisonniers. Aussitôt monté sur le trône, le sultan Mustapha se rendit à la mosquée d'Aioub, pour ceindre le cimeterre d'Osman; durant le tr^et il s'arrêta devant la caserne des janissaires, qui, suivant l'usage établi par Souléiman II , lui présentèrent, par les mains de leur aga , la coupe de eheràei (sorbet) : « Camarades, leur dit-il, j'espère, au printemps prochain, vider cette coupe avec vous sous les murs de Bender. » Cependant les troubles intérieurs et la situation des afTaires politiques calmèrent pour quelques années cette ardeur guerrière du nouveau pAdichah. Aidé des conseil» et de l'expérience de Mohammed Raghib-Pacha, qui avait déjà été grand-vizir sous Osman III, Mustapha rétablit Tordre dans les finances , ré* prima les abus, onéreux surtout au peuple, remit en vigueur les lois somptuaires, et chercha à faire revivre parmi les musulmans ces antiques vertus qui avaient fait la force de l'empire. U dépouilla les kislar-agas ( chefs des eunuques), dont il fit même exécuter le dernier, Ahmed Aboukouf, de l'influence pernidei^se qui, par les intrigues secrètes du sérail , entravait la marche du gouvernement, et replaça ainsi toute l'autorité entre les mains de Raghib-Pacha, que M. Hammer appelle le dernier grand Tisb- remarquable de l'ancien empire. Ce fut à son instigation que Mustapha conclut des traités d'amitié avec Naples, avec le Danemark, la Suède, la Toscane, et avec la Prusse, sans cependant se laisser engager par Raghib à changer le traité avec cette dernière puissance en une alliance défensive et ofTcnsive. Le grand vizir penchait pour la guerre avec l'Autriche , et aurait voulu dénoncer le traité de Belgrade, conclu avec cette puissance , aussitôt que le terme de vingt-sept ans fut écoulé. Dans cette intention, Raglnb décida la question des lieux saints dans l'intérêt des Grecs, contre les catholiques, représentés par l'Autriche. Mustapha, au contraire, en voulait surtout à la Russie. Mais, de 1757 à t763, année de la mort de Raghib, le sultan était trop occupé des affaires intérieures de Tempire pour songer
MUSTAPHA
sérieusement à la gnerre. Une disette ayant ravagé Coostantinopliî et les Tilles environnantes, Mustapba, selon les conseils de son vizir, reprit, en 1 759, Bo vieux projet, discuté déjà par Pline le jeune, (le relier Nicomédie à la mer Noire par le lac Sa» ' bandja (le Sophon des anciens) et par le fleuve Sataria (le Sangaritu des anciens ). Après «voir fait tradaireen turc les lettres de Pline qui s> rapportent, et appelé à sa cour le fameux baroo deTott, gendre de l'ambassadeur français , M. de Vergennes, le sultan fitattaquer le canal par un boD ingénieur, le renégat grec Ahmed de Crète, aidé dliydrographes et d'ingénieurs européens. Mais len habitants des environs de Nicomédie ayant été incommodés par quelques inondations passagères, le sultan donna contre-ordre.
