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coBTÉfl ou cortex (Fernand), le plus grand des hardis aventuriers ou conquistadores qui, au seizième siècle, fondèrent la domination espagnole en Amérique, naquit à Medellin, en 1485, et mourut à Castilleja de la Cuesta, près de Séville, le 2 décembre 1547. H était fils de Martin Cortés de Monroy, gentilhomme peu fortuné, maisfort hono- i rafole, et de dona Catalina Pizarro AHamirano. j Cortés avait, dit-on, dans sa jeunesse une constitution faible, mais qui se fortifia avec l'âge. A qua- i torze ans, il fut envoyé à Salamanque par son ! père, qui le destinait à la profession de légiste. Le I jeune homme ne répondit pas aux vues pater- ! nelles. Dans un séjour de deux ans au collège, ' il fit une petite provision de latin, apprit à écrire I en bonne prose et même à tourner des vers « de , quelque mérite, dit Argensola, si Ton considère
que Cortés en est l'auteur ; » puis, au grand chagrin de ses parents, il revint au logis, mener une vie oisive et turbulente. Se sentant un penchant tout particulier pour la carrière des armes, ou plutôt pour la vie aventureuse du soldat, il songea vers dix-sept ans à s'enrôler sous la bannière de Gonsalve de Cordoue; Use décida ensuite à partir pour le Nouveau Monde avec Nicolas de Ovando, successeur de Colomb. Une chute qu'il fit en escaladant un mur, dans un rendez-vous d'amour, le retint au lit jusque après le départ de l'expédition d'Ovando, et le força d'attendre deux ans encore une nouvelle occasion. Enfin, en 1504, fl s'embarqua sur une petite flotte marchande, et dit adieu au rivage natal, l'année même de la mort d'Isabelle la Catholique.
Arrivée Hispaniola, après une traversée orageuse, il se rendit à l'instant chez le gouverneur, qu'il avait connu personnellement en Espagne. Ovando était absent pour une expédition dans l'intérieur; son secrétaire reçut le jeune aventurier avec bienveillance, et lui assura qu'il obtiendrait sans peine une importante concession de terre. « Je viens pour trouver de l'or, répliqua Cortés, et non pour labourer la terre comme un paysan. » D accepta cependant, en attendant mieux, une concession de terre avec un repartimiento d'Indiens , et fut nommé notaire de la ville ou de rétablissement d'Acua. Malgré ces graves fonctions , il consacrait une grande partie de son temps à des intrigues amoureuses, à des duels, età des expéditions contre les indigènes. Ce fut sous les ordres du lieutenant d'Ovando, Diego Velasquez, que Cortés, slnitiant à la sauvage tactique des guerriers indiens, se familiarisa avec la fatigue, avec le danger, et malheureusement aussi avec les actes de cruauté qui souillèrent trop souvent les exploits des Espagnols dans le Nouveau Monde. En 1 5 1 1 , lorsque Velasquez entreprit la conquête de l'Ile de Cuba, Cortés le suivit ; sans montrer dès lors les grandes qualités qu'il devait déployer dans la suite, il se fit remarquer par son activité , son courage, ses manières cordiales et ouvertes, sa bonne humeur et ses vives saillies. Après la soumission de 111e, il paraît avoir joui d'une grande faveur auprès de Velasquez, qui venait d'en être nommé gouverneur. Selon Las Casas, ce dernier le choisit pour un de ses secrétaires. Une de ces affaires d'amour qui avaient déjà plus d'une fois compromis la position et la vie de Cortés vint le brouiller avec son protecteur.
Cortés avait fait à Catalina de Xuarez, jeune fille fort belle, mais de fortune médiocre et de noblesse au moins douteuse , une fproraesse de mariage qu'il ne se pressait point de tenir. Velasquez voulut l'y contraindre ; et Cortés, pour se dérober à ses instances , se lia avec les nombreux mécontents de Cuba, et offrit d'aller exposer leurs griefs contre le gouverneur aux autorités supérieures dHispaniola. Velasquez, averti du complot, fit saisir son ingrat secrétaire; on assure
même qu'il l'aurait fait pendre sans l'intervention de quelques amis, Cortés, jeté dans les fers, s'échappa deux fois, fut deux fois repris, et ne recouvra la liberté qu'en épousant Catalina Xuaret. Sans être rétabli dans ses fonctions de secrétaire, il reçut un considérable repartimiento d'Indiens et un vaste territoire dans le voisinage de Santiago. Il fut bientôt nommé alcade de cette Tille. Vivant presque toujours dans ses terres, il s'occupa d'agriculture avec plus de zèle qu'autrefois, et enrichit sa plantation de plusieurs espèces de bétail. Il ne négligea pas non plus l'exploitation des mines d'or tombées dans son lot. Il amassa ainsi en peu d'années trois mille casteUfinos, somme considérable dans sa position. « Dieu seul sait ce qu'il en coûta de vies indiennes! s'écrie Las- Casas ; et il lui en demandera compte ! » Telle était l'existence de Cortés lorsque Alvarado rapporta la nouvelle des découvertes de Grijalva et les riches produits de son trafic avec les indigènes. Le gouverneur, décidé à poursuivre les nouvelles découvertes avec un armement considérable, ne cherchait qu'un homme assez riche pour partager les frais de l'expédition et capable de la commander. Il crut trouver l'un et l'autre dans Cortés, et le mandant au palais, il lui annonça son intention de le créer capitaine général de son armada,
A compter de ce jour la conduite de Cortés subit un changement complet. Ses idtes se concentrèrent toutes sur un grand objet : il avait atteint le but constant de ses vœux. Désormais son ambition ne serait plus renfermée dans les limites d'une petite Ile. Il allait paraître sur un théâtre. nouveau, avec une complète indépendance d'action. La perspective qui s'ouvrait devant lui était de nature h enflammer la double soif d'or et de renommée commune à tous les aventuriers du temps. Il consacra sa fortune a l'équipement d'une flotte, composée de six vaisseaux, dont
1>lusieurs de grandes dimensions. Trois cents yoontaires s'enrôlèrent en peu de jours, impatients de chercher fortune sous la bannière d'un chef hardi et populaire. Les instructions que Yelasquez donna à son lieutenant ne furent point dictées par un esprit mercenaire. Le premier objet du voyage était de rejoindre Grijalva. Les deux commandants devaient ensuite agir de concert. Cordova, au retour de sa première visite au Yucatan, avait apporté la nouvelle que six chrétiens étaient retenus captifs dans l'intérieur du pays. On supposait qu'ils devaient être compagnons de l'infortuné Nicuessa. L'ordre était donné de les découvrir, s'il était possible. Mais le but principal de l'expédition étant de nouer des relations de commerce avec les indigènes , il fallait éviter de leur faire aucun tort et les traiter avec douceur et humanité. Cortés ne devait pas oublier que le roi d'Espagne avait surtout a cœur la conversion des Indiens, Il devait leur imprimer une haute idée de la grandeur et de la bonté de son royal maître, en les
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invitant « à reconnaître sa suzeraineté, et a iui faire de beaux présents d'or, de perles, de pierres précieuses , afin d'obtenir» par ce témoignage de leurs bons sentiments, sa (avenr et sa protection ». Il devait explorer avec soin la côte, sonder ses baies et l'embouchure dq ses rivière», dans l'intérêt des futurs navigateurs; chercher à connaître les produits naturels du pays, le caractère de ses di (Té rentes races, leurs institutions, leurs progrès, et envoyer une relation détaiUe> de tout cela au gouverneur, avec le produit dt-s échanges.
