CORTE-REAL
poète Dortogaia célèbre, né dans la seconde moitié au seizième siècle, mort avant 1593. Cet homme, si éminent et si longtemps méconnu, appartenait h la famille qui avait déjà donné au Portugal deux grands voyageurs. Il faisait remonter son origine jusqu'au règne de Ferdinand, c'eat-a-dire jusqu'au quatorzième siècle ; mais sou arbre généalogique eût pu lui donner d'autres prétentions. A l'époque que nous venons d'indiquer, un gentilhomme de Tavira, au pays d'Algarve, vint se fixer à la cour ; il portait le nom de Vasqu'Eanez da Costa, et parvint à se distinguer sous le règne aventureux de Jean Ier, par uqe prouesse toute chevaleresque : au siège de Ceuta, il arbora le premier le drapeau portugais sur une des tours de la cité africaine (1). Son fils, qui avait hérité de sa bravoure et de ses richesses, devint le favori du roi Edouard. Ce fut le premier de la famille auquel on décerna le nom de Corte-Real, en raison du train splendide dont il se faisait suivre partout où il fixait sa résidence, et de l'hospitalité vraiment princière que l'on trouvait auprès de lui. Selon toute probabilité, ses descendants n'avaient pas hérité d'une fortune suffisapte pour se maintenir à Lisbonne avec le luxe qu'y déployait leur aïeul; mais son surnom leur resta, et ils allèrent se fixer aux Açores. En 1524 nous trouvons le père de leroiiimo revêtu du titre de capitaine donataire des lies Tercère et Saint-George. Par les femmes, Corte-Real tenait aux illustres familles castillanes de paçan et de Mendoca. Ce fut probablement par héritage qu'il se trouva pourvu du majorât de Pajma. Toutes les biographies de la Péninsule se taisent sur ses premières années. Il est certain ou'jl avait fait des études excellentes, et qu'il dutméme voyager de très-bonne heure en Espagne, car la langue castillane paraît lui avoir été aussi familière que le portugais. La poésie, la peinture et la musique occupèrent ses premières années'; presque tous ses contemporains le louent du culte éclairé qu'il garda toujours pour les arts. Voué par ses goûts à une vie errante, car il servit d'abord sur les flottes de l'État, son sort fut néanmoins bien différent de celui de Cervantes et de Çamoëns. Tout prouve qu'il vécut dans l'opulence,* et s'il voyagea en Afrique ou en Asie, ce fut chargé d'un commandement supérieur, qui le mit à l'abri des risques auxquels furent exposés ses illustres contemporains. Il était capitâo-mor (chef d'escadre) d'une flotte qui alla explorer les Indes, vers 1571 ; mais un manuscrit que nous avons sous les yeux semble prouver qu'une charge île gentilhomme privé dut plus d'une fois le ramener à la cour. Ses campagnes n'avaient pas été sans fruit pour sa réputation militaire; il jouissait sans doute auprès de l'illustre veuve de
(1) Ce fut sur le lieu même où II avait combattu si valeureusement qne Vasqu' Eanez ( Vasco Bannez) reçut de Jean Ier ses nouvelles armoiries, devenues dès lots celles de la famille : un bras armé d'an» lance d'oi , aalsio d'un penaon notant.
