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gués indications. Epicharisfut arrêtée; mais elle n'avoua rien, et Néron ne savait encore sur qui faire tomber ses soupçons.
Cependant les conjurés, avertis du péril, comprirent que l'hésitation les perdrait, et comme
n'était point un homme d'action, et sa prédilec- l'empereur se trouvait alors à Baïa, où PisoQ
lion pour les habitudes d'une vie luxueuse, son entraînement vers les plaisirs semblaient loi interdire toute pensée sérieuse d'opposition. Ce fut lui cependant qui devint le chef nominal d'un vaste complot, soit qu'y fût las de la tyrannie, soit que ses amis, plus actifs et plus résolus, eussent besoin de son nom et aient su l'enlrafaier dans leurs prpjets. Les plus entreprenants parmi eux étaient le tribun d'une cohorte prétorienne, Subrius Flavius, et un centurion nommé Sulpitius Asper. Le poète Lucain, neveu deSénëque, et Plantius Lateranus, consul désigné, furent aussi 'des premiers à s'inscrire an nombre des conjurés. Lucain, <m\, malheureusement pour sa gloire, se montra 1 dans les premiers chants de laPharsale adulateur trop servile, était animé, dit-on, par une cause personnelle. Néron Pavait blessé dans sa gloire en lui interdisant, par une vanité jalouse, de dire ses vers en public. A Plautius Lateranns, illustre représentant d'une grande famille, possesseur du vaste palais qui, à l'extrémité du Cœlius, a donné son nom à la basiliqueVle Saint- Jean-de-Latran, on ne prête d'autre motif que l'ardeur du bien public. Des chevaliers, des sénateurs venaient chaque jour prendre part au complot, qui semblait prêt à éclater comme une vengeance publique. Mais c'était l'un des préfets du prétoire, Fenius Rufus, qu'on regardait comme l'&me des conjurés. Le tribun Subrius Flavius , placé sous ses ordres, avait d'abord Touiu prendre sur lui Texécution. Tantôt il s'arrêtait à l'idée de poignarder Néron en face du peuple, alors qu'il venait chanter sur la scène et avilir aux yeux des Romains la majesté impériale, tantôt il rêvait l'incendie de la Maison dorée et voulait attendre l'empereur s'enfuyant au milieu de la nuit par les galeries désertes de son palais. Mais Flavius voulait autre chose encore : il voulait sauver sa vie, dont il n'avait pas su faire le sacrifice. Aussi at»andonnat-il ses plans l'un après l'autre. Au milieu tie ces irrésolutions une femme nommé Epicharis, que sans doute sa liaison avec quelqu'un des conjurés avait instruite du complot, s'ouvrit à l'un des chefs de la flotte du cap MIsène, Volusius Procolus, qui semblait mécontent et ne se croyait pas assez payé, par le commandement de quelques galères, de la part qu'il avait prise au meurtre d'Agrippine. C'eAt été une acquisition décisive ; ear Néron, pendant ses longs séjours à Baïa, faisait de frt^quentes promenades en mer et se confiait, sans gardes, aux marins de sa flotte. Epicharis, toutefois, en livrant à cet homme le secret de ses desseins, ne lui dévoila pas le nom ■«les conjurés. Aussi Procuius, qui se hâta de la traliir, ne put donner à l'empereur que de va-
MOUV. BIOCR. CÉNÉR. — T. XXXYII.
avait une villa sur les bords de la mer, on résolu^ d'accomplir le meurtre dans cette maison que Néron visitait quelquefois pour y prendra les plaisirs du bain. Pison refusa. Quelle que fôt la haine qu'il portait au tyran, disait-il, l'hospitalité devait être sa sauve^rde et la table où s'asseyait son hôte ne serait jamais souillée de son sang. Il y eut donc un nouveau délai. On fixa le meurtre au 19 d'avril, jour consacré à Cérès et que l'on célébrait par les jeux du cirque. L'empereur venait souvent à ces fêtes, où il était facile de l'approcher. Lateranus, sous le prétexte d'une grâce à obtenir, devait se jeter aux genoux du prince, puis le renverser brusquement. C'est alors que le sénateur Scevinus, qui en avait réclamé rbonneur» devait porter le premier coup. Il avait fait venir à cet effet un poignard consacré dans le temple de la Fortune en Étrurie, comme pour donner un caractère religieux à l'expiation de tant de crimes. Pison, cependant, devait attendre l'accomplissement du complot dans le temple de Cérès, et de là le préfet du prétoire Fenius le conduirait au camp des prétoriens, accompagné d'Antonia, la filie de Claude. On voit qu'il ne s'agissait plus d'aucun retour vers la liberté : ridée républicaine était bien morte dans le cceur des Romains. Ce qu'on voulait, c'était substituer un maître à un autre, et l'idée de légitimité avditdéjà dans Rome de si profondes racines que Pison était prêt à répudier une femme qu'il aimait et à s'allier à la sœur adoptive de Néron (K)ur s'assurer des droits à la couronne de celui qu'il se proposait d'assassiner.
Parmi tant de personnes de conditions, d'Ages et de sexes si différents, le secret avait é^ gardé ^m les auteurs de la conjuration. La trahison partit de la maison de Scevinus. Un esclave auquel il avait ordonné d'affiler ce poignard toscan dont il voulait se servir comprit à quel usage il était destiné. Séduit par l'espoir de la récompense, dès le point du jour il était aux portes des jardins de Servilius , par lesquels on entrait dans le palais impérial. Il s'annonce comme porteur d'une nouvelle importante : les gardes lui refusent tout accès ; puis, sur des instances nouvelles, le conduisent à Épaphrodite, affranchi de Néron. Intro<lult chez l'empereury il parle d'un complot redoutable, montre le poignard qu'on lui a confié ei accuse son maître, auquel il demande à être confronté. Scevinus est enlevé de sa maison par des soldats; Antonius Natalis, chevalier romain, avait eu avec lui la veille un entretien secret; on l'arrête aussi. Leurs réponses ne s'accordant pas, on les m^ nace de la torture. Ils n'en peuvent supporter
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les ftpprèts;'ie nom de qoelquesons des conjurés est livré par eux. Néron se rappelle alors la , première délation de Procùlus. Épicharis était restée en. prison; on. croit obtenir d'elle
. une plus aiçple révélation da complot: elle est déchirée^ par le fouet, brûlé^ par le feu, soumise
. à tous les tourment^, qu'ellei brave sans que les boorreau?^. puissent vaina'e sa résolution. Â^jetée dans son cacliot, elle est apportée le lendemain 6«r.une chaise, car ses membres sont brisés; mais .ipendant le trajet, craignant que la nature
. affAibiiene triomphe cette iîois de son courage,
I elle s'étrangle avec son lacet. Tant de constance redouble la terreur de Néron. Les coborte^ prétoriennef^ , la garde particulière des Germains
i aonVen-arraes et jM-étes comme pour le combat;
<les muKaiUes sont garnies : on dirait que. Rome
• cfaiut an.assaut. Des détachemenla parcourent
• la campagne et les municipes voisins : à cbaque .J]€ure<4u jour, ce& détachements. reviennent en •rvillQ, .traliiaut aax. jardins de Servilius des
du moins la franchise de son opinion. Néron lui demandait pourquoi il avait trahi ce sermcLt militaire dont Tobservance faisait. Thonoeur dn soldat : «Jamais, répondit le tribun , tu nas été plus fidèlement. .servi que par moi lorsque tu nous commandais selon la justioç ; mais f ai délesté en toi le parricide, Vassas&in, le bateleur, Tincendiaire (1). »
Kéron, cependant, se sentait comme entouré de vengeurs invisible^, prêts à lui demander compte du sang que ses terreurs mêmes lui faisaient verser à profusion. Des conspirateurs dont les noms lui avaient été dévoilé^, ses soupçons s'étaient portés sur tous ceux qui n'avaient pas flatté ses vices. Il lui semblait qu*il fallait oo L'aduler ou le combattre, et que quiconque ne se faisait. pas le courtisan du prince voulait devenir son assassin. Séuèque s'était retiré de la cour, ainsi que nous l'avons tu, sous, prétexte de sa santé détruit^ par l'excès du travail.' Dioa assure qu'il eut connaissance du coq:ip)ot ; Tsote
troupes d'accusés chargés de chaînes. Si quel- | ne croit pas pouvoir émettre da. certitude à cet
tfqu'iia s'est. montré affable pour un conjuré, s'il iitti:aparlépar hasard, s'il l'a rencontré sur la vToie publique , c'en est assez pour être déclaré .ooppable. Pison, cependant, qui n'avait pas d'a- ^ibofd< été nommé, se trouvait encore libre ; un .«coup hardi pouvait le sauver, et t«)us ceux qui . 66 trouvaient compromis le lui conseillaient avec ..instances; on lui rappelait que de nombreux • <M>mplîces se . trouvaient parmi les gardes du I farinée.- On> pouvait encore entraîner le périple; . 4iap.si le nombre des conjurés était bomé^Rojue .entièra conspirait de ccesur, dit Tacite. Incapatile .de réâolutioot Pison. attend lâchement le» soldats •qui viennent l'arrètef^ et se fait ouvrir le& veines .,^près avoir, prodigué. à Néron dans son testament les i]aiterie& les plus honteuses. Le consul désigné, Lateranu^, n^obUnt même pas Ja |;râce r,d'ertibyas8er <sa . fenuoe «et -sesi enfanta ; il fut .frappé 'dana le lieu destiné. à l'exécution deses- <4)lav«^ipari le tribun Statius,<)qui était son cornipliee.et.qui croyait échappe^ au.\4>oursuil«& en .«e faisant bourreau. De tous. les. conspirateurs <.qui se i-montrèrflBt ainsi traitjres <à leur parti, .FenittS-Rulus est| .peut-être' celui» {qui mérite. le /moins de pitié. Comme préfet du. prétoire, il •vint -s'asseoir impudemment anx côtés de.Tt- ;.gellinus détournant les soupçons par .la rigueur de «es jugements. ..Soit . ignorance , soit iêcheté de la part des accusés^ cette tactique kit réussit d'abord; inaisScevimis, qu'il pressait de questions et de menaces, lui répondit enfin qu€i pereonBe«<n'en'aa vai( plu8.,qoe lui sur ou complot dotttil était.lachef* et: qu'il l'exliortaiit, aanom deiraroour qiiMl eemUait porter jnainteDant à Néron, (à ne plus rien cacher à un si teq «prince. \A ces «mets Feainsrest 'f««ppéde terreur; il veot répondre et balbutie; aa oeofusion lef trahit: on
égard. Ub des conjurés déclara que Pison lui afait envoyé demander de le recevoir. C'en fot assez pour Néron. Le tribun d'une coborle, prétorienne, Granius Silvanus, eut ordre d'aller savoir é\ Sénèque confirmait la déposition. Le philosophe revenait alors de Campame et s'était arrêté dans la villa qu'il avait sur la voie Apfâa, à (quatre milles de Rome, vaste résidence dont les fouilles opérées dans ces dernières années ont fait découvrir les .anciennes 6ob:>tru€tioos. Nous connaissons donc noaintenant le lieu, précis où ae passa l'une* des scènes dramatiques de ce long drame qu'on appelle le règne de Nerae. Sénèque avoua le fait des relaiions de société qu'il avait avec Pison, mais nia ioote,partiqpfttion au complot. De retour à Borne, le tribon rend compte à Tempereur dece qu'il vieotii'fp^ prendre: «tEt^nèfue, se sachant soupçonnéy reprend Néron, songertril k se donner la nsort? » Granius Silvanus répond que Sénèqoe a con- .«ervé 8«n calme, ^u*ti«st à tahle arec Paufine isai/emrae etdenx ami^ ^ ne paraissant oonœvoir «aucune.. appréhension sur son sort. l.e tribea reçoit Dordire de repartir et d!aononoer* au ptéeeptenrde.rempereur .qu'il faut mourir. On croit que- Silvaous liésll^, ajoute .Tacite; car d était lui-même de la coniuJ'atioa,et il y eat encore là un de ces moments où les éréneinest» peuvent changer par ia résolution 'd*un Immme .de cœur; mais c'était le cœur qui manquait^X^ iêcheté s'était emparée de ces. hommes qui .avaient tous trempé > dans la conspiration, et qsi maintenant se balaient de se friper les uns ks autre.'«,».ne songeant qu'à, faire dt^paraitre les témoins qui pouvaient déposer contre eux. Gnnius Silvanus ne se sentit pourtant pas UJbrce d'affronter . les regards de Sén^ue, et eiiai^a
l'arrête .sur le siège même du tribunal ; il est .Tun de. ses centucions de thii forler la fatale
jeté'dans lescacliot$, d'où on.ne<sortail que pour '
mourir. Quant au tribun Subrius Flavius , il eut 1 (i^ nielle, ^m., L xv,e. uvu.