Api^ avoir facilement réprimé des troubles i Belgrade, Mustapha vit son autorité méconnue à Bagdad , où le gouverneur Ahmed-Pacha enfreignit ouvertement les ordres de la Porte et poussa Tinsolence jusqu'à envoyer à Conslantînople la tête do kapoodji-bachi, chargé par le grand«seignenr de lui notifier sa destitutioa. Le sultan essuya la même résistance de la part d'Ali-Pacha , successeur d'Ahmed. Il termina plus avantageusement raffaire des cara- Tsnes des pèlerins, en exdtant les diverses tribus arabes, les Sakkars, les Honaize, etc., les unes cootre les autres, et les dominant ainsi toutes. H rétablit de même son autorité à La Mecque, en y iostifoant un nouveau chérif. Les cités de Saida,d'Alep et de Damas ayant été à moitié ren. Tersées par un tremblement de terre, Mustapha les fit reconstruire, en même temps qu'il y Ttfnda de noovelies mosqnées, médressehs (universités) «t bibtiothèqnes. Parmi les villes dotées par lui de semblables institutions figurent aussi celles d'Amasie ( dans le Pont) , et d'Akhiska ou d'Aihalxik (anjourd'hoi soumise à la Russie). En oalre, il restaura Faqueduc qui porte les eaux de Yambo à La Mecque. Raghib- Pacha étant mort €0 1763, sans avoir pu faire aboutir son projet d'alliance avec la Prusse , Mustapha III, privé dès Iprs d'un guide éclairé, fut assez malheureux dans le choix de ses nouveaux fonctionnaires, n eut d'abord pour grand vizir, pendant six mois, Hamza Hamid, qui ne fit , selon l'expression de M. de Hammer, rien de bon ni de mauvais ; la même chose pouvait se dire du capitan-pacha , Kontchonk Mohammed, appelé, à cause de sa complète nullité, Sinekou la Mouche : le grand - «ignenr leur donna pour successeur Bahir )litftapba-Pacha. Celui-ci , après avoir fait exécuter on certain nombre de pachas rebelles, subit à son tour le dernier supplice, le 25 avril 1765. I^mdant cette époque critique, l'impératrice Catherine II de Russie avait fait monter sur le tr4ae de Pologne son amant Stanislas-Auguste PooiatDwski, en 1764. Le sultan Mustapha, d'àpf^ les conseils de la France et de la Prusse, se "Kintra hostile an nouveau roi ; il allait même Mater la guerre à la czarine. Mais il fut dé-
tourné de cette résolution par les membres dn divan et par l'ambassadeur français, qui ne croyaient pas que l'armée ottomane fût en état d'entrer en campagne. Les jani.^saires et les spahis, amollis par l'oisiveté et le luxe, n'avaient plus rancienne ardeur guerrière; Ali- Bey, chef mamlonk, s'emparait de l'Egypte et la dérolAit à la domination du grand-seigneur, et les Wahabites menaçaient La Mecque. Dans ces pénibles conjonctures, le sultan, obligé de céder à l'avis pacifique de ses conseillers, se contenta de l'assurance que lui donna Catherine de retirer ses troupes de la Pologne et de respecter les libertés de ce royaume. Le brave khan de Crimée, Krim Ghérat, qui, poussé par son bouillant courage, voulait, malgré la décision du divan , commencer les hostilités , fut destitué et exilé. Néanmoins, le sultan Mustapha, qui avait consenti à regret à la déposition du khan, l'ac» cueillit avec faveur à son passage à Conslantînople; et aux nobles paroles de Krim Ghéraî, qui cherchait à lui communiquer son énergie , il répondit par des plaintes sur la mollesse et la corruption de tout ce qui l'entourait , et sur le peu de bonne volonté qn'il trouvait dans les grands de l'empire. Cependant la czarine s'étant emparée peu à peu de tous les droits constitutionnels de la Pologne , où , contre sa promesse formelle, elle entretenait toujours des troupes, le sultan fut, en 1768, sollicité par les membres de la confédération de Bar à intervenir. Mais , quoiqu'il vit avec peine la conduite des Russes , il ne voulait pas déclare» la guerre tant qu'ils respecteraient le territoire ottoman. Il se borna à prendre des mesures de précaution, envoyant un corps de six mille janissaires à Choczym , et autant à Bender et Ociakow. Il résista même aux instances des confédérés de Bar, qui suppliaient le sultan de les aider à repousser les Russes, et lui ofFraient, en retour de ce service, la possession de la Podolie. Mais un corps de cavaliers moscovites ayant pénétré, à la suite de quelques Polonais fugHifs, dans la ville turque de Balta, oîi ils massacrèrent sans