Un incident imprévu faillit arrêter Cortés au début de l'entreprise. Yelasquez, redoutant «on ambition et cédant aux conseils de quelques envieux, résolut de lui enlever le commandeoient de la flottille. Cortés, averti à temps, leva l'ancre , et au point du jour Yelasquez, accouru sur le rivage, eut à peine le temps d'échanger quelques* mots avec son lieutenant, qui fit voile aussitôt pour le port de Macaca (18 novembre 1518). I)e là 11 se dirigea vers la ville de 14 Trinité, oq il arbora son étendard. Il fit, dans une pro clamation, (es offres les pins libérales aux personnes qui. consentiraient à se joindre à lui. Des volontaires accoururent de tous côtés. Il vint
fus de cent soldats de Grijalva, qui, de retour peine de leur premier voyage, brûlaient de continuer leurs découvertes sous un chef plus entreprenant. On vit aussi arriver au camp un grand nombre de cavaliers nobles , entre autres Pedro de Alvarado et ses frères Christoval de Qlid, Alonzo de Avila, Juan Yelasquez de Léon, proche parent du gouverneur, Alonzo FernaiMlez de Puertocarrero et Gonzalo de Sandoval. Certes déploya, malgré de nouveaux obstacles snsàt* par Yelasquez, (a plus grande activité pour l'achat des vivres et des munitions et l'acquisition d'autres vaisseaux. Pendant que son lieutenant Alvarado se dirigeait par terre vers U Havane avec un petit corps de soldat*, Codé* s'y rendit avec sa flottille. Arrivé dans ce port il arbora de nouveau son grand étendard de vetour* noir brodé d'or, portant une croix rou§e au milwu de flammes bleues et blanches , et au-dessooi cette légende, en latin : « Amjs, suivons |a Croix, et si nous avons la foi, nous vaincrons par ce signe. » Les préparatifs n'étaient pas encore achevés à La Havane, quand le commandant de la ville, don Pedro Barba, reçut à son tour de Yelasquez l'ordre d'arrêter Cortés et de s'opposer au départ des vaisseaux. Cet officier n'avait ni la volonté ni le pouvoir d'exécuter un pareil ordre, et le 10 février 1519 la petite escadre leva l'ancre , et se dirigea vers le cap Saint-Antoine, lieu du rendez-vous. Quand tous les vaisseaux furent réunis, leur uombre s'élevait a onze. Celui que montait Cortés était décent tonneaux; il y en avait trois autres, de soixante-dix à quatre-vingts; le reste se composait de caravelles et de hrigantins non pontés. La flottille entière fut placée sous la direction d'Antonio AI*-
antres
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minos, Tieux marin* le pilote de Colomb dan» son dernier voyage , ainsi que celui Je Cordova et de Grijalva , dans les premières expéditions du Yucalan. Débarqué au cap Saint- Antonio, Cartes 7 passa la revue de ses forces ; elles se montaient à cent dix marins, cinq cent cinquantetrois soldats, dont trente-deu* arbalétrier» et treize arquebusiers, sans compter deux cents Indiens de Tlle, et quelques femmes indiennes pour les travaux domestiques. L'armée avait dix nièces de canon, quatre fauconneaux, et d'abondantes munitions. On s'était procuré avec beaucoup de peine, et à des prix fabuleux, les seize chevaux qui formaient toute la cavalerie de l'expédition. Avant de s'embarquer, Cortés adressa une courte et chaleureuse harangue à. ses soldats, Il toucha les cordes les plus sensibles chez les aventuriers d'alors, l'ambition, l'avarice, le zèle religieux. Son discours fut accueilli par d'unanimes acclamations. On célébra la messe. I*a flotte , placée sous la protection immédiate de saint Pierre,
}»tron de Cortés, leva de nouveau l'ancre, et it voile, le 10 février 1M9, pour la cote du Yucatan.
Cortés suivit la même route que Grijalva, aborda dans l'Ile de Cozumel, où Û recueillit un Espagnol nommé Agujlar, prisonnier depuis longtemps chez les Indiens, et qui aervit d'interprète à ses compatriotes, et alla jeter l'encre k l'embouchure de la rivière de Tabasco. Û s'y trouva en présence de ses premiers ennemi». Pour s'env parer de Tabasco, il dut livrer deux batailles, dont la seconde surtout ( 18 mars IM9), long* temps disputée, se termina par la déroute et la soumission des Indiens, Ceux-ci se reconnurent vassaux de la couronne d'Espagne, et promirent d'embrasser la religion catholique. Entre autres présents, ils offrirent vingt jeunes filles, toutes jolies , annoncées comme fort habiles dans les travaux du ménage, surtout dans l'art de faire du pain de maïs, Ces jeunes Indiennes furent baptisées le jour mêmfroù Cortés changea le nom de Tabasco en celui de SqntaMqria de fa Vie* toria. t'une d'elles , qui reçut de ses nouveaux maîtres le nom de Marina, devait avoir une grande influence sur la destinée des conquérants du Mexique. Cortés quitta , au bout de quelques jours, un pays qui ne contenait pa» d'or, et alla jeter l'ancre dans le port de Samt-Jean-d'UUoa, Reçu avec confiance par les Indiens, qui se rap? pelaient le bon accueil de Grijalva, il apprit d'eux, par l'intermédiaire de Marina, qu'ils étaient sujets de l'empire du Mexique. Cet empire occupait un pays qui, sous le nom $Anahuaçt s'étendait de T Atlantique à l'océan Pacifique, entre les 14° et 20° de latitude nord. Au milieu de cette région , un peu plus près toutefois de la mer Pacifique que do l'océan Atlantique, la célèbre vallée de Mexico, située à sept mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer, forme un bassin ovale , d'environ soixante-sept lieues de circonférence, enfermé par un haut rempart de roches porphyri-
tfqnee, que la nature semble avoir deattoéee, mais en vain, I la garantir d'une invasion. U plus remarquable des races qui occupèrent l'Anahoac est celle des Toltèques, peuple mystérieux, qui rappelle les Pélasges de la Grèce et de l'Italie* Venus du nord-ouest, ils pénétrèrent dans l'Anahuac vers le septième siècle de l'ère chré* tjenne, et y introduisirent une civilisation dont if restait encore des vestiges au commencement du seizième siècle. Après une période de quatre* cents ans, ils disparurent de VAnahuac, et furent remplacés par plusieurs tribus barbares* dont les principales étaient les Attaques ou Mexicains, et les Alcothne*, plus connus sous le le nom de Tezcucans, dérivé de leur capitale, Tezcuco , sur le bord orientai du lac mexicain. Ces* deux tribus et le petit royaume voisin de Tlacopan formèrent une confédération, dans laquelle le» Aztèques occupaient la première place. Au moment même de l'arrivée des Espagnols, la domination de ces derniers s'étendait «ir toute la largeur du continent, de l'Atlantique à la mer Pacifique. Us possédaient une civilisation très-supérieure fe celle des tribua errantes de l'Amérique du Nord , mais fortement entachée de barba* rie; leur gouvernement était despotique, avea de vigoureuses institutions judiciaires. Leur culte était le polythéisme* A côté de rites sembla»! os * ceux des chrétiens , tais que le baptême et la confession, leur religiou offrait les plus abjectes et les plus sanguinaires superstitions , les sacrifices bumains et même l'anthropophagie (i). Lorsque Cortés débarqua, le ai avril îâio ( jour du vendredi saint) sur la plage diserte où s'élève aujourd'hui la ville de Vera-Crui, les Atzèques étaieqt gouvernés par Monteinjua (Mocjheuzojna). Ce prince , qui avait porté au plus haut point la puissance de l'empire mexicain, avait donné de nombreuses preuves de courage, d'habileté , et même de grandeur ; mais il était superstitieux, et cette faiblesse devait être la première cause de sa perte. Après avoir établi son camp, et l'avoir mis à l'abri d'une surprise de la part des indigènes, Cortés entra en relation* avec leur cacique Teuhtile, par la double entremise de Marina et d'Aguilar. 11 demanda à vj» siter Montezuma» et le cacique promit de tram-