nouvelle. Le yieax stoïcien dorait avoir Hepiiis longtemps prévu soo sort II demanda 'soq testament, qu*0D refusa de lui eoûfier, et rappelant ses amis à la fermeté qu'il leur avait enseignée tant de fois, il leur demandait s'il ne fallait pas mienx mourir que de vrvre- sous un tel prince. Pauline s'attache à lui, embrasse ses genoux ; elle ne saurait lui survivre. Sénèque combat d'abord sa lisolution, puiscède'à ses prières, ne roulant pas, dit Tacite, lui ravir une telle gloire. Tous deux se font ouvrir les veines. Sénèque, affaibli par la vieillesse et par nn régime austère , ne, perd son sang qu'avec lenteur et dicte à ses secrétaires un discours que Tacite À'eât abstenu de rapporter, parce que de son temps, dit-il, cha- ' cun l'avait entre les linains. JQuadt à'Paiiline, elle fut sauvée par l'ordre de Néron qui'Qt bander ses plaies; mais la pâleur qui couvrit depuis lors son visage témoignait de sa tendresse conjugale et des calamités de ces temps odieux. Le neveu de Sénèque, Lucain, paftagea bientôt son sort; mais il n'ent ni sa force morale ni sa dignité. On l'accuse d'avoir trahi ses amis par crainte des tourments et d'avoir nommé jusqu'à sa mère, innocente du complot. Bientôt ce fut le tour de Pétrone, ce peintre satirique qui avait su si bien frapper de ridicule dans son poème l'orgueil et r*nsolence des enrichis. Tféron se trouvait en Campante lorsqu'il le (it arrêter, alors que Pétrone venait lui faire visite, et le poète ne soDji(ea plus qu'à mourir.
Nous ne voyons rien à cette époque des 'débats qui s'élèveût sous le règne délibère entre les délateurs et les accusés; on n'avait plus même la ressource de laisser à la postérité le retentissement d'une défense éloquente et de sentiments noblement exprimés. 11 Callait mourir en silence et souvent même flatter te tyran dans un acte de dernière volonté, où pour conserver à ses enfants une part de sa fortune on laissait l'autre à celui dont le caprice vous envoyait à la mort. Pétrone du moins n'eut pas celte lâche complaisance, et les détails de ses derniers instants sont tout particuliers à cet épicurien,* qui s'était fait un nom par la mollesse de ses habitudes comme d'autres par leur activité. N apporta dans sa mort, dont on lui avait du moins laissé le choix et l'heure, ces soins minutieux qu'il mettait à ses plaishrs.'Eiitouré de ses amis, à table,, il se fit ouvrir les veines, puis les referma, nuis les ouvrit de nouveau, causant avec simplicité, non de l'immortalité de' l'âme et Hes hautes questions de la philosophie, mais de poésie If^reet des nouvelles du jour. Il récompensa quelques esclaves, en lit châtier d'autres, dormit, causa encore,' laissant peu à peu couler la vie avec son sang, de manière à être surpris comme sans é'en douter par le dernier sommeil. Son testament, contre. l'habilude, loin de contenir quelques TIatteries pour Néron, Tîgellinus on les puissants du jour, était un récit des dissolutions du prince ob, sous des noms d'hommes
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et de femmes perdues,' il entrait thins 4e dëfeifl des raffinements de chaque iiifamTe. 'IM'envoya cacheté à Néron, après avotr brisé son cachet y ainsi qu'une coupe murrhyne, de le plus grandie valeur, dont il ne voulait pasquelVmpereur piAt parer sa table. Nous n*edtrerons pas ici dans la question si controversée de savoir si ce'Pétrone est le Petronius Atbiter auteur du Satyrican. Ceux qui le soutiennent ont cru voir dans le personnage grotesque de Trimalcion nne parodie Yte Claude ou de Néron. Quant à Néron, il semble impossible que Pétrone ait pensé au jeune em- |>ereur en peignant le vieux déhanché. Du reste, nous pouvons renvoyer le lecteur aux travaux les plus récents insérés par Studer à ce sujet dans le Rheinisches Muséum,
Les meurtres se multipliaient dans llome; diaque maison, pour ainsi dire, comptait une victime; l'un avait perdu un fils, l'autre nn frère, ou un. parent, ou un ami, et tous rendaieilt grâces aux dieux, ornant l^urs portes de guirlandes de lauriers, comme au lendemain d'une victoire, pour remercier le ciel d'avoir sauvé Néron. C'est un des problèmes les plus difficiles à résoudre' dans l'histoif^ de l'antiqifilé , que cette flatterie des grands, cette patience dn peuple, cette cruauté des despotes. Pour le comprendre, il faut nous isoler complètement des idées que nous concevons de la société moderne, et nous reporter, par la pensée, au milieu des habitudes et des conditions d'une civilisation toute différente de la nôtre. On ne saurait nier que les Romains n'aient été préparés à la tyrannie par le spectacle qu'ils avaient sous les yeux dans riniérieur de la famille. Dès le seuil de leur maison l'esclave enchatné qui gardait la porte leur rappelait Vabns de la puissance, et les instruments de torture pendus dans Patrium indiquaient le châtiment terrible du moindre oubli dans' le service. Sans rappeler id Yeddius Pollion engraissant ses murènes de* ta chair des esclaves qu'il faisait jeter vivants dans son vivier, nous sommes éclairés à ce sujet par 'le procès instruit au sénat, sous ICTègne même de Néron, à l'occasion du meurtre de Pedanhis Secundus, préfet de Rome, par l'un de ses serviteurs. On al'ait envoyer au suppliée, sehm les termes de la loi, tes quatre cents esclaves de tout âge et de tout sexe qui composaieilt sa mai son; lorsque le peuple ameuté voulut prendre parti pour tant d'innocents. On craignait une sédition. Xe ^at ^'assembla. Taras Oassius, le descen'dailt du Tonguenx républirain assassin de César, prit la parole. Nous ne connaissons pas de plaidoyer plus éloqueilt contre f état de la société romaine, qœ cehji qutl prononça pour entraîner ses collègues à insister, malgré la -ru* meur publique, sur l'exécution des malheureuses victimes. «Si vous faites grâce, disaitMl, qni sera jamais en sûreté pamii nous, puisque la haute dignité de Pef'anius n'a pu le ; protéger? Vous osez dire qu'il avait commis une injustiee; et
depuis quand est-il permis à un esclave de venger l'injusdce commise par son maître? Nos ancêtres redoutaient des hommes qui, nés dans leurs maiitons, y recevaient avec la vie un sentiment d'affection pour leur maître; et nous, anjourd*hai, nous admettons dans nos foyers toutes les nations ensemble : mœurs opposées, religions bizarres, font de ces barbares des ennemis qui ne peuvent être contenus que par la crainte. Des innocents vont périr, dit-on ! Quand on dédroe une armée vaincue, le sort respecte-t-il les plus braves? Pas de grands exemples sans injustices particulières; elles disparaissent devant le bien public. » Pour Cassius, le bien public c'était la vie des sénateurs et le droit de la défendri; à tout prix, fallût-il faire périr quatre cents victimes innocentes. Pour Néron, le bien public ce fut le droit de disposer, selon son caprice et dans l'intérêt de sa conservation, de la vie des sénateurs. Si nous nous reportons maintenant sur les gradins des amphithéâtres, n'y verrons- nous pas le peuple applaudissant, à chaque jour de fête, ces comtîattants déchirés par les animaux sauvages ou ces gladiateurs étendus mourants sur le sable, attendant le signal que donnent les dames romaines en renversant leur pouce pour indiquer au vainqueur qu'il doit plonger son épée dans la gorge du vaincu? Leur râle d^agonie, l'odeur du sang mêlée à celle du safran enivrent ce peuple aux plaisirs duquel on sacrifie tant d'existences et qui n'a plus guère le droit de se plaindre de supplices dont l'exécution lui rappelle ses divertissements. Ajoutons que pendant le règne de Néron la plupart des assassinats légaux ordonnés par l'empereur furent accomplis loin des regards dn public, qui ne les connaissait que par les décisions du sénat, toujours prêt à flétrir les victimes comme ayant conspiré contre la paix du peuple on la sûreté de l'empire. La plupart des suspects, dans ces temps de terreur, prévinrent le supplice par une mort volontaire. Il est permis de croire que ce courage du suicide, si estimé chez les anciens, fut d'un mauvais exemple aux époques de tyrannie : les Caton, les Thraséas dérobèrent ainsi aux peuples le dernier et le plus haut enseignement qu'ils étaient appelés à leur donner : l'exemple d'un supplice injuste supporté avec courage et appelant la vengeance. Les anciens eux-mêmes l'ont quelquefois senti. Tacite, dans la vie d'Agricola, vante les grands hommes qui savent souffrir l'injustice plutôt que de vouloir s'illustrer, sans profit pour la république, par la gloire d'une mort ambitieuse (1). « J'estime peu Thomme, dit Martial, qui achète la renommée au prix d'un sang facile à répandre (2). »
11 nous faut Joindre aux causes qui expliquent la longanimité des Romains cette prodigalité
(1) Jffrieola, ILII.