distinction clirétiens et musulmans, le Grand Seigneur déclara la guerre à la czarine. Il rappela des exil Krim Ghéraî, en le réintégrant dans sa dignité , et en le chargeant d'ouvrir, la campagne. A peine le khan se fuMI signalé, en janvier 1769, par sa rapide incursion sur le territoire rosse, d'où, après la victoirede Khandépé, il ramena trente-cinq mille prisonniers à Bender, qu'il mourut subitement, empoisonné, dit- on, par le* grand vizir Mohammed Émin- Pacha Yakhildjfzadé. La czarine envoya de nouvelles troupes en Bessarabie, qui, sous leur général, le prince Gailitziu, investirent Choczym. Mais la garnison turque de cette ville fit une résistance si vigoureuse, que le général russe, désespérant de vaincre, rentra en Pologne, poursuivi par un corps de troupes ottomanes, qui, d'un autre c6té, vinrent au secours de la place. Le sultan Mus«
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tapha , aaqnel ce lëger triomphe ayait , «n peu pr<^maturémeot y fait décerner le surnom de Ghazii Tainqoeur), lança de nouvelles troupes en avant. Cependant le grand TÎzir Mohammed Emis, ayant, par ses réquisitions, afTaméla Moldavie, ce qui excita des murmures dans le camp et il nattre l'indiscipline , aggrava encore la position de ses troupes par la lenteur avec laquelle il con<fuisft ses opérations. Les manœuvres des Russes furent si rapides, que ni la vigueur de Potodîi, chef des confédérés polonais, ni l'ardeur du khan de Crimée ne prévalurent contre elles. Mohammed Émin-Pacha paya de sa tète son inhabileté. Le nouveau grand vizir, Moldovandji Ali-Pacha, attaqua impétueusement le camp retranché de Galifzin ; il était sur le point d'écraser les Russes , quand une crue subite du Dniester isola ses divers corps d*armée sur les deux rives du fleuve. Anéantis en détail, les Turcs fuient vers le Danube, tandis que les Russes, après avoir pris Choczym , inondent la Moldavie et la Valachie. Ainsi se termina la campagne de 1769. Mustapha III, dont Ta capitale avait été éprouvée ftar un incendie à Péra, n'eut plus le temps de s'occuper ni des affaires de la Géorgie, que les Russes commençaient à disputer aux Turcs et aux Persans, ni des affaires de Syrie, où Dhaher se rendit indépendant à Saint-Jean-d'Acre, ni de l'Egypte , ni de l'Arabie. Il apaisa les révoltés des Grecs de Khors et des Latins de Chypre, par des concessions faites dans Tintérêt de leurscultes respectif.
L'impératrice Catherine, selon les conseils de Munnich, ayant résolu de soulever les divers peuples chrétiens soumis aux Ottomans, fit partir de la Neva, en septembre 1769, une escadre de sept vaisseaux de ligne et d'une dizaine de frégates. A la nouvelle de cet armement naval, dont aucune puissance ne connaissait la destination , le sultan, dont toute l'attention se portait vers le Danube, se contenta de renforcer les places de p^œrre qui bordent ce fleuve et d'envoyer quarante mine hommes pour protéger, en cas d'attaques, les forteresses de Bender et d'Oczakow. Après avoir fait soulever les Monténégrins, les Albanais, lesÉpirotes et les Thessaliens, l'amiral rosse atteignit Spiridow en novembre 1 769, te golfe de Coron, dans le Péloponnèse, où , malgré les menées de Papas-Oglou, aventurier renégat, et de Benaki, primat de Calamats , les Russes ne purent prendre possession que de Misitra, de Calamata et de Xavarin. Après un léger avantage remporté sur un détachement de la flotte ottomane dans le port de Napoli di Romania, par l'amiral anglais Klphinstone, les Turcs reprirent bientôt toute hi Morée , oè ils égorgèrent sans (liiithiction Moréotes et Russes. Mais, dans la nuit du 6 au 7 juillet 1770, le capitan- pacha, atteint par l'escadre russe dans le canal de Khio, dut accepter un nouveau combat. Les deux vaisseaux amiraux , russe et turc, ayant sauté en l'air k la fois, Djafer-Rey, qui commandait