(1) Les sacrifices humains furent adopté* par les Aztèques vers le eommenoenient du quatorxlérnc siècle». Très-vares 4'apordi ttt devinrent plus fréquents «prés l'agrandissement de l'empire, et Outrent pur souiller toutes les cérémonies religieuses : on immolait tous les prisonniers de guerre ; on sacrifiait aussi des eniants. A peine trouve-t-o* un historien qui «value a moins du vingt mille âmes le nombre des victime* annuellement Immolées, et plusieurs portent ce nombre • cinquante mille. Lors de la dédicace du grand temple d'tlull/.ilopni- «hlt, en S4SS, aolupte-dli mille captifs périrent, dit-on, sur les autels de cette borrlbl*-: divinité. Pour coinble d'horreur, le corps du prisonnier immolé était envoyé ani guerrlors qui l'avalent pris, et ceux-ci l'offraient en festin * leur» amis, lit ce n'était pas un grossier repas de canntbaies affamés, mats un banquet où abondaient des breuvages délicieux, des viandes délicatement préparées; un banquet on les deut sexes prenaient place et se couiportaU'ut hvcc le plus grand décorum.
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mettre la demandera son souverain : c'était le jour de Pâques. L'entrevue, commencée par la célébration de la messe, se termina par une collation et un échange de présents.
Les premiers rapports des conquérants et de leurs futures victimes furent tout pacifiques , et les Indiens soulagèrent de leur mieux les Espagnols, accablés de chaleur sur la plage malsaine et brûlante de la Terra Caliente. Au bout de sept à huit jours, des ambassadeurs aztèques rapportèrent la' réponse de Montezuma : il envoyait de magnifiques présents aux étrangers, et leur interdisait sa capitale ; c'était leur révéler à la fois son opulence et sa faiblesse. Cortés renvoya les ambassadeurs avec quelques légers présents et en demandant de nouveau avec instance la permission de se rendre à Mexico. Au bout de dix jours les ambassadeurs revinrent avec de nouveaux présents et la défense formelle d'approcher de la capitale. Cortés reçut cet ordre avec une feinte soumission, et se prépara à emporter de force ce qu'on lui refusait de bonne grâce.
H commença1 par fonder la colonie de Villa- Ricca de la Vera-Cruz, et se fit décerner par la municipalité de la nouvelle ville les titres de capitaine général et grand-juge de la colonie, avec le cinquième de l'or et de l'argent qu'on pourrait acquérir par commerce ou conquête. Il se dirigea ensuite sur Cempoalla , dont les habitants, les Totonaqnes, récemment conquis parles Aztèques et impatients de secouer le joug, lui avaient envoyé des ambassadeurs. Cortés comprit que pour renverser l'empire des Aztèques il fallait soulever contre eux les peuples qu'Os avaient soumis et qu'ils opprimaient. En conséquence, il décida les Totonaqnes à ne plus payer tribut à Montezuma et à se placer sous la protection de l'Espagne. 11 répondit d'une manière évasive à une troisième ambassade de Montezuma, qui lui apportait avec des présents l'ordre de partir, et renversa les idoles à Cempoalla, comme il l'avait fait à Oozumel. Les Totonaques, voyant leurs divinités incapables de se défendre contre la profanation, conçurent une triste opinion du pouvoir de ces dieux, comparé à celui des mystérieux étrangers , et ce mépris pour leurs propres idoles les rendit dociles aux prédications des conquérants. Cortés, craignant que Yelasquez essayât de le perdre auprès de la cour d'Espagne, prit les devants, et expédia à Charles- Quint un navire qui, avec un riche présent, portait au monarque une lettre qui s'est perdue, mais dont on connaît la substance et qui contenait le récit des débuts et des premiers résultats de l'expédition. Ce vaisseau, conduit par Alaminos , mit à la voile le 26 juillet.
Pendant que Cortés prenait ses précautions contre un danger éloigné, un complot se formait dans son propre camp. Il le réprima sévèrement et facilement ; mais, persuadé que tant que le retour à Cuba serait possible il aurait à craindre de
nouvelles défections, il résolut de fermer ce refuge à tout le monde. Sous prétexte que si flotte, avariée par des coups de vent et rongée par les vers, était hors «l'état de soutenir la mer, il ordonna de couler bas tous les vaisseaux qui la composaient, moins un petit bâtiment. La destruction de la flotte est regardée avec raison comme un des actes les plus audacieux de Cortés, et qui rappelle Agathocle en Afrique. Le succès en a fait une action héroïque : en cas d'échec , elle eût passé pour un trait de folie. Cette destruction avait (Tailleurs l'avantage immédiat de rendre disponibles les cent hommes d'équipage. Cortés, laissant une garnison de cent cinquante hommes environ dans Vera-Cruz, sous le commandement de Juan de Escalante, partit de Cempoalla le 16 août 1519, avec une armée composée de quatre cents fantassins et quinze cavaliers, avec sept pièces de canon ; de treize cents guerriers indiens auxiliaires, et mille Tamanes pour traîner les canons et transporter le bagage. Après une quinzaine de jours de marche, Tannée espagnole arriva sur le territoire de la petite et vaillante république de Tlascala, qui depuis plusieurs siècles maintenait son indépendance contre tontes les forces du Mexique. Entourée de tous cotés d'ennemis, étroitement bloquée par eux, elle n'avait qu'une existence précaire ; mais H lui restait encore de nombreuses ressources, et elle était forte surtout par le caractère indomptable de ses habitants. Aucune alliance ne pouvait être plus utile aux Espagnols. Les Tlascalans, alarmés pour leur indépendance, ne songèrent d'abord qu'à repousser les étrangers qui avaient envahi leur territoire. Le 22 septembre les quatre cents Espagnols et leurs Indiens auxiliaires, au nombre de trois mille, eurent à combattre trente mule Tlascalans. La supériorité des armes et de la tactique des Européens leur assura la victoire. Ils marchèrent sur la ville de Tlascala ; mais il leur fallut livrer une nouvelle bataille, le 5 septembre: Peut-être auraient-ils été vaincus si la discorde et la désertion ne s'étaient mises dans les rangs de leurs ennemis. Xicotencati, général des Tlascalans, fut forcé d'accepter la paix; et le 23 septembre 1519 les Espagnols firent leur entrée dans Tlascala, au milieu de l'enthousiasme général, car ces vaillants républicains voyaient dans les étrangers non plus des ennemis , mais des libérateurs et des vengeurs. Ces événements produisirent une profonde impression sur Montezuma. Depuis quelques années ce prince laissait à ses capitaines le commandement de ses troupes, pour se livrer tout entier aux fonctions sacerdotales. 11 consultait les oracles dans les moindres circonstances, et cherchait à se rendre les dieux propices par des hécatombes humaines. Une tradition surtout l'inquiétait : Quetzalcoatl, la divinité bienfaisante, au teint blanc, à la barbe flottante, après avoir rempli sa mission de paix parmi les Aztèques, s'était embarqué sur l'Atlantique pour les inys-
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térieux rivages de Tlapallan, en promettant de revenir un jour avec sa postérité pour reprendre possession de son empire. Les Aztèques attendaient, les uns avec crainte , les antres avec espérance, reflet de cette prédiction infaillible. De sinistres présages annonçaient que le jour prédit était proche. A la nouvelle de l'arrivée des Espagnols, Montezuma avait d'abord cru voir en eux la postérité de Quetzalcoatl. Rassuré en apprenant que, loin de se dire les fils d'une divinité mexicaine, ces étrangers tes outrageaient toutes, il s'inquiéta de nouveau des progrès de Cortés et surtout de son alliance avec les Tlascalans, et crut voir dans tant de succès la preuve d'une intervention divine. U envoya donc une quatrième ambassade à Cortés. H invitait cette fois les Espagnols à venir dans sa capitale. 11 les priait de ne contracter aucune alliance avec les vils et barbares Tlascalans, et les engageait à prendre la route de Cholula, où l'on faisait par ses ordres des préparatifs pour les recevoir.