(l; Urre !•», IX.
NÉRON 744
sans bornes qui, aux yeux des classes pauTres, faisait plus que racheter les terribles décrdi dont les classes privilégiées avaient presque seules à souffrir. Pendant les jea\ célébrés ea l'honneur de l'éternité de l'empire, on distriboa chaque jour au peuple , dit Suétone, des oisean par milliers, des mets à profusion, des boas payables en blé, des vêtements, de l'or, de l'argent, des esclaves, des bêtes de somme et enfin jusqu'à des vaisseaux, des cliamps, des habitations (1). Néron admirait Caligula, dit le mîtee auteur, surtout pour avoir su dissiper en peo de temps les richesses amassées par Tibère. C'est ainsi qu'il dissipait à son tour an profit d'une popularité de bas étage celles qœ Claude lui avait léguées. Quelque grandes que fassent les ressources de l'État romain, maître de presque toutes les parties civilisées da monde cooou, elles n'étaient pas inépuisables. Anssi Tit-on Néron, dans son désir d'acquérir de oooTelb richesses, devenir, ainsi que toute sa coor, k victime d'une sotte crédulité pour les songes d'un visionnaire. Un habitant de Carlha«e,DO(niDé Cesellius Bassus, annonça qu'il avait troofé dans son champ une caverne d'une immense profondeur renfermant le trésor apporté par Didon, de la Phénicie. D'un côté étaient entassés d'énormes lingots, de l'autre s'élevaient des cdonaes d'or massif enfouies depuis des siècles an profit de la génération présente. Ce rapport devW ^ événement public ; on ne parlait plus d'autre chose à Rome. Carthage, si longtemps riTâle des Romains , semblait destinée à les enririur deux fois de ses dépouilles. Néron donna $& vaisseaux les plus rapides, ses meilleurs pnWR pour apporter en Italie tout ce que proroetijj ce rêve doré. C'était le temps où on célébrait les quinquennales, et les poètes comme les oraleors firent de la révélation de Bassus le sujet pnjcipal de leurs panégyriques. Tout devenait alors une occasion de flatterie; ce n'était plu» s»»* ment des moissons que la terre offrait à !!»•»"*♦ disait-on ; elle déployait une fécondité nooT^ et prodiguait Tor au prince qui faisait la gwe de son siècle. Tel était l'enivrement qui s«» emparé des esprits qu'on épuisait les riches» acquises dans l'attente de ces trésors '^^^^ Néron faisait même des largesses hyi»^'^ sur le champ de Bassus, qu'on bouleversa iW>* toute son étendue sans y trouver autre cbo«« qu'une cerUtude complète de la folie qn'iosp»^*" à Rome le désir insatiable de satisfaire un H^^ sans exemple.
Cependant, à ces mêmes jeux quinqu»n»"*| le sénat avait cherché à concilier, Ï^^'^^Z certain point avec la dignité de l'empereur, ^»^ passion pour les succès du théâtre, ea Ijj vaut la honte de ces représentations P*"'"'^ où il venait remplir le rôle d'un histrio" «J» lui décerna, en dehors du concours, lé R
(1) FU de Néron, XI.
745 WÉRON
chant et la coaroonede l'éloquence. Bfala Néron prétendit qu'il n*avait besoin ni de la brigue ni de l'autorité du sénat. C'était, disait-il, de la conscience des juges et non de la fsTeur qu'il voulait obtenir le prix. Il monta donc sur la scène, se soumettant à toutes tes lois prescrites dans les combats du chant, et quand il eut aclievé de s^accompagner de la lyre, il fléchit le genou, tendit les mains vers les spectateurs, attendant avec une feinte humilité leur sentence. La populace de Rome trépignait en cadence et frappait des mains en marquant la mesure. Elle semblait se réjouir de ce spectacle et peut-être se réjouissait-elle, ajoute Tacite, sans s'inquiéter de riafaroie publique. Remarquons à ce sujet que la dégradation du pouvoir impérial semble avoir été l'une des causes les plus profondes de la désaffection des classes élevées pour la personne des empereurs. Ils étaient aux yeux des Romains la personnification de l'État, dont l'accroissement, la dignité, la grandeur avaient toujours été la plus noble passion du patridat. La vue d'un césar, représentant de cette gloire, jouant le rôle d'un bouffon, blessait le Romain dans son amour-propre national, et il aimait mieux souffrir dans sa personne que dans la renommée de son pays. Aussi c'était la populace de Rome , mendiant la sportule et les distributions gratuites, qui soutenait seule de ses applaudissements frénétiques les prétentions de Némn baladin. Les citoyens des villes éloignées, où se conservaient encore les mopurs et l'austérité de la vieille Italie, ne savaient pas se prêter à d'aussi honteuses complaisances. Leurs mains mal exercées se fatiguaient , nous dit Tacite; ils troublaient les habitués et s'attiraient ainsi le châtiment que leur infligeaient les soldats dont on avait garni les gradins pour empêcher les acclamations de se ralentir. 0e nombreux accidents furent causés par la foule, qui se pressait dans les galeries étroites conduisant aux vomitoires. Il fallait rester à sa place pendant ces représentations, qui duraient des journées entières. Quiconque serait sorti avait à craindre les délateurs. Et non-senlement on devait rester immobile, mais il fallait paraître joyeux, caries espions du prince épiaient chaque physionomie. Yespasien, qui s'était endormi, ent la plus grande peine à obtenir sa grAce, et sans l'ascendant de sa destinée, dit Tacite, une prompte mort l'aurait puni de son sommeil.
A la fin des jeux, Poppée mourut, victime, dit-on, de l'emportement de Néron, qui la frappa brutalement pendant une grossesse. En perdant ainsi la seule aflection véritable que l'on puisse lui reconnaître , Néron, dans sa haine insensée, devient plus cruel encore contre ceux qui l'entourent. Il ne connaît plus de frein pendant les dernières années de son règne , et n'est guidé que par son caprice. A la cruauté de Tibère on peut souvent assigner pour cause sa terrible politique : Néron n'en a aucune. Tontes les classes
de la société, sa propre famille, ses amis, sénateurs , chevaliers , philosophes , citoyens de Rome, habitants des provinces, sont décimés comme au hasard. Le sénat, toutefois, nous fournit parmi tant de victimes la liste la plus longue, par cela même que chaque jour il applaudit aux volontés du prince, qui le prend à la fois pour complice et victime de ses sanguinaires instincts : « Quand même j'aurais à raconter des guerres contre les barbares, dit Tacite, tant de meurtres me lasseraieut, et je craindrais de lasser aussi mes lecteurs, rebutés par le lamentable récit de tant de sang versé, quelque noble qu'en fût le motif;' mais ici cette résignation servi le qui courbe les citoyens sous Jes coups du tyran fatigue l'âme et l'opprime. Il nous faut encore ajouter cependant qu'après le massacre de tant d'hommes illustres, soit par leur propre valeur, soit par le souvenir de leurs aïeux, l'empereur voulut frapper la vertu ellemême dans la personne de Pœtus Thraséas et de Baréa Soranus(t). »
Quels étaient leurs crimes? D'avoir résisté à la corruption universelle ; d'avoir conservé les souvenirs de la liberté; d'appartenir à cette secte des stoïciens qui, au milieu de l'asservissement général , se rendaient indépendants par le sentiment et par la pensée. Thraséas, homme consulaire , influent par son caractère et son talent, devint le chef de l'opposition peu nombreuse qui osa combattre quelquefois, dans le sénat, la volonté du prince. Ce ne fut d'abord qu'une résistance modeste, qui n'avait rien d'agressif. * Je ne parierais pas, dit Tacite, d'un sénatusconsulte qui ( dans l'année de Rome 811) permettait aux Syracusains d'admettre dans les jeux plus de gladiateurs que le nombre fixé, si Thraséas, en votant contre ce décret, n'eût donné à ses détracteurs l'occasion de censurer sa conduite. N'y avait-il donc rien à reprendre dans l'État, disait-on, que le luxe inusité des spectacles de Syracuse? Pourquoi parler sur de telles bagatelles quand on garde sur les grandes affaires un silence profond ! L'orateur ainsi attaqué répondit que s'il s'âevait contre unabos insignifiant, ce n'était pas parce qu'il ignorait les autres , mais pour faire honneur au sénat en montrant que ceux qui apportaient tant de zèle à de petits détails, ne se tairaient pas quand il s'agirait de grands intérêts (2). » Ce n'était encore qu'un avertissement, et Néron l'avait compris ainsi. La valeur de Thraséas ne lui avait pas échappé, et il semble avoir fait quelques efforts pour le gagner à sa cause : « Je voudrais, répondait-il à quelqu'un qui l'accusait devant lui d'avoir prononcé une sentence mjnste, être aussi sûr de l'affection de cet homme qne je suis sûr qu'il est bon juge (3). « Mais un rapprochement entre eux était devenu chaque jour
(1) ^itit., I. XVI, c. XVI rt XXI.
(1) IMtf., 1. XIII, C. XLXX.