nne partie de la ftotfe ottomane, g>gna la petite baie de Tchesmé, «t y fat suivi par le reste de l'escadre, malgré l€s repfésentaftioas d*8aça»-Bey, convaincu de tout le danger de se serrer dana on espace si éifoit. Les Basses ne tardèreni pas à profitet de cette foute : des brftlots, lancés paadant TeiMairité, rairent le feu aax v«isseaiix entassés dans hé pori de Tcbesaié,où teutela flatteoltomaneiutaaéaBtic : les secoosaes caiiaées par l'expioaion des navires qui sautaient, et les bealets q^ teaçaient les canons atteints par les flammes, renversèrent les édifices et les fovUilcaUona de Tchésmé. Cet épouvantable firacas fut entenda, assure- t-ea, jusqu'à Atliènes, éloignée de cinquante licnea ôa théâtre de la catastrophe. Un sevl vaisseau ottoman, échappé aux flammes, tonslia aa pouvoir des Russes. Le suitao ayaal fait Cortifier à la hÂte, par le baron de Tott, le détroit des Dardanelles , l'amiral anglais, qui n'était pas secondé par les Russes, dut renoncer à l'espoir de prendre Coastantiaople. Apirès avoir pénétré jusque sons les batteries des diAteaux , il rejoignit Teacadre msse et se rendit avec elle devant l'Uede Leiinea, dont le siège fut entrepris. Cesiégednralt depais trois mois, et on espérait afGuner la forteresse, lorsque l'intrépide Haçaa-fiey, appelé le CrocodiU de la mer des balaUleâ^ part des Dardanelles avec quinze cents bonmes, débarque scr la plage de Lemnos» et afin que ses soldats ne cherchent ph» Isnr salut que dans la victoire, il repousse au large les bateanx qui les ont apportés. Il surprend les assiégeants qoi^ saisis d'ÂfTroi, ne songent qu'à fuir, gagnent lears vaisseaux et appareillent en tonte hAle. Après ce hardi coup de main, Haçan-Bey, ravitaitte la place, et revient en trionpèe aux DardansUes. Le sultan Mustapha, qni récompeasa par la dif^iié de capitan-paclu l'autenr de cette action, reprit courage, malgré les revers qni avaient accablé son armée de terre dans le coorant de eette année. Car les généraiix russes Reianzaff et Panin, après awk vaincu le nouveau grand ipizir KhalÙ, soutenu par les Tarlares de Crimée^ près de Kakoul , oà cinquante mille mette ransnimans couvrirent le champ de bataille, avaient rapidement occapé les forteresses de Bender, d'Akermanetd'Ismaïl. Dans ces circonstances critiques, aggravée» iMl* la reddition d'AzeS^ par l'iasurreetion de Géorgie , par les velléilés d'indépendance des gouverneurs de Palestine, d'Egypte et de Bagdad, le sultan Mustapha renvocpa un divan; il y rendit compte de sa position et des offres amicales qne lui bisaient , en qualité de médiatrices, les cours de Vienne et de Berlin. Le conseil tout entier ayant opiaé pour la paix , le suitao, pour rendre les négodatioBS plus fractueuses ,, continua les préparatifs de gnerte. Ce fut alors que Mustapha III inaugura le premier, en Turquie, le système des années européennes, en chargeant le baron de Tott de l'organisation des arlilleurSydes bombardiers et des pontonniers. Le
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sallan vit ses eflferts conroniiés de saecès dans b campagne de i77i, oii le nouveau grand vizir, SiKhdar nobammed-Pacha, tenait hs Russes en éelMc s«r les bords du Danube, tandis que (Tautres généraux firent échouer leurs tentatives sur la Géorgie et sur IVébizonde. Mais pendant ce temps toute la Crimée avait été occupée par le générai russe Dolgoroukr, auquel cette conquête vahif le surnom cfe Krimshi. L'Autriche et ta. Prosse, auxqueites Mustapha venait de proposer le démembrement de la Pologne, poussant à la pai\, le Grand Seigneur conclut avec les Russes, à GîoQi;;ewo, te tOjnin 1777, un armistice qui Tut prolongjé le 9 novembre de la même année. Un oon^è;^ , ouvert à FokcKdny,et dont les derniers pourparlers eurent lieu à Boukarest, n*ayant amené aocTtO résultat, Mustapha III, qui trouva exagérées les demandes russes, recommença la lauerre. Fort de l'assistance de l'Autriche, avec laquelle il avait cenclit un traité de subsides, le 6 jinilet 1771, le sultan vit, dans cette campagne de 1773^ kl victoire revenit à ses ëiapisaiix. Après avoir bnllB les Russes à Koutebouk et h Karasou, Alî4wy les força à lever Tes sièges de Silfstrie et de Varna. Lcgiikiéial Bomanatoff ayant dâ rentrer en VaUcfaMT, I» OtloiiiaBS reprirent à lear tour roffensive. Le capitan-pacha Maçan , vainqueur de Lemnos, qui n'avait plus de flotte à com-. mander, et dont la bouillante valeur ne pouvait souOri» i^naction, se mit à la tête d*un corps de sipahiSy avec lequel il repoussa les Russes au delà éa Danybey s'empara de leur artillerie et de leurs niuoitîoiis« et termina la campagne par un brillant fait d*iarmes, près de Kaînardjé.