ÎM3
CORTF-REAL
Jean in des privilèges que lui méritaient sa rare culture intellectuelle et sa vie honorable; mais il est certain que c'était comme gentilhomme de haute naissance qu'il était environné de considérations. Il n'avait pas fait assez pour la gloire comme soldat, et l'on ignorait pour ainsi dire ce qu'il était, comme poète; car son titre véritable à la réputation littéraire ne parut qu'après aa mort De son vivant Corte-Real était donc un seigneur d'une réelle distinction , ayant payé à son pays par. quelques expéditions heureuses le tribut que le siècle exigeait encore des jeunes gentilshommes portugais, et se délassant de ses voyages par la culture de la poésie ou celle des beaux-arts. Deux ans après l'apparition des Lusiades on pouvait lire déjà sans doute son second poème de Diù; mais quelques passages énergiques ne suffisaient point pour lutter avec les magnificences du poème national, et lorsque YAustriada parut, en 1577, un an précisément avant la chute de D. Sébastien, ce chant épique, quelque peu monotone, écrit d'ailleurs en espagnol, n'eut guère de succès qu'auprès de quelques littérateurs de profession ou à la cour de Philippe H. Gomme s'il eût voulu faire oublier l'hommage qu'il avait rendu à l'Espagne, Corte-Real se plaisahVà montrer une suite de dessins dans lesquels fl avait représenté les phases les plus brillantes du siège mémorable déjà chanté par lui (1) ; et s'il se consacrait à la grande peinture religieuse, c'était pour orner! les églises de son pays. Un souvenir touchant, conservé dans sa famille, le^rendft tout entier aux gloires du Portugal, et lui donna une renommée posthume, qui va toujours grandissant
Obéissant à un amour profond, qui, dit-on, ne diminua jamais, Corte-Real avait épousé une jeune dame, de Fune des familles les plus distinguées de Goa. Doua Luisa de Sylva l'entretenait fréquemment d'un déplorable naufrage durant lequel elle avait perdu sa parente/ la belle Liauor de Sa. Lui-même, dit-on, il avait visité les régions désolées où s'était accompli le trépas douloureux de la jeune mère. et de ses deux enfants'; il résolut de consacrer son talent poétique, déjà apprécié mais peu populaire, au récit d'un événement circulant dans toutes les bouches et encore présent à toutes les mémoires. Ce fut alors qu'en unissant les événements mémorables de l'Inde aux annales de sa famille, il composa pieusement, et dans le recueillement de la solitude , un poème uniquement consacré d abord à rendre plus vivants les souvenirs d'une femme qu'il aimait tendrement Trois siècles avant Bernardin de Saint-Pierre , et en peignant aussi les plages de l'Afrique , il consacra à la pudeur qui triomphe des terreurs de la mort quelques vers subli-
(1) C'est lui-même qot nom tait connaître L'eilstenee de ce» dessins consacrés an siège de DIu ; ses peinture* reilgtenses ornaient jadis la chapelle das Aimas, paroisse de San-AnUo, * Bvora. On faisait voir encore au diihuttlème siècle on Joint Michel dû à son pinceau.
mes, en oubliant malheureusement que la pensée chrétienne suffit à la grandeur du sacrifice et repousse toute pompe étrangère.
Corte-Real savait tout le mérite de son œuvre; son gendre, qui tira ce poème touchant de l'oubli, aime à le répéter. « C'était, disait l'auteur de YAustriada, ce qu'il avait tait de mieux; et toutefois il ne le publia point, il le réserva pour les lectures intimes de la famille. > L'année fatale de 1580 avait sonné depuis longtemps, et peut-être pensa-t-il qu'au milieu du deuil de son pays toute gloire littéraire devenait frivole : il se tut noblement Loin de se prévaloir du poème qu'il avait composé naguère en l'honneur du frère de Philippe II, Corte-Real s'était retiré dans ses terres d'Evora, aussitôt après l'invasion espagnole ; il y vécut dans une paix profonde. Mais quelques mots d'une épltre dédicatoire donnent à supposer qull y avait chez lui un profond attachement pour la maison de Rragance. Après sa mort, dont, nous ne savons pas même la date précise, ce fait au duc de Bragance que le gendre même de l'auteur, Antonio de Souza, crut devoir dédier le Naufrage de Sepulveda : c'était à cette époque une double preuve de patriotisme et de courage. La première édition, qui est devenue pour ainsi dire introuvable, parut sous le titre suivant : Navfragio e lastimoso-svecesso da perdieam de Manoel de Souza de Sepulueda e dona Uanor de Sa, sua nwlher, efilhos, vindo da India para este reyno na nao chamada o Galiâo Grande S. Jodo, que seperdeo no cabo de Bod Bsperança, na terra do Natal; — Ea periçrinaçdo que tiverdo rodeando terras de Cajres, mais de 300 legoas tè sua morte, etc., etc. ; Lisboa, Sim&o Lopes, 1594, pet. in-4°.