(9) PlaUrque, i^mctpta c«r. Beipuà., e. XUV.
plus impossible. DespaAsioas d'une jeunesse dissolue Néron en était arrivé protnpteinent à une frénésie barbare : Tiiraséas sauva quelques^-unes do ses victimes. 11 paria en faveur d'Antistius, accusé d^avoir écrit des vers contre l'empereur, et, combattant la servilité de ses collègues, fit écarter la peine de mort que demandaient ceux qui parlaient au nom de César. Il était sorti du sénat le jour où on y avait fait.la lecture du panégyrique écrit par Sénèque pour justifier le meurtre d'Agrippine. Thraséas était donc cobt damné d'avance. Tacite apporte au récit de ce dernier meurtre juridique, qui clôt pour nous ce qui nous est resté de ses Annales, une sorte de solennité , et jamais il n'a flétri d'un lau^af^e plus énergique la conduite de ces complaisants que la lâcbeté ou l'ambition rendent solidaires de tous les crimes des tyrans par cela même qu'ils applaudissent à la tyrannie. Nul exemple peut-être n'atteste mieux la dégradation des mœurs publiques que les reprocbes burlesques qui se mêlent aux plus perfides calomnies dans l'accusation portée contre Thraséas. n Quoique membre du collège religieux des quindéceravirs, disait-on, il n'avait jamais fait de sacrifice aux immortels pour en obtenir que l'empereur con< servât sa voix divine. LorsqM'on accourait ea foule pour condamner les coupables de lèse-raa* jesté, lui seul se tenait à récart.U niait les tar lents du prince; il niait la divinité de Poppée, c'était insulter à la religion et anéantir les lois. Pourquoi lisaU-on avec tant d'empressement les actes diurnaux du peuple romain dans les provinces et dans les années? Pour y apprendre ce que Thraséas< n'avait pas fait. Si Ion approuve son opposition, qu'on adopte ses principes; mais s'il est bien reconnu. que cette opposition est subversive^ qu'on enlève enfin aux. séditieux leur chef et leur modèle : cette secte de mécontents n'a déjà produit que trop de troubles dans l'État. Pour renverser l'empire, ils invoquent la liberté. S'ils pouvaient réussir, ils attaqueraient bientôt la liberté elle-même (1). » Néron, comprenant- combien le procès -intenté à.Tlu-aséas était impopulaire, ea fixa Pépoque au moment où Tiridate venait recevoir la* cou* ronne d'Arménie : c'était un événement glorieux pour les armes romaines. A la suite d'une campagne malheureuse dans laquelle Cesenius Petus avait compromis les succès de Gopbulon, Tigrane, qui gouvernait les Arméniens sous la protection de l'empire romain, avait été diassé de son royaume, et Tiridate, fi'ère duroidesPar* thesy s'était emparé de la couronne d'Arménie. Mais un retour* ofTensif du grand général , qyi s'était fait en Orient une réputation si brillante, Tenait de convaincre l'Arsacidede son impuissance à se mai* tenir sur le trône s'il n'en rec^ vait pas l'investiture des mains de Néron. Il s'était donc rendu à Rome, où rien ne fut épar-
ID Ticilc. ^/na., l. xvi, c. xxtt.
ISËRON 74S
gué poiir qne la pompe d\in spectacle* vint àhtraire le peupje du. triste drame qui allaits'aecomplir : on. disposa k cet effet letWMKdfe Pompée ;,cf était nn théâtre qu'on :avail dniii pour célébrer letriomphe^ela Roine impériale; le sénat n'était plus désormais qn'ua tribanal où s'assemblaient des juges, dfs^ictimtstftdet beurreaux. « Non«-seutemeiit la scèoe,att <liie de VàfWA Gassius, maift<encore tout llBlériwrde reoeeÎAte avaient étéd<kFéa pour lecouron» ment do> prince arroéDieB...Le8 voila teodos peor abriter les 8feetalenr.<i étaient tduts «i pourpre; on y avait brodé riraagede!(enMcon* duisastun quadri^.- » Pendant- que l'empertiir s'attirait en joiMiitde là lyre les tnépris do rot barbare, le sénat ooeiUamait Thraséas. AjoutoM cependant en l'Iioiinear de ce corps » si falll^ ment servile, qu'on avait cni . nécessaire, . ftWt foi<«, de faire oecopar un temple^. voUia du lira des séances, par deux coliortes- prétorieiww, (t que sous la to^e des curleiixv qui se pro>sairal aux abords de la curio^jun apercevait dfs éf««s. Il était aisé de reconBattre en eux dps>&âl(iaU déguisés prêts à Gi>mbaltre toute roasife^titioa contraire aux desseins de l'empereur. Pui> oo avait donné le mot d'ordre aux pies vioienti orateurs. Thraséas et ^rantts,.comiaHMM6. eurent le choix du genre de mort. Hei^idtiksgrAdre de Thraséas, fut banni de Italie. Tout le jour avait été employé^ nous ne diross pa^inr les plaidoiries, on ne plaidait |ias en farfiirto suspects, mais par les actes d'accusation. U avait fallu aux délateurs, malgré rappam'i mit' taire, plus de temps qu'à rordiotire pour odporter cette condamoatîon.Le soir était veoo tort' qoe le questeur du consul vint fnpper à ^ porte des jardins cù . Tbiaséas avait ra^*^ quelques amis et s'entretenait avec le plJtos*' phe cynique Démétrios. On jugeait à ioir^; vite pensive , à quelques mots qu'on ts^fi^ qçand ils élevaient la voix, qu'ils parWenldo I» nature de l'Ame- et du sort qui ratl<fl<i lorsqu'elle a quitté son enveloppe mortelle, l» des intinnee amis du proscrit^ Domitiiu Cedlianus, vint loi apprendre le décret du sénat A©sitôt éclatent les plaintes et les sanglots de» a^ sistanis. Thraséas les fait retirer à la bàt^a* peor qu'une pitié imprudente ne les expose» partager son sort. Sa femme, Aria, fille de U célèbre épouse de Petus, veut suivre l'exemp» de sa mère; mais il la supplie de vivre, pour ne pas priver leur fiUe do seul appui qui Iw ^^^i 11 se rend ensuite sous le Portique, où l'a't^» le questeur, qû voit la joie peinte sur sa figo^ car.il vient -d'appreodre que son gendre fleij'»* écliappeàlainort et n'est condamné qu'ai «^»'- Ayant reçu le sénatos-coosulte , il se fait ouiw les veines^ et, répandant à terre quelques p«n«
de son sang: « Faisons, d''t-<^«»*''ï^ Jupiter Libérateur. » — « Regartte» jeaaeliM*^ aiou*a*t-îl en &'edressaBlÀ son geadrc. et (j^ dieux déloomeal de toi ce présage! Um w
NÉRON
Dé dao6 un Ump» oîi le courage même a besetn de ^ondâ exemplea •( 1) . » Ici - f inii ce qui nous reste d^ Aiiaale« de Tacite. Il seoibleqaeJesort jaloux qui.nuus a ravi tune 8i gf:ande> [uirt de seâ isiurrea ^ii du>. inûioa. voiHibknouerlaiastc des dernières, panekes dii«e«^ hemme qiii daaa ces teiiips -de ikîrahUajifie ^iMérateiconaelii l'iumaatté du spectacle de»Uiiide<baaaes«ei
Daos l'annee^Sao de AMiie'<fr7 deiflotee ène^, riéroD.&e décida euiîn À exécuter luaiwyafe' en Grèce depuia loog^eiupa piMijeté per lui. Fut-il gpidë dans. ce dessein par quelque vue puUUqoe; vQuIait-Jl à. la fois jouir de la pacification des provinces .les. plus orieotaiâs de sod empire et aviser I aux premiers sjniptdiiieB de révolte qui se mauirestaient eo Palestine-? Nous ne le croyons pas; ou .da moins, si quelque antre motif que sa vanité ^'artiste Tavaii enga^ à quitAerRome, c'était laijakNMÎe que lui inspirai! la |i;loire de Corbulou. . II. emmena dana ce vnyagei tons les iwmyairjioaa de ses débauclies , son corlége de muaicieos, seAi9ueurs de flAte,.ses applaudissiHors à gages. On aurait dii la mavcbe tdomphaie du Bacchus laiiieD avec ses silènes |.sea -satyres avinés et sesraénades faisant résonner lea: crotales* de n'était pfis, en effet, comme- Mununius ou Paul-Émiie^ ou Flaroinius, ou. mèose- Auguste et Agrippa « qu?il allait ea Grèce : il., n'avait d'autres palmes à y conquérir que celles qu'on distribue dans lel cirques , d'auti«s comlrats à soutenir que ceux du chant et de la lyre. Acteur ambulant » il allait de ville eo ville faisant exé* coter en une seule année les jeux dont la celé' bration successive demandait Tespace de quatre ans; de telle sorte que l'époque de son voyage a fait confusion, dans la clironologie des olyu-pjades. Atdlympie, à Némée, à Delplies, à Co* rinthe« il • sa présenta. dans la ilioc, .demandant à Tadulatioa des Giecs non* seulement la eoon Yonne duf vainqueur, mais encore des concours contraires aux usages les plusrespeetéfi. AOlymr pie, par exemple, il voulut un combat de-.mun sique et des luttes tragiques aux jeuxislbmK ques. Puis aprè:î avoir joué et chanté il gpida . son quadrige dans le cirque, et.n!eul pas honte d'accepter la coun>nDe,.bieaqy'iL eût été renversé de son char. O'était un ooosulaire (jui lui servait de héraut et qui * proclamait devant la Grèce étonnée que l'empereur Nérony vainqueur, offrait sa couconoe au peuple romain et à J'unii* vers, qui lui ap|iartenait.
Tant de palmes remportées dans la véritaUer pairie des arts méritaient bien une récompense pour ce. pfsupje- docile qui flattait si bien. lesgoûts du prince. Néron changea la pr^ovioce de SardaignCy qui lui appattenait, pour l'Adiaïe, qui relevait dii sénat, et proclama du liaut de la trii bune, sur le forum de CorinUie, qu'il rendait i 5ia Grèce sa liberté. Il la lui fit payer cher,, toutefois, et de nouvellesdépouilles, entovéesanxi
(1; TacUe, Am^ U XVI, cterUre dcrate.
temples -des dieuT, anx' édifice» pabKe*, atlèrenC enrichir sa Maieen ddrée.
Trois metirtres*^ ont signalé' ce voyage, qui n'avait, été d'tibord-'qtie-iidicule'et'qoi devint odieu%. Corbtriôn \ \& varnqueor-des Pttrthbs , le protecteur tlé4'ëmpire', ddnt le nom seol valait des iégiooa-; fût appelé 'auprès dé l'èmp^reor, et endébarqaant en- G^èce-,* obtint comme récompenae d»4a plus lofyale-abnégation l'ordre de se donner ta mort. « C'estbien fait», dit- il, en se perçant de son' épée (1) , regrettant 'sans doute qnntant de lof auté etde courage se- fût égaré au serrice d'un tyran. Deux frères, Httfiiset Procotus^appartenant à raaoienne'famitte Scriiwnia, étaient (légats, l'un dans là Germante inférieure , l'antre dansia Germanie supérieure : ils sont man-' dés en Grèce, sons prétexte d'y conférer sur l'état de leurs • provinces; mais avant d'avoir tu l'empereur,- lis avaient appris le véritable motif de leur rappel, en recevant leur condamnation (2).