Cest an miKen de ces triomphes, qui consolaient les derniers instants du sultan Mustapha, qne ce prince mourut, le 21 janvier 1774. Avant d'ex(Mrer, il exposa à son frère et successeur Abdul Bamid la situation critMiue de l'État, en rengageant , an moment des nouvelles victoires remportées par les Ottomans, à eoaclure le paix aux cowiMions les plus avantageuses possibles. Mustapha )ll, dont la figure , d'une pâleur effrayante, avait gardé kl trace des crimrneUes tentativesf auxquelles il avait été en butte, conserva de ces pénibles souvenirs de jeunesse une temte de mélancoli». Eu même temps qu'il avait Tàme d'nie trempe peu eomrmme, il était porté à h réflexiaii et aimait le travail. Son étude de prédileciion M la mé^ine ; et od prétend qne ses cennaiaaafiees dans cet art avaient préservé sa vie de reflèl des poisons (I). Comme tous les princes orieBlauXf il avait un goût marqué pour PaAtrologie,et demanda, dit-on, à Frédéric II de *Pni5eedekiienvoyer desmatires en eette science.
Mais H ne négligeait pas pour cela |ps^ sciences
(1) Roa-wolemeiit II flt trtdulre let. jipkwriames de BatrteM far Soaaht et Herkert, mais U accorda ionte u coaûanee «niiout à des aiddeclnft cnropéeiM , juMin'a en lairp da agents pollUques. AlnM leidoctf un Mano ctCaro iTainc de lot ménager l«s bonnes grfees de la cdur de Raptes, tandis que le méâKia allemand Gbobls lui servait dlnlenaédlalre prés des coure de Vieooe et de Berlio.
sérieuses : il fit traduire Le Prince de Machiavel» ainsi que VAnti- Machiavel du roi de Prusse. It fondaàCkMistantioople trois ou quatre académies,, dont une porte son nom, tandis que la principale des tffois autres est appelée par le peuple Laleli-Medressek ( medresseh des tulipes). U construisit dans la même ville des lazarets, des aqueducs, des bibliothèques^ dont la plu8> importante est une dépendance de la mosquée du. sultan Mahomet I'^ Nous avons parlé de semblables fondations foites à Amasie , à Akhaïzik» à Damas, etc.
Dans son zèle infatigable, Mustapha voulait tout connaître par lui-même et travaillait sans cesse pour suppléer à l'incapacité de ses ministres ; mais si Ton excepte Raghib-Pacha, le grand vizir, et Baçan, le dernier capitan- pacha, ce sultan fut mal secondé par ses agents. Ajoutons encore que la mort subite de son Irëre Bajazet» en 1771, a fait planer sur lui des soupçons d'empoisonnement. Le règpe de Mustapha III fut une période de splendeur pour la littérature turque ( l).
Cil. RUUELIfC.
OBairerza^e Oma^flfetidl, Bloçraj^it de» Capitanspaekm, — Feridaua. et Sari Abd«ttU;iti, iknimred Indjak^ ou lLi§Us de st^le épUtoialre (coateoaal les missives des visin). — Talikdjizaile et Roukmi, Livre des Héros turts. — AU Tachkœprizadc, Bneyciopédie ttÊrqtu. — Kalma, JHfto<re ottomane (en turc). — MaunMtfe» d'CMiasoa« Tt^leau, de F Empire OUoman. ~> Mémobree du Baron de ToU, — Huwiccki. UUtoire du Traité d» Carlowiet. — Andr^ossy, Corutantinopte et le BoepHore. — tanglèn, JMiees et EatrmlÊâ dee manueeritM ortaitaux de Parte, ton. V. - Hanaer, Miêtoire de l'Kwkpire Ottoman. — Zlokeiaen, Idem. — Hammer» Histoire de ta P^tesie tmrque.