Cette ville n'était qu'à six lieues de Tlascala. Les Espagnols y furent d'abord reçus avec une grande bienveillance ; mais bientôt la scène changea. Montezuma, apprenant des oracles que Cholula devait être le tombeau des étrangers, envoya secrètement l'ordre de les (aire périr. LesCholulans préparèrent en silence un massacre général. Marina découvrit le complot, et Cortés le prévint en faisant tuer les principaux caciques cholulans et en égorgeant, àl'aide des Tlascalans, une partie de la population de cette ville. Après avoir terrifié par cette exécution Montezuma et ses sujets, il s'avança hardiment dans la vallée de Mexico, entre le Popoeatepetl et le Iztaccihuatl, et le 8 novembre 1519 les Européens mirent pour la première fois le pied dans la capitale des Aztèques.
Cortés, à la tête de son petit corps de cavalerie, formait l'avant-garde, venait ensuite l'infanterie espagnole. Les bagages occupaient le centre, et la sombre colonne des guerriers Tlascalans fermait la marche. Cette petite armée ne devait pas s'élever en tout à plus de sept mille hommes, et sur ce nombre on ne comptait pas quatre cents Espagnols. Elle suivit l'isthme étroit qui sépare les eaux de Tezcuco de celles de Chalco, puis elle entra sur la longue digue qui s'étend en droite ligne à travers les eaux salées de Tezcuco jusqu'aux portes de la capitale. Le long de la digue s'élevaient plusieurs villes bâties sur pilotis. Les Espagnols les dépassèrent, et atteignirent un pont-levis construit en bois et jeté aur une ouverture de la digue, fis comprirent en le traversant qu'ils ; se mettaient à ia merci de Montezuma, qui pouvait, on coupant leurs communications avec l'extérieur, les retenir prisonniers. Ce prince, accourant au-devant des hardis étrangers, les accueillit avec une courtoisie toute royale, et chargea son frère de les conduire aux quartiers qui leur étaient destinés. Les Espagnols s'enga-
geant dans la rue spacieuse qui fa sait suite à la digue , traversèrent plusieurs ponts suspendus sur des canaux, et s'établirent sur une grande place située presque au centre de la ville, dans un vaste palais bâti par Axayacatl, père de Montezuma. Les premiers jours se passèrent en échanges de politesses et de visites, entre Cortés et le prince aztèque, et en tentatives inutiles du premier pour convertir le second. Tout en ayant pour ses botes un respect superstitieux, qui parfois allait presque jusqu'à l'adoration, Montezuma gardait pour ses dieux un attachement invincible, et son peuple commençait à voir avec une sombre indignation ces étrangers contempteurs des divinités aztèques et profanateurs de leurs temples. Au bout de huit jours, Cortés, averti d'une insurrection, la prévint par le coup le plus audacieux. Pénétrant dans le palais de Montezuma avec quelques soldats, il l'accusa d'avoir voulu faire égorger les Espagnols , et, sur la dénégation du prince, il lui déclara que pour prouver son innocence, il n'avait qu'à venir s'établir dans le palais occupé par les Espagnols. Montezuma, frappé de stupeur, refuse d'abord ; puis, se voyant menacé de mort , il se résigne, et contenant la colère de ses sujets, qui voulaient courir aux armes , il se rend au palais d' Axayacatl. A partir de ce moment, tout en gardant les insignes de la royauté, et même la puissance absolue à l'égard de ses sujets, le faible Montezuma ne fut plus que l'instrument, le jouet, et bientôt la victime de ses geôliers : triste rôle, que le monarque déchu rendit touchant par sa douceur et sa résignation. Cortés ne lui épargna aucune humiliation. 11 fit brûler vifs Quauhpopoca et quinze caciques aztèques, coupables d'avoir tué quelques Espagnols, et fit charger de fers le monarque complice du même crime. Montezuma, qui n'aurait eu qu'un signe à faire pour soulever des milliers d'hommes contre cette poignée d'étrangers, remercia humblement Cortés, lorsque celui-ci vint, au bout de quelquesâheures, le débarrasser de ses fers. Une profonde terreur religieuse explique seule tant de faiblesse , inexplicable pour les conquérants eux-mêmes. « Maintenant que je suis vieux, dit Bernai Diaz, témoin oculaire et historien de la conquête, je m'amuse souvent à évoquer le souvenir des faits héroïques de ma jeunesse, qui se représentent à mon esprit avec la même netteté que les événements d'hier. Je pense à l'enlèvement du monarque indien, à sa mise aux fers, à l'exécution de ses officiers; et il me semble que toutes ces choses se passent en ce moment devant moi. Mais, en réfléchissant sur nos exploits, je sens que ce n'est pas de nous-mêmes que nous les avons accomplis : non, c'est la providence de Dieu qui nous guidait. 11 y a là un grand sujet de méditation. » Après avoir étouffé, par l'arrestation de Cacama, roi de Tezcuco, le premier germe d'insurrection, Cortés décida Mon*
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tezuma à se reconnaître vassal et tributaire de CharieS'Qtiintet à partager entre les Espagnol les trésors amassés dans les palais royaux de Mexico. Puis, comme chez les cotiqnbtadorm une foi ardente se mêlait toujours à la rapacité» Il se M titrer un des sanctuaires du grand IWcalli (temple) pour en taire une chapelle catholique. Le peuple atait tout enduré. H avait ru sans se soulever son souverain captif» ses caciques égorges, ses trésors mis au pillage; mais la profanation pubHque Je ses temples lui parut le dernier et le plus Insupportable des outrages, et les prêtres se hâtèrent d'exploiter cet incident. Aussitôt tout changea de face au quartier des Espagnols i le soldat mangeait* buvait, dormait avec ses armes sous la main ; son cheval restait harnaché nuit et Jour, Les canons étaient disposés de manière à commander les -grandes avenues. Les sentinellesétaient doublées, fin un mot, la garnison fut mise en état de siège. Telle était la position de l'armée, lorsque Gortés reçut de Vera-Cruc les nouvelles les plus alarmantes.