C'en ^tait trop, cette fois, et Néron, en s^ttaqnant aux chefs -des armées leur indiquait ce qu'ils avaient à faire pour échapper à un pareil sort. Jusqu'alors te gouvernement des provinces avait été le plus sûr refuge contre \â haine soupçonneuse du despote. Sa politique vivait la vue courte et pendant longtemps n'avait pas été chercherau Ktin ceux qui devaient le renverser onjour. H -n'y eut plus de sûreté pour lui du moment où lea gouverneurs qni disposaient des forces vives de l'empire ne forent plus protégés par le souvent des- services qu'ils avaient ' rendus. Des symptômes menaçants s'étaient déjà produits en* llaUe, oè une révolte avait 'éclaté près de Bénévent (3). Unalfranchi nommé i£lius, auquel il avait laissé le soin de gouverner Rome en son absence , et qui abusait du pouvoir comme son maître, lui écrivit «n^vain^de hAter-son retour. Il n'avait pas encore recueilli tontes ses cou* roones ; il lui fallait achever sa mission. Puis il vnnkiit aussi fèire percer llstlmte* de Oorinthe,. entreprise- si souvent tentée, et qni échbua une fois de plus (4). Deux viHes seulement échappèrent à sa visite : Sparte et Athènes : la première, dit on, l'effrayait par l'austérité de ses mœurs et de srs institutions ; dans l'autre il aeraittraint d.e s'approcher du temple des Euménides , divinités vengeresses du parricide.
Des appels plus pressants le décidèrent enfin ;
(i) Dioa, 1. LXIli. c. xviw
(S) Ibld
(Sj^oy Suétone, P^e de Niron, c. XXTTV. Kftns «uToni q>iecct'econJiiFaUon,qal érlata aprè«crll^de l'hon.avakt pour chef Violclut . 1 bl»Uilre ne nous rn opprend pan da« T.intagn. On a «uppotté qu'il fallait lui rapporter ct> qao racont.' IMutarque, i propos d'on complut découTert, patee qa'tto connaniité, sur le point de p.iraHrc tierant Temperevr, avait rrçu d'un des ronjurés l'aMuran^e qqe le tyran srralt mit à mort Ir lendemain, rt qu><, ptéCëraot le certain i l'Ineertatn, il avait appris A N<^ron le danger qu'a courill pour en obtenir «a frrAce [defiarrul.^ c. xO.
Kk) ro^ Lucirn, NËPÛN, § S-8 tlavliH JosèplieDOOg apprend qu*on em:>lojra à ce trnv.ill, bientôt abandonné^ six mille prisonniers Julfa envoyés par Vcspaslen ( Se//. Jud^ 1.111, ex, S 10).
NÉRON
mais il s'embarquait plein d'espoir : il avait consulté Toracle de Delphes, et l'oracle lai avait répondu qu'il eût à se défier de la soiKante-treizième année. Néron avait trente ans alors : il se voyait assuré par les dieux d'un long avenir. Plus tard on comprit le sens de l'oracle , car Galba avait soixante-treize ans. Par une mer orageuse, et dans les premiers )ours du printemps, il débarqua dans la baie de Pouzzoles. A Naples, à Anlium, h Albe, il entra sur un char traîné par quatre clievaux blancs et , comme c'est la règle pour tout vainqueur aux jeux olympiques, pir une brèche faite à dessein dans les murailles.
A Rome on avait préparé pour lui le char qui avait servi au triomphe d'Auguste. Il y monta, revêtu d'une robe de pourpre, d'une cblaroyde parsemée d'étoiles d'or, portant sur la tète la couronne olympique et dans la main drmte celle des jeux pythiens. Quant aux autres couronnes, on les portait devant lui avec des inscriptions qui apprenaient aux Romains où il les avait gagnées , dans quelles pièces , dans quels rôles et quels avaient été les noms de ses rivaux. Ses dnq mille applandisseurs à gages , digne armée d'un tel triomphateur, se pressaient derrière le char, criant, comme dans les ovations, qu'ils étaient les compagnons de sa gloire et les soldats de son triomphe. On avait démoli une arcade du cirque Maxime qu'il traversa pour se rendre par le Yélabre et le Forum au temple d'Apollon sur le mont Palatin. Partout sur son passage on immolait des victimes ; on parfumait l'air avec la poudre de safran ; toutes les statues de l'empereur avaient été couronnées et portaient une lyre à la main : on l'acclamait comme Néron-Apollon ou Néron-Hercule; on invoquait sa voix divine; on frappa des médailles bien dignes d'un pareil triomphateur : il y était représenté en joueur de flûte ou de cithare (1).
Cette ivresse publique n'était pourtant qu'apparente. Néron lui-même, depuis qu'il avait mis le pied en Italie, avait reçu de mauvaises nouvelles des provinces et se sentait troublé par les murmures étouffés qui, malgré les éclats de la Joie officielle, parvenaient jusqu'à son oreille. Un mécontentement général s'était manifesté à la suite des exactions qu'avait rendues nécessaires tant de prodigalités, et les légats, menacés par la condamnation récente de leurs collègues les plus éminents, se croyaient assurés désormais d'être défendus parleurs troupes et soutenus par l'opinion publique. Parmi les hommes de guerre les plus distingués qui se trouvaient alors à la tête des provinces, Servius Sulpicius Galba avait réussi plus que tout autre, pendant une longue carrière , à s'attirer l'affection de ses subordonnés. Allié aux plus grandes familles de Rome, descendant lui-même d'une race illustrée par une longue série de guerriers ou d'orateurs , il avait dû en outre à ses talents , à son courage ,
(M Fojf. Eckhcl, D. JV. r., t. Vl, p. r».«6.
à l'austérité de ses mœurs , une haute considération personnelle. Sous Caligula il avait rétilË la discipline dans les armées de Gefmanie; à h mort de ce prince il avait refusé l'empire que toi offraient ses soldats. Gouverneur d'Aquitaioe, 9 avait été ensuite proconsul en Afrique : la ornements triomphaux, tiois sacerdoces àwai récompensé ses mérites. Retiré des emplois pabiles, pendant les premières années an règne de Néron , il avait été ensuite appelé au gooTcnement de la Tarraoonnaise, et résidait depois pissieurs années en Espagne. Dès l'hiver de 821, pendant le séjour de Néron en Grèce, Viadei, préfet des Gaules , fit à Galba les premières oovertures par lesquelles il l'engageait à s'ooiri loi pour marcher contre Rome. Yindex, Gaflo- Romain, appartenant à la maison rojale d'Aquitaine, ayant à un haut degré le courage et Far* deur de sa race , sentait cependant qo'îi anit besoin d^n des noms illustres du patridat poor rallier le sénat à sa cause, et voulant entiabier son collègue par l'exemple, il avait levé Tetadard de la révolte. C'est à Naples, ditSuébw, que la nouvelle en parvint à Néron, alors qo'ii rentrait en vainqueur olympique, et le jourinAD^ où quelques années plus tôt le parricide trait fait assassiner sa mère. Cette première atteinte à son pouvoir ne troubla pas chez leconiédteD couronné la joie de ses triomphes ; ii f/xi^^i dit son biographe , qu'il y prévit bk ww^* occasion de dépouiller les provinces. Pendait huit jours il «ue répondit à aucune lettre ^ cionna aucun ordre, aucune instroclioo;iilal» pour le tirer de son apathie une prodainatiûidB rebelle où l'empereur était traité de ws^ chanteur. Alors il se réveille, écrit au ^ l'exhorte à venger son prince et demande q«* foi on peut ajouter aux autres reproches qotw fait Viodex, quand cet homme «t assexfoo (Htf nier le talent d'un si grand artiste. Cependant » courriers arrivaient chaque jour «PP^'J'jJJf nouvelles de plus en plus alarmantes. D'^f gouverneur de la Germanie inférieore, ^'''ïjj|^ Rufus, avait marché contre Vindex; l« d«a armées s'étaient rencontrées à Besançon, et là Vitgtnius et Vindex, dans une entrevue paiiicul*^ étaient convenus de réunir leurs forces datf» commune entreprise. Mais les *">ape8,q«J^ valent pas été prévenues à temps, «"«■lï^'fi: combat. Les soldats de Vindex furent Tâiof par les légions de la Germanie ; le Gallo-»<»*^ désespérant trop tôt de la fortune,» j*^*! son épée. Ce fut le dernier répit dans la cm de Néron. 11 parut encore en publie, jooa «^ lyre , conduisit son diar dans le «rqoe. P»dant ce temps Galba, compromis par de F mières démarches , comprit qu'il n'y *^ÏÏ de salut pour lui que sur le trône. Sessm ^ pressaient de se faire proclamer *™P*'*JJ\ig déclara qu'il ne voulait être que le ^•«y****!^!^ sénat et du peuple romain. On savait, dep , Auguste, ce que valait cette modestie.
NÉRON
La DooTelIe de la proclamation de Galba par 868 troupes porta le comble à la terreur de Néron. Il avait pensé d'abord à faire venir snr les Alpes les légions qui défendaient l'Illyrie ; mais à peine avait-il envoyé ses ordres qu'il apprit leur défection. Il eut alors Tidée de former un corps de tous les matelots faisant partie des équipages de la flotte d'Ostie ; il engagea la populace à 8*armer en sa faveur, proposa à se# danseurs de lui servir de gardes du corps, aux courtisanes de s'habiller en amazones; pois toute idée de résistance Tabandonnant, il voulait monter sur un vaisseau , s'enfuir à Alexandrie et y gagner sa vie dans les rues en chaulant comme Homère les poèmes qu'il avait composés. Dans d'autres moments il avait la menace à la boacbe et s^emportait en invectives contre ce peuple qui le trahissait. Il ne parlait que de livrer les provinces au pillage , d'égorger tous les Gaulois qui habitaient Rome, de mettre à mort jusqu'au dernier des sénateurs , de faire lâcher les lions de l'amphithéâlre sur la populace, et de réduire la ville en cendres; ou bien il se préparait à se revêtir de la stole des matrones romaines pour aller, tout en larmes et se fiant à sa beauté, demander aux légions de Galba la pitié qu'on ne refuserait pas aux accents de sa voix touchante.