MVSTAMiA IV, sollan ottoman , né à Constantinople, en t779, mort le 15 novembre 1808» dans la même vîfle. Fils aîné d*Abdonf-Hamid , H avait été élevé dans De sérail, jusqu'au rao^ ment oà H Ait appelé à succéder à son cousin SéKm IH, te 29 mai 1807. A peine sur le trône,, nrustapha s'empressa de supprimer les nizam-âjédids, ou nouvelles tronpes orgam'sées à fen^ ropéenne , et de rétablir lés yamaks et les ja-
(t) A cOM d'hit eeriain nombre de bon^ pactes, oo ras marque tortout des bioRraithea et des tradsetears des cbefs-d'œuvre de la llttdraîiijp étrangère. A leur tête se tronve le grand vMr Ragblb-lRchii , qui a traduit en tore l'tftetoire unimetseUe de MIrthond et Hllsloire des Tartarés par le mUiislac Bogliol AMurrtoak. Outre une anthologie de poètes arabes, intUulee L» Saoire, Raghib A donné nn divan ou recueil de poésies turques, pois d(« panégyii^oes. ct.(rartimt At§ rapparts dlfrihamatlqaea et blitorlqucs. sur les dTëiiemei»t!i ép tneu temps, tfaamizade traduisit y Histoire de$ MoghoU par Wasfiaf. apprfé par M. de ITammer le Bossuet i^entan, taudis que les. PVQUgimièiies et IHstolres du eèlèSre Ibn-KItaMoui» , si iBoportanles pont l'Afrique dn.nonl, troavércnt de aam* breux ioterpritcs dans la personne d*4boubekr le Pei^ San, du vizir Abdouliah Narzf. et de PIrizade . Le grand oovrage b»Mlugrrai>Mqii<» ef eDcrcf>]pèdta|M de HadU Khal/a fut, sons Mmtapha Ul » cootlnué par RI Had) Ibrahim Hanif- Ëfrendl. On pul>lla alors les biographirs des poètes, des rooutfls, vtzirs, capltans-pachax, chanteurs et ralllgraphes. On donna des de.<criptfeaa des villes de La Mecque, de Médine, Damasv Jérisalem» etc. Vnei histoire littéraire complèteulcA Arabes, Persans et Turca fkit rédigée par Eschref Abderrahman-EfTendl. Sous le nom di> Kulliat, on Se une collection des œuvres des ptf:. lygraphcs.
MUSTAPHA
nissair^s. Mais comme il n'en maintint pas moins les taxes établies poor Tentref len des nizam-djédids, le peuple ne gagna aucune diminution d*im* pdts. Dans son zèle malhabile, Mustapha alla Jusqu'à détruire l'imprimerie de Scutari. Puis il recommença la guerre avec la Ru&^ie. Après avoir balancé les revers que les Russes lui avaient fait essuyer sur terre, notamment en Valachie par la victoire qu'il avait remportée sur eux à Téiiédos , il obtint, le 24 août, un armistice qui lui laissa la main libre contre les Serbes révoltés. 11 fut plus heureux contre les Anglais , qui, battus en Egypte par Méhémet Ali , alors kaïmakam ( voy. MÉHÉMET Au ), échouèrent encore dans leurs négociations diplomatiques à Constantinople, par suite de l'influence toute- puissante «ilors de la FtàwcQivoy. Seba.stiaai}.
Dans les parties éloignées de l'empire, Mustapha ne fut pas aussi heureux. Les pachas de Bagdad, de Damas, de Tripoli se rendirent presque indépendants , en même temps que les Waliabites continuaient leurs progrès sur la frontière de la Syrie et du côté de TEuphrate. Mais ce fut à Constantinople même que le Grand Seigneur vit son autorité presque annulée par les hommes qui l'avaient porté au trône. Après l'assassinat du grand vizir, de l'aga des janissaires, puis du kaimakam et du moufti, qui avaient été successivement à la tête des afiTaires, Mustapha dut laisser toute l'influence à Kabaktcbi Oghlou , commandant des forts du Bosphore et chef des yamaks. Pendant ce temps , le sultan était circonvena , sans s'en douter, par les menées du famenx pacha de Ronchtchonk Mustapha Baïrakdar ( voy, BÀiRÂKnÀR),qoi s'était entendu avec tous les amis du sultan déposé. Après le meurtre de Kabaktchi Oghlou, le sultan Mustapha dut céder aux demandes de Baïrakdar, qui, avec une armée de seize mille hommes, s'était avancé jusque sous les murs de Constantinople. Mustapha licencia les yamaks , destitua le roonfli et tous les ministres opposés a Baïrakdar, et confisqua leurs biens. Mais le 28 juillet 1808, le sultan, qui croyait avoir satisfait l'ambitieux pacha, fut surpris de nouveau par Baïrakdar, qui avait cette fois forcé l'entrée de Constantinople et envahi le sérail lui-même. Ayant demandé qu'on lui délivrât Sélim III, le sultan Mustapha lui fit dire d'attendre un instant, et donna immédiatement l'ordre d'étrangler son malheureux cousin. Puis 11 fit jeter aux conjurés le cadavre défiguré de Sélim. Pleins de fureur, les soldats s'élancent, conduits par Baïrakdar; le sultan Mustapha est arrêté et conduit à Pinstant >^ans l'appartement où sa victime venait d'expirer. Quatre mois après, le 14 novembre 1808, éclata une révolte des janissaires contre le nouveau sultan Mahmoud II : révolte qui occasionna la mort de Mustapha IV.