Velasques, après avoir tenté vainement d'arrêter Cortés dans les ports de Cuba, venait d'envoyer contre lui Narvaea, avec une flotte composée de dix-huit bâtiments; elle portait neuf cents Européens, dont quatre-vingts cavaliers , et un millier d'Indiens. A cette nouvelle Cortés prit son parti avec sa décision ordinaire. Laissant à Mexico, sous les ordres d'Alvarado, les deux tiers de sa petite armée, toute son artillerie, la plupart de ses cavaliers et de ses arquebusiers , il partit pour la Vera-Crut le 20 mai 1520, avec soixante-dix soldats d'élite. Il rallia à Oholula cent-cinquante soldats confiés à Velasques de Léon, pour fonder une colonie, et descendit rapidement vers Cempoalla, quartier général de Narvaez, en ramassant quelques auxiliaires indiens, et en nouant avec les officiers et les soldats do lieutenant de Velasquez des négociations qui devaient faciliter la défaite de cette armée. Informé que Narvae* était un général brave, mais fort négligent, il pénétra dans Cempoalla à la faveur d'une nuhV pluvieuse et très-obscure, surprit l'armée endormie, la dispersa et s'empara de Clamez. Le lendemain, les soldats de celui-ci firent leur soumission au vainqueur, qui vit ainsi son armée plus que doublée par un événement qui aurait dû le perdre entièrement. Cortés s'occupait de l'organisation de ses nouvelles troupes, lorsqu'il fut rappelé à Mexico par un courrier d'Alvarado; celui-ci, pour effrayer la population de la capitale et lui enlever ses chefs , avait , le jour de la fête du dieu HuittUopochtli fait massacrer six cents caciques. Cette atrocité , avait hâté l'explosion de Insurrection qu'elle était destinée à prévenir. Les Espagnols avaient eu à subir un assaut qui leur avait coûté sept hommes, et ils étaient étroitement bloqués lorsque, le 24 juin 1620» Cortés rentra dans Mexico, è la têt* de douze
cent cinquante Espagnols et de huit mille guerriers fadigtoes, la plupart Hascalao*.
L'arrivée de Cortés fut le signal d'unnouvd assaut. Monteiuma, qui par son intervention a t ail d'abord calmé le tumulte, voulut tenter de nouveau! efforts \ mais il fut blessé mortelletnentdufi coup de pierre à la tempe; et aa mort enlevant le dernier tatarmédiaire qui pot arrêter la lutte, Mexico devint un champ de bataille où les Attaque* et te* Espagnols combattirent avec le même acharnement, mais sans avantage déckil d'aucun noté. Seulement les premiers ae battant plus de mille contre un devaient à la longue l'emporter sur les derniers, qui d'ailleurs commençaient* manquer d'eau et de vivres. Dans de pareilles circonstances, il devenait indispensable d'évacuer Mexico; mais la retraite présentait les plus graves difficultés. Cortés décida qu'elle aurait lieu la nuit, et par la chaussée de ïlecopan. Comme cette chaussée était traversée en trais endroits par des canaux, il fit construire un pont volant qui devait être placé successivement sur chacune des coupures de la digue. Ce (ut une grande faute de n'avoir pas fait construire trois ponts ; mais c'eût été un travail considérable, et le temps manquait La dernière nuit de juin, par un temps couvert et une pluie fine, l'armée s'avança en silence, le long de k grande rue déserte de Tlaoopan. Au point où la rue se joignait à la chaussée on jeta le pont, et l'année commença è défiler; mais à peine l'avant -garde avait-elle passé, que les Mexicains, se précipitant par les rues latérales et couvrant les canaux de légères embaruitioDs, attaquèrent les Espagnols en queue et en flanc. Dans le désordre, il devint impossible d'enlever le pont , et les fugitifs furent forcés de se jeter dans l'eau pour traverser les deux dernières coupures de la chaussée, qui n'offrit bientôt dans toute sa longueur que confusion et carnage. Le lendemain Cortés rallia les débris de ses troupes près de Tlaoopan , et put apprécier l'étendue de ses pertes. Quatre cent cinquante Espagnols et quatre mille Indiens manquaient. Le trésor, les bagages, les munitions, l'artillerie étaient perdus \ la cavalerie était réduite à vingt-troU hommes. Enfin, Juan Velasques de Léon, qui commandait l'arrière-garde avec Alvarado, avait été tue. Cette sanglante retraite a gardé dans les faste* de la conquête du Mexique le nom de Nocht triste ( la nuit fatale ). Les Espagnols se dirigèrent sur Tlacala par Quauhtitlan, dans l'espoir d'éviter les Mexicains ; mais lorsque, aprta sept jours de la marche la plus pénible, ils atteignirent le rideau de montagnes qui domine les plaines d'Otompan ou d'Otumba, ils aperçurent en face d'eux et leur fermant la route de Tlascala toute l'armée aztèque. La retraite était impossible : Il fallait passer sur te corps de l'ennemi ou mourir. Cortés fit ses dispositions à la hAte, et se précipita au milieu des masses ennemies,qiii s'devaient,dit-on, à 200,000
GOtlTÉS
hommes. Malgré des prodiges de valeur, Jamais les Espagnols et les T lascalans ne sa seraient fait jour à travers cette multitude , si la mort d'un cacique, chef suprême des Aztèques, tué de ta main même de Cortés, ne les eût effrayés et décidés à la fuite. La journée du 8 juillet 1520 mt peut-être celle où les conquérants du Mexique coururent le plus de dangers ; et comme l'a dit M. Prescott, « sans l'étoile de Cortés, pas un Espagnol n'eût survécu pour transmettre à la postérité le récit de la sanglante bataille d'Otumba ». Cette victoire ouvrit aux Espagnols la route de Tlascala, et Cortés, comprimant les murmures de ses sol* data, qui voulaient renoncer à l'expédition, et le mécontentement des Tlascalans, excités en secret par Xicotencatl, se prépara à prendre sa revanche sur les Aztèques.