Pendant que ces folies idées, bien dignes de lui , se succédaient dans son esprit , l'espoir de la délivrance avait ému le sénat et l'ordre des chevaliers. On se disait que des prodiges envoyés par les dieux annonçaient la fin de la tyrannie. Déjà quelques années auparavant un éclair avait brisé la oonpe dans la main de Néron pendant qu'il était à sa villa de SuUaqueum chez les Éques (1); maintenant il avait plu du sang sur le mont Albin ; les portes de bronze du tombeau des Jules s'étaient ouTertes d'ellesmêmes, comme pour recevoir leur dernier descendant. C'était à la fin de février qu^il était revenu de Grèce en Italie; on était alors au commencement de juin, et sa cause était perdue sans espoir. Galba, quoique ferme dans ses projets de révolte, n'avait point jusque-li fait marcher ses troupes hors de la province qu'il gouvernait. Elles étaient encore séparées de l'Italie par les Pyrénées , par les Alpes , et déjà cependant Néron n^était plus en sûreté dans sa capitale. Au premier bruit de résistance tout le prestige de sa puissance était tombé. On connaissait enfin ce fatal secret de l'empire, comme l'appelle Tacite, qui apprenait aux Romains qn'on pouvait créer un empereur autre part qu'à Rome. La populace, d'abord indifférente, s'était tournée contre l'idole de la veille; la disette régnait dans la ville, et l'on avait appris
(11 Voy. Phllottrale, f l« tT.^polL, L IV, c. XLUI, et Tadte, ^nn. XI V, xxii. Celte maison de campagne de Néron qne Vronlla appelle FVia Neroniana Sublaemu , et qal existait encore an tempa de Tr^an ( Frootln , de ^quKduet,, c. 93), a fait place su l»ourg moderne de Sublaco, élevé sur sei ruines.
avec indignation qu'un vaisseau d'Alexandrie qu'on croyait chargé de blé l'était de sable fia destiné aux lutteurs de l'amphithéâtre. Les prétoriens avaient été entraînés dans le parti de Galba par leur préfet Nymphidius, dont le collègue Tigellinus était en fuite. Néron n'avait plus de conseillers; les postes qui gardaient son palais avaient déserté ; ses amis l'abandonnaient. Le 10 juin 68 il se jette sur son lit, dort quelques instants d*nn sommeil agité par des songes funestes, demande nn gladiateur pour se faire tuer, n'en trouve pas, et s'élance hors du palais avec l'intention d'aller se jeter dans le Tibre. C'est alors que commence cette course expiatoire dont M. Ampère a dit : « On peut faire sur les pas de Néron une promenade qui commence au grand cirque et se termine au lieu où dut être la villa de Phaon : je l'appellerai la promenade vengeresse (l). « Il dot sortir en eflet par une des portes du Palatin qui donnait sur le cirque Maxime, témoin de ses honteux triomphes. Renonçant à la mort quand il arriva sur les bords du Tibre et qu'il la vit si près de lui, il se laissa entraîner par son affranchi Phaon vers la villa que ce favori possédait à quatre milles de Rome sur la voie Salara. A peine vêtu, nupieds, ayant jeté un grossier manteau sur ses épaules , un voile sur sa tête , il se dirige vers la porte Nomentane pendant les dernières heures de la nuit. Quatre personnes seulement l'accompagnent : les rues sont silencieuses, et qtiand ce silence est troublé par quelque bruit sortant des maisons le long desquelles il se glisse avec précaution, c'est qu'on proscrit son nom et qu'on fait des vœux pour sa mort. Les éléments eux-mêmes semblent conjurés pour sa perte; des éclairs blafards viennent interrompre les ténèbres qui lut seraient si favorables; la terre tremble comme si elle voulait , selon l'expression de Dion , rendre an jour tant de victimes prêtes à crier vengeance contre lui. Arrivé i la porte Nomentane, il lui faut passer le long des murs qui enserrent le camp des prétoriens; il entend leurs cris de joie et les vœux qu'ils forment pour Galba. Un passant aperçoit les fugitifs : « Voilà des gens, ditil , qui sont à la poursuite de Néron. « Son cheval se cabre au milieu de la roule : c'est qu'il vient d'apercevoir un cadavre ; peut-être quelque partisan de l'empereur immolé par les ennemis qui surgissent contre lui de toutes parts. Le voile qui lui couvrait la figure tombe, les premières lueurs du jour commencent à paraître. Un prétorien qui se trouve là reconnaît . le prince et le salue par son nom. Chacun de ses pas est marqué par une terreur nouvelle. On quitte la voie Nomentane, et l'on se dirige à travers un champ de cannes vers la via Salaria. Néron, qui a rais pied à terre, ne peut qu'avec peine se frayer un passage. Il arrive enfin près de la villa, où il doit entrer sans être vu de ceux
(I) Histoire romaine à Rome, dan» la Revuê 4es Deux Mondet, UTrabon du IB décembre 18S6.
quli'iubiient. Phaon lui proj)ose de se rérugier Aàa& l'une de ces grottes iVoii Too tire Ia.|)pQzzolaDC,,coaune ou en voit encore un grand nomhre dans les environs ', ^éron refuse. 11 veut biea mourir, dit* il ^ roaifi iL ne veut p^ être enterré tout vivant. Cependant .on . fait ua trou dans la muraille» et il peut enfin pénétrer en rampant dans une salle démeublée où .il se couche sur une natte grossière. Du p^in d'orge , voilà tout ce qu'on peut lui.o(Trir;,ille refuse, etiK>it quelques gouttes d'eau tiède. Bientôt un des esclaves de Pliaon arrive de Roroe apjtortant un décret du sénat qui condamne Néron à mourir du supplice que la loi ancienoç réserve aux traîtres. Néron demande quel est ce supplice, et on lui répond que le.cofidamné , dont le cou est maintenu par une /ourdie, est frappé de verges jusqo*à la .mort , puis traîné par un. croc et jeté dent le Tjt>re. On rengage à éviter par unfi pvompjte décision cet excès • d'ignominie. Néron pleure, essaye la pointe d'un poignard, puis assure qu'il n'est pas temps encore, il fait creuser sa/o8se>, ,et s'«^crte : « Quel artiste on perd en moil QpmlU arfi/expereal » C'était le mot de toute sa.vie. 11 résumait ainsi la vanité folle qui avait détruit .en lui tout instinct généreux. Des cavaliers ap|)^N>€henl : on entend . le galop de leurs chevaux^ ils viennent pour. le saisir; alors il se décide, cite un vers de l'Iliade, puis , avec le secours d un aiTranclû, s'enfonce un fer dans la gprge. Quand les soldats arrivèrent il respirait eofiore : on voulut panser sa Itiessure, sans doute pour le réserver au supplice; mais il était trop tard; il mourut en disant au centurion: « Voilà doncs votre titiélité. » Crut*il jusqu'au dernier moment qu'il était dans sou droit, et accusa- 1- il le sort d'injustice? On l'avait tant flatté dans sa vie ; Sénèque lui-même lui avait si souvent xéppté <fu'il • était un I dieu , qu'on était parvenu sans doute à étouffer en lui tout autre sentiment que celui d'un féroce égoïsme. Nobl.oes VeACERS.
TacUe, 4nnat9%, I. XIII, XIV, XV et XVI. - DIod Ctt5<iiiK, I. LXI, LXIl, I.Xin. - Siiétonr. Fit de tVtrtm. — I^.ni»ln de- TIHemaot* Wst. d4««mperviinr,«. t. i«*, p. lU-SIt. — Eckhft, DiKtriMa nmmontm vtterum , , t. VI. p. 160-184. - Cbarles MirlTale, M HisAory of the Romans vnder the empire; l.ondrci, 18S8, t. M. — Karl 11i>eck. HÔmitehê C«arAtt!AM;Gaett Inique, lin« S^pprl., p. U1-4M
NÉBOX (P.iarrê), juriseonsnUe français, vivait au milieu du dtx^septième siècle. Il fut^avo* cat au imrlement de Paris «t publia. dve& Etienne Girard t Les Édiés ei Opdonnafbtes des rois, de France depuis François l^^r j^tsqy^àJJniis XiV, arec anaotatUme, apostilles, et. conférences sur aueuni d'eux; Paris,. 1647 et 1666, 1»^®;. 16S6» in^foU; une nau^velle édition» .augmentée et mieux. disposée, en fol. donnée. par Ferrièt^; . PariSy.lTSO/ 2.ToL,jn<>f«L. O*.
Dec .Eaaaru, SUcles lUtérairei.
RBRom oo NEGROXi (Bartolommeo), dit le Riceio, peintre et. arcbitectei de l'école de Sienne, né dans cette ville, mor( en 1573. Il fut élève du Sodoma,,dont.il épousa la lilteet qu'il
NERON — NERSÈS
I aida dans beaucoup de ses travaux. Il imita soo j style, mais en y mêlant dans les teintfs quelque ' chose du coloris de Vasari, et après la niort de son beau-père devint chef de Técole. Il a beaucoup travaillé à Sienne et aux environs; si w n'y trouve qu'un petit nombre de Ubléani, eo revanche on y voit plusieurs fresques qui lid font honneur, telles qu'une Cène dans Pancien hôpital de Monagnese, aujourdMiai école de jeunei ûHcs, et une belle Descente de Croix^ au palais Sergardr, peinture décrite énergiquement i>ar le P. délia Val le, dans ses lettres siennoises. Quelques autres fresques existent encore dans un corridor des chanoines à la cathédrale, à la chapelle dupalais Saracini, dans l'oratoire abandonoé de Santa-Croce, à la chapelle San- Doonioo, dans l*égUse de ^n-Pietro-alla Magione, enfin hors la porte Ovile, dans la chapelle du Punticino- Rosso. On rhercherait en vain d'aiitres'peiotures, dont suivant' Vasari il avaU décoré une chapelle de la cathédrale de Sienne;. il n'en reste plus de traces. Le musée de Berlin possède une Madone avec saint Jjmis et sainte Claire^ tableau du Riccio Gomme architecte, il a donné les dessins du lutrin et d'uue partie des i^talies de la cathédrale de Sienne et construit dansrette ville le. palais Pannilini. Il cliangeaensailtde spectacle, en 1560, la salle du grand oooieilde la république, et fît pour ce théâtre, iaceodié depuis, plusieurs belles décorations qui témoigoaient de son liabileté dans la science de U perspective.
Meroiûforma plusieurs élèves, dont les plus connus sont Michelangelo Anselmi, qui plustar•i<)^ vint un des chefs de Pécule de Parme, et Archangelo Salimbeni, souche d'une illu.>trel2* mille d'artistes qui soutint l'honneur de Técole de Sienne. E. B— >.
Vaaart, ^<C«v — OrUndl, jibbeCÊiario, - Balifla««t. Notixie. - Linxl , Storia pittorUa. - Ticoui. DU»» rio. — Roroagnoll, Cennl gtortco-^ÊrtistM diSiena.