Il y a sur cette mort deux versionsdifférentes.
D'après les uns , au moment où les janissaires
. marchèrent sur le sérail , pour délivrer le sul-
tan captif, Baïrakdar, après un combat opiniâtre, accablé par ses adversaires , qui, au milieu de vociférations, le sommaient de leur livrer Mustapha, leur jeta le corps sanglant de ce prfaice, et ce ne fut qu'après cet assassinat que le nouveau grand vizir se fit sauter en l'air. D'après une autre version, plus accréditée, ce fut lors des cris de mort lancés contre Mahmoud II, que le nouveau sultan ( qui la veille , avait noblement résisté aux instances et ses ministres lui conseillant de faire périr son frère ) , céda enfin, à regret, à la nécessité de pourvoir à sa propre sûreté. L'ordre fatal lut fut arraché, et Mustapha IV livré aux bourreaux. Sa mort n'exdta, du reste, aucun regret, et parut juste, même aux yeux de ses partisans, car son caractère, changeant et cruel à la fois, n'avait inspiré à son peuple ni afTectlon ni estime.
Ch. R.
Aasim-Ktlendi, Annales OCtomainu. — Sald-EHcodl , HUtoirt du diX'huiUime tiécle Jusqu'à la mort de Mustapha IF". — Comte Raczyiukl , f^oyagt piHoresque de Constantinople, — Comte Andréony, Onuta»ttnople , u Bosphore de Thraee^ etc. — Mémoirgs de Perluster, — wutmaao, iltfUen in die BuropMschet Turkeift KMnasien , etc. -> Martens, RecueU des TraUés. — FélU Mengtn, Histoire dt PÉçfpte sovs Méhémet Ali. - Alfred Kremer, ÇeseMehig von Mittelsurien. — Jouannia, la Turquie (dans VVniver* pittoresque).
MUSTAPHA MOUKBLisst, prince et littérateur ottoman, né à Constantinople, en 1520, mort le 22 septembre 1553, à Erekii ( Héradee dans l'Asie Mineure). Fils aîné de Soliman II, et d'une esclave, nommée Bosphorone, il était l'héritier présomptif de l'empire. Mais la sultane Khasseki Kourrem , plus connue sous le nom de Rùxelane (la Russe), voulant préparer la voie da trône à un de ses fils, Mustapha, qui possédait l'affection du peuple et celle des soldats , se vit en butte â l'espionnage et à la calomnie. La guerre ayant éclaté entre la Perse et la Turquie , le prince, alors gouverneur d'Amasie,fotcl)argé par son père d'assister le grand vizir Roustem-Pacba, qui était chaîné du commandement en clief. Ce dernier, favori de Roxeiane, se servit d'un ennuque , nommé Chamsi-Pacha Kisilahmedlu , ancien précepteur de Mustapha, mais vendu à la sultane, pour suggérer k Soliman que le prince montrait des dispositions à la révolte et écoutait avec complaisance les propos séditieux des janissaires. Le Grand Seigneur, devenu jaloux et ombrageux avec l'âge, se rendit à Scutari, le 28 août 1553, aprâ s'être fait donner par le moufti un fetva de mort contre Mustapha, accusé d'intelligence avec le sofi de Perse. Le prince accourut en toute hâte, au-devant de son père, sans se douter de rien. En entrant sous la tente impériale, il fut reçu par sept muets , armés du fatal cordon. Mustapha expira , en appelant vainement son père, qui, caché derrière un rideau de soie , assistait à cette horrible scène. Sous le pseudonyme de Monkhlissi (ou /c Stircére), le prince a laissé quelques poésies ,