Les temps malheureux qui suivirent l'apparition de ce beau livre expliquent suffisamment pourquoi il resta si longtemps sans être réimprimé. Parmi les éditions que Ton en donna par la suite, nous signalons comme l'une des ptns correctes celle de Lisbonne, 1849, 2 vol. in-32. C'est en grande partie la reproduction du texte primitif. Le poème entier a été traduit en français par M. Ortaire Fournier; Paris, 184$, in-8° (1).
Nous connaissons deux éditions du premier ouvrage portugais publié par Corte-Real ; il fut d'abord intitulé : A verdadeira Historia do secundo cerco de Diu; Lisboa, 1574,in-4°. La seconde porte au titre : Svccesso do segvndo cerco de Div. Estando Dom Joham Mascarenhas par capitam da Fortaleza, anno de 1546, fielmente copiado da ediçam de 1574, por Bento José de Souza Farinha ; Lisboa, Thaddeo Ferreira, 1784, pet in-8° esp. H y a dans ce poème quelques tableaux d'une grande vent*,
(l) 11 a été aussi trad. en espagnol par Francisco Contrées», sons le Utre de Ncme Iragica de India de Portugal; Madrid, ie*4, et dédié à Lope de Vega.
CORTE-REÀL — CORTÉS
i dontSiiiiondedcSismondiaBigualéréléTation et l'énergie.
De tous les ouvrages de Corte-Real, le moins estimé, et, fl faut le dire, le moins oonnn, est celai qu'il écrivit en espagnol an temps de la chute du Portugal. Dès 1576 le poète l'avait dédié à Philippe ; et après son apparition non-seulement fl n'alla pas en Espagne, mais il protesta par d'autres poèmes , restés inédits ,* contre toute idée de servitisme. Son Austtiada est intitulée : Felicissima Victoria concedlda del cielo al sehor D. Juan de Austria, en el golfo de Lepanto, de la poderosa armada othomana, en el ano de nuestra salvacion de 1572; Ltsboa, Antonio Ribeiro, 1578, in-4°. De fausses indications bibliographiques nous avaient fait répéter à tort que ce poème en XV chants avait été réimprimé en 1577 pour la deuxième fois. Les œuvres de ce poète éminent devraient être enfin réunies : on pourrait alors y joindre plusieurs ouvrages manuscrits dont, grâce à Barbosa Machado, il serait encore possible de trouver la trace; le plus important est intitulé : Perdiçdo del rey D. Sebastido em Aftiea e dos calamidades que se seguirdo a este reyno. A la mort de l'auteur, ce poème avait plusieurs chants, et il n'est guère probable qu'on en ait perdu toutes les copies. — Nous citerons encore : Elegia a huma dama illustre natural de Evora, dont une portion a paru dans la première partie de la Monarchia portugueta de Brito. — Le dernier ouvrage inédit de Corte- Real avait été probablement écrit en prose; c'est VEpilogo de capitaens insignes portuquezes, une sorte de Plutarque portugais, qui aurait offert un vif intérêt, écrit par un homme de cette haute intelligence et que ses voyages avaient dû conduire sur le théâtre de tant de grandes actions. Ferdinand Denis.
Barboaa Machado, Bibliotheca lutitana, — Slmonde de SlsmoDdU Histoire de la littérature du midi dé f Europe. — — Bootenreck, GescMckte, etc., — Ferdioand Denis, Chronique* chevaleresque* de V Espagne et du Portugal, t 11 ; Résumé de rhUtoirê littéraire du Portugal et du Brésil,- tn-18. — Le comte A. ftaczynskJ, Dictionnaire historico-artistique du Portugal ; Paris,