KEBSÈS ler ou NOaSE.SES OU KIEISÈS)
surnommé le Grand, sixième patriarche d'Ar m/énie, né àVagbarchabad, vers ai 0, mort eopoisonné^en 374. Son père, A tbénogène, appartenait à ia maison royale des Arsacides, et luimême était petit-fils d'Hésychius , neveo de saint Grégoire l'IUuminateur. D'aboni seaétaire du roi Diran, il fut l'un des grands cbao' l)ellans de son fils Arsace, et, au milieu des révolulions^ qMÎ sous ce règne* ensani^ntèreK l'Arménie , il parvint plusieurs fois à établir U paix dans le pa>8. Arsace, .après lavoir cba^ de diverses missions k la cour de Sappr II, roi de Perse, le députa à Constantinople ppor négocier la paix avec l'empereur Constance II Il obtint de ce prince des condit'oos avaoUpeusps pour l'Arménie, et pour Arsace la wn» d'Olympias, fille du préfet Ablavius et pn^ parente de l'empereur. Déjà» depuis 3i%^^ avait été- élevé au siège palriareal, et» phw** fois son influence avait apaisé la fâreur >^
NERSES
grands du royaume soulcTés contre la tyrannie d^Arsace ; mais enfin cenx-ci, victimes des pcrfidîlM multipliées de ce prince, appelèrent à leur seeoors Sapor, qni fit envaliir l'Armc^nie par une Dombrenftfr armée sotts les ordh»s de Méronjan, prhiee" de» ArdTTOuniens. L*empercur Julien rApoAttt seatintArsace, qui 1^ trahit auprès de Clésiptfoii; et passa dans le camp des Persans; mais Sapor fit enfermer le satrai» dans la tour de l'Owbli, à Bcbatane A cette noiitellc, Nfrsès se rendit à OonsUntinopl^ pour implorer la proteetw») de l'empereor Flavius Valens, et faire reeoiuntire comme successeur d'Arsace, Para OQ Bab, son fils, renfermé avec sa mère^Pliarandsera, dans là forteresse d'Ardagers, dont les Persans faisaient le siège. Grâce aux secours qu'il en olïtint; les Persans furent chassés de TArméttie et le jeune Para fat placé sur le trône. Les intéi'èts dn royaume ayant exigé assez longtemps la présence du patriarche à Consta»tinople, Valens voulut le contraindre dVmbrasser rarianiame, et sur son refus constant, il l^tla dans une Ile déserte de l'Archipel. Quel> ques raisons politiques le* firept gracier un an aprèsy.et revenir e^ Arménie, où les eunuqttes, pour mieux tramer un rapprochement entre Para. et Sapov, le firent' empoisonner. Oette méroe année ( 374 ), Valens punit la trahison du roi d'Arménie en le faisant aB!«as.siner au milieu d'«n festin. Nersès, dont l'Église arménienne révère la mémoire, se distingua jyar-soa zèle'pour la pwpai^ation de la foi chrétienne' et par ses efloMs p0ur en maintenir la -pureté. L'arianisme ne fit que peu de progrès en Arménie," . et sa charité contribua l)eaucoup à arrêter la ma relie d« cette liérésie. Il avait publié qnek)ues- ouvrage!; ; mais ce qui nous reste de lui se borne à quelques canons, in.sérés dans* le> recueil des canons de l'Égiise d'Amaénie, et* à quelques prières dans le rituel: Sabag oo > Isaac, son fils, deirint patriarche en 390.* H) Ff squet.
Mteb ■ t^qulen. Oriens ehristlanuti 1. 1, p. IST».' — Jmo VI CathotiGO^ Histoire tUArtnétùet .XnéaUt» pêr Saint-Martin. — Gabnui, ConcUialio, 1. 1.
HiUMBaJlt vingt^nqnième. patriarchte d*Ar* nénie, né k Aschdarag ( province de Pakrevaat), mort en 538. Il succéda à Léonce en 531, et pour séparer entièrement les Arméniens des Grecs, assembla à Tlievinnn coooile où fiiren4 publiés trente-huit caaons/qoi existent' encore. Onr y décida qne les fêtes de Noël et de l'Épiplianie seraient célébrées le même jourt et que les mots : gui crucifionuest pro noMs- seraient ajoutés au tri talion. Nertès, de concert avec Nerschabouh, évêque des Mamtgoniens^ Pierre, évéque de Siounie, y défendit anssi aa\ Armé* niens d'aller à Jérusalem, afin -de* se troufver complètement séparés des Grecs. Ce concile)- sur l'époque duquel ont varié les auteurs^ fut tenu la dixième aiHiée du règne de Justinien l'^ c'està-dire en 537, et la .sixième année do patriarcat de Nersès, qui transféra à Thevin lo siège
patriarcal Jusqu'alors à Artaxate (Ardmciad),
Ml£h. Leqalen, Otiéns£hrittlanus^ t.J, p^ilSl..
XERSÈS 111, sumoravié Sc/nnegh ( le Fondateur), trente-troisième patriarche d'Arménie, né à Ischkhanats- A van ( province de Daik'h). mort en 661. Élu en 640 pour succéder à £s(ira8, il doit son surnom aux nombreux édifices religicuoL^^u'il éleva en Arménie. Apirès avoir rétabli le siège patriarchal à Artaxate , il y construisit uno loagnifique église sur l'emplacement du gouffre où. victime de la tyrannie du roi Dertad (Tiridate) llf avait vécu pendant quatorze années saint Grégoire V lUumïnateur {voytL ce mm). C'est lui qui fil bÂtir auprès de Vagbacchâbad, capitale d^Arménie aujourd'hui ruinéeyjefaioevx nlonaslère d'£dchmiadzin, qui a: été depuis ce temps le principal sanctuaire de la religion en Arménie. Profitant de quelques instants d^ repos laissés au pays par les Arabes , qui cherchaient à l'entraîner, daus la religiou de Matu>met , Nersès convoqua à Thevin, en 645, un concile où se trouvèrent dix-huit autres. évêques. Un vartabied^ appelé Jean Malragometsiy qui répandait en Arménie les erreurë d'Euty» chè;^ sur la nature de Jésus -Christ, y fut con<> damné à être enfermé à perpétuité dans un monastère du Caucase, et avant sa dé()ortation le préteur d'Arménie lui fit avec un fer chaud lirapriiner au front la figure d'un renard. Peu de temps après, une révolte conduite par Paso-» gnalhe éclata en Arménie, et cette province p^vint à se soustraire au gouvernement de Byzance, ot se donna aux Arabes, qui avaient recommencé leurs incursions dans le pay& et dont il fallait arrêter les ravages. L'empereur Constant II leva une nombreuse armée pour punir, la défection des Arméniens, et Nersès, de concert avec les autres évêques , crut pouvoir apaiser la colère impériale en convoquant à. Mânazgerd un concile i)Our y recevoir les canons du 4** concile général dé CliaJcédoine , rejeté jusqu'à ce moment par les Arméniens. Nersès et quelques évêques seuls se soumirent: alors à l'empereur, qui retourna bientôt à constantinople, et, tfop occupé sur d'autres |)oints' de l'empire, laissa les Arabes établir leur puissance en Arménie. Le patriarche confia en 649 l'adminihtration de son église à uncoadjuteur, et se retira dans sa ville natale. H. F.
Mtch. Lcqtii^n, Orien$ chrisHanut, L I, p. 1I8S. — Ga- ImiM, L'oucthiMf^ t. I.
NBiwÀs ir, surnommé 'G7atr m ou Cfùtorhali tle Grftcieiix), soixante-nenvième patriarche d^Arménieet poëie, né en 1098, à Hrfaorngla en CilMf, où il tnourot, le 18 août 1173. Fils d'Ablran, qui possélait la forteresse des Lacs (Dzoukh) située près de Kharpert.' dans la Mésopotamie, il étatt^ par sa mère, |)ettt-ftk du prince Grégoire Màgisdfosr Son i)ère l'envoya tout enfant aupr^ de son grand-onclê, le iiatriarche Grégoire Vgaiaser, qui, avant de mourir, chargea lé prince
Kogh Vasil de le faire élerer avec Grégoire Bahlayouni , son frère atné , par le rartabied Etienne Manoug, au monastère de Gannir, dans le désert de Clioughr. En 1125 son frère, devenu patriarche, lui conféra la prêtrise, et dix ans après le sacra évéque, en le chai*geant de prêcher des missions dans le pays pour soustraire les fidèles au prosélytisme furieux des musulmans. Après avoir assisté en 1141 au concile latin d'Antioche, il fut chargé Tannée suivante de traiter avec l'empereur Jean Comnène, qui se trouvait alors à Anazarbe, de la réunion des Églises arménienne et grecque; mais la mort accidentelle de ce priuce( 8 avril 1143 ) fit malheureusement échouer cette mission. Forcé d'abandonner la forteresse de DzoukU pour échapper aux incursions des Atabeks, il chercha en 1147 un refuge avec Grégoire son frère dans celle de Hrhomgla, ob il aida le patriarche dans toutes les fonctions du ministère pastoral, et son influence fut si grande qu'en 1166, à la mort de son frère, il fut, d'une voix unanime, appelé au siège patriarcal. Il emproya dès lors tous ses soins à chercher des voies de conciliation entre l'Église grecque et celle d'Arménie; et comme les Grecs étaient pleins de vénération pour ses vertus, Nersès serait arrivé à d'heureux résultats si la mort ne l'eût frappé. On a les lettres que l'empereur Manuel Comnène lui écrivit à cet égard, et ses réponses à ce prince, qui lui envoya, en mai 1 1 70, un philosophe nommé Théorien, avec lequel Nersès eut diverses conférences. Théorien devait convaincre Nersès sur la nécessité d'admettre deux natures en Jésus- Christ, et le porter à se réunir à l'Église grecque sur ce chef et sur plusieurs autres; c'est du moins ce qui résulte du récit de Fleury et ce qui prouverait qu'il n'était pas d'acoonâ avec eux sur ces points. Cependant, il existe dans les manuscrits arméniens de la Bibliothèque impériale à Paris, n^' 21 et 50, une lettre adressée par Nersès en 1166, à son avènement au patriarcat, à tous les fidèles d'Arménie et intitulée : Lettre universelle, où il reconnaît expressément par sa profession de foi deux natures en Jésus-Christ. Cette lettre a été traduite par l'abbé de A illerroy. Les Arméniens considèrent Nersès Glaîetsi comme leur Homère. Le haut degré de perfection Auquel il porta chez eux la poésie rimée doit le faire regarder comme l'inventeur réel de ce nouveau genre de poésie arménienne, dont quelques auteurs ont cependant voulu faire honneur à Grégoire Magisdros. On a de lui environ vingt-cinq C'antiques f et des Hymnes^ tant en rimes que sans rimes, pour les mystère» du salut et les actions éclatantes des saints dont la fête se célèbre plus solennellement durant le cours de l'année, une Pro$e pour les jours de jeûne, composée de cent quatre-vingts vers pentasyllabiques, un poëme sur la fin du monde, et le jugement dernier contenant deux cent trente vers rimes.