Au bout de six mois, consacrés à réorganiser son armée et à nouer des relations avec les vassaux mécontents de l'empire aztèque, Cortés porta sou quartier général a Tezcuco, on l'appelait un prince de la famillle royale nommé txtliloxchitl. Quatre mois lui furent encore nécessaires pour achever ses préparatifs et pour faire construire à Tlascalâ des brigantins destinés à dé» truire les canots des Aztèques et à s'emparer du lac de Mexico. Ces brigantins, au nombre de treize, transportés sur les épaules des Tamaites à travers près de vingt lieues de montagnes , furent lancés sur le lac le 28 avril 1521. Le même jour le général passa la revue de ses trou* pes, sur la grande place de Tezcuco. Elles se mon* taient à quatre-vingt-sept cavaliers et boit cent dix-huit fantassins, dont cent dix-huit arquebusiers et arbalétiers. Il avait trois grosses pièces de campagne eu fer et quinze fauconneau t de bronze, tl était abondamment fourni de balles et de boulets ; il possédait environ mille livres de pou* dre et cinquante mille flèches garnies de pointes de cuivre. On peut évaluer à cent mille hommes ses alliés Indiens. Telles étaient ses forces et ses moyens d'attaque contre la puissante Mexico , où deux cent mille habitants, guerriers, vieillards, femmes et enfants , étaient renfermés, bien résolus à s'ensevelir sous les ruines de la ville. Mexico, bâlic sur pilotis dans les îlots du lac, ne tenait à la terre ferme que par trois longues chaussées. Elles furent occupées par Alvarado, Olid et San- «lovai, tandis que Cortés, à la tête des brigantins, attaquait la place du coté du lac. Le siège commença le 30 mal; il continua pendant un mois, partiellement et avec des chances diverses. Le jour les Espagnols pénétraient dans l'enceinte de la ville après des combats acharnés , s'emparaient îles ponts, comblaient les rossés , brûlaient les maisons, tuaient un grand nombre d'ennemis; puis avec la nuit les Mexicains reprenant l'avantage, forçaient les assaillants à la retraite, élevaient de nouveaux retranchements et creusaient de nouveaux fossés. Le lendemain tout était à recommencer pour les assiégeantl. Fatigué de
tant d'efforts inutiles, Cortés voulut tenter un effort décisif : deux divisions , commandées par lui-même et par Alvarado , marchèrent par deux chaussées différentes sur la grande place de Mexico. Cette opération téméraire eut l'issue la plus malheureuse. La division de Cortés, rejetée en désordre sur ses quartiers et avec des pertes considérables , laissa entre les mains des Mexicains deux pièces de campagne» soixante-deux Espagnol et une multitude d'alliés. Cortés n'échappa que par miracle, et il eût été infailliblement tué si les Attaques n'avaient tenu à le pren- ' dre vivant pour le sacrifier à leurs dieux. La division d'Alvarado opéra sa retraite avec assez d'ordre, mais non sans beaucoup de pertes. Pendant que Cortés essayait de prévenir les suites de cette déroute , les Mexicains» enflés de leurs succès, se livraient à la joie, dansant, chantant, immolant leurs prisonniers à la vue des assiégeants épouvantés, et se repaissant de la chair des victimes. On comprend quels sentiments ce hideux spectacle laissa au cœur des Espagnols, témoins impuissants de l'immolation de leurs compatriotes. Les prêtres mirent le comble à la joie des Mexicains en leur annonçant que le terrible HuitzUopoobtii, leur divinité offensée, se laissant apaiser par les sacrifices offerts sur ses autels, prenait de nouveau les Aztèques sous sa protection et leur livrerait leurs ennemis avant l'expiration de huit jours. Cette nouvelle parvint rapidement au camp des assiégeants, et répandit parmi les Indiens auxiliaires la plus grande consternation. Ils profitèrent de la nuit pour s'éloigner du camp. Les Tlascalans eux-mêmes ne résistèrent pas à la panique générale, et partirent. Il ne reste guère avec Cortés que Ixtlilxochiti, le jeune roi de Tezcuco» et Cbichemecatl , le vaillant chef tiaseaJan, avec un petit nombre de leurs compatriotes. Cortés ne s'effraya pas de cette désertion ; il redoubla de vigilance» et resserra le blocus de Mexico, où la famine commençait à faire de cruels ravages. Les huit jours se passèrent, et la divinité mexicaine ne livra point les chrétiens à ses adorateurs. Les alliés revinrent, honteux de leur crédulité , et pleins d'une animosité qu'irritait encore l'artifice dont ils avaient été dupes. Désespérant d'enlever Mexico d'un seul coup , Cortés prit le parti de l'emporter, pour ainsi dire, maison par maison, rasant les édifices (1) à mesure qu'il avançait, et comblant les canaux avec les décombres. Ce plan entraînait la destruction complète de la capitale. Le conquérant aurait voulu s'épargner cette cruelle nécessité j il fit faire à Guatemozio, suenesseurdeMontetuna, les offres les plus libérales, ne lui demandant que de reconnaître la suseraineté de l'Espagne, et promettant de respecter les personnes, les propriétés, et les droits politiques des Aztèques. Ses propositions furent re-
(1) « C'était tuta chose triste * v»lr» dit Cortés en parlant de la destraeUM d'an dm principaux édifices ; main cela •entrait dans le pian de nos opérations, cl nous n'avions pas d'autre alternative. »
CORTÊS
jetées avec dédain. H recommanda en même temps de traiter avec la plus grande humanité les malheureux que la faim poussait vers les quartiers espagnols; mais il en Tint peu: ils aimaient mieux mourir que de recourir à leurs ennemis, et, dédaignant d'implorer la pitié de leurs vainqueurs, ils leur lançaient le regard sombre et féroce du tigre blessé. Cependant le cercle des destructions se resserrait chaque jour, et les Mexicains étaient réduits au quartier de Tlatelolco. Les défenseurs de la ville n'étaient plus qu'une foule affamée et pestiférée campant sur des monceaux de cadavres en putréfaction. « On ne pouvait poser le pied, dit Certes, que sur des cadavres indiens. » Profondément touché de tant de souffrances , il fit faire de nouvelles propositions à Guatemozin ; trois fois il revint à la charge : le monarque aztèque fut inébranlable, et Cortés dut ordonner l'assaut Le 12 août les Espagnols et leurs auxiliaires se précipitèrent sur le dernier asile des assiégés. Ceux-ci, enveloppés de tous côtés, purent à peine se défendre. Ce fut moins un combat qu'un massacre. Quarante mille Aztèques y périrent, égorgés surtout par les Tlascalans et les autres auxiliaires. « Jamais, s'écrie Cortés, je n'ai vu une race aussi impitoyable ; jamais rien de ce qui porte la forme humaine n'a été aussi dépourvu d'humanité. — « Les cris piteux des enfants et des femmes , ajoute-t-il , suffisaient pour fendre le cœur. » Épouvanté lui-même de tant de carnage , il fit sonner la retraite, et laissa aux Aztèques survivants une nuit encore , espérant qu'ils se rendraient. Cet espoir fut encore déçu. En vain il envoya des prisonniers porter à Guatemozin des offres bienveillantes. Un des magistrats de la ville vint lui annoncer que le monarque était inflexible; et il ajouta avec résignation : « Faites à votre plaisir. — Retournez alors , répliqua le vainqueur, et préparez vos compatriotes à mourir; leur heure est venue. » n différa néanmoins l'attaque pendant plusieurs heures. Mais ses troupes, craignant que Guatemozin ne s'enfuit avec ses trésors , arrachèrent à leur général l'ordre de l'assaut, et s'élancèrent sur la masse confuse entassée devant eux. Le carnage de la veille se renouvela avec plus d'horreur encore. Les Espagnols épargnèrent partout les femmes, les alliés indiens nulle part, malgré les ordres et les prières de Cortés. La prise de Guatemozin mit fin au massacre. Cortés, pour ne pas laisser ses soldats exposés à l'air empesté de Mexico, les fit reconduire dans leurs quartiers. Ainsi finit, le 13 août 1521 , un siège qui durait depuis trois mois, et dans lequel les assiégeants et les assiégés avaient montré un héroïsme égal. Avec Mexico tomba l'empire aztèque, et Cortés, confirmé dans sa dignité de capitaine général par une ordonnance de Charles-Quint, n'eut plus qu'à organiser sa conquête. H commença par rebâtir Mexico sur les ruines de l'ancienne cité , et la peupla en y attirant les Espagnols par des concessions de
terre et de maisons, et les Indiens par une politique libérale qui leur accordait divers privilèges, entre autres celui d'être gouvernés et jugés par leurs chefs nationaux. Il ne borna pas son attention à la capitale. Il eut soin de fonder des établissements dans toutes les parties du pays dont la position lui parut avantageuse. Ce furent Zacatula sur les bords de l'océan Pacifique, Cohman sur le territoire de Mechoacan , San-Esteban sur les côtes delà mer Atlantique, MédeHin près de Vera-Cruz. Cortés favorisa rétablissement de ces diverses colonies par de larges concessions de terres et de privilèges municipaux. Il défendit en même temps le célibat, sous peine de confiscation des biens, etpriarempereurden'envoyerdan» la Nouvelle-Espagne ni avocats, ni médecins , ni juifs christianisés. Malgré ses propres scrupules et les ordres formels de la cour d'Espagne , il adopta, sur les instantes réclamations de ses soldats, le vicieux système des repartimientos (lots d'Indiens donnés aux colons Espagnols) universellement pratiqué par ses compatriotes. Les Tlascalans seuls, en récompense de leurs services, conservèrent leur liberté. Cortés , il est vrai, en accordant les repartimientos prit beaucoup de mesures pleines d'humanité pour limiter le pouvoir du seigneur et pour assurer aux indigènes tous les avantages compatibles avec le servage (l). Si Cortés fit trop bon marché des droit* politiques des indigènes, il ne négligea rien pour leur bien-être spirituel. Sur sa demande, douze momes'tranciscains, * hommes d'une pureté sans tache, dit M. Prescott, nourris dans la discipline et la science du cloître, » arrivèrent dans le Mexique en 1524. Ces missionnaires, dont on ne saurait trop louer le zèle et la charité, obtinrent rapidement la vénération et l'amour des indigènes, qu'ils défendaient contre les violences des conquérants. Moins de vingt ans suffirent pour substituer sur toute la surface de l'Anahuac la religion chrétienne à l'abominable culte des Aztèques.
Cette œuvre pacifique de civilisation ne suffisait pas à l'humeur inquiète de Cortés. Informé de la défection d'Olid, qui avait conduit une colonie à Honduras, il se mit en marche pour le punir, le 12 octobre 1524, en se faisant accompagner de Guatemozin. Après quatre mois de la marche la plus pénible, il était sur le point d'atteindre l'Étatd'Aculan, lorsqu'il fut informé d'un complot tramé par les Mexicains de sa suite. Croyant ou feignant de croire que Guatemozin en était l'auteur, il le fit pendre aussitôt Cruelle exécution, qui parut inique aux Espagnols eux-mêmes. A partir de ce moment rien ne réussit à Cortés. Cette expédition, qui dura vingt mois, n'eut aucun résultat. Rentré à Mexico en juin 1526, Carte
(i) Les ordonnances déterminent la nature des services des Indiens, les heures où Us seront employés, leur no» rlture, la compensation qui leur sera accordée, etc. Bfcs exigent que le mcom Instruction rettatease.
CORTÉS
reçut au tout de quelques jours ravis de sou remplacement provisoire et l'ordre de se rendre en Espagne pour se justifier des accusations portées contre loi. H n'obéit pas immédiatement, dans l'espoir que cet ordre serait rétoqué ; mais le voyant maintenu et se trouvant même exposé aux vexations des commissaires envoyés d'Espagne, il partit accompagné de son fidèle Sandoval et de plusieurs chefs aztèques et tlascalan*. n aborda au port de Palos, en mai 1528, là où Colomb avait débarqué trente-cinq ans auparavant après avoir découvert le Nouveau Monde. Il y rencontra François Pizarre. Le futur conquérant du Pérou venait solliciter de nouveau l'appui du gouvernement espagnol. Cortés se reposa quelques jours au couvent de la Rabida, et partit pour Tolède. Son voyage fut un triomphe continuel. Jamais depuis le retour de Colmb on n'avait vu un pareil spectacle. Charles-Quint combla d'honneurs le conquérant, le nomma, au mois de juillet 1529, marquis de la vallée d'Oaxaca, capitaine général de la Nouvelle- Espagne et des côtesde la mer du Sud ; mais il ne lui rendit pas le gouvernement civil du Mexique. De retour dans ce pays, au mois de juillet 1530, Cortés se vit bientôt en butte à l'animosité de Yaudienciarôale. Ifyreprit alors avec unenouvelle ardeur la recherche d'un passage entre les deux mers ; il fit explorer d'abord l'isthme de Darien et les cotes orientales de l'Amérique du Nord. Tous les bâtiments qu'il envoya dans cette direction périrent successivement. Affligé de ces mauvais résultats, Il prit lui-même, en 1536, le commandement d'une nouvelle expédition. S'il ne rencontra pas le passage tant cherché, il découvrit la Californie, et navigua dans cette mer intérieure qui porte le nom de Vermeille, et qui devrait s'appeler plutôt la mer de Cortés. Ces diverses entreprises lui coûtèrent trois cent mille castellanos d'or, sans lui produire un ducat. Pendant cette dernière expédition il apprit l'arrivée à Mexico du vice-roi Mendoza. C'était le dernier coup porté à son autorité. 11 résolut, en 1540, de repasser en Espagne pour revendiquer ses droite de capitaine, général et réclamer le remboursement des sommes dépensées dans ses dernières entreprises. Ce second voyage fut bien différent du premier. De nouveaux conquérants avaient fait oublier le vainqueur de Guatemozin : l'or du Pérou éclipsait les produits, jusque là assez modiques, des mines du Mexique. Cortés était vieux d'ailleurs, et n'était plus heureux; la cour, qui n'espérait rien de lui, l'accueillit avec froideur. En 1541 le marquis de la Vallée, comme on l'appelait, alla rejoindre l'empereur au siège d'Alger. Il fit naufrage sur la côte , se sauva à la nage , et perdit des pierres précieuses d'un prix inestimable. On sait quelle fut l'issue de cette entreprise. Cortés, qui offrait d'enlever la place, tout-en regrettant de ne pas avoir à ses côtés une poignée de ses vétérans qui l'avaient aidé à conquérir le Mexique, ne fut pas même admis au ron-
HOUV. IIIOCR. CÉNÉR. — T. XI.
seil qui décida la levée du siège (1). H continua pendant six ans de languir à la cour, espérant toujours la solution de son procès, sans la voir jamais arriver. Enfin , las de cette stérile et humiliante position, il résolut de retourner au Mexique ; mais avant d'avoir quitté son ingrate patrie il mourut, dans un petit village près de Séville. U légua ses propriétés à son fils don Martin, et pourvut libéralement aux besoins de ses autres enfants. U consacra aussi des sommes considérables à des œuvres de charité, et ordonna que tous les revenus de ses biens de Mexico seraient appliqués à l'établissement et à la dotation de trois grandes institutions publiques, savoir : dans la capitale, un hôpital dédié à Notre-Dame de la Conception; à Cojohuacan, un collège pour l'éducation des missionnaires destinés à prêcher l'Évangile; et un couvent de femmes. Par d'autres clauses , il recommandait de traiter les Indiens avec justice et humanité; il ajoutait ces paroles remarquables : « C'est depuis longtemps une grande question de savoir ai l'on peut, en bonne conscience, posséder des esclaves indiens. Cette question n'ayant pas encore été décidée, j'ordonne à mon fils Martin et à ses héritiers de n'épargner aucune peine pour arriver à la connaissance de la vérité sur ce point, car c'est un sujet qui intéresse profondément leur conscience et la mienne. » Ce scrupule est un dernier témoignage de l'esprit profondément religieux du conquistador. Les restes de Cortés, déposés dans le caveau de la famille du duc de Médina-Sidonia, forent transportés en 1562 dans la Nouvelle-Espagne» et placés dans le monastère de Saint-François à Tezcuco. Us furent transférés à Mexico en 1629, dans l'église de Saint-François puis dans l'hôpital de Jésus de Nazareth en 1794. En 1823 la populace républicaine de la capitale, pour célébrer l'ère de l'indépendance^ nationale, résolut de briser la tombe qui renfermait les cendres du conquérant et de les jeter au vent. Quelques amis de la famille entrèrent dans le caveau pendant la nuit et enlevèrent secrètement le corpB , épargnant ainsi à la moderne Mexico l'infamie d'une pareille profanation. — Cortés s'était marié deux fois. Sa première femme, Catalina Xuarez, étant morte en 1524, il épousa, en 1529, dona Juana de Zunia, fille du second comte d'Aguilar et nièce du duc de Béjar. Il n'avait pas eu d'enfants de son premier mariage; il en eut quatre du second, un fils, don Martin, héritier de ses honneurs et objet de persécutions plus acharnées que celles qu'avait subies son père (2), et trois filles, qui
(1) Voltaire {Euai sur Ut mœurs, en. 147) raconte qu'un )oor Cortés, ne pouvant obtenir une audience de l'empereur, écarta la foule qui entourait le carrosse royal, et monta sur le marchepied. Charles demandant quel était cet homme, celui-ci répondit : «Je suis l'homme qui tous a donné plus de 'royaumes que vos ancêtres ne vous ont bissé de villes. » Cette dramatique mais Invraisemblable anecdote n'est attestée par aucun historien contemporain.
(S) Don Martin Cortés, second marquis de la Vallée avait été accusé, comme son père, de vouloir se créer une souveraineté Indépendante ihn* la lfouvelle-Espanne. Se*
CORTÉS
firent de brillants mariages. 11 laissa aussi plusieurs enfants naturels, dont deux, don Martin, fils de Marina, et don Louis Cortés, parvinrent à une haute distinction, et furent créés commandeurs de l'ordre de Saint-Jacques.
Cortés a lui-même rendu compte de ses découvertes et de ses conquêtes en adressant à Charles-Quint des lettres du plus grand intérêt historique. La première de ces lettres se perdit en route ; trois autres arrivèrentsuccessivement : eUes furent imprimées en espagnol, et leurs titres pompeux, annonçant la soumission de vastes contrées pourvues de richesses Immenses , produisirent une sensation générale. La seconde lettre parut à Séville, en 1 522 ( 28 feuillets in-folio ) ; eUe fut réimprimée à Saragosse en 1533. La troisième lettre fut publiée à Séville ( 1523, in-folio, 30 feuillets ) ; la quatrième, à Tolède ( 1525 , in-fol. , 21 feuillets ). Ces pièces originales sont excessivement rares, et réunies elles ont été payées 1,220 francs environ (48 livres sterling) à la vente Heber.à Londres, en 1826. — Les lettres de Cortés, écrites en espagnol, franchirent bientôt la Péninsule, et furent, de 1522 à 1525, traduites en italien , en latin, en allemand; elles eurent diverses éditions, plus ou moins complètes, très-difficiles à rencontrer aujourd'hui et très-recherchées des bibliophiles. Traduites en anglais, accompagnées d'une préface et de notes instructives par M. G. Folsom, elles forment un volume in-8°, qui a paru à New- York en 1843,sous le titre de Dispatches qf Hernando Cartes. L. J.
Bernai Max. HUtorla de la conquùta de Mejico. — Solls, Hittoriada la conquista de Mçjico. — Robertson, HUtory of Avurlca. - William II . Prescott, Histoire ds la conquête du Mtxiqv«t traduite en français par M. Amédée Pichet; Paru, Dldot, 18*6, S voL tn-8*. Cet ouvrage, Tan des pins remarquables des monuments historiques de notre époque, est le résultat d'immenses recherches faites par l'auteur, qui a obtenu la communication de nombreux documenta authentiquée dea archives de l'Espagne, faveur qui avait été refusée à Robertaoo.
frères naturels, don Martin et don Lonts, furent Impliqués dans la même accusation, et le premier fut mis a la torture.
+cortâs{ Jean ), romancier espagnol, natif de Tolosa, dans le Guipuscoa, vivait dans la première moitié du dix- septième siècle. On a de lui : Diseur sas morales y no vêlas ; Saragosse, 1§17, in-8° ; — Lazarillo de Manzanares y cinquo novelas ; Madrid, 1620, in-8*.
Nicolas A tonio , Bibliotheca klspana nova.
* cortés (Martin), célèbre géographe espagnol, né au seizième siècle, mort avant l'année 1582. Il appartenait à une famille noble, originaire de Bujaraloz, en Aragon. Son père s'appelait Martin Cortés, sa mère MartinaAlbacar. Vers Tannée 1530 il alla s'établir à Cadix, et ce fut dans cette ville que s'écoula la plus grande partie de sa vie. On n'a pu recueillir de renseignements précis sur l'époque de sa mort. Il y avait seize ans que Cortés résidait à Cadix lorsqu'il composa un ouvrage destiné à faire une vraie révolution dans l'art de la navigation, et Montucfa a signalé dès le siècle dernier toute rimportanee de ce livre, modestement intitulé : Brève com- ,pendio de la es/era y de la arte de navegar; Cadiz, 1551. L'auteur y déploie de grandes connaissances, en dehors même de la science géographique; et pour la cosmographie du seizième siècle, c'est une œuvre capitale, qui fut dès 1561 traduite en anglais par Ricard Eden. On reimprima plusieurs fois l'original en Espagne. L'observation la plus remarquable que l'on rencontre daus ce traité est celle qui a fait supposer à l'auteur que le pliénomène de la variation de l'aiguille aimantée était produit par un pôle magnétique distinct du monde, et où résiderait une vertu attractive de l'aimant ou du fer. « Cette idée, dit Navarrete, était neuve et originale. • Aussi le savant géographe donne-t-il la nomenclature raisonnée de ceux qui l'ont mise en discussion. P. D.
Fernandea de Navarrete, Dlterta&o* aotns la «tttrtade la nauiica p de la* maUmaticas ; Madrid, tttt. pet tn-4*.
«cortés. Voyez Dokoso-Cortés.