NERSÈS 700
et un recueil intitulé : Hismu Orti, qui renferme en cinq cent soixante vers une Histoire abrégée de l'Ancien et du Nouveau Testameilt. Les autres ouvrages de Nersès sont : deux Homélies ; des décrets et canons touchant la disapHne ecclésiastique, en vingt-quatre chapitres; mie Déclaration de la foi de l'Église d'Arménie et ses décrets ecclésiastiques; une Histoire ffArméak très-succincte, traduite parMathieu de Veissièrede La Croze, 1739, petit in-8^; une bogue f/épie en deux mille quatre-vingt-dix vers sor la pise d'Édesse par Emad-eddin-Zenghi, sultan d'Alep, sur les chrétiens, en 1144 ; les lettres réciproques de Manuel Comnène et de Nersès au sujet de la réunion ; vingt-quatre prières oo oraisons; etc. On a donné de nombreuses éditions des écrits de Nersès, soit en Russie, soit à Venise, ou à Constantinople, à rexceptwn tootefois de son élégie sur la prise d'Édesse, que les io- /vectives du poète contre la loi musulnuDeet son prophète ont empêché les éditeurs armé* niens de publier. Mais elle l'a été à Piiris, 1826, in-8°, par le docteur Zohrab. Eo 1818, il a été fait à Venise en un volume in-24 m» édition en quatorze langues des* prières de Nens^ Glaietsi, et une édition en vingt-quatre JainpKS» 1832, in 12. L'abondance, l'élégance, lagttoeet la facilité sont les caractères distinctirs da stjle de ce poète, dont les Œuvres complèla «ni été trad. et pubL en latin, par l'abbé J. Cappelletti; Venise, 1833,2 vol. in-S**. H. FEQtR.
Moréri, Diet. hUt. — MIcb. Lcqulen, Orim tàrih tianvSft. l, p. iSM. — SaiDuel d'Ani, Chfmud àlimilt de la Chronique dTBusébe, par Zohrab. - Fiew?* BiS. eect., Ilv. 71. — Galanus. Conciliatio, t. I, ch. xa. - Gull. de ViUefroy, liotiee des oarragei arDéoieBsqii* trouvent à la BlbUottiique du Rot.
NFRsÀs Lampronetsi , archevêque de Tarse, l'un des Pères de l'Église d'Arménie, né en 1143, à Lamprou (Cilicie }, mort le 14 juillet 1198.0 éteit fils d'Asdn, prince de I^ampron. d'où to vient son surnom, et par sa mère,Schalianloukbd, fille du prince Schahan, de la maison royale de» Arsacides, se trouvait le neveu du patriardie Nersès Glaïetei. Élevé d'abord à Constantinople, à lacour de Manuel Comnène, puis au ïnonasttrt de Sgevra, il se livra avec ardeur à Tétade des langues, et devint fort habile dans to"*^J? sciences sacrées et profanes. Son onde Nersès lui donna en 1189 la prêtrise et son nom; car jusqu'alors il avait eu celui de Seropad. Attot vers la vie monastique, il se plaça sous la dh recUon d'un savant vartabied, appelé Éticnncwratsou; mais, en 1176, il fut obligé d'abandotner le cloître pour obéir aux ordres da p*triarche, qui lui donna l'archevêché de Tarse» Cilicie. Ce fut lui que Grégoire IV <**»«*** prononcer le discours d'ouverture da oooo» teno dans cette ville en 1178, pour renoofelff la tentative de réunir l'Église arménienne aitglise grecque, et ce discours est un chef-d œo"« d'éloquence. Nersès ne brilla pas moins au»J' cile convoqué l'année suivante à Hriionv"»
aussi Rhoupen II et Lîtou II, rois d'Arménie, eurent-ils la plus grande confiance en ses lumières. Ce dernier le chargea, en 1190, d'aller complimenter en son nom l'empereur Frédéric Barbe-Rousse, passant par la Cilicie, et Venvoya, aept ans après, à Constantinople, pour y aplanir quelques différends qui 8*éUient éleTés entre les Grecs et les Arméniens. Le dernier acte de sa Tîe publique lut sa présence, le 6 janvier 1 1 98, au aacre de Livon II, que fit dans sa cathédrale de Tarse Conrad de Wittelsbacb, archevêque de Mayence. On a de Nersès, dont l'Église arménienne révère U mémoire le 17 juillet : Traité SUT TËglise e^surTEucharistie; — Explication de la liturgie arménienne, ouvrage auquel ont pris part les docteurs Khosroès et Jean d'Argis;
— Vie de Nersés Glaielsi, poème de 974 vers en rhonneur de son oncle; — Explication des Psaumes, selon le sens moral; — des Commentaires sur les Proverbes, l'Ecclésiaste, la Sagesse et les douze petits Prophètes ; — Des Homélies, des Hymnes et des Sermons. 11 traduisit du grec en arménien V Histoire du pape saint Grégoire et la règle de Tordre de Saint- Benoit; enfin,!! revit et corrigea une version arménienne faite sur l'original grec d'un Commentaire sur l'Apocalypse, composé par les évéques de Césarée, André et Aretas, version faite en 1179 par Constant, métropolitain d'Hierapolis. De tous les ouvrages de Piersès , on n'a imprimé que son discours à l'ouverture du concile de Tarse. Il a été publié à Venise, avec une version italienne, sous ce titre : Oraiione sinodate di S. Nierses Lampronense^ areivescovo di Tarso, recata in lingua italiana d'alV armenaed illustrata con annotazioni dal P. Pasquàle itttcAer, Venise, 1812, in-S*"; et la même année il en fut aussi donné une édition en grec moderne, in-8*. Un prêtre appelé Nersès composa en 1206 un Discours sur la Vie de Nerses Lampronetsi; on le trouve dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale. H. F.
M. Lequkn, OrUm ehritUanut^ t. I, p. 1S4S. — Richard et Glraad , Biblioth. sacrée. — Morérl, Dict. Mst.
— Vlltefroy, natica des ouvr» arméniâM.
HBRTA {Mareus Cocceius), empereur romain, né le 17 mars 22 après J.-C, mort en janvier (le 21 on le 27 au plus tard ) 98. Il appartenait à une famille originaire de Ci^te et établie àNarnia dans l'Ombrie. On croit que lui-même naquit dans cette ville. L'illustration de sa famille était récente et datait des premiers temps de l'empire (1). Un M. CocceiusNerva fut consul en 36 avant J.-G. Un autre M. C. Nerva, qui parait être le fils du précédent, et que l'on a quelquefois confondu avec lui» fut consul en 22 après
(1) u ne faut pit confondre cette tamlllf des Coccktus Ukrva avec la hmille des Licixcus Nerva, qnl occupa de baules magialratum sous U république, mm arriver erpendant à une irrande ttla.itr:itlon. (Sur les Udnlos Nerra, 90§. Dromann, CesehUkte Roms, vol ly, p. iM, etc., et Smlih, D^eiioHart qf çnek ond rowtan biograpkif).
NERSÈS — lŒRVA
J.-C; il est bien connu par son savoir en jurisprudence, par son intimité avec Tibère, par sa mort volontaire, et pour avoir été le grandpère de l'empereur Nerva. Le père de l'empereur n'a pas4aissé de trace dans l'histoire , à moins qu'on ne l'identifie avec M. C. Nerva , fils de l'ami de Tibère, célèbre jurisconsalte {voy. Coo- CEius). La mère de Nerva se nommait Sergia Plautilla, fille de Lœnas. Issu d'une famille qui avait constamment joui de la faveur des empereurs et qui n'était pas assez élevée (x>ur leur porter ombrage, Nerva marcha, comme ses ancêtres, avec plus de sûreté que d'éclat dans la route des honneurs. Tacite parle d'un C. Nerva, prétear désigné, k qui Néron fit donner les ornements du triomphe et élever une statue dans le palais en 65. Tillemont pense que ce Nerva était le futur empereur; d'autres croient que c'était son père. Quoi quil en soit, Nerva, homme modéré, bon jurisconsulte et poète agréable, car Pline nous apprend qu'il faisait des vers, et ce fut peut-être ponr lui un titre à la faveur de Néron, n'eut point de persécution à essuyer sous les plus mauvais empereurs; il fut consul avec Vespasien en 71 et avec Domitien en 90. Sa longue et honorable carrière , son honnêteté, sa modération un peu timide le recommandèrent aux grands officiers du palais qui méditaient la mort de Domitien, mais qui ne voulaient pas de réaction contre on régime dont ils avaient été les agents. Us lui proposèrent Tempire, et obtinrent son assentiment. On prétend que Domitien eut des soupçons et qu'il songeait à ordonner la mort du vieux consulaire; mais un astrologue lui sauva la vie en prédisant qu'il mourrait bientôt de sa mort naturelle (1). Domitien fut assassiné le 18 septembre 96, et le même jour Nerva fut acclamé empereur par le peuple. Les prétoriens, entraînés par un de leurs préfets, Petronius Secundus, et par le chambellan Parthenins, acceptèrent le nouvel empereur; mais ils demandèrent en même temps la punition des meurtriers de Domitien. On eut beaucoup de peine à les apaiser. Dès que Nerva se fut assuré des prétoriens, il se rendit au sénat, qui laccueil- .lit avec une joie extrême. Les sénateurs, délivrés d'un tyran ombrageux et sanguinaire, saluaient avec bonheur l'espoir d'un règne de sécurité et de liberté. Leurs vœnx ne furent pas déçus. Nerva ouvrit cette ère à jamais mémorable qui pendant quatre-vingt-quatre ans donna à l'empire romain une prospérité jusque-là inconnue. Tadte a dit dans un beau passage que Nerva , dès le premier avènement d'une époque trèsheureuse, réunit deux choses autrefois contradictoires, l'empire et la liberté ( primo statiro beailssimi seculi ortu, Nerva César res olim dissocia-
(1) Nona anlvona M le récit de Dion Casatus , qnl est le pla« protMble A. Victor dit qu'à IVpoque du meurtre de Domitien Scr^ était en Gaule, où U s'était retiré par crainte du tjran. Sur les rapporu de Domitien et de Iferra on trouve de^ détails eurlenx, mais trés-saspecla, dans la ru d'^ipoUonius de PhUoatrate.